Ukraine : Les ravages de l’Etat profond anglo-américain – Entretien avec Emmanuel Leroy

[Le Plus d’Eléments] Le match Russie-Ukraine truqué par les Etats-Unis

Extraordinaire lapsus: George W.Bush parle de « l’invasion brutale et totalement injustifiée de… l’Irak » euh… de l’Ukraine

Jacques Baud – « L’Occident instrumentalise l’Ukraine contre Poutine » – En un mois, les Russes ont tiré ce que les Américains ont tiré le premier jour de l’invasion en Irak !

Ukraine : le nécessaire « tri » entre migrants, la question que les médias de grand chemin ne veulent pas poser

migrants

La guerre en Ukraine qui a débuté le 24 février dernier entraine d’importants mouvements de population. Le gouvernement français a rapidement annoncé que notre pays allait accueillir des réfugiés ukrainiens. Parmi les “migrants” qui arrivent en France, nombre d’entre eux n’ont pourtant pas la nationalité ukrainienne. Ceux qui l’ont souligné ont rapidement et vertement été critiqués par des médias de grand chemin. Était-ce justifié ? Revue de presse.

Le tir de barrage au « tri » des migrants

La question d’un tri entre refugiés ukrainiens et extra-européens a d’abord émergé lors de leur sortie du territoire ukrainien. Le journal La Croix, suivi par de nombreux autres médias, souligne ainsi le 1er mars que « les autorités faisaient le tri à la frontière ukrainienne ». Le journal d’extrême gauche Politis est encore plus explicite et parle d’un « tri racial » entre réfugiés.

Cette polémique ne s’est pas arrêtée là. Dans son édition du 9 mars, le journal Le Figaro révélait que parmi les 5 000 premiers migrants venant d’Ukraine arrivés en France à cette date, « 30 % sont des migrants d’autres nationalités, dont beaucoup d’Algériens », suivis par les Ivoiriens, les Marocains et les Indiens.

Cette information allait provoquer un tir de barrage de nombreux médias de grand chemin français favorables à l’accueil inconditionnel des migrants.

« Ukrainiens, Syriens, Afghans… l’accueil des réfugiés en France est-il à géométrie variable ? », s’interroge le Parisien en père la morale le 2 mars.

L’Express se fait la porte-parole des migrants le 3 mars : « Alors que les initiatives se multiplient en France pour accueillir les réfugiés ukrainiens, une éventuelle hiérarchisation entre demandeurs d’asile suscite la polémique ».

L’Alsace s’empresse le 14 mars de faire une « désinfox » de l’article du Figaro. Le quotidien régional estime que « les chiffres officiels « ne disent pas que 30% des réfugiés venus d’Ukraine ne sont pas Ukrainiens. (…) Vendredi, le ministère de l’Intérieur a dit à l’AFP que 97,5% des 10 007 personnes en provenance d’Ukraine contrôlées sur le territoire national par la police aux frontières depuis le 25 février avaient la nationalité ukrainienne ».

Un faisceau d’indices troublant

Alors, la question d’un nouveau coup de bluff à l’occasion de la guerre en Ukraine pour faire accepter toujours plus d’immigration extra-européenne était-elle déplacée ?

Sur les réseaux sociaux, le député Aurélien Taché ex-LREM met en scène son accueil de « réfugiés d’Ukraine ». A voir la photo illustrant cet accueil, nous soulignions le 15 mars que certains arrivent jusqu’en France, plus enfants du soleil que de Kiev.

Bouli Billy relaie un article de La République du centre intitulé : « Orléans accueille ses premiers réfugiés “ukrainiens” ». Il est illustré par la photo de Mohamed et de sa famille.

Les Envahis retweete pour sa part un article de Paris Normandie consacré à l’arrivée de Youssouf à Val-de-Reuil.

Rares sont les journalistes à être allés sur le terrain pour vérifier si l’accueil des réfugiés ukrainiens en France crée un effet d’aubaine. Il est vrai que le sujet est inflammable.

Jean Bexon est de ceux-là. Il a publié sur le site Boulevard voltaire un reportage vidéo au centre Accueil Ukraine, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, près de la porte de la Chapelle. Il constate la présence de « nombreux jeunes Africains parmi les réfugiés d’Ukraine ».

Il relate ses constats dans l’article écrit à l’occasion de cette enquête :

« Une autre grande pièce jouxte la salle de réconfort. Une quarantaine de jeunes hommes, étudiants algériens pour certains, originaires d’Afrique subsaharienne pour d’autres, enregistrent un pré-dossier d’accueil ».

