[vidéo] Jean Messiha : Tribune des militaires : pourquoi tant de haine ?


Ils sont la fine fleur de la nation. Ils sont ces femmes et hommes, pas si nombreux, prêts à mourir pour défendre la France si le devoir les conduit à cette terrible extrémité. Ils partagent avec gendarmes, policiers et pompiers une prise de risque fréquente et parfois fatale.

Les militaires d’active, de réserve ou en retraite constituent l’un des derniers bastions de l’honneur, de la fidélité et du respect de l’autorité.


Les sourds et la muette – Des Gilets jaunes en uniforme?

Macron militaires

Il flotte un petit air de Gilets jaunes dans les casernes.

On dira que le pouvoir l’a bien cherché. Après la publication de la première tribune, celle des généraux en retraite qui s’alarmaient du délitement de la France, la macronie s’est répandue en criailleries hors de propos, dénonçant factieux, putschistes et autres séditieux. Rejoignant en cela le chœur des vierges de gauche qui, entre deux assassinats de policiers, entendaient des bruits de bottes. Quant à la ministre des Armées, droite dans les siennes, elle a réagi en parfait petit chef, promettant sanctions et tracasseries à des vieux de la vieille qui, deuxième section ou pas, ont quitté l’armée d’active. Il aurait peut-être suffi d’un mot présidentiel, laissant entendre que, malgré tout, le message était passé et qu’on entendait en haut lieu les inquiétudes de ces fidèles serviteurs de l’État, pour désamorcer la suite.

À l’armée, le respect des anciens n’est pas seulement un slogan compassionnel destiné à montrer sa bonté. Le mépris et les sarcasmes déversés sur des hommes qui, quoi qu’on pense d’eux, ont accepté (par contrat) de risquer leur peau pour nous et pour pas un rond, semblent en avoir énervé plus d’un dans les popotes et mess. D’où la tribune numéro deux, signée par des militaires d’active placé sous le patronage du couplet des enfants de La Marseillaise – qui commence par « Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus » et se termine par « nous aurons le sublime orgueil de les venger ou de les suivre ». Les signataires font les deux à la fois pour leurs anciens, plantant au passage une sacrée épine dans le pied de l’exécutif.

Il est assez curieux de leur reprocher leur anonymat quand on se pâme devant le moindre « lanceur d’alerte » dénonçant les turpitudes de son entreprise, de son institution ou de son patron, qu’on s’émerveille devant metoo et sa cohorte de mains dans la culotte de ma sœur alléguées tout aussi anonymement et sans preuve. L’ami Geoffroy Lejeune, patron de Valeurs actuelles, garantit que les signataires initiaux sont effectivement des soldats d’active (et bien entendu je le crois, mais j’ignore quelle proportion des 163 137 signataires enregistrés lundi à 17 heures ils représentent). On voit mal comment ils parleraient ouvertement puisque cela leur est interdit, et cela vaut pour tous les fonctionnaires astreints à un devoir de réserve. Personne ne s’indigne parce que le Watergate a été déclenché et mené de bout en bout par un officier de renseignement. Gorge profonde a transgressé toutes les règles de son institution, sans doute parce qu’il pensait que l’intérêt supérieur du pays l’exigeait.

Cette tribune s’adresse personnellement au président de la République, aux ministres, parlementaires et officiers généraux. Le « délitement » a cédé la place à la « déchéance ». Et cette déchéance, écrivent-ils, « précède l’effondrement ». Il y est question des « camarades qui ont offert leur peau pour détruire l’islamisme auquel vous faites des concessions sur notre sol ». De leur expérience dans Sentinelle, ils tirent un portrait douloureux de notre pays : « Nous voyons la violence dans nos villes et villages. Nous voyons le communautarisme s’installer dans l’espace public, dans le débat public. Nous voyons la haine de la France et de son histoire devenir la norme. » Aussi, ils en sont certains : « la guerre civile couve en France et vous le savez parfaitement ». En réalité, personne ne peut savoir parfaitement qu’une guerre civile couve. J’ignore quant à moi si cette phrase relève de la lucidité du désespoir ou d’un pessimisme excessif. Que la France soit traversée par de multiples fractures, il faudrait avoir été en hibernation depuis dix ans pour l’ignorer. Sommes-nous pour autant proches de la guerre civile, j’ai du mal à le croire mais peut-être devrai-je reconnaître dans un futur proche que j’étais une somnambule. On laissera chacun se faire son idée, laquelle varie d’ailleurs au gré de l’actualité et de l’humeur.

