Médias en Europe de l’est : George Soros veut racheter des stations de radio en Pologne

Dans le grand jeu de dominos des médias, nous vous avions présenté le rachat discret mais constant par des intérêts américains étroitement liés à la CIA d’une bonne partie des médias dans les Balkans. En même temps, le Tchèque Daniel Kretinsky rachetait une partie des parts de Mathieu Pigasse dans le groupe Le Monde, l’hebdomadaire Marianne et certains actifs du groupe Lagardère dont des radios en Pologne. Ce sont ces dernières qui pourraient changer de mains.

Cinq stations de radios en vente

Le groupe polonais Eurozet, propriétaire de plusieurs stations de radio (Radio Zet, Chillizet, Antyradio, Meloradio et Radio Plus) ainsi que d’un studio de production de radio et de télévision, avait été racheté par le Tchèque Czech Media Invest au Français Lagardère au printemps 2018, dans le cadre d’une transaction qui englobait encore des stations de radio en Tchéquie, en Slovaquie et en Roumanie. Le groupe tchèque de Daniel Křetínský n’aura attendu que quelques mois pour mettre en vente son acquisition polonaise. Le gouvernement polonais espérait que cette vente serait l’occasion de « repoloniser » un peu les médias polonais, qui sont aujourd’hui majoritairement entre des mains étrangères, mais il n’est pas sûr que ce soit le cas.

Quatre acheteurs potentiels dont Soros

Trois acheteurs potentiels sont polonais. D’abord l’homme d’affaires Zbigniew Jakubas. Puis le groupe médiatique PMPG Polskie Media, propriétaire des hebdomadaires Do Rzeczy (libéral-conservateur) et Wprost (à la ligne éditoriale plus difficile à définir). Et enfin le groupe médiatique Fratria, propriétaire de plusieurs sites d’informations (dont le très populaire wPolityce.pl), de deux hebdomadaires (Sieci et ABC) et d’une télévision émettant sur Internet et sur le câble (wPolsce.pl) – des médias conservateurs ouvertement favorables au PiS. Mais depuis le 25 janvier 2019, un autre concurrent est en lice, plus inquiétant pour le gouvernement de Mateusz Morawiecki alors que les médias qui lui sont hostiles dominent déjà assez largement dans le paysage médiatique polonais.

Ce concurrent, c’est George Soros par l’intermédiaire de la société tchèque SFS Ventures dont l’actionnaire minoritaire (avec 24 % des parts) est la société américaine Salvatorska Ventures LCC appartenant au fonds d’investissement sorosien Media Development Investment Fund (MDIF). MDIF avait déjà acquis en 2016 un peu plus de 11 % des parts du groupe médiatique polonais Agora propriétaire, entre autres médias, de la radio Tok FM et du quotidien Gazeta Wyborcza, deux médias libéraux-libertaires férocement anti-PiS et mis en difficulté après le retrait par le gouvernement de Beata Szydło (Pis) du soutien massif dont ils bénéficiaient (notamment Gazeta Wyborcza) de la part des gouvernements de Donald Tusk puis d’Ewa Kopacz, principalement sous forme de publicités et d’abonnements des administrations.

Soros et le soutien de la Commission Européenne

Aujourd’hui SFS Ventures propose de racheter le groupe polonais Eurozet en partenariat avec Agora, qui acquerrait 40 % des parts contre 60 % pour SFS Ventures. De cette manière, le fonds d’investissement dans les médias de George Soros, présent dans le capital des deux sociétés, étendrait son influence en Pologne, ce qui n’est bien entendu pas du goût du gouvernement du PiS déjà attaqué par les nombreuses ONG de la nébuleuse sorosienne. Ajoutons aussi que le journal Gazeta Wyborcza bénéficie désormais pour attaquer le PiS (qu’il soit dans l’opposition ou au gouvernement) d’un soutien financier de la Commission européenne, elle-même en très bon rapport avec Soros, grâce à des articles payés par Euractiv.

À l’inverse, le groupe Fratria aurait bénéficié, selon Gazeta Wyborcza qui se réfère à une information de Wirtualnemedia.pl, pour financer le rachat d’Eurozet, d’un crédit de 51 millions d’euros de la part de la banque publique Pekao SA, un crédit que le journal met sur le compte du soutien du PiS.

C’est toutefois à Czech Media Invest de Daniel Kretinsky que reviendra le dernier mot, sans doute en faisant monter les enchères.

Influence étrangère ou capitaux polonais ?

Plusieurs représentants du parti au pouvoir ont exprimé leur avis négatif sur la tentative de George Soros d’accroître son influence dans les médias polonais. Pour la présidente de la commission de la Diète en charge de la culture et des médias, la vente d’Eurozet à Agora et à SFS Ventures sera un coup porté au pluralisme des médias en Pologne et est dangereuse pour le marché des médias et le débat public. Selon la porte-parole du PiS, le parti « Droit et Justice et Jarosław Kaczyński considèrent que l’État doit tout faire pour que les spéculateurs boursiers n’accroissent pas leur influence sur le marché des médias ». L’objectif de la Pologne est au contraire « d’accroître la part des capitaux polonais et de défendre le pluralisme ».

