De la gréviculture et de son pourrissement, par Jean-Gilles Malliarakis

Au 41e jour de la crise, une nouvelle manif à Paris, rassemblait les habitués du pavé. “Alors maintenant, il faut que ça s’embrase…“ se félicite L’Huma ce 15 janvier. De son côté l’extrême gauche parlementaire étiquetée La France insoumise souhaite s’en tenir à un combat pour le simple retrait. Les camarades de Mélenchon cherchent vainement à psychodramatiser une motion de censure. Ils ne peuvent ignorer qu’une telle démarche reste vouée à l’échec. Leur initiative a été d’ailleurs été officiellement déclinée par la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale Valérie Rabault, car le PS mise beaucoup plus sur la CFDT.

Le vieux PCF, entrant dans sa centième année, parvient à trouver une ligne d’action à la fois plus réaliste et plus dangereuse à terme. Ce sont en effet les organisations syndicales les plus sensibles à ses mots d’ordre, la CGT, Sud-Solidaires ou la FSU qui tiennent le haut du pavé. Et cela lui permet de prendre l’initiative d’une démarche unitaire.

Le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel tend à ce titre, d’ici la fin de la semaine, à regrouper, autour de la vieille maison de la place du colonel Fabien, le Parti socialiste, Europe Ecologie-Les Verts, Place publique et Génération doivent autour d’un contre-projet, considéré comme réponse commune.

Si les vampires eux-mêmes sortent des leurs cercueils à la pleine lune, comment demeurer les bras croisés.

Ainsi donc, toutes ces piqûres de rappel encouragent votre chroniqueur à reprendre après quelques jours de la latence le fil de l’actualité consternante notre pays. Non que les nouvelles de sa petite personne puissent elles-mêmes être qualifiées de mauvaises. Mais, une consternante constatation s’impose, et déplorer plus amèrement que jamais l’ankylose institutionnelle de ce pauvre pays, ne manque pas de paralyser l’écriture.

Mais voilà : tout en souhaitant, quand même, une bonne année aux amis lecteurs, le criminel revient toujours sur les lieux du crime.

Comment ne pas observer, d’abord, le silence inhabituel du grand réformateur jupitérien et les pataugeages dans la gadoue de son premier ministre, trop visiblement traité comme un fusible.

La lettre qu’il avait adressée le 10 janvier aux organisations syndicales semblait prétendre annoncer, après 35 jours de conflit, après autant de galères pour les usagers des transports, à la mi-temps du mandat présidentiel et après plusieurs milliards de pertes pour la société, l’amorce du début du commencement d’une sortie de crise.

Las, 5 jours se sont écoulés, où l’on a seulement assisté à de petits mieux dans les transports. L’érosion du mouvement au rythme de 1 % par jour, que nous évoquions le 10 janvier,[1]se confirme une semaine plus tard…

À la RATP, le taux de grévistes, sur laquelle contrairement à la SNCF la direction ne communique guère, s’établissait, ce 14 janvier, à près de 14 % des salariés et à près de 60 % des conducteurs du métro. Au premier jour du conflit, le 5 décembre, 55 % des salariés de la RATP étaient en grève, et 85 % des mêmes conducteurs. Le 17 décembre, 40 % des salariés avaient cessé le travail, mais 8 conducteurs sur 10 n’assuraient pas leur service. Le 9 janvier, ils étaient encore en grève à 70 %. Un recul très lent.

Le pouvoir a donc délibérément opté pour le pourrissement, tout en prévenant : “Nous allons aller au bout“[2].

La mesure qu’il entend établir vise l’objectif d’atteindre l’équilibre financier… en 2027..r, cette pierre d’achoppement de l’incompréhension réciproque, la notion de “régimes” sociaux considérés comme financièrement équilibrés, figurait déjà dans la réforme constitutionnelle de 1996. Le congrès avait été convoqué sous prétexte aboutir à une loi [initialement] “d’équilibre” de la sécurité sociale, ce dernier monstre englobant, depuis 1941, aussi bien l’assurance maladie que les pensions de vieillesse.

