Chambre à part – La proportionnelle, trop belle pour être vraie

proportionnelle RN

Les élections législatives que nous suivons en ce moment donnent l’occasion de poser à nouveau ces questions fondamentales : quelles sont les chances de voir un jour revenir au moins une dose de proportionnelle dans les scrutins et qu’y gagnerait-on ? Tentative de réponse.

Trente-cinq députés pour le Front national ! En 1986, à la suite d’une promesse faite par François Mitterrand un an plus tôt, le parti patriote entrait en force à l’Assemblée grâce à la proportionnelle. Un système adopté « pour plus de représentativité » d’après la gauche, « une tactique politicienne » d’après le RPR et l’UDF. L’expérience tourna court puisque la proportionnelle fut supprimée dans la foulée par Jacques Chirac, nommé Premier ministre à la suite de la victoire de son camp lors de ce fameux scrutin. Depuis, son retour est une ritournelle clamée par les forces d’opposition, généralement la droite nationale mais aussi l’extrême gauche. Certains élus font miroiter cette mesure de temps à autre, à l’image d’Emmanuel Macron lui-même, mais, en 2022, le projet semble totalement oublié par le pouvoir.

Ramu de Bellescize, professeur de droit public à l’université de Lille, a évoqué ce mode de scrutin avec nos confrères de Boulevard Voltaire dans un entretien paru mardi et mené par Marc Eynaud. L’enseignant note pour commencer que la création d’un groupe parlementaire est primordiale car cela permet notamment d’avoir plus de temps de parole, davantage de membres dans les commissions et même de fixer l’ordre du jour une journée par mois. Des différences de taille avec ce que le Rassemblement national a connu depuis 2012, ses élus étant non-inscrits et donc totalement isolés malgré leur vigueur et leur verve.

Modifié pour les communistes

Depuis 2009, il faut en effet 15 élus minimum pour composer un groupe. Le chiffre était de 20 auparavant – et même de 30 avant 1988 – mais la règle fut modifiée pour permettre l’existence d’un groupe communiste.

Pour Ramu de Bellescize, l’un des avantages du scrutin proportionnel est « une meilleure représentation de la diversité de l’électorat » mais il note un inconvénient de taille : « Si aucune majorité ne se dégage, il y aura des coalitions On ne les connaît pas à l’avance. Cela fait perdre une partie de son sens au vote. » Plus fort encore, la proportionnelle signifierait que le pouvoir n’aurait pas de majorité absolue et devrait donc convaincre pour faire passer une loi. Dans ces conditions, « le Parlement redevient un véritable contre-pouvoir et non plus une chambre d’enregistrement ».

En faisant de la politique-fiction et en appliquant la proportionnelle aux résultats du 1er tour des élections législatives de dimanche dernier, on s’aperçoit que l’Union populaire de Jean-Luc Mélenchon aurait 148 sièges, soit un seul de moins qu’Ensemble qui réunit le parti présidentiel et ses alliés. Avec 108 élus, le Rassemblement national pourrait tout simplement être le parti le mieux représenté de France, les alliances précédemment citées présentant des profils variés et parfois désaccordés. Reconquête aurait une place non négligeable avec 25 députés.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : ils désavantagent le gouvernement et, à moins qu’un parti profondément attaché à la proportionnelle n’accède au pouvoir et change le système, il paraît donc plus qu’improbable que la situation évolue, d’autant qu’Emmanuel Macron a déjà – à maintes reprises – démontré son mépris pour l’opposition.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 16 juin 2022

Que veut le peuple de droite ?

Source : Polémia
Une très intéressante enquête de Polémia sur les aspirations du « peuple de droite », qui fait bien ressortir les points de convergence entre les électeurs de partis de la droite parlementaire et de la droite nationale. Nous vous livrons les éléments clefs par grands thèmes (immigration, famille, Europe, économie, social, laïcité, réforme de l’État,
Sécurité et défense et vous renvoyons au site de Polémia pour l’analyse détaillée de chaque point.

