Guerre de l’information, changements de récits et haine autorisée

guerre information

Dans ces temps de guerre de l’information, nous publions cette tribune de Claude Chollet. Non pour prendre parti, mais pour disposer d’un peu de recul au milieu du tintamarre.

1. Vladimir Poutine a tué le Covid. Un récit a remplacé l’autre. Le récit crimes de guerre a remplacé le récit Covid. Avec le même fond musical et le même refrain : la peur et ses diverses orchestrations.

2. Le conflit a tué également l’élection présidentielle française remplacée par un roman photo dont la dernière image – une réélection triomphale et heureuse – se laisse deviner de manière de moins en moins subliminale.

3. L’unanimité est toujours suspecte. Du Monde au Figaro, de Médiapart au Point, des radios privées et publiques aux télévisons publiques et privées la ritournelle est quasi la même, avec des variations de style. Il n’est pas interdit de s’en étonner. Et même d’en analyser certaines causes, nous le ferons plus au calme.

4. La propagande existe des deux côtés.

5. La propagande russe est massive à domicile, les médias étrangers sont interdits et les journalistes russes muselés. Mais ceci en Russie seulement..

6. La propagande américano-ukrainienne est toute aussi massive à l’ouest, les médias russes sont interdits. Chez nous et dans toute l’UE.

7. Les russes ont renoncé au soft power de l’information, les seuls communiqués laconiques sont ceux du commandement russe indiquant les progressions militaires (avec retard bien entendu et sans doute de manière douteuse), le nombre de tués et de blessés (avec retard aussi, même commentaire).

8. Le soft power américain est une arme de guerre. En 1990, le géopolitogue américain Joseph Samuel Nye l’avait théorisé dans un livre célèbre, The Changing Nature of American Power qu’il a complété en 2004, Soft Power: The Means To Success In World Politics. Le soft power, nous citons « met en forme les préférences de l’autre à travers la culture, les valeurs et les politiques étrangères », (nous mettons en caractères gras les derniers mots) ; en une phrase « la meilleure propagande n’est pas la propagande ». Ce soft power n’exclut pas le hard power, il le complète à moindre coût.

9. La haine, autrefois objet de répulsion devient autorisée. Les réseaux sociaux américains autorisent (encouragent ?) leurs utilisateurs à appeler au meurtre contre les russes et leurs dirigeants. Il faudra s’en souvenir plus tard quand les « discours de haine » seront de nouveau bannis de manière univoque et viendront justifier la censure.

10. Le refrain de l’UE, repris par nombre de journalistes amnésiques, « il s’agit de la première guerre en Europe depuis 1945 », n’est qu’un mensonge. En 1999 les avions de l’OTAN ont bombardé pendant 78 jours la Serbie, occasionnant des centaines de morts civils.

Le schéma narratif se poursuit. À suivre, hélas.

Tribune reprise de Ojim

[Entretien] Laure Mandeville : la politique de reconquête de Poutine

Laure Mandeville

10/03/2022 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Laure Mandeville est grand reporter pour Le Figaro depuis 1989. Correspondante à Moscou puis à Washington, elle a une connaissance intime du monde Slave. Elle a écrit dès 1994 sur l’armée russe, puis sur Vladimir Poutine et sa politique de reconquête en 2008.
Elle décrypte pour Livre Noir les dessous de l’invasion de l’Ukraine et vous offre des clefs pour mieux comprendre ce conflit qui bouleverse le monde.


Poutine, meilleur agent électoral de Macron ?

Emmanuel Macron, président impopulaire, craint pour sa réélection. Il avait espéré que l’épidémie de Covid lui donnerait l’opportunité d’une élection présidentielle organisée à sa guise [1]. Las, Omicron vient de balayer cet espoir. Mais voilà que la Russie engage des opérations militaires en Ukraine. Quelle aubaine pour la macronie !

Un blanc-seing pour Macron ?

D’abord, l’inquiétude provoquée par la décision du président russe efface tout d’un coup, en effet, les fiascos diplomatiques à répétition d’Emmanuel Macron. Voire le bilan catastrophique de son quinquennat. Et puisque Vladimir Poutine endosse la posture de l’agresseur, cela démontre qu’Emmanuel Macron ne pouvait réussir à imposer une médiation diplomatique. Il n’y est donc pour rien, le pauvre. C.Q.F.D. !

Ensuite, le spectre d’une guerre en Europe, comme le titre Le Figaro du 25 février, renvoie au second plan les inquiétudes provoquées par le chaos migratoire européen. Au contraire même, puisqu’on nous annonce déjà qu’il faudra accueillir des réfugiés ukrainiens.

Mieux encore : dans cette période si dangereuse pour la paix en Europe, ne faut-il pas resserrer les rangs autour de l’Union européenne, de l’OTAN et bien sûr du président de la République ? Le maire de Béziers, Robert Ménard vient d’ailleurs de déclarer qu’il fallait se ranger « derrière le chef de l’État, quand l’intérêt français est en danger ».

Le coup de l’union nationale

En d’autres termes, la tentation sera grande de nous rejouer le coup de l’union nationale face au barbare Poutine. Ne faut-il pas « faire bloc » contre lui ? Et donc… autour de Jupiter ! Faut-il vraiment changer de président quand la guerre est ad portas ?