Députés et sénateurs ratifièrent cependant à Versailles en février 1996 un autre principe, prévoyant le vote annuel d’une loi seulement de “financement”. La nuance ne devrait échapper à personne. Elle reste au cœur de ce qui continue de séparer les bureaucraties syndicales des technocraties budgétaires. De 1996 à la réalisation supposée de l’objectif en 2027, il se sera écoulé 31 ans.

Telle se confirme par conséquent l’incapacité de nos dirigeants à appliquer les projets réformateurs les plus évidents, car on ne saurait financer une assurance vieillesse à crédit et pourtant les discours politiques se gargarisent de telles promesses.

En ce sens la Macronie se montre une prolongation de la Chiraquie, quand il s’agit de faire voter et d’appliquer les lois nouvelles.

À la gréviculture de la CGT, les technocrates de Bercy ne savent opposer que des stratégies de pourrissement lent, aux frais des Français. Un minimum de réalisme en commande le douloureux constat.

[1] cf. L’Insolent du 10 janvier “Robes noires et drapeaux rouges”.
[2] Sur France 2 le 12 décembre.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Réforme des retraites – Le pourrissement de la honte, par Maxime Tandonnet

En ce 9 janvier de mobilisation, le conflit social atteint son 36ème jour, tous les records historiques sont pulvérisés. Mais derrière les jours qui passent, il y a la galère depuis plus d’un mois: des commerçants ruinés, des jeunes qui ne peuvent pas se rendre au cours ou aux examens, des salariés privés de leur gagne-pain, et des centaines de milliers de gens qui s’entassent sur les quais des transports en commun se battent pour monter dans un train ou un bus, et suffoquent littéralement, à pleurer, pendant un transport interminable.

Les victimes sont de la France d’en bas, celle qui n’a pas les moyens de rouler en taxi ou avec une voiture de fonction. Les victimes sont de la France qui se lève tôt pour aller au travail. Un pouvoir politique, déconnecté du monde, enfermé dans sa bulle qui laisse délibérément et indéfiniment perdurer cette situation, jouant le pourrissement au prix de la souffrance d’une partie de ses compatriotes est profondément indigne. Les syndicats sont ce qu’ils sont. Mais ils sont élus pour la défense d’intérêts catégoriels, et non pour le bien commun de leurs compatriotes. Tandis qu’un pouvoir politique, lui, a pour première mission d’assurer la sécurité et le bien-être de la population. Nous atteignons les sommets du nihilisme narcissique: cette réforme des retraites est purement idéologique et électoraliste. Pour faire croire au « nouveau monde » et à la « transformation de la France », à « l’universalité », et au nivellement égalitaire, ils ont joué sur le mythe de la « table rase », l’idée invraisemblable de fondre 42 statuts spéciaux en un seul « régime à points ».

Mais d’ores et déjà, comme ils cèdent au fur et à mesure des menaces, il est acquis que les policiers, les gendarmes, les juges, les pilotes, les enseignants, les acteurs, les cheminots, etc. garderont un régime particulier. Le but désormais n’est pas de sauver la réforme pour le bien commun, une réforme déjà morte, mais de sauver la propagande, l’illusion de la « transformation de la France ». Nombre d’instituts de sondage et de médias radio-télé collaborent lâchement à cette manipulation en faisant semblant de ne pas la voir.

Et beaucoup d’imbéciles plus ou moins venus « de droite », environ la moitié de son électorat, suivent comme le troupeau bêlant et béat devant cette supposée manifestation de fermeté qui ne manifeste rien d’autre que la déconnexion, l’indifférence et le nihilisme narcissique, sans autre horizon que les prochaines échéances électorales. Bref, le syndrome du bunker. Nausée, écœurement et dégoût infini. De tout cœur, en pensant aux jeunes, aux femmes et aux hommes naufragés de la galère, à tous ces pauvres gens, les miens, qui galèrent depuis 36 jours, en pensant aussi aux salauds et aux crétins qui s’en foutent, je souhaite que cela se paye d’une manière ou d’une autre. Et chèrement.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Louis Aliot sur la réforme des retraites : “Même à 64 ans, certains auront des retraites au rabais !”

09/01/2020 – FRANCE (NOVOpress)
Louis Aliot était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le mercredi 8 janvier sur Sud Radio.

