Robert Ménard : « Gagner une élection, c’est réunir une majorité »

Robert Ménard

Au lendemain du second tour des élections départementales et régionales, le maire de Béziers revient sur ce « vrai rejet des partis politiques ». Concernant les mauvais scores du Rassemblement national, Robert Ménard pense que l’abstention n’est pas la seule explication à chercher.

Le second tour des élections régionales et départementales a eu lieu hier. L’abstention a progressé dans certaines régions. Est-ce préoccupant ?

C’est plus que préoccupant, c’est un poison pour la démocratie. Je parie que l’ensemble de la classe politique l’aura oublié dans trois semaines et on repartira comme si de rien n’était. Il y a un désaveu, une scission, un apartheid qui s’est mis en place entre la classe politico médiatique et les petites gens. On n’arrive pas à combler ce gouffre qui touche tous les partis. On pouvait espérer que le Rassemblement national était à l’abri de cette critique de tous les partis parce qu’il n’a pas été au pouvoir. Il y a un vrai rejet des partis politiques.

16 % des Français font confiance aux partis politiques. Derrière un certain nombre d’autres raisons comme le Covid, il y a aussi le désaveu profond d’une classe politique.

Le Rassemblement national espérait beaucoup mieux de ces élections. Ce parti compte surtout sur le vote des abstentionnistes et des contestataires. Les abstentionnistes, les contestataires, les anti système n’ont pas trouvé dans le Rassemblement national, un moyen de l’exprimer dans les urnes.

Il y a plusieurs points dans votre question. L’abstention frappe particulièrement son électorat et en particulier les classes populaires. Que l’on puisse réduire les mauvais scores du Rassemblement national à l’abstention et s’en prendre aux abstentionnistes pour expliquer une faiblesse terrible au second tour encore pire que le premier, je crois qu’il y a d’autres explications. Il y a aussi un problème d’identification, d’incarnation des idées du Rassemblement national. Les gens sont prêts à voter pour des idées, mais ils votent aussi pour les gens qui portent les idées. Le manque de cadre et de leaders du Rassemblement national est un vrai problème. Certaines personnes ont du talent, mais pour emporter l’adhésion, il faut avoir une capacité à dire un certain nombre d’idées que les candidats nationaux n’ont pas, n’ont plus ou n’ont jamais eues.

Marine Le Pen ne s’exprimera pas dans les médias jusqu’au congrès de Perpignan parce qu’elle est sous le feu des critiques. Les partisans de la candidature d’Eric Zemmour à la présidentielle masquaient difficilement le fait qu’ils se frottaient les mains suite à ce résultat.
Marine Le Pen est-elle la bonne candidate ? Est-ce qu’une candidature alternative doit émerger ?

Je ne me frotte pas les mains des déboires du Rassemblement national. Cette droite nationale est mangée de l’intérieur par les rivalités, les guerres d’égo, les histoires d’il y a quarante ans et les rancunes. Je suis étranger à toutes ces histoires-là et j’ai la ferme intention de rester à distance de cela.

Je pense que Marine Le Pen a mis en œuvre une certaine normalisation qui me semble aller dans le bon sens. Normalisation ne veut pas dire alignement sur le reste de la droite. Cela veut dire essayer de répondre à cette interrogation terrible dont personne n’est capable d’y répondre. Comment se fait-il que les idées que l’on défend trouvent souvent un écho majoritaire en France, alors qu’en même temps le reste des partis appelle à un front républicain, les gens répondent à ce front républicain ? On continue à faire peur à une partie de la population. Pardon de le dire, ce ne serait pas une candidature encore plus clivante que celle de Marine Le Pen, bien plus à droite et bien plus radicale, qui va répondre à cette interrogation-là et qui va permettre de gagner l’élection. Je rappelle que gagner l’élection n’est pas se faire plaisir en allant toujours plus loin dans la radicalité. Gagner une élection c’est réunir une majorité des Français et réussir une alchimie entre le vote populaire qui dépasse le vote de droite et un vote conservatoire plus libéral économiquement. Monsieur Sarkozy l’avait fait en 2007.

Sommes-nous capables de le faire ? Y a-t-il quelqu’un d’autre que Marine Le Pen ?

Les sondages sont cuisants pour les autres candidats qui penseraient s’imposer.

La question ne se pose pas. Vous soutenez Marine Le Pen en 2022.

Cela fait quatre ans que j’essaie de trouver une alternative. Cette alternative n’est pas là. Je vous rappelle que l’on vote dans moins d’un an et je ne veux pas faire le lit de monsieur Macron.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Élections régionales – Front républicain ? Même pas mort !

Front républicain

Il y aura bien sûr de nombreux enseignements à tirer des scrutins départementaux et régionaux des 20 et 27 juin 2021. Il y a amplement matière à réfléchir. Au sujet de la démocratie, en premier lieu. Que signifie un scrutin auquel participent moins de 35 % des inscrits ? Comment les élus le sont-ils ? Leur élection est-elle légitime ? Qui représentent-ils, sinon une minorité, de plus en plus ténue, dont la spécificité est de posséder, qu’ils soient de droite ou de gauche, les grands traits d’une idéologie en commun : le mode de vie et de pensée libéral-libertaire, une manière d’être au monde qui sévit principalement dans les métropoles. C’est un des enseignements de ces scrutins, en particulier des résultats des régionales.

Ainsi, le front républicain que l’on disait parfois mort et enterré n’est pas mort, le second tour des régionales et des municipales est venu le rappeler. De même qu’est rappelée la persistance du clivage droite-gauche qu’on croyait lui aussi enterré, du moins à l’échelle d’élections où chacun a essayé de donner des repères à ses électeurs. Une nécessité. LREM paie autant l’absence de repères clairs que son déficit d’implantation. La gauche, la droite et le front républicain, cela existe toujours. A droite, il y a ce que le Système appelle l’« extrême droite », essentiellement le Rassemblement national. Il y a aussi de fausses droites, telles que Les Républicains, dont l’immense majorité des élus et des responsables pensent à gauche, ayant entièrement intégré l’idéologie du progrès et les modes de pensée libéraux libertaires. C’est pour cela que des candidats LR, LREM, PS, EELV et même parfois LFI peuvent se retrouver à l’occasion d’un scrutin et appeler « solidairement » à battre l’« extrême droite », autrement dit le Rassemblement national.