Un chauffeur salarié d’une compagnie de transport privée témoigne : « « Toute la journée d’hier, j’ai vu des “Blacks” ressemblant aux migrants que l’on croise habituellement dans Paris ».

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Conflit en Ukraine – Machiavel, toujours… – Une tribune d’Hervé Juvin

ambassadeur Russie

Confondre les causes — l’encerclement de la Russie — et les conséquences — l’invasion de l’Ukraine — constitue une erreur politique majeure. Mais elle ne dit pas tout des nouveaux rapports de force. La guerre en Ukraine échappe de plus en plus aux belligérants et devient le théâtre d’un affrontement à l’échelle du globe. Contre l’hégémonie du dollar. Contre les outils de contrôle de la finance internationale (le système Swift par exemple) au service exclusif des Anglo-Saxons. Les sanctions contre la Russie n’ont-elles pas été rejetées par plus des deux tiers de la population mondiale ? Cela devrait interroger les Européens et les inciter à sortir de l’orbite américain. La leçon de géopolitique d’Hervé Juvin.

Au moment où des édiles français proposent de changer le nom d’un lycée nommé Soljenitsyne parce qu’il est russe — savent-ils seulement quel dissident a été Soljenitsyne ? — au moment où la propagande se déchaîne jusqu’à désigner coupables ceux qui cherchent seulement à comprendre les raisons de l’invasion russe de l’Ukraine — essayer de comprendre, c’est déjà être complice ! — encore et encore, revenons-en à Machiavel. Chercher la verita effettiva de la cosa , voilà la seule ligne que tout élu, tout stratège plus encore, devrait adopter. Et si nous essayions de regarder ce qui est, au lieu de nous remplir de bonne conscience en proclamant ce qui devrait être ?

Un enjeu qui va au-delà des populations russophones

La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine n’a plus pour enjeu la sécurité des populations russophones du Donbass et d’ailleurs, ni le respect de leurs droits, tels qu’ils étaient prévus dans les accords de Minsk. Nous en sommes loin. Ce que le pouvoir russe s’obstine à nommer « opération » est devenu une guerre à signification mondiale, qui échappe largement à la Russie elle-même. Tel qu’il se dessine avec une précision croissante, l’enjeu est la fin de la domination anglo-américaine sur le monde. Cette domination s’exerce aujourd’hui à travers le monopole du dollar dans les transactions internationales, à travers le monopole des marchés de la City de Londres, de Wall Street et du Nasdaq aux États-Unis, plus encore d’une financiarisation insoutenable de l’économie mondiale, et par une instrumentalisation constante des prétendues « institutions internationales » par la tribu anglo-américaine, l’Union européenne n’y échappant pas.

Cette domination se justifie par une prétention arrogante à détenir le « Bien » et à faire le Bien du monde sans lui, voire contre la volonté exprimée des peuples. Cette domination explique le : « deux poids, deux mesures » qui, par exemple, dispense de toutes sanctions et de tout embargo les puissances coupables des agressions sans mandat des Nations-Unies contre la Libye (le mandat se limitait à la protection de Benghazi), contre l’Irak ou les complices des terroristes islamistes, par exemple en Afghanistan (la CIA contractant avec Ben Laden à Peshawar) ou en Syrie (l’invention britannique des « Casques Blancs »), et paralyse toute enquête sur la responsabilité américaine dans les pandémies échappées des laboratoires sous son contrôle, dans vingt-cinq pays, en Ukraine comme en Chine, en Bulgarie comme en Géorgie ou au Kazakhstan — et à Wuhan.

Sujet majeur ; des Nations représentant 3 milliards d’habitants exigent du Conseil de Sécurité de l’ONU une enquête indépendante, qu’une administration américaine en panique refuse, mais que le sénateur Rand Paul appelle, incarnant ce peu qui demeure de liberté en Amérique. Et elle explique un fait constaté, de Dakar à Delhi et de Téhéran à Pékin ; 8 milliards d’êtres humains qui sont autant de citoyens d’une Nation, d’héritiers de cultures et de civilisations toutes différentes, liés par leur identité collective et par cette liberté qui s’appelle souveraineté, ne seront pas conduits par cinq ou six cents millions de protestants arrogants et désormais, ignorants. Ajoutons notre lecture à l’emploi à deux reprises des missiles hypersoniques par la Russie ; la cause est entendue, et la sentence est sans appel. Les militaires ont entendu le message. Les mercenaires aussi, qui quittent l’Ukraine quand ils le peuvent.