Parmi les Français, les sympathisants du Front national et de l’UMP, aujourd’hui Les Républicains, ont des opinions voisines sur beaucoup de sujets. Ces deux groupes, lorsqu’on les interroge, sont souvent plus proches l’un de l’autre qu’ils ne le sont des électeurs de gauche. Les sympathisants des partis dits du centre, UDI et Modem se rapprochent, à un moindre degré, des électeurs du Front national et des Républicains.

Ce « peuple de droite », formé de deux composantes — une droite populiste, autour du Front national, une droite « classique », celle des Républicains et de leurs alliés centristes — est aujourd’hui, de loin, la force électorale dominante sur l’échiquier politique. Au sein de cette force, l’électorat du Front national est en voie de devenir prépondérant.
Quel serait le programme politique correspondant aux souhaits du peuple de droite ? Pour le savoir, il faut sélectionner sondage après sondage, les propositions auxquelles adhèrent une majorité d’électeurs du Front national et des Républicains. Certaines d’entre elles recueillent aussi l’approbation d’une majorité ou d’une part substantielle des électeurs de gauche. D’autres propositions sont plus clivantes entre la droite et la gauche. Quel que soit le cas de figure, c’est avec de telles propositions que devrait être bâti un programme politique présidentiel capable de rassembler le peuple de droite au-delà de chacune des deux forces qui le composent.

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François Hollande renonce à la proportionnelle pour les législatives de 2017

18/12/2015 – POLITIQUE (NOVOpress)

C’était pourtant une promesse phare de sa campagne de 2012. En 1986, après que François Mitterrand eut instauré une dose de proportionnelle, 35 députés du Parti patriote avaient fait leur entrée à l’Assemblée nationale. « En 2017, ce ne serait pas les 35 députés Front National des législatives de 1986 que vous auriez, mais bien une centaine d’élus frontistes » a confié le chef de l’État à son entourage. Rappelons que le premier parti de France ne compte que deux députés : Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard.


Cacophonie des élections régionales

23/10/2015 – POLITIQUE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

À quelques semaines du scrutin des élections régionales, les alliances et divergences entre partis se révèlent. Elles révèlent une recomposition du paysage politique français à venir.
Le redécoupage des régions qui sont passées de 22 à 13 n’a pas permis de changer les grandes tendances électorales nationales. Trois grands partis sont en lices dans ce scrutin à la proportionnelle. Le Front National et le parti Les Républicains sont donnés majoritaires au premier tour. La gauche pourrait quant à elle conserver quelques régions.

Que nous révèlent ces élections ?
À y regarder de plus près, les élections régionales montrent qu’un redécoupage partisan est à l’œuvre.
Dans toutes les régions, le Front national ne fait pas d’alliance. Au contraire, chez les Républicains, l’ouverture se fait au centre. L’union des démocrates et indépendants par exemple a obtenu la tête de liste dans trois régions. C’est disproportionné au regard de leur poids électoral. Ils représentent 30 députés sur 577 à l’Assemblée nationale et n’ont gagné qu’un seul département aux élections, en 2015…

Les Républicains ouvrent au centre, mais ferment à droite…
C’est en effet ce qui s’est passé dans quelques régions. Notamment, les Pays-de-la-Loire où Mouvement pour la France de Philippe de Villiers et le PCD de Jean-Frédéric Poisson ont été écartés des places éligibles sur la liste. À la manœuvre, Bruno Retailleau, ancien bras droit de Villiers en Vendée, il est aujourd’hui derrière François Fillon. C’est lui qui a refusé de prendre un candidat MPF et un PCD. Il se considère déjà comme trop marqué par une étiquette conservatrice contre le mariage gay et pro-vie… Il a même déclaré que certains « Prennent en otage le combat pour la famille ».
Quant à Valérie Pécresse en Ile-de-France, elle a poussé à prendre Chantal Jouanno, sénatrice UDI, comme seconde de liste, de peur d’une candidature concurrente.

Qu’en pense la droite des Républicains ?
Un député Les Républicains de l’Aube n’hésite pas à parler de future grande recomposition à droite et évoque une explosion du parti ex-UMP. Nombreux sont ceux qui regrettent une prédominance des centristes sur les listes au détriment des candidats de conviction.