Du même coup, ceux qui mettaient en cause le positionnement atlantiste et européiste d’Emmanuel Macron deviennent suspects.

Ne feraient-ils pas par hasard le jeu de Poutine ? Et comme le hasard fait bien les choses, il se trouve que justement les partisans d’une révision de nos relations avec l’OTAN se trouvent parmi les opposants présidentiels à Emmanuel Macron les plus dynamiques : Mélenchon, Zemmour, Le Pen. Super, non ? Comme le titre avec une satisfaction mal contenue le quotidien Le Monde, « Éric Zemmour et Marine Le Pen fragilisés par l’attaque de Vladimir Poutine en Ukraine[3] ». Génial, non ?

Faire le jeu de Poutine, voilà une accusation bien commode pour faire taire les opposants à la macronie et pour neutraliser les dissidents. Mieux encore que l’accusation, éculée, de racisme.

L’heure du bourrage de crânes

Car, derrière l’union nationale, il y a toujours le bourrage de crânes et la censure.

Le bourrage de crânes, nous connaissons déjà. Car cela fait au moins vingt ans que l’on nous abreuve de propagande antirusse et singulièrement anti-Poutine : que ce soit dans les médias mainstream ou sur grand écran hollywoodien où le Russe est systématiquement placé dans le rôle du méchant : mafieux, violent, alcoolique, terroriste d’ultra-droite, on a le choix !

Mais la guerre en Ukraine ne valide-t-elle pas a posteriori toutes ces bêtises, diront les esprits simples ? Poutine n’est-il pas le nouvel Hitler, devant qui il ne faudrait rien céder ? Pas de nouveau Munich, tonnent déjà les stratèges de plateau télé qui ont pris la place des médecins sur nos écrans, avec la même conviction au front de taureau.

Et l’on n’oubliera pas tous ces vieux réacs à qui l’on donne curieusement la parole car ils analysent la situation à l’aune de leur anticommunisme des années 50, preuve qu’ils n’ont rien oublié ni rien appris, comme disait Chateaubriand.

Pour lire la suite, c’est ici !

Dans Valeurs Actuelles : Comment l’histoire redevient tragique : les erreurs de Poutine, la responsabilité de l’Otan, les vertiges d’un conflit

L’Europe face au risque d’une guerre nucléaire, par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

Qui arrêtera la folie des hommes ? Depuis dimanche, 14 heures, le monde vit sous la menace d’une surenchère pouvant mener à une guerre nucléaire. Hier, Vladimir Poutine a en effet expliqué, prétextant des déclarations « belliqueuses » de l’Otan : « J’ordonne au ministre de la Défense et au chef d’Etat-major de mettre les forces de dissuasion de l’armée russe en régime spécial d’alerte au combat ». Dans son discours du 24 février, annonçant l’invasion de l’Ukraine, l’autocrate avait déjà prévenu : « Dans le domaine militaire, la Russie moderne, même après l’effondrement de l’URSS et la perte d’une grande partie de son potentiel, est aujourd’hui l’une des puissances nucléaires les plus importantes du monde et dispose en outre d’avantages certains dans un certain nombre d’armements de pointe. A cet égard, personne ne doit douter qu’une attaque directe contre notre pays entraînerait une défaite et des conséquences désastreuses pour tout agresseur potentiel ». Un peu plus loin, il avait été encore plus menaçant : « Quiconque tente d’interférer avec nous (…) doit savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et vous conduira à des conséquences auxquelles vous n’avez jamais été confrontés dans votre histoire ». Des stratèges en chambre assurent que Poutine bluffe. Pour ma part, j’observe qu’il applique ce qu’il a annoncé en voulant éteindre « une menace constante émanant du territoire de l’actuelle Ukraine ». Il est assurément le responsable de cette guerre déclarée, via l’Ukraine, à l’Occident et à ses démocraties. Il est néanmoins stupide, de la part des Européens, de jeter des bidons d’essence pour démontrer qu’ils seraient enfin sortis de leur léthargie.

L’ « esprit munichois » et sa recherche de l’ « apaisement » caractérisent l’Union européenne angélique, confrontée à la guerre de civilisation que le monde islamiste lui a déclarée sur son sol. Quand Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, explique en 2015 la guerre de la France contre Daech et le terrorisme, il s’empresse de déclarer : « Pour ma part, je ne parlerai jamais d’« ennemi de l’intérieur » : si le combattant de Daech en Syrie et en Irak est un ennemi, et doit être traité comme tel, le terroriste sur le territoire national est un criminel, et doit être traité comme tel. Du reste, parler d’« ennemi de l’intérieur » est la porte ouverte à une stigmatisation infondée et dangereuse, qui est justement ce que certains théoriciens ennemis recherchent. ». Aujourd’hui, Le Drian, devenu ministre des Affaires étrangère, n’use plus des mêmes délicatesses pour rappeler au « dictateur » russe que « l’Otan est une puissance nucléaire ». Or cette montée aux extrêmes est une approche irresponsable. L’Europe ne peut, au prétexte de conjurer ses lâchetés face à l’islam radical, se lancer dans une menace nucléaire mimétique, au risque de déclencher le pire. Le rôle d’Emmanuel Macron n’est pas de jouer à l’homme de guerre mais d’être un pacificateur. Cette attitude exige de la nuance, de la raison, de l’intelligence. Etre pyromane face à Poutine est, actuellement, une posture semblablement criminelle.

