Buffalo Grill : le « wokisme » chasse les cowboys et les indiens

Buffalo Grill

Jusqu’où ira se nicher le « wokisme », cette maladie sénile de la modernité consistant à traquer névrotiquement toute trace, surtout fantasmée, de « domination » (patriarcale, occidentale, blanche…) ou « d’appropriation culturelle ? La réponse est désormais connue : partout, jusque dans les ultimes recoins des domaines les plus improbables tels que les chaînes de restauration.

En effet, la chaîne de restaurants dédiés aux grillades « Buffalo Grill », fondée en 1980, a décidé d’abandonner l’ambiance « western » qui était jusque-là sa spécificité. Après 41 ans d’existence, fini le décorum « cowboys et Indiens » inspiré des westerns hollywoodiens, place à un nouveau logo et un nouvel univers : « American BBQ ». La chaîne promet désormais une ambiance plus « cosy et moderne » sans toutefois modifier les produits stars de Buffalo Grill auxquels les plus fidèles clients sont attachés.

Ainsi, sur une vidéo postée sur les réseaux sociaux, on peut voir un serveur Buffalo Grill en train de retirer de son restaurant une énorme statue de bison sous l’œil attristé d’un « vrai » Indien d’Amérique. « Bye Bye les cowboys et les Indiens », précise l’agence, et d’ajouter que « Buffalo Grill se réinvente en House of BBQ ». Une restructuration qui devrait coûter près de 80 millions d’euros.

Si la raison officielle mise en avant par la direction de la chaîne est la « modernisation » et le « renouvellement » de l’image de la société, de nombreux observateurs y voient également la marque de l’influence de l’idéologie « woke » qui sévit de plus en plus dans tous les secteurs de la société. L’utilisation à des fins commerciales de l’image des « Indiens », peuple natif d’Amérique, par des employés non issus de cette minorité serait en effet « offensante » pour celle-ci. La « tragédie indienne » ne serait pas propice à une « récupération » dans un lieu de détente et de loisirs tel qu’un restaurant populaire. Cet argumentaire aurait sans doute paru risible voire totalement délirant il y a quelques années mais il est hélas aujourd’hui pris très au sérieux, notamment dans le commerce où de plus en plus d’enseignes craignent de provoquer l’ire de telle ou telle association de défense des « intérêts » d’une quelconque minorité, forcément souffrante, et de se voir boycottées voir traînées en justice. Bienvenue en Absurdistan, système à visée totalitaire où règnent la peur et la surveillance permanente au nom de l’amélioration morale de l’humanité. De quoi sérieusement nous couper l’appétit.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 24 novembre 2021

Y a-t-il un « privilège blanc » en France ? François Bousquet et Louis-Georges Tin face à face [vidéo]

François Bousquet

25/11/2021 – FRANCE (NOVOpress)
«Wokisme», «cancel culture», «racisé»… Petit à petit, le débat français s’imprègne d’une nouvelle nomenclature progressiste importée des campus américains. Autre terme à succès brandi par les militants antiracistes et décoloniaux: le «privilège blanc». Entendre par là, l’ensemble des avantages dont bénéficieraient en France les personnes blanches au détriment des «racisés».

Ce nouveau concept peut-il «éveiller» aux inégalités raciales un public français «endormi»? Ou conduira-t-il à une radicalisation dangereuse des rapports sociaux en France? Pour faire le point, Sputnik donne la parole à deux intellectuels en désaccord: Louis-Georges Tin, ancien président du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France), et François Bousquet.


Enfin le hijab non-binaire et inclusif qu’on attendait tous! – Benetton va nous faire aimer l’islam…

hijab Benetton

Sous prétexte de célébration de l’ouverture culturelle des sociétés occidentales à la diversité, et de lutte contre “l’islamophobie”, le conseil de l’Europe lançait la semaine dernière une campagne de promotion du voile islamique, avec un slogan « la liberté dans le hijab ». Destinée à ériger le voile comme le signe manifeste d’une émancipation individuelle volontaire, sous le feu des polémiques aussitôt sortie, la campagne fut vite retirée.

