Les anciens pays de l’Est refusent de voir la censure revenir par les médias sociaux américains

L’Observatoire du Journalisme s’était déjà fait l’écho des actions engagées en Pologne contre la censure politique et idéologique exercée par les médias sociaux américains et par le géant Google via sa plateforme YouTube. Cette censure provoque des réactions également en Hongrie et en Tchéquie.

Pologne

En Pologne, un groupe parlementaire a été créé en décembre 2019 «pour la défense de la liberté d’expression», avec notamment pour but de combattre le phénomène de la censure préventive.

Pendant la récente campagne présidentielle polonaise, le 24 juin dernier, le leader du PiS, Jarosław Kaczyński, clamait que «la Pologne est et doit rester un îlot de liberté » alors que « la liberté est menacée (…) et recule dans nombre de pays qui garantissent cette liberté sur le plan juridique et où, il y a encore peu de temps, cette liberté était effectivement préservée, elle était une pratique sociale. Mais aujourd’hui le politiquement correct et la censure de fait, et même souvent aussi de droit, qui l’accompagne conduisent à mettre en œuvre des moyens de répression contre les gens qui disent des choses inappropriées du point de vue de ce politiquement correct.» Le candidat du PiS, le président sortant Andrzej Duda (réélu le 12 juillet), avait annoncé une «Charte de la liberté sur Internet», avec la promesse d’agir contre la censure par les médias sociaux.

Hongrie

En Hongrie, la ministre de la Justice Judit Varga affirmait le 14 septembre :

Beaucoup de gens me demandent : sur la base de quelles lois et en vertu de quelles garanties de l’État de droit Facebook a‑t-il le droit de censurer des citoyens hongrois ?

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La ministre, qui sortait d’une réunion de la Commission des libertés numériques constituées au sein de son ministère, assurait travailler à « assurer que ces garanties de l’État de droit existent aussi dans l’espace numérique ». La ministre Varga avait déjà déclaré il y a un an qu’il fallait trouver un moyen de réglementer l’action des géants américains pour stopper la censure (d’où la création d’une commission spéciale au sein de son ministère) et que ce serait un des plus grands défis de la décennie à venir.

Le sujet de la censure préventive exercée par les géants américains du Net s’est toutefois propulsé sur le devant de la scène hongroise à la faveur de plusieurs cas de censure qui ont choqué les Hongrois cette année. En février, un tabloïde pro-Fidesz, Pesti Srácok, avait protesté contre le « cyber-stalinisme » de Google après la suppression de sa chaîne YouTube. En juin, un père franciscain hongrois de Roumanie voyait la retransmission de sa messe pour l’anniversaire du traité de Trianon censurée par Facebook. En août, László Toroczkai (qui avait acquis une renommée mondiale en 2015 avec sa vidéo visant à décourager les migrants de passer dans la commune frontalière dont il était maire), le leader du parti nationaliste Mi Hazánk, issu d’une scission avec le Jobbik (qui est devenu un parti centriste), annonçait qu’il allait présenter un projet de loi pour limiter « la censure politique stricte » de Facebook qui représenterait à ses yeux un risque pour la sécurité nationale dans la mesure où le réseau social américain cherche à influer sur la politique hongroise par une «censure dictatoriale». Le chef de l’office hongrois de protection des données proposait lui aussi le mois dernier une « loi Facebook » afin que les médias sociaux ne puissent exclure les utilisateurs de leurs services qu’avec un motif valable, et aussi pour que les autorités hongroises puissent renverser les décisions de censure prises par ces médias sociaux. Cette proposition a justement été formulée lors d’une session de travail de la Commission des libertés numériques du ministère de la Justice.

Tchéquie

En République tchèque, un groupe de musiciens, écrivains, universitaires, développeurs de jeux vidéos et entrepreneurs, ont récemment signé une pétition contre la censure par les médias sociaux. Les signataires de la pétition souhaitent contraindre le parlement, le gouvernement et le président à s’intéresser au problème dans la mesure où, selon eux, «la restriction de la liberté commence à faire obstacle à la compétition politique et au fonctionnement des processus démocratiques». C’est pourquoi ils exigent la création immédiate «d’une commission parlementaire avec la participation de tous les partis de la Chambre des députés ainsi que des experts juridiques. Son objectif serait de traiter les cas de citoyens et personnes morales dont les comptes ont été bloqués et les messages effacés». Il s’agirait aussi, sur la base des constatations, de modifier la loi afin d’empêcher à l’avenir ce type de censure.