L’économie compte

Le dirigeant historique de la Malaisie, Mohammad Mahathir, l’avait déclaré ; « l’Occident a tout pour être heureux, pourquoi veulent-ils vivre au-dessus de leurs moyens ? » Déclaration modérée, venant du dirigeant d’un pays un temps ruiné par l’attaque organisée par Georges Soros et ses complices contre le ringgit, la monnaie malaise. Saturé par la propagande à quoi se réduit la prétendue « économie » libérale, les Occidentaux ne mesurent pas à quel point l’aisance qu’ils croient devoir à leur travail, leurs entreprises et au génie de leurs dirigeants doit une part décisive au monopole du dollar. À de très rares exceptions près, le prix de toutes les matières premières qui comptent est libellé en dollar, et les marchés à terme de Chicago font les cours des céréales comme celui de Londres manipule les prix de l’or. À de très rares exceptions près, toute grande entreprise poursuivant une croissance mondiale cherche à lever des capitaux sur les marchés américains, à se faire coter sur ces marchés, et utilise les services de banques, d’auditeurs et de consultants américains — sans se rendre compte qu’elle tombe sous le coup des lois américaines.

Faut-il l’écrire au passé ? Il faut l’écrire au passé. En faisant disparaître quelques semaines Jack Ma, le milliardaire fondateur d’Alibaba au moment de l’introduction en Bourse de sa filiale, Ant, le gouvernement chinois a fait savoir que l’argent ne gouvernait pas la politique de la RPC. En négociant avec la Russie un contrat d’approvisionnement d’énergie à bon compte, en rouble contre roupie, l’Inde envoie un signal que renforce la décision des Émirats arabes unis de vendre du pétrole en yuan, hors dollar — au moment même où le nouveau maître des destinées de l’Arabie Saoudite refuse de prendre Joe Biden au téléphone. Le fait est que le dollar est en train de perdre sa fonction de référence sur les marchés de l’énergie.

La conclusion pourrait être : avec le monopole des transactions sur les matières premières, le dollar perd sa centralité dans le système monétaire mondial. Elle s’exprime autrement ; depuis le coup d’État monétaire de Nixon, le 15 août 1971, rendant le dollar non convertible en or, depuis une série d’escroqueries américaines, la moins commentée et la plus décisive étant sans doute la substitution de la comptabilité à valeur de marché (« market value ») à la comptabilité à valeur historique au début des années 2000, les États-Unis et, dans une moindre mesure, leurs alliés européens, bénéficient d’un niveau de vie surévalué de quelques 30 %. Qu’ils en profitent tant qu’il est temps !

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Ukraine. Romain Bessonnet : « Autour de monsieur Zelensky, la corruption est légendaire ! »

Romain Bessonnet

21/03/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Romain Bessonnet était l’invité d’Éric Morillot dans Les Incorrectibles. Ce dernier est le traducteur, en français, du livre Poutine par lui-même – La conquête du pouvoir : discours et interventions (1991-2000)

Spécialiste de la Russie, il est le secrétaire général du Cercle Aristote. Il évoque la situation internationale, l’Ukraine, la corruption.


Guy Carlier : « BHL est en Ukraine pour faire des photos »

30 % de clandestins extra-européens parmi les réfugiés ukrainiens ?

refugies migrants

Cela pourrait presque être drôle si ce n’était pas dramatique : un « réfugié ukrainien » sur trois débarquant sur notre sol serait en fait maghrébin ou africain. L’immigration clandestine passe un cap et le gouvernement est toujours aussi impuissant.

Nous l’indiquions dans le numéro de Présent de jeudi, 5 000 « réfugiés ukrainiens » sont d’ores et déjà arrivés en France, deux semaines après le début de l’offensive russe dans leur pays. Les Français sont généreux, prêts à fournir denrées et foyers aux femmes et aux enfants en détresse, démontrant leur solidarité envers leurs « cousins » européens. Problème, environ 30 % de ces réfugiés ne seraient pas ukrainiens mais issus du Maghreb, d’Afrique noire et d’Asie. Ce sont nos confrères du Figaro qui ont révélé le pot aux roses mardi soir, quelques heures après le lancement par le gouvernement de la plate-forme Je m’engage pour l’Ukraine, visant à organiser l’accueil des réfugiés. Voilà qui fait tache.