Plus personne ne comprend de quoi on parle, âge d’équilibre, âge pivot…” déplore Louis Aliot au micro de Patrick Roger. Le député du Rassemblement national souligne que “nombreux sont ceux qui travaillent au-delà de 65 ans pour pouvoir toucher une retraite décente”. Ce n’est donc pas sur l’âge que le parti de Marine Le Pen veut se baser, mais sur les annuités. “Si vous commencez votre carrière professionnelle à 25 ans et que vous cotisez 40 ans, vous partirez à la retraite à 65 ans. Il faut raisonner en terme d’annuités, pas d’âge” affirme Louis Aliot, qui craint que “certains arriveront à la retraite à 64 ans et ne bénéficieront pas de la totalité de leur retraite et auront des retraites au rabais“.

Si le Rassemblement national a soutenu la première journée d’action du 5 décembre “car il fallait marquer le coup”, Louis Aliot estime que “les Français en ont soupé” de la grève et dénonce une “radicalisation de la CGT” en bloquant des raffineries. “Je ne pense pas que ce soit une bonne politique” avance le député. “C’est la rentrée, les gens sont dans de grandes difficultés, beaucoup de gens ne peuvent pas se déplacer pour aller au travail” regrette-t-il. Il rappelle que “si Macron est à cette place-là avec autant de députés, c’est parce que monsieur Martinez a appelé à voter pour lui, faisant allusion à l’appel de la CGT pour faire barrage à Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle 2017.


La natalité, grande absente du débat sur la réforme des retraites, par Laurent Moreau (Les Identitaires)

Depuis plusieurs semaines la France se déchire au sujet de la réforme des retraites proposée par le gouvernement Macron. Cette réforme, qui mêle fin des régimes spéciaux et allongement de la durée de cotisation –via un « âge d’équilibre », terme technocratique qui correspond à un allongement de la durée de travail, est largement rejetée par une majorité de Français après plusieurs semaines de grève.

Si la fin des régimes spéciaux peut faire naître un sentiment d’équité chez une majorité de Français qui travaillent dans le privé, l’allongement de la durée de cotisation lui, ne passe pas auprès de l’opinion qui a bien compris que le gouvernement se servait des régimes spéciaux pour passer en force sur l’âge de départ à la retraite.

La relance de la natalité, une réponse au vieillissement de la population

Le report de l’âge de départ est présenté comme une fatalité par les politiques depuis plusieurs décennies, en cause le vieillissement de la population qui fragilise le système par répartition. Mais ce sont bien les politiques qui sont responsables de ce déséquilibre, car ces derniers n’ont jamais abordé le sujet avec une vision sur le long terme. Le vieillissement de la population n’est que le résultat d’une baisse importante de la natalité depuis un demi-siècle. Si le sujet n’est pas franco-français mais concerne bien l’Europe en général, il n’en demeure pas moins qu’ils ne peut pas et ne doit pas être considéré comme une fatalité par le pouvoir politique. Conditionnés par les idées de Mai 68, les décideurs politiques actuels ont surtout préféré « jouir sans entrave » et placer les préoccupations matérielles au dessus des questions de filiation, de famille et de natalité.

L’immigration pour payer les retraites ? Une double escroquerie

Pire, plutôt que d’un programme ambitieux pour relancer la natalité française, les politiques ont fait le choix désastreux de privilégier une immigration massive depuis des décennies, comptant sur le taux de natalité plus élevé chez les individus issus de l’immigration pour financer à moyen terme les retraites des Français. Choix désastreux car l’intégration économique de ces populations est un échec cuisant (en témoigne les taux de chômage bien supérieurs à la moyenne chez les gens issus de l’immigration), et a un effet négatif sur le système social français dans son ensemble (CMU, AME, etc..). Sans compter que cette décision peut apparaître avec le recul comme une double peine, puisque l’échec de l’intégration économique de ces populations se double d’un échec de « l’intégration identitaire », qui fait exploser aujourd’hui le modèle Français (insécurité, laïcité, islamisation, terrorisme, etc..).

