Marine Le Pen : « Première victoire des députés du RN ! Le pass sanitaire ne concernera plus les mineurs. Nous ne lâchons rien pour vous défendre »

Jean-Daniel Lévy: « Le RN incarne aujourd’hui, comme d’autres formations, une alternative dépassant le cœur de son socle électoral»

Petit-fils d’immigrés italiens, fils d’ouvrier : portrait du cadet du groupe RN à l’Assemblée

Bryan Masson

Il n’est pas le plus jeune député de l’Assemblée nationale en 2022. Il ne marquera donc pas l’Histoire sur ce point, devancé par le député de Polynésie française Tematai Le Gayic (21 ans, pour le parti Tavini huiraatira) et Louis Boyard (21 ans, LFI). Bryan Masson reste néanmoins le plus jeune député du Rassemblement national de cette législature. Du haut de ses 25 ans, il en est fier : « Je serai le porte-parole de la jeunesse. »

Lorsque le doyen de l’Assemblée nationale José Gonzalez (RN) clame son amour de l’Algérie française à la tribune, provoquant l’ire de la NUPES, on pourrait penser que le RN a perdu la jeunesse. Mais Bryan Masson prouve le contraire. Ce jeune élu des Alpes-Maritimes a rejoint le Rassemblement national dès l’âge de 14 ans, juste au moment où la fille de Jean-Marie Le Pen prenait les rênes du parti. Pourquoi avoir adhéré si jeune ? « J’étais séduit par sa personne, son discours », nous explique cet admirateur de la première heure de Marine Le Pen.

Rien ne destinait Bryan Masson à une vie politique. Ses grands-parents étaient italiens, il est fils d’ouvrier : « Chez nous, on travaille avec nos mains », s’amuse-t-il à préciser, « cela montre qu’il y a des gens du peuple au Rassemblement national ». Les conditions difficiles de certains Français sont la préoccupation de ce jeune député qui souhaite avant tout protéger ce peuple des Alpes-Maritimes, département auquel il est très attaché. Lorsque, sur France Bleu, on lui demande s’il vise une carrière nationale, Masson répond avec calme et sérieux : « Ma priorité, ça a toujours été le local, l’intérêt du territoire. » Il aime sa région, ce qui l’amène à aimer la France.

C’est en amoureux de cette culture que Bryan Masson se lance dans les études. Il est l’un des seuls, dans sa famille, à avoir fait des études littéraires. D’abord en école préparatoire, puis à la faculté pour passer une licence d’histoire-science politique. Sans cesser de s’engager en politique.

À l’âge où beaucoup finissent leurs études, son expérience militante est déjà longue. Voilà onze ans qu’il côtoie les coulisses du Front national. De longues années durant lesquelles il s’investit au sein du FNJ de son département, s’implantant localement et durablement. Bryan Masson dirige l’opposition à la mairie de Saint Laurent-du-Var depuis les municipales de 2020. Cette même année, le maire de Fréjus, David Rachline, l’appelle à son cabinet. Par deux fois, le nom de Bryan Masson apparaît sur les listes électorales de Marion Maréchal Le Pen en 2015 et de Thierry Mariani en 2021 pour gouverner la région. Après deux échecs, l’actuel cadet du RN à l’Assemblée remporte un siège au Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2021.

Il aurait pu s’arrêter là. Mais cette année, Bryan Masson se lance dans la campagne des législatives pour dépasser Jean-Bernard Mion, le candidat d’Ensemble, avec 51,35 % des voix au deuxième tour. Un véritable coup de tonnerre pour Bryan Masson qui gravit les marches de l’Assemblée nationale en juin 2022 en tant que représentant de la sixième circonscription des Alpes-Maritimes.

Ce vendredi matin, il est déjà sur pied pour rendre visite au marché de l’Hippodrome, à Cagnes-sur-Mer. Il veut être proche du peuple, à son écoute. « Les Français en ont besoin », dit-il. L’abstention a été forte, cette année encore, et la jeunesse, notamment, se déplace peu pour voter. Bryan Masson veut montrer à ses congénères que l’on peut faire porter sa voix. « On peut être jeune, avoir 25 ans et parler de tous les sujets. » Il invite les jeunes à renouer avec la politique, connaît bien sa région et les combats à mener. La première proposition de loi qu’il souhaite lancer à l’Assemblée aura pour thème la préférence nationale. Car Bryan Masson le constate avec désarroi : « On a d’un côté des migrants qui sont très aidés et de l’autre des Français juste bons à payer leurs impôts, c’est insupportable ! »

L’ancien élève Bryan Masson accorde beaucoup d’importance à l’école mais juge le système scolaire catastrophique, intellectuellement et matériellement. Or, « tout part de l’éducation », rappelle-t-il.

Le nouveau député RN ne souhaite pas s’arrêter là. Pour lui, le parti à la flamme ne peut plus rester simplement dans l’opposition. Il l’affirme avec force : « Le Front national a incarné une opposition constante à chaque gouvernement et à chaque politique, explique-t-il. Aujourd’hui, nous sommes le Rassemblement national. On veut gouverner et on se donne les moyens de gouverner. » Un député plein d’ambitions… pour la France.

Aymeric Rabany

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Même les lieux profanes ne sont plus sacrés… Qui avilit l’Assemblée nationale?, par Philippe Bilger

assemblée nationale

Temple de la démocratie, notre institution parlementaire se voit aujourd’hui discréditée. Les députés Nupes, de par les tenues qu’ils arborent et les gestes de défiance qu’ils lancent, incarnent ce délitement…

Pour les lieux sacrés, il y a longtemps que j’ai perdu toute espérance. Les synagogues, les églises, les cimetières juifs, musulmans et chrétiens ne sont plus à l’abri de rien. Vols, dégradations, saccages et profanations se multiplient à l’envi au point que des caméras vidéo sont installées pour surveiller et protéger certains édifices religieux. Il s’agit, pour moi, de la marque d’une fin de civilisation, d’une société déréglée.

Le RN met l’Assemblée nationale à l’honneur

Puisque cette cause est perdue, on aurait pu au moins s’attendre à la sanctuarisation des hauts lieux de notre démocratie, d’abord l’Assemblée nationale. J’admets, en considérant ce qui vient de s’y dérouler ces derniers jours, que ma naïveté est sans borne. En imaginant que la vulgarité, la grossièreté, le sectarisme et le manque de savoir-vivre auraient forcément des limites et qu’ils ne gangrèneraient pas le Palais Bourbon, je me suis tristement trompé.

