Affaire Yuriy : l’indignation ne suffit plus

Affaire Yuriy

29/01/2021 – FRANCE (NOVOpress)
Les images du passage à tabac du jeune Yuriy remet en lumière un phénomène dénoncé depuis de nombreuses années.

Pour un différend territorial ou un regard de travers, les affrontements entre bandes rivales impliquent des adolescents de plus en plus jeunes et de plus en plus violents, armés de battes, de barres de fer, de marteaux ou de couteaux. Un fléau que peinent à endiguer les gouvernements successifs.

Pourtant, des solutions existent.


Michel Zecler ou Yuriy ? Tout le monde ou personne, monsieur le président !, par Philippe Bilger

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Rien ne donne plus le sentiment de l’inéquité républicaine que des interventions présidentielles partielles, partiales, tactiquement ciblées au lieu d’être globales et sans la moindre arrière-pensée.

Le président s’était beaucoup ému auprès de Michel Zecler de ce que celui-ci avait dit avoir subi et dont des traces sur son visage attestaient la réalité.

Récemment, à la suite du lynchage dont Yuriy a été victime de la part de de dix voyous dans le quartier de Beaugrenelle le 15 janvier, le président s’est à nouveau manifesté en prenant langue avec la mère de ce jeune homme âgé de 15 ans.

Il convient de noter que cette agression n’a été rendue publique que grâce aux réseaux sociaux: un compte anonyme a diffusé ces secondes d’une extrême violence. Faut-il s’en féliciter ou regretter par avance que, connu ou demeuré inconnu, ce scandaleux épisode aboutira ni plus ni moins aux mêmes conséquences : une indignation aussi vive que l’impuissance sera forte.

Yuriy a même été gratifié de soutiens sportifs et médiatiques qui en général allaient plus volontiers vers ceux que la police aurait maltraités. On ne peut que se réjouir de ce changement de cap : les voyous, mineurs ou non, ne sont plus pris pour des victimes ! (Le Parisien)

Yuriy se serait trouvé malencontreusement pris dans un affrontement de deux bandes rivales, dont l’une venue de Vanves, à Paris, vers 18 heures 30, sans la moindre crainte d’une quelconque intervention policière.

Actuellement on ne sait pas trop ce qu’il en est de l’implication ou non de Yuriy dans cette affaire – on nous affirme qu’il s’agit d’un adolescent très calme et tranquille, pourquoi pas ? – mais je relève que le président s’est précipité pour consoler sa mère et je note que les amis de Yuriy se réfugient dans le silence (Morandini).

Il n’y a que Raquel Garrido, dont l’idéologie fait d’elle une extralucide, pour tout savoir puisqu’elle dénonce “les charognards d’extrême droite”. La volupté d’accabler en totale ignorance, cela ne se refuse pas !

Le président de la République n’est absolument pas dans son rôle en choisissant ses victimes.
S’il considère que son attention et sa compassion doivent ostensiblement être offertes, il me semble que, quitte à se prétendre grand consolateur, Emmanuel Macron doit l’être avec toutes les victimes. C’est tout ou rien. Que pensent actuellement tous les laissés-pour-compte de l’indifférence présidentielle ?

Il est trop facile de se donner bonne conscience en téléphonant à une mère, comme si cet épisode affreux ne résultait pas, d’une certaine manière, de la carence d’une politique globale de sécurité dont deux de ses ministres et lui-même sont responsables devant les Français. Je téléphone donc je n’y suis pour rien !

Echec qui se suffit à lui-même, qui n’a pas besoin pour être aggravé de considérations sur les immigrés, les Français d’origine étrangère ou les étrangers. Victimes de notre incurie pénale, ils le sont tous également. Pour les coupables, il conviendra d’en tirer les conséquences.

