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Cédric Herrou : la fabrique d’un héros par les médias dominants

Cédric Herrou : la fabrique d’un héros par les médias dominants

Il est devenu la coqueluche des médias. Depuis plusieurs mois, Cédric Herrou multiplie les passages à la télévision, dans les journaux et à la radio. Ses nombreuses apparitions l’ont fait sortir de l’anonymat et certains journalistes n’hésitent pas à le qualifier de « héros ». Il aurait même refusé un film inspiré de sa vie « avec peut-être Romain Duris ou Vincent Cassel dans (son) rôle », s’est-il confié au Parisien. Retour sur une construction médiatique manichéenne. Source : ojim.fr

Le métier de Cédric Herrou ne le destinait pas à connaitre la notoriété. En parallèle à ses activités professionnelles d’agriculteur à la frontière franco-italienne, M. Herrou est un militant « pour l’aide aux migrants ». Quelles sont donc les actions qui l’ont sorti de l’ombre pour l’exposer aux spotlights des plateaux de télévision ?

Une activité militante et judiciaire intense

Août 2016 : « Cédric Herrou (est) inquiété par la justice pour avoir transporté des Erythréennes, avant que l’affaire soit classée sans suite » le 10 février 2017, nous informe Le Monde. Une interview filmée accompagne l’article du journal du soir dans laquelle il est indiqué que « depuis 6 mois, Cédric Herrou estime qu’il a déjà aidé près de 200 personnes à franchir la frontière ».

Octobre 2016 : Cédric Herrou est mis en garde à vue « pour avoir installé sans autorisation une cinquantaine de migrants dans un centre de vacances de la SNCF désaffecté, à Saint-Dalmas-de-Tende (Alpes-Maritimes), ainsi que pour l’aide au séjour et à la circulation de migrants en situation illégale », nous informe France 24.

Janvier 2017 : L’Express nous relate que Cédric Herrou a été « de nouveau placé en garde à vue mercredi soir pour infraction à la législation sur les étrangers, a annoncé son avocat ».

10 février 2017 : Le militant est «  condamné à 3 000 euros d’amende avec sursis par le tribunal correctionnel de Nice, vendredi 10 février. La justice reproche à cet agriculteur d’avoir pris en charge des migrants sur le sol italien ». « Il a, en revanche, été relaxé des autres faits qui lui étaient reprochés : l’installation, en octobre 2016, sans autorisation d’une cinquantaine d’Erythréens dans un centre de vacances de la SNCF désaffecté (…), ainsi que l’aide au séjour et à la circulation de migrants en situation illégale » selon Le Monde.

17 juillet : Nice-Matin nous informe qu’« environ 130 demandeurs d’asile sont arrivés lundi matin en gare de Nice ». « Un nouveau convoi de réfugiés, plus important que les fois précédentes ». « Dès leur arrivée, ils ont été escortés par la police sur le trajet qui les mène à la Plateforme d’aide aux demandeurs d’asile (…), afin de déposer un dossier. D’après David Nakache, le président de l’association “Tous citoyens”, une vingtaine de demandeurs d’asile arrivent chaque jour dans la propriété de Cédric Herrou ».

24 juillet : Le journal Nice-Matin annonce que « plus de 200 migrants sont arrivés à Nice pour demander l’asile », accompagnés par Cédric Herrou et José Bové.

13 septembre : France Info nous informe que « l’agriculteur qui vient en aide aux migrants, (a été) placé en garde à vue pour la 7e fois depuis 2016 ». Son avocat s’interroge dans une dépêche de l’AFP reprise en boucle sur une volonté de « harceler » son client.

Côté pile

Les qualificatifs élogieux ne manquent pas dans les médias à l’égard de Cédric Herrou et de son association Roya citoyenne. Pour de nombreux journalistes, c’est une nouvelle figure quasi messianique : il est ainsi pour un journaliste du New York Times « un héros populaire ».

Selon Le Monde, c’est « le dernier né des Robins des bois ». France Inter l’invite le 9 août au « débat de midi », et il est qualifié de « héros » par l’animateur de la radio publique.

Qu’a-t-il fait ? L’Obs nous informe qu’en janvier, il a « été jugé pour avoir aidé les réfugiés ».

Dans le même registre, il a selon France Info « été jugé pour sa solidarité » (sic). La radio de service public diffuse en ligne une vidéo de M. Herrou, « arrêté pour avoir dénoncé la situation des migrants ». Pour France Culture, quand Cédric Herrou a maille à partir avec la justice, c’est le « délit des solidarité » qui est en procès.

Le 9 octobre, 500 « personnalités » signent un appel dans Libération en faveur de celui « qui a soutenu des migrants dans la vallée de la Roya ». C’est un « juste de la vallée » selon L’Humanité qui donne la parole à des militants qui comparent les « jeunes africains » que M. Herrou a accompagné aux « enfants juifs rescapés ».

Côté face

Devant un tel concert de louanges, l’affaire paraitrait pliée… si l’on ne s’attardait pas sur quelques faits et propos minimisés ou passés sous silence dans de nombreux médias.

Le 5 janvier 2017, à l’occasion d’un duplex lors de l’« Émission politique » de France 2 avec l’ancien Premier Ministre M. Valls sur France 2, Cédric Herrou accuse : « Vos frontières ont blessé des femmes, des enfants, des familles ». « Des familles qui ont fui la guerre (…) qui se sont fait persécuter dans leur pays par une politique européenne, mondiale ». Personne ne relèvera l’incongruité d’accuser l’Europe d’être à l’origine de persécutions qui motiveraient des migrations.