Par quelle perversion en est-on venu à souhaiter que l’Assemblée nationale ressemble à l’école d’aujourd’hui ? Qu’elle ne soit plus protégée des influences délétères extérieures mais qu’elle accueille au contraire en son sein le pire des conflits politiques et sociaux ? leur expression outrancière et vindicative, la haine comme argument et le refus de la politesse comme engagement ?

Convient-il vraiment de se moquer des députés du RN qui, inspirés par Marine Le Pen, tiennent à présenter d’eux-mêmes une apparence qui non seulement leur fasse honneur mais surtout à la République dont ils seront durant quelques années les représentants, aussi légitimes que ceux des groupes antagonistes ? Faut-il traiter avec condescendance cette volonté d’avoir une tenue qui, dans la forme, ne conduirait pas à la banalisation de l’Assemblée nationale mais, au fil des jours, si elle était généralisée, changerait peu à peu l’opinion du pays sur cet aréopage de 577 personnalités observées, scrutées, admirées ou vouées aux gémonies, c’est selon?

L’antirépublicanisme banalisé

Était-il nécessaire que Danièle Obono et Louis Boyard, ne prenant pas conscience du caractère emblématique de cet univers et des devoirs qui auraient dû en résulter pour eux, au nom d’un sectarisme maintenu avec arrogance et contentement de soi, ne serrassent pas la main de Julien Odoul ou de Philippe Ballard ? avec des justifications absolument pas convaincantes de la part du second malappris que son jeune âge n’excuse pas ? Quant à la première, elle ne saurait invoquer, pour se justifier, d’avoir été la victime d’attaques injustes et scandaleuses alors qu’elle-même n’était pas non plus dans la douceur et la mesure.

Le combat politique, même le plus rude, n’exclut pas cette urbanité minimale qui n’est pas hypocrisie mais perception d’une solidarité basique à partir de retrouvailles dans un monde qui, n’éradiquant pas les conflits et les antagonismes, leur donne un tour que la délibération collective devrait au moins pacifier dans l’expression. L’autre, pour être un adversaire politique, n’est pas forcément un humain à mépriser.

Cette dégradation de l’Assemblée nationale, paradoxalement, va noyer les authentiques contradictions sur le fond, les problématiques et les solutions profondément antagonistes, dans une sorte de fureur superficielle plaçant au premier plan les disputes spectaculaires de façade au détriment de ce qu’une courtoisie républicaine apporterait à des échanges vigoureux et extrêmes sur le destin de la France, sa survie, sa sécurité et son rôle international.

Je ne serai jamais de ceux qui prendront acte d’une faillite en l’estimant inéluctable. Si on continue cette offensive contre l’esprit de l’Assemblée nationale, avec une nouvelle présidente dont on peut craindre qu’elle soit mal armée face à la configuration agitée qui s’annonce, on aggravera la défiance, voire la dérision politiques, le discrédit démocratique et le sentiment que rien ne sert à rien et que tout est fichu. Alors que cette esquisse de proportionnelle pouvait laisser espérer que les orages de la France trouveraient leur exutoire à l’Assemblée nationale, faudra-t-il craindre à rebours que cette dernière soit au contraire dévastée par les orages du pays ?

Que même les hauts lieux profanes ne soient plus sacrés est un mauvais sort pour notre nation.

Tribune reprise de Causeur

L’heureuse irruption politique des parias, par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

Pari perdu : Emmanuel Macron a produit, dans sa pratique de la défausse et du « en même temps », une apparente coquecigrue politique au cœur de l’Assemblée ; un assemblage hétéroclite de formations et de partis qui vont obliger les élites à quitter leur nombrilisme. Réélu le 24 avril après avoir agité la peur du populisme, le chef de l’État se retrouve nez à nez, à l’issue du second tour des législatives, avec les parias qu’il avait chassés. Son quinquennat, qu’il espérait poursuivre dans une hyperprésidence et un parti quasi monopolistique, est stoppé net par le réveil des somnambules.

Ce n’est pas la Nupes de Jean-Luc Mélenchon qui crée la surprise, même si l’addition des carpes et des lapins (qui déjà s’éparpillent) peut revendiquer 131 députés. Le vainqueur est le parti de Marine Le Pen. C’est lui que les électeurs ont choisi de promouvoir à l’Assemblée. Avec 89 députés, le RN est le premier parti d’opposition.

La Révolution des œillères, ainsi nommée par votre serviteur pour désigner la pression des réalités sur les idéologues et leurs toutous, est une force qui s’accélère. Elle est appelée à bousculer les citadelles construites sur le déni. Leur monde du trompe-l’œil, décrit ici la semaine dernière, est voué à disparaître sous la pression des faits, que le révisionnisme officiel cherche à effacer.

Quand, dans Le Point, l’ancien ambassadeur de France à Washington Gérard Araud déplore qu’« on affole à coups d’incidents montés en épingle », parlant des razzias des voyous de Seine-Saint-Denis contre des supporteurs anglais ou espagnols autour du Stade de France, le diplomate illustre l’aveuglement d’une classe hautaine. Le gouvernement a cherché à dissimuler les comportements des racailles en accusant des Britanniques agressés : ce mensonge d’État a contribué à attiser l’exaspération.

Ce sont des électeurs en colère (« la France rance », selon Bernard-Henri Lévy, jeudi sur CNews) qui, sans attendre des mots d’ordre ou des arrangements d’appareils, ont bousculé l’entre-soi du Système.

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[Interview] Edwige Diaz, députée RN : « Le Rassemblement National qui n’a plus la moindre influence sur les décisions, c’est fini »

Edwige Diaz

Les nouveaux députés élus à l’Assemblée nationale suite aux élections législatives de juin 2022 ont fait leur pré rentrée cette semaine, à la découverte de l’Institution, de son fonctionnement, de ses lieux chargés d’histoire. Place désormais au travail. Parmi les nouveaux députés, qui vont faire leurs premiers pas dans l’hémicycle, une étoile montante du RN depuis quelques années, Edwige Diaz, en provenance d’Aquitaine.

Breizh-info a voulu recueillir ses impressions après les élections mais aussi les ambitions et les sujets sur lesquels l’important groupe RN (89 députés) va mener la charge dans les prochains mois.

Breizh-info.com : Tout d’abord, à titre individuel, quelle est votre réaction après vos élections en tant que député ? Il s’agit d’une ascension fulgurante pour vous non ?

Edwige Diaz :
Je remercie sincèrement les plus de 25 000 électeurs qui m’ont accordé leur confiance. Je ne les décevrai pas. C’est un résultat historique. Jamais ma circonscription n’avait eu de Député Rassemblement National dans cette terre très ancrée à gauche.