Ivan Rioufol

Texte daté du 28 février 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Macron, la Russie et l’Ukraine : le cirque de l’impuissance, par Clément Martin (Les Identitaires)

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À l’heure où ces lignes sont écrites, la Russie vient d’envahir l’Ukraine, dans le cadre d’une « mission de maintien de la paix ». Cette décision fait suite aux tentatives échouées d’Emmanuel Macron de convenir d’une solution garantissant la paix entre Kiev et Moscou. Après chacun des deux entretiens entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron (le 7[1] et le 20 février[2]), ce dernier s’était vanté d’avoir trouvé un terrain d’entente qui éviterait l’escalade des violences. Quatre jours après le dernier face-à-face entre Paris et Moscou, la Russie lançait l’assaut. Cet épisode illustre à la fois la théâtralité du gouvernement Macron autant que l’impuissance française et européenne actuelle.

L’agitation au service de l’illusion

La conception « jupitérienne » du pouvoir revendiquée par Emmanuel Macron était un slogan habile, une tactique marketing de bas-étage consistant à promettre le retour de l’autorité au sommet de l’État. Bien entendu, la réalité est rapidement apparue au grand jour : Macron gouverne comme un manager tyrannique, usant de son faible pouvoir pour humilier les Français honnêtes (mesures sanitaires, répression des Gilets jaunes, ensauvagement par l’immigration) tout en acceptant toutes les concessions à l’international. L’enjeu pour le chef de l’État est crucial : alimenter l’illusion d’une continuité gaullienne (équilibre et puissance française) dans les questions internationales, alors que le dossier ukrainien (parmi d’autres) révèle au contraire le fait que la France soit devenue une « puissance de moyenne impuissance », qui continue à jouer le rôle suranné de l’arbitre de l’Europe, sous la risée des puissances américaine et russe.

Plus que jamais, la nécessité vitale de la « forteresse Europe »

Mais plus encore que la faiblesse de l’État hexagonal, la crise russo-ukrainienne illustre à quel point la construction européenne actuelle, basée sur l’échange des migrants et des marchandises, l’inclusivité, la bureaucratie et l’Eurovision, est incapable de faire respecter les intérêts de la civilisation européenne sur la scène internationale. Bâtie comme un simple agrégat économique au service des « droits de l’Homme », l’Union européenne se retrouve comprimée entre les velléités hégémoniques des États-Unis à l’Ouest et de la Russie à l’Est et passe à côté de son rôle historique : celui de donner naissance à une diplomatie européenne cohérente, soucieuse de défendre les Européens dans un monde de plus en plus conflictuel. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que certains Européens patriotes soutiennent la Russie de Poutine de façon précipitée, par réflexe de rejet envers l’intelligentsia occidentale formée au discours de Washington.

Mais comme toujours, la réalité est plus complexe et nécessite de briser les réflexes faciles. Sans une prise de conscience de leur destin commun, les Européens seront condamnés à demeurer des peuples satellites des deux empires qui les encerclent. Le temps est venu de tenir un nouveau discours à l’Europe, celui de l’auto-détermination, de l’identité et de la puissance, seul capable de nous redonner notre liberté et notre indépendance.

[1] https://www.la-croix.com/France/Emmanuel-Macron-rendra-Russie-Ukraine-7-8-fevrier-2022-02-04-1201198537
[2] https://www.france24.com/fr/europe/20220220-ukraine-un-entretien-de-la-derni%C3%A8re-chance-entre-macron-et-poutine

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

Opérations russes – Tout ne se passe pas comme prévu, par Olivier Bault

poutine zemmour

Après quatre jours d’offensive, le moins qu’on puisse dire, c’est que, malgré son énorme supériorité militaire et des mois de préparation, et aussi malgré l’autorisation donnée par la Biélorussie d’attaquer depuis son territoire pour raccourcir la route jusqu’à Kiev, tout ne se passe pas comme prévu pour la Russie. Le maître du Kremlin en était réduit ce week-end, pour conserver la face, à des gesticulations nucléaires qu’il prétend motivées par les propos hostiles de l’Alliance atlantique. La Russie a donc mis ses forces de dissuasion en alerte, alors qu’elle est en train d’envahir un pays, l’Ukraine, qui ne dispose pas de l’arme nucléaire et qui ne fait partie d’aucune alliance !

Dans cette première phase de la guerre, la Russie n’a certes engagé que la moitié environ des forces qui encerclaient l’Ukraine avant le début de l’offensive jeudi matin. Mais la débandade attendue de l’armée ukrainienne n’est pas survenue, même si le journal La Pravda, fidèle à sa tradition soviétique, affirmait le contraire lundi matin sur son site, dans un article en une consacré à la « libération » de l’Ukraine d’une junte supposément néo-nazie, dans le cadre d’une « opération spéciale de la Fédération russe ». L’envoi des troupes d’élites tchétchènes du dictateur Ramzan Kadyrov, venues participer à l’invasion de l’Ukraine au nom d’Allah, se serait soldé par des pertes sévères aux abords de Kiev et la mort du général tchétchène Tushayev, proche de Kadyrov. Bien entendu, les affirmations de part et d’autre sont à prendre avec des pincettes, comme dans toute guerre. Les sites des médias russes à l’étranger ne fonctionnant plus lundi matin en raison des attaques de pirates informatiques – le collectif d’internautes Anonymous s’est engagé dans la défense de l’Ukraine –, on ne pouvait toutefois plus voir la version russe des événements dans nos différentes langues européennes.

