Zemmour ou Marine, les leçons de la présidentielle

Le Gallou Bousquet

08/07/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Grand Remplacement ou Grand Déclassement ? À comparer les résultats de Zemmour et de Marine, les Français ont tranché. La question de l’insécurité sociale a dominé les débats, mais elle n’exclut pas, loin de là, celle de l’insécurité civilisationnelle.

Pour en débattre, les Natifs Paris ont invité Jean-Yves Le Gallou, président de Polemia, et François Bousquet, rédacteur en chef d’Éléments.


Un décryptage à droite de la Présidentielle, par Jean-Yves Le Gallou

Jean-Yves Le Gallou

Interrogé par l’abbé de Tanoüarn, Jean-Yves Le Gallou effectue un retour sur l’élection présidentielle : un bilan en demi-teinte montrant qu’une fois de plus le système est parvenu à ses fins, puisqu’il a consacré Emmanuel Macron président pour la deuxième fois, sans que lui soit porté, ne serait-ce qu’une vraie contradiction. Publié dans le numéro 1010 de Monde et Vie de mai 2020, l’entretien a été réalisé le surlendemain du deuxième tour de l’élection présidentielle.

Guillaume de Tanoüarn : Jean-Yves Le Gallou, peut-on parler à propos de la toute récente élection présidentielle, d’une « victoire éclatante du Rassemblement National », comme l’a fait Marine Le Pen le soir de l’élection ?

Jean-Yves Le Gallou : Assurément non. Dans une élection une « victoire éclatante » intervient quand la liste victorieuse l’emporte avec une large avance sur son ou ses concurrents. A la présidentielle, Marine Le Pen a perdu avec un énorme handicap par rapport à Emmanuel Macron ; quelque 17 % de retard sur son concurrent. Certes sa défaite, en pourcentage est moins importante que lors de la présidentielle de 2017. Mais il faut garder leur sens aux mots sous peine de tomber dans la désinformation. Cela étant dit, j’ajouterai qu’en utilisant une telle expression, « victoire éclatante », elle avoue en fait que son objectif réel est atteint et qu’il n’était donc pas de gagner. On l’a vue très enjouée le soir du premier tour, comme on l’avait vu danser sur sa défaite en 2017, après le fameux débat. Je n’ai pas pu m’empêcher de noter l’énorme distorsion qu’il y avait entre la satisfaction qu’elle éprouvait visiblement et la peine immense des électeurs d’Hénin-Beaumont. Signe sans doute que la coupure entre les élites et les peuples, qui existe de manière nationale et même internationale, passe aussi au RN.

Guillaume de Tanoüarn : N’était-ce pas le même esprit que l’on a pu constater lors du grand débat Le Pen-Macron, ce soulagement visible de la candidate Marine, à la fin d’une confrontation décevante des deux côtés ?

Jean-Yves Le Gallou : Son objectif manifestement était de faire face sans prendre trop de coups. C’est la raison pour laquelle au début du débat, elle a encaissé les attaques de Macron sans répliquer. Un exemple ? Macron venait de l’accuser d’être liée au pouvoir russe par un prêt en cours de remboursement depuis 2015. Elle avait deux répliques possibles : accuser Macron d’être lui-même au service des réseaux mondialistes américains, à travers l’affaire McKinsey, dans laquelle il apparaît que des millions de données, nous concernant nous Français, ont été fournies à ces cabinets de conseil américains et finalement par-là, au Pentagone. Item : d’avoir détruit des fleurons industriels français comme Alstom pour satisfaire les Américains qui ont mis dans cette affaire « une pression de dingue ». Mais Marine Le Pen n’a rien fait de tout cela, probablement par peur d’être accusée de « complotisme ». Elle n’a attaqué son adversaire frontalement que sur la question des éoliennes, interdites au Touquet, ce qui restait de l’ordre de l’anecdote. Elle aurait pu aussi accuser Macron de faire une campagne auprès du gouvernement algérien, alors que le président candidat avait envoyé, deux figures de la macronie l’un après l’autre, Darmanin et Castaner, à la Grande mosquée de Paris dont le recteur est nommé par Alger. Elle n’en a rien fait. Tout se passe comme si elle était habitée non par le souhait de sauver la France, mais par le désir de garder, avec la boutique « Rassemblement national », le statut d’ « opposante officielle » du Président.

Elle avait déclaré au Figaro que ce serait sa dernière campagne ?

Jean-Yves Le Gallou : Oubliée cette déclaration de campagne. Elle se voit repartie pour un tour de manège. En avant pour 2027, voire 2032 !

Guillaume de Tanoüarn : Eric Zemmour marque, dans sa déclaration après le second tour de la Présidentielle, que c’est la huitième fois que le nom Le Pen est en échec lors d’une grande élection. Ne met-il pas là le doigt sur une forme de malédiction historique ?

Jean-Yves Le Gallou : Avait-il raison de donner l’impression de déterrer si vite la hache de guerre ? La remarque de Zemmour est juste factuellement. Mais pourquoi voir dans ce bilan une malédiction ? Ce qui reste à savoir, c’est s’il est possible de gagner dans un système où la totalité des journaux (Présent et Monde et vie mis à part), et les médias télévisés (au moins TF1, France 2, France 3, M6) roulent pour un seul candidat, où les corps intermédiaires du Medef à la CGT, des syndicats agricoles aux chasseurs, votent pour le même candidat. Comme l’a exprimé l’hespérialiste belge David Engels avec force au dernier colloque de notre Institut Iliade : « Ne nous trompons pas : ce n’est pas par le biais de processus démocratiques conventionnels que nous obtiendrons la victoire […] parce que l’ensemble du système politique actuel, malgré le pluralisme formel, est si unilatéralement dominé par le libéral-gauchisme qu’il rend une victoire électorale globale de la “droite” impossible dans les faits et ne peut donc être qualifié de démocratique que dans une mesure limitée. Qu’il s’agisse de l’orientation gauchiste des médias, de l’école, de l’université, du monde professionnel, des institutions de l’État ou des fonctions politiques : partout, la synchronisation idéologique est telle que seules des infimes nuances de gauchisme semblent être tolérées, tandis que tout mouvement patriotique culturel est soit étouffé, soit désintégré de l’intérieur, soit discrédité ou éradiqué. » Dans le contexte dialectique occidental, le changement par les urnes est impossible à court terme. On notera que les seuls pays qui aient des gouvernements identitaires et conservateurs ont des médias pluralistes, c’est-à-dire qu’à côté des médias financés par Soros, il y a dans ces pays des médias indépendants, à une échelle que l’on ne trouve pas en France. Regardez Victor Orban : pour lui, le combat culturel se prépare dès maintenant, il est pour l’après, quand il ne sera plus au pouvoir. Je ne résiste pas à préciser que l’interventionnisme du président ukrainien Zelensky à l’international, lui a rendu service. Les Hongrois, contrairement aux Français, ne s’y sont pas laissé prendre, sans doute parce que ce sont de proches voisins.

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Macron 2 : la victoire des puissants contre les faibles

macron baby boomers

C’était un choix de civilisation. Les électeurs ont tranché. À 38,52 % des inscrits (soit moins de 4 électeurs sur dix), les Français ont donc élu le candidat des riches, celui des gagnants de la mondialisation. Ceux qui ne sont rien, les Gaulois réfractaires, les gilets jaunes, les soignants non vaccinés flanqués à la porte, les oubliés de la France profonde, les économiquement trop faibles pour se payer le luxe d’habiter loin des foyers d’insécurité et les victimes de l’islamisation de la France ont perdu la bataille. Mais pas la guerre. Ils ne sont pas les seuls : il y aura d’autres perdants parmi les plus jeunes et les plus âgés. Sans peut-être avoir pris toute la mesure du choix, les électeurs d’Emmanuel Macron ont signé pour cinq ans de plus d’effacement d’une de ces valeurs cardinales qui ont fait la grandeur de notre civilisation : la défense des faibles.

Macron 1, bilan : la loi de bioéthique de 2021 autorise la création des embryons transgéniques et des chimères animal-homme et supprime la semaine de réflexion avant une IMG et l’accord parental pour une mineure. Des embryons conçus avec des gamètes étrangers et anonymes sont réimplantés dans des ventres de femmes sans hommes sans considération ni principe de prudence pour le devenir de l’enfant (loi PMA). Les familles sont privées de leurs droits les plus élémentaires à instruire leurs propres enfants chez elles (loi sur le séparatisme) alors que les plus petits sont obligés d’aller à l’école dès l’âge de 3 ans.