Cette semaine, le hijab revient sur le devant de scène, mais le scénario diffère. Les acteurs ne sont plus politiques mais économiques. Célèbre pour son ode à la diversité heureuse qui serait le pilier d’une société métissée et forcément pacifiée, la marque italienne Benetton créée sa gamme de hijab unisexe en partenariat avec le rappeur italo-tunisien Ghali, qui en fait la pub pendant la fashion week milanaise. Ainsi, pour la modique somme de 35 euros, homme et femme et tous les membres de la communauté LGBTQ+ pourront acheter un hijab décliné en quatre coloris : jaune, rouge, noir ou vert, comme n’importe quel pull de la marque italienne lui aussi décliné en série. Belphégor se met aux couleurs !

Marketing islamiste

Devant la tête d’un homme encapuchonné d’un voile rouge, on a du mal à garder son sérieux. Mais au-delà du risible, la commercialisation de ce hijab unisexe n’est pas anodine et s’inscrit dans la voie ouverte par d’autres grandes marques comme H&M ou Décathlon et son burqini. En faisant du voile un objet de mode comme les autres, ces marques le banalisent, le désislamisent, le dé-culturalisent….

Mais Benetton va donc encore plus loin, en rendant la chose unisexe. Loin d’être un marqueur politique d’une pratique rigoriste de l’islam qui enferme les femmes dans un statut d’infériorité, le voile devient inclusif, transgenre, progressiste. Est-ce à dire que la “pudeur” devient mixte également, et non plus réservée aux femmes musulmanes?

Un fantasme woke

En tout cas, cette inversion des valeurs est de l’ordre du pur fantasme, au regard du traitement réservé aux minorités homosexuelles et transgenres dans des pays où s’applique la charia réputée pour son intolérance sanguinaire, comme l’Arabie Saoudite ou la Malaisie. Mais elle est pour finir révélatrice aussi de cette nouvelle alliance entre wokisme et islamisme. Ces deux idéologies, en apparence opposées – l’une étant l’aboutissement de l’individualisme libertaire et l’autre puisant sa force dans l’appartenance communautaire – aspirent au même but : détruire l’Occident, diabolisé par les woke qui le considèrent comme étant structurellement organisé au bénéfice d’un patriarcat blanc néocolonial, raciste et homophobe, et condamné par les islamistes comme étant une terre impie et d’impureté à convertir.

La commercialisation de ce hijab unisexe est une nouvelle preuve que l’islam politique passe d’une stratégie défensive et de dissimulation (la taqiya) à une stratégie d’affirmation. Et tout ça grâce aux « forces de progrès » et à tous ces nouveaux chevaliers encagoulés par le hijab United Colors of Benetton au service de l’ordre du wokistan. Grazie mille Ghali !

Isabelle Marchandier

Tribune reprise de Causeur

Faut-il s’en prendre à la « nouvelle gauche identitaire ? », par Clément Martin (Les Identitaires)

gauche identitaire

Le terme a de quoi surprendre. « Nouvelle gauche identitaire ». Il avait été utilisé dans les colonnes du Figaro pour évoquer Sonia Mabrouk, journaliste, et Matthieu Bock-Côté, essayiste, qui conspuent le « fanatisme identitaire » des théories indigénistes.

Ces deux auteurs croient en l’assimilation, Sonia Mabrouk en est l’un des exemples. Cependant, ils vivent encore dans le mythe d’une société multiraciale apaisée où, par la raison toute-puissante, on viendrait à bout du « totalitarisme diversitaire ». La journaliste de Europe 1 a notamment apostrophé Eric Zemmour en lui demandant si, elle, « musulmane », était une Française comme les autres ? Bien sûr, si on la prend aux mots, la réponse est « non ». Car l’islam est en guerre ouverte contre l’ancienne chrétienté, c’est-à-dire l’actuelle Europe, depuis ses origines. Comment une personne se définissant « musulmane » peut-elle se définir comme aussi Français qu’un paysan bourguignon de père en fils ou un descendant de croisé normand du XIIe siècle ?

La révolte de la droite et de la gauche républicaine, tendance IIIe République, universaliste et polie, contre le wokisme nous laisse un goût d’inachevé. Des journaux comme Marianne ou Le Figaro montent au créneau contre l’indigénisme avec les mêmes arguments qu’on a pu autrefois utiliser contre les Identitaires. Certes Sonia Mabrouk et Bock-Côté récusent la théorie de la « tenaille identitaire », qui met sur un plan d’égalité l’islamisme qui tue et le « populisme ». Mais l’assimilationnisme n’est pas la réponse à un phénomène qui ne peut être résumé à une énième mutation du marxisme.

