Soft power : succès international pour la série ukrainienne « Serviteur du peuple »

Serviteur du peuple

Depuis le 24 février 2022, date de l’entrée des troupes russes en Ukraine, la série télévisée « Serviteur du peuple », dans laquelle l’actuel président Zelensky, ancien comique et acteur, tient le premier rôle, rencontre un fort succès d’audience à l’international et suscite l’intérêt de plusieurs groupes de médias s’étant subitement mis à racheter les droits de diffusion de cette production.

Des millions de vues sur Arte

Trois semaines après le début des opérations russes, la série ukrainienne avait déjà atteint plus de trois millions de vues sur Arte.tv. La chaîne en ligne du média franco-allemand diffuse cette fiction de fiction depuis le mois de novembre, mais n’avait pas réussi à séduire son public avant le 24 février, comme le déclare le directeur éditorial d’Arte France :

« Hélas, à la faveur de la guerre, [la série] est devenue une des séries incontournables d’Arte aujourd’hui [alors qu’] elle était moins regardée que d’autres séries. »

En France, c’est Arte qui avait obtenu les droits de diffusion de cette série à l’automne dernier. La chaîne en fait aujourd’hui sa fierté, cette « fiction prémonitoire » (sic) permettrait, toujours selon Boris Razon, de comprendre la cristallisation des attentes d’un peuple par rapport à une « classe politique dévalorisée, corrompue, dans l’orbite russe. »

Entre 2015 et 2019, plus de 20 millions d’Ukrainiens ont en effet visionné cette série, qui reste à ce jour le plus grand succès de télévision en Ukraine. « Serviteur du peuple », aussi devenu le nom du parti politique du président ukrainien, raconte l’histoire d’un professeur d’histoire, joué par Volodomyr Zelensky, devenu par un concours de circonstances président de l’Ukraine. Le scénario aurait été inspiré directement par Zelensky et aurait poussé ce dernier à entamer une carrière politique.

American hero

Cette série n’est bien évidemment pas le seul programme diffusé par la chaîne franco-allemande sur la guerre russo-ukrainienne. Le 15 mars, elle diffusait « Volodomyr Zelensky, L’homme de Kiev », un portrait louangeur décortiqué par nos confrères allemands de Junge Freiheit :

« Volodymyr Zelensky est désormais le héros de l’Occident : ce juriste de 44 ans, comédien comique de métier, défend la liberté et la démocratie, héroïquement et courageusement, selon le tableau global. Ses messages vidéo, méticuleusement enregistrés avec un téléphone portable, sont avidement partagés. En temps de crise, les héros ont apparemment toujours la cote, même à notre « ère post-héroïque »

Disponible sur Arte.tv et 6play, la série ukrainienne a également été diffusée à l’antenne d’Arte le 8 avril, alors que la chaîne vient d’annoncer l’acquisition des saisons 2 et 3, qui seront disponibles sur la plateforme en ligne au courant du mois de mai.

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Éric Denécé : « Il ne faut pas éluder les responsabilités du régime de Zelensky »

zelenski

29/03/2022 – EUROPE (NOVOpress)
Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement est l’invité d’André Bercoff.

Pour Éric Denécé : « Il ne faut pas éluder les responsabilités du régime de Zelensky ».

Une interview à découvrir pour essayer de prendre de la hauteur dans ce conflit.


Volodymyr Zelensky en opération séduction au Parlement

Zelensky chard

Volodymyr Zelensky s’est adressé au Parlement. Mercredi, peu après 15 heures, députés et sénateurs s’étaient réunis pour écouter le président ukrainien, intervenant via un écran géant.

Pas de place pour les questions ou le débat ! Le président ukrainien s’est contenté de prononcer pendant un peu plus de douze minutes un discours parfaitement préparé, remplissant tous les critères de la « comm » moderne.

Après avoir évoqué les crimes commis par l’armée russe et invité – forcé ? – son auditoire à se lever pour respecter une minute de silence en mémoire des victimes, il a donc vanté les mérites de la France tout en lui demandant de faire davantage. Pour résumer son propos, la devise « liberté-égalité-fraternité » est une source d’inspiration pour les Ukrainiens mais il faut désormais les aider à l’appliquer chez eux face à l’envahisseur tandis que les ruines de Marioupol rappellent celles de Verdun.

Par ailleurs, Volodymyr Zelensky n’y est pas allé par quatre chemins, faisant de nombreuses demandes et autres appels du pied.

Il a notamment souligné que c’est sous la présidence française de l’Union européenne que devra être prise la décision au sujet de la demande d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Il a également réclamé « plus de soutien », notamment des armes et des chars, et demandé le départ des dernières entreprises françaises encore actives en Russie, à commencer par Renault, Leroy Merlin et Auchan.

Des réactions

Au micro de Public Sénat, Bruno Retailleau, sénateur LR de la Vendée, a évoqué un moment « historique » et « très touchant ». A ses yeux, les choses sont claires, « nous devons fournir des armes ». Une position que ne partage pas Nicolas Dupont-Aignan.

