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La fronde contre les sortants

Sur le papier, le deuxième tour de l’élection présidentielle est « plié » : Emmanuel Macron, sorti en tête du premier tour, est soutenu par tout le microcosme politico-médiatique et on voit donc mal comment Marine Le Pen pourrait le battre le 7 mai.

C’est manifestement pour cela que le sémillant ancien ministre de l’Économie socialiste a fêté sa victoire… dès le premier tour, dans la brasserie chic « La Rotonde » – faisant ainsi encore mieux que Nicolas Sarkozy qui, lui, avait attendu le deuxième tour pour sa soirée au « Fouquet’s ».

Mais il est vrai qu’un homme de gauche peut tout se permettre : tout ce qu’il fait est, par nature, pour le bien du peuple (pour lequel il a, par ailleurs, le plus profond mépris). Jamais les médias ne critiqueront ce « bienfaiteur de l’humanité » !

Au-delà de l’anecdote, révélatrice de la partialité médiatique, le scénario est parfaitement clair : la victoire de Benoît Hamon aux primaires, l’ascension de Jean-Luc Mélenchon, devaient dégager l’espace pour Emmanuel Macron, le véritable dauphin de François Hollande.

Et celui-ci devait donc l’emporter facilement face à Marine Le Pen.

Seulement, le scénario patine un peu.

On commence à s’apercevoir qu’Emmanuel Macron est la garantie d’avoir un nouveau quinquennat Hollande – en pire sans doute, car son programme est quasiment inconnu et que cela ne laisse rien présager de bon pour les 5 ans à venir.

Le deuxième tour est l’occasion de clarifier ce programme et, selon la maxime du cardinal de Retz, on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment.

Mais, pour Emmanuel Macron, il y a pire.

Le principal ressort de son succès, comme des scores surprises des primaires à gauche et à droite, réside dans le fait de « sortir les sortants ». C’est ainsi qu’en 6 mois, les électeurs ont sorti Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Manuel Valls, François Hollande et François Fillon. C’est-àd ire tous ceux qui ont gouverné le pays depuis plus de 20 ans.

Or, tous ces sortants sont aujourd’hui réunis autour d’Emmanuel Macron. Dans une perspective de « front républicain », c’était une chance. Dans le contexte actuel où le front républicain ne parvient pas à se mettre en place – comme en témoignent l’absence de consigne de vote de Jean-Luc Mélenchon et surtout le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen–, le fait d’être soutenu par un syndic de faillite n’est pas forcément une chance…

Jean Rouxel

Article paru sur le site de Les 4 vérités