Assez des pages sombres de notre Histoire !, par Philippe Bilger

macron histoire repentance

Avec ce président de la République, Dieu sait qu’on est invité à les revisiter, les pages sombres de notre Histoire !

Le 16 octobre, il a reconnu “les crimes du 17 octobre 1961”. Il évoque “des responsabilités” lors des violences policières contre les manifestants algériens.

Il faut créditer Emmanuel Macron d’une constance méritoire : plus le pouvoir algérien se plaint des contritions françaises, plus il en rajoute. Bientôt il ne saura plus où donner du regret ! On ne va tout de même pas aller jusqu’à inventer des horreurs imaginaires pour battre la coulpe française jusqu’à la lie !

Cette volonté présidentielle de cultiver un fort masochisme – les tragédies ont eu lieu mais en plus il faut les faire revivre en pleurant sur elles – n’est d’ailleurs pas perçue à sa déplorable valeur par ses opposants puisque, par exemple, Alexis Corbière en exige plus : “Il reconnaît les morts mais ne dit pas qui sont les tueurs ?” (JDD)

Il n’a mis en cause que Maurice Papon ! Petit bras dans l’affliction, il aurait pu et dû faire mieux. Ou pire !

Emmanuel Macron a beau faire des efforts pour montrer une image de notre pays en “mater dolorosa”, cela ne suffit pas !

Je donne l’impression de badiner mais pourtant il n’y a pas de quoi rire.

D’abord, par quels étranges détours ce président – certes intellectuel de gauche dans beaucoup de domaines encore, ceux qui relèvent notamment de notre Histoire, de notre protection et de l’évolution sociale – s’est-il fait une spécialité de cette volupté de la désolation nationale ? Certes celle-ci peut nourrir de beaux discours mais je ne crois pas que ce soit la raison essentielle. Il me semble que le président n’a au fond qu’un lien abstrait avec la France et les Français de sorte que s’exprimer au nom du pays en l’invitant à se fustiger ne le met pas en position d’appréhender les dégâts concrets, tangibles qu’il cause à notre mémoire nationale, à notre honneur collectif.

Ensuite, à la rigueur, on pourrait admettre de revisiter des pages sombres de notre Histoire si des pages splendides, épiques, glorieuses, ou tout simplement consubstantielles à la destinée de notre pays dans ses bons ou mauvais jours, faisaient l’objet de la même adulation pour le meilleur que celle prodiguée quasi-exclusivement pour le pire !

Comme à chaque fois qu’une date capitale et un hommage incontestable se présentent, on sent la gêne, le malaise, il ne faut pas en faire trop, on chipote, les lumières certes mais aussi les ombres ! Sous l’influence d’un clan d’historiens pour lequel la seule réalité française acceptable est une France couverte de cendres. Austerlitz, Napoléon : pourquoi célébrer avec fierté et munificence ce qui au fond devrait nous donner mauvaise conscience aujourd’hui : repentons-nous car il est arrivé à notre pays d’être grand !

Le paradoxe d’Emmanuel Macron, à bien lire l’ouvrage de Davet et Lhomme, notamment sur ses rapports avec Stéphane Bern et sa conception de l’Histoire, est qu’il semble au contraire friand de l’Histoire spectaculaire et royale, d’une chronologie illustre, de pompe et de gloire moquée par les historiens de gauche (ou progressistes : la même chose !). Ce qui pourrait signifier que le président de la République est un caméléon s’adaptant à chacun de ses interlocuteurs, ou que dans sa mission il est trop tenté de donner raison à ceux qui n’aiment la France qu’en état de contrition. Sûr ainsi de s’attirer l’approbation des intellectuels dits éclairés.

Il faut du courage pour assumer l’Histoire de la France, dans ses péripéties admirables ou discutables, nationales ou coloniales. Il faut déjà accepter que tout n’a pas commencé en 1789 et que, dans la multitude des débats et controverses suscités par l’imprévisibilité et l’ambiguïté des réalités historiques, pour le moins il ne conviendrait pas de faire peser sur la France une présomption de culpabilité systématique.

Demain aura-t-on encore le droit de se rassembler autour d’une personnalité, d’une victoire ou d’une fierté emblématiques de notre pays, ou serons-nous condamnés à continuer d’excuser la France ?

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

“Désinformation et complotisme” – Que va faire Gérald Bronner dans cette galère ?, par Philippe Bilger

Gérald Bronner

J’ai toujours beaucoup apprécié le sociologue Gérald Bronner (GB), parlant de ses livres ou proposant ses analyses toujours fines et pertinentes sur la société française.

Sa mesure, son intelligence, la profondeur de ses aperçus et la qualité de sa vision démocratique garantissaient à chaque fois, pour le lecteur ou l’auditeur, une réflexion stimulante et impartiale.

Aussi je n’ai pas compris – j’écarte d’emblée tout narcissisme de sa part – pourquoi il a accepté de “conduire une mission sur la diffusion des théories complotistes et la propagation de la haine sur Internet”. Je ne sais si la composition de la commission a relevé de sa responsabilité mais il semble déjà que l’un des membres, Guy Vallancien, pose un problème sérieux même si par ailleurs d’autres personnalités estimables ont été choisies (Libération).

Comment GB a-t-il pu ne pas manifester un sentiment de défiance à l’égard de cette initiative venue de l’Elysée ? En vertu de cette donnée élémentaire qu’à l’approche d’une échéance capitale pour le pouvoir, celui-ci ne pouvait pas avoir une démarche innocente dans un domaine concernant la liberté d’expression au sens large. Accepter cette mission revenait peu ou prou à mettre la main dans un engrenage dont GB n’était plus le maître puisque son inspiration émanait du chef de l’Etat. Il n’était même pas nécessaire de soupçonner le pire pour se garder d’intervenir sur une matière qui, en aucun cas, n’avait à tolérer l’immixtion du pouvoir, mû par une apparente bonne volonté.

Cette volonté prétendant lutter contre les “fake news” est perverse par nature. Elle paraît oublier que la liberté d’expression, en parfait esprit républicain, non seulement n’est pas contradictoire avec les dérives qu’elle peut entraîner mais qu’il y a là une rançon qui démontre qu’en amont il y a eu la source d’une liberté. Chercher préventivement, avant la seule intervention légitime qui serait judiciaire, à épurer, à discriminer, à filtrer pour chasser le faux en ne conservant que le vrai, est une démarche qui n’a plus rien de démocratique. Par l’entremise de cette commission, l’Etat veut pouvoir poser sa grosse patte sur une effervescence et un débridement qui ne devraient pas le regarder.

Il est regrettable que GB n’ait pas perçu, derrière cet apparent honneur et la superficialité des motifs invoqués, la manoeuvre politique dont le seul but est de démontrer que, puisque ce pouvoir rejette les fake news, il est forcément dépositaire de la vérité et de l’honnêteté. Ce qui est infiniment discutable.

