Mathieu Slama: «Le bilan des deux années d’état d’urgence sanitaire est inquiétant pour notre démocratie»

pass sanitaire

Le 1er août marque l’entrée en vigueur du projet de loi qui met fin à l’état d’urgence sanitaire. Pour l’essayiste, les mesures liberticides qu’il a permises, plébiscitées par les Français, ont révélé une acception dévoyée et autoritaire de la République..
Une tribune publiée le 1er août et qui permet de dresser le bilan des nombreuses décisions anti-démocratiques prises par le pouvoir.

L’état d’urgence sanitaire prend officiellement fin aujourd’hui, après son instauration le 23 mars 2020. Nous aurons donc vécu sous état d’urgence pendant deux ans et cinq mois sans discontinuité, ce qui constitue un record dans l’histoire de la Ve République.

La fin de l’état d’urgence signifie que désormais, le cadre légal actuel ne permet pas au gouvernement d’imposer des «mesures limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion» au nom de la lutte sanitaire: exit donc, encore une fois dans le cadre légal actuel, les confinements, couvre-feu, passes sanitaires et vaccinaux.

S’il faut évidemment se réjouir de ce retour au fonctionnement normal de la démocratie, le bilan que l’on peut tirer de ces deux années de pandémie est sombre – et inquiétant pour l’avenir de notre démocratie.

Pendant deux ans, nous avons inventé des monstres. Les confinements, couvre-feu et passes sont devenus des outils politiques à part entière qui ont non seulement été utilisés mais aussi et surtout réutilisés, ce qui signifie qu’ils se sont inscrits dans notre normalité démocratique. Le confinement a été imposé à trois reprises tandis que le couvre-feu l’a été à deux reprises, à chaque fois pour des durées très importantes. Le passe sanitaire s’est transformé au bout de six mois en passe vaccinal, devenant ainsi encore plus coercitif et discriminant. Ces outils politiques n’existaient pas jusqu’alors. Désormais, ils existent et font partie de notre champ des possibles démocratique. La fin de l’état d’urgence et donc de ces mesures ne signifie pas qu’elles ne pourront plus être réemployées à l’occasion d’une prochaine crise: il suffira d’une nouvelle loi d’exception pour les remettre en place.

Depuis six ans, nous avons vécu 60% du temps sur un régime d’exception, c’est-à-dire dérogatoire aux principes démocratiques. Cela signifie, très concrètement, que le régime démocratique normal est devenu l’exception et le régime d’exception la norme. Pour des motifs sécuritaires, antiterroristes ou sanitaires, nous avons fait reculer l’État de droit de manière inédite dans l’histoire de la Ve République. L’intégralité de nos libertés fondamentales ont été atteintes: la liberté d’aller et venir, de manifester, de travailler, d’association, de réunion, de la presse, d’expression, de culte… C’est donc à une grande offensive contre la liberté que l’on assiste depuis plus de cinq ans en France, et la gestion de la crise sanitaire n’a fait qu’accompagner un mouvement qui lui préexistait largement. La loi séparatisme, pour prendre un exemple récent, a gravement remis en cause la liberté d’association, la liberté d’enseignement et la liberté de culte, comme l’a fait remarquer la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) sans que grand monde ne s’en émeuve.

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