En Pologne, où sont déjà arrivés quelque 200 000 réfugiés ukrainiens – principalement des femmes et des enfants, les hommes de moins de 60 ans ayant interdiction de quitter l’Ukraine pour cause de mobilisation générale –, on voit à Varsovie repartir des cars remplis d’hommes partant défendre leur patrie contre l’envahisseur, car les travailleurs ukrainiens sont très nombreux sur les bords de la Vistule. La Pologne a été la première à envoyer un convoi de camions remplis d’armes après le début des hostilités (munitions, lance-missiles, drones et autres produits de première nécessité en temps de guerre). Aujourd’hui, c’est l’OTAN et l’UE qui organisent l’envoi d’armes de défense et cela vaut même pour l’Allemagne.

Ce qui surprend les experts militaires occidentaux, c’est que, malgré sa supériorité militaire massive, la Russie ne s’était toujours pas assuré une domination aérienne complète au bout de quatre jours d’offensive. Les appareils ukrainiens – avions de combat, drones et missiles sol-air – continuaient de frapper dimanche. Deux gros transporteurs Iliouchine remplis de troupes d’élite russes auraient été abattus – le conditionnel reste de rigueur – depuis jeudi, en plus d’avions de combat et hélicoptères. Les Ukrainiens revendiquent près de 4 000 militaires russes tués, tandis que les Russes ont confirmé leurs premières pertes humaines dimanche seulement. Les Ukrainiens parlent aussi de centaines de civils tués par les tirs russes.

Ce que l’on peut confirmer, c’est que de nombreux volontaires civils rejoignent la défense territoriale ukrainienne et que les armes légères ne manquent pas. Les communications ukrainiennes continuaient de fonctionner lundi matin et les troupes russes n’avaient toujours pas réussi à prendre la capitale après une nouvelle offensive dans la nuit. Même la ville de Kharkiv, russophone et située tout près de la frontière russe, restait lundi matin entre les mains des autorités ukrainiennes, de même que la plupart des grandes villes attaquées depuis quatre jours par une armée russe souffrant apparemment d’importants problèmes logistiques du fait de ses lignes étirées et des poches de résistance ukrainiennes laissées sur ses arrières. Sur les réseaux sociaux, les vidéos circulent où l’on voit des civils ukrainiens insulter et menacer des jeunes conscrits russes désorientés, qui ne semblent pas comprendre ce qu’ils font là. L’attitude héroïque du président Volodymyr Zelensky – un Ukrainien russophone –, qui a choisi de rester à Kiev et a refusé une offre d’évacuation américaine, et aussi du maire de Kiev, champion de boxe et millionnaire, qui a pris les armes pour défendre son pays, fait que ces dirigeants ukrainiens présentés par la propagande du Kremlin comme des laquais drogués des Etats-Unis ont pour le moment largement remporté la bataille de l’image dans cette guerre asymétrique. •

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 28 février 2022

Hubert Védrine : « Les européens ne veulent pas devenir une puissance, ils espèrent régner par leurs valeurs (…) Il n’est pas exclu que Poutine engendre une réaction dans la tête des européens »

Poutine révèle le déclin de l’Occident, par Ivan Rioufol

« Bien entendu, nous ne ferons rien ». Ce fut l’aveu de Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, après le coup d’Etat en Pologne de décembre 1981. La même prudence est reprise ces jours-ci dans le camp occidental, plus pusillanime que jamais. Après la reconnaissance par Vladimir Poutine, lundi soir, des « républiques populaires » de Donetsk et Louhansk (Dombass), les démocraties indignées ne feront rien. Elles se contenteront de protestations usuelles et de sanctions économiques symboliques contre la Russie et sa volonté de déstabiliser l’Ukraine. Les mots pourtant ne manquent pas pour alerter sur la gravité de la situation créée par l’autocrate russe. Emmanuel Macron, qui s’est fait humilier par le nouveau tsar en croyant jouer au pacificateur, le qualifie de « paranoïaque ». L’Anglais Boris Johnson accuse Poutine de préparer « la plus grande guerre en Europe depuis 1945 ».

Jean-Louis Bourlanges, président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale, évoque « la plus grave crise internationale depuis la deuxième guerre mondiale ». Si la menace est bien celle décrite par l’Union européenne et les Etats-Unis, une mobilisation militaire devrait s’imposer. Mais les Occidentaux n’ont aucune envie de sacrifier une vie de soldat pour défendre l’intégrité de l’Ukraine. Poutine le sait : il est libre de ses gestes, face à un camp désarmé. Il reste à espérer que le maître du Kremlin saura maîtriser le mépris que lui inspirent ces beaux parleurs qui se planquent.

