Enseignement : un nouvel outil de surveillance en Chine, les stylos connectés. Et en France ?

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Les progrès technologiques n’ont pas de limite : Le Figaro nous apprend que la Chine va développer, à la prochaine rentrée, un dispositif infaillible pour surveiller le travail des élèves… et de leurs professeurs : des stylos connectés qui permettent à la fois de filmer la prise de notes des enfants et de télécharger leurs devoirs pour les corriger. Merveilleux progrès pour certains Chinois, entrave à la liberté pour d’autres. Heureusement, direz-vous, la France est à l’abri de telles mesures. En êtes-vous si sûrs ?

Le Figaro rapporte que, selon le ministère de l’Éducation chinois, ce dispositif aide au « renforcement de la gestion des devoirs dans les écoles. Les enseignants doivent corriger entièrement tous les devoirs […] et encourager l’utilisation scientifique d’outils informatiques pour l’analyse et le diagnostic des devoirs. » Façon de présenter l’aspect positif des choses en en occultant les dérives : c’est un bon moyen de contrôler les élèves et les professeurs, de savoir quand ils se mettent au travail et de mesurer le temps passé à travailler en classe et chez soi, pendant et hors des périodes scolaires.

La France, si l’on en croit une enquête menée par L’Obs, utilise des moyens plus subtils qui semblent donner raison aux récalcitrants qui annonçaient que les contraintes ordonnées par le gouvernement pendant la crise sanitaire pouvaient avoir des conséquences durables sur la liberté des Français. Durant le confinement, les contacts entre élèves, professeurs et parents se sont considérablement assouplis. Tous pouvaient échanger sur des canaux de discussion : il n’était pas rare que des élèves contactent leurs professeurs quand ils se mettaient à leurs devoirs et ne comprenaient pas un exercice. Ils ont ainsi pris l’habitude que les professeurs soient disponibles tout le temps.

Ils ne sont pas les seuls : il arrive, selon des témoignages recueillis par l’hebdomadaire L’Obs, que des parents indélicats interpellent, à toute heure, des professeurs qui ne répondent pas immédiatement aux sollicitations de leurs enfants, les rappelant à l’ordre, comme on rappelait autrefois à l’ordre un domestique négligent : « Le contrôle est demain, mon fils vous a posé une question et vous n’avez pas répondu. » Paradoxalement, ce sont les enseignants, les plus disponibles pendant la crise sanitaire, qui sont le plus sollicités. Tout comme pour la correction du baccalauréat où, paraît-il, les professeurs qui font consciencieusement leur travail sont systématiquement convoqués.

À bien y réfléchir, les exemples de la Chine et de la France ne sont pas si différents. D’un côté, un régime totalitaire assumé où la surveillance est la règle, que décrit, de manière prophétique, l’œuvre de George Orwell, 1984. De l’autre, une démocratie dite libérale où prime la loi du marché et où les usagers sont rois. On est loin des conceptions d’un savoir émancipateur célébré par Charles Péguy, à l’époque des « hussards noirs », comme il les appelait. L’enseignement, désormais réduit à l’utilitaire, n’est plus qu’un produit de consommation, soumis à la fois aux caprices de la clientèle et aux intérêts d’un État qui n’aspire qu’à former de gentils consommateurs et des exécutants dociles.

C’est ainsi que des régimes que tout semble opposer se rencontrent, quand les oligarchies qui les gouvernent prétendent faire le bonheur de leur peuple. En Chine, on n’aime guère les dissidents, en France on se méfie de ceux qui se posent trop de questions.

Philippe Kerlouan

Tribune reprise de Boulevard Voltaire