Macron 2, perspective : les plus vieux d’entre nous, inutiles, non productifs, encombrants et trop coûteux pour le corps social, seront prématurément supprimés. Le scandale des maisons de retraite (Macron 1) aura révélé la cruauté de notre modèle social qui empêche les actifs de prendre soin de leurs parents par manque de disponibilité, par éloignement géographique forcé, nomadisme obligatoire et manque de place dans les logements exigus des métropoles pourvoyeuses d’emplois. Le suicide assisté, promis « grande réforme sociétale » selon le ministrable Richard Ferrand, tombera à point nommé. On désencombrera. Les hôpitaux et les bras des travailleurs. Ironie de l’histoire : ceux qui, en majorité, auront soutenu Emmanuel Macron (71 % pour les plus de 70 ans) risquent bien d’être les premières victimes sur la liste.

Toutes les possibilités d’avorter (IMG, IVG allongées à la 14e semaine) ayant été amplement fortifiées, garanties et consolidées se verront inscrites dans le droit européen. Une ambition à la mesure d’un Emmanuel Macron Président d’une France trop rabougrie, trop petite.

Et parce que les promesses n’engagent que ceux qui les tiennent, la GPA, ou abandon programmé d’enfants à la naissance au profit de riches clients et location de ventres de femmes économiquement faibles, sera, n’en doutons pas, légalisée. On nous dit déjà que 7 Français sur 10 y sont favorables (sondage IFOP pour Femme actuelle, janvier 2022) et que le principe d’égalité nous y oblige, car comment refuser à des couples d’hommes ce qu’on accorde à des couples de femmes ?

Les associations LGBT militantes bien implantées dans les écoles se verront renforcées. Au détriment des enfants masqués, enfermés, privés d’école et soumis aux caprices idéologiques et aux délires d’un Jean-Michel Blanquer leur enseignant, sous Macron 1, la possibilité de changer de sexe à coups d’hormones et d’opérations chirurgicales. Olivier Véran a déjà préparé le terrain sous prétexte d’une « égalité d’accès aux soins des personnes trangenres ». Un groupe de travail est à l’œuvre.

Et, bien sûr, le contribuable français qui a brutalement découvert l’état déplorable de son système de soin lors de la crise du Covid-19 sera tenu de financer encore un peu plus les nouvelles « avancées sociétales » en vue. À moins d’un miracle, d’un sursaut, d’une prise de conscience et de la construction d’un mur de résistance étanche, solide, uni à l’Assemblée nationale : « Faire barrage ! »

Sabine de Villeroché

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Présidentielles : la progression de Marine Le Pen invite les macronistes à la prudence

elysée

Les présidentielles de 2022 font… trois déçus : la gauche, les macronistes et la droite nationale. Il faut ajouter une autre déçue, la France patriote, qui va devoir composer avec un président de la République destructeur durant cinq ans de plus. Mais les apparences sont en partie trompeuses.

Battue dès le premier tour, l’extrême gauche peine à digérer la défaite. Une partie de nos grands donneurs de leçons républicaines a manifesté, dès dimanche soir, son attachement à la légitimité démocratique en défilant et cassant dans plusieurs grandes villes contre les résultats du scrutin, non sans agresser violemment les forces de l’ordre… Organisée par l’extrême droite, une telle manifestation, fondamentalement antidémocratique, aurait donné lieu à des condamnations médiatiques unanimes et outrées. Mais c’est l’extrême gauche, alors…

La droite nationale est elle aussi battue au second tour, moins que l’extrême gauche éliminée dès le premier. Mais la droite l’accepte et ne conteste rien alors que le déséquilibre médiatique et les petites ou grandes entorses aux règles de la réserve durant les heures qui précèdent le scrutin donneraient bien des prétextes. Sans doute parce que le match Macron-Le Pen est en réalité moins déséquilibré que ce que les partisans d’Emmanuel Macron auraient souhaité. Car Le Pen progresse en nombre de voix (de 10,6 millions de voix en 2017 à 13,3 millions de voix en 2022). C’est 2,7 millions de voix supplémentaires, un record pour la candidate. De son côté, Macron a perdu des plumes entre les deuxièmes tours de 2017 et de 2022 : il a égaré précisément 1,9 million de voix. Une érosion maîtrisée pour un Président resté cinq ans aux affaires sans cohabitation, mais une fragilisation évidente de son potentiel électoral.

Résultat, dix millions de voix séparaient Marine Le Pen d’Emmanuel Macron au deuxième tour des présidentielles de 2017 : cet écart s’est réduit, en 2022, à 5,5 millions de voix. Marine Le Pen se rapproche de la barre fatidique. Si l’on observe les pourcentages, la diminution des écarts est également spectaculaire. En 2002, le score de Jean-Marie Le Pen face à Chirac affichait 64 points d’écart (82 % contre 18 %). Cet écart a fondu de moitié, en 2017, à 32 points (66 % Macron contre 34 % Le Pen) et il a encore diminué de moitié, en 2022, avec 17 points d’écart seulement. En somme, toutes les institutions, partis politiques, célébrités, journaux, etc., appellent toujours à faire barrage contre le RN mais l’efficacité de la chanson du barrage contre l’Atlantique a fondu comme neige au soleil. En vingt ans, le fameux front dit républicain est passé de 80,2 % au deuxième tour des présidentielles de 2002 à 58,2 % hier : il a perdu précisément 22 points ! Pas un franc succès ni de quoi déboucher le champagne dans les cercles d’influence. Ce qui explique le triomphe relativement mesuré d’Emmanuel Macron, dimanche soir, au Champs-de-Mars à Paris.

Reste le fameux plafond de verre, mais est-il un obstacle définitif pour Marine Le Pen ? L’analyse des résultats locaux montre que non. Si les grandes villes sont toujours très hostiles au vote Le Pen (85,1 % à Paris en faveur de Macron, 79,80 % à Lyon, 59,80 % à Marseille, Nantes 81,15 %, Bordeaux 80 %), le reste de la France et les petites villes lui sont bien plus ouvertes. Ainsi, 28 départements ont placé Marine Le Pen en tête au deuxième tour, contre deux seulement en 2017. L’outre-mer, le pourtour méditerranéen, la Corse, les Hauts-de-France et le Grand Est ont souvent installé la candidate du RN en tête.

Des résultats qui vont donner des sueurs froides aux grands appareils concurrents. Surtout si Macron met en place un mode de scrutin à la proportionnelle pour les élections législatives. L’occasion, peut-être, si le RN sait nouer de larges alliances à droite avec Éric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan, de créer un groupe patriote à l’Assemblée nationale. Du jamais-vu depuis les 35 députés du Front national (dont trois apparentés) élus, en 1986, autour d’un certain Jean-Marie Le Pen.

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Sociologie d’une élection : la France en instance de divorce

election fracture

L’étude des résultats du deuxième tour de l’élection présidentielle fait apparaître une France plus fracturée que jamais. D’un côté, les métropoles bourgeoises qui votent massivement Emmanuel Macron, de l’autre la France périphérique et rurale, plus précaire, qui plébiscite Marine Le Pen. Une rupture entre les gagnants et les perdants de la mondialisation libérale qui pourrait aboutir à un divorce définitif, voire à une forme de sécession.

Après la déception, les raisons de se réjouir

Dimanche soir, chez les macronistes, ce n’était pas l’euphorie des grandes victoires : trois mille personnes seulement sur le Champ-de-Mars pour applaudir leur champion et son discours de quelques minutes. Lundi, la une du Monde était alarmiste : « L’extrême droite à un niveau historique ». Malgré un « front républicain » reconstitué, la droite nationale s’est enracinée à un niveau historiquement élevé.

Quand on regarde la carte de la France mariniste du 24 avril, on voit clairement qu’il existe à présent des terres, des régions entières acquises au vote RN : pratiquement toute la ruralité, le nord et l’est de la France, à part l’Alsace, le centre, le Bordelais (sauf Bordeaux) et la vallée de la Garonne, tout le pourtour méditerranéen, de Perpignan à Menton, et aussi la Corse et les DOM-TOM. « Le Pen construit son avancée », note Le Monde qui relève qu’une trentaine de départements ont donné une majorité au RN. L’électorat de Marine est celui qui se répartit de la façon la plus homogène sur le territoire français : la candidate du RN est arrivée en tête dans 18 100 communes sur les 35 000 du pays. Mais bien évidemment toutes les communes ne se valent pas par la taille : à Paris et dans la région parisienne, le vote Macron s’est fortement imposé, de même que dans les grandes villes, ainsi qu’en Bretagne et chez les Français de l’étranger. Quant au vote Mélenchon du premier tour, il avait concerné pour l’essentiel les villes réputées de gauche et les banlieues de beaucoup de villes, là où les substitutions de population sont en cours. Mélenchon avait aussi fait ses meilleurs scores dans les prisons. Enfin, en Bretagne et dans un petit tiers du sud de la France, le candidat LFI avait dépassé sa moyenne nationale.