C’est le fruit d’un immense travail d’implantation sur le territoire. Je suis en campagne depuis 5 ans dans le Blayais et le Coutradais. J’ai participé à toutes les élections locales. J’ai multiplié les listes aux municipales dans la circonscription. Je n’ai pas raté une seule fête champêtre, une seule manifestation, un seul marché ou vide-grenier, ni la moindre commémoration. Au-delà de nos thèmes qui reçoivent un fort écho dans la population, j’ai bénéficié d’une prime à la proximité. Ici, tout le monde me connait et connait mon attachement à notre territoire.

Marine Le Pen l’avait très bien compris lorsqu’elle nous a demandé, dès son élection à la présidence du Front National à l’époque, la clé du succès, c’est l’implantation territoriale ! Nous en récoltons les fruits aujourd’hui.

Breizh-info.com : Collectivement, le RN porte 89 députés à l’Assemblée nationale, contre toute attente. Quels sont vos premiers commentaires ?

Edwige Diaz : C’est un résultat historique qu’aucun observateur n’avait vu venir, mais ne suis pas aussi surprise que vous. Durant la campagne, nous sentions qu’il se passait quelque chose. Contrairement à de précédentes élections législatives, notre électorat est resté extrêmement mobilisé suite à nos scores très encourageants à la présidentielle.

Nos électeurs avaient compris l’enjeu de ce troisième tour de la présidentielle : faire barrage à Macron et l’empêcher d’avoir les pleins pouvoirs pendant 5 ans.

Pendant que les médias en faisait des caisses sur Jean-Luc Mélenchon et ses promesses délirantes, nous, nous étions sur le terrain au contact des Français pour leur dire de ne rien lâcher. Le résultat est sans appel : les Français nous ont proclamé première opposition à la présidentielle, ils ont confirmé leur vote aux législatives en faisant de nous le premier groupe parlementaire d’opposition.

C’est peut-être ce qui nous manquait jusqu’ici. En 10 ans, nous sommes passés de parti de contestation à parti d’opposition mais avant de devenir un parti de Gouvernement, il nous fallait d’abord devenir un parti institutionnalisé. C’est désormais le cas. Ce mandat va nous permettre de préparer 2027 en faisant émerger une nouvelle élite patriote dans les rangs de l’Assemblée Nationale. Dans 5 ans, nous nous présenterons aux Français avec des cadres expérimentés, rompus à la vie parlementaire et clairement identifiés par les Français. Cela pèsera dans les prochains votes. La prochaine campagne présidentielle commence aujourd’hui.

Breizh-info.com : Ce nombre, inédit, à l’Assemblée, vous oblige aussi, d’une certaine façon, à des résultats, car pour le coup, le RN n’aura jamais eu autant de pouvoir. Quelles sont les grandes thématiques sur lesquelles vous allez vous battre dans l’hémicycle ? Une pa ortie de la droite nationale a reproché au RN sa mollesse sur la question de l’immigration, qu’en sera-t-il ?

Edwige Diaz : Le Rassemblement National qui n’a plus la moindre influence sur les décisions, c’est fini ! Avec le premier groupe d’opposition, nous sommes désormais incontournables dan l’hémicycle. Les macronistes sont extrêmement affaiblis et n’auront pas d’autres choix que de nous faire des concessions. Contrairement à l’extrême-gauche qui est là pour mettre le bazar et transformer l’Assemblée en ZAD, nous serons fermes mais constructifs. Nous sommes là pour incarner l’opposition, pas pour faire de l’obstruction permanente. Quand un texte ira dans le bon sens, nous le voterons.

Mais accepter des compromis ne veut pas dire se compromettre. Nous resterons fidèles à ce pour quoi nos électeurs nous ont fait confiance.

Nous ne lâcherons rien face aux deux principaux blocs que nous affronterons, composés de ceux qui veulent détruire la France pour l’un, et de ceux qui veulent la détruire encore plus vite pour l’autre.

Nous nous battrons pour rendre aux Français leur pays, leur argent et leur parole.

Pendant les 5 prochaines années, nous serons en première ligne pour combattre le saccage social, la hausse du coût de la vie et la retraite à 65 ans, pour empêcher la saignée fiscale, pour lutter contre l’effondrement de l’Etat dans l’école, dans la sécurité, dans la justice et dans la santé. Nous ne céderons également pas un seul pouce face aux provocations de l’extrême-gauche Burkini. Cette extrême-gauche immigrationniste, communautariste, anti-laïcité, anti-flic, anti-nucléaire, bref anti tout et surtout anti Française.

Face aux Députés de la République McKinsey et aux Députés de la République Traoré, nous serons des Députés de la République française. Nous serons les porte-paroles de cette France qui a tant souffert, tant été oubliée et tant été méprisée pendant ces 5 dernières années.

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Plus de députés employés, ouvriers et agriculteurs au RN qu’à la NUPES !

RN assemblée nationale

L’Assemblée nationale est-elle représentative de la société française ? Franceinfo a publié une étude dévoilant la composition de l’Hémicycle. Sans surprise, les catégories socioprofessionnelles supérieures (cadres) dominent les bancs de velours rouge, avec 61 % des députés élus. Pourtant, les cadres et professions intellectuelles supérieures ne sont que 9,5 %, dans la population française. Mais l’Assemblée nationale doit-elle réellement être un copier-coller de sociologie française ? Certains pensent que oui. C’est, d’ailleurs, une critique récurrente, ces dernières années : « Combien y a-t-il d’ouvriers à l’Assemblée nationale ? » s’interrogent les médias. Observe-t-on un changement depuis l’arrivée des nouveaux élus ?

Indéniablement, oui ! Depuis dimanche 19 juin, les médias se sont ainsi intéressés à la nouvelle députée NUPES, Rachel Kéké, anciennement femme de ménage. Le Parisien, Europe 1 ou BFM TV ont largement salué sa victoire. Un traitement médiatique bien différent de celui réservé à Lisette Pollet, élue RN de la Drôme, pourtant elle aussi femme de ménage.

Or, c’est pourtant au sein du groupe Rassemblement national qu’on trouve le plus de « diversité » sociale. Les professions intermédiaires représentent 10 % des députés RN, contre seulement 6 % parmi les élus NUPES, et 5 % dans l’ensemble des formations politiques. Dans le pays, les ouvriers, employés et professions intermédiaires représentent 42 % de la population française. La NUPES, qui allie l’extrême gauche et la gauche, compte 63 % de cadres parmi ses députés, contre… 49 % pour le RN. Parmi les deux groupes parlementaires, les employés sont plus nombreux, en pourcentage, au RN (11 %) qu’à la NUPES (7 %), comme les agriculteurs (2 %, contre 0 % à la NUPES !) et même comme les ouvriers (3 % au RN, contre 2 % à la NUPES) ! Qui représente donc vraiment le peuple ?