Depuis des semaines, LREM, des ministres, des conseillers cherchent à faire entrer dans la tête des citoyens qu’Emmanuel Macron est l’incarnation de la raison et de l’équilibre et qu’au fond la cause est entendue. Il faut bien mesurer cette arrogance qui à quelques mois de l’échéance de 2022, avec un président officieusement en campagne depuis des semaines, se permet de surcroît d’installer une commission avec une visée exclusivement partisane.

Je suis frappé de constater à quel point ce président qui n’est pas différent de ses prédécesseurs sur le plan du comportement public, a tout de même, en plus, le culot de ne rien dissimuler, d’afficher avec une sorte de réalisme cynique que tous les chemins sont bons pour revenir à l’Elysée.

Quel tintamarre politique et médiatique aurait suivi une telle initiative impulsée par Nicolas Sarkozy ! On aurait quasiment crié au dictateur.

Emmanuel Macron se permet tout parce qu’on lui passe tout.

Et ses affidés, inspirés par l’exemple, traitent Eric Zemmour de virus, ravalant l’humain au rang de microbe.

Plus j’y songe, plus l’implication de GB dans cette mauvaise affaire me navre.

Qu’est-il donc aller faire dans cette galère ?

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Agnès Buzyn : les politiques doivent-ils avoir peur ?, par Philippe Bilger

Agnès Byzyn

Agnès Byzyn (AB), ancienne ministre de la Santé, a été mise en examen le 10 septembre pour mise en danger de la vie d’autrui par la commission d’instruction de la Cour de justice de la République (CJR). Elle a été également placée sous le statut de témoin assisté pour abstention de combattre un sinistre, ce qui concernait le grief de ne pas avoir (re)constitué de stocks de masques et de protection pour les soignants.

Avant d’être questionnée durant toute la journée, AB avait affirmé voir dans sa convocation “une excellente opportunité de s’expliquer et de rétablir la vérité des faits” (Le Parisien). Ce qui laissait entendre au moins qu’elle ne jugeait pas totalement absurde sa comparution.

Je rappelle d’emblée cette banalité qu’elle est présumée innocente et qu’elle pourra à l’issue de tous les actes d’instruction être renvoyée ou non devant la CJR. Rien n’est gagné, rien n’est perdu pour elle.

Il semble pourtant qu’après cette double décision, surtout la première, politiquement et médiatiquement on ait cherché à faire croire qu’un processus fatal allait forcément être engagé et que AB ne serait que la première d’une série de mises en cause gouvernementales avec, notamment, l’implication annoncée quasiment comme certaine du Premier ministre Edouard Philippe et du ministre de la Santé actuel Olivier Véran.

Rien ne me paraît plus précipité dans l’analyse. De même que les juges, avec AB, n’ont pas cédé “à la pression de la société civile” contrairement à ce qui a été dit (Marianne), de même il n’est pas interdit de penser qu’une distinction puisse être opérée lucidement et équitablement entre AB et les autres. En tout cas il n’est pas interdit de le supposer.

J’entends bien qu’AB a tout intérêt – et elle a joué sur ce registre de solidarité et de défense gouvernementale – à fondre sa situation particulière dans celle plus générale de tous ceux qui se trouvaient au gouvernement avec elle. Mais ce n’est pas ce dernier qui avec elle est ciblé, c’est d’abord elle-même qui, à cause d’une série de déclarations, de contradictions, de maladresses, d’abstentions et d’autres éléments que nous ne connaissons pas, a été visée par les magistrats. Elle a cherché à embarquer avec elle toute l’équipe, paradoxalement en voulant la défendre en même temps qu’elle-même, mais son jeu est dangereux qui cherche à la faire passer pour une “victime” annonciatrice des autres.

Il est d’autant plus nécessaire de raison garder qu’une frénésie délirante de plaintes – 14 500 selon le procureur général près la Cour de cassation – arrive devant la CJR en ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire. Même si à l’heure actuelle un peu moins d’une vingtaine ont été admises comme recevables.

Après la mise en examen d’AB, s’est mis en branle un rouleau compresseur aussi bien politique que médiatique, dénonçant la judiciarisation de la vie politique et soutenant que, pour la crise sanitaire, la peur d’être incriminé judiciairement avait freiné les principaux acteurs de la lutte contre elle et que le principe de précaution avait exagérément limité les initiatives.

Derrière cette argumentation, il y a l’idée fort peu républicaine que les politiques, dans leur action ou leur inaction, ne doivent jamais être soumis à la Justice. C’est le point de vue, par exemple, du député LREM Sacha Houlié qui a déclaré : “C’est démocratiquement que l’on peut sanctionner une faute politique s’il y en a une, pas devant un juge”.

Cet apparent bon sens, qui de fait garantit aux politiques une tranquillité absolue entre les diverses élections, ne me semble pas décisif.

Il y a des incuries, des maladresses, des erreurs, des fautes et des retards qui, aussi regrettables qu’ils soient, renvoient seulement à des comportements professionnels médiocres ou négligents, à l’inévitable imperfection des pratiques face à un ennemi imprévisible, et ne sauraient recevoir une qualification pénale.

Mais le départ est à effectuer et n’est pas choquant entre ces activités ministérielles, pas aussi bonnes qu’on les aurait espérées, et des infractions, dépassant le cadre de celles-ci et pouvant être caractérisées par une malignité, la conscience qu’on a, par des manques, des mensonges, des gaspillages, des lenteurs et des désorganisations, d’avoir participé au pire. En toute connaissance de cause.

Evidemment, en démocratie, avec de la bonne volonté présumée, cette éventualité pénale ne peut qu’être très rare. Mais il ne convient pas de postuler par principe qu’elle serait offensante et stérilisante pour la vie publique.

Il paraît qu’elle enlèverait aux politiques toute énergie. Qu’elle les tétaniserait. Il faut être sérieux. Avait-on l’impression, avant l’irruption de cette pandémie dans nos vies, que l’audace était le propre des ministres, des gouvernements ? Qu’ils étaient prêts à aller jusqu’au bout et à résister aux pressions, aux blocages et à tout ce qui s’opposait au bien du pays ?

Non, parce que depuis ces dernières années l’ennemie n’est pas la judiciarisation de la vie politique contrairement à ce qu’on allègue pour pointer des causes exogènes. Mais le fait que celle-ci est structurellement étrangère au courage et à l’absence de démagogie.

Les politiques ne doivent pas avoir peur à cause d’AB. Ni de la Justice.

Mais parfois se méfier plus d’eux-mêmes.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Les récidivistes responsables de leur récidive !, par Philippe Bilger

prison

Selon une étude, 31 % des sortants de prison ont été condamnés à nouveau dans les douze mois suivant leur libération.

Dans le titre “Prisons : les chiffres inquiétants de la récidive“, on voit déjà poindre la philosophie pénale qui va inspirer l’article de l’excellent Jean-Baptiste Jacquin dans Le Monde (Le Monde).

Pour lui comme pour beaucoup de médias, pour la classe politique à gauche évidemment mais aussi malheureusement à droite, que la prison soit responsable de la récidive est une pétition de principe qu’on n’a pas le droit de discuter: elle fait partie d’un mantra paresseusement humaniste et surtout elle rassure sur une frange transgressive de la nature humaine.