Le wokisme surfe sur une réalité : le besoin d’identité enracinée, communautaire. Le multiculturalisme a démultiplié ce besoin. Chassez le naturel et il revient au galop. Mais l’assimilationnisme, idéologie du métissage dans sa version bleu-blanc-rouge, est incapable de relever ce défi du besoin identitaire, absolument vital chez tout individu qui se questionne sur le lien entre passé, présent et futur qui l’habite.

L’indigénisme devrait réveiller chez les Français de souche la conscience d’être les véritables « indigènes » de la France, les autochtones qui ne se laisseront pas « grand-remplacer » sans bouger. La « nouvelle gauche identitaire » est certes un marxisme culturel. Mais elle pose les bonnes questions sur l’irréductibilité d’une identité ethnique qu’on n’efface pas en brandissant Victor Hugo et une bouteille de vin rouge. La France n’est pas qu’une civilisation littéraire et un amour du terroir. Chaque peuple a son génie particulier et doit lutter pour le conserver et l’enrichir.

Plutôt que de rester dans une pure dénonciation du wokisme, chevauchons-le au profit d’une réalité intemporelle : de la même manière que l’Afrique est africaine, l’Europe est européenne et doit le rester.

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

Le wokisme, vainqueur par la faiblesse de nos sociétés, par Clément Martin (Les Identitaires)

woke

On ne compte plus les délires woke imposées aux universités, aux grandes enseignes, aux compagnies aériennes, avec la suppression de « Mesdames, Messieurs » et autres actes de soumission.

On oublie que le wokisme n’est pas arrivé à l’improviste, comme un voleur à l’arrachée, dans nos sociétés. Une certaine faiblesse a préparé le terrain. Il y avait plusieurs signes inquiétants depuis plusieurs années.

Ainsi, bien avant l’écriture inclusive à base de points, tel que « tout.e.s », il y avait le fameux « Bonjour à chacune et à chacun », ou « Bonjour à tous et à toutes ». Ces innovations ridicules et fausses du point de vue de la langue, parce que le masculin est universel en français (comme lorsque l’on dit « l’homme » pour signifier l’humanité), manifestent une vision extrêmement individualiste des relations sociales. On ne s’adresse plus à un ensemble, quand on dit « Bonjour à toutes et à tous », mais à des catégories orgueilleuses de reconnaissance. Pire encore, avec le « chacune et chacun », qui voit l’orateur s’adresser à chaque individualité égocentrée, et non à un corps. L’individualisme narcissique de la société moderne est la matrice du wokisme.

Le retrait de la mention « Madame » dans les administrations est aussi une victoire passée inaperçue, mais précoce, du wokisme. Bien que celui-ci n’était pas encore apparu sur la scène médiatique francophone. Par volonté bornée de mettre fin à une identification jugée « patriarcale », au nom d’une conception émancipatrice de la femme, on a noyé toutes les femmes sous l’étiquette généraliste de « Madame ». On n’a pas compris, puisqu’on étai ivre d’idéologie, que le « Mademoiselle » est un titre, comme « Maître » pour un avocat ou « Docteur » pour un médecin. Dire « Mademoiselle » est un geste de reconnaissance pour la singularité d’une femme non-mariée, c’est l’expression d’une générosité sociale puisque l’on admet, de façon claire, la diversité du corps social. Dernier vestige de l’Ancien régime, le « Mademoiselle », dans une République égalitariste jusqu’à la folie, devait tomber. Il y avait pourtant des femmes fières de se faire appeler « Mademoiselle », même des dames d’un certain âge, qui tenaient à cet élément caractéristique de leur identité.

Le wokisme, comme toute révolution, est vainqueur par un mélange de bons sentiments et de terreur inoculé aux tièdes et aux mondains, qui par un excès de bienveillance pavent le chemin de l’enfer. C’est pourquoi le débat avec les woke, utile médiatiquement lorsqu’il est public, ne vaut guère dans la vie de tous les jours. L’enjeu, bien au contraire, est de sauver les gens normaux, les Français lambdas, de la contamination.