Un secrétaire d’État du ministère de la Culture et du Patrimoine national a toutefois expliqué que le gouvernement polonais ne dispose pas d’instruments lui permettant de s’opposer à l’expansion de George Soros dans les médias. Il avait été question d’une loi de déconcentration des médias, mais le projet a pour le moment été abandonné, sans doute pour éviter d’ouvrir un nouveau conflit avec Bruxelles. Le sujet reviendra probablement sur le devant de la scène si le PiS parvient à reconduire sa majorité au parlement aux élections législatives de l’automne prochain. En attendant, seule l’autorité de la concurrence et des consommateurs (UOKiK) pourrait intervenir contre l’offre sorosienne, mais uniquement si ce rachat d’Eurozet par les sociétés dont son fonds MDIF est actionnaire conduirait à une situation de domination excessive sur le marché, ce qui n’est apparemment pas le cas. Le budget de la fondation Soros Open Society était d’un milliard de dollars en 2018 comme nous vous le disions ici. Le budget 2019 ne devrait pas être inférieur, de quoi faire quelques emplettes en Pologne et ailleurs.

Article repris du site de l’OJIM

Les « invités » sur les radios : la droite nationale discriminée, par Guy Rouvrais

On s’en rendait compte en écoutant les émissions d’information, le matin, sur les grandes stations de radio : dans les interviews, les représentants du gouvernement et ses affidés se taillaient la part du lion. L’opposition, et surtout celle de la droite nationale, étant réduite à la portion congrue et, en tout cas, sa présence sur les ondes ne reflétant pas son importance chaque jour plus marquée dans le pays. Ce que l’on ressentait est objectivement confirmé par une étude du site Politiquemedia, publiée dans Le Figaro (18 juillet), l’enquête portant sur les interviews diffusées du 21 août 2017 au 13 juillet 2018.

Les membres du gouvernement ont eu droit à 592 interventions, ceux qui le soutiennent, les élus de LREM, à 361, il faut leur ajouter les 43 de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement qui détient, en outre, le record de passages par rapport à toutes les autres personnalités politiques. Au total, donc, les représentants du pouvoir ont vu le micro se tendre vers eux 996 fois, presque 1 000 ! A côté, les Républicains ont bénéficié de 464 invitations, le PS de 330, les Verts de 56, ce qui, pour ces derniers, les écologistes, signe leur influence déclinante dans le pays. Mais, là où gît le scandale, c’est le traitement discriminatoire infligé au Rassemblement national avec 152 prestations seulement, c’est-à-dire deux fois moins qu’un PS agonisant ne représentant plus rien et dont le candidat, Benoît Hamon, a recueilli 6 % des voix à la présidentielle tandis que Marine Le Pen en obtenait 3,5 fois plus, 22,1 % au premier tour, et plus de cinq fois au second avec 34 % des suffrages. Manifestement, les balances des médias sont totalement mais aussi délibérément faussées.

Mais est-ce étonnant quand on sait que selon une consultation Harris Interactive pour le magazine Médias, 74 % des journalistes votent à gauche ? Ce sondage date de 2012 mais, à l’évidence, rien n’a changé depuis, ou, plutôt, si, mais en s’aggravant, l’ascension du Rassemblement national et le « risque » de son accession au pouvoir, ou même de l’emporter aux élections européennes, leur fait un « devoir » de se mobiliser. Au nom de leur choix partisan ? Pas du tout, vous répliqueront-ils, mais des droits de l’homme, l’alibi permanent de leur sectarisme.

Quand vous voyez ou entendez quatre journalistes, sachez donc que trois sont de gauche et le quatrième peut être un libéral aligné sur la gauche culturelle comme beaucoup de ceux-là… C’est pourquoi, au-delà même de la sous-représentation des nationaux dans les interviews matinales, et en plus de ce scandale, ces gens-là diffusent du politiquement correct comme M. Jourdain de la prose. Dans leurs journaux radiophoniques, tout en prétendant à une information objective, ils parlent naturellement des « prisonniers politiques » pour désigner les terroristes corses détenus, du « délit de solidarité » pour l’aide apportée aux clandestins, et pour eux il va de soi qu’il faut dire « menace populiste » pour évoquer la montée du sentiment national chez les peuples d’Europe.

Ces « matinales » sont suivies par plus de 17 millions de nos concitoyens entre 7 h et 9 h ; même ceux qui ne sont guère attirés par la politique et n’ouvrent leur poste que pour la météo d’abord, sont imprégnés par ce qu’ils saisissent à la volée de propos politiques. On en reparle au bureau, et il y a des reprises dans les autres médias au cours de la journée. C’est dire si ce qui relève de la propagande plus que de l’information à ce degré de distorsion entre les formations installées et la droite nationale bafoue l’équité et piétine la liberté d’expression en restreignant celle des patriotes.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 19 juillet 2018