On peut considérer ces 31 % qui récidivent comme le préoccupant constat d’un enfermement qui n’aurait pas su les rendre irréprochables ou au contraire l’heureuse surprise que sur dix sortants, seulement trois récidivent dans l’année qui suit leur libération.

Pour peu qu’on accepte la lucidité pas si amère que cela qui impute aux seuls récidivistes de n’avoir pas su demeurer dans le droit chemin, maîtriser leurs pulsions, leurs désirs, leur appétit de lucre, de s’être écarté d’une normalité sociale. Toutes promesses pourtant proférées en amont.

Je ne méconnais pas le pessimisme qui peut sembler surgir d’une approche tout de même positive de cet échec relatif mais il me semble que ce n’est pas mépriser la personne libérée que de lui prêter par principe une liberté et une responsabilité dont elle fera un usage bon ou mauvais.

Au contraire, rien ne me paraît moins formateur que cette condescendance les privant de toute autonomie pour en faire les jouets d’une prison qui, aussi imparfaite soit-elle dans sa matérialité et son manque de moyens, ne saurait être prise pour la créatrice exclusive de la récidive.

Si une analyse plus pertinente, moins destinée à nous gratifier intellectuellement et judiciairement, était faite, nul doute qu’elle pourrait heureusement modifier notre politique pénitentiaire, l’exécution des peines et, au-delà, l’image de la Justice qui serait moins incitée à excuser qu’à sanctionner.

Non pas parce qu’elle mépriserait le délinquant ou la personne libérée mais, au contraire, parce qu’elle créditerait l’un ou l’autre de l’honneur d’être un homme.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Assassinat du prêtre Olivier Maire par un Rwandais – Larmes, tweets, hommages… et après ?, par Philippe Bilger

prêtre Olivier Maire

C’est toujours pareil.

Le père Olivier Maire était le supérieur provincial de France des Pères Montfortains. Il a été assassiné par un Rwandais, lundi 9 août, à Saint-Laurent-sur-Sèvre en Vendée. L’état psychologique de ce dernier apparaissant incompatible avec la garde à vue, il est hospitalisé en psychiatrie.

Le 18 juillet 2020, ce même individu avait déjà été l’auteur d’un incendie dans la cathédrale de Nantes où il était employé officieusement comme sacristain. Mis en examen, il était seulement placé sous contrôle judiciaire. Accueilli par la communauté au sein de laquelle, au bout de quelques mois, il allait tuer.

Illégalement en France depuis 2012, il a fait l’objet de trois tentatives d’expulsion, une obligation de quitter le territoire lui ayant été notifiée en 2019 (Morandini).

L’aberration absolue résulte du cumul de deux dysfonctionnements gravissimes : il n’est pas expulsé en 2019 et son placement laxiste sous contrôle judiciaire en 2020 interdisait que la première prescription soit mise en oeuvre, même avec retard. On est contraint de considérer que deux faillites – étatique et judiciaire – se sont épaulées l’une l’autre pour empêcher une solution de bon sens.

La tragédie de la mort du supérieur est d’autant plus intolérable et scandaleuse qu’elle résulte d’une double responsabilité montrant le caractère surréaliste de notre état de droit.

Un sénateur de Vendée a dénoncé lucidement et avec mesure cette situation mais souligné qu’il ne fallait pas chercher de “responsables ni jeter l’opprobre”.

Précisément si.

Le ministre de l’Intérieur a tweeté en adressant ses pensées émues à tous les catholiques.

Le président de la République a fait de même en rendant hommage au prêtre assassiné.

Le garde des Sceaux s’est engouffré dans le même processus de compassion et de solidarité avec les catholiques.

Le Conseil français du culte musulman a exprimé son indignation.

Ce n’est pas rien mais, parlons net, tout cela est parfaitement inutile. Cette unité, ces larmes, ces tweets et ces hommages, quand le pire a été perpétré et qu’il aurait dû et pu être évité, relève d’un mélodrame politique certes sincère mais indécent.

Cette apparente concorde n’est destinée qu’à occulter le fait qu’on n’ira pas à l’essentiel, pas plus que pour les autres catastrophes, essentiel qui serait d’incriminer et de sanctionner les responsables ayant en amont permis la réalisation de cette atrocité.

Comme citoyen, je n’en peux plus de cet intolérable jeu de rôles : le tueur jouant le sien, les ministres le leur et l’émotion dissimulant que les tragédies ne naissent pas de rien mais de structures négligentes mêlées à une malfaisance personnelle.

La palme de la bêtise revient une fois de plus à Christophe Castaner qui affirme qu’avoir commis ce crime était “s’en prendre à la République laïque”. Je ne vois pas le rapport. Se tromper à ce point de diagnostic est favoriser les tragédies du futur.

Larmes, tweets, hommages… J’ai le droit, sans aucune illusion mais par pur volontarisme, de questionner : et après ?

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Contre les contrôles au faciès : une démagogie de plus ?, par Philippe Bilger

contrôles au faciès

Une action de groupe a été lancée contre les contrôles au faciès (Le Monde) et un front se qualifiant de progressiste, mêlant hostilité à l’égard de la police et méconnaissance de la réalité sociale, s’en félicite, la percevant comme un immense progrès.

Le faciès étant entendu comme un aspect du visage ou l’expression humaine d’un visage, il est facile de percevoir ce que cette dénonciation signifie : les personnes d’origine maghrébine et/ou africaine seraient infiniment plus contrôlées que celles dont “la peau est blanche”, ce dernier point ayant été incriminé par le président de la République lors de son entretien dans Brut, au grand dam du syndicat Alliance.

En schématisant, deux sortes de contrôles peuvent être effectués par la police, à titre préventif pour ce qui relève de l’ordre public et avec une finalité judiciaire relative à la poursuite des infractions et à l’identification de leurs auteurs.

J’admets bien volontiers que le jeune maghrébin ou africain qui est interpellé dix fois dans la même journée, sur des critères qui ne paraissent pas juridiquement pertinents, est tout à fait fondé à s’indigner mais je ne suis pas sûr que, pour bien connaître l’institution policière, et la défendre quand elle ne transgresse pas les règles dont le respect fait son devoir et son honneur, cette pratique répétitive soit son quotidien.

Il faut accepter de regarder la réalité en face, et non pas au faciès, sauf si on admet par principe que les seuls faciès à ne jamais soupçonner ou vérifier seraient ceux des populations maghrébines ou africaines.

Pour ma part, si j’osais, et à mon sens nous ne tomberions pas dans un Etat policier mais seulement policé, je ne verrais aucun inconvénient à ce que les contrôles d’identité puissent être accomplis sans justification particulière, sinon celle de connaître qui a le droit de demeurer en France, citoyens irréprochables ou recherchés, et qui y réside illégalement, sans aucun titre. À parcourir certains quartiers populeux ou privilégiés, je devine ce que des contrôles d’identité inspirés par ce seul souci de parfaite connaissance de ce que la société française porte en son sein pourraient apporter de bienfaisant et de transparent.

