L’Ukraine comme théâtre du retour de l’histoire, par Clément Martin (Les Identitaires)

Ukraine

À la chute de l’URSS en 1991, les prophètes de l’Occident (au premier rang desquels Francis Fukuyama, dans son célèbre La Fin de l’Histoire et le Dernier Homme) l’avaient bien annoncé : le processus historique était achevé. Désormais, toutes les nations du monde se rangeraient, pour leur plus grand bien, dans le modèle démocratique, social-libéral, droitsdelhommiste. Et pour les autres, les réfractaires, ce n’était plus qu’une question de temps avant que les archaïques préoccupations stratégiques, identitaires ou économiques (en un mot, politiques) ne laissent place au doux refrain du marché global, du multiculturalisme et de la gouvernance bienveillante de l’ONU.

Mais cette prophétie ne s’est pas réalisée ; les signes indiquant au contraire un retour fracassant de la compétition éternelle entre les civilisations n’ont pas tardé à apparaître. La guerre de Yougoslavie d’abord, le 11 septembre ensuite, sans oublier les vagues d’attentats débutant en 2012 ou la crise des réfugiés de 2015. Le dernier épisode en date, c’est bien entendu l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Au-delà des motivations respectives de chacun des acteurs impliqués ou de savoir si l’agression russe est légitime, il importe surtout d’en tirer une leçon simple : un peu partout, le règne de la gestion s’efface, alors que celui de la Grande Politique fait son retour. Le XXIe siècle ne sera pas celui des négociations interminables entre bureaucrates déracinés ni celui des slogans sentimentalistes ou de l’assistance sociale à des minorités (LGBT et autres immigrés pétris de ressentiment) motivées par la vengeance ou la pulsion de mort. Les mots d’ordre du siècle à venir seront « identité », « puissance » et « réalisme ».

Si l’Europe ne veut pas terminer dans les poubelles de l’Histoire, il est temps de procéder à une rupture radicale avec les vieux refrains dégoulinants du progressisme pour pouvoir s’armer (d’abord moralement et intellectuellement) face aux dangers qui surgissent, affirmer notre identité et défendre nos intérêts. Les dirigeants européens feraient bien de ne pas oublier une chose : ce n’est pas parce que vous avez décidé que le monde entier était votre ami que ce sentiment est réciproque. À partir du moment où l’ennemi vous a désigné comme tel, vos choix se résument à la fuite, à la soumission ou au combat – mais ce qui est certain, c’est que les bons sentiments ne sont pas une solution.

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

Poutine révèle le déclin de l’Occident, par Ivan Rioufol

« Bien entendu, nous ne ferons rien ». Ce fut l’aveu de Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, après le coup d’Etat en Pologne de décembre 1981. La même prudence est reprise ces jours-ci dans le camp occidental, plus pusillanime que jamais. Après la reconnaissance par Vladimir Poutine, lundi soir, des « républiques populaires » de Donetsk et Louhansk (Dombass), les démocraties indignées ne feront rien. Elles se contenteront de protestations usuelles et de sanctions économiques symboliques contre la Russie et sa volonté de déstabiliser l’Ukraine. Les mots pourtant ne manquent pas pour alerter sur la gravité de la situation créée par l’autocrate russe. Emmanuel Macron, qui s’est fait humilier par le nouveau tsar en croyant jouer au pacificateur, le qualifie de « paranoïaque ». L’Anglais Boris Johnson accuse Poutine de préparer « la plus grande guerre en Europe depuis 1945 ».

Jean-Louis Bourlanges, président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale, évoque « la plus grave crise internationale depuis la deuxième guerre mondiale ». Si la menace est bien celle décrite par l’Union européenne et les Etats-Unis, une mobilisation militaire devrait s’imposer. Mais les Occidentaux n’ont aucune envie de sacrifier une vie de soldat pour défendre l’intégrité de l’Ukraine. Poutine le sait : il est libre de ses gestes, face à un camp désarmé. Il reste à espérer que le maître du Kremlin saura maîtriser le mépris que lui inspirent ces beaux parleurs qui se planquent.

Poutine révèle ce que sont les donneurs de leçons : des faiseurs de jactance incapables de penser le conflit contre les puissants. Le régime russe est répulsif dans son autoritarisme, son centralisme, sa brutalité. On ne peut reprocher néanmoins à Poutine de vouloir défendre son peuple, sa culture, son histoire : des valeurs considérées comme ringardes par le « progressisme » occidental. Le monde libre aura trouvé naturel de séparer par la force le Kosovo devenu majoritairement musulman de la Serbie chrétienne. En revanche, il trouve intolérable que les russophones du Dombass soient attirés par le monde orthodoxe. Plus généralement, l’Europe montre son propre déclin. Le 15 mai 2014, je publiais un bloc-notes titré : « L’homme européen est une femme à barbe », après le choix de l’Eurovision de promouvoir un transsexuel barbu, Conchita Wurst. J’y écrivais notamment : « Le nouvel Homme européen est une femme à barbe. La promesse européenne ? Elle enfante ce divertissement transgressif, exhibé comme une fierté libératoire et une victoire politique. Conchita résume le manque d’ambition de l’Europe déclinante : une réalité qui se lit plus gravement dans le plaisir cynique que prend Vladimir Poutine à l’humilier sur le terrain ukrainien. Tandis que l’Eurovision plébiscitait son héroïne labellisée LGBT (lesbienne, gay, bi et trans), le tsar faisait défiler ses troupes et ses chars sur la place Rouge, puis en Crimée annexée. À quelques jours de l’élection de ses députés, l’Union européenne se présente sans diplomatie, sans armes, sans âme. Sans rien sinon sa futilité étalée. » C’est cette futilité que nous payons.