Le cas de Lisette Pollet n’est ainsi pas isolé au sein du groupe Rassemblement national. Romain Baubry a 33 ans et un CV bien rempli. Il a été successivement gendarme pendant deux ans, gardien de prison pendant cinq ans et policier. Avec son élection dans la 15e circonscription des Bouches-du-Rhône, le jeune homme va quitter son uniforme bleu pour un costume cravate. On peut également trouver, au sein du groupe RN, un chauffeur-livreur de 29 ans, un accordeur de piano – José Beaurain -, accessoirement vice-champion de France de bodybuilding, une auxiliaire de vie dans l’Eure (Christine Loir) ou encore un matelot de 23 ans.

Ces exemples illustrent parfaitement le déplacement de l’électorat populaire vers le Front puis le Rassemblement national. Cela fait bien longtemps que la gauche n’arrive plus à capter le vote rural et ouvrier. Le député LFI François Ruffin reconnaît d’ailleurs lui-même le phénomène et mettait en garde récemment, dans les colonnes du Monde : « On ne doit pas devenir la gauche des métropoles contre la droite et l’extrême droite des bourgs et des champs. » Trop tard !

Kevin Tanguy

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Alain Finkielkraut : le vote des électeurs pour le RN s’est fait pour «une raison très estimable», ils font valoir leur «droit à la continuité historique»

Quand le RN s’éveillera… le système tremblera, par François Bousquet

Marine Le Pen

Le RN est un habitué des podiums, mais rarement de la première marche. Il ne l’a certes pas atteinte aux législatives, mais un déclic s’est produit, qui sait même : un séisme !

Vous rappelez-vous le livre d’Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera… ? Je ne sais pourquoi, il me fait penser au parti de Marine Le Pen : Quand le RN s’éveillera, le système tremblera. Le RN est un géant endormi qui a découvert dimanche soir sa force électorale avec incrédulité, presque timidement, en se pinçant pour y croire. Jusque-là le parti de Marine ne la connaissait qu’à moitié, cette force, et pour cause : il ne s’en est jamais vraiment servi. Elle est là pourtant, dormante, solide, comme une chaîne de volcans qui sommeillent et ne demandent qu’à se réveiller. Or, ils se sont réveillés ce dimanche et la terre a tremblé jusqu’au Palais-Bourbon. C’est la tectonique des plaques électorales qui s’en trouve modifiée. Avec plus de 13 millions de voix à la présidentielle, Marine avait déjà atteint une masse critique suffisante, celle-là même qui rend possible les réactions en chaîne. « Too big to fail », comme on dit des géants de la finance et de l’économie. Oui, le RN est devenu too big to fail. Trop grand pour tomber. Ce qui signe, qu’on le veuille ou non, l’avis de décès du zemmourisme politique (mais pas métapolitique). Cependant, même à 13 millions, le RN restait une minorité de blocage, 41 % : impossible de faire quoi que ce soit sans son aval, mais impossible de conquérir une majorité politique, d’où les dissidences Mégret et Zemmour. Or, cette minorité de blocage n’en est virtuellement plus une. Ou plutôt : le blocage est levé. Il était d’abord dans la tête de Marine, n’en déplaise à ses partisans les plus sourcilleux.

Le plafond de verre dans la tête

Le RN a beau s’en défendre : jusqu’à présent il n’a jamais cru possible d’accéder au pouvoir. L’économie psychique du RN se résumait à un comportement d’échec aussi rodé, si j’ose dire, qu’une bonne vieille copine qui foire pour la cinquième fois son permis de conduire parce qu’elle est terrorisée à l’idée d’affronter l’examinateur. On en connaît tous une. Des preuves ? Rembobinons le magnéto. 2017, le matin même du débat de l’entre-deux-tours, la migraine ophtalmique de Marine, suivie d’une quasi-cécité, en guise d’acte manqué ; « l’éclatante victoire » au soir du deuxième tour, il y a deux mois, en guise d’aveu et de lapsus révélateur. À croire que le désir inconscient du RN, c’était de jouer à jamais les seconds rôles au second tour, comme une sorte d’US Quevilly football qui s’inviterait tous les cinq ans en finale de la Coupe de France. Il ne s’agit pas de gagner le match de la présidentielle. Être en finale suffit à son bonheur. Comment du reste, je vous le demande, l’US Quevilly pourrait-elle battre des clubs-États comme le PSG ? Or, le RN est en train de comprendre qu’il n’est pas l’US Quevilly de la politique, mais l’équivalent de 10, de 20, de 100 circonscriptions qui abriteraient chacune d’entre elles une section de l’US Quevilly. Car c’est cela, la sociologie du RN. Ainsi le syndrome Poulidor qui hypothéquait le RN est-il en passe d’être levé.

C’est la même chose avec le plafond de verre. Il étreignait comme un obstacle têtu, paralysant, la tête de la dirigeante du RN, elle qui s’est longtemps sentie dans la peau d’une héritière illégitime vouée à faire de la figuration dans toutes les élections intermédiaires : celle qu’on éconduit le jour du mariage, la mauvaise élève qui traîne un complexe d’infériorité insurmontable et ne réussira jamais le concours d’entrée de l’ENA, la fêtarde qui ne se prépare pas comme une athlète de haut niveau, etc. Or, elle a prouvé son aptitude à la résilience et à l’adversité. On l’a donnée pour morte trois ou quatre fois et c’est elle qui regarde passer les cadavres assise au bord de la rivière.

Quelle débandade ! On compte les morts avec plaisir. Manuel Valls, traître de comédie, touché-coulé ; Christophe Castaner, le type même de l’imitation homme viril dans un catalogue de mode, à la trappe ; le maréchal Ferrand de la macronie, Richard Ferrand, au tapis en attendant de repasser devant le juge comme en 2017. Moribonde, l’arnaque du front républicain. En réanimation, les LR, exception faite de la bande à Laurent Wauquiez, homme fort d’un parti faible. Mort-née, la Élisabeth Borne, oisillon à l’air pincé qui se prenait pour un aigle.

Électeur invisible, pour qui chantes-tu ?