S’il valide l’idée d’apporter de l’aide humanitaire à l’Ukraine, le député refuse d’envoyer des armes, précisant qu’il fallait « créer les conditions de la paix, pas les conditions de la guerre ». Celui qui est aussi candidat à l’élection présidentielle et a reçu le soutien de Florian Philippot est allé plus loin en évoquant « un discours extrêmement dangereux » qui pourrait déboucher sur « un engrenage dramatique pour le continent ». Le risque semble effectivement réel. Nicolas Dupont-Aignan propose la neutralité de l’Ukraine ainsi que l’autonomie constitutionnelle du Donbass, comme l’exige la Russie. Les détracteurs du souverainiste ne se sont donc pas privés pour lui faire remarquer que l’Ukraine, elle aussi, tentait de défendre sa souveraineté.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux pointés du doigt pour leur position mesurée – d’aucuns préciseraient « juste » – envers la Russie, étaient bien présents dans l’hémicycle mais n’ont pas surréagi, privilégiant leur campagne électorale.

Dans les heures suivant l’intervention du président ukrainien, l’entreprise Renault a annoncé qu’elle suspendait dès à présent les activités de son usine de Moscou, tout comme le laboratoire pharmaceutique français Sanofi. Leroy Merlin, en revanche, poursuivra ses activités, craignant une faillite et une expropriation qui renforcerait les moyens financiers de la Russie si elle rompait ses engagements.

L’émotion est-elle la réponse à toutes les questions politiques ?

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 24 mars 2022

Ukraine. Romain Bessonnet : « Autour de monsieur Zelensky, la corruption est légendaire ! »

Romain Bessonnet

21/03/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Romain Bessonnet était l’invité d’Éric Morillot dans Les Incorrectibles. Ce dernier est le traducteur, en français, du livre Poutine par lui-même – La conquête du pouvoir : discours et interventions (1991-2000)

Spécialiste de la Russie, il est le secrétaire général du Cercle Aristote. Il évoque la situation internationale, l’Ukraine, la corruption.


Volodymyr Zelensky : de la dialectique du bien et du mal

Volodymyr Zelensky

Il semble loin le temps où, en 2016, Volodymyr Zelensky jouait du piano debout avec ses attributs. Ou qu’il se produisait dans des danses lascives en body-cuir et talons aiguilles. Il a, depuis, conquis ses lettres de noblesse auprès d’une partie de l’intelligentsia occidentale qui fait de cet ancien bouffon devenu président le parangon de la démocratie depuis que Vladimir Poutine a envahi l’Ukraine.

Si l’irrationalité apparente de la décision de Poutine interroge, après plus d’une semaine de combats, la réalité saute aux yeux : il a généré l’inverse de tout ce qu’il semblait vouloir provoquer. Au premier chef, le sentiment national ukrainien s’est cristallisé en cet ambigu Zelensky, qu’on disait marionnette fantoche de puissances oligarchiques, compromis et fragilisé, en septembre dernier, par les révélations des « Pandora Papers » sur l’opacité de ses transactions à l’étranger, après qu’il se fût pourtant déclaré champion et « serviteur du peuple » contre la corruption lors de la campagne présidentielle de 2019.

La résistance massive des Ukrainiens qui déjoue les pronostics de victoire rapide du Kremlin a-t-elle aussi surpris l’ancien saltimbanque qu’ils ont porté à leur tête ? En tout cas, il nous démontre aujourd’hui qu’il a su prendre en main les commandes de la « Providence » avec une habileté consommée où transparait son professionnalisme de communicant. Conviction ou posture, il a surtout su s’approprier et mettre en scène la dialectique du Bien et du Mal à destination de l’Occident libéral.

Ce vendredi, dans une mise en scène sobre en un lieu indéterminé pour raisons de sécurité, veste kaki et mal rasé, il exhortait une nouvelle fois les Européens en termes dramatiques sur le danger de l’ogre russe qui nous menacerait tous, présentant son pays comme un rempart : « Si l’Ukraine ne tient pas, l’Europe ne tiendra pas. » Une dialectique pour émouvoir nos sensibilités par la simplification dualiste : « Soutenez notre liberté, parce que cette victoire, ce n’est pas seulement contre les militaires russes, c’est la victoire du bien contre le mal. » Disons-le tout net, Volodymyr Zelensky est dans son meilleur rôle. Celui de sa vie !

N’aurait-il pas déjà échappé à trois tentatives d’assassinat ? C’est ce que dit le Times. Vrai ou faux, peu importe. Les médias occidentaux retrouvent avec lui le héros romantique « guévarien » de la liberté qui plaît à l’universalisme moral ; le David démocrate qui brave le Goliath totalitaire. Et les vieux va-t-en-guerre à l’émotion sélective du nouveau Café de Flore, BHL en porte-drapeau, réactivent la mythologie de leurs jeunes années : pour lui, Zelensky, c’est Gavroche, Allende et Churchill à la fois. Face à un Poutine vieilli, cireux et cravaté derrière son bureau old fashion soviétique, vu et dépeint en dictateur usé, ce personnage trouble a d’ores et déjà gagné, en France et en Europe, la bataille du texte et de l’image grâce à sa propre mise en scène et aux louanges de ses multiples défenseurs.

Mais, acculé au tragique imposé par la guerre, n’est-il pas devenu, quoi qu’on en pense, par ses déclarations irresponsables qui veulent entraîner les Européens et l’OTAN jusqu’à l’irréparable, l’imprévisible pyromane de l’escalade militaire la plus dangereuse qui soit ? Comme un mauvais génie de combat eschatologique, bien éloigné du modèle idéal des héros de la liberté dont rêvent pour nous BHL et sa clique.

Pierre Arette

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Ukraine: le président Zelensky se dit prêt à un compromis sur les territoires séparatistes de l’Est et à ne plus insister sur une adhésion à L’OTAN