Ainsi donc, toujours d’après Le Figaro, se trouveraient dans cet afflux « en augmentation rapide », dixit Jean Castex, 7,5 % d’Algériens, 3,5 % d’Ivoiriens, 3,5 % de Marocains, 2,5 % d’Indiens, 2,5 % de Kirghizes, 2 % de Congolais, 1,5 % de Camerounais, 1 % de Pakistanais, ainsi que des ressortissants d’autres pays d’Afrique et quelques Chinois. Eric Zemmour, tancé pour ses réticences à accueillir des réfugiés ukrainiens, a relayé la nouvelle sur ses réseaux sociaux, la jugeant purement et simplement « inadmissible ». Le manque de sérieux dans les contrôles, voire l’absence de contrôles, suscite des interrogations et inquiète.

Des clandestins refoulés par la Pologne ?

Si l’information peut difficilement être vérifiée, il semblerait qu’il y ait dans ce contingent de clandestins de nombreux individus refoulés à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie cet hiver. Pour rappel, la Pologne accusait son voisin, mais aussi la Russie, de faire pression sur elle et sur l’Union européenne en facilitant l’arrivée des migrants à sa frontière. Ces derniers auraient donc trouvé un moyen d’accéder en Ukraine avant de profiter de la guerre et du chaos de ces dernières semaines pour gagner le sol de l’UE. S’il se disait lors des premiers jours de la guerre que les clandestins non ukrainiens (et pas seulement non blancs) étaient refoulés aux frontières, beaucoup sont passés entre les mailles du filet.

On pourra y voir une nouvelle preuve du manque d’étanchéité des frontières européennes et l’incompétence des autorités françaises, incapables de réaliser des contrôles sérieux, mais d’aucuns noteront aussi qu’il s’agit d’une conséquence des manœuvres russes et biélorusses envers les Occidentaux.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 10 mars 2022

Volodymyr Zelensky : de la dialectique du bien et du mal

Volodymyr Zelensky

Il semble loin le temps où, en 2016, Volodymyr Zelensky jouait du piano debout avec ses attributs. Ou qu’il se produisait dans des danses lascives en body-cuir et talons aiguilles. Il a, depuis, conquis ses lettres de noblesse auprès d’une partie de l’intelligentsia occidentale qui fait de cet ancien bouffon devenu président le parangon de la démocratie depuis que Vladimir Poutine a envahi l’Ukraine.

Si l’irrationalité apparente de la décision de Poutine interroge, après plus d’une semaine de combats, la réalité saute aux yeux : il a généré l’inverse de tout ce qu’il semblait vouloir provoquer. Au premier chef, le sentiment national ukrainien s’est cristallisé en cet ambigu Zelensky, qu’on disait marionnette fantoche de puissances oligarchiques, compromis et fragilisé, en septembre dernier, par les révélations des « Pandora Papers » sur l’opacité de ses transactions à l’étranger, après qu’il se fût pourtant déclaré champion et « serviteur du peuple » contre la corruption lors de la campagne présidentielle de 2019.

La résistance massive des Ukrainiens qui déjoue les pronostics de victoire rapide du Kremlin a-t-elle aussi surpris l’ancien saltimbanque qu’ils ont porté à leur tête ? En tout cas, il nous démontre aujourd’hui qu’il a su prendre en main les commandes de la « Providence » avec une habileté consommée où transparait son professionnalisme de communicant. Conviction ou posture, il a surtout su s’approprier et mettre en scène la dialectique du Bien et du Mal à destination de l’Occident libéral.

Ce vendredi, dans une mise en scène sobre en un lieu indéterminé pour raisons de sécurité, veste kaki et mal rasé, il exhortait une nouvelle fois les Européens en termes dramatiques sur le danger de l’ogre russe qui nous menacerait tous, présentant son pays comme un rempart : « Si l’Ukraine ne tient pas, l’Europe ne tiendra pas. » Une dialectique pour émouvoir nos sensibilités par la simplification dualiste : « Soutenez notre liberté, parce que cette victoire, ce n’est pas seulement contre les militaires russes, c’est la victoire du bien contre le mal. » Disons-le tout net, Volodymyr Zelensky est dans son meilleur rôle. Celui de sa vie !

N’aurait-il pas déjà échappé à trois tentatives d’assassinat ? C’est ce que dit le Times. Vrai ou faux, peu importe. Les médias occidentaux retrouvent avec lui le héros romantique « guévarien » de la liberté qui plaît à l’universalisme moral ; le David démocrate qui brave le Goliath totalitaire. Et les vieux va-t-en-guerre à l’émotion sélective du nouveau Café de Flore, BHL en porte-drapeau, réactivent la mythologie de leurs jeunes années : pour lui, Zelensky, c’est Gavroche, Allende et Churchill à la fois. Face à un Poutine vieilli, cireux et cravaté derrière son bureau old fashion soviétique, vu et dépeint en dictateur usé, ce personnage trouble a d’ores et déjà gagné, en France et en Europe, la bataille du texte et de l’image grâce à sa propre mise en scène et aux louanges de ses multiples défenseurs.