On pourrait, dans un monde idéal, planifier et équilibrer à la perfection, sur les plans préventif et judiciaire, les contrôles : un Blanc, un Africain, un Maghrébin, un Asiatique, etc. On devine bien comme dans la France d’aujourd’hui ce serait une utopie.

Il y a des cités où, sauf à ne plus contrôler personne, l’immense majorité est africaine ou arabe.

J’ai connu des lieux, par exemple un dimanche soir gare du Nord il y a quelques années, vers minuit, où j’étais le seul Blanc au milieu d’une multitude toute de diversité. Je le constate, je ne m’en plains pas, je relève seulement que dans ces conditions, oser reprocher à la police des contrôles au faciès serait injuste.

Par ailleurs, si j’ai toujours insisté sur le fait que la globalité n’a aucun sens et est même choquante – c’est mon désaccord avec Eric Zemmour -, je n’éprouve aucune difficulté, en revanche, à souligner que dans la plupart des procédures ayant conduit à des affrontements avec la police et parfois à des issues regrettables ou même tragiques, les mis en cause étaient beaucoup plus souvent des Africains et des Maghrébins que des blancs. C’est une donnée incontestable que sociologiquement et sur le plan de la sécurité il est facile de vérifier.

Constater cette prédominance n’a rigoureusement rien à voir avec du racisme et les contrôles au faciès qu’évidemment on aurait reprochés à la police ou à la gendarmerie étaient pourtant parfaitement légitimes.

J’ai été contrôlé à plusieurs reprises dans le métro et j’en ai été très heureux dans mon for intérieur. Je n’ai pas cherché à fuir. Je n’ai insulté personne.

J’use de mon exemple pour montrer à quel point une multitude de citoyens “dont la couleur de peau est blanche”, pour reprendre l’expression du président, n’auraient pas la moindre once de répugnance républicaine si elle était contrôlée, de même d’ailleurs que nombre d’Africains et de Maghrébins irréprochables.

Derrière cette offensive contre les contrôles au faciès, il y a beaucoup de démagogie, la volonté naïve de croire que des populations que le progressisme chouchoute ne sont constituées que de gentils et d’aimables jeunes gens et que la police est méchante.

Alors que l’insécurité est à son comble et que notre société est en état fracture et de dislocation, notamment à cause de phénomènes de violence gratuite, je ne crois pas que le moment soit bien choisi pour nous affaiblir encore davantage.

Je rappelle cette banalité : notre adversaire n’est pas la police mais celui qu’elle interpelle, que la justice poursuit, condamne, et dont elle fait, on peut l’espérer, exécuter la peine.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

La France n’est pas atteinte que du virus…, par Philippe Bilger

virus delation

Si on veut bien regarder derrière les polémiques grotesques, les fausses informations, les mensonges et l’humour prétendu, derrière certains comportements, derrière des vigilances citoyennes, derrière tout ce qui, jour après jour, vient assombrir, indigner, tourner en dérision, flatter, provoquer, jeter du sel médiatique sur des plaies à vif, le tableau et l’état de la France ne sont pas brillants.

Quelle déliquescence, quel délitement !

Avec quelle rage vengeresse, quelle immédiateté furieuse, quelle pulsion révolutionnaire on se jette contre la France du haut dès l’instant où on nous a offert l’opportunité, vraie ou fantasmée, de soutenir la France du bas ! L’envie, la jalousie, l’aigreur sont portées à leur comble et, avant même de s’interroger, de questionner ou de douter, on s’abandonne avec délice à ce que l’esprit partisan libère de pire !

Au sujet de cette ineptie hypertrophiée médiatiquement de ministres se gobergeant dans des restaurants clandestins et au lieu de mettre d’abord en suspens son jugement, j’entends encore une représentante de LFI dénoncer, sur-le-champ, les privilèges, l’irresponsabilité, l’injustice, les discriminations, le pouvoir coupable et plaindre le peuple brimé !

Il n’est pourtant pas fatal, même quand on a des convictions fortes, de présumer tout de suite le pire et de ne pas accepter une retenue, une attente sauf à considérer que le refus de la précipitation serait en lui-même réactionnaire.

Combien de Français, par ailleurs, se sentent une âme de justiciers au petit pied en photographiant leurs compatriotes qui ne respecteraient pas les règles et honteusement dérogeraient aux précautions sanitaires même les plus extrêmes, que cette inquisition concerne les fidèles d’une église et/ou les adeptes du divertissement et du loisir indifférents aux recommandations des autorités soit par un anarchisme basique soit par négligence ou incompréhension !

On peut qualifier ces citoyens, jeunes ou moins jeunes, d’irresponsables mais il est troublant de constater à quel point l’épidémie et sa gestion au petit malheur la chance ont instillé un poison multiforme dans les veines de notre pays.

En poussant au paroxysme des tendances qui existaient déjà dans la tranquillité des temps ordinaires ou en faisant surgir, chez beaucoup, des appétences de dénonciation, des stigmatisations qui il y a longtemps, sur un registre historique, auraient eu de tragiques et d’odieux effets.

Cette France qu’on nous avait promise unie, rassemblée en 2017 n’a jamais été plus éclatée, plus fracturée. Non seulement à cause du communautarisme qu’on pourfend trop par le verbe pour le réduire pratiquement mais en raison de cette invasion au quotidien, face à un péril qu’on parvient trop difficilement à maîtriser, de tentations démagogiques auxquelles on ne résiste plus : l’autre est un ennemi, les politiques sont au-dessus des lois, je suis seul à respecter le règlement, je dois épier mon voisin, les envies sont légitimes puisqu’en haut il n’y a que de la turpitude et de l’injustice et que le bas doit être sanctifié au nom de la République, et ainsi de suite… L’humain se vide, se déverse, juge, condamne, trie, guillotine au figuré.

La France est la proie d’une fièvre qu’aucun vaccin ne fera baisser.

J’ai peur de l’avenir. Ce ne sont pas seulement les détresses économiques et sociales dont nous aurons à payer le prix longtemps mais les blessures profondes et dangereuses d’une nation qui s’est essaimée en mille rancoeurs, frustrations, malaises et revendications. On aspire à de l’impossible parce qu’on nous a désillusionné sur le possible.

La future campagne présidentielle imposera le choix d’un médecin présidentiel de haute volée.

Avant d’agiter et de bouleverser, il faudra recoudre et guérir.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Quartiers difficiles : impossible n’est pas danois !, par Philippe Bilger

Mette Frederiksen

Dans les zones sensibles, dans les quartiers difficiles, le gouvernement social-démocrate danois a décidé de réduire à 30 % le nombre de non-occidentaux et de massivement reloger les familles concernées dans d’autres logements sociaux. Il se promet d’atteindre cet objectif en dix ans.

Durant cette parenthèse, les infractions commises dans ces quartiers défavorisés seront réprimées plus sévèrement (Valeurs actuelles).