Hollande plombe les familles, Orban les relance

Alors que François Hollande avait, dans une logique d’économies court-termiste, réduit le quotient familial, impactant ainsi à la hausse les impôts de plus d’un million de foyer Français, une autre voie est possible. Viktor Orban en Hongrie, a par exemple instauré une politique très avantageuse pour les familles, qui va jusqu’à l’exonération pure et simple, à vie, du paiement des impôts pour les familles qui ont quatre enfants. Les mesures qui jouent à la baisse sur le montant de l’impôt ont l’avantage d’aider la classe moyenne qui travaille et fait avancer le pays. Elles permettent aussi de tenir à l’écart les populations immigrées qui en général sont moins soumises à l’impôt, et qui profitent déjà par ailleurs largement de la générosité du système social.

La démographie, un enjeu civilisationnel

Le dynamisme démographique d’un pays est un enjeu majeur pour alimenter des perspectives sereines pour les décennies à venir. Il permet non seulement de donner une certaine stabilité au système social, mais également un dynamisme économique qui fait cruellement défaut à l’Europe aujourd’hui. Plus fondamentalement, il témoigne de la vigueur d’un peuple, d’une civilisation, de sa volonté de se projeter et de sa confiance en l’avenir. Un peuple qui fait des enfants sera prêt à relever les défis du siècle qui vient. Il est donc urgent que le politique se saisisse de ce sujet pour que la France et l’Europe ne soient pas surpassées dans tous les domaines (économiques, technologiques, culturels, militaires, etc..) à long terme.

Laurent Moreau

Texte repris du site de : Les Identitaires

Réforme des retraites et dessous électoraux – Cyril Raul (Les Identitaires)

Il est naïf de penser que la réforme des retraites vise à viabiliser le système de répartition sur le temps long. D’abord parce que toute réforme sociale sans mesures radicales sur l’immigration est une entreprise inconséquente par nature, que le projet concerne les retraites comme l’école, les prisons ou les hôpitaux. Ensuite parce que les visées de l’exécutif sont, comme souvent, d’abord électorales et court-termistes.

La mort programmée du système

Au gouvernement comme parmi les Français, peu croient encore à la viabilité du régime des retraites. Ce constat semble partagé dans tout le spectre de la population, des jeunes actifs aux personnes âgées. Fatalistes, les premiers devinent qu’ils cotisent contraints et forcés pour une assurance retraite obligatoire dont ils ne verront jamais la contrepartie à la fin de leur carrière. Craintifs, les seconds redoutent un effondrement anticipé du système, entraînant une baisse drastique de leur pension mensuelle et, plus généralement, de leur rente.

Les gagnants

Paradoxalement, c’est d’abord vers ces retraités craintifs que la réforme se tourne. Le programme d’Emmanuel Macron en 2017 prenait d’ailleurs bien soin de le préciser : pour eux, rien ne changera. Les personnes âgées ont en effet besoin que tout change pour que rien ne change pour eux. La réforme les rassure car elle prétend pérenniser le système, au moins pour un temps. Conséquence logique : les retraités sont la seule tranche de la population soutenant majoritairement la réforme.

En réformant les retraites sans toutefois toucher aux pensions des retraités dont le poids démographique menace pourtant la viabilité du système, Emmanuel Macron compte avant tout conforter son socle électoral. Un tiers des plus de 65 ans a voté Nathalie Loiseau aux européennes. Un poids considérable, les personnes âgées étant la tranche de l’électorat la plus mobilisée lors des élections. L’horizon de l’exécutif n’est pas 2025 – date à partir de laquelle la réforme des retraites commencerait progressivement à s’appliquer – mais 2022. Échéance pour laquelle Macron aura à nouveau besoin d’un soutien clair et massif des plus de 65 ans pour s’assurer la victoire.

Les perdants

Dans le même temps, Édouard Philippe a annoncé le 11 décembre dernier que les personnes nées avant 1975 ne seront pas concernées par le nouveau système. Quand l’un des principaux arguments avancés pour faire accepter une réforme repose sur son report dans le temps, c’est que la première génération concernée par son application sera lésée par rapport aux précédentes.

Et en l’espèce, ceux qui se verront appliquer la réforme seront les actifs de 30-50 ans. Or cette tranche constitue le cœur sociologique de l’électorat du Rassemblement National. La génération des actifs sur le dos de laquelle tout le système de retraite par répartition repose, mais aussi celle des parents qui s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants, la première génération à avoir grandi avec l’immigration de masse, celle des Gilets Jaunes originels, celle animée par un double sentiment de déclassement et de dépossession.

