Lola : pourquoi un tel silence politique, une telle discrétion médiatique ?

Lola

Nous sommes lundi matin, deux jours et demi après l’horrible meurtre de Lola sur le chemin du retour de l’école, et aucun membre du gouvernement, si prompt habituellement à manifester bruyamment son indignation pour des peccadilles montées en épingle, ne s’est exprimé. Avec un sens aigu de l’à-propos, eu égard au profil des individus mis en garde à vue, et sans crainte de heurter les réseaux sociaux qu’il devrait savoir pourtant hautement inflammables, Emmanuel Macron se fend en revanche d’un beau message de repentance en ce jour anniversaire du 17 octobre 1961 à l’endroit des « indépendantistes algériens ».

La ville de Paris est également d’une discrétion de violette. Sur le compte Twitter d’Anne Hidalgo, on cherche en vain, depuis vendredi, le nom de Lola, fillette massacrée dans la ville dont elle est maire. En revanche, un mot vibrant, dimanche matin, soit 36 heures après les faits, pour signifier « tout [son] soutien à Élisabeth Moreno », martelant que « Paris, ses valeurs, son histoire sont incompatibles avec le racisme ». Les valeurs de Paris devraient être aussi incompatibles avec le crime et l’infanticide, non ? Le maire du XIXe, François Dagnaud, est également désespérément muet : son seul tweet du week end concerne l’inauguration d’un gymnase.

Ne perdez pas non plus votre temps du côté des féministes – aucune mention de Lola sur le compte Twitter de Sandrine Rousseau ni de Clémentine Autain. Rien, non plus, sur le hastag #MeToo. Une information judiciaire a été ouverte pour les chefs de « meurtre sur mineure de moins de 15 ans en lien avec un viol commis avec actes de torture et de barbarie » et « recel de cadavre », mais ce genre de féminicide sur fond de viol ne les fait semble-t-il pas réagir.

Les grands médias s’en tiennent également au minimum syndical. Sur ces mêmes réseaux sociaux circule une vidéo de l’INA datant de 1976. La comparaison est flagrante : Roger Giquel annonce, dans le journal de 20 heures de TF1, le meurtre d’un enfant enlevé par Patrick Henry en commençant par ces mots tragiques : « La France a peur. » Faut-il que la France, mithridatisée, se soit lentement habituée à l’ensauvagement pour regarder, ainsi, à côté ? Ou est-ce l’identité des suspects qui dérange ?

En attendant, ce lundi, tous les parents de jeunes collégiens – l’âge où l’on commence à rentrer seul de l’école – pleurent pour la petite Lola et tremblent pour leurs propres enfants. La France a peur, mais cette fois, elle n’a pas le droit de le dire.

Il faudra attendre 11h30, et une incroyable pression des réseaux sociaux interpelant bruyamment les élus et le gouvernement pour qu’enfin Pape NDiaye communique : il annonce s’être rendu au collège Georges Brassens, où Lola était scolarisée. À leur tour, à 15h00, Anne Hidalgo et François Dagnaud lui emboîtent le pas, se fendant d’un tweet où il est question « d’émotion » et d’effroi ». Près de trois jours après. Emmanuel Macron, Gérald Damanin et Éric Dupont-Moretti, eux, n’ont toujours pas écrit les quatre lettres de Lola. Pourquoi ?

Gabrielle Cluzel

Tribune reprise de Boulevard Voltaire