D’une part, les signataires de la pétition s’inquiètent du risque d’influence des médias sociaux américains sur les élections tchèques, par le biais de la censure qu’ils exercent. D’autre part, ils considèrent qu’«il est inadmissible que des salariés mal payés travaillant aux Philippines, qui ne parlent souvent pas la langue et se basent sur des traductions automatiques, décident de ce qui est vrai et de ce qui n’est pas vrai. Il est inadmissible que, sur la base d’instructions inconnues, un étudiant anonyme employé à temps partiel détermine quelles opinions politiques peuvent être diffusées». En juillet dernier, YouTube avait suspendu la chaîne du parti Liberté et Démocratie directe (SPD) du Tchéco-Japonais Tomio Okamura, qui a 20 représentants à la Chambre des députés, apparemment à cause de ses vidéos critiquant l’immigration de masse. Okamura avait réagi en appelant cette décision une « attaque grossière contre la liberté d’expression » et « contre les droits civiques fondamentaux », une attaque qui « fausse la libre compétition entre les partis politiques garantie par la Constitution tchèque ».

D’une manière générale, dans ces trois pays qui ont déjà connu la censure communiste, la censure des géants américains du Net vise surtout les opinions classées à droite, les opinions conservatrices, chrétiennes, souverainistes, patriotiques, etc.
Curieusement, le même genre d’opinions qui étaient interdites sous la dictature communiste. Alors que la France et l’Allemagne cherchent à renforcer leur arsenal juridique pour contraindre les médias sociaux à accentuer leur censure préventive, les anciens pays de l’Est s’inquiètent pour leurs libertés durement acquises à un moment où ils voient ces libertés reculer à l’Ouest.

Article repris du site OJIM

« Sauver les démocraties en Europe » : la pensée du président tchèque Vaclav Klaus

« Sauver les démocraties en Europe » : la pensée du président tchèque Vaclav Klaus

Les dirigeants politiques européens sont dans l’ensemble d’une grande médiocrité intellectuelle et morale. Président de la République tchèque depuis 2003, Vaclav Klaus est l’exception qui confirme la règle. Homme d’Etat courageux, Vaclav Klaus combat le politiquement correct. Attaché à la spiritualité européenne, Vaclav Klaus ne la confond pas avec l’Union européenne dont il dénonce l’ingénierie sociale. Intellectuel brillant, le président tchèque développe la pensée d’un libéral traditionaliste dans son dernier ouvrage : Sauver les démocraties en Europe qu’Abbon présente aux lecteurs de Polémia.
Polémia

Sauver les démocraties en Europe, tel est le titre sous lequel les Editions François-Xavier de Guibert offrent au lecteur français la chance de prendre connaissance de la pensée de Vaclav Klaus, à travers la présentation de 26 textes traduits en français – articles ou discours adressés, entre 2003 et 2011, soit à ses compatriotes, soit aux instances européennes, soit à des publics allemand, anglais ou américain.

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Tchéquie : c’est le moment d’adopter l’euro !

Tchéquie : c'est le moment d'adopter l'euro !

Dans cette période troublée, où l’euro est fortement menacé, il nous vient de Tchéquie une sorte de divertissement économique : une journaliste tchèque, rédactrice au Respekt, – titre qui se considère comme un des meilleurs hebdomadaires indépendants du pays, consacré à l’analyse politique, économique et sociale – estime que c’est le bon moment pour Prague d’entrer dans la zone euro. Cette idée peut paraître pour le moins farfelue ; pourtant, selon Kateřina Šafaříková, elle relève du pur bon sens. L’avenir se fera juge.