L’électorat des partisans de Macron et de Mélenchon est plus concentré géographiquement. C’est un atout pour les législatives de juin, mais c’est aussi le risque d’une accentuation des fractures du pays : les villes contre la ruralité, la bourgeoisie aisée, les gagnants de la mondialisation contre les campagnes, les oubliés des technocrates parisiens. Cette fracture-là transcende désormais les clivages droite/gauche. Elle explique par exemple le vote des Antillais qui avaient placé Mélenchon largement en tête des douze candidats, puis, deux semaines plus tard, ont offert un triomphe à Marine Le Pen.

Jeune, actif ou… chômeur, populaire

Quel portrait peut-on dresser de l’électeur RN, et quelles sont les caractéristiques des régions qui ont placé Marine Le Pen en tête ? Cette France-là englobe les régions au pouvoir d’achat le plus faible, les régions des déserts médicaux et industriels. Mais c’est aussi la France de la confrontation avec les grandes vagues d’immigration : comme la côte méditerranéenne, ou l’est du Bassin parisien.

L’électorat du RN est jeune, actif ou… chômeur, populaire, ayant des revenus modestes. Le contraste est évidemment fort avec celui de Macron : retraités des grandes villes et des banlieues aisées, cadres, la tranche de population la plus privilégiée. Pour un peu, on pourrait parler de reconstitution d’une lutte des classes, si ce concept marxiste avait quelque valeur.

La sociologie des partisans du RN n’est donc pas celle des macronistes ni même celle des mélenchonistes (fonctionnaires, habitants des zones urbaines et périurbaines). Elle ressemble davantage à celle du PC des années Waldeck Rochet ou Duclos. Mais, curieusement, la détresse des nordistes, des Lorrains confrontés à l’extension des friches industrielles ou des « souchiens » marginalisés par l’immigration de peuplement ne suscite pas la commisération des nouveaux prêtres-ouvriers, des pouvoirs publics, et des artistes et intellectuels « engagés », mais plutôt un mépris teinté d’inquiétude pour ces « prolos-fachos ».

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 26 avril 2022

Le matraquage médiatique, vainqueur de la présidentielle, par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

Vous aimez le passe vaccinal, les parcs d’éoliennes, les féministes voilées, les sermons des people ? Vous allez être comblés : vous venez d’en reprendre pour cinq ans. Le Système a su se maintenir en place, grâce à un toujours efficace « front républicain ». Je ne peux cacher une certaine déception au vu des résultats. Je m‘étais pris à espérer, idéalement il est vrai, une résistance des électeurs face à l’indécent bourrage de crâne de ces dernières semaines. Mais le matraquage contre le péril « d’extrême droite », repris par la totalité des médias et des pouvoirs en place, a fait son œuvre. La propagande a été plus forte que l’analyse des colères françaises, qui ne se rattachent en rien aux caricatures « fascistes » qui en sont faites par les gardes-chiourmes de la caste. Emmanuel Macron a été brillamment réélu dimanche soir (avec 58,5% des suffrages contre 41,50 % à Marine Le Pen) en bénéficiant à 40% d’un vote de rejet de son adversaire. 42% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se sont reportés sur le président sortant, contre 17% qui ont choisi Le Pen.

Le choix de Macron d’esquiver les débats et de diaboliser l’adversaire a été une stratégie payante. Marine Le Pen a subi une défaite cuisante, même si elle a amélioré son score de plus de 2,5 millions de voix par rapport à 2017. Au moins peut-elle se réjouir de n’avoir pas à gérer les périodes tendues qui s’annoncent avec une hausse de l’inflation, de l’endettement et de la vulnérabilité plus générale du pays. Macron va avoir à assumer lui-même les conséquences de ses politiques. Il s’est d’ailleurs gardé hier soir, à raison, de tout triomphalisme affiché.

Reste que si le scrutin est sans appel et que Macron a toutes les raisons de se satisfaire de la prouesse de sa réélection, la photographie politique n’en est pas moins voilée. La frustration qui est la mienne devant des débats confisqués et des interdits de penser me semble être commune à beaucoup d’électeurs. Il leur est répété, sondages à l’appui, que la société aurait viré à droite. Or c’est la gauche mélenchoniste et islamo-gauchiste qui, pour partie, a favorisé également l’élection de Macron, soutenu par la presse moutonnière. Le président, qui avait reçu le soutien de la Grande mosquée de Paris et du Rassemblement des musulmans de France, a fait de très bons scores dans des villes de la « diversité » : 75% aux Mureaux, 70% à Grigny, 74% à Trappes.

S’il recueille au total 18,7 millions de voix contre 13,2 millions à Le Pen, la somme des absentions et des votes blancs et nuls atteint 16,6 millions d’électeurs (13,6 millions d’abstentions, 3 millions de blancs et nuls). Quand autant de citoyens ne veulent plus jouer le jeu de la démocratie, c’est que celle-ci ne fonctionne plus correctement. De fait, l’imposition d’un discours unique ne peut qu’assommer, un temps seulement, l’électeur incertain. Cette situation ne peut perdurer sans risque d’explosions insurrectionnelles. Hier soir, Macron a promis « l’invention collective d’une méthode refondée ». Vous aimez aussi les mots creux ? Vous allez être servis.

Ivan Rioufol

Texte daté du 25 avril 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Réélection d’Emmanuel Macron – Les Français en redemandent !

macron pass sanitaire

Oubliés, les deux millions d’immigrés débarqués sur notre sol depuis 2017 et les centaines de milliers de naturalisations opérées par la Macronie. Effacés, l’explosion record de la criminalité dans nos campagnes comme dans nos villes, l’ensauvagement effrayant de notre société et la multiplication galopante des enclaves islamistes partout en France. Passés à la trappe, l’augmentation de la dette publique de quelque 680 milliards d’euros, le grand déclassement économique et les 400 000 pauvres supplémentaires en cinq ans. Enterrés, les interminables semaines de confinement, le piétinement incessant de nos libertés individuelles au nom de la lutte anti-Covid, le passe vaccinal et la dictature sanitaire. Exit, enfin, les mois de chaos liés à la crise des Gilets jaunes, la répression ahurissante (et très sélective) à laquelle l’exécutif a eu systématiquement recours contre ses opposants, et les innombrables insultes proférées par le chef de l’Etat à l’encontre des petites gens. Alors que nos concitoyens sortaient tout juste d’un quinquennat véritablement cauchemardesque et avaient été largement avertis des grands enjeux de ce scrutin, notamment sur le plan identitaire, 58,5 % d’entre eux, obéissant comme un seul homme aux consignes de vote données par les grands médias, ont fait dimanche le choix consternant de reconduire à l’Elysée l’homme des cabinets de conseil américains pour un nouveau mandat de cinq ans !

Cinq nouvelles années en enfer

Nul besoin d’être doté d’une créativité intellectuelle débordante pour imaginer la satisfaction malsaine et le sourire narquois d’un Macron qui, après avoir tant méprisé et maltraité les Français lors de son premier quinquennat, se voit maintenant largement réélu par eux, et donc en position de poursuivre sa vaste entreprise de déconstruction, dans tous les domaines, de notre pays. Car, rappelons-le, le programme d’Emmanuel Macron, ou du moins ce que celui-ci a bien voulu en dire, comporte nombre de mesures qui devraient accélérer encore le déclin de la France et sa soumission à l’étranger. Et d’abord à l’Union européenne puisque, dans ce registre, le président réélu entend notamment renforcer la prétendue « souveraineté européenne » et « bâtir une Europe-puissance », deux objectifs qui supposent bien évidemment l’abandon de pans entiers de notre souveraineté et de notre indépendance nationales. En même temps, Macron entend bien poursuivre la politique des grands accords de libre-échange signés par l’Union européenne avec ses pseudo-« partenaires », ce qui aura pour conséquence prévisible d’achever un certain nombre de secteurs de notre économie.

Sur le plan intérieur, il y a bien sûr cette fameuse réforme des retraites qui prévoit de repousser l’âge légal de départ à 65 ans. Une mesure, rappelons-le, largement impopulaire, mais qui n’a toutefois pas empêché les Français de voter pour Macron. On n’oubliera pas non plus, dans le domaine des mesures sociétales, le projet de créer une « convention citoyenne » chargée de « réfléchir sur l’euthanasie et le suicide assisté », à la suite de laquelle notre pays sombrera encore davantage dans la culture de mort.

