Les « people » versus Éric Zemmour

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Si les people affichent leur opposition à la candidature d’Éric Zemmour, c’est surtout parce que ce dernier se situe aux antipodes du narcissisme qui les définit.
Une tribune signée Yves Mamou.

« Que monsieur Zemmour s’abstienne de citer notre père »… Les enfants d’Alfred Grosser, un politologue et historien dont l’influence politique était considérable dans les années 1980-90, ont sommé Eric Zemmour de cesser de citer les livres de leur père sur des sujets comme l’assimilation. Ces « ayant droits » ne sont pas les seuls à s’insurger. Laeticia Hallyday, veuve de Johnny Halliday, a accusé Éric Zemmour d’avoir « détourné » l’image de Johnny Hallyday. Gad Elmaleh a joué les victimes « hallucinées » et a lancé à Éric Zemmour : « Mon deuxième prénom, c’est Joseph, il passe celui-là ? » en référence à la loi que Zemmour entend rétablir sur l’obligation de donner un prénom français à ses enfants. Jean-Paul Rouve, acteur éminent, a jugé que le directeur de campagne d’Éric Zemmour était « fin de race. » Et une certaine Cloé Cooper, que les magazines spécialisés présentent comme « une star de la téléréalité », a affirmé qu’elle quitterait la France si Zemmour devenait président de la République.

Le grand travestissement

Les people s’affichent donc contre Zemmour. Qui sont-ils ? Des gens dotés d’un bout de notoriété en ligne directe ou indirecte (bénéficiant de la notoriété d’un ascendant ou d’un conjoint) et qui font étalage de leur douleur morale. Les enfants Grosser croient (ou veulent croire) que les millions d’Africains et de Nord Africains qui déferlent sur l’Europe depuis trente ans sont les clones des réfugiés juifs pourchassés par les nazis. Laeticia Halliday si heureuse qu’Emmanuel Macron ait rendu à Johnny un hommage solennel le jour de ses funérailles qu’elle se sent en droit de dénoncer la « propagande » d’Eric Zemmour. Gad Elmaleh la joue solidaire avec les Mohamed et feint de se sentir visé par le projet d’Eric Zemmour de rétablir la loi qui oblige les parents à doter les nourrissons nés en France d’un prénom du calendrier. Quant à Jean-Paul Rouve, il a si fort le sentiment d’avoir planté sa tente dans le camp du Bien qu’aucun dérapage raciste ne lui semble interdit.

Ce n’est pas la première fois que les « people » étalent leur égo endolori sur la place publique. Trente ans durant, ils ont « dénoncé » les « discriminations » infligées aux musulmans, aux Noirs, aux lesbiennes… Mais pour la première fois, en raison de la candidature d’Éric Zemmour, le stade suprême de l’antiracisme est atteint, l’antiraciste est lui-même devenu une cause à défendre.

Cette effervescence morale des people et autres bobos à l’occasion de la candidature d’Éric Zemmour est la conséquence d’une prise de conscience : le travestissement du monde qui a été opéré depuis trente ans est menacé. Le dernier fake monté de toutes pièces par les antiracistes, les people et consorts, résume à lui seul, tous les autres. Le fake est celui d’Anne-Chloé, une élève d’origine camerounaise âgée de 11 ans, résidant à Chambéry, qui a affirmé début décembre, avoir été blessée gravement au visage par un élève (inconnu) qui l’a poussée dans le dos, le tout sur fond de harcèlement raciste. Le principal de l’établissement et le procureur de la République de Chambéry ont formellement rejeté un tel déroulé des faits, mais Cyril Hanouna et Christophe Dechavanne ont pris fait et cause pour Anne-Chloé (qu’ils n’ont jamais vu de leur vie), sans se soucier de l’ enquête menée au plan local. La « victime », une petite fille noire, ne pouvait pas mentir. Cette affaire banale qui n’aurait jamais dû dépasser les murs de ce collège de Chambéry est devenue une émeute cathodique nationale sur les réseaux sociaux avec mobilisation d’un procureur de la République et pluie de menaces de mort sur le proviseur et les enseignants du collège.

