Ce que personne ne dit dans les débats sur le revenu universel, par Clément Martin (Les Identitaires)

revenu universel

Le revenu universel consiste à verser à tous les membres d’une communauté nationale une allocation mensuelle.

Voici quelques uns de ses principes :

* d’un montant égal pour tous
* sans contrôle des ressources ou des besoins
* sur une base individuelle
* de façon inconditionnelle et sans exigence de contrepartie.

Étonnamment, il est défendu pour des raisons différentes par la gauche… et la droite.

Ce projet scelle la grande réconciliation des marxistes et des libéraux.

En effet, Marx pensait que la sortie du salariat serait permise par l’automatisation des machines et permettrait la création d’un « revenu socialisé universel » tandis que les libéraux (jusqu’à la fameuse école de Chicago de Milton Friedman) voient dans ce revenu universel la possibilité de consommer et de participer à la vie de la société.

Parmi ses promoteurs en France, on trouve Anne Hidalgo (qui va l’expérimenter à Paris), Benoît Hamon, Nathalie Kosciusko-Morizet. Plus récemment, les LR ont même annoncé vouloir l’inscrire dans leur programme pour 2022 tout comme les Verts.

Selon eux, la mise en place du revenu universel serait une évolution logique d’une société complexe.

En effet, la maîtrise de certaines compétences s’avère de plus en plus difficile. La montée en puissance brutale de l’intelligence artificielle menace de faire disparaître des millions d’emplois dans les années à venir. Tous ces bouleversements accélèrent la déchéance sociale d’une grande partie de la population.

Du coup, de nombreux intellectuels se posent la question : « Que faire des personnes non compétentes dans cette économie en mutation ? »

L’intellectuel médiatique Yuval Noah Harari, auteur de « Homo Deus, une brève histoire du futur », va jusqu’à évoquer l’apparition des « inutiles », ceux qui n’auront aucune valeur ajoutée marchande dans le monde d’après.

Or, plutôt que d’engager une douloureuse et profonde réforme de la formation (on continue actuellement de former des gens à des métiers qui auront disparu dans 10 ans), nos élites s’orientent vers un choix radicalement différent. Face au déclassement massif annoncé entraînant un taux de chômage inédit, leur solution consiste à distribuer un peu d’argent à tous, afin d’endormir les colères. Juste ce qu’il faut pour ne pas tomber dans la pauvreté et demeurer un zombie.

Revenu universel + Netflix = Du pain et des jeux, on connaît ce principe de gouvernement depuis l’Antiquité.

Face à quelqu’un dont la vue diminue, plutôt que de lui proposer des lunettes, on préfère le mettre artificiellement dans le coma sous morphine.

Pour Christophe Guilluy, la « bourgeoisie avancée » cherche ainsi à se donner bonne conscience, s’efforce de mettre en avant le revenu universel pour les « populations sous-productives de la périphérie ».

En effet, une majorité de Français sont opposés à l’instauration d’un revenu universel (60 %). Mais plus de 50 % des sympathisants de gauche (55 %) y sont favorables (Harris, 23/01/2017).

Pour eux, toute activité professionnelle serait nécessairement une aliénation. Mais cette vision archaïque traduit davantage n’est pas partagée par les classes populaires. Souvenez-vous du carton qu’avait fait Sarkozy chez les ouvriers en 2007 avec son « travailler plus, pour gagner plus »…

Sur le plan économique, ce projet pose de sérieuses questions.

Pas forcément. Sans même évoquer le coût pour l’État, les nouvelles taxes et impôts nécessaires pour le financer, on peut envisager que les entreprises profitent du revenu universel pour baisser les salaires… de la même manière que l’aide au logement a été exploitée par les propriétaires pour gonfler les loyers.

Comme le fait remarquer Anne Rosencher, « une « vie digne » n’est pas qu’une question d’argent, mais de place dans la société ». Tout est là, en effet. La dignité d’une mission, fût-elle aride, l’importance d’un statut, fût-il à améliorer, et la perspective d’une carrière ne sont pas choses à ranger avec désinvolture sur l’étagère poussiéreuse du folklore ouvriériste. »

Mais surtout, le grand absent de ce débat, c’est… l’immigration.

Imaginez seulement l’impact en Afrique que peut avoir la mise en place effective d’un revenu universel alors que nos frontières demeurent grandes ouvertes.

Au Bénin, un médecin (donc la grande bourgeoisie locale) gagne environ 250 euros par mois. En France, le PS en 2017 avait proposé que le revenu universel grimpe jusqu’à 750 euros, soit trois fois plus, sans rien faire.

De ce point de vue là, nous ne pouvons qu’être farouchement hostiles au revenu universel.

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

Revenu universel ? – Entretien avec Eric Verhaeghe

La question du revenu universel revient souvent dans les débats de la présidentielle. L’enthousiasme ou la répulsion qu’il suscite semblent basés sur une incompréhension ou une méconnaissance de ce concept. Eric Verhaeghe, que nous avions interrogé lors de la parution de Ne t’aide pas et l’Etat t’aidera (Présent du 25 février 2016), livre où il aborde la question, nous donne quelques clés pour mieux saisir les enjeux de ce fameux revenu.

— Dans votre livre, vous écriviez que le revenu universel est « l’avenir de la Sécurité sociale ». Pouvez-vous nous rappeler les caractéristiques de ce dispositif tel que vous le concevez ?

— Il me semble qu’il existe un malentendu curieux sur le revenu universel tel qu’il est promu par certains « libéraux ». Ceux-ci veulent ajouter une sorte de nouvelle prestation sociale, dont le coût est colossal, et qui bénéficierait à tout le monde. De mon point de vue, c’est une erreur de sens : le revenu universel ne doit pas s’ajouter aux prestations sociales existantes, et en particulier à la sécurité sociale, mais il doit la remplacer. Au lieu d’ajouter 400 milliards aux près de 1 000 milliards de prélèvements publics existants, il vaut mieux transformer les 600 milliards qui financent l’offre sociale (notamment l’offre médicale) en 600 milliards d’allocation universelle qui permettraient aux Français de souscrire aux contrats d’assurance sociale de leur choix. L’utilisation de ces 600 milliards serait exclusivement réservée à la souscription de contrats de protection sociale. On évite ainsi l’effet « paresse ». Le revenu universel ne sera pas versé pour acheter des téléphones portables ou des voitures, mais pour que chacun assure sa propre protection. La mesure est éminemment responsabilisante.

— Ce n’est donc pas une incitation à ne plus travailler et à se laisser vivre – objection qu’on entend souvent ?

— Eh non, puisque l’argent n’ira pas directement dans la poche des assurés et ne pourra être utilisé pour des babioles. Il sera fléché vers la protection sociale. Simplement, au lieu de subir une sécurité sociale déresponsabilisante comme aujourd’hui (avec cette fameuse phrase qu’on entend dans le métro : « J’ai droit chaque année à X jours de congé maladie », ou cette conviction ancrée dans certaines campagnes selon laquelle la sécurité sociale doit rembourser le taxi des malades jusqu’à l’hôpital), les Français devront faire un choix individuel réfléchi pour satisfaire à leur obligation d’assurance.

— Marc de Boni, journaliste au Figaro, écrit que la proposition d’un revenu universel se situe « à la jonction de la vision marxiste et de la pensée libérale ». Cela vous paraît-il juste ?

— Il me semble que le revenu universel est d’abord une idée libérale. Les marxistes l’ont volontiers repris à cause du malentendu introduit par certains « libéraux », pour qui le revenu universel est un outil de lutte contre la pauvreté. Sous l’expression « revenu universel » coexistent deux notions distinctes : d’un côté, la vision libérale d’une redistribution égalitaire d’une partie du PIB pour que chacun soit protégé, de l’autre, une vision plus marxiste selon laquelle le revenu universel est un outil nouveau et supplémentaire de lutte contre la pauvreté.

Propos recueillis par Samuel Martin

Entretien paru dans Présent daté du 28 janvier 2017