Le 8 juin, selon Nice-Matin un élu niçois dépose « un référé devant le tribunal de grande instance de Nice pour demander la dissolution de l’association Roya citoyenne ». Il estime que « cette association sert de base opérationnelle pour aller chercher des clandestins et les faire passer la frontière ». « La toute nouvelle association Défendre La Roya (…), s’est jointe au candidat FN pour demander la dissolution judiciaire de l’association d’Herrou ». Après un report, le jugement sera rendu le 9 novembre, nous informe 20 Minutes.

Le 26 juillet, Valeurs actuelles informe qu’à l’occasion d’une perquisition, «  les enquêteurs ont (…) découvert que Cédric Herrou fournissait de fausses attestations de demande d’asile ».

Le 11 août, 20 Minutes publie des extraits d’une lettre du Ministre de l’intérieur datée du 28 juillet évoquant « différents collectifs de la vallée de la Roya animés par la volonté d’occuper l’espace public et médiatique ». En témoigne cette intervention (4e50 mn) de Cédric Herrou devant les caméras de BFMTV : « c’est quand ils veulent. S’ils veulent m’attraper, je le revendique devant les caméras, j’en parle, je dis que j’accueille ».

Le 13 septembre, Cédric Herrou (est) placé en garde à vue pour « violences aggravées et séquestration » selon Nice-Matin. Il s’agirait, selon Roya citoyenne, citée par le journal d’une « plainte douteuse d’un passeur professionnel ». Cédric Herrou sera relaxé quelques jours plus tard.

Le 23 septembre, Nice Provence Info informe que des individus auraient agressé Patrick Feneau, le fondateur historique de l’association « Roya citoyenne ». Dans une vidéo en ligne, l’ancien président de l’association indique qu’il a déposé plainte pour violence. Il déplore le fait que l’objectif de l’association qu’il a créée a été modifié. Dans le différend qui l’oppose aux nouveaux responsables de l’association, il indique que quand « leurs arguments ne tiennent plus », « il reste les injures, les coups, les menaces ». Il ajoute « Nos cibles, ce ne sont pas les migrants, ce sont les gens qui se servent d’eux ». « On peut agir (pour les migrants) de la même façon, mais à Vintimille ». « Ces actions entrainent dans la population une division qui est très néfaste et qui va se terminer par un drame ».

Le 25 septembre, selon Nice-Matin, « une quarantaine de militants de Roya citoyenne et de sympathisants de Cédric Herrou ont démonté à l’aide de pinces (…) un grillage installé par un voisin de l’agriculteur ». Ce grillage avait été posé « afin d’empêcher Cédric Herrou de passer sur sa propriété afin d’accéder à la sienne ». Trois personnes seront interpellées.

Le 19 octobre, Nice-Matin nous informe que Cédric Herrou est « poursuivi pour injures par le Préfet des Alpes-Maritimes ». « Le défenseur des migrants est mis en cause pour avoir assimilé le transport des demandeurs d’asile par la SNCF à celui des juifs pendant la guerre ».

Pour être complet, signalons quelques rares titres qui ne sacrifient pas à l’éloge dithyrambique du militant no-border :

Pour Le Parisien, Cédric Herrou est un «  héros pour les uns, (un) provocateur pour les autres ». Celui-ci a « industrialisé » son aide « appuyé par l’association Roya citoyenne (…) lorsqu’il accompagne jusqu’à 200 personnes en train à Nice pour déposer leur demande d’asile ». Le mensuel Causeur donne la parole à un journaliste plus catégorique : « L’action de M. Herrou a un nom : le trafic de migrants ». « Le migrant qu’il accueille ne devient plus que le véhicule de son idéologie protestataire, anti frontière, anti-étatiste ». Pour Valeurs actuelles, « Cédric Herrou sert avant tout un projet politique, celui de l’affaiblissement des frontières et de l’autorité de l’Etat ». Pour Gael Nofri dans Le Figaro, « Tout se passe comme si, sur cette affaire comme sur bien d’autres hélas, l’Etat avait honte de lui-même, peur de son autorité, n’était pas certain de son bon droit ».

Alors que Vintimille se transforme en Calais bis, que des jeunes migrants se rapprochent parfois directement des services sociaux débordés des conseils départementaux, comme le relate Le Figaro, il semble difficile pour de nombreux titres de presse généralistes de dépasser le récit héroïque dans la relation de la crise migratoire à la frontière franco-italienne. Et quand les migrants sont comparés aux juifs fuyant les nazis sur le mode « reductio ad hitlerium », quelles que soient les circonstances, prière de se taire le point Godwin est atteint.

Crédit photo : capture d’écran vidéo Margaid Quioc via Vimeo

Viol collectif au camp de clandestins de Vintimille

09/10/10/2015 – FRANCE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Une jeune activiste appartenant à l’association « No Borders » (Sans Frontières), qui milite pour la liberté de mouvement et la fin des contrôles migratoires, aurait subi un viol collectif il y a un peu plus d’un mois, sur le célèbre camp de clandestins de Vintimille situé à la frontière franco italienne. Selon plusieurs journaux italiens, dont La Stampa et le Corriere della Serra, cette jeune femme d’environ 30 ans travaillait depuis peu sur ce camp lorsqu’elle est tombée dans un piège que lui auraient tendu des Soudanais, un soir de fête. Les cris de la jeune femme, violée près d’un bloc de douches situé dans une forêt en bordure du camp, furent étouffés par la musique du camp. Lorsqu’elle voulut dénoncer ce crime à ses collègues, ces derniers lui demandèrent de ne pas ébruiter l’affaire, au risque de mettre en péril l’association et de dégrader l’image des clandestins auprès des populations locales.