Les people n’ont en réalité jamais volé au secours d’une « racisée », ils se sont simplement haussés du col. Au sein de cette fiction d’une société française gangrenée par le racisme, leur unique préoccupation publique est de clamer leur innocence certes, de marquer la distance mais aussi et surtout d’afficher leur supériorité morale. Ils disent « Anne Chloé », mais ce faisant, c’est eux-mêmes qu’ils adorent contempler.

Zemmour contre le narcissisme

Emmanuel Macron a bien compris le caractère narcissique du socle électoral qui est le sien. Pour cette couche de population qui a cessé de penser « gauche-droite », le vote n’est pas le renouvellement d’un choix de société, mais un ornement ajouté à la bonne image qu’ils ont d’eux-mêmes. L’électeur d’Emmanuel Macron a le sentiment qu’il ternirait irrémédiablement la (bonne) image qu’il a de lui s’il votait pour un autre qu’Emmanuel Macron.

C’est pour élargir cette base narcissique aux « jeunes » (qui ne votent pas) qu’Emmanuel Macron a invité à l’Elysée les YouTubeurs McFly et Carlito. La vidéo qui a retracé la rencontre entre le président de la République et ces deux « influenceurs » (concours d’anecdotes, singeries diverses…) a été visionnée environ 10 millions de fois. Une opération de communication parfaitement réussie, mais une opération de communication « sans précédent dans l’histoire de la communication politique » a note avec gravité Mathieu Slama, consultant politique. « Elle [cette vidéo] dit quelque chose de grave sur la manière dont le pouvoir envisage désormais la communication et la fonction politique aujourd’hui […] Personne, à l’Élysée, ne s’est demandé si le président de la République avait vraiment sa place dans ce type d’opérations. Personne n’a émis de doute sur le message politique que cela renvoyait. Personne, enfin, ne s’est posé la question des enjeux éthiques qu’une telle stratégie soulevait. La seule question qui s’est posée fut celle-ci : est-ce efficace ? »

L’avenir dira s’il a été efficace de tendre un miroir aux différentes alouettes électorales (les jeunes, les bobos, les musulmans, les antiracistes…) dans le but de déclencher une extase narcissique assorti d’un vote automatique. Mais à ce stade de la réflexion, un retour sur Éric Zemmour est nécessaire. Animal médiatique s’il en est, monstre médiatique créé par les médias de gauche (il fut l’une des personnalités marquantes du très politiquement correct « On n’est pas couché » sur le service public de télévision), Zemmour aurait pu se borner à n’être qu’un Ruquier de droite. C’est-à-dire le ronchon dans lequel se reconnait une clientèle nombreuse et mal représentée au plan médiatique. Or, voilà que ce Zemmour s’est mis en tête de rejouer « Allô, ici Londres ». Une comm’ si retro, si absente du paysage politique et médiatique français qu’on se demande si elle est audible au-delà des cercles générationnels du baby-boom. Ce marketing suranné, vieillot, inadapté peut-être même, a pourtant un avantage énorme sur tous les autres : il est politique. Zemmour renoue avec la tradition du discours politique et citoyen ; il parle Histoire de France, Territoire, Nation. Comme Socrate, il veut réveiller des réminiscences car il sait (ou suppose) que le citoyen français n’a pas disparu et que sous les mirages du narcissisme sommeille encore une conscience nationale. La haine des bobos de gauche pour Zemmour vient de là. Ils lui auraient pardonné de tendre à l’électeur un miroir différent au leur. Mais Zemmour ne joue pas le jeu et dénonce le mirage antiraciste pour ce qu’il est, un mirage ! Pire, il affirme que si les bobos narcissiques veulent voir perdurer ce mirage, c’est parce que derrière l’antiracisme, c’est le Grand Remplacement qui se profile. Est-ce un mirage ? L’antiracisme est-il une réalité ? Le choix que feront les électeurs au fond de la caverne sera déterminant.

Tribune reprise de Causeur