Ivan Rioufol

Texte daté du 23 février 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Ukraine : la Russie ouvre le feu – Poutine passe à l’offensive

Après des mois de tensions et de tractations diplomatiques, le conflit armé tant redouté a éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi. C’est peu avant 6 heures du matin à Moscou (4 heures à Paris) que la terrible sentence est tombée lors d’une allocution télévisée du président russe. « J’ai pris la décision d’une opération militaire » a ainsi déclaré Vladimir Poutine. Une annonce qui plonge le monde dans l’effroi et claque comme une gifle portée au visage du président français, Emmanuel Macron, qui avait prétendu être parvenu à faire « baisser la tension » lors de sa rencontre avec le maître du Kremlin.

Dans son intervention, ce dernier a dénoncé une fois encore un « génocide » orchestré par l’Ukraine dans l’est du pays ainsi que la politique agressive de l’Otan. Il a également assuré ne pas vouloir « d’occupation » de l’Ukraine, mais sa « démilitarisation » et sa « dénazification » (sic), promettant le tribunal pour « tous ceux qui ont commis de nombreux crimes, responsables de l’effusion de sang de civils, notamment des citoyens russes ». Pris de court par le coup de force russe, les dirigeants occidentaux se sont pour l’instant contentés de « condamner fermement l’agression » et de promettre de nouvelles sanctions contre la Russie. « Le président Poutine essaie de revenir au temps de l’Empire russe, mais en agissant ainsi il met en péril l’avenir de son peuple », a déclaré pour sa part la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Une « réunion extraordinaire » au Conseil de l’Europe se tiendra ce jeudi pour prendre « rapidement les mesures nécessaires pour répondre à la situation actuelle ». Beaucoup de palabres et de doctes et sentencieuses proclamations en perspective et une lenteur de réaction concrète sur laquelle mise sans doute Vladimir Poutine.

Côté ukrainien

Côté ukrainien, le président Volodymyr Zelensky a donné l’ordre à ses troupes d’infliger le maximum de pertes aux militaires russes qui envahissent son pays, a indiqué le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Valery Zaloujni. Des explosions ont été entendues dans plusieurs villes dont la capitale Kiev, Kharkiv, deuxième ville du pays, Kramatorsk, Dniepr, Donetsk, mais aussi les cités portuaires de Marioupol et Odessa. L’attaque russe apparaît donc comme une opération de grande ampleur.

S’il est difficile de prévoir pour le moment toutes les conséquences de cette attaque, on frémit en imaginant une éventuelle intervention des Etats-Unis ou de l’Otan qui pourrait transformer le conflit régional en véritable tragédie mondiale. Une fois encore, on ne peut que regretter amèrement que l’Europe, empêtrée dans sa vassalité vis à vis des Etats-Unis et encombrée de moraline « droits de l’hommesque », n’ait pas joué son rôle de « troisième voie » permettant une conciliation et une sortie pacifique de la crise. Le prix à payer pour cette incurie pourrait, cette fois, être particulièrement lourd.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 24 février 2022

Crise ukrainienne – Macron rêve d’un nouveau Munich

Crise ukrainienne

Passant son week-end au téléphone avec Biden et Poutine, Macron joue les Daladier dans l’espoir d’apparaître comme le sauveur de la paix. Mais les présidents russe et américain n’ont que faire de cette mouche du coche.

L’armée russe prolonge ses manœuvres en Biélorussie tandis que le retrait annoncé d’une partie des troupes russes amassées en Crimée et le long de la frontière ukrainienne a été qualifié de fictif par les Américains et l’OTAN, qui parlent désormais de 190 000 soldats russes encerclant l’Ukraine. S’il est difficile de faire la part des choses dans cette guerre de l’information entre les deux camps, il y a désormais de quoi s’inquiéter face à ce qui ressemble furieusement à une opération d’intoxication russe dans le Donbass comme pour justifier une attaque « défensive », dans la droite ligne de la doctrine soviétique des années de la guerre froide. Car qui à l’étranger, mis à part les agents payés et les idiots utiles, peut croire que l’Ukraine choisirait ce moment où la Russie a mis en place une force d’invasion qui l’encercle, y compris du côté de la mer Noire, pour lancer une grande offensive dans le but de reprendre le Donbass ? Et cela, rappelons-le, alors que les Américains et l’OTAN ont clairement fait savoir qu’ils ne comptaient bien entendu pas intervenir militairement du côté de l’Ukraine en cas d’attaque russe et qu’ils se contenteront d’appliquer des sanctions économiques.

Vendredi, alors que depuis plusieurs jours armée ukrainienne et républiques séparatistes de Lougansk et Donetsk s’accusaient mutuellement de violations répétées du cessez-le-feu par des tirs à l’arme lourde (les observateurs de l’OSCE disent avoir recensé près de 2 000 violations du cessez-le-feu pour la seule journée de samedi), une explosion à la voiture piégée, qui n’a pas fait de victime, a eu lieu à Donetsk. Elle était censée viser le chef de la police. Denis Pouchiline, le président de la République populaire du Donetsk, expliquait le même jour dans les médias russes que la guerre était inévitable, Kiev ayant selon lui décidé de lancer une grande offensive. Les deux républiques populaires avaient déjà annoncé l’évacuation des civils, et la Russie, qui accuse l’Ukraine de génocide au Donbass, se préparait à l’accueil de centaines de milliers de réfugiés. Tout semble donc prêt pour justifier une intervention russe d’ampleur comme en 2008 dans les territoires séparatistes de Géorgie, et ce peut-être dans le but d’annexer définitivement le Donbass ukrainien mais russophone comme cela avait été fait en 2014 avec la Crimée.

Le président français Emmanuel Macron s’est entretenu au téléphone dimanche avec son homologue russe Vladimir Poutine puis avec le président américain Joe Biden et a obtenu que les deux hommes se parlent encore une fois avant d’élargir les pourparlers « à toutes les parties prenantes ». Les Américains ont toutefois précisé que ces discussions entre Biden et Poutine n’auront pas lieu d’être si l’invasion russe a déjà commencé d’ici là.

Parallèlement, la Pologne, qui préside en ce moment l’OSCE, a convoqué à la demande de l’Ukraine une réunion extraordinaire de l’organisation, tandis que l’absence de la Russie à la Conférence sur la sécurité de Munich ce week-end a été remarquée, puisque c’était la première fois en trente ans que Moscou n’envoyait aucune délégation à cette conférence. En début de semaine, la Russie n’avait pas non plus participé à une réunion de l’OSCE demandée par l’Ukraine pour exiger des explications de la Russie sur ses importants mouvements de troupes à ses frontières.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 21 février 2022

Guerre tiède : Russie – Ukraine – OTAN : l’escalade verbale

Russie – Ukraine

Diplomates et médias du monde entier ont les yeux rivés sur la frontière ukraino-russe où se multiplient les mouvements de troupes de part et d’autre. Devenue l’enjeu d’un bras de fer entre le Kremlin et Washington, sous le paravent de l’Otan, la crise du Donbass va-t-elle aboutir à un nouveau conflit armé ? La plupart des observateurs pensent que cette extrémité sera évitée même si les jusqu’au-boutistes des deux camps continuent à souffler sur les braises. Une fois encore, l’Europe, divisée, apparaît comme la grande absente.

La rencontre du secrétaire d’Etat américain Antony Blinken avec le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov le 21 janvier à Genève n’a pas permis d’apaiser les tensions suscitées par la présence accrue de forces russes à la frontière avec l’Ukraine, dans le cadre d’un dispositif perçu par les Ukrainiens, les Américains et l’OTAN comme la préparation d’une invasion armée. Blinken a prévenu son homologue que, si l’Ukraine ne fait pas partie de l’OTAN, elle peut compter sur le soutien américain face à l’agression russe. Un soutien qui se traduit par une action diplomatique et par des menaces de sanctions contre la Russie, en plus de celles en vigueur depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et l’intervention au Donbass, et aussi par la livraison d’armes de défense, tels les lance-missiles antichars portables Javelin, ou les 90 tonnes d’armes légères et de munitions livrées la semaine dernière. Des armes antichars NLAW ont également été livrées par le Royaume-Uni qui ne fournissait pas jusqu’ici d’armes létales à l’Ukraine, mais les avions de la RAF chargés du transport ont dû contourner l’espace aérien allemand, Berlin étant opposé à toute livraison d’armes à Kiev.

L’Allemagne a également refusé que soit envisagés l’exclusion de la Russie du système de paiements internationaux SWIFT et le renoncement au gazoduc Nord Stream 2, toujours en attente des autorisations de mise en service côté allemand, en cas d’attaque militaire russe contre l’Ukraine. L’amiral Kay-Achim Schönbach, commandant de la marine allemande, a dû démissionner après ses propos du 21 janvier selon lesquels l’Ukraine ne récupérerait jamais la Crimée et le président russe Vladimir Poutine ne demande que du respect qu’il « est facile de lui donner puisque probablement, il le mérite ». Des propos qui ont causé un incident diplomatique avec l’Ukraine.

La semaine dernière, Londres a affirmé savoir par ses services de renseignement que le Kremlin souhaitait installer un régime à sa botte à Kiev et a cité les noms des Ukrainiens qui étaient prévus pour remplacer le pouvoir démocratique actuellement en place. Les Américains et les Britanniques ont par ailleurs annoncé l’évacuation d’Ukraine des familles de leur personnel diplomatique dans la crainte d’un conflit armé. Lundi, Washington a mis en alerte 8 500 soldats qui peuvent être envoyés à tout moment en Europe pour renforcer le front oriental de l’OTAN. Un renforcement durable des forces de l’Alliance déployées dans les anciens pays satellites de la Russie soviétique aujourd’hui membres de l’OTAN fait partie de la panoplie de mesures de rétorsion annoncées comme probables en cas d’invasion de l’Ukraine par la Russie, alors que c’est déjà l’annexion de la Crimée qui avait conduit aux premiers déploiements permanents en violation du traité signé dans les années 1990 avec la Russie, au moment de l’adhésion de ces pays à l’Alliance atlantique. Mais l’annexion de la Crimée était elle-même une violation flagrante par la Russie du mémorandum de Budapest de 1994 signé avec les Américains, les Britanniques et les Ukrainiens quand Kiev avait accepté de remettre à la Russie l’arsenal nucléaire hérité de l’URSS.

Le scénario d’agression ouverte paraît malgré tout improbable, quoi qu’en disent les dirigeants occidentaux. Sans doute ces attroupements à la frontière s’inscrivent-ils en réalité dans la suite de l’assaut migratoire des derniers mois organisé par l’allié biélorusse de Poutine, dans le cadre d’une stratégie de tensions volontaires pour forcer l’Occident à négocier un engagement à ne pas étendre l’OTAN plus à l’est et à renoncer aux sanctions.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 25 janvier 2022

Humiliation d’Erdogan: pourquoi Poutine a-t-il fait poiroter le président turc devant son bureau

La dernière rencontre entre les présidents russe et turc a fait l’objet de nombreux commentaires sur les réseaux. Décryptage du vrai et du faux et des conséquences profondes de cette rencontre.

La salle choisie pour la rencontre du 5 mars dernier au Kremlin ne manquait pas de surprises pour le président turc… Avant même cela, c’est l’attente de la délégation turque, filmée par la télévision russe qui a beaucoup amusée sur les réseaux sociaux. Une attente dans le vestibule qui n’a en fait rien d’anormal. On y voit un Erdogan, livide, isolé, qui finit par s’asseoir, comme on se rend.

Deux petites minutes qui paraissent interminables

Deux petites minutes qui semblent longues à l’image, mais qui pour ce qui est du président russe, n’ont rien d’anormal, au contraire. Poutine a toujours su utiliser ses retards, quelque soit la personnalité attendue. Il y a pourtant différents types de retard chez lui.

Le premier est un message diplomatique quand les relations sont tendues. Cela a été le cas avec Angela Merkel, qui possède le record historique en 2014 avec 4h15 de retard… On peut noter aussi 3 heures pour le Premier ministre japonais Shinzo Abe en 2016, 50 minutes pour le pape François en 2015, 40 minutes pour Obama en 2012 ou même 14 mn pour la Reine Elizabeth II en 2003. Le second cas est le perfectionnisme de Poutine qui peut recevoir les dernières synthèses de son service diplomatique ou de son service de renseignement avant qu’une réunion importante ne commence.

Pour ce qui est d’Erdogan donc, pas vraiment de quoi s’alarmer. Mais qu’en est-il de la statue de Catherine II et de la pendule qui orne la cheminée du salon d’apparat ?

En effet, dans la salle où sont photographiés les deux présidents, une statue de l’Impératrice attire l’attention. Parmi de nombreuses réalisations et victoires militaires, la grande Catherine arracha la péninsule de Crimée, placée sous le joug ottoman depuis le XVe siècle à l’issue de la guerre russo-turque de 1787-1792. Elle y fonda la ville de Sébastopol en 1783. Mais ce n’est pas elle qui a conduit chacune des onze guerres russo-turques de l’histoire, la première datant de 1568…

La pendule est réalisée par le sculpteur russe Eugène Lanceray en 1880 complète le décor. Elle illustre la campagne des Balkans (1877-78) où les Russes s’étaient portés au secours de leurs frères orthodoxes serbes, bulgares, grecs et monténégrins qui aspiraient à leur indépendance de l’Empire ottoman.

Dans les deux cas, Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin fait la même réponse. Il s’agit d’une pure coïncidence et absolument pas d’une mise en scène destinée à impressionner Erdogan. Il est effectivement bien possible que ce dernier n’y ait pas vu malice. De fait, c’est bien la salle qui est utilisée pour les photographies avec les chefs d’Etat qui visitent le Kremlin. Sa décoration reflète en tout cas une chose, le goût pour l’Histoire et la continuité de l’Etat qui animent le président russe.

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Héléna Perroud : « La France et la Russie ont tout pour s’entendre »

22/08/2019 – EUROPE (NOVOpress)
Emmanuel Macron a reçu Vladimir Poutine au fort de Brégançon. Désaccords sur les manifestations des Gilets jaunes et à Moscou, sommet du G7 et crise ukrainienne…

Que retirer de cette rencontre au sommet ? Entretien avec Héléna Perroud, analyste et auteur de l’essai ‘Un Russe nommé Poutine‘ (Le Rocher, 2018).


Au Parlement européen, le groupe Identité et Démocratie veut mettre fin aux sanctions contre la Russie

17/06/2019 – EUROPE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) :
Le groupe patriote et populiste Europe des nations et des libertés prend désormais le nom d’ « Identité et Démocratie ». Le nombre de ses membres a doublé puisqu’il est passé de 36 à 73 députés issus de neuf pays, parmi lesquels l’Italie, qui compte 28 députés, la France, 22 et l’Allemagne, 11. Le président du groupe est l’Italien Marco Zanni, et les deux vice-présidents sont le Français Nicolas Bay et l’Allemand Jörg Mauthen. Or, ce dernier a déclaré la semaine dernière au sujet des sanctions contre les Russes que “Nous pouvons les maintenir pendant des décennies, cela ne changera rien. Il vaut mieux adopter une approche pragmatique avec la Russie comme avec tout autre pays.”

L’Allemagne et la France ont-elles souffert de ces sanctions ?

En 2018 l’Allemagne était le premier investisseur en Russie et la France le deuxième. Or, depuis 2014, année du rattachement de la Crimée à la Russie après un référendum, l’Union européenne comme les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et la Norvège ont décidé un embargo sur les denrées alimentaires à destination de la Russie. Mais, cet embargo n’a pas eu tous les effets escomptés : en France, il a accentué la crise du lait et de l’élevage de porc. La Russie qui était le deuxième importateur de porcs du monde commence à en exporter ; elle est devenue le premier exportateur de blé et concurrence la France en Algérie et en Egypte. Déjà, en 2018, le président de la Chambre de commerce franco-russe à Moscou, Emmanuel Quidet constatait que “Les conséquences des sanctions américaines sont catastrophiques sur la confiance des entreprises étrangères et notamment françaises en Russie.”

Trump blanchi : la revanche des Affreux, par Ivan Rioufol

Donald Trump

Les complotistes, qui voyaient l’ombre de Vladimir Poutine derrière Donald Trump, oseront-ils se relire, à défaut de s’excuser ? Pour les médias américains et européens, l’affaire était entendue : Trump méritait la destitution (empeachement) pour avoir manigancé son élection avec l’appui des Russes. Des sommes d’articles à charge auront alimenté l’accusation, sans entendre les démentis de la Maison blanche. Pourtant, ce week-end, l’implacable procureur spécial Robert Mueller a conclu son enquête en levant les soupçons. Après 675 jours d’investigations menées par 19 procureurs et 40 agents du FBI (Le Figaro de ce lundi), Mueller a reconnu n’avoir pas « établi que les membres de la campagne Trump aient conspiré ou se soient coordonnés avec le gouvernement russe dans ses activités visant à interférer » sur la campagne de 2016. Cette réhabilitation met un terme aux fantasmes.

Elle ramène les accusateurs du président américain au rang d’adversaires peu scrupuleux sur les faits et les méthodes de dénonciation. Leur obstination à vouloir faire tomber l’intrus révèle leur intolérance : une attitude commune à tout l’establishment, dès lors qu’il est confronté à des oppositions populaires. Emmanuel Macron, qui n’est pas le dernier à fustiger les tenants du complot, croit pareillement voir la main de Moscou dans les mobilisations des Gilets jaunes. Bernard-Henri Lévy, que décidément plus rien n’arrête, assume même désormais d’ignorer le peuple quand ce dernier ne pense pas comme lui. Dans un entretien au média belge L’Echo, il déclare : « Quand cette population-là vote pour le pire, le racisme, l’antisémitisme, la haine, qu’ils sont encore minoritaires, je pense qu’il faut leur dire : on ne tiendra pas compte de ce que vous dites ».

Les tenants du camp du Bien s’égarent et se rendent indéfendables quand ils refusent de jouer le jeu de la démocratie dès que des citoyens leur tiennent tête. Les démocrates américains ont un air de famille avec les macronistes français : leur mépris des gens les déshonore. Nicolas Sarkozy a eu raison, samedi à Budapest, de saluer publiquement Viktor Orban, considéré comme infréquentable par le chef de l’Etat français et ses soutiens. Participant à un colloque sur les migrations, l’ancien président a déclaré, à l’adresse de son « ami » le premier ministre hongrois : « L’Europe ne doit pas être sectaire. Personne n’a de leçons à vous donner. Quand on a des frontières, il faut les défendre. On ne peut plus faire du tourisme social en Europe. On ne peut pas aller en Europe pour toucher des allocations. Je suis favorable à ce que les aides sociales ne soient dues qu’à partir de 4 ou 5 années de présence ». En fait, les Affreux de la politique sont en train de tirer profit des prétentions des faux gentils à incarner la perfection, dans un narcissisme loufoque.

Trump vient de prendre une sérieuse option pour sa réélection. Orban s’épaissit dans son rôle de leader des nations européennes souveraines. Quand à Benyamin Netanyahu, il s’apprête probablement à remporter les législatives israéliennes du 9 avril, après avoir bénéficié du coup de pouce de Trump qui devrait signer ce lundi la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, annexé par l’Etat hébreu depuis 1981, après avoir été conquis durant la Guerre des six Jours. En France, Marine Le Pen est semblablement portée par les maladresses de ses procureurs.

Ivan Rioufol

Texte daté du 25 mars 2019 et repris du blog d’Ivan Rioufol

L’approvisionnement de l’Europe en gaz naturel, nouveau point de tension entre les Etats-Unis et la Russie sur le continent européen en 2019

08/01/2019 – INTERNATIONAL (NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) :
Au cœur du conflit, un développement de l’« Initiative des Trois Mers ». L’« Initiative des trois Mers » (ITM) est le nom donné à un forum organisé par des pays d’Europe centrale et de l’est. Ces derniers sont presque tous d’anciens membres du Bloc de l’Est. Le but du forum est la création d’une coopération économique. Un des projets est notamment la construction d’un pipeline avec des terminaux en Pologne et en Croatie.

Quelles conséquences économiques ?

Ce projet s’oppose au projet germano-russe Nord Stream II, lequel viserait à renforcer le gazoduc qui relie déjà la Russie à l’Allemagne via la Baltique. Si ce projet de l’ITM aboutit, la Pologne et les Etats-Unis deviendront des acteurs majeurs de l’exportation du gaz naturel en Europe, aux détriments de l’Ukraine et de la Russie.

Quelles conséquences politiques ?

Ce changement pourrait engager une décentralisation au sein de l’Union européenne vers les pays de l’est. De plus, au sein du contient européen, cela pourrait diviser l’Europe et la Russie qui se tournerait alors vers l’Asie. Enfin, l’« Initiative des trois Mers » et son projet de pipeline sont très soutenus par les Etats-Unis et Donald Trump qui veulent rafler le marché européen et écarter la Russie. D’ailleurs, des sanctions économiques sont déjà prévues contre les entreprises, françaises ou autres, qui souhaiteraient collaborer pour la construction Nord Stream II.

Le retour de la Russie en Afrique, par Bernard Lugan

Bernard Lugan

De la Libye à la Centrafrique et du Burkina Faso au Mozambique, après plus de deux décennies d’absence, la Russie fait aujourd’hui son grand retour en Afrique. Avec méthode, mais également fracas. Evgeny Korendyasov, le directeur des études russo-africaines, a en effet déclaré à l’Académie des Sciences de Russie : « Il y aura une bataille pour l’Afrique ».

Pourquoi ce soudain intérêt russe pour le continent africain ?
La question est au cœur des interrogations des dirigeants des pays de l’OTAN.
Quant aux responsables français, littéralement sidérés et enfermés dans leurs présupposés idéologiques, ils ne peuvent que constater l’ « intrusion » de Moscou dans le « pré carré » africain.
Leur vision économique des rapports humains les rendant incapables de se mettre « dans la tête des Russes », ils font donc fausse route quand ils analysent la politique de ces derniers comme une volonté de contrôle des matières premières africaines. A la différence de la Chine, l’immense Russie en regorge.

La politique africaine de Moscou est clairement géostratégique mais, pour le comprendre, il est nécessaire de raisonner comme les Russes. Or, ces derniers se sentent agressés après avoir été repoussés par des Européens obéissant quasi servilement aux sanctions imposées par Washington. L’immixtion de l’OTAN en Ukraine, puis la dénonciation du rattachement de la Crimée et la volonté de faire tomber l’allié syrien, le tout accompagné d’incessantes campagnes de dénigrement dans le monde occidental, sont autant d’arguments venant conforter l’impression d’un complot ourdi contre la Russie.

Prise dans le cercle hostile que l’OTAN referme chaque jour un peu plus sur elle – le président Trump a même parlé d’installer une base militaire permanente en Pologne -, la Russie a donc décidé de briser son isolement en traçant son propre cercle dans lequel elle va chercher à enfermer ceux qui l’encerclent.

Voilà pourquoi elle s’installe en Afrique, continent disposant de plus de 50 voix à l’ONU. Mais alors que la Chine s’y implante en endettant ses partenaires-créanciers, la Russie investit le secteur militaire et sécuritaire avec ses livraisons d’armement (voir pages 14 et 15) accompagnées d’« instructeurs ».

Cette stratégie de désencerclement englobe déjà la Turquie, l’Iran, la Chine et l’Inde. A terme, plus de six des sept milliards d’habitants de la planète pourraient graviter autour d’elle.
Que pèsera alors le petit milliard restant (essentiellement Etats-Unis, UE et peut-être Japon), qui aura perdu à la fois l’initiative stratégique et le pouvoir économique ?

Prisonnière de la politique étrangère américaine, l’UE qui sera la grande perdante de cette recomposition planétaire risquera alors de sortir de l’histoire. Avant de devenir le déversoir d’une Afrique surpeuplée.

Bernard Lugan

Texte repris du site Blog de Bernard Lugan

La Hongrie, partenaire-clé pour la Russie

19/09/2018 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Sourire et poignée de mains chaleureuse entre Vladimir Poutine et le Premier ministre hongrois Viktor Orban. C’est la 7e fois que les deux hommes se rencontrent depuis 2014. L’occasion d’échanger sur l’état de leur relations bilatérales, ainsi que sur l’impact des sanctions de l’UE contre Moscou.

« La Hongrie est sans aucun doute l’un de nos partenaires principaux en Europe. Nos relations se développent dans tous les domaines. Les commissions intergouvernementales de nos deux pays travaillent activement ensemble, des relations inter-régionales se développent aussi, les liens économiques et commerciaux montrent des dynamiques positives », estime Vladimir Poutine le président russe.

Viktor Orban a remercié le président russe pour le maintien de relations bilatérales solides entre leurs deux pays.

La Hongrie a besoins de partenaires bons et capables. Je suis très content que nos relations soient stables et équilibrées depuis des années. On ne peut pas dire que les conditions internationales soient toujours favorables à notre coopération mais toutes les choses désagréables existent pour que nous les combattions ensemble. Et nous avons réussi.

Viktor Orban fait partie de ces politiciens qui réclament la levée des sanctions contre la Russie.


Marine Le Pen : «La France contribue à recréer une forme de guerre froide avec la Russie»

12/04/2018 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
La députée du Front national Marine Le Pen, interrogée par RT France, a émis l’inquiétude d’une France qui «contribue aujourd’hui à créer ou à recréer une forme de guerre froide avec la Russie».

Elle met en garde contre l’atlantisme du gouvernement français : «[Cela] n’a aucun sens parce que ce n’est pas du tout l’intérêt ni de la France, ni de son économie, ni des relations internationales que d’être, en quelque sorte, le doigt sur la couture du pantalon face aux Etats-Unis, qui cherchent à souffler sur les braises d’un conflit avec la Russie.»


Ivan Rioufol parle de certains « pays d’Europe plus attirés par la virilité de Poutine que par la féminité de Bruxelles »

Quand l’Occident dénonce la propagande du régime russe, le moralisateur oublie de se regarder lui-même dans la glace. Vladimir Poutine peut dire merci à ses procureurs et à leurs gros sabots : les accusations portées par la Grande-Bretagne, qui a désigné sans preuve « le Kremlin de Poutine » dans l’empoisonnement d’un agent double à Salisbury, a eu pour effet de mobiliser l’électorat russe autour de son leader. Dimanche, Poutine a été plébiscité pour un 4e mandat présidentiel avec 76,7% des voix et une participation de 64,7%. Les Etats-Unis, la France, l’Allemagne et l’Union européenne, qui ont cru bon d’appuyer la dénonciation non étayée de Londres, doivent aujourd’hui faire face à un monde russe légitimement excédé d’être ainsi diabolisé par les donneurs de leçons loin d’être vertueux. Les soupçons de bourrages d’urnes, que relatent ce lundi les médias français, passent sous silence le pénible bourrage de crâne de la propagande occidentale. La Russie de Poutine est encore loin d’être une démocratie véritable.

Mais l’autoritarisme du tsar vaut celui du petit Bonaparte. Dominique de Villepin a d’ailleurs dénoncé, dimanche, « la tentation autoritaire » d’Emmanuel Macron (Le grand Jury RTL-LCI-Le Figaro). C’est Macron qui se réclame d’une position jupitérienne, après avoir fait croire qu’il serait à l’écoute de la société civile. Sa haute idée de lui-même s’ajoute à son mépris des corps intermédiaires, à son désir de limiter le droit d’amendement des parlementaires, ou à sa volonté de mettre l’internet sous surveillance au prétexte de traquer les propos racistes. La macrocrature dissimule un despotisme qu’il serait temps de regarder de plus près.

Cette coalition occidentale contre Poutine est d’autant plus absurde que l’homme fort de Moscou est celui qui est venu en aide aux Chrétiens d’Orient, lâchés par l’Europe pusillanime et menacés d’éradication par l’Etat Islamique. Ceux qui accablent le président russe sont les mêmes qui viennent de se soumettre honteusement au président turc Recep Erdogan, dont les troupes sont entrées victorieuses, dimanche, dans l’îlot kurde d’Afrine (Syrie). Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et l’Union européenne, oubliant leurs grands principes, ont abandonné à son sort leur allié kurde, pour ne pas fâcher le sultan Erdogan qui menace de pousser vers l’Europe les réfugiés qu’il retient encore sur son territoire.

L’Occident a un ennemi mortel, représenté par l’islam totalitaire. C’est contre lui que les belles âmes se devraient d’être intransigeantes. En réalité, le camp occidental devrait regarder derrière lui : il s’apercevrait que personne ne le suit plus dans ses déclamations narcissiques et hautaines. Son mépris pour la Russie de Poutine est en train de pousser ce continent, par dépit, vers des alliés dangereux comme la Chine, la Turquie ou l’Iran.

Jeudi dernier, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a déclaré : « Bruxelles ne défend pas l’Europe (…) Ceux qui n’arrêtent pas l’immigration à leurs frontières disparaissent ». Pour l’Occident sermonnaire mais tremblant, la politique du pire serait de pousser dans les bras d’une Russie amère et revancharde des pays d’Europe dégoûtés, plus attirés par la virilité de Poutine que par la féminité de Bruxelles.

Ivan Rioufol

Texte daté du 19 mars 2018 et repris du blog d’Ivan Rioufol

La réélection de Poutine : une réaction patriotique, par Francis Bergeron

« Russie ! Russie ! » C’est avec ces mots que Vladimir Poutine a accueilli sa spectaculaire réélection. Spectaculaire, car personne n’attendait un taux de participation de 65 %, alors que l’un des principaux opposants à Poutine, Alexei Navalny, déclaré inéligible par la commission électorale, avait appelé à l’abstention. Bien plus, ce taux de participation est en hausse de deux points par rapport au précédent scrutin. Plus remarquable encore : Poutine signe son meilleur score personnel. Il recueille près de 74 % des voix. Parmi les autres candidats, celui du Parti communiste arrive en seconde position avec 11,2 % des voix, perdant le tiers des voix qui s’étaient portées en 2012 sur le PC. Le nationaliste, Jirinovsky, obtient 6,7 %. Les autres candidats n’ont pas atteint les 5 %.

Candidats « fantoches », comme l’écrivent certains journaux ? Jirinovsky n’a rien d’un fantoche et tout le monde connaît l’intransigeance de ses convictions. Quant au communiste, son score était attendu avec bienveillance par certains observateurs étrangers, qui pensaient qu’il bénéficierait des difficultés économiques du pays, loin d’être résolues.

Les queues devant les ambassades pour voter

Ce scrutin a parfois donné lieu à des fraudes, à des anomalies de comptage. Mais globalement personne ne peut nier que la popularité de Vladimir Poutine est au zénith et que trois Russes sur quatre le soutiennent. Il suffisait de voir les queues devant les ambassades à l’étranger et d’interroger ces électeurs. Pourquoi l’opinion publique est-elle avec Poutine, malgré une situation économique encore médiocre, malgré la corruption et malgré l’affaire de l’espion empoisonné ? Parce que les électeurs ont d’abord exprimé un vote patriotique. Cette élection correspondait au quatrième anniversaire de l’annexion de la Crimée. Et le monde entier a pu constater l’immense ferveur populaire qui s’est notamment exprimée à Moscou, place du Manège, à proximité du Kremlin à cette occasion, et par les votes en Crimée et en Tchétchénie : 90 % des voix en faveur de Poutine. Ce qu’indiquent ces votes, ce qu’a montré cette foule, réunie à Moscou, c’est l’étroite corrélation entre le soutien à Poutine et l’affirmation nationale. Quant à l’affaire de l’agent double assassiné, Hélène Carrère d’Encausse, répondant à Vincent Trémolet de Villers dans Le Figaro de samedi, tout en rappelant que la responsabilité russe n’est pas formellement établie, notait que l’empoisonnement d’opposants était couramment pratiqué par le camp communiste jusqu’à la chute du mur de Berlin. En Angleterre, ce n’est d’ailleurs pas un opposant qui a été empoisonné, c’est un traître : Skripal, de nationalité russe, travaillait en effet pour les services secrets d’un autre pays. De ce point de vue, même Hollande a reconnu (Un président ne devrait pas dire ça) avoir ordonné ou couvert plusieurs assassinats de ce type. Pour les Russes, l’empoisonnement de Skripal est un pseudo-événement, voire une action légitime.

Hélène Carrère d’Encausse, dans la même interview, nous apprend que Poutine se réfère fréquemment à l’immense figure nationaliste et anticommuniste de Piotr Stolypine, le Premier ministre de Nicolas II, celui qui aurait pu sauver la monarchie russe et contenir les velléités expansionnistes germaniques, s’il n’avait pas été assassiné en 1911. Les réformes agraires de Stolypine, son patriotisme, son courage politique et même physique (il se déplaçait sans garde du corps) l’avaient rendu populaire. Poutine joue sur les mêmes ressorts, exprime les mêmes aspirations, et vient d’en recueillir les fruits, dans les urnes.

Francis Bergeron

Article repris du quotidien Présent

Vladimir Poutine largement réélu à la présidence de la Fédération de Russie

19/03/2018 – RUSSIE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) :
Le président sortant est en effet ressorti vainqueur du premier tour avec environ 75% des voix. Un résultat record car il s’agit du plus haut pourcentage depuis la première élection présidentielle post-soviétique en 1991. Le précédent record datait de l’élection de 2004 : Poutine avait alors remporté un deuxième mandat avec 71% des voix.

Frappé par la limite des deux mandats consécutifs, il avait cédé la place à Dmitri Medvedev en 2008.

Avant d’être à nouveau élu en 2012. Puis en 2018 pour un 4ème et sans doute dernier mandat. Actuellement âgé de 65 ans, Vladimir Poutine aura en effet 71 ans s’il va au bout de son nouveau mandat, dont la durée est désormais de six ans. On imagine difficilement qu’il puisse réaliser un nouveau chassé-croisé avec Medvedev en 2024 et revenir en 2030 !

Les médias de l’oligarchie occidentale remettent néanmoins en cause la sincérité du scrutin…

Compte tenu de l’ampleur de l’avance de Poutine, il n’y a pourtant aucun doute sur sa légitimité. On notera d’ailleurs que la participation était importante et devrait dépasser les 65% d’il y a six ans. Il y avait cette année huit candidats, soit trois de plus que la fois précédente, les conditions de candidature ayant été allégées. Il n’y a guère que l’agitateur Alexei Navalny qui n’a pu concourir en raison de sa condamnation pour escroquerie.

Les médias de propagande étaient aussi prompts l’an dernier à vilipender François Fillon ou Marine Le Pen, supposés malhonnêtes, qu’à regretter l’absence de l’escroc Navalny.

Qui ne représente pourtant pas grand chose. Hier, c’est d’ailleurs le candidat communiste qui est arrivé en 2ème position, avec 11%. Le nationaliste Jirinovski arrive 3ème, avec 7%. Quant au déroulement du scrutin, les médias russophobes qui s’étonnent de ce que des citoyens aient été fermement incités à voter ne se sont pas offusqués quand les Autrichiens ont fait voter en masse les maisons de retraite contre le candidat populiste Hofer l’an dernier…

Même l’ONG Golos, qui dit avoir relevé plus de 2600 irrégularités, reconnaît que les élections sont plus sincères qu’en 2012.

Le suspense porte désormais sur le nom du prochain Premier ministre, qui pourrait éventuellement succéder un jour à Poutine. Le Premier ministre sortant, Dmitri Medvedev, pourrait être reconduit.