Du RN, on ne voit habituellement que la partie émergée de l’iceberg électoral, l’autre est méthodiquement, médiatiquement invisibilisée. Question à 1 000 euros : qui a déjà rencontré dans la file d’attente de la boulangerie un électeur de Marine ? Personne. C’est bien simple, on ne le voit jamais, cet électeur. Il entre toujours par effraction dans l’actualité, lors de l’enterrement de Johnny ou des premiers actes des Gilets jaunes. Il est refoulé partout. Aucune politique de reconnaissance à son attention. Aucun relais dans les médias centraux. Aucun quota dans les séries télévisées. Il n’y a que Marine pour s’en faire la championne, et de-ci de-là un François Ruffin. Le RN est une terra incognita. Ses électeurs ressemblent au constat dressé par Ralph Ellison dans son livre, Homme invisible, pour qui chantes-tu ? (1952), consacré aux Noirs américains au temps de la ségrégation. Ce n’étaient que des ombres fuyantes que personne ne voulait voir. Les journalistes devraient lire le terrible chef-d’œuvre de Ralph Ellison pour savoir ce que ça signifie que d’être invisible, un fantôme social. Dimanche soir, le fantôme est sorti de la pénombre.

On a beaucoup critiqué le RN, moi le premier, et je continuerai à le faire tant il est vrai que le parti de Marine devrait être au pouvoir – tous ses axes programmatiques sont majoritaires dans l’opinion. Or, jusqu’à présent les gens ne voulaient surtout pas du médium (le RN), alors qu’ils plébiscitaient le message, pour paraphraser Marshall McLuhan qui disait : le médium c’est le message. Ce qui est désormais le cas pour Marine : elle et son programme ne font plus qu’un.

Sans revenir aux législatives de 2017, la remontada du RN est impressionnante, ne serait-ce que par rapport aux régionales de 2021. Personne, même les plus audacieux marinistes, ne donnait le RN aussi haut. En faisant le service minimum, le RN rafle 89 députés, comme le chiffre de mon département, numéro fétiche, qui a envoyé Julien Odoul à la Chambre. Une razzia dans l’Aude, les Pyrénées-Orientales, la Haute-Marne et la Haute-Saône. Le RN a vaincu le signe indien des législatives, sans le vouloir, sans alliance, sans effort, par un simple effet mécanique, bien aidé par les scènes de sauvagerie au Stade de France. On n’ose à peine imaginer ce qu’il en aurait été s’il avait fait le service maximum, après une campagne à la Mélenchon. Élisez-moi Première ministre !

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Succès du RN : le Système a perdu une bataille, mais pas la guerre, par Michel Geoffroy

succès RN

Ce devait être la martingale infaillible : pour la présidentielle, un duel Macron-Le Pen conduisant la gauche extrême à voter pour le premier afin de « faire barrage » à la seconde. Et pour les législatives, la même gauche en repoussoir pour effrayer le bourgeois et présenter Ensemble comme un recours. Las, il suffisait de regarder les mines réjouissantes des médiacrates, dimanche soir, pour se douter que cette belle manœuvre avait échoué.

Caramba, Jupiter s’est planté !

Non seulement la NUPES n’atteint pas du tout les scores mirifiques que nous promettaient les instituts de sondage – ce qui démontre en passant le caractère hautement « scientifique » de leurs travaux ! – mais avec 89 élus, le RN enregistre une progression sans précédent.
Au point que le Président Macron ne dispose pas de la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale et se retrouve de fait dans une situation de cohabitation non-désirée, obligé de constituer des alliances de circonstance, comme au bon vieux temps de la quatrième république.

Caramba, Jupiter s’est planté !

Les astrologues médiatiques tombés dans un puits

Trop occupés à faire la promotion de la NUPES, les médias mainstream (plus de 50 % du temps de parole donnés aux candidats NUPES sans que cela ne gêne l’Arcom !) et les instituts de sondage ont en effet totalement sous-estimé deux phénomènes :

– d’une part, la très grande déception, pour ne pas dire plus, de l’opinion devant la réélection d’Emmanuel Macron, le gendre de moins en moins idéal ;
– d’autre part, l’inquiétude que suscitait la perspective d’un second mandat sans aucun contrepoids politique. Inquiétude renforcée par le ralliement ostensible d’Emmanuel Macron au camp des bellicistes anglo-saxons et par son indifférence affichée aux conséquences catastrophiques des sanctions antirusses.

Les experts de plateaux télé ont aussi négligé que la diabolisation de Reconquête avait aussi servi l’image du RN et que si l’union de la droite ne se faisait pas au niveau des états-majors, elle pouvait se faire dans les urnes. Il est d’ailleurs probable qu’une alliance RN-Reconquête au premier tour des législatives aurait amplifié la débandade des candidats macroniens, globalement dépourvus d’implantation locale réelle.

Raison garder

La belle percée électorale du RN, malgré tous les obstacles placés sur sa route, témoigne de son implantation populaire. Elle confirme aussi qu’en politique le désespoir absolu est bien la sottise absolue.

Mais il faut cependant raison garder.

D’abord l’histoire parlementaire abonde d’exemples où de braves gens, élus sous une étiquette de rupture, ont été vite digérés par le régime. Ce fut notamment le cas des élus poujadistes sous la IVème république[1].

Sur ce plan la gauche échappe généralement à ce péril car elle est plus motivée idéologiquement et plus disciplinée.
Le RN, dont l’expérience parlementaire est limitée, va donc devoir faire preuve de vigilance et de compétence afin d’éviter cet écueil.

La France ingouvernable, vraiment ?

Ensuite, il faut relativiser une victoire électorale parce que l’Assemblée nationale a tout simplement perdu l’essentiel de ses pouvoirs au 21e siècle. Nous ne sommes plus en 1958 ni même en 1981 !
Les médias nous abreuvent de titres selon lesquels la France serait devenue « ingouvernable » depuis le 19 juin. Quelle plaisanterie !

La France va au contraire continuer d’être gouvernée par la Commission Européenne – qui fixe chaque année nos grandes orientations de réformes –, par la BCE, par l’OTAN, par le pouvoir judiciaire (non élu…), par les lobbies, les ONG ou les dirigeants des grandes entreprises mondialisées.

Face à tous ces vrais pouvoirs, notre parlement – dont l’essentiel de l’activité législative consiste, il faut le rappeler, à retranscrire des directives bruxelloises – compte les coups, en simple spectateur. Même ses pouvoirs de contrôle sont incapables de rivaliser avec eux et sont de toute façon très inférieurs à ceux des parlements étrangers, notamment anglo-saxons.

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89 députés du RN – C’est pas moi, c’est l’autre !, par Philippe Bilger

Marine Le Pen

Il est parfois réjouissant de lire ce quotidien que je ne manquerais pour rien au monde et qui en même temps m’intéresse et m’agace. On a compris que je faisais allusion au journal Le Monde.

On pouvait compter sur lui pour continuer à traiter les 89 députés du RN d’extrême droite – ils n’ont même pas droit à l’adjectif « radicale » comme l’extrême gauche de Mélenchon ! – et pour consacrer rien moins qu’une double page à ce problème capital, quoique dépassé et ayant perdu toute urgence : qui est responsable de cette arrivée impressionnante du RN à l’Assemblée nationale ?