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

Le wokisme peut-il gagner ?, par Clément Martin (Les Identitaires)

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Pierre Valentin, rapporteur d’une longue note d’une soixantaine de pages publiée par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), est optimiste. Pour lui, le wokisme ne peut pas durer. C’est dans son essence même. « Un tableau dans un musée possède un cadre. Si j’explique que pour être plus inclusif, je vais élargir les limites de cet objet, passé un certain stade, l’objet va disparaître, car il ne voudra plus rien dire. On a expliqué que l’art était partout, qu’il pouvait tout être, afin d’être “inclusif”. Résultat, il n’y a plus d’art nulle part. L’inclusion est donc une destruction. » (Le Point, 3 août 2021). L’auteur prend l’exemple de l’acronyme LGBT qui n’en finit plus de s’allonger, et du drapeau arc-en-ciel qui sera bientôt illisible à force de rajouter des couleurs, puisqu’il y a maintenant celles de Black Lives Matter, des trans et des « non-binaires ». « Ce drapeau, ajoute-t-il, ne veut plus rien dire. C’est la logique finale d’autodestruction. »

Le wokisme est une idéologie. Or, les idées ont leur propre vie, en marge de leurs fondateurs. Les auteurs libéraux, du 18e siècle jusqu’aux années 1950, de Adam Smith à Friedrich Hayek, n’avaient certainement pas imaginé que le libre-échange irait jusqu’au commerce d’enfants à naître, via la GPA. Les marxistes du 19e auraient sûrement récusé le goulag si on leur avait annoncé les conséquences de leur projet. Plusieurs penseurs nationalistes du 20e siècle considéraient que le capitalisme et la démocratie, trop ouverts et fragiles par nature, succomberaient sous les coups du socialisme. Les idéologies ne sont pas des objets qui tombent en panne à cause d’un vice de fabrication. L’inclusivité propre au wokisme n’est pas le talon d’Achille du wokisme. Une idéologie fondée sur l’erreur est un virus : il se répand et mute au fur à mesure des rencontres. Il n’y a qu’à voir le maoïsme et la situation politique en Chine, surprenante pour un Occidental qui a vu l’URSS mourir. Le wokisme ne peut pas s’auto-détruire et partir comme il est venu, il est la destruction. Peu importe qu’une majeure partie de la population n’y adhère pas, voire ignore son existence. Ce qui compte, c’est l’avant-garde militante qui le met en branle et infuse l’espace public.

Or, sur ce terrain, le wokisme remporte des victoires éclatantes. Plusieurs institutions, entreprises et médias ont choisi, par exemple, l’écriture inclusive. « Nous nous sommes fixés comme mot d’ordre de l’employer partout, peu importe le support », se félicite Sarah Legrain, oratrice nationale et cadre de la France Insoumise. « Nous voulons visibiliser les femmes en nous adressant à elles directement. » Europe Écologie-Les Verts, le Parti communiste français, Génération.s et le PS ont emboîté le pas. A l’intérieur de la gauche, Mélenchon a donc été moteur. D’ailleurs, la marginalisation intellectuelle du républicanisme classique, au profit de l’indigéno-wokisme de Danielle Obono, montre bien qui porte la culote à LFI. Malgré la droitisation de la France et les succès de Zemmour, la gauche demeure une force intellectuelle de premier plan : les mots qu’elle utilise deviennent viraux. Par exemple, « sans-papiers », « migrants », « féminicides ». A Lyon et Paris, l’écriture inclusive se développe. « Anne Hidalgo a écrit aux différentes directions de la ville pour leur préconiser de ne plus faire de communication stéréotypée, et donc de privilégier l’écriture inclusive », selon Hélène Bidard, élue communiste adjointe à l’égalité femmes-hommes. A LR, on s’y oppose : « L’écriture inclusive est une hérésie, un diktat qu’essayent de nous imposer certains partis. C’est du terrorisme culturel », condamne Pierre-Henri Dumont, député et secrétaire général adjoint des Républicains (Le Figaro, 23/02/2021). Mais à part se plaindre, que fait concrètement la droite ?