On n’appellera plus ces lieux des “ghettos” mais des sociétés religieuses et culturelles parallèles.

Je n’ose même pas penser à ce que la simple annonce de telles mesures susciterait comme manifestations en France, invocation des droits de l’homme, humanisme compassionnel, procès en xénophobie et cruauté républicaine.

La différence est énorme entre le pragmatisme danois et la pudeur française. Entre la volonté d’affronter les problèmes et celle, paradoxale, de les observer.

Le constat, pourtant, doit être relativement le même, qu’il soit fait au Danemark ou en France. Mais le premier pays en tire des conclusions et le second s’en effraie. Le réel, pour l’un, est un enseignement, pour l’autre, un repoussoir.

Une fois que la réalité est connue, décrite et analysée, que ses conséquences désastreuses pour la vie collective sont clairement identifiées, il s’agit seulement d’élaborer et de mettre en oeuvre une politique dont la finalité sera de s’attaquer au mal en prenant, s’il le faut, les grands moyens pour combattre le déplorable vivre-ensemble des quartiers difficiles.

Comme la social-démocratie danoise ne se réfugie pas derrière des considérations absurdement morales mais se confronte au coeur du sujet, l’incompatibilité de certains modes de vie et de pensée entre eux, elle n’hésite pas, parce qu’elle veut être efficace, à recomposer des zones pour éviter que les non-occidentaux y dominent.

Rien à voir avec un quelconque cynisme mais tout avec du réalisme. Même si quelques opposants danois ont protesté contre les modalités de ces relogements (Courrier international).

Quel gouffre entre la France et le Danemark ! Dans celle-là le RN est en permanence vilipendé à cause de projets que le climat démocratique, notre tiédeur républicaine, notre angoisse de nommer les choses ne poussent jamais vers des extrémités tandis que dans celui-ci on ne s’embarrasse pas de mots mais on privilégie l’action.

Celle-ci est reine quand chez nous les ministres promettent et se déplacent.

On sait ce qui va mal, et où, mais on use de mille prétextes pour emprunter le chemin de la faiblesse, ne jamais toucher la cible et continuer à déplorer ce qu’on est incapable de combattre ou d’éradiquer. Au Danemark, on sait ce qui va mal et on ne se détourne pas des solutions parce qu’elles seraient dures et bonnes : au contraire on s’y tient. On préfère le remède à la maladie.

C’est sous l’égide d’une Première ministre femme, Mette Frederiksen, que cette offensive va se poursuivre. Pour que les sociétés parallèles ne se multiplient pas.

N’est-il pas déjà trop tard en France ?

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Le président et les médias devraient s’excuser : affaire Zecler, par Philippe Bilger

Michel Zecler

Enfin!

On attendait depuis si longtemps qu’aux accusations univoques de certains médias et de telle ou telle officine diffusant des vidéos tronquées contre la police, celle-ci puisse opposer la vérité de la réalité de son comportement.

C’est fait dorénavant avec “Touche pas à mon flic”.

En préambule, je tiens à préciser qu’on n’a pas à parler des “violences légitimes” de la police mais de l’usage de la force par cette dernière qui en a le monopole, tandis que ceux qui lui résistent et l’agressent commettent eux “des violences illégitimes”.

Le “flic” de terrain et responsable syndicaliste policier qui durant quinze minutes s’exprime, dans une vidéo du 25 février, démonte de manière convaincante le travail très orienté du site Loopsider et du journaliste David Perrotin sur l’affaire concernant Michel Zecler, survenue le 26 novembre 2020.

Construction d’autant plus impressionnante qu’elle s’accompagne d’une musique “anxiogène” et d’un mode accéléré pour les images.

Mais, grâce à cette vidéo policière qui montre TOUT et est très regardée (Morandini), nous constatons qu’une version partiale et incomplète de l’interpellation de Michel Zecler a été diffusée et que les informations chiffrées communiquées pour faire sensation sont gravement faussées.

Loopsider parle d’une centaine de coups, on en dénombre quarante, et la scène ne dure pas vint minutes mais cinq. Surtout ses modalités sont révélatrices, dans ce lieu très étroit et restreint, de la résistance constante et difficile à maîtriser de Zekler qui ne cherche qu’à gagner du temps pour se faire “assister” par son équipe au sous-sol. Probablement aussi ce n’est pas seulement “une odeur de cannabis” qui est en cause mais quelque chose de plus transgressif puisqu’on remarque le geste de l’un des acolytes jetant quelque chose au sol.

Ces rectifications substantielles sont décisives même si elles n’interdisent pas une autre appréciation que celle du syndicaliste policier. En tout cas elles mettent à bas la sélection à charge, qui n’a pour but, comme d’habitude, que de favoriser la présomption de culpabilité qui pour Loopsider comme pour Mediapart doit inéluctablement peser sur la police.

On choisit, on sélectionne une séquence dans tout le réel, on s’indigne et on stimule la meute qui n’est que trop heureuse de stigmatiser par principe les fonctionnaires de police et de sanctifier en tout la victime.

Cette partialité est tellement fréquente qu’on peut l’observer dans toutes les empoignades qui mettent aux prises les policiers ou les gendarmes avec des transgresseurs refusant leur interpellation et parfois parvenant un temps à fuir. Par exemple celle ayant conduit à la mort d’Adama Traoré. Le système est redoutable qui ne nous montre jamais l’ensemble des événements, la réalité factuelle dans toute sa plénitude en amont, de sorte que le citoyen chauffé à blanc par des politiques et des médias manipulés et irresponsables ne peut en toute bonne foi que cracher sur les forces de l’ordre. C’est d’une absolue malhonnêteté.

J’avais déjà décrit cette perversion dans un billet du 17 août 2018 (Vive la police malgré tout !) à la suite d’une course poursuite mortelle où un jeune policier avait continué à suivre de sa propre initiative une personne qui s’était soustraite à un contrôle routier. Puis qui avait accéléré pour renverser la patrouille de trois policiers.

La réalité de l’affaire Zecler aurait dû conduire le président de la République à s’abstenir ou au moins à retarder son intervention démagogique évoquant “sa honte” (mon billet du 29 novembre 2020 : “Il faut économiser sa honte !“. Elle nous aurait évité le ridicule de ces indignations sportives (Mbappé, Griezmann) et artistiques trop contentes de s’illustrer par un conformisme précipité et ignorant. J’avoue que moi-même, mais dans la nuance, je me suis laissé aller jusqu’à admettre cette possible dérive policière.

L’affaire Zecler, perçue comme unilatéralement honteuse à l’origine, pourrait engendrer d’heureux effets. Si à chaque polémique biaisée et fragmentaire, délibérément infidèle au réel, on pouvait dorénavant opposer une authentique transparence…

Cette avancée serait d’autant plus nécessaire qu’on annonce et qu’on constate déjà de nouvelles bouffées de violences “antiflics”, entre les commissariats attaqués, les embuscades et les rébellions. Je mentionne que 5412 policiers ont été blessés en mission en 2020 et qu’il aurait été utile de connaître le détail de ces agressions (Le Figaro).