Globalement, cela ne consiste plus en une fusion des listes. C’est plus sournois. Le front républicain passe soit par le retrait de listes, comme avec la liste PS en PACA, soit par un maintien ayant comme but de « battre le RN ». L’existence et même l’ancrage de ce front républicain, réflexe pavlovien de nombre d’électeurs, du moins parmi ceux qui n’ont pas encore compris que ces élections sont une farce, furent évidents en PACA. Dans cette région, la liste conduite par Renaud Muselier, destinée à « vaincre le RN », obtient 25 points de plus au deuxième tour.

C’est d’un état d’esprit qu’il s’agit, un état d’esprit du type « Mieux vaut n’importe quel libéral libertaire d’entre nous que le RN ! ». Cet état d’esprit s’est retrouvé dimanche dans les Pays de la Loire, dans le Grand Est, en Bourgogne-Franche-Comté, en Normandie, en Bretagne, en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie et dans les Hauts-de-France. Les principaux hommes politiques pourront dire ce qu’ils veulent, c’est ce « théâtre » – le mot est de Jospin – de la mise en scène anti-RN qui explique l’extraordinaire désaveu que les Français ont infligé à la classe politique et à cette « démocratie ». Les Français ne veulent plus être les dindons de la farce du front républicain, alors ils restent chez eux. Ils ont mieux à faire que de participer à des élections qui n’ont de libres que le nom.

Paul Vermeulen

Article paru dans Présent daté du 28 juin 2021

Élections régionales – AUCUNE RÉGION de se réjouir, par Francis Bergeron

élections échec

Sur fond de victoire de l’abstention, ce fut la victoire des sortants et l’échec symétrique du RN et de LREM, qui n’avaient pas de sortants.

Comme au premier tour, le taux d’abstention a démenti une fois de plus les pronostics. Les votants ont représenté environ 34,3 % des inscrits, soit une amélioration d’1 % par rapport au premier tour. En 2010, ils étaient 58,4 % à avoir voté et encore 51,1 % en 2015. A ce train-là, il n’y aura plus de votants du tout dans dix ans.

Les résultats de dimanche sont certes contestables et difficiles à interpréter, d’autant que l’organisation des élections a été très défaillante. L’abstention est-elle devenue la forme de vote des Gilets jaunes ? Beaucoup de commentateurs l’ont interprété ainsi, mais peut-on exclure l’idée que la crise du Covid ait bouleversé la hiérarchie des valeurs, renforcé l’individualisme au point que le primum vivere passe dorénavant avant tout, et que les aventures collectives – comme l’est l’aventure politique – ne tentent plus guère nos concitoyens ?

Mais une élection, c’est comme le bac : il y a des années où sa valeur est galvaudée et, sur le coup, chacun y va de sa critique sur la crédibilité du parchemin attribué ces années-là. Mais très vite on oublie qu’il y a eu des années où le bac a été donné. Le temps en efface la mémoire, et ce qui reste, c’est le bac réussi. Il en sera de même pour ces élections du 27 juin. Xavier Bertrand, dimanche soir, n’entendait pas que sa victoire dans les Hauts-de-France soit minimisée, d’autant que celle-ci doit constituer le tremplin de ses ambitions présidentielles.

Pour LREM c’est un désastre

L’abstention est la même pour tous : s’il y a des gagnants et des perdants, il faut bien tenir compte des résultats. Les gagnants sont donc les sortants ou leurs dauphins dans chacune des régions. Et comme ces douze régions ne comptaient que des sortants socialistes ou LR (ou proches), la coloration des douze régions reste strictement identique : cinq régions pour la gauche et sept pour la droite.

Pour LREM c’est un désastre : les listes macronistes n’auront pesé que 7 % au second tour. Certes, beaucoup d’élus de droite et de gauche sont macron-compatibles, mais le rêve d’une grande force centrale, qui aurait absorbé à la fois la mouvance socialiste et la mouvance ex-UMP, s’estompe.

Par ailleurs, un second mandat présidentiel pour Macron est une perspective qui a dorénavant du plomb dans l’aile, d’autant que ceux de ses ministres qui sont montés au front ont subi de cuisants revers.

Quant au RN, sa situation est difficile aussi. Dans sa courte intervention au siège du parti, dimanche soir, Marine Le Pen a « donné rendez-vous aux Français pour construire l’alternance dont la France a besoin ». Mais les Français seront-ils à ce rendez-vous ? L’abstention des 20 et 27 juin semble avoir pénalisé davantage le RN que les autres partis, quand on compare les résultats aux sondages, ce qui fait craindre une persistance du phénomène et, dans ces conditions, c’est la légitimité même de la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle qui risque d’être remise en cause. Ce sera le problème du RN, lors du congrès de Perpignan, début juillet.

Le parti de Marine Le Pen a certes marqué quelques points à l’occasion de cette campagne : il a démontré sa capacité à mettre en place au niveau du pays tout entier une organisation à même de présenter des candidats pratiquement partout, dans toutes les régions, dans tous les cantons ou presque. Il a réussi à relancer la machine militante, une machine plutôt efficace sur le terrain, avec beaucoup de gens de qualité. Cette campagne a d’ailleurs fait émerger des talents nouveaux comme Aleksandar Nikolic en Centre-Val de Loire ou Edwige Diaz en Nouvelle-Aquitaine.

Bertrand préfère les communistes aux identitaires

Mais ne nous voilons pas la face : au-delà de la démoralisation et de la démobilisation bien légitimes, les effets négatifs de cette défaite électorale font émerger plusieurs problèmes : la stratégie de la dédiabolisation a échoué, puisque le front républicain s’est reconstitué partout où le RN risquait de l’emporter. Et ce front républicain, pour moins spectaculaire qu’il ait été, est désormais enraciné dans la culture de la droite dite de gouvernement. Les propos extrémistes de Xavier Bertrand, comme ceux de Darmanin ou de Dupond-Moretti, ont montré la détermination du « camp du bien » à ne jamais « pactiser » avec le RN. Quand Bertrand explique qu’il préfère les « communistes » aux « identitaires », quand il refuse de parler du RN mais martèle le sigle FN, il y a la volonté d’ancrer toujours plus le principe d’une exclusion à jamais du RN du jeu politique.

La défaite va faire naître d’autres difficultés pour le parti de Marine Le Pen : des tensions sur son flanc droit, susceptibles d’encourager les ambitions d’Eric Zemmour, par exemple. Un nombre plus réduit qu’en 2015 d’élus, ce qui va compliquer la chasse aux 500 signatures, un peu comme en 2012. Mais surtout c’est la dynamique de la campagne présidentielle qui est affectée, à dix mois exactement de l’échéance.

Les délais sont courts pour renverser la tendance, et plus courts encore pour démontrer aux Français que le RN est capable de constituer, au printemps prochain, une majorité nouvelle, dans un système d’alliances politiques portant un projet de société global. C’est un pari difficile, peut-être pas impossible, mais qui va nécessiter de l’élasticité et un grand sens du dialogue avec toutes les parties prenantes de la droite nationale, au-delà des fâcheries d’hier. Jordan Bardella disait que la politique est une école d’humilité. C’est plus que jamais le moment de mettre en pratique cette vertu d’humilité.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 28 juin 2021

Élections régionales : l’heure de la remise en question pour le Rassemblement national ?

Dimanche dernier, était ici évoquée l’éventuelle possibilité d’un “sursaut citoyen”. Avec tout juste 2 % d’électeurs supplémentaires ayant daigné se rendre aux urnes, nous en sommes loin ; alors que toutes les forces en présence appelaient au dit “sursaut”.

Il était donc logique que ces résultats de second tour viennent confirmer, tout en les amplifiant, ceux du premier. Les sortants de LR et du PS sont reconduits. Les écologistes de EELV marquent le pas. Les mélenchonistes de LFI sont laminés. La République en marche est inexistante. Quant au RN, c’est la dégringolade. On lui promettait d’une à trois régions, voire plus ? Il n’en aura aucune.

Cette défaite est d’autant plus cinglante que même en PACA, Thierry Mariani, pourtant arrivé en tête dimanche dernier, est sèchement remercié, abandonnant plus de dix points à son adversaire, Renaud Muselier. Qu’en déduire ?

Allons court : les résultats des LR, qu’ils soient ou non en rupture du parti fondé par Nicolas Sarkozy, risquent d’être problématiques pour une échéance de 2022 annonçant pléthore de candidats potentiels, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, pour ne citer que ceux-là, sans oublier les querelles internes à venir allant avec. Une droite gouvernementale qui retrouve donc le sourire, mais l’on sait aussi, jurisprudence François Fillon oblige, qu’une élection présidentielle donnée gagnante peut être parfaitement perdue. Quant au Parti socialiste, il démontre qu’il redevient ce qu’il a toujours été avant François Mitterrand et sa prise en main en 1971 : un parti de notables.

En revanche, la situation du Rassemblement national est autrement plus périlleuse. En effet, le prochain congrès du mouvement lepéniste, qui devrait se tenir à Perpignan la semaine prochaine, s’annonce des plus aigres. Si la région PACA était tombée dans son giron, Marine Le Pen aurait pu exciper de ce succès pour masquer les faiblesses structurelles de son parti. Là, elle risque de se retrouver au pied du mur.

Car même si la liberté d’expression en interne n’est pas tout à fait la marque de fabrique de ce mouvement, elle ne pourra pas faire l’économie de ces questions :

Pourquoi 71 % des électeurs lepénistes ne se sont-ils pas déplacés ? On peut certes évoquer l’abstention de masse, mais les sondeurs assuraient que cet électorat était le plus sûr de son vote. Il est donc indéniable que le RN ne fait pas, ou ne fait plus envie ; et cela ne saurait être la seule faute du « Système ».

Pourquoi est-elle manifestement incapable, au contraire de son père, de faire coexister au sein de son parti, les diverses nuances de la droite de conviction, sans oublier ceux qui ont des convictions et qui ne sont pas forcément de droite ? L’autoritarisme peut certes payer, mais à condition que le succès soit au rendez-vous ; et quand les échecs s’enchaînent, l’autocratie peut vite prendre des airs de tyrannie…

Pourquoi, et là, elle imite son père, indexe-t-elle toujours la stratégie du RN sur l’élection présidentielle, tout en négligeant élections locales et corps intermédiaires – dont ses propres cadres de province, trop souvent pris de haut –, au profit de cette éternelle « mère des batailles », cet étendard si souvent brandi, mais auquel manque la hampe ; soit le substrat intellectuel et politique, l’enracinement dans cette France d’en bas, peut-être trop invoquée dans les discours et pas assez dans les faits ?

Certes, le pouvoir nécessite l’incarnation en une personne. Et le nom de Le Pen, qui en est l’un des symboles, ne suffit manifestement pas ; ou plus.

Marine Le Pen ne pourra pas faire l’économie de cette réflexion ; mais cette fois, elle ne pourra pas la mener seule.

Nicolas Gauthier

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Régionales 2021 – Pourquoi la Corse ne s’est pas abstenue? Entretien avec Paul-François Paoli

Corse élections

Avec un taux d’abstention record de 66,7%, le premier tour des élections régionales 2021 devient le scrutin le plus boudé sous la cinquième République. Une région se distingue: la Corse où le taux d’abstention a été bien plus bas (42,92%).

L’essayiste Paul-François Paoli y voit la manifestation de la passion politique des Corses qui, à travers leur vote, expriment la défense de leur insularité. La collectivité territoriale corse n’est pas perçue comme une entité administrative abstraite, mais comme une instance destinée à préserver leur identité.

Causeur. Pourquoi la mobilisation électorale a-t-elle été au rendez-vous sur l’île de Beauté ?

Paul-François Paoli. Il y a sans doute plusieurs raisons. La première est que les Corses aiment depuis toujours la politique. Ils aiment débattre et discuter politique notamment en famille. En Corse, la politique y est très personnalisée. On vote parfois plus pour un homme que pour un parti. C’est un petit pays où chacun se juge et se jauge. La réputation personnelle d’un candidat, sa compétence et son intégrité jouent aussi parfois plus que son idéologie politique. Au-delà de cette attitude traditionnelle, si les Corses se sont massivement déplacés, c’est qu’ils se sentent concernés par des élections qui traitent de questions locales très concrètes. En primant leurs listes nationalistes, ils ont rappelé qu’ils ne s’identifient pas aux élites “hors-sols” de Paris. La Corse est l’expression même du clivage entre Anywhere et Somewhere mis en évidence par l’anglais David Goodhart. Les Corses sont attachés aux hommes politiques pour qui ils votent et qu’ils connaissent parfois personnellement – ou du moins croient connaître !

Les Corses ont l’impression que la France est à la dérive: dérive migratoire, dérive des mœurs avec la vague de l’antispécisme, du féminisme radical ou de l’arrogance du lobby gay…

Si les Corses sont allés massivement voter dimanche (57%), n’est-ce pas surtout lié au statut particulier de la collectivité territoriale et aux pouvoirs élargis du président de l’exécutif, capable de peser plus sur le destin de l’île ?

Sûrement. S’il n’y a pas eu cette désaffection massive qui a marqué le premier tour sur le continent, c’est donc parce que le vote dans un sens ou dans un autre est censé avoir des conséquences concrètes dans la vie locale des Corses. Par ailleurs, la forte mobilisation en faveur de Gilles Simeoni n’est pas un hasard. Simeoni jouit d’une excellente réputation. Maîtrisant parfaitement l’art oratoire, c’est un tribun qui a du charisme. C’est très important en Corse où il faut savoir s’imposer par la parole. Enfin il est capable de rassembler des électeurs qui ne font pas partie de son camp politique grâce à son intégrité incontestable, une qualité précieuse sur une île où l’emprise de la mafia est importante, si l’on en croit les experts.

Pour lire la suite, c’est ici !

Régionales 2021 – Quitte ou double, par Francis Bergeron

vote élections

Tous les regards sont tournés vers la région PACA, parce que les chances du RN y sont les plus fortes. Et parce que la victoire ou la défaite de Thierry Mariani pèsera très lourd pour la suite, c’est-à-dire pour la présidentielle, dont les dates sont désormais connues : dans dix mois, les 10 et 24 avril 2022. De ce fait, l’élection de dimanche en PACA prend une allure de quitte ou double. En tout état de cause, aucune voix ne doit manquer à Thierry Mariani, même si l’abstention est prônée au nom d’on ne sait quelle mirifique martingale politique.

Les absents des urnes ont toujours tort. Voyez d’ailleurs comme, une fois toutes les analyses, tous les commentaires faits, on oublie qu’un Français sur trois seulement s’est exprimé, et que les votes qui se sont portés sur les candidats de l’Elysée n’ont représenté que 3 % des inscrits. Déjà, les politologues spéculent sur les scores attendus dans les régions et dans les départements. La fusion des trois gauches, en Ile-de-France, redonne par exemple une bouffée d’espérance à l’extrême gauche, inquiète Pécresse, et réjouit en secret Bertrand. Ailleurs, les sortants semblent devoir l’emporter, car on ne voit pas quel sursaut électoral pourrait suffisamment réveiller les abstentionnistes du 20 juin.

Dans Présent du jeudi 17 juin, Alain Sanders, dans l’un de ses fameux « coups de gueule » dont il a le secret, qui réjouissent ou agacent les lecteurs mais auxquels ils ne sont jamais indifférents, tacle Eric Zemmour qu’il traite de « coucou ». « Marine Le Pen est la candidate naturelle d’une droite populaire et de conviction », conclut-il.

Pourtant, dans Présent du jeudi 24 juin, Etienne Defay analyse les médiocres résultats de dimanche comme la conséquence d’une sous-estimation par les dirigeants du RN de leur électorat historique. Ils auraient braconné trop tôt en dehors de leurs terres, Eric Zemmour représentant une sensibilité plus en adéquation avec celle de la droite nationale : « Les conseillers de Marine Le Pen ont oublié le caractère contestataire du vote RN, ce vote du ras-le-bol et de la tentation de la table rase. » Peut-être. Encore que les explications de type sociologique soient plus crédibles que celles sur le positionnement et les discours du RN. Notre collaborateur y voit une opportunité pour la candidature Zemmour, dont la rumeur gagne du terrain. Cette hypothèse est en effet de plus en plus souvent évoquée, et lui-même, sur CNews, lundi, a semblé avancer ses pions, par sa critique sans concession de la campagne de Marine Le Pen.

« Dédiabolisation rime avec démotivation »

Polémia, le think tank (c’est-à-dire en bon français : réservoir à idées) de Jean-Yves Le Gallou, vient en renfort du journaliste de CNews. Mercredi, Polémia publiait une analyse détaillée du scrutin et, faisant allusion à la stratégie de normalisation du RN, il concluait par cette formule : « Dédiabolisation rime décidément de plus en plus avec démotivation. » Mais Pierre Boisguilbert, l’auteur de l’article, rappelle que « Marine reste cependant pour le moment incontournable. […] il ne s’agit pas encore d’un naufrage mais d’une avarie avec de sérieux dégâts. Il faut changer de cap et mettre à la barre ceux qui avaient indiqué les récifs ».

La critique de l’AGRIF (association créée par Bernard Antony, l’un des cinq fondateurs de Présent) est autrement plus radicale, et quelque peu désespérante : « Globalement, les électeurs de la droite de conviction n’ont pas eu une offre répondant à leurs aspirations essentielles […]. Les professions de foi du RN étaient d’une désolante médiocrité, somme toute semblables à celles des UMP ou RPR de jadis : rien sur la défense de la vie, et nullité totale sur la question de l’islam […]. Le RN de Marine Le Pen semble n’être pas prêt à incarner les valeurs fondamentales nécessaires pour que survive la France… »

Le congrès du RN des 3 et 4 juillet à Perpignan résonnera sans doute de débats sur les heurs et malheurs de la dédiabolisation. D’autant que celle-ci ne semble pas spécialement au rendez-vous, à entendre par exemple Xavier Bertrand qui, depuis dimanche, se vante d’avoir terrassé le dragon.

Mais, ni au RN ni dans ses marges, ni au sein de la droite de conviction, le temps n’est à ce type de spéculations alors que le second tour est imminent. Pour l’heure, on ne peut que noter que c’est le RN qui, le 20 juin, a seul été en mesure de présenter des listes dans toutes les régions, et des binômes de candidats dans la très grande majorité des cantons. Ce sera grâce à lui si, dimanche, le « front républicain » Muselier-Estrosi-Castaner, auquel Bernard Tapie vient d’apporter son éminent appui, est battu. Grâce au talent, aussi, de Thierry Mariani et de son équipe, bien entendu.

La qualité des militants

Marion Maréchal, qui était invitée cette semaine par Martial Bild à « Bistro Libertés », l’émission phare de TV Libertés, faisait remarquer qu’elle connaissait la qualité des candidats de la liste RN en PACA puisque beaucoup d’entre eux figuraient déjà sur sa propre liste, en 2015. Un autre sociétaire de TV Libertés, Pierre Gentillet, qui a travaillé avec Mariani, confirme les talents de ce candidat et considère, lui aussi, que Muselier et Mariani, ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet, tant s’en faut.

Pour avoir été candidat dimanche aux élections cantonales et régionales en région Centre-Val de Loire, certes sous l’étiquette du CNIP mais dans le cadre de la liste conduite par le RN Aleksandar Nikolic, j’ai pu personnellement constater la qualité des militants. Leur dévouement, leur compétence, leur désintéressement n’ont rien à envier à ceux des débuts du Front national. Je n’avais pas participé à une compétition électorale depuis 40 ans mais, sur l’essentiel des points évoqués tant par Polémia que par l’Agrif, ces candidats – et futurs élus, pour certains d’entre eux – partagent peu ou prou les convictions des rédacteurs et des lecteurs de Présent.

Il est parfaitement normal que le RN, lors de son congrès de juillet, s’interroge sur sa stratégie passée et apporte des réponses à ceux qui s’interrogent. Il est souhaitable que ce parti renforce les marqueurs de son identité propre, et que soient débattus une communication et un programme parfois en effet très édulcorés… Et en pure perte, si l’on en juge les « fronts républicains » reconstitués un peu partout, à l’identique ou presque de 2015.

Mais attendons dimanche soir, attendons que les dés aient fini de rouler. Et au-delà des programmes et de la communication, la seule hypothèse d’une défaite du « front républicain » devrait constituer un stimulus suffisant pour que la droite de conviction ne baisse pas les bras et aille voter.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 24 juin 2021

Notre démocratie est-elle en état de mort cérébrale ? Débat avec Jean-Yves le Gallou sur Putsch Live [vidéo]

Putsch Live Le Gallou

25/06/2021 – FRANCE (NOVOpress)
Dans ce nouveau numéro de l’émission Putsch Live multi-diffusée sur Youtube, Facebook, Twitter et Twitch, Nicolas Vidal recevait Jean-Yves le Gallou et Anaïs Lefaucheux.

Le thème portait sur les résultats du premier tour des régionales. Nos débatteurs ont du répondre et échanger sur ces questions : La démocratie est-elle en état de mort cérébrale et notre classe politique insensible au désintérêt des Français ? Les résultats très décevants du RN font-ils les affaires d’Eric Zemmour ? Les Républicains, regain électoral ou fausse joie ?

Un débat très animé et passionnant de bout en bout.


Jean-Yves Le Gallou sur le RN : « La pasteurisation du discours mène à l’abstention ! »

Dans une série de tweets, Jean-Yves Le Gallou est revenu sur les scores décevants du Rassemblement national lors des élections régionales. Voici une compilation remaniée de ces tweets.

La pasteurisation mène à l’abstention

La forte abstention favorise toujours les partis qui ont des clientèles. Elle défavorise donc le Rassemblement national.
La seule manière de limiter la casse, c’est de porter un discours capable de mobiliser. Une attitude à l’inverse de la pasteurisation voulue par Marine Le Pen, dont la stratégie est désastreuse.

La forte abstention a toujours pénalisé le vote Rassemblement national mais la stratégie de Marine Le Pen a amplifié le phénomène :

– mépris de tout enracinement local ;
– purges permanentes ;
– condamnations des plus courageux ;
– discours de plus en plus pasteurisé par peur des vagues ;
– invisibilité dans les assemblées.

Au cours de cette campagne, le Rassemblement national de Marine Le Pen n’a cessé de donner des gages :

– désaveu des identitaires (Poitiers, Escufon) ;
– absence sur les votes sociétaux au Parlement ;
– affirmation selon laquelle un islam républicain serait possible ;
– Soumission à une assesseur voilée.

L’or en plomb

Malgré un minimum d’expérience, je reste scotché par la capacité de Marine Le Pen à transformer l’or des situations en plomb électoral. La pasteurisation du Rassemblement national s’avère être un désastre. En contexte d’abstention, seuls les discours forts sont audibles.

Dommage qu’il n’y ait eu personne au Rassemblement national pour expliquer à Marine Le Pen :

– qu’avant le 2e tour de la présidentielle il y avait le 1er ;
– qu’avant la présidentielle il y avait les régionales ;
– que c’est la clarté et la radicalité qui permettent de mobiliser, non la pasteurisation.

Jean-Yves Le Gallou

Tribune reprise de Polémia

Abstention, piège à cons – Les 2/3 des électeurs se sont abstenus, par Francis Bergeron

Abstention

Il y a six ans, tous les records d’abstention avaient été battus lors de ces régionales-là. Seulement 43 % des Français avaient voté. Cette fois un nouveau record a été battu dans ce domaine, ce qui paraissait absolument inconcevable. Inconcevable car les restrictions à la circulation avaient été levées, et la peur de la contagion semblait s’atténuer. Inconcevable car le consensus politico-médiatique battait tambour pour une mobilisation destinée à faire barrage au Rassemblement national.

Or, non seulement l’abstention a été considérable, mais elle l’a été dans des proportions inédites, qui enlèvent au passage énormément de crédibilité à ce scrutin : 12,2 % seulement de participation à la mi-journée, 27 % à 17 heures et les chiffres finaux de votants la situaient à un niveau de l’ordre de 33,9 %.

Encore faut-il se souvenir qu’il y a un écart entre la participation et les suffrages exprimés. Cet écart est habituellement de l’ordre de 2 %. Il est possible qu’il soit nettement supérieur, cette année : pour avoir assisté au dépouillement dans ma commune, je peux témoigner que le nombre de bulletins nuls était particulièrement important, phénomène sans doute accentué par les dispositions des deux bureaux de vote, qui étaient installés dans une sorte de labyrinthe : d’où des votes pour les régionales trouvés dans l’urne des départementales, et vice-versa, mais aussi des noms barrés, des panachages non admis, des enveloppes contenant à la fois le bulletin de vote pour les départementales et pour les régionales.

Néanmoins le problème était le même pour toutes les listes. Et, même si cette élection n’aura mobilisé qu’un électeur sur trois, seul le résultat compte. La gestion des régions et des départements sera confiée à ceux qui auront été élus dimanche prochain, le résultat du 20 juin donnant dorénavant une idée assez précise de leur identité, à une ou deux régions près.

Selon les instituts de sondages, et au vu du résultat final, c’est dans l’électorat du RN que l’abstention a été la plus forte (71 %). On sait depuis longtemps – depuis plusieurs dizaines d’années, en fait – que plus la mobilisation électorale est forte, plus le score du RN est élevé. C’est la présidentielle qui mobilise le plus grand nombre d’électeurs, du fait de la personnalisation du scrutin. Ce qui explique le score inattendu de Jean-Marie Le Pen, en 2002, et la présence de Marine Le Pen au second tour de 2017.

Neuf raisons qui expliquent l’abstention

Mais cette abstention record est aussi le fruit d’une habile stratégie gouvernementale. A partir du moment où LREM a compris qu’il ne pourrait percer en tant que pôle de centre gauche aux régionales (comme aux départementales, d’ailleurs), tout a été fait pour favoriser l’abstention. Cette prise de conscience de LREM, et la mise en place des instruments de cette stratégie datent en fait des élections municipales. Il y a juste un an, le parti présidentiel avait subi une déroute. Or, les régionales et plus encore les départementales obéissent aux mêmes ressorts.

– Marine Le Pen avait fait remarquer à juste titre que c’est la première fois qu’un gouvernement ne consacrait pas de moyens de communication institutionnels pour rappeler aux Français l’importance et à la nécessité du vote. Ce silence était déjà un indice de cette stratégie.
– L’instrumentalisation de la crise sanitaire a permis également de conduire les Français jusqu’aux limites extrêmes d’un confinement et d’un couvre-feu destinés à maintenir leur sujétion mentale. On l’avait constaté lors des municipales. Nous en avons eu la confirmation dimanche.
– Cette parenthèse sanitaire a permis d’éliminer la notion même de campagne électorale. Dîners-débats, rassemblements de masse, fêtes champêtres, tout cela a été interdit de fait ou en droit, sans qu’il soit d’ailleurs facile de savoir, à chaque stade du déconfinement, ce qui était permis et ce qui restait interdit.
– En créant des passerelles avec LR d’un côté, avec le PS de l’autre, les macronistes ont brouillé les cartes du paysage politique. L’abstention pourrait bien correspondre aussi à une sorte de demande de clarification politique. C’est un refuge commode quand les repères disparaissent.
– A quoi bon voter, ont pensé les électeurs, en découvrant qu’avant même le premier tour les appareils de partis avaient déjà décidé de la suite, comme on l’a vu en Bretagne avec l’intervention de Le Drian et en PACA avec celle de Castex.
– Rendons aussi hommage au gouvernement pour le choix de la date de ces élections : elles étaient prévues en mars. Les reporter aux 20 et 27 juin a permis de les noyer dans un contexte de fête de la musique, de matchs de football Euro 2020, de liberté retrouvée au regard des restrictions sanitaires. Ce changement de contexte, d’ambiance, a largement contribué à la démobilisation des esprits.
– Qui plus est, l’échelon régional est une aberration qui n’incite pas au vote car il ne correspond à aucun sentiment identitaire, aucune réalité humaine ou historique. C’est un découpage arbitraire, prétendument équilibré. Le sénateur Masson en avait fait son cheval de bataille, pour le Grand Est, et il avait raison. Il n’était pas dans l’intérêt de Macron de réformer ce dispositif aberrant, dans la mesure où il était perçu comme un facteur d’abstention.
– La complexité de ces deux élections jumelées a contribué à décourager les électeurs, d’autant que personne n’est capable d’expliquer spontanément comment s’opère habituellement cette division du travail entre département et région.
– Qui plus est, ce double scrutin a été à l’origine de graves incidents de fonctionnement : bureaux de vote sans président, sans assesseurs, n’ayant pas respecté les heures d’ouverture légale, etc. Ne sommes-nous pas arrivés à la fin d’un système ?

Ne serait-il pas temps d’instaurer le vote électronique, des systèmes de collecte de l’opinion de nos concitoyens par des moyens moins archaïques ? Cela se fait déjà pour les élections professionnelles. Et nous payons déjà nos impôts en ligne, faute de choix. Notons d’ailleurs que nous sommes abreuvés de sondages, sollicités par des pétitions en ligne, accros aux services qu’offre notre smartphone, mais que le vote physique perd constamment du terrain.

Si les représentants des régions et des départements sont choisis par un tiers seulement des Français, que dire de ces représentants syndicaux élus par 5 % des salariés dans les TPE, ou de ces assemblées générales d’universités ou 40 militants décidés, intouchables, impunis, peuvent paralyser une université de 40 000 étudiants, comme on l’a vu à Montpellier (et ailleurs) en 2018 ?

Un observateur venu d’une autre galaxie en tirerait la conclusion que le système démocratique n’a plus d’avenir dans notre pays.

Mais ce serait un sacrilège. Ça ne marche plus, certes, mais qui prendrait le risque politique de dire que le roi est nu ?

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 21 juin 2021

Régionales 2021 : Jordan Bardella et le voile islamique d’une assesseur du bureau de vote

“Trop d’immigration, trop de violence”, les militants du Rassemblement National disent leur “ras-le-bol”

Jordan Bardella

“Trop d’immigration, trop de violence”: Lucien Félicité, militant de longue date au Rassemblement national, est venu samedi en Seine-et-Marne applaudir la tête de liste aux élections régionales en Ile-de-France, Jordan Bardella, qui a dénoncé avec force l’insécurité et la “barbarie” grandissantes à ses yeux.

Il s’agissait de l’unique grand meeting du parti d’extrême droite en France, contraint par la crise sanitaire ainsi que des finances dans le rouge, pour les élections régionales et départementales des 20 et 27 juin prochains.

Candidat aux départementales à Vigneux-sur-Seine (Essonne), en binôme avec l’ancienne suppléante de Nicolas Dupont-Aignan, Lisa Haddad, Lucien Félicité n’en peut plus des rodéos urbains dans sa ville, où “tous les voilés ont voté” pour le maire l’an dernier parce qu’il “va agrandir la mosquée”, avance-t-il.

“On espère que ça va changer. Il y a trop d’immigration, trop de violence, ça n’existait pas comme ça avant”, ajoute ce militant au RN depuis 32 ans, technicien à la mairie de Paris.

Sa fille a déchiré son affiche près de l’école en disant “on se tape la honte”. “Mais pourquoi je serais facho ?”, demande-t-il en précisant qu’il vient de la Réunion.

“Il n’y a plus de mélanges, que des clans, des communautés”, dit M. Félicité, qui trouve que le polémiste Eric Zemmour “a raison: c’est le grand remplacement dans le RER, on ne va plus être français”.

Il trouverait “logique” que les jeunes “dans les cités, qui brûlent le drapeau, retournent dans leur pays”. “Il y en a ras-le-bol”, abonde sa voisine Suzanne.

Pour lire la suite, c’est ici !

Requiem pour un front (républicain)

front républicain

La maçonnerie républicaine n’est plus ce qu’elle était et le mur qu’elle se plaisait depuis des années à construire collectivement face au mouvement national, pour empêcher celui-ci d’accéder aux responsabilités politiques locales comme nationales, est semble-t-il en voie de s’écrouler. C’est en tout cas ce que pense Le Monde, le journal de référence (des profs de gauche), qui tire la sonnette d’alarme dans un long article angoissé.

Selon l’autre quotidien du soir, c’est à la préfecture de Cahors que le drame se serait noué lorsque le maire socialiste de la ville, Jean-Marc Vayssouze-Faure, évoquant les élections régionales des 20 et 27 juin, aurait demandé au président de la République quelle serait la consigne de l’Elysée aux troupes de La République en marche (LRM) au soir du premier tour en cas de risque de victoire du Rassemblement national (RN).

« Je demanderai aux forces républicaines de se tenir ensemble », aurait alors répondu Emmanuel Macron. Jusque-là, rien de nouveau ni de préoccupant pour les adeptes du sauvetage de la démocratie par les alliances contre nature et la prise en otage des élections. Mais le chef de l’Etat aurait refusé de préciser si cela se traduirait par un retrait pur et simple des listes de la majorité, se contentant d’affirmer qu’il « prendrait la mesure de la situation le moment venu ». D’où l’inquiétude naissante quant à l’avenir du « front républicain » que certains observateurs déclarent déjà mort et enterré. Une anxiété d’autant plus importante que le Rassemblement national est donné en tête par les sondages dans six régions métropolitaines sur treize… Les digues qui permettaient aux co-responsables de la catastrophe, de droite comme de gauche, de se maintenir aux (bonnes) affaires malgré la pression populiste vont-elles céder ?

Petits arrangements entre amis

Face à cette horrifique perspective, l’entourage d’Emmanuel Macron affirme qu’il faut « réinventer » le front républicain et avance l’idée d’une « fusion technique » au second tour entre les opposants au RN, plutôt que l’hypothèse d’un retrait qui pourrait signer l’effacement du jeune parti présidentiel en mal d’existence locale.

Les macronistes parlent donc désormais d’un « rassemblement républicain » au second tour qui verrait le « parti républicain » (le RN, malgré tous ses efforts de normalisation et de « dédiabolisation » n’étant toujours pas considéré comme tel…) arrivé en tête intégrer différents candidats des autres listes « républicaines » qualifiées, démontrant ainsi au passage le caractère parfaitement interchangeable de tous les représentants des formations du système.

Cette nouvelle émétique tambouille électoraliste parviendra-t-elle une fois encore à sauver la peau usée des gérants de la décadence française et à entraver l’expression populaire de ceux qui croient, à tort ou à raison, au sursaut national grâce au parti de Marine Le Pen ? Réponse dans quelques jours désormais…

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 11 juin 2021

Régionales : J – 25 – Des sondages prometteurs, une panique réjouissante, par Francis Bergeron

Régionales 2021

Alors que le front républicain s’organise péniblement face à un RN qui multiplie les ralliements, les Républicains font face à un dilemme : choisir l’un des deux camps ou couler avec le navire.

Ce mardi, le monde politique bruissait de la polémique politico-judiciaire opposant Gérald Darmanin à la chef de file PS pour l’Ile-de-France Audrey Pulvar. Après la manifestation des policiers, la journaliste avait tenu des propos très hostiles à cette démonstration de force, et Darmanin était monté au créneau en évoquant un dépôt de plainte contre madame Pulvar. Le quotidien Aujourd’hui en France du 25 mai, en relatant cette passe d’armes, parle d’une chance inespérée pour la tête de liste socialiste aux régionales : « Darmanin a offert sur un plateau aux socialistes l’occasion de soutenir unanimement leur candidate. » Pour Aujourd’hui en France, la polémique est bénéfique à la liste PS au point que le quotidien suggère même à madame Pulvar d’« envoyer un bouquet de fleurs à Darmanin » ! La dirigeante régionale du PS aurait acquis, grâce à cet incident, le statut de victime et réunifié le PS derrière elle. Admettons, mais la prise de position de la journaliste contre la manifestation était d’autant plus absurde que le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, et le maire de Paris, qui est PS, elle aussi, avaient soutenu cette manifestation, comme à peu près toute la classe politique, à l’exception de l’extrême gauche et d’une partie des écologistes.

A la vérité les gesticulations faussement conflictuelles de Darmanin et de Pulvar ressemblaient à un combat de nains. Créditée de 10 % des voix seulement, et ayant multiplié les bourdes, on comprend bien que la journaliste ait tenté cette radicalisation de dernière minute, espérant sans doute grappiller des voix du côté des mélenchonistes et des « cités » où la police est interdite (mais où on ne vote guère).

Quant à Darmanin, il ne visait pas réellement la tête de liste PS (il a d’ailleurs renoncé à sa plainte), il visait l’électorat de LR, voire de Bardella. La macronie lui a d’ailleurs fixé cette mission : montrer aux électeurs modérés, qui seraient tentés par un vote droitier, que l’actuelle majorité comporte aussi une aile droite.

Dans les derniers sondages, la liste PS en Ile-de-France est toujours figée à 10 %, à égalité avec les Insoumis, mais largement devancée par la liste de Valérie Pécresse, par celle de Jordan Bardella, et même par celles des macroniens et des écologistes.

Darmanin a choisi pour sa part de batailler électoralement dans les Hauts-de-France, en compagnie d’une kyrielle de ministres, dont Dupont-Moretti et Agnès Pannier-Runacher ; mais rien ne permet de penser que sa sortie anti-Pulvar en forme de clin d’œil aux électeurs de droite permette de faire décoller la liste LREM des 10 % dont elle est créditée, elle aussi. D’autant que cette liste vient de prendre du gîte depuis qu’on a appris que le chef de cabinet de Pannier-Runacher n’était autre que son conjoint ! Cette information serait restée secrète si Macron n’avait pas demandé à ses ministres de monter massivement sur le front des Hauts-de-France. Pourtant ne ressort-on pas actuellement du placard, contre le RN, de vieilles affaires de même nature ?

Une possibilité de victoire dans le Centre-Val-de-Loire

Puisque l’on parle de sondage, notons que les derniers chiffres annoncent un score de premier tour à 39 % pour Thierry Mariani, en PACA, et une victoire possible au second tour, d’autant que l’écart de voix avec son rival semble s’accroître, malgré ou grâce aux manœuvres macroniennes.

Dans le Centre-Val de Loire, dans le Grand Est, dans les Hauts-de-France, les sondages donnent des chiffres flatteurs pour le RN, et même une possibilité de victoire, au second tour, pour la liste d’Aleksandar Nikolic, ce qui n’était pas vraiment prévu.

A la vérité, dans chacune des régions, le score réel du premier tour est susceptible de rebattre les cartes. Que le résultat soit supérieur ou inférieur de quelques points seulement aux prévisions, et le scénario serait à revoir. Car ces écarts détermineront la position que prendra chaque liste, au second tour : maintien, fusion, retrait sans consignes, ou encore front républicain, comme il y a six ans. C’est pourquoi le résultat du premier tour, sorti des urnes le 20 juin, sera déterminant pour la suite.

Notons que dans plusieurs régions, des petites listes sont également en compétition, qui pourraient, marginalement, affaiblir l’une ou l’autre des grandes listes, au risque de bouleverser les ordres d’arrivée et de ce fait, peser sur le second tour. Ainsi dans la région Bretagne, treize listes seront en compétition, dont une liste du Parti breton, créditée de 5 % des voix. En Ile-de-France, onze listes ont été déposées, dont une liste du parti antispéciste, et la liste d’un candidat anti-masques et d’esprit Gilets jaunes, Lionel Brot. Dans la plupart des régions on trouvera également une liste Debout la France. Enfin les islamistes devraient pouvoir également voter pour des candidats à leur convenance, par exemple en Ile-de-France, avec l’Union des musulmans français, et en Bretagne avec une liste « tous unis contre l’islamophobie », qui n’est que le faux-nez de candidats islamistes. Huit listes de cette nature ont été déposées. Voilà qui risque de ne pas arranger les affaires des candidats de LFI, qui espéraient cartonner dans les « quartiers ».

Il n’y a aucune région où la majorité peut se sentir en zone de confort

A ce stade de la campagne, à 25 jours du premier tour, peut-on aller plus loin dans l’analyse ? Peut-on avancer des pronostics ? C’est un exercice périlleux. On peut tout au plus identifier des dynamiques.

Il y a d’abord des dynamiques autour de personnalités : Xavier Bertrand, Thierry Mariani, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, bénéficient incontestablement d’un climat porteur.

Il y a ensuite des dynamiques de groupe. La gauche n’a pas réussi à la créer, en l’absence de programme commun, en l’absence de pacte électoral, en l’absence d’une personnalité forte, capable de fédérer les velléités militantes. Un autre grand perdant devrait être la majorité. Il n’y a, à l’heure actuelle, aucune région où la majorité se sente en zone de grand confort. D’où les opérations, gérées depuis l’Elysée, pour brouiller les cartes, comme en PACA et dans les Hauts-de-France, afin de masquer une déroute annoncée.

Le ralliement de personnalités à une liste ou à un parti constitue-t-il un indice de dynamique électorale ? Si tel est le cas, alors la dynamique est incontestablement du côté du Rassemblement National.

Un journaliste à la dent spécialement dure à l’égard du RN et de Marine Le Pen, pointait cette semaine la liste des « ralliés » : Frédéric Bord, Jean-Paul Garaud, Philippe Morenvillier, Bruno North, Jean-Louis Masson, Stéphane Blanchon, Alexandra Masson, Florent de Kersauson, Cédric Delapierre, Yves Bonnet, Philippe Ballard… des ex-LR, un ex-socialiste, un journaliste de télévision connu, des syndicalistes de l’UNSA, un ancien patron du SDECE, le président du CNIP, un chef d’entreprise médiatique etc.

Ce même journaliste à la dent dure nous invite à « méditer cet adage vieux comme le monde : qui a trahi trahira encore ». N’écartons pas l’hypothèse que certains de ces ralliements aient obéi à une approche disons « opportuniste ». Mais s’il y a approche « opportuniste », c’est déjà un indice d’attraction, un indice de dynamique. Et acceptons aussi l’idée que beaucoup de ces « ralliés » –tous, peut-être – sont tout simplement des personnes qui prennent le risque (professionnel, par exemple) de révéler leurs préférences politiques, du moins cette préférence politique-là. Acceptons enfin l’idée qu’un homme politique, qu’un syndicaliste, qu’un journaliste, puisse évoluer dans ses choix, sans pour autant penser qu’il trahit, mais en estimant peut-être au contraire qu’il reste fidèle à ses convictions les plus intimes.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 26 mai 2021