Polémia

Tchéquie : C'est le moment d'adopter l'euro !A première vue, se lever et manifester son souhait d’entrer dans le club des pays de la monnaie unique, au moment où l’euro tremble et où les incertitudes planent sur le futur de la zone euro, est une idée totalement saugrenue. En particulier en République tchèque, où la couronne est relativement stable et ne cesse de se renforcer. C’est pourtant aujourd’hui le moment idéal pour franchir le pas. Les deux parties y gagneraient.

Le 21 juillet, lors du sommet de crise de la zone euro, les fondements d’une plus grande intégration économique entre les 17 pays utilisant la monnaie unique ont été posés. Ceux qui sont allergiques au mot intégration peuvent le remplacer par « règles du jeu ».

Elles sont en train de changer, qu’il s’agisse de la physionomie du Fonds européen de stabilisation financière (FESF), des futures obligations européennes émises par la BCE ou encore des institutions de surveillance (d’une sorte de ministère des Finances européen). Pour dire les choses plus simplement, les pays de l’euro sont en train de devenir des « actionnaires » beaucoup plus importants des succès ou des faillites économiques. Ils auront donc tendance à vouloir davantage contrôler leurs intérêts à travers des institutions communes.

L’Allemagne insiste, par souci d’auto préservation

La République tchèque pourrait se sentir peu concernée par toutes ces problématiques, si elle ne se trouvait dans un état de « dépendance vitale » – ce sont les mots du premier ministre tchèque – à l’égard de la zone euro. L’intérêt d’être assis à la table des négociations est ici évident.

Selon des sources diplomatiques fiables, les responsables politiques allemands auraient commencé à envoyer des messages insistants à la Pologne et à la République tchèque les invitant à réserver leur place de membre décisionnaire à la table de l’euro et à annoncer leur décision d’adopter l’euro dans un futur proche. S’ils agissent ainsi, ce n’est pas pour les beaux yeux du Premier ministre polonais Donald Tusk ni pour ceux de son homologue tchèque Petr Nečas. Dire qu’ils sont extrêmement préoccupés par les intérêts économiques polonais et tchèque au sein de l’UE n’est pas non plus la bonne explication. Leurs motivations ont à voir avec une attitude d’auto préservation.

Premièrement, l’annonce de la décision d’adopter l’euro dans une période troublée renforcera la confiance des marchés dans la monnaie unique. Deuxièmement, l’adoption de l’euro par les deux plus importantes économies centre-européennes, qui sont de plus des économies ouvertes et contrairement à d’autres disciplinées, aura pour effet de contrebalancer le poids qu’exerce la France pour plier les nouvelles règles de la zone euro à ses intérêts.

Un véritable partenaire de la zone euro

Troisièmement, les investisseurs allemands auront une plus grande marge de manœuvre en Pologne et en République tchèque. Il faut savoir enfin que la Pologne et la République tchèque voudront d’une zone euro plus intégrée qu’elle soit plus proche d’une Allemagne prudente et vertueuse, que d’une France gaspilleuse et capricieuse.

La proposition d’annoncer maintenant la décision d’adopter l’euro ne devrait pas trop choquer. Que l’on pense seulement aux appels récurrents en ce sens des exportateurs tchèques, qui subissent aujourd’hui des pertes de change et qui pourraient voir ainsi leurs possibilités de planification à long terme facilitées.

Mais cette annonce ne signifie pas que les Tchèques entreront demain dans la zone euro. Entre le « nous voulons » et le « nous y sommes », il s’écoule au minimum trois ans, cinq ans ou plus en général. Cette période pourrait permettre au gouvernement tchèque de négocier les conditions d’adhésion à la zone euro, notamment la question du cours ainsi que son éventuelle participation au plan de sauvetage des pays endettés. Mais surtout, nous pourrions, au moment où se décident les nouvelles règles de la zone euro, être considérés comme un véritable partenaire. Le poids de la République tchèque pourrait alors changer radicalement par rapport à aujourd’hui, où, formellement, nous nous trouvons totalement en dehors de la zone euro.

Kateřina Šafaříková / RESPEKT (Prague) / Source : Correspondance Polémia

Traduit et publié par Pressuro.eu