Aude Mirkovic : « Les pouvoirs publics sont responsables, ou ici plutôt irresponsables, de promouvoir dans les établissements scolaires l’utopie de l’autodétermination de genre »

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Aude Mirkovic est maitre de conférences en droit privé, directrice juridique de l’association Juristes pour l’enfance, co-auteur (avec Claide de Gatellier) de Questionnements de genre chez les enfants et adolescents, ed. Artège 2022

En France, de plus en plus d’enfants revendiquent une « identité de genre » différente de leur sexe biologique. On s’intéresse ici aux enfants dont le sexe a été constaté à la naissance et qui ne souffrent pas d’anomalie des organes génitaux.
Soutenir que chacun, dès son plus jeune âge, devrait pouvoir auto-déterminer son identité de genre en fonction de son ressenti sans tenir compte de son sexe, est-ce servir l’intérêt des enfants ? L’enquête de terrain et la confrontation au réel cherchent à répondre à cette question.

Pour cela, l’ouvrage s’appuie sur l’expertise et l’expérience de juristes pour analyser les enjeux sociétaux et l’évolution qui s’opère ; de chirurgiens et praticiens hospitaliers pour identifier les actes médicaux que cela entraîne et leurs conséquences à long terme ; de responsables d’établissements scolaires confrontés à ces demandes ; de psychiatres et psychologues pour discerner les enjeux de cette souffrance et, enfin, sur le témoignage direct de personnes en questionnement de genre ou de leurs proches.
Cette approche pluridisciplinaire nous donne toutes les clés de compréhension et de discernement pour cerner ce phénomène et accompagner de façon constructive les jeunes concernés.

Pour évoquer cet ouvrage essentiel, nous avons interrogé Aude Mirkovic

Breizh-info.com : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Aude Mirkovic : Je suis Aude Mirkovic, maître de conférences en droit, et directrice juridique de l’association Juristes pour l’enfance, une association de juristes, comme son nom l’indique, désireux de mettre leur expertise juridique au service de la promotion et de la défense des droits de l’enfant.

Je fais partie des auteurs de l’ouvrage Questionnements de genre chez les enfants et adolescents, un ouvrage collectif qui réunit des juristes mais aussi un médecin, un pédopsychiatre, un psychologue, un chef d’établissement scolaire, un intervenant en milieu scolaire, pour apporter une expertise sur la question des enfants et ado qui s’identifient « trans », et surtout la façon de les aider de façon constructive à s’accepter eux-mêmes comme ce qu’ils sont, des garçons ou des filles.

Breizh-info.com : Le fait d’évoquer « les questions de genre » dans le titre de votre ouvrage ne donne-t-il pas raison, sémantiquement, aux thèses notamment fondées par Judith Butler. Le genre est-il une réalité ou bien une invention moderne ?

Aude Mirkovic : Vous noterez que le mot « genre » est en italique. Nous employons ce terme afin que les gens sachent de quoi parle le livre mais se référer au « genre » ne signifie pas qu’on adhère à l’idéologie du genre, cette croyance qui disqualifie la réalité biologique du sexe au profit d’une autodétermination de genre fondée sur le ressenti que la personne a d’elle-même. Pour répondre à votre question, il faudrait déjà se mettre d’accord sur ce qu’on met sous ce terme de « genre ».

Je ne m’y emploie pas car ce terme est trop vague, disons que les promoteurs de l’idéologie du genre préfèrent parler de genre que de sexe, car le concept de genre est plus malléable que celui de sexe qui comporte une référence à la réalité corporelle, biologique, qu’il est difficile de nier. Alors on préfère la disqualifier, la reléguer au rang des données complètement secondaires, au profit du genre, registre dans lequel chacun pourrait s’autodéterminer. Mais c’est artificiel car, finalement, ce qui est demandé sous couvert d’autodétermination du genre, c’est un changement de sexe : être de l’autre sexe, ou bien n’être d’aucun sexe, ou tantôt l’un tantôt l’autre selon ce que chacun ressentira. Le problème est que le changement de sexe, ou le fait de s’évader de son sexe pour n’être d’aucun sexe, n’est pas réalisable. On peut le regretter ou s’en réjouir, mais dans tous les cas notre nature comporte des limites, ici les limites d’un corps sexué, et tenter de les nier en se situant sur le registre du genre ne les fait pas disparaître.

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