Pour la Nupes, « les macronistes sont les accusés » et, pour Renaissance, la Nupes a une grosse part de responsabilité !

Ce jeu du « c’est pas moi, c’est l’autre » pourrait, avec sa puérilité partisane, prêter au comique si en réalité, derrière cette façade, ce double antagonisme n’occultait pas le fond du sujet et, sans forcer le trait, d’une certaine manière, la vérité du vote et l’état de la France.

J’entends bien qu’il est très commode pour ces deux groupes – l’un soutien inconditionnel du pouvoir, l’autre adversaire extrémiste – de raisonner comme si l’irruption du RN était un accident, quasiment fortuit, comme la conséquence d’une légère imprévoyance, alors qu’au fil des années le plafond de verre s’est ébréché. Le Front républicain est apparu de plus en plus comme une offense à une démocratie honnête et transparente, l’anti-macronisme l’ayant « liquidé » le 19 juin.

Est-il pourtant si difficile d’admettre que le groupe du RN n’est pas une sorte d’intrus à l’AN, qu’on ne peut pas discuter de lui comme s’il n’était pas partie prenante du futur politique agité qui nous attend ? Il a été peu à peu conduit, stimulé, imposé, en tout cas guidé vers la représentation officielle de son importance dans le pays réel par des programmes qui heurtaient une multitude attachée à une volonté d’ordre, d’autorité, d’équité et de justice : qu’on lui pardonne !

Nicolas Sarkozy, élu en 2007, avait très nettement fait baisser le FN pour une raison simple et honorable : on savait qu’il appliquerait certaines des mesures nécessaires proposées par ce parti ou, si l’on veut, celles qu’une droite ferme et le FN pouvaient désirer en commun parce qu’elles étaient évidentes.

A contrario, la forte avancée du RN sous le premier mandat et le début du second d’Emmanuel Macron ont été engendrés par la mollesse régalienne d’un pouvoir, l’ensauvagement de la France – ce terme ne me paraît pas outrancier si on veut bien considérer l’état de notre pays au quotidien, dans ses territoires (qui ne sont plus préservés) et ses grandes villes, dans ses cités « sensibles » et ces zones qui ont clairement échappé à la loi nationale. Pour ne pas le constater, il faut refuser de le voir. Certaines belles âmes en seraient affectées dans leur humanisme, inaltérable parce qu’il ne touche pas la réalité…

Il faut ajouter à ces deux causes la manière infiniment maladroite, et par ailleurs totalement mensongère, dont le gouvernement a géré certaines crises, tout récemment le scandale du Stade de France. Pas de responsables, pas de coupables, sinon avec un bulletin dans l’isoloir et le fiasco en résultant pour le pouvoir.

Il est d’ailleurs proprement inqualifiable qu’après de telles incompétences et honteuses péripéties, que suite à de tels dissimulations et travestissements, rien de disciplinaire n’ait été mis en branle à tous niveaux et pour tous les services concernés. Ce n’est pas rien que d’avoir créé une image de la France moquée et dégradée en Europe !

Croit-on par ailleurs que tel ou tel délire de Jean-Luc Mélenchon sur la « police qui tue », l’empathie affichée pour les transgresseurs compulsifs de l’ordre et, plus globalement, le souci de désarmer à tous points de vue une démocratie qui avait déjà du mal à être combative, n’ont pas eu leur influence sur la montée décisive du RN ? Je relève que ce constat semble partagé puisque par exemple François Ruffin le rejoint au moins partiellement en assignant à la gauche l’obligation de n’être pas seulement celle des métropoles.

Sans tomber dans le paradoxe, il y a là deux indifférences, au moins, à l’égard des angoisses de beaucoup de citoyens sur le plan de leur sécurité, de leur tranquillité. Mélenchon se moque de la subversion du quotidien par le délit et le crime : ce peut être un terreau pour la révolution. Le président n’a que condescendance pour ce peuple qui ne comprend rien à ce qui constitue le sel élevé de l’existence et, pour être honnête, si Emmanuel Macron a fait progresser un tantinet sa conscience des dangers qui nous menacent, « ses » lois ont toujours été rendues partiellement inefficaces par la logique perverse du « en même temps » comme si le réel n’appelait pas une franche et simple action, riposte, réaction, lutte. Tout sauf la finesse d’un esprit en chambre.

Je ne suis pas loin de penser aussi qu’il y a des médias qui ont clairement fait progresser le RN. Le Monde et Libération en particulier, le premier ne plaçant jamais la sécurité et la justice au rang des exigences prioritaires et ne condescendant à les aborder que si par exemple un François Ruffin en parle ! Il y a clairement une complaisance de beaucoup de journalistes, par une hostilité unilatéralement orientée, à l’égard de ce qui s’oppose à une protection ferme et une sauvegarde efficace de la société. Tout ce qui ne relève pas du RN ne peut qu’être bon par principe !

Cette comédie du « c’est pas moi, c’est l’autre » risque d’interdire toute prise de conscience. Le pouvoir sera toujours innocent puisqu’il n’est responsable de rien. La Nupes irresponsable puisque son angélisme subversif est un cadeau qu’elle prétend nous faire !

Pendant ce temps le RN engrange. La réalité, qu’on refuse, qu’on récuse, est son alliée.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

La France en colère impose à Macron la cohabitation, par Ivan Rioufol

Chassez le réel par la porte, il revient par la fenêtre : pour avoir voulu diaboliser le vote RN, avec le soutien de Jean-Luc Mélenchon, le chef de l’Etat va devoir composer avec Marine Le Pen, devenue dimanche soir le leader du premier parti d’opposition à l’Assemblée nationale. Avec 89 députés (au lieu des 20 à 45 que les projections lui promettaient), le RN passe devant LFI. Le parti de Mélenchon n’aligne que 71 élus, même si la Nupes (coalition qui additionne LFI, EELV, PS et PC) décroche 131 sièges. Ce sursaut de la droite souverainiste vient rappeler que la France ne se reconnait ni dans la prétention hégémonique de l’union présidentielle (qui aura 245 députés, loin des 289 qui auraient permis une majorité absolue) ni dans le trompe l’oeil d’une coalition insincère bricolée par Mélenchon. Ce réveil des somnambules impose une sorte de proportionnelle, dans une Assemblée qui s’en croyait à l’abri avec ses règles électives.