Netflix, les sites de vente Zalando et Vinted, Canal+, le bailleur social 3F, l’Isen – école d’ingénieur dans le Var – ou la Cnam, grande école d’enseignement supérieur, utilisent l’écriture inclusive (Motsclefs.net, 30/06/2020). Le wokisme a déjà remporté une bataille, la plus facile : celle de la victimisation. De peur de subir les plaintes de twittos mégalos et narcissiques, un nombre croissant de structures, par souci de leur image publique, promeuvent des initiatives woke, tel que Uber et son soutien au BLM. Business is business : pour de bêtes raisons publicitaires, des doses de wokisme sont déversées un peu partout.

Incontestablement, le wokisme peut gagner. Il peut gagner comme le marxisme, malgré la chute des dictatures soviétiques en Europe, a perduré sous le visage du marxisme culturel, étendant sa logique binaire (« dominants » contre « dominés ») à d’autres domaines que l’économie. Il est donc bien trop tôt pour dresser l’acte de décès du wokisme. Le combat ne fait donc que commencer.

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

La riposte des historiens contre la « culture woke »

culture woke

Des historiens en lutte contre la « culture woke » ! Tandis que le phénomène prend de l’ampleur, des professeurs anglais ont lancé un mouvement de résistance. Tout n’est pas perdu !

On ne trafique pas l’histoire ! Voilà le mort d’ordre d’un groupe d’universitaires en réponse aux militants de la « woke culture ». Plus de quarante professeurs issus de sept pays anglo-saxons ont lancé un site Internet sobrement baptisé « History Reclaimed » (« l’histoire récupérée »), site sur lequel on retrouve de nombreux articles historiques mais aussi des présentations de livres ou encore des réponses à des thèses « woke » erronées.

L’objectif est simple pour les hommes à l’origine de cette initiative puisqu’il s’agit de « remettre les faits et la nuance à l’honneur afin d’équilibrer un débat dans lequel la condamnation est trop souvent préférée à la compréhension ».

Pour rappel, la « culture woke » ou « cancel culture » consiste à diaboliser tout ce qui émane de l’homme blanc en insinuant que cela a forcément une connotation raciste ou suprémaciste. Cela concerne souvent l’histoire mais aussi les sciences et les arts. Le procédé a été institutionnalisé au sein de l’université américaine d’Evergreen (Etat de Washington) avant de traverser l’Atlantique et d’être banalisé lors de l’été 2020 avec l’explosion du mouvement Black Lives Matter, très bruyant en Angleterre.

C’est d’ailleurs à cette période que les militants « woke » ont fait pression – en vain – sur l’Oriel College d’Oxford pour que soit retirée de la façade de l’établissement la statue de Cecil Rhodes. Figure du colonialisme britannique, Cecil Rhodes avait aussi contribué de manière exceptionnelle au développement de l’université.

Parmi les participants au projet « anti-woke », l’on retrouve notamment Robert Tombs, professeur émérite de Cambridge. L’homme admet sans détour qu’il est absurde de considérer que le passé de son peuple est uniquement glorieux, mais, à ses yeux, cela ne vaut guère mieux de le considérer comme étant globalement honteux.

Il estime que chacun doit pouvoir s’exprimer mais que personne ne doit imposer sa vision. Pour lui, les nombreuses instances qui cèdent face à l’idéologie « woke » le font pour acheter la paix sociale.

History Reclaimed n’est pas un projet nationaliste ou conservateur. Parmi les historiens ayant rejoint l’initiative, certains sont très libéraux et pensent que les thèses des « woke » méritent d’être entendues. Leur critique se tourne sur la forme, c’est-à-dire la façon dont ces thèses sont imposées sans discussion possible.

En France, quelques voix se font entendre et pas nécessairement les plus attendues. Le journaliste de RMC Frédéric Hermel, habitué aux programmes sportifs, fait désormais une chronique quotidienne sur des sujets de société. Le 6 octobre, il s’est insurgé contre la « woke culture » en réponse au reportage sur la colonisation très orienté diffusé la veille sur France 3.