Mais, acculé au tragique imposé par la guerre, n’est-il pas devenu, quoi qu’on en pense, par ses déclarations irresponsables qui veulent entraîner les Européens et l’OTAN jusqu’à l’irréparable, l’imprévisible pyromane de l’escalade militaire la plus dangereuse qui soit ? Comme un mauvais génie de combat eschatologique, bien éloigné du modèle idéal des héros de la liberté dont rêvent pour nous BHL et sa clique.

Pierre Arette

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Ukraine : des couloirs humanitaires sans issue

Ukraine paix

Les premières négociations entre Kiev et Moscou avaient pour but de mettre en place des couloirs humanitaires pour évacuer les civils de Kiev, Marioupol, Soumy et Kharkiv, quatre villes qui subissent des bombardements et qui s’attendent à une attaque au sol. Mais même cette mesure tourne à l’épreuve de force, car quatre des six couloirs proposés par Moscou conduisent à Moscou et à la Biélorussie.

Kiev estime que les civils qui fuient les zones de conflit doivent pouvoir choisir leurs lieux de refuge, et que la plupart d’entre eux ne tiendront pas spécialement à gagner la Biélorussie, semi-dictature alliée de Moscou, où Lénine reste honoré, ni Moscou même.

Les couloirs humanitaires peuvent jouer un autre rôle, qui n’a guère été évoqué par les commentateurs : la possibilité de faire parvenir aux assiégés du matériel médical, des convois alimentaires. Mais ces mêmes couloirs pourraient aussi être utilisés pour acheminer des armes. C’est l’une des explications aux difficultés pour trouver un accord.

Lundi, le Haut Commissariat aux réfugiés comptait plus d’un million sept cent mille personnes déplacées. Sur une superficie plus importante que la France, l’Ukraine a un tiers d’habitants de moins que notre pays, et la population est davantage dispersée sur le tout le territoire ; mais environ quatre millions de personnes pourraient être poussées à fuir les théâtres des opérations en cours. Autant dire que ces couloirs humanitaires sont susceptibles de sauver de nombreuses vies.

Les premiers essais de leur mise en place ont échoué, chaque partie renvoyant la responsabilité de l’échec sur l’autre partie. Mais, selon la Croix-Rouge, les barrages et les mines sur les axes de communication constituent une vraie difficulté.

D’heure en heure la situation peut évoluer dans un contexte où tant les autorités de Moscou que celles de Kiev sont susceptibles de dissimuler la vérité. Lundi, Kiev parlait d’une « manipulation » de Moscou à propos de ces couloirs. Or, qui dit évacuation de civils dit cessez-le-feu temporaire, sur la voie d’acheminement des évacués, mais aussi en amont de cette voie, pour que les civils acceptent de quitter les caves et les abris ou ils se terrent, de se rassembler, d’être transportés en dehors du champ de bataille annoncé.

Les autorités russes ont indiqué que des corridors sécurisés avaient enfin été ouverts, et ceci sur demande personnelle du président français à l’occasion de l’entretien qu’il avait eu dimanche avec Poutine. Mais la présidence de la République démentait l’information quelques heures plus tard.

Les Ukrainiens fixaient le préalable d’une évacuation via la ville de Lviv, proche de la frontière polonaise, à l’ouest, et pas par la Russie ou via son allié biélorusse.

La France elle-même semble progressivement entraînée dans le conflit

Moscou accusait pour sa part les dirigeants ukrainiens d’utiliser les civils comme bouclier humain. Macron s’en est pris au « discours hypocrite » de Moscou, « au cynisme moral et politique » des dirigeants russes.

Tout cela ne sent pas bon, une catastrophe humaine n’est plus à exclure. La France elle-même semble progressivement entraînée dans ce conflit.

Lueur d’espoir : un cessez-le-feu était enfin officialisé, du moins par Moscou, ce mardi à partir de 9 heures – heure française –, pour l’évacuation des civils. Seraient concernés les habitants de Kiev, Soumy, Marioupol, Kharkiv et Tcherniguiv. Vers l’ouest ou vers le nord et l’est ? De la réponse à cette question dépend sans doute le volet humanitaire d’une guerre qui, elle, va continuer et devrait même se durcir encore.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 8 mars 2022

Ukraine: le président Zelensky se dit prêt à un compromis sur les territoires séparatistes de l’Est et à ne plus insister sur une adhésion à L’OTAN

Débat : quelles sont les racines du conflit qui ensanglante l’Ukraine ?