Poutine révèle ce que sont les donneurs de leçons : des faiseurs de jactance incapables de penser le conflit contre les puissants. Le régime russe est répulsif dans son autoritarisme, son centralisme, sa brutalité. On ne peut reprocher néanmoins à Poutine de vouloir défendre son peuple, sa culture, son histoire : des valeurs considérées comme ringardes par le « progressisme » occidental. Le monde libre aura trouvé naturel de séparer par la force le Kosovo devenu majoritairement musulman de la Serbie chrétienne. En revanche, il trouve intolérable que les russophones du Dombass soient attirés par le monde orthodoxe. Plus généralement, l’Europe montre son propre déclin. Le 15 mai 2014, je publiais un bloc-notes titré : « L’homme européen est une femme à barbe », après le choix de l’Eurovision de promouvoir un transsexuel barbu, Conchita Wurst. J’y écrivais notamment : « Le nouvel Homme européen est une femme à barbe. La promesse européenne ? Elle enfante ce divertissement transgressif, exhibé comme une fierté libératoire et une victoire politique. Conchita résume le manque d’ambition de l’Europe déclinante : une réalité qui se lit plus gravement dans le plaisir cynique que prend Vladimir Poutine à l’humilier sur le terrain ukrainien. Tandis que l’Eurovision plébiscitait son héroïne labellisée LGBT (lesbienne, gay, bi et trans), le tsar faisait défiler ses troupes et ses chars sur la place Rouge, puis en Crimée annexée. À quelques jours de l’élection de ses députés, l’Union européenne se présente sans diplomatie, sans armes, sans âme. Sans rien sinon sa futilité étalée. » C’est cette futilité que nous payons.

Ivan Rioufol

Texte daté du 23 février 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Ukraine : la Russie ouvre le feu – Poutine passe à l’offensive

Après des mois de tensions et de tractations diplomatiques, le conflit armé tant redouté a éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi. C’est peu avant 6 heures du matin à Moscou (4 heures à Paris) que la terrible sentence est tombée lors d’une allocution télévisée du président russe. « J’ai pris la décision d’une opération militaire » a ainsi déclaré Vladimir Poutine. Une annonce qui plonge le monde dans l’effroi et claque comme une gifle portée au visage du président français, Emmanuel Macron, qui avait prétendu être parvenu à faire « baisser la tension » lors de sa rencontre avec le maître du Kremlin.

Dans son intervention, ce dernier a dénoncé une fois encore un « génocide » orchestré par l’Ukraine dans l’est du pays ainsi que la politique agressive de l’Otan. Il a également assuré ne pas vouloir « d’occupation » de l’Ukraine, mais sa « démilitarisation » et sa « dénazification » (sic), promettant le tribunal pour « tous ceux qui ont commis de nombreux crimes, responsables de l’effusion de sang de civils, notamment des citoyens russes ». Pris de court par le coup de force russe, les dirigeants occidentaux se sont pour l’instant contentés de « condamner fermement l’agression » et de promettre de nouvelles sanctions contre la Russie. « Le président Poutine essaie de revenir au temps de l’Empire russe, mais en agissant ainsi il met en péril l’avenir de son peuple », a déclaré pour sa part la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Une « réunion extraordinaire » au Conseil de l’Europe se tiendra ce jeudi pour prendre « rapidement les mesures nécessaires pour répondre à la situation actuelle ». Beaucoup de palabres et de doctes et sentencieuses proclamations en perspective et une lenteur de réaction concrète sur laquelle mise sans doute Vladimir Poutine.

Côté ukrainien

Côté ukrainien, le président Volodymyr Zelensky a donné l’ordre à ses troupes d’infliger le maximum de pertes aux militaires russes qui envahissent son pays, a indiqué le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Valery Zaloujni. Des explosions ont été entendues dans plusieurs villes dont la capitale Kiev, Kharkiv, deuxième ville du pays, Kramatorsk, Dniepr, Donetsk, mais aussi les cités portuaires de Marioupol et Odessa. L’attaque russe apparaît donc comme une opération de grande ampleur.

S’il est difficile de prévoir pour le moment toutes les conséquences de cette attaque, on frémit en imaginant une éventuelle intervention des Etats-Unis ou de l’Otan qui pourrait transformer le conflit régional en véritable tragédie mondiale. Une fois encore, on ne peut que regretter amèrement que l’Europe, empêtrée dans sa vassalité vis à vis des Etats-Unis et encombrée de moraline « droits de l’hommesque », n’ait pas joué son rôle de « troisième voie » permettant une conciliation et une sortie pacifique de la crise. Le prix à payer pour cette incurie pourrait, cette fois, être particulièrement lourd.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 24 février 2022

Crise ukrainienne – Macron rêve d’un nouveau Munich

Crise ukrainienne

Passant son week-end au téléphone avec Biden et Poutine, Macron joue les Daladier dans l’espoir d’apparaître comme le sauveur de la paix. Mais les présidents russe et américain n’ont que faire de cette mouche du coche.

L’armée russe prolonge ses manœuvres en Biélorussie tandis que le retrait annoncé d’une partie des troupes russes amassées en Crimée et le long de la frontière ukrainienne a été qualifié de fictif par les Américains et l’OTAN, qui parlent désormais de 190 000 soldats russes encerclant l’Ukraine. S’il est difficile de faire la part des choses dans cette guerre de l’information entre les deux camps, il y a désormais de quoi s’inquiéter face à ce qui ressemble furieusement à une opération d’intoxication russe dans le Donbass comme pour justifier une attaque « défensive », dans la droite ligne de la doctrine soviétique des années de la guerre froide. Car qui à l’étranger, mis à part les agents payés et les idiots utiles, peut croire que l’Ukraine choisirait ce moment où la Russie a mis en place une force d’invasion qui l’encercle, y compris du côté de la mer Noire, pour lancer une grande offensive dans le but de reprendre le Donbass ? Et cela, rappelons-le, alors que les Américains et l’OTAN ont clairement fait savoir qu’ils ne comptaient bien entendu pas intervenir militairement du côté de l’Ukraine en cas d’attaque russe et qu’ils se contenteront d’appliquer des sanctions économiques.