Enfin, dernier axe important du nouveau quinquennat d’Emmanuel Macron : l’écologie dans l’une de ses pires versions. C’est ainsi que, s’il entend maintenant « limiter l’éolien terrestre », l’occupant de l’Elysée projette de défigurer notre littoral et de massacrer les écosystèmes marins en lançant la construction de quelque cinquante parcs éoliens en mer d’ici 2050 ! Date à laquelle, rappelons-le, notre pays devra, de gré ou de force, et quoi qu’il en coûte, avoir atteint la fameuse « neutralité carbone »…

Un Premier ministre chargé de la « planification écologique »

En attendant, les grands médias s’amusent aujourd’hui à essayer de deviner à quoi pourrait ressembler le nouveau gouvernement mis en place dans l’optique des prochaines élections législatives. Et notamment le nom de celui qui pourrait remplacer Jean Castex au poste de Premier ministre. Rappelons en effet que Castex a lui-même annoncé son départ le 19 avril dernier sur France Inter, en déclarant : « … comme le veut la tradition, je présenterai ma démission et celle du gouvernement au président de la République. » Si cette démission ne signifie pas automatiquement son départ, Macron pouvant en effet le reconduire dans ses fonctions, l’ancien maire de Prades avait cependant déclaré être « de ceux qui pensent qu’une impulsion nouvelle après la réélection du président doit être trouvée ». Bref, qu’il avait déjà prévu de faire ses cartons et de laisser sa place à un autre.

Reste que, sur ce sujet, Emmanuel Macron s’est jusque-là montré plutôt discret. Si, dans l’entourage du président fraîchement réélu, certains évoquent le nom de Julien Denormandie, désastreux ministre de l’Agriculture et proche parmi les proches du locataire de l’Elysée, ou encore ceux de Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, et d’Alexis Kohler, actuel secrétaire général de l’Elysée, rien n’a semble-t-il encore été arrêté. A l’exception, toutefois, d’une chose : le prochain Premier ministre, a indiqué Macron lors de son meeting de l’entre-deux-tours à Marseille, se verra attribuer de « nouvelles prérogatives », et notamment celle de la « planification écologique ». Ce qui pousse certains médias à chuchoter le nom d’Elisabeth Borne, l’actuel ministre du Travail, qui pourrait être choisie en raison de son passage par la Transition écologique et la direction du cabinet de Ségolène Royal lorsque celle-ci était ministre de l’Ecologie. A moins que, après un premier quinquennat dirigé par des Premiers ministres ralliés de la droite molle, le chef de l’Etat ne cherche à satisfaire la gauche en piochant parmi les figures écolos. Bref, dans tous les cas, la France et les Français n’ont pas fini de serrer les dents.

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 25 avril 2022

La France contre les boomers, par Clément Martin (Les Identitaires)

Malgré un quinquennat désastreux sur tous les plans et une détestation populaire rarement vue pour un président de la Ve République, Emmanuel Macron a été réélu. Et ce de façon confortable. Ce paradoxe est incompréhensible pour celui qui ne voit pas que la France est une gérontocratie. Car la victoire d’Emmanuel Macron est avant tout celle des baby-boomers. La démocratie contemporaine n’est rien d’autre qu’une toile sur laquelle la génération des soixante-huitards exprime à l’envi ses velléités anticivilisationnelles.

Pour sauver notre civilisation, il faut combattre le règne du boomer. Et pour vaincre le boomer, il faut le comprendre.

Qu’est-ce qu’un boomer ?

Traditionnellement, on établit que les bornes de la génération des baby-boomers (ou simplement « boomers ») vont de 1946 à 1964[1]. Bien entendu, les générations ne sont pas simplement des catégories temporelles mais également culturelles : les cohortes qui sont nées au cours de la même période grandissent dans le même environnement et font face aux mêmes événements, ce qui se traduit par une culture commune et une vision du monde similaire. Parmi ces moments marquants, on peut citer l’émergence de la contre-culture, le mouvement des droits civiques aux États-Unis ou encore la guerre du Vietnam. Autrement dit, certaines personnes nées légèrement en-dehors de ces bornes (1942 ou 1965) peuvent tout à fait être considérées comme des boomers si leur vision du monde est impossible à différencier de celle d’un boomer « pur » né en 1955.

La culture des boomers se définit par quelques éléments qui distinguent radicalement leur génération des précédentes : un déséquilibre démographique de la jeunesse (qui s’est traduit par une rupture de la transmission de la part des générations précédentes), l’invention de nouveaux médias de masse (dont la normalisation de la télévision dans chaque foyer), l’avènement de la société de consommation (couplée aux Trente Glorieuses et au plein emploi) et le surgissement d’un monde pacifié et libéré de la guerre. Chacun de ces éléments a participé à l’élaboration de leur idiosyncrasie culturelle, caractérisée par un nombrilisme délirant, une recherche constante de l’hédonisme et un autisme politique inégalé. Les boomers sont la preuve que ce sont les quantités qui font l’histoire. Puisqu’ils sont la cohorte générationnelle la plus nombreuse et la plus politiquement mobilisée de France (en plus de voter d’une façon particulièrement monolithique), leurs poids politique est colossal.

Mai 68 n’a jamais pris fin

Qu’on se le dise, l’héritage politique des boomers a été une véritable catastrophe pour la France (et pour l’Occident en général, soit dit en passant). Il serait réducteur de ne considérer l’identité politique des boomers qu’à travers mai 68. Ou plutôt, mai 68 doit se comprendre à deux niveaux : d’une part, l’épisode estudiantin bien connu, dont la tête de proue est sans conteste Daniel Cohn-Bendit. Mais mai 68, c’est aussi une mythologie, une certaine utopie rattachée à une génération motivée par des idées libertaires, humanistes et pacifistes, et dont la manifestation concrète a pu considérablement évoluer au fil des années. Trotskistes ou maoïstes en 1968, beaucoup de boomers sont devenus les chantres d’un conservatisme économique rigide au fil des années[2], à tel point que ceux qui hurlaient pour l’avènement de la société sans classe constituent aujourd’hui une caste de rentiers, arc-boutés sur leur patrimoine et leurs « acquis sociaux ». On pourrait penser qu’il s’agit-là d’un renversement des valeurs de la part de cette génération : généreux et idéalistes dans leur jeunesse, les boomers auraient troqué leurs rêves adolescents pour faire le choix de l’accumulation et de la rente. En réalité, cette transformation du discours n’est pas un reniement, mais une continuation fort logique : la réclamation bruyante d’une Révolution culturelle à la française au vote Emmanuel Macron sont les deux faces d’une même pièce – celle de l’égoïsme. On connaît le dicton : « Un égoïste, c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi. » Effectivement, derrière les discours imbéciles et les efforts ininterrompus des soixante-huitards pour ridiculiser tout l’ordre traditionnel et enraciné de la France et de l’Europe, se cachait en réalité une simple demande parfaitement autocentrée de privilèges économiques et culturels. La cohérence de l’itinéraire politique des boomers, c’est d’avoir recentré l’intégralité de la vie culturelle et politique et de la vie économique autour d’eux. Au nom de l’ « humanité » (dont ils étaient, par une heureuse coïncidence, la cohorte générationnelle la plus nombreuse) ils réclamaient la générosité. Au nom du « respect des anciens », ils défendent leurs prébendes.

La retraite par répartition et les misères du socialisme

La quasi-intégralité des maux qui frappent aujourd’hui notre pays peut trouver son origine dans l’influence politique, culturelle et économique de la génération du baby-boom. Bien entendu, l’histoire doit se comprendre au prisme de certaines lames de fond, mais les causes profondes, tout comme les concepts philosophiques, ne sont pas automoteurs. Ils sont portés par des groupes et des personnes qui les pensent et les mettent en place. La généalogie du malaise français se confond d’une façon quasiment parfaite avec l’analyse d’une pyramide des âges.

Dresser la liste exhaustive de l’influence nocive de cette génération sur le destin de notre patrie prendrait trop de place ; on peut toutefois se concentrer sur un élément particulièrement emblématique.