Pas de victoire sans les retraités

Si le RN parvient à séduire l’électorat des actifs, celui des retraités constitue pour lui un véritable boulet électoral : au second tour en 2017, Marine Le Pen n’avait réalisé que 22 % des voix chez les plus de 70 ans.

Photo du vote selon l’âge

Il est tentant de pester contre une génération qui semble accorder plus d’importance au maintien de ses revenus qu’au destin de son peuple. Mais si victoire électorale il doit y avoir, il ne faut pas insulter les retraités, mais les rassurer. Ne serait-ce que parce que dans nos sociétés occidentales vieillissantes, il n’y a pas de victoire électorale sans percée chez les personnes âgées. Des États-Unis à l’Italie en passant par le Royaume-Uni ou la France, il est très difficile de gagner avec un retard tel que celui du RN dans cette tranche d’âge. La victoire ne peut passer que par l’union des actifs des classes moyennes et populaires et d’une partie des personnes âgées. Les uns doivent être sur-mobilisés, tandis que les autres doivent être rassurés, au moins pour une partie d’entre eux.

Les retraités ou les immigrés

Or, sur la question des retraites, la lutte contre l’immigration et la mise en œuvre de mesures de remigration sont objectivement les meilleurs moyens de mobiliser un électorat inquiet pour sa pension. La raison est mathématique : démographiquement, les papy boomers et les immigrés sont deux populations en pleine croissance. Les actifs français ne pourront plus indéfiniment porter sur leur dos le poids toujours plus lourd de deux populations dépendant des pensions et des aides. Dans la décennie 2020 à venir, les gouvernements français devront faire des choix et nécessairement réduire les droits des uns pour continuer à financer ceux des autres. Faire infuser cette donnée dans l’électorat retraité constitue sans doute un levier – parmi bien d’autres – d’une victoire dont l’imminence apparaît chaque jour plus vitale et nécessaire.

Cyril Raul

Texte repris du site de : Les Identitaires

Réforme des retraites – Marine Le Pen : « Il n’est pas opportun de nommer quelqu’un qui a fait sa carrière dans un grand groupe ! »

Le député Laurent Pietraszewski a été nommé secrétaire d’État chargé des Retraites pour succéder à Jean-Paul Delevoye. Marine Le Pen réagit à cette nomination, alors qu’on a appris que Laurent Pietraszewski a perçu, en 2019, 72.000 euros du groupe Auchan dans lequel il était employé avant d’être élu député.

Elle revient sur les positions de Jean-Luc Mélenchon, de la CGT et des autres syndicats sur la réforme des retraites.

Pour quelle raison avez-vous critiqué, sur Twitter, la nomination du haut-commissaire aux Retraites sur ses intérêts avec le groupe Auchan ?

J’ai critiqué cette nomination tout simplement parce qu’un des débats autour de cette réforme des retraites est le bénéfice assez considérable que vont en tirer les grands groupes et les multinationales. Pour éviter toute suspicion de conflit d’intérêts, il n’est peut-être pas de bonne politique de nommer quelqu’un qui a fait la totalité de sa carrière au sein d’un grand groupe. Durant toute sa carrière, il était chez Auchan. En 2019, il percevait encore des indemnités de licenciement. Le problème du conflit d’intérêts c’est que sa suspicion est suffisante pour éviter de telles nominations. Or, on a le sentiment qu’il y a de plus en plus de représentants de grands groupes qui vont évidemment bénéficier de cette réforme des retraites.

Cette nomination fait suite à la démission très médiatisée de Jean-Paul Delevoye. Il avait été mis en cause pour treize mandats qui pouvaient entrer en contradiction avec son mandat de haut-commissaire aux Retraites. Qu’est-ce que cela évoque de nommer également quelqu’un dont le passif est problématique ?