Nikola Mirkovic ukraine

07/03/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Ce sont deux spécialistes très au fait des questions et des conflits de l’est de l’Europe. En exclusivité sur Boulevard Voltaire, Patrick Edery, le patron de tysol.fr, l’organe de presse francophone du syndicat polonais Solidarność, et l’humanitaire et essayiste Nikola Mirkovic, auteur du livre Le Martyre du Kosovo (France Empire, 2020), confrontent deux regards opposés sur le terrible conflit qui ensanglante l’Ukraine.

Quelles sont les responsabilités de la Russie de Poutine, de l’OTAN, de l’Union européenne ? Pour quels enjeux ? Un débat riche, dense, frontal, qui bouscule toutes les convictions, n’épargne personne et ouvre sur la complexité des origines de la tragédie ukrainienne. A voir pour comprendre et se faire une opinion.


Macron, la Russie et l’Ukraine : le cirque de l’impuissance, par Clément Martin (Les Identitaires)

poutine

À l’heure où ces lignes sont écrites, la Russie vient d’envahir l’Ukraine, dans le cadre d’une « mission de maintien de la paix ». Cette décision fait suite aux tentatives échouées d’Emmanuel Macron de convenir d’une solution garantissant la paix entre Kiev et Moscou. Après chacun des deux entretiens entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron (le 7[1] et le 20 février[2]), ce dernier s’était vanté d’avoir trouvé un terrain d’entente qui éviterait l’escalade des violences. Quatre jours après le dernier face-à-face entre Paris et Moscou, la Russie lançait l’assaut. Cet épisode illustre à la fois la théâtralité du gouvernement Macron autant que l’impuissance française et européenne actuelle.

L’agitation au service de l’illusion

La conception « jupitérienne » du pouvoir revendiquée par Emmanuel Macron était un slogan habile, une tactique marketing de bas-étage consistant à promettre le retour de l’autorité au sommet de l’État. Bien entendu, la réalité est rapidement apparue au grand jour : Macron gouverne comme un manager tyrannique, usant de son faible pouvoir pour humilier les Français honnêtes (mesures sanitaires, répression des Gilets jaunes, ensauvagement par l’immigration) tout en acceptant toutes les concessions à l’international. L’enjeu pour le chef de l’État est crucial : alimenter l’illusion d’une continuité gaullienne (équilibre et puissance française) dans les questions internationales, alors que le dossier ukrainien (parmi d’autres) révèle au contraire le fait que la France soit devenue une « puissance de moyenne impuissance », qui continue à jouer le rôle suranné de l’arbitre de l’Europe, sous la risée des puissances américaine et russe.

Plus que jamais, la nécessité vitale de la « forteresse Europe »

Mais plus encore que la faiblesse de l’État hexagonal, la crise russo-ukrainienne illustre à quel point la construction européenne actuelle, basée sur l’échange des migrants et des marchandises, l’inclusivité, la bureaucratie et l’Eurovision, est incapable de faire respecter les intérêts de la civilisation européenne sur la scène internationale. Bâtie comme un simple agrégat économique au service des « droits de l’Homme », l’Union européenne se retrouve comprimée entre les velléités hégémoniques des États-Unis à l’Ouest et de la Russie à l’Est et passe à côté de son rôle historique : celui de donner naissance à une diplomatie européenne cohérente, soucieuse de défendre les Européens dans un monde de plus en plus conflictuel. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que certains Européens patriotes soutiennent la Russie de Poutine de façon précipitée, par réflexe de rejet envers l’intelligentsia occidentale formée au discours de Washington.

Mais comme toujours, la réalité est plus complexe et nécessite de briser les réflexes faciles. Sans une prise de conscience de leur destin commun, les Européens seront condamnés à demeurer des peuples satellites des deux empires qui les encerclent. Le temps est venu de tenir un nouveau discours à l’Europe, celui de l’auto-détermination, de l’identité et de la puissance, seul capable de nous redonner notre liberté et notre indépendance.