La première entaille (tant en termes chronologiques qu’en termes d’importance) portée les « vieux-jeunes » à notre pays est celle de la retraite. Les premiers systèmes de retraite européens surgissent à la charnière entre le xixe et le xxe siècle. Ces systèmes fonctionnent alors sur le système de la capitalisation. En France, c’est, ironiquement, le régime de Vichy qui établira en 1941 le premier système par répartition de l’histoire de France. Repris en 1946 par le Conseil national de la Résistance (CNR) et restructuré notamment par le communiste Ambroise Croizat, le système de retraite par répartition est devenu une des pierres angulaires du « modèle social français ». Au départ, si l’idée de mettre les retraités à la charge des actifs pouvait sembler être un choix pertinent dans un contexte d’explosion démographique, de plein emploi et d’accroissement régulier de la productivité, ce choix est rapidement devenu intenable : aujourd’hui, on compte 1,7 actif cotisant pour un retraité[3] contre 4 actifs par retraité en 1950[4]. Sous couvert de justice sociale, la France a mis en place une véritable pyramide de Ponzi[5], fondée sur la spoliation croissante des actifs au profit des retraités. Bien entendu, les bénéficiaires de ce système ont toutes les raisons de s’en faire les gardiens obtus : alors qu’ils ne travaillent plus, le niveau de vie médian des retraités est légèrement supérieur à celui de l’ensemble de la population[6]. Certes, un examen plus précis des statistiques montre que les revenus (différents du « niveau de vie ») des retraités sont légèrement inférieurs à ceux des « actifs ayant un travail » au sens de l’INSEE. Mais si l’on prend en compte le fait que la moitié des retraités sont nés entre 1928 et 1945[7] (et n’ont par conséquent pas bénéficié de la génération des boomers), on comprend que l’analyse générale demeure la même. Sans compter le patrimoine immobilier de la génération du baby-boom.

Mais au-delà la situation économique des retraités (qui est finalement un point secondaire), le problème du système par répartition tient au fait qu’il procède à une distorsion catastrophique du lien entre les générations : afin de perdurer, un tel système se doit de produire des actifs. Autrement dit, il ne peut fonctionner que si la natalité du pays est dynamique. Or, la génération des boomers est celle qui a sacralisé toutes les mesures et les mœurs qui ont encouragé directement ou indirectement la dénatalité française (avortement remboursé par la Sécu, ponction fiscale, délocalisations des emplois industriels à l’étranger, dédain du mariage et de la monogamie). La solution s’est donc imposée d’elle-même : pour prolonger artificiellement la vie du système de retraite, il ne restait qu’une seule solution – importer des actifs via l’immigration de masse. Une des constantes de la vision politique des baby-boomers est son cosmopolitisme : sans-frontiéristes acharnés, animés par un humanitarisme dégoulinant, ils n’ont pas hésité à ouvrir les vannes de l’invasion migratoire pour continuer à financer leurs retraites. Les conséquences de l’immigration sont bien connues de nos lecteurs : crime, surcharge des systèmes sociaux, islamisation (et donc islamisme) et dilution de l’identité française et européenne. Mais ceux qui ont voté pour les gouvernements qui mirent en place les politiques d’immigration (regroupement familial en 1976 sous Valéry Giscard d’Estaing, entre autres) prirent soin de vivre loin de ces nouveaux arrivants, préférant militer pour leur intégration au sein d’officines immigrationnistes (GISTI, CIMADE, DAL, etc.) tout en achetant des maisons dans les quartiers préservés, bénéficiant du boom de l’immobilier des années suivantes, qui s’est d’ailleurs soldé par la quasi-impossibilité pour les jeunes actifs français de se loger et de fonder une famille dans un lieu paisible. L’ironie de l’histoire, c’est que cette main-d’œuvre importée pour payer les retraites géantes des boomers, bien souvent sous-qualifiée, quand elle n’est pas carrément parasitaire (délinquance, trafic, chômage de masse) sera celle qui sera la plus susceptible de travailler dans les maisons de retraites peuplées par ces mêmes boomers.

La gérontocratie est une oligarchie

Qu’on ne s’y trompe pas : malgré son jeune âge (il est le plus jeune président de la Ve République à 39 ans en 2017), Emmanuel Macron est politiquement gériatrique. Il n’est qu’une version recyclée des promesses de Valéry Giscard d’Estaing, adaptée à un pays vieillissant. Les chiffres le montrent clairement : les 65 ans et plus ont voté à 75 % pour le président sortant au deuxième tour des dernières présidentielles[8]. Son score élevé chez les jeunes s’explique par le report des voix de l’électorat de Mélenchon, très performant chez les 18-24 ans. Autre ruse de l’histoire, les lycéens et étudiants qui ont voté pour Mélenchon au premier tour selon un logiciel « anti-boomer de gauche » (révélé par le mantra « Ok boomer ») se sont ralliés en masse derrière le candidat de la gérontocratie. Derrière le discours de modernisation promis par la macronie se cache en réalité un vote très conservateur, destiné à cimenter l’influence des retraités au sein de la société française. Selon le démographe Emmanuel Todd (notoirement faible sur les questions identitaires mais pertinent sur l’analyse du macronisme), la France subit une situation inédite dans l’histoire de France, ce sont les inactifs (ceux qui ne travaillent pas et n’ont pas d’enfants à charge) qui décident du destin du pays[9].

Comme nous l’avons rappelé dans un article récent, Emmanuel Macron ne doit pas être vu comme un président « libéral » mais comme un manager mondialisé[10]. Cette analyse se conjugue parfaitement à la situation gérontocratique de la France : à la tête d’un pays vieillissant dont la classe retraitée est la clé de voûte de l’organisation socio-économique, Emmanuel Macron a pour mission politique de pérenniser (autant que possible) cet ordre social en poursuivant le transfert de richesses des actifs vers les retraités (notamment via la réforme des retraites, bien plus soutenue par les 65 ans et plus que par les autres[11]).

Il est admis par les observateurs avisés que le principal danger qui menace la France est celui du Grand Remplacement, qui constitue une menace vitale pour notre démographie et donc pour notre identité. Mais sur un plan plus strictement politique, le vieillissement de la société française constitue un obstacle majeur à la lutte contre les menaces qui pèsent sur le destin de la patrie. Le glissement autoritaire de la pratique du pouvoir, le musellement de l’opposition politique, le Grand Déclassement qui guette les actifs et le blocage des institutions démocratiques par l’hégémonie d’un bloc centriste-élitaire sont tous des conséquences directes du poids électoral et culturel colossal des séniors. Si l’on en croit les chiffres constatés et les projections de l’INSEE[12], les boomers (nés entre 1946 et 1964) constituent aujourd’hui 22 % de la population française. Ils seront près de 21 % pour le prochain scrutin présidentiel et 19 % pour le suivant – une perspective peu réjouissante. Leur chute démographique sera politiquement observable à partir de 2037 (16 % de la population). En 2050, ils ne seront plus que 6 %. Arrivés à ce stade, le combat politique pour la reconquête par les urnes sera quasiment impossible à gagner. Espérons que d’ici-là, la crise que traverse la civilisation européenne aura réveillé les consciences depuis longtemps et permis un réalignement politique en profondeur.

[1] Dans leurs travaux, William Strauss et Neil Howe préfèrent la période 1943-1960, alors que le baby-boom en tant quel tel se produit entre 1944 et 1964 selon les données démographiques américaines. Michèle Delaunay, dans son ouvrage Le Fabuleux destin des baby-boomers (Plon, 2019), considère que les boomers français sont nés entre 1946 et 1973. Quant à elle, l’INSEE situe le baby-boom entre 1946 et 1974.
[2] Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Paris, Albin Michel, 1986.
[3] https://travail-emploi.gouv.fr/retraite/le-systeme-de-retraite-actuel/article/chiffres-cles-retraite
[4] https://www.lepoint.fr/economie/reforme-des-retraites-les-implacables-chiffres-de-la-demographie-13-12-2019-2352931_28.php
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_Ponzi
[6] https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwim2–YmK_3AhXfhf0HHcfJAWkQFnoECAUQAQ&url=https%3A%2F%2Fdrees.solidarites-sante.gouv.fr%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2F2021-05%2FFiche%252009%2520-%2520Le%2520niveau%2520de%2520vie%2520des%2520retrait%25C3%25A9s.pdf&usg=AOvVaw3rkDpVTIt9mHP_hYEWt3vP
[7] https://www.ifrap.org/emploi-et-politiques-sociales/actifs-vs-retraites-ne-pas-se-tromper-de-raisons-de-critiquer
[8] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/age-villes-profession-qui-a-vote-emmanuel-macron-qui-a-vote-marine-le-pen_2172352.html
[9] https://www.youtube.com/watch?v=m1x_HjDJQU8
[10] Référence vers l’article : « Non, Macron n’est pas libéral »
[11] https://www.ifop.com/publication/les-francais-et-la-suppression-de-la-retraite-a-65-ans-du-programme-demmanuel-macron/
[12] https://www.insee.fr/fr/outil-interactif/5014911/pyramide.htm#!y=2070&c=0

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

Une élection, et après ?, par Xavier Eman

macron le pen

Ce n’est qu’une élection. Le résultat fait un peu mal au cul, certes, car on pouvait raisonnablement penser que le fait d’enfermer, de tabasser et de vacciner de force son peuple pour finir par lui promettre la retraite à 90 ans n’était pas forcément un super bilan ni un top programme pour être réélu triomphalement… Mais soit. 58 % des gens sont satisfaits de la France telle qu’elle est et du monde tel qu’il va. Dont acte. Nous n’étions pas non plus très convaincus par l’alternative proposée, qui ne représentait finalement que quelque chose entre une infime possibilité de rupture et un hypothétique moindre mal.