Le président de la République, agissant si confortablement – quelques mots et le tour est joué -, se prive, par les sélections qu’il opère et les discriminations qu’on lui recommande, du constat d’une insupportable réalité. Toutes ces victimes qui chaque jour révèlent une criminalité en hausse, une délinquance violente de la part de bandes de mineurs, si elles étaient prises en compte par la mansuétude présidentielle comme Michel Zecler et Yuriy l’ont été, ne lui permettraient plus ce rôle hypocrite de bon samaritain tardif. Il serait obligé de faire face à cette France du malheur et de la violence : plus de compatir au compte-gouttes!

Ces sinistrés de l’insécurité et du laxisme ne surgissent pas de rien mais d’une politique gangrenée par une philosophie pénale sans ressort et un cynisme tactique. Tout pour 2022 mais avec tant de retard !

Monsieur le Président, si vous tenez à tout prix à persuader les Français que vous avez du coeur et que vous les aimez – contrairement à la charge cinglante de Michel Onfray qui vous reproche de n’être proche ni de la France ni des Français (CNews) – cessez de sélectionner comme un grand seigneur les douleurs qui rapportent mais penchez-vous sur toutes ! Vous nous persuaderez ainsi que votre compassion est sincère, ne fait pas de tri et révèle une authentique sensibilité.

Alors, de grâce, monsieur le président, tout le monde ou personne !

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Ce que le lynchage de Yuriy révèle de la France

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L’Etat aime à le répéter : une civilisation se reconnaît à la protection qu’elle porte à ses vieux. Ce prétexte sert d’argument massue au gouvernement. Ainsi prépare-t-il l’opinion à un troisième confinement, réclamé en urgence par un Conseil scientifique obstinément apocalyptique. Dans cette hystérie sanitaire, la France est devenue un immense village Potemkine, à la manière des façades en carton-pâte dressées sur le parcours de Catherine II de Russie pour masquer la déchéance. La fuite en avant dans l’endettement du pays (près d’un milliard d’euros par jour) n’est pas un sujet abordé, ni les détresses psychologiques et dépressives causées par l’enfermement, ni les multiples atteintes aux libertés.

Le “quoi qu’il en coûte” d’Emmanuel Macron est le trompe-l’œil destiné à occulter les misères. Mais l’artifice est fragile. L’ensauvagement d’une partie de la jeunesse reste le vrai symptôme d’une civilisation en détresse. Ce sujet n’est pas neuf. Toutefois rien n’est fait pour le faire émerger. Il aura fallu que les réseaux sociaux se mobilisent – Twitter en l’occurrence – pour que lynchage de Yuriy, 15 ans, sur la dalle de Baugrenelle (15e arrondissement de Paris) réveille les esprits.

Il n’y aura pas de “marche blanche” pour Yuriy, frappé à terre par dix voyous. Les coups reçus, le 15 janvier, cherchaient pourtant à le tuer. On ignore à ce jour l’étendue des séquelles. Mais ce n’est que vendredi que l’acharnement bestial a été diffusé sur Twitter, forçant les médias et les politiques à s’emparer du drame. Un conseiller du chef de l’Etat s’est depuis entretenu avec la mère, Nataliya. Le scandale est bien sûr dans ce déchaînement atroce.

Mais il est aussi dans l’accoutumance. Ceux qui se gargarisent de leur humanisme en réclamant la priorité aux plus anciens ne disent rien du sort des plus jeunes, livrés à eux-mêmes. A Nantes, quatre fusillades ont eu lieu récemment. Ce lundi, Le Figaro décrit l’acte d’un commando d’une dizaine d’hommes encagoulés qui ont fait irruption au CHU pour y délivrer un jeune dealer. Une pudeur médiatique tait le plus souvent l’origine des agresseurs.

Pendant ce temps, la plateforme Disney supprime du profil “Enfants” des classiques comme Peter Pan, les Aristochats ou la Belle et le clochard, jugés racistes ou stéréotypés. Derrière la propagande vertueuse, la France “Orange mécanique” (Laurent Obertone) prospère en paix.

Ivan Rioufol

Texte daté du 25 janvier 2021 et repris du blog d’Ivan Rioufol