De la technocratie et de l’immigration, par Jean-Gilles Malliarakis

L’Office français de l’immigration et de l’intégration, théoriquement sous tutelle du ministère de l’intérieur, a été créé en 2009, sous la présidence Sarkozy. Cet organisme regroupe les anciennes compétences de l’Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrants et une partie des missions de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances.

Il gère les procédures de l’immigration professionnelle et familiale, mais aussi le dispositif national d’accueil des demandeurs d’asile, ainsi que la lutte contre le travail illégal. La remigration n’est envisagée que sous l’angle des aides au retour et à la réinsertion au nom du développement solidaire.

Globalement, on le sait, l’État a maintes fois réaffirmé son choix immigrationniste. Celui-ci a été exprimée, une fois encore très clairement, en 2008 par la fameuse commission Attali. Au sein de celle-ci Emmanuel Macron exerçait sa première responsabilité publique en tant que secrétaire général adjoint.

On trouve ainsi, dans la liste des « 300 décisions pour changer la France », la volonté « d’élargir et favoriser la venue de travailleurs étrangers » [décision 222] et subsidiairement « simplifier la délivrance d’autorisations de travail pour les travailleurs étrangers » [décision 223].(1)⇓

La présence d’un Hervé Le Bras, présenté comme historien (?) et démographe de la fameuse Commission ne laisse aucun doute sur la volonté immigrationniste. Cette politique est pensée comme un instrument de la « croissance » et elle n’a toujours pas été démentie.

L’OFII travaille donc à cet objectif avec tous les acteurs institutionnels, en France comme à l’étranger, depuis les préfectures jusqu’aux bureaux consulaires. Il se propose d’apporter la meilleure offre de services publics, aux futurs migrants comme à leurs heureux employeurs.

Rappelons à ce sujet que le caractère régulier ou non de la présence des Étrangers sur le sol de l’Hexagone n’est considéré que comme un point de détail administratif. Au cours de son audition, ce 12 janvier, le directeur général Didier Leschi indiquera incidemment, par exemple, que pour évaluer le nombre des illégaux il dispose d’un indice fourni par les 380 000 bénéficiaires de l’Aide médicale d’État. Ceci lui permet de limiter à 400 000 le chiffrage des illégaux…

Aux dires mêmes du quotidien officieux Le Monde, l’OFII « chapeaute quasiment tous les pans de l’immigration en France ».(2)⇓

L’audition de son directeur général Didier Leschi le 12 janvier à l’Assemblée nationale pose avant tout le problème du rapport au peuple de la gouvernance effective. Il s’agissait bel et bien d’entendre en sa personne, pendant 76 minutes, le principal responsable, hier aujourd’hui et éventuellement demain, de la politique migratoire de l’Étant central parisien.(3)⇓

Dire un tel personnage « peu connu » du grand public relève de la litote : qui donc en entend habituellement parler ?

Car personne ne doit douter de la volonté étatique, transcourant et « républicaine » d’enjamber les choix qui pourraient résulter d’un scrutin présidentiel défavorable à la Macronie et/ou d’un changement de majorité à l’Assemblée nationale.

En effet, ce haut fonctionnaire dirige l’OFII depuis décembre 2015. À l’époque la France prenait de plein fouet les retombées de la crise aggravée par la décision d’Angela Merkel de prendre en charge la misère du monde. Nommé par Hollande, il avait été confirmé dans ses fonctions par Macron en 2018, et il les exerçait par intérim depuis décembre 2021.

Nous nous trouvons en présence d’un cas paradigmatique de l’évolution de la démocratie française vers un régime de plus en plus technocratique, dominé par la haute administration, en lien avec des mots d’ordre intangibles.

Quiconque s’y oppose est taxé de dérapage.

1. cf. « 300 décisions pour changer la France » sous la direction de Jacques Attal pp. 178-180 La Documentation française, 2008, 334 pages.
2. cf. article en ligne le 12 janvier « Didier Leschi reconduit à la tête de l’Office français de l’immigration et de l’intégration »
3. L’audition de Didier Leschi par la commission des lois est accessible via Twitter

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Compte Personnel de Formation (CPF) : le bide de l’usine à gaz

Echec du CPF

22/04/2015 – FRANCE (NOVOpress)
Lancé à grand renfort de tambour et trompettes technocratiques (« renforcement de l’employabilité », « portabilité des droits » ou « latéralisation des potentialités salariales »), le compte personnel de formation (CPF) connaît un échec retentissant : sur 23 millions de bénéficiaires potentiel, une seule formation a été dispensée depuis la création du dispositif il y a trois mois.
Dispositif lancé à la hâte, coordination interministérielle et inter-organismes défaillantes, problèmes informatiques ou d’ergonomie du site, mais aussi de contenu des formations éligibles, tout a concouru à ce bide retentissant. Lequel est bien sûr financé avec nos impôts et a pour conséquence la plus directe une baisse de 15 à 20 % du chiffre d’affaires du secteur de la formation.

Crédit photo : Behrooz Nobakht via Flickr cc