En attendant, contrairement à mon cher William Goldnadel, et en dépit et de l’admiration que m’inspirent ceux qui choisissent le métier des armes, je ne signerai pas ce texte des deux mains, ni d’aucune d’ailleurs.

Inutile de jouer à se faire peur, il ne contient nul appel à la sédition. « Oui, si une guerre civile éclate, l’armée maintiendra l’ordre sur son propre sol, parce qu’on le lui demandera », peut-on encore y lire. Ce qui signifie qu’elle n’interviendra pas si on ne le lui demande pas.

Le problème n’est pas que le constat soit éventuellement exagéré mais qu’il traduise une opinion politique. Peu importe que celle-ci soit ou non pertinente (et en l’occurrence elle l’est au moins en partie), elle rompt avec une tradition démocratique bien établie : la neutralité politique de l’armée. Certes, de Gaulle fait de la politique, dès 1934 quand il publie Vers l’armée de métier, et surtout en 1940. D’abord, pas le moindre de Gaulle à l’horizon. Ensuite, en 1940, la légalité républicaine s’était effondrée. Nous n’en sommes pas là.

On peut penser tout le mal qu’on veut du président de la République et de ses lubies déconstructrices, mais il est élu, ce qui signifie que, comme dirait Mélenchon, sa personne est sacrée. Et il est le chef des armées. Le boulot des militaires, c’est de lui obéir, à moins que sa forfaiture ait été établie et/ou leur intervention requise dans les conditions prévues par la Constitution. En parlant de « fourberie », de « lâcheté » et de « perversion » à propos des autorités politiques et de leur propre hiérarchie, les signataires transgressent la règle première de leur institution, celle qui fait sa force : la discipline, le respect du chef. Tous les soldats veulent que l’État qu’ils servent soit fort et ils ont raison. Le risque est qu’en contestant frontalement ceux qui le dirigent, ils contribuent encore à son affaiblissement.

Reste à savoir si nos gouvernants sont capables de répondre autrement que par des sanctions, des invectives et des tout ça c’est rien que de la racaille d’extrême droite. Si leur seule réaction est de lancer une chasse aux sorcières pour démasquer les contrevenants, elle ne fera que mobiliser autour de leurs camarades de nombreux militaires qui, aujourd’hui, se tiennent à l’écart de cette agitation. Dans la foulée, les policiers, qui en ont gros sur la patate et on les comprend, pourraient eux aussi vouloir interpeller leurs chefs. Et puis, pourquoi pas les Préfets qui, eux aussi, sont aux premières loges pour assister à ce qui se passe, qu’on le nomme délitement, déchéance ou ensauvagement. Autrement dit, si le pouvoir répond par la répression et le raidissement idéologique, il pourrait bien encourager une nouvelle forme de protestation au sein même de l’appareil régalien de l’État. Tous ces fonctionnaires astreints au devoir de réserve ne peuvent pas se mettre en grève et ceux qui ont le droit de manifester comme les policiers savent que cela ne sert pas à grand-chose. En revanche, ils peuvent ouvrir leur gueule – et vu le raffut provoqué par deux tribunes, la méthode risque de faire des émules.

S’il ne veut pas se retrouver confronté à des Gilets jaunes en uniforme, le pouvoir doit jouer fin, désapprouver sans doute, quoiqu’avec modération, mais en montrant qu’il comprend l’angoisse de disparition que nous sommes beaucoup à éprouver. En attendant, ne nous y trompons pas : ce que nous devons craindre, ce n’est pas une intervention intempestive des militaires ou des policiers, c’est qu’arrive un jour où ils refuseront d’intervenir.

Elisabeth Lévy

Tribune reprise de Causeur

Tribune des militaires d’active – Lecointre invite les signataires à prendre la porte

tribune militaires

Décidément, on a bien du mal à reconnaître dans ce chef d’Etat-major des armées aujourd’hui parfaitement domestiqué le fougueux capitaine qui, à la tête de ses marsouins, reprit aux miliciens serbes, baïonnette au canon, le poste de Vrbanja en 1995. Après s’être dit « absolument révulsé » par la tribune des généraux parue le 14 avril dernier, et avoir par la même occasion promis de lourdes sanctions disciplinaires contre ses auteurs qui sont aussi, qu’il le veuille ou non, ses frères d’armes, le général Lecointre, visiblement très soucieux de rassurer ses maîtres au pouvoir, vient cette fois d’inviter tout bonnement les signataires de la nouvelle tribune, celle des militaires d’active, à démissionner.

Faire preuve de lucidité en condamnant ces tribunes ?

Lundi, en effet, celui-ci s’est fendu d’une longue lettre aux « officiers, sous-officiers et officiers mariniers, soldats, marins, aviateurs, d’active et de réserve français », dans laquelle il a déploré le fait que, depuis plusieurs semaines, « l’obligation de réserve qui s’impose à tout militaire a été largement transgressée », et que « des prises de position éminemment politiques (aient) été attribuées à des militaires tenus à cette obligation, quand elles n’ont pas été revendiquées par ces derniers ». Ainsi, a-t-il ajouté, « au nom de la défense de convictions personnelles », certains, « peut-être par naïveté », ont contribué « à entraîner l’armée dans des débats politiques au sein desquels elle n’a ni légitimité ni vocation à intervenir ». « Face à cela, a alors écrit le CEMA, il me semble important de faire preuve de bon sens et surtout de lucidité, au moment où chacun d’entre nous perçoit nettement les tentatives d’instrumentalisation de l’institution militaire. » Or est-ce vraiment « faire preuve de lucidité » que de dénoncer et de sanctionner des hommes qui, après avoir défendu les armes à la main notre pays, mettent aujourd’hui en garde l’Etat contre les graves menaces qui pèsent sur la France ? N’est-ce pas plutôt être dans le déni ?

Le silence, ou la démission

En même temps, on est un peu surpris de lire ici et là dans la grosse presse que cette lettre adressée lundi par le général Lecointre aux militaires est marquée par « une évidente volonté d’apaisement » de la part du CEMA. Certes, il n’y est nulle part annoncé des sanctions disciplinaires à l’encontre des signataires de la deuxième tribune. Mais, ceux-ci ayant judicieusement gardé l’anonymat, les autorités seraient de toute façon bien en peine de punir les coupables. Surtout, loin en réalité de vouloir calmer le jeu, le général Lecointre y invite indirectement tous ceux qui soutiennent ces tribunes à prendre la porte ! Ainsi, écrit le CEMA, « chaque militaire est libre de penser ce qu’il veut mais il lui appartient de distinguer sans ambiguïté ce qui ressort de sa responsabilité de citoyen de ce qui ressort de sa responsabilité de militaire ». Et Lecointre d’ajouter alors : « si la politique l’emporte, le plus raisonnable est certainement de quitter l’institution pour pouvoir rendre publiques en toute liberté ses idées et ses convictions »…

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 12 mai 2021

[vidéo] I-Média – Délitement : militaires et policiers brisent l’omerta

i-média militaires policiers

14/05/2021 – FRANCE (NOVOpress)
Militaires, gendarmes, policiers… Ils ont tous multiplié les appels à sauver la France ces derniers jours. Les médias et les politiciens de gauche, affolés, tentent de diaboliser ces lanceurs d’alerte.

Mais il se pourrait bien que la libération de la parole à laquelle nous assistons soit massive.


“Nos aînés ont raison” : nouvelle tribune des militaires sur le risque d’une “guerre civile”

10/05/2021 – FRANCE (NOVOpress)
Depuis quelques jours, la rumeur courait qu’une nouvelle tribune de militaires allait être dévoilée. Émanant de militaires d’active, elle vient en soutien à celle précédemment publiée sur le site de Valeurs actuelles.
Ce texte, qui circule déjà beaucoup et dont les médias se font l’écho, a finalement été publiée le 9 mai.
Le site de Valeurs actuelles apporte cette précision : “Comme la précédente, le but de cette tribune n’est pas de mettre à mal nos institutions mais d’alerter sur la gravité de la situation.”

Pour signer cette pétition : https://www.valeursactuelles.com/societe/exclusif-signez-la-nouvelle-tribune-des-militaires/