Le magazine Têtu dénonce un gouvernement composé de personnes “haineuses”, par Louise Hersent

Caroline Cayeux

Ce 11 juillet, le magazine Têtu proclamait sa vertu et lançait une grande pétition « pour un gouvernement sans LGBTQIAphobies ».

Extrémiste de la pondération, templier du moindre mal, le président de la République a contre toute attente nommé Caroline Cayeux ministre chargée des Collectivités territoriales et Christophe Béchu au ministère de l’Écologie et de la transition écologique. Par ailleurs, Gérald Darmanin a obtenu le portefeuille des Outre-mer.

Tristement célèbres des partisans du Bien, ces trois réfractaires au Mariage pour tous figurent donc désormais dans le collimateur de la bonne-conscience têtue du magazine éponyme.

Entre autres cadavres déterrés, celui-ci rappelle dans l’exorde larmoyant de sa pétition le crime de lèse-lobbying de Caroline Cayeux. Lorsqu’elle était sénatrice en 2012, elle disait au sujet du Mariage pour tous qu’il était « une ouverture de droit irrespectueuse de la nature et insensée ». Le magazine s’exempte de toute contestation argumentée, et ces propos de Madame Cayeux suffisent apparemment à en faire un « porte-voix du mouvement de la haine et du rejet ». Le Mariage pour tous serait en péril. « Comment croire que ce gouvernement (…) garantira la liberté de genre quand (il) comporte trois LGBTQIAphobes notoires ? ». S’ensuit alors la liste des signataires refusant « la participation de personnes haineuses LGBTQIAPhobes au gouvernement »…

La “liberté de genre”, nouveau combat de Têtu

En substance, nous avons une revendication : « la liberté de genre », et une accusation tenant lieu d’argumentation contre les trois ministres de l’Apocalypse, « porte-voix du mouvement de la haine et du rejet ».

Interrogeons la revendication. Liberté, j’écris ton nom (sur tout ce que l’on voudra) clamait Eluard à qui Paul Valéry répondait « Liberté, c’est un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens ; qui chantent plus qu’ils ne parlent, qui demandent plus qu’ils ne répondent ». Liberté, un de ces mots qui sonnent creux autant qu’ils résonnent trop. En réalité, la « liberté de genre » que revendique Têtu est une licence, le droit de faire ce que l’on veut du moment que cela n’empiète pas sur celui d’autrui. Définition libérale de la liberté née au XVIème siècle après le traumatisme des guerres de religion : elle succède à la liberté des « anciens », disait Constant, c’est-à-dire à la faculté politique de déterminer ensemble le Bien commun, une identité de valeurs fédératrices. Or au XVIème siècle, la Réforme protestante et l’éclatement des valeurs, le dissensus idéologique au sein d’un même État ont brisé la paix de l’équation « Une religion, un État ».

Ce trauma initial est l’acte de naissance du libéralisme moderne : depuis, les valeurs sont l’objet de l’arbitraire individuel. À moins d’une nouvelle guerre civile nous avertissent les libéraux, il n’est plus question de prétendre privilégier certaines valeurs sous l’égide d’un Bien Commun dont nous déterminerions ensemble la teneur concrète, et autour de laquelle nous édifierions une identité nationale. La liberté libérale devient alors le porte-étendard de l’empire du moindre mal, et de l’abandon progressif de toute axiologie. Dans ce bain cotonneux de l’indifférence généralisée, tout se vaut du moment que rien ne prétend s’imposer. Pour l’inconscient de la bien-pensance médiatique, oser affirmer comme le fait Madame Cayeux que le Mariage pour tous est « une ouverture de droit irrespectueuse de la nature » serait comme dans le monde des goûts et des couleurs mettre Raphaël au-dessus de Jeff Koons.

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Selon le fondateur d’Act Up, les médias gays sont « atrocement blancs »

Presse Gay Blancs

« Enfin, ça sort ! », s’exclame Didier Lestrade, journaliste pour slate.fr et fondateur d’Act Up. Depuis plusieurs jours, les « gays non blancs » s’activent sur les réseaux sociaux pour dénoncer, autour du mot-dièse #GayMediaSoWhite, l’absence de diversité dans la presse homosexuelle.

Source : Ojim

Après la polémique sur la cérémonie des Oscars, jugée trop blanche, ou encore sur l’effectif de France Télévisions, lui aussi trop blanc et trop masculin pour Delphine Ernotte, voilà que la presse gay se retrouve éclaboussée à son tour par ce débat ethniquement correct : il y aurait trop peu de Noirs, d’Arabes, d’Asiatiques ou encore de Latinos dans les colonnes de ces journaux, en France comme partout dans le monde.

Pour Didier Lestrade, les médias gays sont en effet « atrocement blancs » (sic) et pire, ils « renforcent un racisme historique qui privilégie des modèles fades, rasés, photoshopés ». Outre le mauvais travail journalistique de cette presse, qui a le culot d’interroger des stars hétéros, les lecteurs non-blancs estiment qu’on y parle « des Afro-Américains uniquement lorsqu’on mentionne les taux élevés du VIH ».

Relatant son expérience au sein de Têtu, magazine duquel il a été licencié en 2008, Lestrade explique que lorsque Têtu « publiait un homme noir en couverture, les ventes étaient en baisse ». Il a donc été choisi, logiquement, d’éviter la chute des ventes et de privilégier les hommes blancs. Pourtant, dans le titre de son article, le journaliste estime que c’est à cause de son manque de diversité que la presse gay s’effondre. Plus loin, il dit qu’en procédant ainsi, « ces médias se détruisent eux-mêmes ». C’est à n’y rien comprendre.

Quoi qu’il en soit, le fondateur d’Act Up n’en démord pas : ces magazines sont définitivement « trop blancs », que ce soit au niveau de la couverture, du contenu comme des équipes rédactionnelles. Un racisme autorisé, politiquement en vogue, et qui ne risquera pas de vous marginaliser, à la manière de ceux qui jugent, en partant du même principe, que l’Équipe de France de football est peu représentative du peuple français.

De là à déclarer qu’elle est « atrocement noire », c’est une frontière qu’un journaliste de Slate ne s’amusera sûrement pas à franchir… Chiche ?