Ce lundi, Emmanuel Macron va devoir cohabiter avec une France en colère. Les électeurs ont pratiqué le « en même temps » comme un pied de nez, en l’élisant le 24 avril pour l’empêcher de gouverner à sa guise deux mois plus tard. L’état de disgrâce est tel pour le président que son quinquennat s’achève, du moins dans la forme présidentielle qu’il espérait lui donner, avant même d’avoir commencé. Le sort du premier ministre, Elisabeth Borne, poussivement élu avec 52,4 % des voix, semble incertain. Son profil glacé de technocrate progressiste ne se prête pas à la rencontre et au dialogue avec un électorat populaire énervé, qui n’entend apparemment plus se faire voler sa place.

C’est une France indocile et inflammable que Macron va devoir entendre. En n’oubliant pas non plus ces électeurs qui déjà ne jouent plus le jeu démocratique. En effet, avec une abstention à 53,7% (52,49% au premier tour), la défection devient aussi un acte de rupture ou de rejet. D’autant que doivent s’ajouter les quelque 10 millions de non inscrits ou mal inscrits. Au bout du compte, les résultats pâtissent, tous, d’un socle fragile, ramené aux inscrits voire à la totalité des citoyens en âge de voter. Il y a quelques années, j’avais proposé le concept de Révolution des œillères pour décrire l’obligation qui était faite aux décideurs et aux commentateurs d’ouvrir enfin les yeux sur les réalités, en chassant leurs entraves idéologiques et leurs prêts à penser. C’est ce chamboulement qui débarque à l’Assemblée, singulièrement avec le succès du RN qui a profité d’apports se jouant des injonctions à « faire barrage à l’extrême droite » lancées par un monde médiatique attaché à préserver les pouvoirs en place. Gouverner ne sera assurément pas simple, surtout dans une Assemblée où Sandrine Rousseau (EELV, Nupes) a promis d’y faire le « chahut ». Mais la culture du compromis qui va devoir s’y installer pourrait être l’occasion pour les droites encore divisées de se rapprocher à petits pas autour de la défense de la nation et de son unité. Sinon, la rue, excédée, risque de prendre la relève.

Ivan Rioufol

Texte daté du 20 juin 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Percée du RN aux législatives : l’effet Stade de France ?, par Pierre Boisguilbert

stade de france

Sur les plateaux personne n’en a parlé. C’est pourtant, avec la détestation de Macron, un élément majeur du succès du RN. Le déni de réalité, la négation de l’état du pays – la preuve par le Stade de France –, est revenu comme un boomerang dans la face du système.

Le front anti-Macron plutôt que « républicain »

C’est la victoire électorale du principe de réalité contre l’idéologie médiatique. Certes, cela n’explique pas tout et le mouvement national a bien des questions à se poser et à poser.
Ce qui est sûr, c’est que la fascination des médias sur Mélenchon a permis aux candidats RN de passer sous les radars de la diabolisation.
Ce qui est certain, c’est que le seul barrage qui a fonctionné est le barrage anti-Macron. Des électeurs de la NUPES ont voté pour ceux du RN, et vice versa.

Mélenchon ne sera pas Premier ministre et, absent du Parlement, son influence va décroitre et son parti en subir les conséquences.
Le RN aura à sa tête sa candidate à la présidentielle qui, arrivée seconde en mai, arrive encore seconde au Parlement en juin.
Il y a donc une justice électorale. Les Français qui ont voté RN sont cette fois représentés. Personne ne s’en plaindra.

La force du populisme

La question que l’on peut se poser c’est : Marine Le Pen a-t-elle eu raison contre tous ? Le principe de réalité mérite d’y réfléchir.
L’échec de Zemmour est confirmé. Pour le moment, il est marginalisé. Il faut constater que sa base électorale d’une France très pointue sur l’histoire et l’identité n’est pas suffisante. Ce courant identitaire « canal historique » ne peut percer qu’avec l’appoint du populisme de droite. Le jeu n’est pas fermé et la thématique de l’union des droites avec les résultats des Républicains reste un chemin potentiel d’avenir.

Macron humilié à l’international

Quand on lit les réactions de la presse internationale ce qui ressort, c’est l’affaiblissement considérable d’un président face à une France ingouvernable ou immobilisée.
Entre la perte de la majorité absolue pour les soutiens d’Emmanuel Macron et la percée de la gauche et du RN, de nombreux titres de presse européens s’interrogent sur l’avenir politique de la France.

Le journal suisse Le Temps met en avant « une gifle électorale qui risque de paralyser la France ». « Le quinquennat qui s’ouvre va être très compliqué », prévient dans le quotidien Gilles Ivaldi, chercheur en sciences politiques. « La polarisation qui sort des urnes forme trois camps qui s’affrontent et que tout oppose. L’Europe, l’économie, l’immigration, la sécurité, ils ne sont d’accord sur rien ».

Le quotidien belge Le Soir voit dans le scrutin de dimanche « un résultat français inquiétant pour l’Europe ». « Voilà Emmanuel Macron sans majorité absolue, face à une Assemblée nationale qui a le mérite, au moins, de symboliser les énormes fractures du pays », écrit le journal.

« Gouverner la France va être un casse-tête », abonde Il Corriere della Sera, entre une gauche « ressuscitée » par le « charisme et les accès de folie » de Jean-Luc Mélenchon qui devient toutefois « une gauche plus de lutte que de gouvernement », et le Rassemblement national, « qui a trouvé un allié inattendu en Emmanuel Macron, lequel a eu tellement peur de l’avancée de la NUPES qu’il a rompu avec la tradition du “barrage républicain” ».

Toujours en Italie, La Stampa voit, elle, en Emmanuel Macron un président « estropié », « paralysé », « pris en otage entre les extrêmes ».

Outre-Atlantique, le constat est également sévère contre le chef de l’Etat français. Le Washington Post voit ainsi dans le résultat « un camouflet politique » contre Emmanuel Macron qui pourrait compliquer son leadership à l’heure où l’Europe fait face aux défis profonds déclenchés par la guerre en Ukraine.

C’est aussi la perte d’influence européenne et internationale de Macron qui ressort. C’est un point essentiel dans le contexte du conflit en Ukraine. On peut imaginer le sourire en coin du président Poutine devant le résultat des élections législatives françaises. Le donneur de leçons aux Français et au monde a été morniflé par son propre peuple.

Cette élection marque une sanction nette pour les donneurs de leçons. Les donneurs de leçons médiatiques sont eux aussi sonnés. Ils n’ont rien compris et n’ont rien vu venir, aidés par des sondeurs pour le moins dépassés.

On pouvait espérer une autre configuration finale, mais il ne faut pas bouder son plaisir et rendre à Marine ce qui revient à Marine… et au Stade de France !

Tribune reprise de Polémia

RN : une vague historique !