Rien de bon ni de bien, dans notre histoire, n’est jamais sorti, pour notre culture et notre civilisation, de ces urnes déifiées par le système que nous voulons justement abattre. N’en soyons donc ni surpris ni accablés. A l’aigreur, au dépit et au découragement qui nous tendent les bras, répondons par un surcroît d’engagement, de vigueur, d’enthousiasme, par une explosion d’activisme, par un débordement d’amour. Car si leur monde de calculateurs, de boutiquiers, de bourgeois, de déracinés, de cyniques, de matérialistes, de profiteurs, de séniles, de corrompus, de prébendiers, de pleutres et de robots se renforce, le nôtre n’en devient que plus impérieux et urgent.

Nos rires, nos feux de camp, nos poèmes et nos chansons face à leurs bilans comptables et leurs rapports d’experts. La vie contre la survie, l’idéal contre l’inexorable. Non pas que sous soyons meilleurs, plus brillants ou intelligents que quiconque, mais simplement vivants et conscients que ce court espace de temps qui nous est accordé sur cette terre n’a de sens et de valeur que s’il est mis au service d’objectifs qui nous dépassent, qui nous transcendent, de la mémoire de nos aïeux à l’avenir de nos enfants en passant par la grandeur de notre culture et la sauvegarde de notre identité. Ils se servent, nous sommes des serviteurs. De nos pères, de nos morts, de nos héros, de nos promesses, de nos rêves… Demain comme hier, le combat n’est pas un choix. Soyons meilleurs, plus travailleurs, plus courageux, plus radicaux, plus cohérents, plus formés, plus efficaces, plus empathiques, plus généreux…

De toute façon, il n’y a pas d’alternative. Rejoindre leur monde c’est dépérir, et nos coeurs comme nos âmes n’ont pas fini de hurler, même au coeur des plus sombres souffrances, leur violente et indomptée passion pour la vie. »

Xavier Eman

Au Pavillon d’Armenonville, à Paris : les militants de Le Pen entre désillusion et résolution

Marine Le Pen

Les quelques centaines de militants présents au Pavillon d’Armenonville, dans le XVIe arrondissement, n’ont pas caché leur déception en voyant le visage d’Emmanuel Macron s’afficher à l’écran à 20 h. 42 %. La défaite est amère, mais pas aussi sèche qu’en 2017. Le champagne a tout de même été bu et les petits fours grignotés sans grand entrain. On a même aperçu quelques larmes. Il faut dire que Marine Le Pen revient de loin. Sortant d’une campagne difficile, diabolisée jusqu’à l’insulte par la Macronie et attaquée sur sa droite par Éric Zemmour, Marine Le Pen a démontré, pour qui pouvait encore en douter, qu’elle avait le cuir solide et rudement tanné par les coups.

Comme pour ne pas laisser la morosité s’installer, Marine Le Pen est apparue, dès 20 h 15, pour un discours de quelques minutes. « Un grand vent de liberté aurait pu se lever ce soir », semble regretter celle qui achève sa troisième campagne présidentielle en tant que candidate. Néanmoins, elle n’a pas voulu laisser ses troupes douter. Derrière cette élection se profilent déjà, dans son esprit et dans celui de ses cadres, les élections législatives à venir. Entre un bloc macroniste triomphant et un bloc Insoumis déjà projeté dans cette échéance, le RN doit se tailler une place de choix dans l’Hémicycle. Car 42 % (41,2 % à 22 h, ce 24 avril), c’est mieux, mais ce n’est pas assez pour taire tous les doutes. Cela, Éric Zemmour l’a bien compris. À quelques encablures de son QG du VIIIe arrondissement, le président de Reconquête, éliminé au premier tour avec 7 % des voix, a appelé de ses vœux des unions et des alliances en vue de ces élections législatives. Jouant le prophète de malheur, Zemmour a tenu à rappeler qu’il avait toujours dit que personne ne pouvait gagner seul. Reste à savoir si ses mots seront entendus. Quoi qu’il en soit, et au fur et à mesure de l’affinage des résultats définitifs, Marine Le Pen arrive en tête dans les DOM-TOM, mais également dans nombre de territoires. Ce fut la France périphérique, celle de la classe moyenne, celle du travail et du déclassement, et elle est encore nombreuse. Reste à savoir si, après cette défaite, elle se mobilisera à nouveau. En tout cas, Marine Le Pen est résolue à jeter toutes ses forces dans la bataille qu’elle « mènera aux cotés de Jordan Bardella ». Le jeune président par intérim du RN a été mis, ce soir, sur un piédestal par la candidate. Il faut dire qu’il a été particulièrement en vue pendant l’entre-deux-tours. « J’espère qu’il est bien l’avenir », murmure un cadre local du parti.

Quoi qu’il en soit, le plus dur reste à faire pour le RN. Les élections législatives doivent permettre au parti de Marine Le Pen de constituer un groupe solide à l’Assemblée nationale, entre LFI et LREM. Avec 41,2 %, Marine Le Pen ne fait pas assez pour gagner mais suffisamment pour considérer qu’elle n’a besoin de personne. Déjà, certains cadres murmurent qu’il faut des alliances tandis que d’autres affirment que rien n’est à négocier avec un parti « de traîtres à 7 % », pour reprendre les mots d’un militant présent. Les jours qui viennent seront décisifs pour le bloc souverainiste et national.

Marc Eynaud

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

La triste cohorte des maîtres à voter – On n’a plus le front républicain en gros mais on l’a au détail !, par Philippe Bilger

BHL

Sportifs, syndicats, universitaires partisans, pétitionnaires convulsifs…
Une tribune de Philippe Bilger publiée le 15 avril 2022.

Les citoyens sont devenus grands. Ils savent que le 24 avril ils auront le choix entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen, le vote blanc (pas encore reconnu) et l’abstention. Pour ma part mon parti est pris et même si j’attends avec impatience le débat du 20 avril entre les deux candidats, il ne changera pas ma décision. Ce n’est pas que je me désintéresse de tout ce qui s’est engagé depuis le soir du premier tour et suscite une campagne rude, acrimonieuse, sans concession, parfois violente. Le président candidat prend son adversaire au sérieux et, ne se plaçant plus en surplomb, montre qu’il est capable de quitter le “respect” qu’il éprouvait paraît-il, pour une argumentation et des contestations plus que vigoureuses. Marine Le Pen, quant à elle, use de son registre habituel, pour l’essentiel contre les élites dont Emmanuel Macron serait à tous points de vue une parfaite incarnation ; elle se présente comme la défenseur du peuple.

Le règne de l’injonction

Pour qui est un lecteur et un téléspectateur compulsif en matière de politique, la matière ne manque pas et par exemple il a pu enrichir sa réflexion avec le très long et brillant entretien donné par Emmanuel Macron au Point sans, il est vrai, qu’il ait été poussé dans ses retranchements. De sorte qu’il a pu, dans le genre qu’il affectionne, mêler intelligence, intuition, finesse, analyses et une propension à être moins à l’aise avec l’action et l’opératoire. Pour Emmanuel Macron, ces derniers sont des sacrifices délestant la surabondance et la complexité du réel.

Je cherche à signifier par toutes ces observations que les problématiques, les failles, les approximations ou les doutes liés aux programmes des candidats sont largement connus et que le citoyen peut aisément se dispenser de tous ceux qui, pour le RN, lui donnent des leçons de morale en lui enjoignant de ne pas s’égarer comme s’il était simple d’esprit et donc à guider par l’esprit et la main. C’est ce que je nomme la triste cohorte des maîtres à voter qui, sur tous les registres, confondent une authentique démocratie avec le règne de l’injonction.

Demain, des dizaines de syndicats vont manifester contre l’extrême droite. Un tocsin qui à force d’être sonné sera sans doute moins pris au tragique et qui offrira ce paradoxe de s’opposer, par une voie guère républicaine, à un parti décrié comme non républicain. On aurait pu espérer un progrès de l’équité démocratique depuis 2017, quelle que soit l’aversion politique pour le camp exclusivement ciblé : il faut déchanter.

Salmigondis macronien

Le 24 avril je serai dans l’isoloir mais puis-je dire, sans offenser qui que ce soit s’étant posé en mentor républicain, que Bertrand Delanoë, Lionel Jospin, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Fabien Roussel et Valérie Pécresse n’auront pas la moindre influence sur mon for intérieur et ma décision. Pas davantage que la proposition de Jean-Luc Mélenchon certes plus ouverte, martelée quatre fois avec ironie, refusant que la moindre voix se porte sur Marine Le Pen. Aussi peu que Nicolas Sarkozy nous vantant les lumières d’un avenir avec Emmanuel Macron mais occultant soigneusement les ombres troubles de cette négociation menée de longue date et qui, prétendant sauver LR, veut le fondre dans un salmigondis macronien, une sorte d’Agir à la passivité éclatante et à l’influence nulle. Tout cela pour des députés sélectionnés et quelques ministres ! Aussi peu que François Hollande, détestant Emmanuel Macron et méprisé par ce dernier le moquant de concert avec Nicolas Sarkozy. Pas davantage que cette tribune de sportifs parmi lesquels le formidable demi de mêlée Antoine Dupont qui devrait à mon humble avis se méfier de la mêlée partisane même si à tout prendre je le préfère aux pétitionnaires compulsifs et aux politiciens opportunistes et transfuges.

Bien moins encore que les diktats de BHL ou la campagne de notre quotidien de “référence”, Le Monde, qui au mépris de toute équité démocratique a abandonné, s’agissant de Marine Le Pen, les exigences de l’information (la dénonciation immédiate l’altère et la biaise) au profit d’une prise à partie constante d’autant plus choquante que pour l’adversaire la complaisance est de mise. Ce n’est pas non plus la violation absolue de son obligation de réserve par une présidente d’université à Nantes, dictant leur futur vote à ses collègues, qui va me rassurer et m’inciter à m’entourer de conseils.

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Présidentielle 2022 : la campagne Zemmour vue de l’intérieur par Jean-Yves Le Gallou

zemmour trocadero

Immersion dans la campagne Zemmour avec Jean-Yves Le Gallou. Les choix stratégiques. L’euphorie et le meeting de Villepinte. Les trous d’air et le trou noir de la France périphérique. Marine et le pouvoir d’achat..

ÉLÉMENTS : Comment vous retrouvez-vous dans la campagne de Zemmour ? Serait-ce que vous faites de la politique depuis 45 ans et que vous ne vous imaginiez pas laisser passer pareille occasion ?

JEAN-YVES LE GALLOU. C’est surtout que j’ai noué des relations amicales avec Éric depuis longtemps. Cela doit faire une quinzaine d’années que nous déjeunons ensemble tous les deux ou trois mois. Sa candidature vient assez rapidement sur la table. Il l’a longuement mûrie, suffisamment pour lancer sa campagne en deux temps. Au printemps, je le rencontre avec Sarah Knafo. Non seulement il est décidé à y aller, mais il est décidé à y aller sur ses thématiques : la question identitaire, le Grand Remplacement, l’avenir de la France. Rapidement, le choix est fait d’éviter les embûches sur tous les sujets qui ne relèvent pas directement des enjeux de civilisation en présentant un programme sans trop d’aspérités. On ne parlera pas de l’euro. Au niveau européen, la ligne consistera à affirmer notre souveraineté sans sortir de l’Union européenne. Des propositions économiques budgétairement raisonnables. Voilà pour le programme, dans ses grandes lignes. J’échange régulièrement avec lui jusqu’en novembre, quand il crée un comité politique avant le meeting de Villepinte, le 5 décembre. Il m’invite alors à le rejoindre. Après un départ en fanfare, il traverse une première période difficile. Sa misogynie présumée, ses déclarations historiques anciennes sur le maréchal Pétain ouvrent le bombardement médiatique. Feu sur Zemmour ! Et il est si nourri, je parle du feu, qu’on aurait pu croire que Pétain était candidat à l’élection présidentielle. Il faut dire qu’aujourd’hui, Hitler présidant la Russie, tout est désormais possible. Je suis blindé, mais je connais trop les dommages collatéraux pour savoir qu’il faut sortir au plus vite de cette séquence. Je m’intègre donc un peu plus en avant dans le dispositif de campagne.

ÉLÉMENTS : C’est quoi, ce comité politique ? C’est là que se prennent les décisions ?

JEAN-YVES LE GALLOU. Non. C’est initialement la structure d’accueil des ralliements. Il y a au départ des personnalités conservatrices et des Gilets jaunes, les premiers à avoir rallié Zemmour, auxquels viennent s’ajouter les noms de Guillaume Peltier, Jérôme Rivière, Nicolas Bay, Marion Maréchal, puis les sénateurs Ravier et Meurant. Un lieu d’échanges, de recueil d’informations et de réflexions. Un conseil de Sages (?) en quelque sorte.

ÉLÉMENTS : Il y aussi des gens comme Paul-Marie Coûteaux ?

JEAN-YVES LE GALLOU. Paul-Marie Coûteaux et Charles Millon sont toujours restés à l’extérieur. Le fonctionnement se fait à travers des groupes sur des boucles Telegram qui planchent sur des sujets bien identifiés. Les débats sont très libres. C’est franco. Mais à la fin une synthèse doit émerger et déboucher sur des propositions ou des options synthétisées par Sarah Knafo. Ensuite, c’est Éric qui décide, pas toujours dans le sens de ces orientations prises en amont. L’essentiel pour lui, c’est de s’en tenir à sa ligne sans avoir à rogner ses convictions. C’est la différence avec ses rivaux : sa sincérité. Et elle a un coût.

ÉLÉMENTS : Mais ce « coût » peut également s’avérer positif. La sincérité dénote, détonne même, dans l’univers politique…

JEAN-YVES LE GALLOU. Oui, évidemment, mais l’offre politique aujourd’hui est déterminée par les médias. C’est eux qui fixent l’agenda politique et les éléments de langage qui vont avec. Typiquement la question du pouvoir d’achat. Elle a été imposée par les sondages et les médias, avant de l’être par les événements. Que ressort-il des sondages ? Pouvoir d’achat, pouvoir d’achat, érigé en première préoccupation des Français, devant l’immigration et l’insécurité. Le tour de passe-passe est d’autant plus facile à exécuter que les instituts de sondage prennent soin de séparer dans les enquêtes d’opinion l’immigration et l’insécurité, ce qui les rétrograde dans l’échelle des préoccupations des Français. Les sondages créent des biais de représentation. Mieux : ils fonctionnent à l’instar des prophéties autoréalisatrices. Lors d’une présidentielle, les sondages tombent tous les jours avec une régularité de métronome ; et la chute dans les sondages entraîne la chute tout court. D’autant que les médias traitent la campagne et les candidats comme la course aux petits chevaux. Je me souviens qu’en 1988, Jean-Marie Le Pen avait dépensé le tiers de son budget pour la campagne présidentielle dans une campagne d’affichage quatre par trois mètres. On ne voyait pas sa tête, seulement une phrase « Le Pen l’outsider » avec une course de chevaux. C’est ce manège que les sondages entretiennent à partir d’arbitrages douteux. Pourquoi, à un demi-point près, faire passer tel candidat au-dessus, tel autre en dessous ?

ÉLÉMENTS : Mais ça ne peut pas constituer une excuse. La campagne de Zemmour en octobre est lancée elle aussi par des sondages très favorables…

JEAN-YVES LE GALLOU.
C’est vrai, mais les choses changent assez vite. Vous rappelez-vous d’un des grands thèmes de la présidentielle 2017 ressassé par les sondeurs ? Non ! Eh bien c’était la dette, sujet qui a aujourd’hui disparu, alors même qu’elle a gonflé de 600 milliards d’euros… Pour tout dire, je suis quelque peu embarrassé par cette question du pouvoir d’achat parce qu’elle consiste trop souvent à occulter le politique. En quoi est-elle porteuse d’un projet collectif ? Disant cela, je ne dis pas qu’il ne faut pas en parler, au contraire, mais à la condition de mettre sur la table toutes les données de l’équation. D’abord les salaires. Que se passe-t-il avec les salaires ? Il se trouve que s’exerce sur eux une double pression à la baisse : parce que la main d’œuvre française est mise en concurrence par les délocalisations et par l’immigration. Comment pourrions parler du pouvoir d’achat sans aborder aussi l’épineuse question des logements ? Vous faites comment quand, chaque année, 400 000 nouveaux arrivants débarquent ? Vous les logez où ? Le pouvoir d’achat, c’est aussi les matières premières, pétrole en tête, dont les fluctuations de prix dépendent des conditions internationales. Qui aborde le pouvoir d’achat sous cet angle ? Personne. C’est à qui, de Marine Le Pen ou d’Emmanuel Macron, sortira le chéquier le plus vite ? Très bien, mais comment financera-t-on cette générosité avec l’argent public ? La question ne semble pas être arrivé jusqu’au cerveau des journalistes. Alors que le moindre sujet qui a trait à l’immigration soulève des objections en cascade. Ici, rien. En cinq minutes, la « générosité » des candidats crée dix milliards de dettes. Circulez, y’a rien à voir. Et puis c’est bien gentil de distribuer du pouvoir d’achat, mais sans réindustrialisation et économie de l’offre, cela débouche sur le déficit de la balance commerciale : en 2021, 85 milliards d’euros, qu’on finance en vendant le patrimoine immobilier et artistique à des oligarques et des entreprises stratégiques à des fonds de pension américain. Mais comme dirait Macron : « C’est notre projet ! »

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Consigne : minimiser les violences urbaines jusqu’à dimanche soir

Jamais la France n’a été aussi calme, à en croire les médias. Des violences continuelles en Seine-Saint-Denis depuis le 26 mars ? Ça se saurait ! Des incendies criminels et le saccage du centre de Rennes la semaine dernière ? Ah bon ? Des dizaines de voitures incendiées ou saccagées à Laval ? « Nous restons dans le dialogue », se réjouit le maire PS. Mais, mezzo voce, tout le monde craint le pire pour le 24 au soir. Quel que soit le gagnant.

Les émeutes de Laval, dans la nuit de samedi à dimanche, ont été spectaculaires. C’est tout le quartier Saint-Nicolas, à l’est de cette ville de moins de 50 000 habitants, qui s’est embrasé. Tout a commencé – comme souvent – avec l’interpellation d’un jeune délinquant. Aussitôt un groupe d’adolescents et d’hommes issus de la diversité, comme on ne dit même plus, ont entrepris de mettre la ville à sac, de piller des boutiques, d’incendier des voitures, de crever les pneus. « On n’a pas dormi, témoigne une habitante auprès du correspondant du Figaro. On entendait sans cesse des motos, des pétards… Quand je suis sortie, à 6 h du matin, ça flambait encore. On aurait dit une scène de guerre. Maintenant, j’ai peur. » Les véhicules détruits sont ceux de la municipalité, du conseil départemental, et d’une association d’aide aux handicapés.

Le maire PS, Florian Bercault, s’est efforcé de minimiser les émeutes, évoquant des problèmes de logement, d’emploi, d’intégration. Curieuse façon de tenter d’améliorer les choses… Reprenant des formules qui étaient en vogue il y a vingt ou trente ans, mais que l’on sait aujourd’hui totalement inadaptées, le maire a expliqué qu’il fallait « continuer évidemment à être dans le dialogue, pour permettre à chaque Lavallois de trouver sa place dans la ville », ou encore que « la violence doit être source d’interrogation des politiques publiques à mener ».

Selon nos correspondants dans la région, les formules creuses et faussement naïves du maire sont très mal passées. Le préfet comme des élus de la majorité départementale, pourtant de centre droit, n’ont pas eu de mots assez durs pour condamner ces agressions, ces saccages gratuits, mais aussi les programmes de sécurité spécialement défaillants. Laval est une ville moyenne et cette généralisation des émeutes urbaines dans des communes de cette taille, dans des régions rurales, est une nouveauté.

Les syndicats dénoncent à l’avance toute récupération

A Rennes, les saccages et les menaces de mort de la semaine dernière à l’encontre de notables d’opposition continuent à faire couler beaucoup d’encre. En Seine-Saint-Denis, destructions et violences se poursuivent depuis le 26 mars. On a appris seulement mardi qu’une femme professeur du collège Fabien à Saint-Denis, avait été attaquée vendredi par un élève, pendant son cours. Les syndicats ont dénoncé « le manque de moyens », et mis en garde contre « toute récupération de cet événement » (sic !).

Notons au passage qu’il est difficile de « récupérer » des « événements » soigneusement cachés à l’opinion publique, semaine préélectorale oblige.

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 20 avril 2022

Débat Marine Le Pen-Emmanuel Macron : Une femme face au robot

macron le pen

« Emmanuel Macron, laissez-la parler ! » Il est 22h50 et Léa Salamé rappelle le président de la République à l’ordre. C’est dur d’arrêter le robot présidentiel. Marine Le Pen fait face à une machine. Une machine coupante, méprisante, technoïde et froide, une machine nommée Emmanuel Macron.

Elle s’est mise en route dès les premières minutes du grand débat d’entre-deux tours, à quelques jours du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022. Marine Le Pen a évoqué le peuple qui a souffert cinq ans, son besoin de protection, son souci de pouvoir d’achat, son besoin de justice. Macron admet que la période a été difficile. Il y a eu la pandémie, le retour de la guerre sur le sol européen. Mais au fond, il s’en moque. Il veut que le pays devienne une grande puissance écologique, il veut une Europe plus forte. Il veut, en somme, développer ce qui a provoqué le malheur des Français. Le ton est donné.

Lorsque Marine Le Pen détaille ses mesures pour l’amélioration du pouvoir d’achat, le robot présidentiel explique qu’il veut sortir des énergies fossiles, qu’il a créé 1,2 million de fiches de paie. Il évalue le niveau des retraites qu’il versera, celui que son adversaire servira, se lance dans des calculs complexes.

Il montera la prime de pouvoir d’achat de 1.000 à 6.000 euros. Avec quel argent ? Et il attaque : « Ce que vous avez dit est factuellement faux ». Il stigmatise « des mesures inefficaces et injustes » et en appelle à « une Europe forte » pour lancer quelques secondes plus tard « Nous ne sommes les vassaux de personne ». En même temps.

Lorsque Marine Le Pen souligne que l’embargo sur le pétrole et le gaz russe « va faire énormément de mal au peuple français. On ne peut pas se faire hara kiri », le robot ne répond pas. Il attaque à nouveau : la Russie est intervenue dans la première campagne présidentielle de Macron « pour me déstabiliser », dit-il. Et il embraye : « Vous dépendez du pouvoir russe ». Il insiste. La banque de la démocratie promise par Macron n’a jamais vu le jour, explique Le Pen, seule cette banque russe l’a financée. Elle est d’ailleurs catégorique pour condamner la guerre en Ukraine. Le robot n’écoute pas. « Ce choix ne vous rend pas indépendante sur cette question ».

Sur l’Europe, Marine Le Pen explique qu’elle veut bâtir une Europe qui respecte l’identité des nations. « Vous voulez en sortir mais vous ne le dites plus », tranche le robot qui, à l’occasion, joue les voyants extra-lucides. S’il le dit, alors… Et il explique que, grâce à l’Europe, on sera plus indépendant pour l’énergie, la défense, l’agriculture. Les agriculteurs étranglés par l’Europe apprécieront. Pour lui, l’Europe, c’est une copropriété. Il interrompt, coupe, tranche, ce vague sourire sardonique aux lèvres.

Est-ce que je peux terminer une phrase ?, demande Marine Le Pen.

Face à elle, Macron est tour à tour affalé sur sa chaise ou comme tapi, les yeux perçants, exorbités, prêt à bondir. Il traite son adversaire de « nationaliste » partisane d’un « rabougrissement sur le territoire national ».

Sur l’insécurité, les chiffres ne sont pas bons ? « Parce que la parole s’est libérée », répond le robot. Il vante son action et ce n’est pas subtil. « Je suis crédible, j’ai baissé les impôts », dit-il. Il a couvert la France de dettes mais n’assume pas, s’énerve et se lance dans un découpage confus. Il est encore nerveux, agressif, face à une Marine Le Pen qui encaisse les coups et marque des points sur l’hôpital.

Il se détendra plus tard dans la soirée. « J’ai vieilli, vous ça ne se voit pas, moi j’ai peur que cela se voie ». Le robot prononce une phrase humaine, enfin, comme la conclusion : « Je vous remercie, je vous respecte en tant que personne ». Marine Le Pen pense que le peuple aspire au « retour de la tranquillité et du bon sens dans la gestion des affaires de l’état ». Le match est joué. Les Français ont vu, une fois de plus, dans toute la splendeur de sa supériorité, le président du mépris.

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire