Patrie, quotas : les faux-nez de la macronie, par Ivan Rioufol

Patrie et quotas d’immigration : deux thèmes que la macronie va tenter de s’approprier ces prochaines semaines. Comme deux bouées de sauvetage ? Ce lundi sur RTL, Gabriel Attal, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale, a louangé le Service national universel, lancé dimanche auprès de 2000 premiers jeunes. Il a vanté le “patriotisme” de ce nouveau rendez-vous des “brassages” et des “diversités”. Il a rappelé ce qu’avaient été, ce matin, les premières heures des engagés volontaires : lever “6h30-7h”, découverte de leur uniforme bleu, salut au drapeau, Marseillaise, etc. Attal a confié qu’Emmanuel Macron suivait “de très près” cette expérience. Elle devrait être généralisée, à l’horizon 2026, aux 800.000 jeunes Français.

De son côté le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, hier dans le JDD, s’est dit ouvert à un débat parlementaire annuel sur la question des quotas dans le cadre de l’immigration légale. Il s’est dit en revanche opposé à des quotas en matière d’asile, au nom “de nos engagements internationaux” et de son “éthique personnelle”. Ainsi, après avoir fustigé les “populistes”, accusés de penser petit dans leur défense de la nation abritée par des frontières, le gouvernement tente de récupérer une partie du combat identitaire qu’il a laissé à la droite. Toutefois, sa promotion du mondialisme et des “valeurs citoyennes”, construites notamment sur la non-discrimination, sont en contradiction avec la protection de la France, fragilisée par une immigration de peuplement que rien ne vient tarir.

La mascarade est la vraie nature de la macronie. A vouloir attirer la gauche et “en même temps” la droite, le pouvoir s’oblige à jongler avec les faux-nez, les masques, les déguisements. Ses mots sont des bulles : vidés de leur contenu, ils sont lancés comme des appâts. C’est ainsi que le service national universel associe dans un même intitulé deux contradictions : le repliement national et l’ouverture universelle. Mais dans la vision des mondialistes, c’est la nation qui au bout du compte doit céder la place au profit d’un monde plat, sans mémoire, fonctionnel et interchangeable. De la même manière, les quotas d’immigrés ne veulent rien dire quand n’est pas définie ce qu’est une immigration. Pour l’Etat, elle ne serait pas celle des demandeurs d’asiles. Or les pouvoirs publics ne font plus de différence entre le demandeur d’asile politique – que la France se doit d’accueillir quand il fuit une oppression idéologique – et le demandeur d’asile économique ou, demain, climatique.

Cette filière humanitariste, attirée par la générosité des prises en charge qu’offre la France en comparaison d’autres pays d’Europe, est en passe de devenir la principale source d’immigration. D’autant que les reconduites à la frontière restent marginales. Bref, quand la macronie parle de patrie et de quotas, elle use de termes que l’opinion aime entendre. Mais c’est le chemin inverse qu’elle a pris avec son “progressisme” sans audience.

Ivan Rioufol

Texte daté du 17 juin 2019 et repris du blog d’Ivan Rioufol

SNU : non à l’embrigadement de la jeunesse par l’État !, par Franck Deletraz

Lancé officiellement dimanche avec 2 000 volontaires de 15 et 16 ans, le service national universel, fruit d’interminables palabres quant à sa forme et à son contenu, n’a, comme l’on pouvait s’y attendre, absolument rien de militaire ni de patriotique. Articulé autour d’un stage dit « de cohésion », au cours duquel l’essentiel du temps sera consacré à des « débats » sur « des enjeux de société », et d’un service volontaire bénévole dans une association bien politiquement correcte au cours de l’été, ce dispositif, tant souhaité par Macron, est en revanche une vaste opération d’embrigadement de la jeunesse française.

Les Komsomolets de Macron

C’est sa marotte, et l’on comprend bien pourquoi. En effet, là où un certain nombre de nos compatriotes espéraient un retour au bon vieux service militaire, avec ses marches commandos, ses trous de combat et autres parcours collectifs, Macron, lui, a compris tout l’intérêt qu’il pouvait avoir à mettre en place un dispositif qui, sous couvert de « cohésion nationale », n’est autre qu’une gigantesque machine à endoctriner la jeunesse. C’est ainsi que les quelque 2 000 volontaires accueillis dimanche dans les centres du SNU (en attendant les 40 000 de l’an prochain et, à terme, l’ensemble d’une classe d’âge, soit 800 000 jeunes) vont au cours de ce stage, et comme l’a expliqué samedi au Parisien le secrétaire d’Etat Gabriel Attal, suivre chaque jour « des modules différents », notamment sur « le développement durable ou les valeurs de la République ». Tandis que « chaque soirée sera dédiée à un débat sur des enjeux de société », tels que « les discriminations liées à l’orientation sexuelle, le handicap, la radicalisation, etc. » Ce lundi, par exemple, « après le match de l’équipe de France féminine de foot, il y aura une discussion sur l’égalité femmes-hommes »… Bref, pas étonnant que le président ait déjà demandé à Attal « qu’on aille plus vite » afin « de généraliser […] avant la date de 2026 initialement annoncée » ce dispositif dont « on ne pourra pas être réformé », et qui devrait coûter (officiellement) aux contribuables « autour de 1,5 milliard d’euros ».

Les parents, appelés à résister

Un véritable scandale qui a poussé Juristes pour l’enfance à renouveler samedi son appel solennel aux parents « pour qu’ils refusent l’enrôlement de la jeunesse par l’Etat, au mépris de leur responsabilité de premiers éducateurs de leurs enfants ». Car, a rappelé judicieusement l’association, « contrairement aux jeunes majeurs de 18 ans ou plus précédemment appelés au service militaire, la cible du nouveau SNU est constituée par […] des enfants mineurs encore placés sous la responsabilité et l’autorité de leurs parents ». Et Juristes pour l’enfance d’ajouter alors fort justement : « Pour porter une nouvelle atteinte aux libertés individuelles des jeunes et pour les soustraire à l’autorité de leurs parents, l’Etat doit être autorisé par une loi, et sans doute même par la Constitution. Or aucun texte n’a été voté. »

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 17 juin 2019