[1] https://www.la-croix.com/France/Emmanuel-Macron-rendra-Russie-Ukraine-7-8-fevrier-2022-02-04-1201198537
[2] https://www.france24.com/fr/europe/20220220-ukraine-un-entretien-de-la-derni%C3%A8re-chance-entre-macron-et-poutine

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

L’Ukraine comme théâtre du retour de l’histoire, par Clément Martin (Les Identitaires)

Ukraine

À la chute de l’URSS en 1991, les prophètes de l’Occident (au premier rang desquels Francis Fukuyama, dans son célèbre La Fin de l’Histoire et le Dernier Homme) l’avaient bien annoncé : le processus historique était achevé. Désormais, toutes les nations du monde se rangeraient, pour leur plus grand bien, dans le modèle démocratique, social-libéral, droitsdelhommiste. Et pour les autres, les réfractaires, ce n’était plus qu’une question de temps avant que les archaïques préoccupations stratégiques, identitaires ou économiques (en un mot, politiques) ne laissent place au doux refrain du marché global, du multiculturalisme et de la gouvernance bienveillante de l’ONU.

Mais cette prophétie ne s’est pas réalisée ; les signes indiquant au contraire un retour fracassant de la compétition éternelle entre les civilisations n’ont pas tardé à apparaître. La guerre de Yougoslavie d’abord, le 11 septembre ensuite, sans oublier les vagues d’attentats débutant en 2012 ou la crise des réfugiés de 2015. Le dernier épisode en date, c’est bien entendu l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Au-delà des motivations respectives de chacun des acteurs impliqués ou de savoir si l’agression russe est légitime, il importe surtout d’en tirer une leçon simple : un peu partout, le règne de la gestion s’efface, alors que celui de la Grande Politique fait son retour. Le XXIe siècle ne sera pas celui des négociations interminables entre bureaucrates déracinés ni celui des slogans sentimentalistes ou de l’assistance sociale à des minorités (LGBT et autres immigrés pétris de ressentiment) motivées par la vengeance ou la pulsion de mort. Les mots d’ordre du siècle à venir seront « identité », « puissance » et « réalisme ».

Si l’Europe ne veut pas terminer dans les poubelles de l’Histoire, il est temps de procéder à une rupture radicale avec les vieux refrains dégoulinants du progressisme pour pouvoir s’armer (d’abord moralement et intellectuellement) face aux dangers qui surgissent, affirmer notre identité et défendre nos intérêts. Les dirigeants européens feraient bien de ne pas oublier une chose : ce n’est pas parce que vous avez décidé que le monde entier était votre ami que ce sentiment est réciproque. À partir du moment où l’ennemi vous a désigné comme tel, vos choix se résument à la fuite, à la soumission ou au combat – mais ce qui est certain, c’est que les bons sentiments ne sont pas une solution.

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

La guerre en Ukraine va coûter cher aux Français – Gaz, pétrole, métaux, agriculture…

agriculture

Si Vladimir Poutine se gausse autant du renforcement des sanctions contre la Russie annoncé jeudi par les Occidentaux, c’est d’abord, bien sûr, parce que le Kremlin a depuis longtemps déjà anticipé celles-ci, notamment en se tournant vers d’autres partenaires économiques. Mais aussi parce qu’il est parfaitement conscient qu’à ce petit jeu, les Européens ont en réalité davantage à perdre qu’à gagner. En effet, destinées surtout à cacher l’incroyable incapacité de l’UE, de l’OTAN et de l’ONU à s’opposer concrètement à l’expansionnisme de l’ogre moscovite, ces sanctions, non seulement auront leur pendant du côté russe, mais affecteront en outre gravement, par répercussion, les économies de tous les pays membres de l’UE. A commencer, hélas, par la nôtre.

Vers une nouvelle explosion des prix de l’énergie

Réaction russe significative : alors que le chancelier Scholz annonçait mardi la suspension de la mise en service du fameux gazoduc Nord Stream 2 reliant la Russie à l’Allemagne, l’ancien président russe Medvedev s’empressait de lui répondre avec ironie : « Bienvenue dans un monde nouveau, où les Européens vont bientôt payer 2 000 euros pour 1 000 m3 de gaz… » Rappelons en effet que la Russie, qui est le premier exportateur mondial de gaz, est également le premier fournisseur des pays européens. Aussi, avec la guerre en Ukraine, et une pénurie n’étant pas à exclure, une nouvelle flambée des prix du gaz est d’ores et déjà actée. Y compris en France, où le gaz russe ne représente pourtant que 17 % de nos importations (nos premiers fournisseurs étant la Norvège et l’Algérie). Et Barbara Pompili a eu beau assurer mercredi que la France disposait de stocks stratégiques suffisants, les prix ont déjà commencé à s’emballer, pénalisant ainsi lourdement nos entreprises. Une flambée des prix qui touche également le pétrole, dont la Russie, avec 10 % de la production mondiale, est le troisième plus gros pays exportateur. Mais aussi certains métaux tels que l’aluminium, dont le pays de Poutine est l’un des plus gros producteurs mondiaux.

L’agriculture française s’inquiète

Autre secteur de notre économie qui pourrait bien faire gravement les frais du conflit : celui de l’agriculture, où l’on s’inquiète moins des conséquences de la guerre sur les exportations directes vers la Russie (peu importantes et limitées à quelques secteurs) que de l’envolée des prix des matières premières agricoles. Une envolée qui a déjà commencé puisque, immédiatement après les premiers bombardements russes, les prix des céréales atteignaient déjà des niveaux record. Il faut en effet rappeler que, en envahissant comme il l’a fait l’Ukraine, Poutine a mis la main sur le « grenier à blé » de l’Europe. Si la France, elle-même exportatrice de blé, ne risque pas vraiment de rupture d’approvisionnement, la filière de l’élevage, en revanche, s’est dite « très inquiète », car le conflit aura inévitablement des répercussions sur la production agroalimentaire. Notamment en raison de l’explosion des prix des engrais, dont la Russie est parmi les plus grands exportateurs du monde.

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 25 février 2022

Poutine révèle le déclin de l’Occident, par Ivan Rioufol

« Bien entendu, nous ne ferons rien ». Ce fut l’aveu de Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, après le coup d’Etat en Pologne de décembre 1981. La même prudence est reprise ces jours-ci dans le camp occidental, plus pusillanime que jamais. Après la reconnaissance par Vladimir Poutine, lundi soir, des « républiques populaires » de Donetsk et Louhansk (Dombass), les démocraties indignées ne feront rien. Elles se contenteront de protestations usuelles et de sanctions économiques symboliques contre la Russie et sa volonté de déstabiliser l’Ukraine. Les mots pourtant ne manquent pas pour alerter sur la gravité de la situation créée par l’autocrate russe. Emmanuel Macron, qui s’est fait humilier par le nouveau tsar en croyant jouer au pacificateur, le qualifie de « paranoïaque ». L’Anglais Boris Johnson accuse Poutine de préparer « la plus grande guerre en Europe depuis 1945 ».

Jean-Louis Bourlanges, président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale, évoque « la plus grave crise internationale depuis la deuxième guerre mondiale ». Si la menace est bien celle décrite par l’Union européenne et les Etats-Unis, une mobilisation militaire devrait s’imposer. Mais les Occidentaux n’ont aucune envie de sacrifier une vie de soldat pour défendre l’intégrité de l’Ukraine. Poutine le sait : il est libre de ses gestes, face à un camp désarmé. Il reste à espérer que le maître du Kremlin saura maîtriser le mépris que lui inspirent ces beaux parleurs qui se planquent.

Poutine révèle ce que sont les donneurs de leçons : des faiseurs de jactance incapables de penser le conflit contre les puissants. Le régime russe est répulsif dans son autoritarisme, son centralisme, sa brutalité. On ne peut reprocher néanmoins à Poutine de vouloir défendre son peuple, sa culture, son histoire : des valeurs considérées comme ringardes par le « progressisme » occidental. Le monde libre aura trouvé naturel de séparer par la force le Kosovo devenu majoritairement musulman de la Serbie chrétienne. En revanche, il trouve intolérable que les russophones du Dombass soient attirés par le monde orthodoxe. Plus généralement, l’Europe montre son propre déclin. Le 15 mai 2014, je publiais un bloc-notes titré : « L’homme européen est une femme à barbe », après le choix de l’Eurovision de promouvoir un transsexuel barbu, Conchita Wurst. J’y écrivais notamment : « Le nouvel Homme européen est une femme à barbe. La promesse européenne ? Elle enfante ce divertissement transgressif, exhibé comme une fierté libératoire et une victoire politique. Conchita résume le manque d’ambition de l’Europe déclinante : une réalité qui se lit plus gravement dans le plaisir cynique que prend Vladimir Poutine à l’humilier sur le terrain ukrainien. Tandis que l’Eurovision plébiscitait son héroïne labellisée LGBT (lesbienne, gay, bi et trans), le tsar faisait défiler ses troupes et ses chars sur la place Rouge, puis en Crimée annexée. À quelques jours de l’élection de ses députés, l’Union européenne se présente sans diplomatie, sans armes, sans âme. Sans rien sinon sa futilité étalée. » C’est cette futilité que nous payons.

Ivan Rioufol

Texte daté du 23 février 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol