Le conflit du Trône et de l’Autel – “La Nouvelle Revue d’Histoire” N° 63, novembre 2012

Le conflit du Trône et de l’Autel - La Nouvelle Revue d’Histoire N° 63, novembre 2012

“Le conflit du Trône et de l’Autel”, par Dominique Venner – Editorial de La Nouvelle Revue d’Histoire n°63, novembre-décembre 2012

Tout grand évènement religieux a des causes politiques et historiques. Cette observation se vérifie particulièrement en Europe dans l’histoire du christianisme, en raison des liens étroits et conflictuels établis entre l’Église et l’État, le Sacerdoce et l’Empire, le Trône et l’Autel. Tel est le sujet du dossier de la NRH de novembre 2012 (n° 63). Si vous prenez le temps de le lire, vous découvrirez certainement une face des choses qui vous paraîtra neuve. L’étude historique comme nous la pratiquons n’a pas pour but de rabâcher les clichés entretenus par une transmission paresseuse des savoirs scolaires. Elle à pour but de nous donner des instruments pour comprendre les mystères du passé et ceux du présent afin de construire notre avenir.

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Un tribunal allemand interdit la circoncision religieuse des enfants

Un tribunal allemand interdit la circoncision

29/06/2012 – 08h00
COLOGNE (NOVOpress) –
Selon le jugement délivré par un tribunal allemand, mardi dernier, la circoncision d’un enfant pour des motifs religieux constitue une blessure corporelle passible d’une condamnation.

A la suite d’une complication médicale survenue chez un enfant de 4 ans circoncis à la demande de ses parents musulmans, le tribunal de grande instance de Cologne a estimé que « Le corps d’un enfant était modifié durablement et de manière irréparable par la circoncision ». Le tribunal ajoute « Que cette modification est contraire à l’intérêt de l’enfant qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse ». Avec cette jurisprudence, le droit de l’enfant au respect de son intégrité physique prime sur le droit des parents.

Cette décision a été immédiatement contestée par le Conseil central des juifs d’Allemagne qui y voit « Une intervention insensible, gravissime et sans précédent dans les prérogatives des communautés religieuses ». Le Conseil de coordination des musulmans en Allemagne (KRM) proteste également.

Photo : circoncision religieuse juive. Crédit photo : Cheskel Dovid via Wikipédia, licence CC.

Rencontre avec les revues Eléments et Krisis sur Méridien Zéro, ce dimanche 29 avril à 23h

Rencontre avec les revues Eléments et Krisis sur Méridien Zéro, ce dimanche 29 avril à 23h

A l’occasion de la sortie du dernier numéro d’Eléments (n°143) et des deux derniers numéros de la revue Krisis (Religion ? et Monothéisme/Polythéisme ?), le Lieutenant Sturm et PGL reçoivent à 23h sur Méridien Zéro, Pascal Esseyric et Patrick Pehel d’Eléments et Michel Thibault de Krisis.

[box class=”warning”]Méridien Zéro diffusera en direct de 23h à 0h30 via les sites Méridien Zéro, Radio Bandiera Nera et Europa Radio.[/box]

Rencontre avec les revues Eléments et Krisis sur Méridien Zéro, ce dimanche 29 avril à 23h

L’esprit des choses : l’encens

Avec un peu de chance, les fastes liturgiques de la Semaine sainte, que ce soit dans la forme ordinaire ou extraordinaire, vous auront permis d’apprécier, outre les chants (enfin espérons-le), une suave fumée propre à ravir les narines et à vous donner un petit arrière-goût de paradis et de mystère.

Il fut une époque pas si lointaine où l’encens n’était guère en odeur de sainteté dans nos paroisses (voilà pour le jeu de mots inévitable). On lui reprochait pêle-mêle ses accointances suspectes avec l’ancienne liturgie, son allure « triomphaliste » et surtout, péché irrémissible, son penchant prononcé pour la solennité et le sacré. Certains curés ne le toléraient guère que pour les obsèques, et encore! On oubliait un peu facilement le trentième chapitre du livre de l’Exode (les prescriptions fort précises à Moïse sur le sujet), ainsi que le psaume 142 qui compare la prière à la fumée de l’encens. Il fallait assister à une messe dans une abbaye pour sentir autre chose que l’odeur d’encaustique mêlée à l’eau de toilette bon marché de Madame l’animatrice liturgique.

Chose curieuse, cette éclipse relative de l’encens liturgique, dans les années 1970, fut accompagnée d’une véritable explosion dans le domaine profane. Hippies et autre « baba-cools » se livrèrent à une consommation furieuse de bâtonnets et autres cônes de la précieuse substance. Chassé des autels, l’encens s’est réfugié auprès des consommateurs de substances illicites et des bouddhistes d’opérette. Une jeune génération avide de spiritualités point trop contraignantes, et nouvelles, s’est jetée sur ce qu’elle considérait comme un moyen de cultiver leur sérénité entre deux manifs au Larzac.

Aujourd’hui, les « baba-cools » sont rentrés dans le rang bourgeois et la liturgie catholique revient doucement à des cérémonies plus dignes.

On ne va plus guère à Katmandou, mais l’encens fait toujours la fortune des marchands de bonheur. On le retrouve affublé de propriétés plus ou moins farfelues : telle variété favoriserait la richesse, une autre l’amour ou la réussite aux examens.

Il garnit également les étagères des adeptes de l’aromathérapie. Parfois aussi, cela de vient moins drôle. L’encens devient l’ingrédient obligé de pratiques prétendument magiques, voire pire encore.

Jean-Michel Diard

[box class=”info”] Article de l’hebdomadaire “Minute” du 11 avril 2012 reproduit avec son aimable autorisation. En kiosque ou sur Internet.[/box]

Crédit image : Pearson Scott Foresman via Wikipédia, domaine public.

L’esprit des choses : l’encens

À Milan, Amir et Ahmez remplacent Charles et Ambroise

À Milan, Amir et Ahmez remplacent Charles et Ambroise

14/02/2012 – 14h00
MILAN (NOVOpress) –
Récemment encore, les prénoms historiques, ceux des saints patrons, étaient un des marqueurs identitaires les plus évidents dans les villes et les provinces italiennes. Les Milanais s’appelaient beaucoup Ambroise (d’après saint Ambroise, évêque de la ville au IVème siècle, qui baptisa saint Augustin) ou Charles (d’après saint Charles Borromée, le grand évêque de la Réforme catholique).

La liste des prénoms de nouveau-nés pour janvier 2012, que vient de diffuser la mairie de Milan, a donc suscité une certaine émotion. « Ambroise et Charles disparaissent, Milan dit adieu à ses prénoms historiques », selon Il Giorno. « Finis Ambroise et Augustin, aujourd’hui les bébés s’appellent Amir », titre Libero.

Les prénoms les plus donnés restent des prénoms italiens mais qui n’ont plus rien de local. Ce sont les mêmes que dans toute l’Italie, Lorenzo pour les garçons et Giulia (comme la fille de Sarkozy) pour les filles. Il n’y a pas un seul Ambrogio ni un seul Agostino, Carlo n’a été donné que deux fois.

Surtout, souligne la mairie, « de ces listes, on a la confirmation plutôt évidente que Milan est en train de changer du point de vue ethnique et religieux. Les prénoms étrangers sont très nombreux et, dans certains cas, ils font directement référence à la religion observée dans la famille. Quelques exemples ? Pour les filles apparaissent Hana Islam Taha Mohamed, Huixuan Jenny, Malak, Eriny Sameh Karim. Pour les garçons il y a Ishayattaha, Amir, Ahmez et Ewan Senethma. Des prénoms absolument inconnus il y a quelques années, mais qui sont en train d’entrer rapidement dans le lexique des Milanais ». Rapidement, en effet.

Crédit photo : Tanzio da Varallo, Saint Charles Borromée donnant la communion aux pestiférés

Pour fêter le baptême du Christ, 90 000 moscovites plongent dans l’eau glacée

Pour fêter le baptême du Christ, 90 000 moscovites plongent dans l'eau glacée

19/01/12 – 18h45
MOSCOU (NOVOpress)
– Rien de mieux qu’un bain glacé pour raviver l’ardeur de sa foi… C’est ce qu’ont dû penser les plus de 90 000 moscovites qui ont célébré la fête de la Théophanie (Epiphanie chez les catholiques) en plongeant dans la nuit du 18 au 19 janvier dans l’eau glacée sur différents sites de la ville.

Le nombre des courageux baigneurs, qui a presque doublé par rapport à l’année dernière, démontre une nouvelle fois le regain de religiosité que connaît la Russie.

A l’occasion de cette fête, 111 églises et cathédrales moscovites ont célébré des messes solennelles et distribué de l’eau bénite pour commémorer le baptême de Jésus Christ dans le Jourdain à l’âge de 30 ans par Saint Jean Baptiste.

Laïcité : la Ville de Rennes s’offre un centre « culturel » bouddhique

Laïcité : la Ville de Rennes s’offre un centre « culturel » bouddhique

20/11/2011 – 13h00 RENNES
(NOVOpress Breizh) – « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Ces dispositions de l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905, Daniel Delaveau, le maire socialiste de Rennes, semble les ignorer superbement. Le conseil municipal de la cité bretonne vient en effet d’approuver, le 14 novembre dernier, la signature d’un « contrat de mission » entre la Ville et l’association en charge du centre culturel bouddhique. Un projet qui aura coûté à la commune bretonne la bagatelle de 750.000 euros
.

L’information est donnée par le Mensuel de Rennes. Situé rue des Veyettes, au sud de Rennes, le nouveau centre bouddhique, d’une surface totale de 385 m², est installé dans un ancien local industriel entièrement rénové parla Ville. L’achat de l’immeuble et les travaux de rénovation s’élèvent à 750 000 €. Une somme considérable en pleine crise financière, et alors que la commune a connu l’une des hausses de l’impôt foncier – + 34,94% en cinq ans – les plus importantes de France.

Après le centre culturel islamique Avicenne construit à Villejean et le centre culturel israélite Edmond-Safra, situé dans le quartier des Gayeulles, le centre bouddhique est le troisième lieu de culte mis en place à Rennes ou cette communauté regroupe un millier de fidèles environ.

Car il s’agit bien en réalité de lieux de culte, comme le reconnaissent eux-mêmes les intéressés du centre Edmond-Safra et du centre Avicenne qui héberge la mosquée Ibnou Sina.

Selon le Mensuel le contrat de mission signé entre la Ville de Rennes et la dizaine d’associations rennaises liées au culte de Bouddha prévoie officiellement de « faire vivre un espace d’échanges interculturel » au sein du centre, de « promouvoir les valeurs de tolérance et de respect entre les citoyens », de « faire connaître le bouddhisme et sa contribution au patrimoine philosophique et culturel universel » et d’« être un pôle ressources dans le domaine de l’interculturel ».

En réalité, comme pour les centres évoqués plus haut, le centre culturel bouddhique servira essentiellement de lieu de culte. Bien entendu, afin de respecter la lettre du contrat de mission, le centre devra également justifier d’activités culturelles et interculturelles liées au bouddhisme. Un alibi, qui permet en réalité de détourner la loi interdisant à l’Etat et aux collectivités locales de financer les cultes.

« Ce n’est pas à la mairie de s’immiscer dans l’aspect religieux (sic)», plaidait Marie-Anne Chapdelaine, adjointe « en charge de la laïcité » (!), dans Le Mensuel de septembre 2011.En plein accord avec le conseiller municipal Bruno Chavanat (UMP), pour qui « les religions et traditions philosophiques ont besoin d’espaces de reconnaissance de la part des collectivités publiques. »
A Rennes, il semble bien que la loi de séparation des Églises et de l’État ait vécu.

Crédit photo : Wat Pah Pong Sangha. Licence CC.

La religion de la Ligue du Nord, une synthèse identitaire

La religion de la Ligue du Nord, une synthèse identitaire

25/09/2011 – 13h30
TURIN (NOVOpress) –
La Ligue du Nord est dans une mauvaise passe. Engluée dans son soutien à un Silvio Berlusconi manifestement en fin de course, gênée par le changement de cap de Roberto Maroni (passé en quelques mois des accords avec la Libye contre les clandestins à l’accord avec la Tunisie pour la régularisation des clandestins, et des refoulements en mer aux remorquages en mer), la direction de la Ligue a perdu la confiance d’une partie de sa base. Les commentateurs politiques avaient pris l’habitude d’appliquer à la Ligue du Nord la formule qu’avait forgée le Parti communiste italien, au temps de sa splendeur dans l’immédiat après-guerre : « un parti de combat et de gouvernement ». Lega di lotta et Lega di governo peinent désormais à marcher du même pas.

La Ligue n’en reste pas moins le plus important phénomène politique des vingt dernières années en Italie et, au moins par son enracinement territorial et ses victoires locales, un cas de réussite identitaire qui n’a guère d’équivalent ailleurs en Europe. On comprend donc que le Département de sciences politiques de l’Université de Turin lui ait consacré jeudi un colloque : « Le “phénomène de la Ligue”. Naissance, montée (et déclin ?) d’une force politique nouvelle ». On notera le point d’interrogation prudent : même les détracteurs de la Ligue sont conscients qu’elle n’a pas dit son dernier mot.

La religion de la Ligue du Nord, une synthèse identitaire Une des communications qui ouvraient le plus de perspectives était celle de l’essayiste de Vérone, Paolo Bertezzolo : « Les religions de la Ligue : entre néo-paganisme et défense de l’“identité chrétienne” ». L’auteur y faisait la synthèse de son livre, publié au printemps dernier et qui a donné lieu à de nombreux comptes rendus dans la presse italienne, Maîtres dans notre Église (Padroni a chiesa nostra, un jeu de mots sur le slogan de la Ligue, Padroni a casa nostra, « Maîtres chez nous »). Le sous-titre est « Vingt ans de stratégie religieuse de la Ligue du Nord ». [Photo de la couverture du livre en haut de cet article, cliquer dessus pour la voir en entier.]

Bertezzolo croit observer une évolution paradoxale. La Ligue de Bossi, apparue au début des années 1980, est au départ une expérience politique « laïque » ou plutôt « sécularisée ». « Les questions religieuses sont complètement étrangères à sa réflexion et à ses intérêts ». Durement critiquée par la hiérarchie ecclésiastique, la Ligue rend coup pour coup, surtout dans les années 1990, et n’hésite pas à mettre en cause, pour leur immigrationnisme et leur islamophilie, les cardinaux-archevêques de Milan (Martini puis Tettamanzi, qui soutiennent les constructions de moquées), la Conférence épiscopale italienne et même le pape Jean-Paul II. En 1989, au premier congrès national ligueur de Lombardie, Bossi prédit : « Attention. Bientôt l’Église aura des prêtres qui viennent d’Afrique. C’est la crise des vocations et ils les font venir de là-bas ». Cette liberté de ton est une nouveauté, dans une Italie où, « compromis historique » oblige, même les communistes n’osaient pas critiquer l’Église. « Il n’y a aucun exemple, même dans les moments les plus chauds de la polémique politique de l’après-guerre, d’une manière de parler de l’Église et du pape aussi “désinhibée”. Pour trouver l’équivalent, il faut remonter à la lutte pour l’unité italienne et aux âpres conflits qui opposèrent les anticléricaux du XIXe siècle à l’État pontifical et à l’Église catholique ».

La religion de la Ligue du Nord, une synthèse identitaireDans les années 1990, la Ligue recourut à la mythologie celtique pour « construire une autre religion sur laquelle baser l’identité du nouveau peuple et du nouvel État qu’elle entendait réaliser » : tentative qui, selon Bertezzolo, n’a eu qu’un impact limité. De plus en plus pourtant, au fur et à mesure qu’elle accordait plus d’importance au danger de l’islamisation, la Ligue a insisté sur le catholicisme comme élément fondateur de l’identité de la Padanie, défendant les églises contre les mosquées.

Rejetant le concile Vatican II, elle s’est rapprochée du mouvement traditionaliste issu de la résistance de Mgr Lefebvre. Elle est actuellement à l’avant-garde du combat pour le maintien du crucifix dans les écoles.

La religion de la Ligue du Nord, une synthèse identitaireCes dernières années, la Ligue a en outre pris nettement position pour la défense de la famille traditionnelle, contre la pilule abortive ou contre le mariage homosexuel. Si le haut clergé et tous les mouvements progressistes lui restent hostiles, beaucoup de prêtres diocésains de base lui sont désormais favorables. En 2010, plusieurs curés du diocèse de Vigevano n’ont pas craint de prendre ouvertement position en sa faveur. « La Ligue », a expliqué l’un d’eux, l’abbé Francesco Cervio, dans une émission télévisée, « a compris les peurs des gens, qui sont réelles : il y a des quartiers qui sont désormais interdits aux Italiens après le coucher du soleil. Le mariage entre l’Islam et le christianisme ne doit pas avoir lieu ». Et, sur l’accueil des étrangers, le prêtre a ajouté : « Nous ne pouvons plus leur donner une maison, un travail et une dignité. Si dire “nous ne pouvons plus les accueillir et les garder tous ici”, c’est être raciste, alors je suis raciste ».

Bertezzolo, catholique progressiste, met expressément en garde l’Église contre tout rapprochement avec la Ligue qui serait, selon lui, une trahison de Vatican II. La Ligue, accuse-t-il, continue à exalter la mythologie celtique et païenne, sans voir là aucune contradiction. « Le celtisme et le catholicisme traditionaliste sont en fait tous les deux parties constitutives de la “religion civile” padane, élément d’identité d’un côté, et d’exclusion (et de lutte), de l’autre, contre le différent, l’Islam au premier chef. Le “Dieu Pô” et le christianisme ne peuvent pourtant cohabiter que dans le cadre d’une religion “civile”, d’où sont absents les contenus de foi ».

« Le christianisme ligueur, s’indigne en conclusion Bertezzolo, est “sans Christ” et sans Évangile ».
Il serait plus juste de dire que la Ligue distingue, sans nécessairement les opposer, le christianisme-foi et le christianisme-culture : mouvement politique laïc, elle défend la culture chétienne. Et elle le fait d’autant plus énergiquement qu’elle sait, en l’état actuel des choses, ne pas pouvoir compter sur les évêques.

 

[Tribune libre] Bilan de dépôt

[Tribune libre] Bilan de dépôt

[box class=”info”]Tribune libre reprise du site amoyquechault.over-blog.com[/box]

Si la prégnance de la marchandise est si néfaste à l’homme, c’est sans doute en premier lieu parce que cette prolifération matérielle forme un voile entre lui et le réel, entre lui et sa condition, entre lui et ses possibilités. Un voile qui s’épaissit chaque jour un peu plus jusqu’à devenir un véritable mur infranchissable, derrière lequel on ne peut qu’étouffer et désespérer. L’amoncellement de marchandises nous coupe de tous les questionnements fondamentaux qui déterminent la spécificité humaine : Qui suis-je ? Que dois-je faire de ma vie ? Quel est le sens de mes jours ? Que puis-je réaliser dans ce monde ?

La marchandise réduit drastiquement le champ des préoccupations humaines par hypertrophie des fonctionnalités animales et anesthésie de la pensée. La marchandise, c’est le soma du « meilleur des mondes », le tranquillisant universel, l’analgésique absolu, la réponse mécanique et simpliste à toutes les interrogations complexes.

Pour la première fois dans l’histoire, l’accumulation crée le vide. Vide spirituel, vide affectif, vide culturel, vide relationnel…

Il suffit pour s’en convaincre d’observer ces humanoïdes errant névrotiquement dans les rues ou les allées des magasins, sans but mais toujours pressés, harnachés de gadgets lumineux et sifflants, sous perfusion électronique permanente, casques gigantesques vissés sur les oreilles, passant à chaque instant d’un écran à l’autre, de celui de leur Blackberry à celui de leur Ipod, de celui de leur Nintendo DS à ceux de ces nouveaux panneaux publicitaires à plasma qui cornaquent désormais les troupeaux salariés dans les couloirs du métro.

Le silence et le calme sont définitivement bannis de notre monde. Tout comme sont limités à l’extrême les possibilités de « nouer des relations » au cœur de ce colossal autisme collectif où chacun s’est précautionneusement emmitouflé dans sa camisole technologique personnelle. Sa musique, ses SMS, son Tetris, sa vidéo… tout un dispositif rigoureusement élaboré pour meubler le plus efficacement possible ses plongées dans l’espace public en évitant ces deux terrifiants écueils : la confrontation à l’altérité et le temps de vacuité, de latence, propice à la réflexion et au questionnement.

Lady Gaga ou Pavarotti hurlant inlassablement dans mes oreilles m’évitent pareillement d’entendre les injures adressées par un voyou à cette jeune fille ou cette vieille dame, tout comme ils m’empêchent de réfléchir à l’inanité de ma journée de travail, à ces longues heures passées à accomplir une tâche obscure à la finalité incertaine quand elle n’est pas carrément odieuse (vendre, faire du chiffre, diffuser une nouvelle inutilité, optimiser des coûts, rationaliser des organigrammes, analyser des bilans comptables, préparer un plan social, fixer des objectifs financiers, établir un powerpoint sur les performances managériales trimestrielles, remplir des formulaires, classer des dossiers, photocopier des rapports, programmer des réunions d’étape, organiser des brainstorming, relayer de l’info, gérer des flux, planifier des événements …).

C’est l’abject spectacle de cette humanité robotisée, ne frémissant plus, à l’instar de grenouilles de laboratoires, qu’à des stimuli électriques – en l’occurrence ceux des enseignes commerciales – qui justifie, hors de tout débat idéologique, l’impérieuse urgence « d’en finir avec la marchandise ».

Spectacle qui atteignit peut-être son paroxysme tératologique lors de l’ouverture de « l’Apple Store » de Paris, séquence d’une obscénité suffocante durant laquelle on pût observer sans masque, dans sa terrifiante crudité, le visage glaçant du post humain marchandisé. A cette occasion, des hommes trentenaires ou quarantenaires, que l’on imaginait fort bien cadres et pères de famille, s’adonnèrent à une séance d’hystérie collective où la démence mercantile frôlait la ferveur religieuse. Larmes aux yeux, mains tremblantes, voix gorgées d’émotion non feinte, les fidèles de la marque à la pomme avaient attendu plusieurs heures en face de la porte encore fermée de leur nouveau temple. A peine celle-ci s’est-elle entrouverte que se fut une ruée telle qu’on aurait pu croire observer quelque peuplade affamée se jetant sur les dernières denrées d’un magasin d’alimentation du tiers monde. Ce n’était d’ailleurs pas seulement pour acheter que se pressaient ce jour là ces milliers de fanatiques, mais surtout pour rendre un culte, un hommage à cette marchandise bienfaitrice, ces appareils rédempteurs, ces gadgets curatifs qui font le sel de leur existence, occupant aussi bien leurs esprits que leurs discussions, leurs ambitions et leurs projets.

Certains étaient venus là, fébriles et déférents, comme l’on se rend dans un musée ou une cathédrale, pour admirer et toucher du bout des doigts ces merveilles de la création, espérant un jour, par la grâce merveilleuse d’une augmentation ou d’un crédit Cetelem, être digne d’en posséder certaines. Ainsi, autour d’un Iphone nouvelle génération trônant au sommet d’une colonne immaculée et écrasée des lumières aveuglantes des projecteurs, des hommes et des femmes prétendument éduqués, civilisés, diplômés, « socialement intégrés », participaient, à moitié en transe, à une célébration mystico-thaumaturgique digne des plus caricaturales dérives sectaires.

L’acte d’achat viendrait plus tard, bien sûr, point culminant de l’anagogie, car le but final reste toujours le même, les boutiques « Apple » représentant un chiffre d’affaires de 6,6 ( 6?) milliards de dollars par an.

L’homme moderne ne cherche plus à acquérir ce dont il a besoin pour vivre, il a besoin d’acquérir pour se sentir encore un peu vivant. Comme le dit Gunther Anders dans L’obsolescence de l’homme : « Les temps où ceux qui n’avaient rien à avaler étaient considérés comme de « pauvres diables » sont depuis longtemps révolus. Aujourd’hui, au contraire, les « pauvres diables » sont ceux qui ne peuvent opposer aucune résistance au gavage terroriste, ceux qui, à chaque bouchée qu’ils avalent, doivent également avaler le fait qu’on leur dérobe un peu de leur liberté. Qui ne consomme pas librement consomme de la non-liberté. »

[box]Crédit photo : Eugene Mah (photo sous licence creative commons)[/box]