Pour le journaliste, il faut « regarder notre passé colonial en face », « dénoncer les crimes mais sans oublier les aspects positifs » et surtout « ne pas céder à la repentance ». Un message salutaire sur l’une des radios les plus écoutées du pays.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 7 octobre 2021

L’idéologie woke décryptée

woke

Depuis quelques semaines circule sur internet un long texte analysant les mécanismes de l’idéologie woke qui, sous l’influence des campus américains, progresse dangereusement dans les universités françaises. L’auteur de cet article de fond, Pierre Valentin, est étudiant en master sciences politiques à Paris-2 Panthéon-Assas et diplômé en philosophie. Le texte étant assez long (c’est d’ailleurs son intérêt : il fallait de l’espace pour décrypter ce phénomène aussi insidieux qu’invasif), nous vous en proposant ici « les bonnes feuilles ». N’hésitez pas, si le sujet vous intéresse, à vous reporter à la source de l’article, le très intéressant site de la Fondation pour l’innovation politique (1)

Extrait de la partie 1 : Anatomie du wokisme

L’émergence de cette nouvelle culture morale, dans laquelle le statut de victime devient une ressource sociale, requiert certaines conditions, parmi lesquelles on trouve, notamment, une atomisation sociale et un niveau de diversité ethnique et sexuelle élevé. La bureaucratisation et la juridisation de la société jouent également comme des facteurs essentiels, assurant la reconnaissance de ce statut de victime par des tiers détenteurs de l’autorité et permettant d’imposer un véritable « ordre woke ». […]

Le plus souvent, les militants sont issus de familles aisées. Enfants, ils ont connu de trop brefs moments de jeu libre et sans surveillance. Adultes, ils peinent à se débarrasser de l’habitude prise consistant à rechercher une autorité instituée en cas de conflit avec une autre personne au lieu de le régler directement eux-mêmes. L’une des conséquences est la croissance d’une bureaucratie universitaire chargée de poursuivre et de prolonger cet état de surprotection. […] Le dernier critère sociologique nécessaire pour l’émergence de la culture de la victimisation est un haut niveau d’égalité, illustrant à nouveau ce paradoxe tocquevillien : moins il y a de discriminations réelles, plus les protestations contre les discriminations résiduelles ou illusoires se multiplient. […]

C’est ainsi que, par exemple, la théorie critique de la race (critical race theory, ou CRT), l’une des branches les plus populaires du wokisme, ne se demande plus si du racisme existe dans une certaine interaction sociale (une évidence, à leurs yeux), mais bien comment celui-ci se manifeste. Une fois plongés dans ce paradigme, leur survie académique dépendant de leur capacité à dénicher des injustices raciales invisibles au commun des mortels, ces théoriciens sont contraints d’en « découvrir » de multiples autres. C’est la dernière étape du postmodernisme. Elle marque le moment où ces idées franchissent le mur des départements de sciences sociales en progressant dans le monde des médias, des entreprises et, plus globalement, dans l’espace public américain puis occidental. […] Dans ces différentes « disciplines », la mouvance woke opère toujours de la même façon, en rejetant la validité d’une norme sociale, morale ou scientifique par la mise en avant de l’exception à celle-ci, dans le prolongement du relativisme culturel. La mouvance queer est la plus explicite dans cet objectif, la fluidité permettant de récuser toutes les catégories et normes, « oppressives » par nature. C’est d’ailleurs à ce titre que Judith Butler encourage le fait de ne pas définir le postmodernisme, afin de le préserver du piège de la catégorisation.

Ce refus de toute norme est plus évident encore chez les partisans des fat studies, qui réduisent l’injonction à soigner les formes d’obésité dite sévère ou morbide à une pure construction sociale – la preuve d’un nutritionnisme omniprésent – au service des dominants. La médecine étant formelle sur les liens entre le surpoids et les risques pour la santé, celle-ci est dépeinte comme une stratégie pour opprimer des marginalisés. Le schéma est identique, quel que soit le sujet : commencer par repérer une norme ou un idéal mis en avant – dans le cas des fat studies, celui d’essayer de ne pas être en surpoids – puis mettre en avant des personnes en surpoids, en insistant sur leur statut de personnes marginalisées. La norme apparaît alors progressivement indéfendable moralement, surtout lorsque l’on impute à ceux qui s’y conforment le statut d’oppresseurs. Le relativisme de ces intellectuels militants leur permet ensuite de balayer tous les contre-arguments moraux ou scientifiques, réduits à des complots à l’encontre de la « communauté marginalisée » – les termes « systémique » ou « structures de pouvoir » ne les obligeant pas nécessairement à identifier nommément des comploteurs. […]

L’affaiblissement (voire la disparition) des personnes considérées « dominantes », c’est-à-dire l’ensemble des Occidentaux blancs, est donc la finalité réelle, et la défense apparente de la diversité en tant que principe n’est qu’une stratégie en vue de cette fin. […]

La culture de l’honneur valorise le fait de défendre vigoureusement son honneur, souvent en provoquant en duel son adversaire ; elle répugne à recourir à la loi et à des tierces personnes pour régler ses différends. La culture de la dignité, elle, pousse à ne pas s’offenser pour des vétilles et à régler ses désaccords par le truchement de la justice dans les seuls cas où ils le méritent. À l’opposé, la culture de la victimisation encourage la capacité à se sentir offensé, à régler ses griefs à travers les interventions de tiers. Le statut de victime fait l’objet d’une sacralisation. […]

Le fait de masquer des revendications en utilisant une justification perçue comme objective, souvent issue du domaine de la psychologie, semble être une approche particulièrement performante. Comme le soulignent Campbell et Manning, « lorsqu’un groupe d’étudiants de Yale a exigé que les poètes blancs soient retirés du programme, ils n’ont pas formulé leur demande sous la forme d’une préférence (“Nous préférons lire des poètes non blancs”) ni même sous la forme d’une question de vertu (“La diversité ethnique est une bonne chose”), mais plutôt en insistant sur le fait que les étudiants allaient en souffrir ». De plus, lorsque l’on souhaite faire annuler la venue d’un conférencier, la méthode la plus efficace consiste à soutenir que son discours est une « mise en danger » des étudiants. C’est ici que l’intervention d’instances administratives vient tout naturellement se justifier par la volonté simple de protéger des élèves. […]

Les étudiants qui prêchent cette culture de la victimisation sont presque toujours issus des classes sociales les plus aisées, et c’est un critère supplémentaire à prendre en compte. La corrélation entre revenus élevés des parents et comportements woke est indéniable. Par exemple, une analyse de quatre-vingt-dix cas d’intervenants « désinvités » révèle que « l’étudiant moyen inscrit dans une université où les étudiants ont tenté de restreindre la liberté d’expression est issu d’une famille dont le revenu annuel est supérieur de 32.000 dollars à celui de l’étudiant moyen en Amérique ». Et comme la culture des « élites » a tendance à être imitée par ceux qui souhaiteraient en faire partie, celle-ci peut s’étendre progressivement à l’ensemble des classes sociales. […]

L’immense majorité des étudiants engagés dans le wokisme ont des parents nettement plus aisés que la moyenne américaine. Lukianoff et Haidt se sont penchés sur l’éducation qu’ont reçue ces jeunes. Les parents des classes aisées ont tendance à surveiller leurs enfants bien plus que les parents des classes populaires. Dans les classes populaires, les parents laissent leurs enfants passer plus de temps avec leurs camarades, sans adultes. Ces enfants s’habituent donc à régler leurs différends tout seuls. Chez les enfants des classes aisées, l’érosion progressive du temps moyen de leurs instants de jeu libre empêcherait le bon développement de l’enfant, un fait montré notamment dans les travaux du psychologue Jean Piaget. Adolescent puis jeune adulte, l’individu garderait le besoin de régler ses griefs avec ses semblables en recourant à une intervention extérieure, souvent issue d’une autorité formelle. L’économiste Steven Horwitz en tire les conclusions suivantes : « Les approches parentales et les lois qui font qu’il est plus difficile pour les enfants de jouer seuls constituent une menace sérieuse pour les sociétés libérales, car elles modifient notre disposition normale à “trouver une solution à un conflit par soi-même” en une disposition à “faire appel à la force et/ou à des tiers dès qu’un conflit survient”. » Sous cet angle, la bureaucratie universitaire omniprésente vient remplacer l’attention excessive des parents des enfants issus des classes aisées. En d’autres termes, les helicopter parents, ces parents qui surveillent en permanence leurs enfants, génèrent des helicopter bureaucracies, et la surprotection de l’enfant devient la surprotection de l’étudiant dans le monde universitaire. Cette surprotection a ainsi généré une fragilité, et cette fragilité entraîne une demande de surprotection. La surprotection est donc un processus qui s’autoalimente. Sans surprise, la culture forgée par ces jeunes sacralise la protection, et se voit qualifiée par ces deux psychologues de safetyism, terme que l’on pourrait traduire par « protectionnite ». Lukianoff et Haidt rapportent qu’en 2017 « 58% des étudiants universitaires ont déclaré qu’il était “important de faire partie d’une communauté universitaire où [ils ne sont pas exposés] à des idées contrariantes et offensantes” ». Cette culture de la protection pousse paradoxalement à accepter l’usage de la violence contre ceux qui ne la respectent pas. […]

Ce serait cependant faire fausse route que de réduire l’utilisation de concepts psychologiques à une simple stratégie qui chercherait à favoriser l’intervention de la bureaucratie universitaire. Tout porte à croire en effet que les liens entre troubles psychologiques et wokisme sont nombreux. Lukianoff et Haidt notent que le début de la banalisation des comportements woke sur les campus, en 2013, coïncide avec l’année où la iGen (1995+) arrive dans les universités. Cette génération se définit par le fait d’être la première à grandir dans le monde des réseaux sociaux et des écrans omniprésents. Ce bouleversement a eu un impact négatif disproportionné sur les jeunes filles, qui tombent beaucoup plus facilement en dépression depuis l’arrivée des réseaux sociaux (en 2018, une femme sur sept sur les campus américains pensait souffrir d’un désordre psychologique). De plus, « par rapport au début des années 2000, près de deux fois plus d’adolescentes mettent fin à leurs jours ». […]

Comme dans toute théorie aux raisonnements complotistes, le wokisme s’avère souvent infalsifiable. Par exemple, lorsqu’un blanc se voit accusé de « fragilité blanche » – concept promu par Robin DiAngelo – et réagit en conséquence avec « une manifestation extérieure d’émotions telles que la colère, la peur et la culpabilité, et des comportements tels que le fait d’argumenter, de rester silencieux, et le fait de quitter la situation stressante », c’est qu’il en souffre bel et bien. Qu’il parle ou se taise, il est donc impossible pour un blanc d’échapper à l’accusation. De manière similaire, la militante racialiste Ally Henny proposait sur Facebook un test de dépistage pour que chacun puisse sonder sa propre « fragilité blanche » à travers seize questions, parmi lesquelles : « Est-ce que j’attends des excuses lorsque je trouve que j’ai été accusée injustement de racisme ? », ou encore : « Ai-je besoin de prouver que je ne suis pas raciste ? ». Selon elle, « si vous avez répondu oui à n’importe laquelle des questions précédentes, vous présentez des traces de fragilité blanche ». Comme le font remarquer Pluckrose et Lindsay, « tout sentiment négatif à l’égard d’un profilage racial et le fait d’être tenu pour responsable d’une société raciste est considéré comme un signe de “fragilité” et comme une preuve de complicité – voire de collusion – avec le racisme ». En d’autres termes, le fait de réagir négativement à une catégorisation insultante serait en soi une preuve que la catégorisation visait juste.

Extrait de la partie 2 : face au wokisme

Le portrait-robot du militant woke prend forme dans les grandes lignes : une femme entre 18 et 35 ans, diplômée (ou bientôt diplômée), issue d’une famille aisée, qui a voté pour Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 2017 et qui déclare aujourd’hui une proximité politique avec LFI ou EELV. […]

Des associations comme les Sleeping Giants (dont le compte Twitter comporte la description suivante : A campaign to make bigotry and sexism less profitable) traquent les entreprises qui font leurs publicités dans des médias jugés trop sexistes ou racistes à leur goût. Une fois identifiées, ces firmes subissent une campagne de pression sur les réseaux sociaux jusqu’à ce qu’elles coupent publiquement tout lien avec les dits médias, ce procédé ayant pour but affiché d’assécher les revenus publicitaires de ces derniers. Tout ceci pousse à un unanimisme entrepreneurial en faveur de cette mouvance, parfois qualifié de woke washing. […]

Pour lire la suite, c’est ici !