Je pense que le gouvernement n’a personne d’autre. Ils vivent entre eux. Ils ne connaissent pas d’autres personnes que celles issues du milieu qu’ils fréquentent. C’est l’endogamie totale. Cela pose un vrai problème. La situation des retraites et les choix faits pour les retraites de demain touchent précisément à l’intérêt général. Il doit donc être tenu éloigné des intérêts particuliers, et notamment des intérêts financiers particuliers. Or, M. Marleix a eu l’occasion de le soulever à l’Assemblée nationale. On sait très bien que, par au moins deux biais, les très grands groupes vont bénéficier de cette retraite. Soit les grands groupes assurantiels et peut-être même les groupes bancaires au travers des assurances complémentaires qui vont être mises en œuvre autour de cette retraite. Les complémentaires sont supprimées. Les grands groupes qui livrent des salaires au-dessus de 10.000 euros vont faire des économies considérables du fait de la disparition des cotisations au-delà de ces 10.000 euros par mois.

Le Rassemblement national est fortement opposé à cette réforme. Jean-Luc Mélenchon avait déclaré, il y a quelques semaines, que Marine Le Pen faisait un pas vers l’humanisme et que ses adhérents étaient les bienvenus dans ses manifestations. Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas de leçon d’humanisme à recevoir de M. Mélenchon. Je pense que M. Mélenchon a pris conscience que le comportement de M. Martinez démontrait que son objectif n’était pas la défense des salariés mais de la gamelle. Il n’a pas voulu tomber dans le piège. Je pense que des dizaines de millions de Français vont être impactés par cette réforme des retraites. Par conséquent, je me réjouis à chaque fois que quelqu’un prend conscience lucidement des conséquences que va avoir cette réforme des retraites.
Je crois qu’il n’y a pas plus à en tirer. Je sais bien que certains journalistes s’excitent autour de je ne sais quel rapprochement. Nous pouvons être d’accord sur un certain nombre de sujets avec Jean-Luc Mélenchon. Il y en a un, au moins, qui nous divise profondément et durablement, c’est celui non seulement de l’immigration, mais aussi des relations qu’il est nécessaire de ne pas avoir, en ce qui me concerne, et d’avoir, en ce qui le concerne, avec l’islamisme radical.

La critique que vous formulez à M. Martinez, la formulez-vous sur l’ensemble des syndicats ou seulement sur la CGT ?

J’ai des propos assez rudes à l’égard des dirigeants des centrales syndicales pour une raison simple. Je les ai vus défendre l’Union européenne et cet accord de libre-échange. Je les ai vus défendre l’immigration de masse qui pèse à la baisse sur les salaires. Je les ai vus défendre la concurrence internationale déloyale. Je les pense assez éloignés des intérêts des salariés. C’est peut-être la raison pour laquelle ils ont de moins en moins d’adhérents et qu’une grande partie de leurs adhérents votent pour le Rassemblement national.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Marine Le Pen : “Tout est à jeter” dans la réforme des retraites

18/12/2019 – FRANCE (NOVOpress)
Marine Le Pen, députée du Nord et présidente du Rassemblement national, était l’invitée des “4 Vérités” de France 2, mercredi 18 décembre.

Les intersyndicales ont appelé à poursuivre le mouvement jusqu’aux fêtes tant que le gouvernement ne retirera pas son projet de réforme. La députée du Nord appelle notamment à une trêve pendant Noël, mais elle estime qu'”Il n’y a que des perdants et tout est à jeter dans cette réforme“. “Je ne suis pas du côté de la CGT, je suis du côté des Français“, ajoute-t-elle. “Il faut que le gouvernement retire cette réforme, alors il n’y aura plus aucun blocage“, assure Marine Le Pen. Le Premier ministre doit rencontrer les syndicats mercredi.

Marine Le Pen a également déclaré :

Le gouvernement a une chose très simple à faire : il retire son projet et organise un référendum.


Jacques Sapir – Grèves : «La colère va bien au-delà des retraites»

12/12/2019 – FRANCE (NOVOpress)
Réforme phare voulue par Emmanuel Macron, le passage à un système de retraite par points et la suppression des régimes spéciaux sont loin de faire l’unanimité.
Mais au-delà de ces mesures, c’est toute la politique économique et sociale de l’exécutif qui semble contestée. Un an après le début du mouvement des Gilets jaunes, la grève du 5 décembre lancerait-elle l’« acte 2 » de la mobilisation sociale ?

Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Henri Sterdyniak, cofondateur des Économistes atterrés et chercheur à l’OFCE, Nicolas da Silva, maître de conférences en économie à Paris 13, spécialiste de la santé et de la protection sociale, et Stéphane Sirot, historien du syndicalisme et des mouvements sociaux, professeur à l’université de Cergy-Pontoise.


La défiance, obstacle à la réforme des retraites, par Ivan Rioufol

Croire en Emmanuel Macron ? La crise de confiance s’est installée entre le président et la société civile dont il se réclamait. Pour n’avoir rien compris à la révolte initiale des Gilets jaunes, récupérés depuis par une extrême gauche crépusculaire, le chef de l’Etat s’est isolé de nombreux citoyens en quête de sincérité politique. Son culte du héros, qui se traduira ce lundi aux Invalides par un hommage national aux treize soldats morts accidentellement au Mali, exalte un courage qui a quitté les rangs de la politique intérieure. Cette théâtrocratie cache l’esprit capitulard qui se dissimule souvent au cœur du pouvoir. Affligeante de conformisme a été, par exemple, la réflexion de Jean-Paul Delevoye, vendredi. Le haut-commissaire aux Retraites a plaidé pour l’arrivée en Europe, d’ici 2050, de “cinquante millions de populations étrangères pour équilibrer la population active” et donc payer nos retraites.

Un tel raisonnement, faisant fi du coût social et culturel d’une immigration qui tire les salaires vers le bas, fait partie des idées simplistes que l’on croyait devenues risibles. C’est ce même Delevoye qui a dit aussi : “On est à un moment très malsain de notre démocratie où on cherche à jeter en bouc émissaire : hier c’était le juif, aujourd’hui c’est le musulman, après-demain se sera encore un autre“. Cet amalgame indécent, qui est celui des islamistes geignards, fait comprendre l‘aveuglement des élites face aux menaces. La préfecture du Rhône, elle, a envoyé une lettre à l’université Lyon-II l’invitant à “mieux faire connaître l’islam dans la société” (Le Figaro de ce jour)….

Dans ce contexte de défiance, d’idées toute faites et de pusillanimité, la nécessaire réforme des retraites est mal partie. D’autant que le chef de l’Etat a contribué à obscurcir les enjeux en ayant envisagé un temps, avec la “clause du grand père“, un report de la réforme aux futures générations. Si l’on suit Boileau (“Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément“), les retraites, conçues notamment par Delevoye et sa pensée automatique, sont tombées dans le grand flou qui annonce l’improvisation du marchandage. D’autant que le Conseil d’orientation des retraites (COR) a alerté récemment sur l’urgence de résorber, avant toute réforme systémique, le déficit du système évalué entre 8 et 17 milliards d’euros en 2025. Les grèves du 5 décembre sont annoncées comme la résurrection des organisations syndicales et des convergences de luttes.

On verra bien. Cependant, il est permis d’en douter. Le 5 décembre mettra surtout en scène des corporations (RATP, SNCF) bien décidées à défendre leurs privilèges, supportés en partie par les contribuables. Des syndicats désertés de leurs syndiqués vont se confronter à un gouvernement en mal de soutien populaire, autour d’un projet “universel” destiné à une société fragmentée. Ces contradictions pourraient vite devenir insurmontables. Le risque : que le gouvernement batte…en retraite.

Ivan Rioufol

Texte daté du 2 décembre 2019 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Delevoye, chantre du Grand Remplacement, par Franck Deletraz

Certains pourraient peut-être interpréter les propos profondément scandaleux tenus vendredi dernier par Jean-Paul Delevoye devant des « jeunes » de Créteil comme une stupide maladresse. Mais il n’en est rien. Affirmant tranquillement qu’il faudra « 50 millions de population étrangère pour équilibrer la population active en Europe en 2050 », le haut-commissaire à la réforme des retraites a, au fond, dit tout haut ce que ceux qui nous gouvernent et organisent notre grand remplacement depuis des années pensent tout bas.

Ainsi, a expliqué très sérieusement celui qui cumule actuellement son salaire mensuel de 10 135 euros brut avec ses pensions de retraite du régime général, « la démographie européenne et son vieillissement fait que, si on veut garder le même nombre d’actifs dans la machine économique, il va falloir 50 millions de population […] étrangère pour équilibrer la population active en 2050 en Europe ».

Regrettant au passage que « plus un politique [ne soit] capable de parler d’immigration parce que tout le monde s’hystérise », Delevoye est même allé jusqu’à déclarer qu’« on est dans un moment très malsain de notre démocratie où on cherche à jeter en bouc émissaire : hier c’était le juif, aujourd’hui c’est le musulman, après-demain ça sera encore un autre » ! Des propos lamentables qui ont tout de même fait réagir ses anciens camarades de la droite molle. Comme Bruno Retailleau, qui a jugé ces déclarations « indignes d’un membre du gouvernement ». Ou Eric Ciotti, qui a estimé qu’« entre la défense de l’équilibre des retraites par l’immigration massive et le parallèle douteux et inacceptable entre le juif d’hier et le musulman d’aujourd’hui, Jean-Paul Delevoye jette le trouble sur une réforme des retraites déjà bien mal embarquée ». Mais aussi, bien sûr, par le RN, dont la présidente a rappelé que le gouvernement a sa « feuille de route immigrationniste » dont il ne changera pas…

Une « planche pourrie » de la classe politique

Cependant, si ces déclarations de Delevoye sont effectivement scandaleuses, on notera que le haut-commissaire à la réforme des retraites n’en est pas à son coup d’essai et est même ce que l’on pourrait appeler une « planche pourrie » de notre classe politique. C’est sous sa présidence, en 2013, rappelons-le, que le Conseil économique, social et environnemental a considéré comme étant « irrecevable sur le fond » la pétition organisée par la Manif pour tous rassemblant plus de 700 000 personnes opposées au « mariage » gay. Une présidence d’ailleurs vivement critiquée par un cabinet d’expertise dans un rapport de 2014, enterré à la demande de Delevoye lui-même, dont les auteurs dénonçaient la « confusion des missions et des moyens » au sein du CESE et affichaient surtout leur suspicion de « conflit d’intérêts ».

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 2 décembre 2019

Le gouvernement se mobilise à l’approche d’une grève interprofessionnelle soutenue massivement par les Français

29/11/2019 – FRANCE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) :
À l’origine de celle-ci se trouve la future réforme des retraites, visant notamment à unir sous un même système universel de retraite les 42 différents régimes existants. Cette loi, qui sera présentée au parlement début 2020, a fait surgir de nombreuses protestations. Tout d’abord les corps de métier disposant d’un régime autonome efficace et même parfois bénéficiaire reprochent en substance à l’État de vouloir s’approprier leurs réserves pour compenser son propre système déficitaire. Au delà des catégories spécifiques de travailleurs le nouveau système dans son ensemble est vertement critiqué, surtout pour les nombreuses zones d’ombre qui l’entourent.

Alors qu’une mobilisation sociale considérable s’annonce le 5 décembre prochain, depuis plusieurs semaines le gouvernement a engagé une communication visant à réduire l’ampleur de ce mouvement.

Emmanuel Macron est monté au front plus tôt, afin de défendre cette réforme faisant partie de ses promesses de campagne. Il a tenté de qualifier cette grogne de corporatiste et limitée à quelques catégories de privilégiés et de conservateurs.
Malgré tout les rangs des futurs manifestants ne font que grossir. Les syndicats de la SNCF ont été rejoints par leurs homologues des transports aériens et de la RATP, mais aussi les avocats et les enseignants. Par ailleurs le secteur privé serait également impacté, les principaux syndicats ayant soutenu la mobilisation.

Qui plus est l’opinion publique, initialement opposée à cette grève, a évolué, puisqu’à présent selon un sondage publié hier deux tiers des Français jugent cette grève justifiée.

Le gouvernement est pourtant monté à nouveau au créneau par la personne d’Edouard Philippe pour endiguer la mobilisation. Celui-ci a ainsi annoncé mercredi que cette réforme pourrait être restreinte afin de ne pas impacter les plus vieilles générations de travailleurs, mais uniquement celles étant à plus de 10 ou 15 ans de leur retraite. Cette proposition dans la ligne droite de la stratégie gouvernementale habituelle du compromis restant non formelle, il est peu probable qu’elle mette un frein à la mobilisation de la semaine prochaine. Attendons nous donc à voir une nouvelle fois les Français protester contre une des mesures à venir du gouvernement.