Marine le pen

Il était à peu prêt certain que le RN parviendrait à constituer un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale, force est de constater que l’objectif est purement et simplement dépassé. Avec une prévision de 85 députés ( à 22h ce dimanche soir), le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella signe et de très loin sa plus large victoire à une élection nationale. Si tous les députés sortants sont réélus, le parti à la flamme voit aussi arriver des dizaines de nouveaux élus nationaux. Face à une campagne fantôme de la majorité et à une bataille très agressive de la Nupes, le RN a opposé une campagne de terrain, enracinée dans des territoires qui sont passés très largement dans le « camp national ».

Dans certains départements, ce fut un raz-de-marée : en Vaucluse, quatre circonscriptions sur cinq sont tombées dans l’escarcelle du RN, dans l’Aisne, trois sur cinq, dans le Lot-et-Garonne, deux sur trois… Des hauts cadres du parti comme Edwige Diaz, Laurent Jacobelli et Julien Odoul entrent à l’Assemblée. Dans le sud, l’ancien suppléant de Marion Maréchal, Hervé de Lépinau, a gagné. Dans le Gard, c’est l’ancien zemmouriste Pierre Meurin qui a été élu. En Haute-Marne, l’ancien numéro deux de Via, allié de Reconquête, Christophe Bentz est lui aussi passé. Les deux anciens transfuges de Nicolas Dupont-Aignan (lui aussi réélu), Jean-Philippe Tanguy et Alexandre Loubet, ont été élus de même que l’ancien journaliste Philippe Ballard. En Nouvelle-Aquitaine, au moins cinq circonscriptions ont été gagné par des députés patriotes. Le RN parvient même à faire élire une députée en Île-de-France. Voilà les chiffres non exhaustifs de ce début de soirée. L’autre chiffre qui fait office d’avertissement sans frais : une abstention record qui a contribué à rendre ce scrutin incertain.

« C’est un score historique, nous allons pouvoir entrer à l’Assemblée nationale avec un groupe très puissant et efficace pour défendre les Français », se réjouissait Marine Le Pen sur Cnews peu avant 22h.

A vrai dire, le RN a gagné beaucoup plus qu’un groupe. Derrière une victoire de façade de la Nupes, la gauche est en net recul et on a bien du mal à imaginer comment ces différents partis, alliés de circonstance, pourront siéger ensemble au sein d’un même groupe. Les LR quant à eux risquent de céder en partie aux sirènes de la majorité qui n’est plus que relative. Dans les mois à venir, il est possible de voir un RN premier groupe d’opposition à l’Assemblée Nationale. Un groupe qui sera présidé par Marine Le Pen, réélue largement dans le Nord avec plus de 64 % des voix. L’autre leçon, c’est l’explosion du front républicain, l’éclatement du plafond de verre, le balayage du barrage, tous ces artifices préservés pendant plusieurs décennies ébranlés ces dernières années ont été ventilés. « Avec ces dizaines de députés de cœur et de convictions, vous aurez la certitude de voir vos idées défendues au Parlement. » a annoncé Marine Le Pen depuis Hénin-Beaumont. Dans tous les cas, entre Mélenchon et elle, ce furent deux salles, deux ambiances. La première appelle au rassemblement et le deuxième à la Révolution. Comme si l’extrémisme avait brutalement fini de changer de couleur.

Marc Eynaud

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Chambre à part – La proportionnelle, trop belle pour être vraie

proportionnelle RN

Les élections législatives que nous suivons en ce moment donnent l’occasion de poser à nouveau ces questions fondamentales : quelles sont les chances de voir un jour revenir au moins une dose de proportionnelle dans les scrutins et qu’y gagnerait-on ? Tentative de réponse.

Trente-cinq députés pour le Front national ! En 1986, à la suite d’une promesse faite par François Mitterrand un an plus tôt, le parti patriote entrait en force à l’Assemblée grâce à la proportionnelle. Un système adopté « pour plus de représentativité » d’après la gauche, « une tactique politicienne » d’après le RPR et l’UDF. L’expérience tourna court puisque la proportionnelle fut supprimée dans la foulée par Jacques Chirac, nommé Premier ministre à la suite de la victoire de son camp lors de ce fameux scrutin. Depuis, son retour est une ritournelle clamée par les forces d’opposition, généralement la droite nationale mais aussi l’extrême gauche. Certains élus font miroiter cette mesure de temps à autre, à l’image d’Emmanuel Macron lui-même, mais, en 2022, le projet semble totalement oublié par le pouvoir.

Ramu de Bellescize, professeur de droit public à l’université de Lille, a évoqué ce mode de scrutin avec nos confrères de Boulevard Voltaire dans un entretien paru mardi et mené par Marc Eynaud. L’enseignant note pour commencer que la création d’un groupe parlementaire est primordiale car cela permet notamment d’avoir plus de temps de parole, davantage de membres dans les commissions et même de fixer l’ordre du jour une journée par mois. Des différences de taille avec ce que le Rassemblement national a connu depuis 2012, ses élus étant non-inscrits et donc totalement isolés malgré leur vigueur et leur verve.

Modifié pour les communistes

Depuis 2009, il faut en effet 15 élus minimum pour composer un groupe. Le chiffre était de 20 auparavant – et même de 30 avant 1988 – mais la règle fut modifiée pour permettre l’existence d’un groupe communiste.

Pour Ramu de Bellescize, l’un des avantages du scrutin proportionnel est « une meilleure représentation de la diversité de l’électorat » mais il note un inconvénient de taille : « Si aucune majorité ne se dégage, il y aura des coalitions On ne les connaît pas à l’avance. Cela fait perdre une partie de son sens au vote. » Plus fort encore, la proportionnelle signifierait que le pouvoir n’aurait pas de majorité absolue et devrait donc convaincre pour faire passer une loi. Dans ces conditions, « le Parlement redevient un véritable contre-pouvoir et non plus une chambre d’enregistrement ».

En faisant de la politique-fiction et en appliquant la proportionnelle aux résultats du 1er tour des élections législatives de dimanche dernier, on s’aperçoit que l’Union populaire de Jean-Luc Mélenchon aurait 148 sièges, soit un seul de moins qu’Ensemble qui réunit le parti présidentiel et ses alliés. Avec 108 élus, le Rassemblement national pourrait tout simplement être le parti le mieux représenté de France, les alliances précédemment citées présentant des profils variés et parfois désaccordés. Reconquête aurait une place non négligeable avec 25 députés.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : ils désavantagent le gouvernement et, à moins qu’un parti profondément attaché à la proportionnelle n’accède au pouvoir et change le système, il paraît donc plus qu’improbable que la situation évolue, d’autant qu’Emmanuel Macron a déjà – à maintes reprises – démontré son mépris pour l’opposition.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 16 juin 2022