Vendredi, alors que depuis plusieurs jours armée ukrainienne et républiques séparatistes de Lougansk et Donetsk s’accusaient mutuellement de violations répétées du cessez-le-feu par des tirs à l’arme lourde (les observateurs de l’OSCE disent avoir recensé près de 2 000 violations du cessez-le-feu pour la seule journée de samedi), une explosion à la voiture piégée, qui n’a pas fait de victime, a eu lieu à Donetsk. Elle était censée viser le chef de la police. Denis Pouchiline, le président de la République populaire du Donetsk, expliquait le même jour dans les médias russes que la guerre était inévitable, Kiev ayant selon lui décidé de lancer une grande offensive. Les deux républiques populaires avaient déjà annoncé l’évacuation des civils, et la Russie, qui accuse l’Ukraine de génocide au Donbass, se préparait à l’accueil de centaines de milliers de réfugiés. Tout semble donc prêt pour justifier une intervention russe d’ampleur comme en 2008 dans les territoires séparatistes de Géorgie, et ce peut-être dans le but d’annexer définitivement le Donbass ukrainien mais russophone comme cela avait été fait en 2014 avec la Crimée.

Le président français Emmanuel Macron s’est entretenu au téléphone dimanche avec son homologue russe Vladimir Poutine puis avec le président américain Joe Biden et a obtenu que les deux hommes se parlent encore une fois avant d’élargir les pourparlers « à toutes les parties prenantes ». Les Américains ont toutefois précisé que ces discussions entre Biden et Poutine n’auront pas lieu d’être si l’invasion russe a déjà commencé d’ici là.

Parallèlement, la Pologne, qui préside en ce moment l’OSCE, a convoqué à la demande de l’Ukraine une réunion extraordinaire de l’organisation, tandis que l’absence de la Russie à la Conférence sur la sécurité de Munich ce week-end a été remarquée, puisque c’était la première fois en trente ans que Moscou n’envoyait aucune délégation à cette conférence. En début de semaine, la Russie n’avait pas non plus participé à une réunion de l’OSCE demandée par l’Ukraine pour exiger des explications de la Russie sur ses importants mouvements de troupes à ses frontières.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 21 février 2022

Vladimir Poutine met en garde contre l’arrivée de combattants afghans “déguisés en réfugiés”

Le président russe a jugé dimanche 22 août que des terroristes djihadistes pourraient profiter du flot de réfugiés afghans.

Emmanuel Macron a mis en garde contre le risque d’un nouveau flux d’immigration illégale venu d’Afghanistan, en raison de la reprise du pouvoir par les talibans. Vladimir Poutine va plus loin en pointant du doigt le risque que des terroristes djihadistes s’infiltrent dans le flot de réfugiés, rapporte Le Figaro. « Qui peut être (caché) parmi ces réfugiés, comment peut-on le savoir ? » a questionné le président russe dimanche 22 août, lors d’une réunion avec des responsables du parti au pouvoir Russie unie.

Vendredi 20 août déjà, le chef de l’Etat avait estimé qu’il était « important d’empêcher l’infiltration de terroristes sur les territoires des pays voisins » de l’Afghanistan, « y compris en se faisant passer pour des réfugiés ». Le risque est d’autant plus important pour la Russie que plusieurs pays limitrophes possèdent également une frontière avec l’Afghanistan. Vladimir Poutine estime donc que des combattants « déguisés en réfugiés » pourraient facilement atteindre le territoire russe.

La Russie « ne veut pas de ces éléments en provenance d’Afghanistan ou d’autres pays », a martelé le président russe. Quant à ses « partenaires occidentaux », il affirme qu’eux-mêmes « demandent avec insistance d’accueillir les réfugiés dans les pays d’Asie centrale jusqu’à ce qu’ils aient un visa pour les Etats-Unis ou pour d’autres pays ». « Des centaines, voire des centaines de milliers ou peut-être des millions » de personnes pourraient vouloir fuir le territoire afghan, a-t-il également rappelé.

Texte repris du site Valeurs Actuelles

Humiliation d’Erdogan: pourquoi Poutine a-t-il fait poiroter le président turc devant son bureau

La dernière rencontre entre les présidents russe et turc a fait l’objet de nombreux commentaires sur les réseaux. Décryptage du vrai et du faux et des conséquences profondes de cette rencontre.

La salle choisie pour la rencontre du 5 mars dernier au Kremlin ne manquait pas de surprises pour le président turc… Avant même cela, c’est l’attente de la délégation turque, filmée par la télévision russe qui a beaucoup amusée sur les réseaux sociaux. Une attente dans le vestibule qui n’a en fait rien d’anormal. On y voit un Erdogan, livide, isolé, qui finit par s’asseoir, comme on se rend.

Deux petites minutes qui paraissent interminables

Deux petites minutes qui semblent longues à l’image, mais qui pour ce qui est du président russe, n’ont rien d’anormal, au contraire. Poutine a toujours su utiliser ses retards, quelque soit la personnalité attendue. Il y a pourtant différents types de retard chez lui.

Le premier est un message diplomatique quand les relations sont tendues. Cela a été le cas avec Angela Merkel, qui possède le record historique en 2014 avec 4h15 de retard… On peut noter aussi 3 heures pour le Premier ministre japonais Shinzo Abe en 2016, 50 minutes pour le pape François en 2015, 40 minutes pour Obama en 2012 ou même 14 mn pour la Reine Elizabeth II en 2003. Le second cas est le perfectionnisme de Poutine qui peut recevoir les dernières synthèses de son service diplomatique ou de son service de renseignement avant qu’une réunion importante ne commence.

Pour ce qui est d’Erdogan donc, pas vraiment de quoi s’alarmer. Mais qu’en est-il de la statue de Catherine II et de la pendule qui orne la cheminée du salon d’apparat ?

En effet, dans la salle où sont photographiés les deux présidents, une statue de l’Impératrice attire l’attention. Parmi de nombreuses réalisations et victoires militaires, la grande Catherine arracha la péninsule de Crimée, placée sous le joug ottoman depuis le XVe siècle à l’issue de la guerre russo-turque de 1787-1792. Elle y fonda la ville de Sébastopol en 1783. Mais ce n’est pas elle qui a conduit chacune des onze guerres russo-turques de l’histoire, la première datant de 1568…

La pendule est réalisée par le sculpteur russe Eugène Lanceray en 1880 complète le décor. Elle illustre la campagne des Balkans (1877-78) où les Russes s’étaient portés au secours de leurs frères orthodoxes serbes, bulgares, grecs et monténégrins qui aspiraient à leur indépendance de l’Empire ottoman.

Dans les deux cas, Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin fait la même réponse. Il s’agit d’une pure coïncidence et absolument pas d’une mise en scène destinée à impressionner Erdogan. Il est effectivement bien possible que ce dernier n’y ait pas vu malice. De fait, c’est bien la salle qui est utilisée pour les photographies avec les chefs d’Etat qui visitent le Kremlin. Sa décoration reflète en tout cas une chose, le goût pour l’Histoire et la continuité de l’Etat qui animent le président russe.

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Héléna Perroud : « La France et la Russie ont tout pour s’entendre »

22/08/2019 – EUROPE (NOVOpress)
Emmanuel Macron a reçu Vladimir Poutine au fort de Brégançon. Désaccords sur les manifestations des Gilets jaunes et à Moscou, sommet du G7 et crise ukrainienne…

Que retirer de cette rencontre au sommet ? Entretien avec Héléna Perroud, analyste et auteur de l’essai ‘Un Russe nommé Poutine‘ (Le Rocher, 2018).


Vladimir Poutine attaque l’accueil des migrants : « Où sont les intérêts de la population autochtone ? »

Vladimir Poutine, président de la Russie, accordait récemment au Financial Times un entretien très commenté dans lequel il attaquait frontalement le libéralisme menant à l’accueil des migrants par de nombreux pays européens. Voici la traduction d’extraits de cet entretien par les soins de Polémia.

Financial Times : Une question générale maintenant. J’ai parlé au début de notre entretien d’une fragmentation. Un autre phénomène aujourd’hui est la vive réaction populaire contre les élites et l’establishment et vous avec vu cela avec le Brexit. Peut-être parlerez-vous de l’Amérique de Trump. Vous avez vu cela avec l’AFD en Allemagne, en Turquie et dans le monde arabe. Combien de temps pensez-vous que la Russie pourra rester immunisée contre ce mouvement global de réaction contre l’establishment ?

Vladimir Poutine : Vous devez examiner les réalités dans chaque cas particulier. Bien sûr il y a des tendances, mais elles sont seulement générales. Dans chaque cas particulier, lorsque l’on regarde la situation, et la manière dont elle se déroule, vous devez prendre en compte l’histoire du pays donné, sa tradition et ses réalités. Combien de temps la Russie restera-t-elle stable ? Le plus longtemps sera le mieux. Parce que de nombreuses choses, et sa position dans le monde, dépendent de sa stabilité, de sa stabilité intérieure.

Ultimement, le bien-être du peuple dépend tout d’abord de sa stabilité. Une des raisons, la raison interne, pour laquelle pour laquelle l’URSS s’est effondrée, est que la vie quotidienne était difficile pour le peuple, dont les salaires nets étaient très bas. Les magasins étaient vides et le peuple perdait le désir intrinsèque de préserver l’Etat. Les gens pensaient que les choses ne pouvaient pas empirer, quoi qu’il arrive. Or il advint que la vie devint pire pour de nombreuses personnes, spécialement au début des année 1990, lorsque la protection sociale et le système de santé s’effondrèrent et que le système industriel s’émiettait. Le régime soviétique était probablement inefficace mais au moins les gens avaient un travail. Après l’effondrement ils l’ont perdu. Donc vous devez étudier chaque cas particulier de manière séparée.

Que se passe-t-il en occident ? Quelle est la raison du « phénomène Trump », comme vous l’avez dit, aux Etats-Unis ? Que se passe-t-il aussi en Europe ? Les élites au pouvoir se sont détachées du peuple. Le problème évident est le fossé entre les intérêts des élites et ceux de l’écrasante majorité du peuple. Nous ne devons pas négliger cette possibilité. Une des choses que nous devons faire en Russie est de ne jamais oublier que le but de l’exercice et de l’existence de tout gouvernement est de créer une vie stable, normale et sûre pour le peuple, et d’œuvrer pour un avenir meilleur.

Il y a aussi la prétendue idéologie libérale qui a survécu à son objectif initial. Nos partenaires occidentaux ont admis que de nombreux éléments de l’idéologie libérale, comme le multiculturalisme, ne sont plus tenables. Quand le problème des migrations est devenu une préoccupation majeure, de nombreuses personnes ont admis que la politique multiculturaliste n’était pas efficace, et que les intérêts de la population nationale devaient être placés en premier. Il est vrai que ceux qui font face à des difficultés dans leur propre pays, pour des motifs politiques, ont aussi besoin de notre aide. C’est un bel idéal, mais où sont les intérêts de la population autochtone quand le nombre de migrants se dirigeant vers l’Europe de l’ouest n’est pas une simple poignée, mais des milliers ou des centaines de milliers de personnes ?

Financial Times : Angela Merkel a-t-elle commis une faute ?

Vladimir Poutine : Une faute cardinale. On peut critiquer Trump pour son intention de construire un mur entre le Mexique et les Etats-Unis. Peut-être cela va-t-il trop loin. Je ne veux pas discuter cela. Mais il devait faire quelque chose contre l’énorme flux entrant de migrants et de narcotiques. Personne ne fait rien. On dit à l’envi que ce n’est pas bien. Mais qu’est-ce qui n’est pas bien ? Que faut-il faire ? Personne n’a rien proposé. Je ne dis pas qu’un mur doit être construit, ou les droits de douane relevés de 5 % par an avec le Mexique. Ce n’est pas ce que je dis, cependant quelque chose doit être fait. Trump cherche au moins une solution.

A quoi je veux en venir ? Ceux qui sont concernés à propos de cela, les Américains ordinaires, regardent cela et disent : « C’est bien, au moins il fait quelque chose, en proposant des idées et en cherchant une solution ». Les tenants de l’idéologie libérale ne font rien. Ils disent que tout va bien et que tout est comme cela devrait être. Ils sont installés dans leurs bureaux confortables tandis que ceux qui sont confrontés aux problèmes chaque jour, au Texas ou en Floride, ne sont pas heureux, et ils devront bientôt gérer leurs problèmes eux-mêmes. La même chose est en train de se passer en Europe. J’ai discuté de ce problème avec mes collègues mais personne n’a la réponse. Ils disent qu’ils ne peuvent pas mener une politique dure contre l’immigration pour de multiples raisons. Pourquoi exactement ? Juste parce que. « Nous avons des lois » disent-ils. Et bien alors, changez les lois ! Nous aussi avons des problèmes dans notre propre sphère. Nous avons ouvert les frontières avec les anciennes républiques soviétiques, mais au moins ces gens là parlent russe. Vous voyez ce que je veux dire ? Et en outre nous avons pris des mesures pour rationaliser les choses dans ce domaine. Nous travaillons avec les pays d’origine de ces migrants, on leur apprend le russe à l’école, et nous travaillons aussi avec eux ici. Nous avons durci la législation afin de montrer que ces migrants doivent respecter les lois, les coutumes et la culture de notre pays.

En d’autres mots, la situation n’est pas si simple en Russie non plus, mais nous avons commencé à travailler à l’améliorer. Alors que l’idéologie libérale présuppose que rien n’a besoin d’être fait. Les migrants peuvent tuer, piller et violer avec impunité car leurs droits en tant que migrants doivent être protégés. De quels droits s’agit-il ? Chaque crime doit être assorti d’une peine. Donc l’idéologie libérale est devenue obsolète. Elle est venue en conflit avec les intérêts de l’écrasante majorité de la population.

Article repris du site Polémia

La Hongrie, partenaire-clé pour la Russie

19/09/2018 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Sourire et poignée de mains chaleureuse entre Vladimir Poutine et le Premier ministre hongrois Viktor Orban. C’est la 7e fois que les deux hommes se rencontrent depuis 2014. L’occasion d’échanger sur l’état de leur relations bilatérales, ainsi que sur l’impact des sanctions de l’UE contre Moscou.

« La Hongrie est sans aucun doute l’un de nos partenaires principaux en Europe. Nos relations se développent dans tous les domaines. Les commissions intergouvernementales de nos deux pays travaillent activement ensemble, des relations inter-régionales se développent aussi, les liens économiques et commerciaux montrent des dynamiques positives », estime Vladimir Poutine le président russe.

Viktor Orban a remercié le président russe pour le maintien de relations bilatérales solides entre leurs deux pays.

La Hongrie a besoins de partenaires bons et capables. Je suis très content que nos relations soient stables et équilibrées depuis des années. On ne peut pas dire que les conditions internationales soient toujours favorables à notre coopération mais toutes les choses désagréables existent pour que nous les combattions ensemble. Et nous avons réussi.

Viktor Orban fait partie de ces politiciens qui réclament la levée des sanctions contre la Russie.