“Touche pas à mon flic” a déposé plainte, par l’entremise de son avocat, Me Gilles-William Goldnadel, contre Loopsider et David Perrotin pour altération d’un document privé en vue de faire obstacle à la manifestation de la vérité et pour atteinte à la présomption d’innocence. J’espère que le parquet de Paris sera aussi prompt à ordonner une enquête dans cette affaire qu’il l’a été pour d’autres causes douteuses ou non. Ce serait une formidable “première” susceptible de mettre un frein à de grossières manipulations.

Comme c’était prévisible, David Perrotin a répliqué en incriminant “un syndicat de police d’extrême droite”. Le problème n’est pas là mais sur l’intégrité d’une diffusion : honnêteté professionnelle ou esprit partisan ?

La moindre des choses, si la seconde branche était validée, serait, pour le président de la République et les médias, de s’excuser parce qu’ils ont été trompés et qu’ils ont réagi et informé sans savoir.

On peut toujours rêver !

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Michel Zecler ou Yuriy ? Tout le monde ou personne, monsieur le président !, par Philippe Bilger

yuriy

Rien ne donne plus le sentiment de l’inéquité républicaine que des interventions présidentielles partielles, partiales, tactiquement ciblées au lieu d’être globales et sans la moindre arrière-pensée.

Le président s’était beaucoup ému auprès de Michel Zecler de ce que celui-ci avait dit avoir subi et dont des traces sur son visage attestaient la réalité.

Récemment, à la suite du lynchage dont Yuriy a été victime de la part de de dix voyous dans le quartier de Beaugrenelle le 15 janvier, le président s’est à nouveau manifesté en prenant langue avec la mère de ce jeune homme âgé de 15 ans.

Il convient de noter que cette agression n’a été rendue publique que grâce aux réseaux sociaux: un compte anonyme a diffusé ces secondes d’une extrême violence. Faut-il s’en féliciter ou regretter par avance que, connu ou demeuré inconnu, ce scandaleux épisode aboutira ni plus ni moins aux mêmes conséquences : une indignation aussi vive que l’impuissance sera forte.

Yuriy a même été gratifié de soutiens sportifs et médiatiques qui en général allaient plus volontiers vers ceux que la police aurait maltraités. On ne peut que se réjouir de ce changement de cap : les voyous, mineurs ou non, ne sont plus pris pour des victimes ! (Le Parisien)

Yuriy se serait trouvé malencontreusement pris dans un affrontement de deux bandes rivales, dont l’une venue de Vanves, à Paris, vers 18 heures 30, sans la moindre crainte d’une quelconque intervention policière.

Actuellement on ne sait pas trop ce qu’il en est de l’implication ou non de Yuriy dans cette affaire – on nous affirme qu’il s’agit d’un adolescent très calme et tranquille, pourquoi pas ? – mais je relève que le président s’est précipité pour consoler sa mère et je note que les amis de Yuriy se réfugient dans le silence (Morandini).

Il n’y a que Raquel Garrido, dont l’idéologie fait d’elle une extralucide, pour tout savoir puisqu’elle dénonce “les charognards d’extrême droite”. La volupté d’accabler en totale ignorance, cela ne se refuse pas !

Le président de la République n’est absolument pas dans son rôle en choisissant ses victimes.
S’il considère que son attention et sa compassion doivent ostensiblement être offertes, il me semble que, quitte à se prétendre grand consolateur, Emmanuel Macron doit l’être avec toutes les victimes. C’est tout ou rien. Que pensent actuellement tous les laissés-pour-compte de l’indifférence présidentielle ?

Il est trop facile de se donner bonne conscience en téléphonant à une mère, comme si cet épisode affreux ne résultait pas, d’une certaine manière, de la carence d’une politique globale de sécurité dont deux de ses ministres et lui-même sont responsables devant les Français. Je téléphone donc je n’y suis pour rien !

Echec qui se suffit à lui-même, qui n’a pas besoin pour être aggravé de considérations sur les immigrés, les Français d’origine étrangère ou les étrangers. Victimes de notre incurie pénale, ils le sont tous également. Pour les coupables, il conviendra d’en tirer les conséquences.

Le président de la République, agissant si confortablement – quelques mots et le tour est joué -, se prive, par les sélections qu’il opère et les discriminations qu’on lui recommande, du constat d’une insupportable réalité. Toutes ces victimes qui chaque jour révèlent une criminalité en hausse, une délinquance violente de la part de bandes de mineurs, si elles étaient prises en compte par la mansuétude présidentielle comme Michel Zecler et Yuriy l’ont été, ne lui permettraient plus ce rôle hypocrite de bon samaritain tardif. Il serait obligé de faire face à cette France du malheur et de la violence : plus de compatir au compte-gouttes!

Ces sinistrés de l’insécurité et du laxisme ne surgissent pas de rien mais d’une politique gangrenée par une philosophie pénale sans ressort et un cynisme tactique. Tout pour 2022 mais avec tant de retard !

Monsieur le Président, si vous tenez à tout prix à persuader les Français que vous avez du coeur et que vous les aimez – contrairement à la charge cinglante de Michel Onfray qui vous reproche de n’être proche ni de la France ni des Français (CNews) – cessez de sélectionner comme un grand seigneur les douleurs qui rapportent mais penchez-vous sur toutes ! Vous nous persuaderez ainsi que votre compassion est sincère, ne fait pas de tri et révèle une authentique sensibilité.

Alors, de grâce, monsieur le président, tout le monde ou personne !

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Le déclin du courage – Soljenitsyne, vous aviez tout prévu !, par Philippe Bilger

Soljenitsyne

Dans son discours de Harvard en 1978, Alexandre Soljenitsyne (AS) avait énoncé cette pensée forte : “Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui“.

Qu’aurait-il dit alors de la France de 2020 ?

On me pardonnera de me glisser tout petit dans l’ombre de ce géant mais cela fait des années que dans toutes mes interventions, spontanément ou en réponse, je souligne que le manque de courage, singulier et/ou collectif, est la plaie fondamentale de notre pays, de ses pouvoirs et de sa démocratie.

Je laisse évidemment de côté l’admirable courage de nos militaires qui risquent leur vie sur des terrains d’opérations où leur présence est nécessaire et, par décence républicaine, indiscutée.

Même avec cette exclusion, il reste tant d’exemples de ce déclin pressenti par AS que je vais me livrer à un inventaire disparate mais qui peu ou prou sera à chaque fois caractéristique d’une faillite de cette vertu capitale.

Un mot sur les mille épisodes de la vie sociale, de la sphère privée où l’invocation de la politesse, de la considération d’autrui et de la tolérance n’est que le masque qui sert à déguiser la faiblesse de la personnalité, son inaptitude à user d’une forme courtoise pour exprimer un fond vigoureux. Il y a une manière, dans nos existences, de dénaturer la courtoisie en la prenant comme prétexte à l’insignifiance.

Mais le vrai, l’authentique courage est de ne pas hurler avec les loups après ou, avant, quand on est assuré d’un soutien majoritaire.

Il est de ne pas systématiquement rétracter son opinion, sa conviction de la veille parce que la polémique, aussi injuste qu’elle soit, vous donne mauvaise conscience et qu’on préfère avoir tort avec beaucoup que raison tout seul.

Il n’est pas d’avoir une liberté à géométrie variable et de l’adapter à la qualité et et à l’importance des contradicteurs, à l’intensité médiatique, à l’emprise de la bienséance, au souci moins de la vérité que de la décence imposée par d’autres.

Il n’est pas de se sentir tenu par l’obligation impérieuse et lâche, pour justifier l’absence de crachat sur le RN, de révéler qu’on ne votera jamais pour lui ou, pour avoir le droit de parler librement de Vichy, de Pétain et de l’Histoire de cette période – comme Eric Zemmour récemment – de montrer patte blanche en précisant, ce qui va de soi pour lui, qu’on n’est ni négationniste ni révisionniste. Le courage est d’oser exister sans filet de sécurité.

Le courage n’est pas de flatter la Justice en la persuadant qu’elle a la moindre légitimité pour trancher les controverses historiques en apposant sur elles les gros sabots d’une législation ayant sacrifié les nuances et la complexité.

Il n’est pas non plus de haïr la personne au lieu de combattre ses idées et de se vautrer dans le sommaire d’un langage appauvri pour massacrer une civilisation du dialogue, de ressasser l’humanisme pour faire l’impasse sur ses exigences concrètes.

Le courage n’est pas de dévoyer le “en même temps”, de le faire passer d’un moyen de plénitude intellectuelle à la déplorable rançon d’un esprit qui ne sait pas assumer ses choix et leurs conséquences.

Quand le président de la République, effrayé par ce qu’il a pourtant initié ou déclaré – par exemple pour l’écologie avec la convention citoyenne, contre la police lors de l’entretien sur Brut – dès le lendemain cherche à se sauver la mise, il est aux antipodes du courage. Le Beauvau de la sécurité, qui pourtant en soi n’est pas une mauvaise idée, est gâché parce qu’il est gangrené par la repentance.

Par le désir pusillanime de se renier ou de proposer un événement seulement pour atténuer le choc de la démagogie antérieure.

Le courage n’est pas non plus de prendre, par démagogie, les communautés les unes après les autres – “les jeunes puis le troisième âge…” – et de remplacer l’adresse à la France unie, aussi difficile que soit un verbe rassembleur, par une exploitation de ses “segments” (selon Arnaud Benedetti).

L’autorité de l’Etat, impartiale et digne de ce nom est aujourd’hui une immense béance parce que les coups de menton sans effet servent une frilosité politique qui n’a pas à s’accommoder du réel, encore moins à combattre ce qu’il a de pire. Le courage a ceci de douloureusement honorable qu’il discrimine, stigmatise, sanctionne et n’attend pas forcément l’estime. Il est le contraire de ce dans quoi notre France, notre monde aiment se lover : l’éthique verbeuse, l’illusion de l’action.

Je pourrais continuer à égrener, dans tous ces secteurs, social, politique, médiatique, culturel et judiciaire, les signes d’une démocratie qui non seulement n’essaie même pas, dans une tension éprouvante, de se mettre à la hauteur de cette splendide vertu mais la fuit parce qu’elle exige trop de soi, de nous, de ceux qu’on a élus, de ceux qui nous gouvernent, de celui qui préside.

Soljenitsyne avait tout prévu et je n’ose imaginer la stupéfaction indignée de ce héros du XXe siècle face à l’état de l’Occident, au délitement de la France. 42 années ont passé depuis son discours de Harvard et son pessimisme d’alors est devenu la lumière sombre de notre temps.

Faut-il, pour toujours, faire son deuil du courage ?

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Attentat islamiste – Justice: la preuve par Vienne !, par Philippe Bilger

Il est facile de s’en rendre compte, on s’en doute, ils nous le font comprendre, ils se moquent dans leur for intérieur de notre état de droit, ils en profitent mais n’y croient pas une seconde, ils n’ont qu’une envie, c’est de recommencer. Alors ils jouent la comédie de la contrition et la plupart du temps ça marche !

Avec le jeune terroriste de Vienne, un Autrichien né de parents albanais de Macédoine du Nord, qui a massacré quatre personnes (dont un Albanais originaire de Macédoine du Nord), le voile s’est déchiré et la duperie a été ostensible.

Cet assassin de 20 ans a trompé les autorités et a bénéficié de leur mansuétude parce qu’il a réussi à donner le change.

Que, comme d’habitude, dans son quartier, des témoins affirment qu’il était serviable, proposait de porter les courses et qu’on n’imaginait pas le pire qu’il pourrait commettre, soit. C’est à chaque fois la même impression : ce futur criminel était si gentil !

Puis les atrocités. Surgies du même.

Kujtim Fejzulai avait essayé de rejoindre la Syrie. Il avait été arrêté en Turquie, en 2018, sur dénonciation de sa mère, alors qu’il était âgé d’à peine 18 ans.

Au mois d’avril 2019, il était condamné à 22 mois de prison mais ne purgeait qu’un peu plus d’un an parce que son avocat, qu’il avait abusé comme les autres, se vantait d’avoir bien fait son travail (Le Monde).

Placé sous contrôle judiciaire, au mois de décembre 2019, il feignait d’avoir été déradicalisé. Il a menti à tous ceux qui le côtoyaient sur le plan pénal et pénitentiaire à seule fin de se retrouver libre pour commettre l’horreur.

Pourquoi se gêner puisqu’on le créditait absurdement d’une bonne foi et d’une sincérité dont l’apparence ne visait qu’à lui permettre un acte terroriste, survenant quelques mois seulement après sa comédie ?

Lui, comme tant d’autres en France, auraient dû relever d’une catégorie singulière : ils se dissimulent et, nous rendant le pire, acceptent le meilleur, les principes, les garanties, les protections de notre état de droit avec un cynisme tranquille puisqu’on est assez inconscient pour leur donner des armes contre nous et faciliter ainsi leur tâche monstrueuse.

Comprendra-t-on un jour cette spécificité criminelle et cessera-t-on de la traiter comme on appréhende le commun des délinquants ?

Hier, on pouvait plaider le défaut de lucidité et l’envie de croire en une quelconque rédemption. C’est terminé.

Avec la preuve par Vienne, on ne peut plus fermer les yeux.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Donner la parole au peuple ? Beaucoup trop populiste !, par Philippe Bilger

C’est facile à comprendre et il faudrait se le mettre une bonne fois dans la tête : tout ce qui déplaît aux pouvoirs en place et aux élites autoproclamées est populiste et démagogique.

Le populisme n’est plus seulement l’expression du mépris de la gauche pour le peuple de droite, il dépasse ce champ politique pour représenter un refus plus général.

En réalité cette dénomination qui se voudrait une injure mais est de plus en plus un honneur vise ceux qui, toutes tendances confondues, ont la faiblesse de considérer que rien de grand et d’efficace ne peut être conçu sans une appréhension pleine et lucide de la réalité, aussi dérangeante qu’elle puisse être pour le confort d’idéologies et de principes bien au chaud et déconnectés.

On comprendra alors pourquoi le désir de référendum, la volonté du pays de faire entendre sa voix, sont récusés par mille considérations et artifices quand ils ne sont pas traités avec une infinie condescendance, comme si toutes les propositions étaient frappées du sceau infamant attaché par principe au référendum d’initiative citoyenne auquel aspiraient les Gilets jaunes.

Le référendum est perçu comme une épée de Damoclès sur la France et la démocratie alors qu’il leur offrirait un bain de jouvence, une renaissance. Comme il menace – puisque les citoyens même les plus respectueux de la démocratie représentative ne l’éludent plus -, les pouvoirs prétendent ne pas y être hostiles mais font tout techniquement, politiquement, pour le rendre inconcevable, impossible.

Qu’on considère les dispositifs dont les objectifs apparents étaient de remettre un peu de peuple décisionnaire dans la République, on pourra constater qu’ils n’ont jamais oublié, pour devenir impraticables ou épuisants à force de modalités, de se constituer en bureaucratie, en usine à gaz.

Parce qu’il serait intolérable pour la classe politique, pour l’univers parlementaire et le royaume du pouvoir, quelle que soit sa teinte – gauche ou droite, les privilèges et l’autarcie sont préservés – de donner la moindre chance opératoire à la multitude qui piaffe aux portes d’une démocratie réelle. Celle où le peuple aurait non seulement droit à la parole mais pourrait en user.

Rien de ce qu’on oppose à ses exigences n’est irréfutable. Il n’est pas difficile de formuler un questionnement qui serait clair et dont la réponse n’aurait pas une vocation plébiscitaire. Il sera évidemment de bon sens de ne pas recourir au peuple pour tout et n’importe quoi, de l’insignifiant au grave, de problèmes dérisoires au destin du pays.

D’ailleurs ces prétendus obstacles à la pratique d’un référendum qui ne serait plus obligée de compter, pour exister, sur l’obsession de sa légitimité par un De Gaulle mais sur la seule qualité républicaine d’un pays fier de participer, n’en sont même pas pour ceux qui refusent à toute force de concéder quoi que ce soit à cet engrenage qui serait pourtant bienfaisant. Ils sont un prétexte pour nous fermer la porte.

Car ils n’ignorent pas, tous ces spécialistes de la politique officielle, combien sur ces sujets profonds, graves, controversés qui concernent notre vie collective, l’immigration, l’école, la sécurité, la Justice, notre profusion sociale à tous vents, l’opinion majoritaire irait inéluctablement vers une politique à la fois responsable, courageuse, protectrice.

Et consciente de devoir sauvegarder d’abord la France en Europe avant de nous bercer du rêve de celle-ci – se dégradant insensiblement en cauchemar -, elle voterait certainement contre les prudences et les atermoiements frileux, ouvrirait enfin grand les portes de l’action.

Alors, moquer cette aspiration à donner la parole au peuple, en l’étiquetant populiste, n’est que trop évident. Il s’agit de défendre son pré carré parce que rien ne serait pire que de pouvoir enfin résister victorieusement à la démobilisation politique et à ce gouffre insupportable entre la France réelle et la France officielle.

Sans ironie, malgré les invocations à la République, surabondantes et impuissantes, qui suivent les assassinats du terrorisme islamiste, n’est-il pas vrai que pour ceux qui nous gouvernent, la démocratie est une richesse trop rare et précieuse pour être confiée au peuple…

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Face à la racaille : un pouvoir désarmé ou cynique ?, par Philippe Bilger

On ne sait plus où donner de l’indignation. Chaque jour, agressions et violences. De plus en plus gratuites, de plus en plus odieuses. Plus aucun frein, plus aucune limite : les maires, les élus deviennent une cible prioritaire, à Bondy comme ailleurs. Des jeunes gens courageux venant au secours de leurs proches sont tabassés. Avec une totale arrogance la malfaisance se déploie et s’accomplit.

Je n’oublie pas ce qui a suscité l’ire politique la plus vigoureuse, la réprobation la plus ferme : la racaille ayant incendié, vandalisé, frappé, dévasté autour du Parc des Princes, durant et après la finale ayant opposé le PSG au Bayern de Munich (Le Figaro).

Laissons d’emblée de côté le “il n’y a qu’à” qui n’est que le refuge confortable de ceux qui ne sont pas aux responsabilités.

Mesurons comme il convient les semonces partisanes, les conseils péremptoires : je suis persuadé que, quel que soit le pouvoir à tous niveaux, il serait confronté aux mêmes épreuves et ferait l’objet, peu ou prou, des mêmes critiques. Aucune recette magique n’existe dans le carquois républicain, sinon peut-être demain un peu plus de courage, un peu moins de mansuétude. Je le dis avec prudence, tant je ne suis pas sûr de ce que mon espérance souhaiterait mais qui est battu en brèche par mon pessimisme civique informé.

Je n’use pas du terme “racaille” sans réfléchir mais en pleine conscience de ce que Paris et d’autres cités doivent subir de la part de minorités qui n’ont rien à voir, dans le comble de leurs transgressions délibérées, avec la délinquance ordinaire.

D’abord contre les forces de l’ordre et la normalité tranquille et respectable de la France (commerces, monuments, écoles, services publics, etc.), de tout ce qui de près ou de loin, de l’Etat et de toutes ses incarnations à l’autorité la plus basique, affecte et infecte le visage républicain.

J’y inclus l’accroissement des actes et des propos racistes, antisémites et homophobes qui loin d’être découragés par l’opprobre politique et médiatique me semblent au contraire stimulés : trop afficher le bon exemple en démocratie, c’est inspirer le mauvais à certains pervers !

C’est cette “racaille” que je vise et que je cible.

Je ne crois pas, contrairement à ce qu’a soutenu Michel Onfray, que le gouvernement et la police ont laissé s’accomplir le pire “pour acheter la paix sociale”. Cette interprétation serait d’une certaine façon rassurante parce qu’elle révèlerait un pouvoir qui ne serait pas dépassé par la réalité mais l’exploiterait.

Il y a eu au cours de cette nuit déplorable environ 160 interpellations, ce qui n’est pas rien. Je ne sais pas combien de ces “casseurs” et autres seront déférés au Parquet puis éventuellement jugés avec, toujours, cette difficulté de l’administration de la preuve tant qu’on n’acceptera pas le recours efficace à la notion de “culpabilité en gros”. Il n’y a pas à l’évidence l’acceptation d’un état de choses perçu comme intolérable.

Avec le Premier ministre Castex et Gérald Darmanin, nous disposons d’un couple qui veut bien faire, dont la bonne volonté est éclatante et le verbe intimidant. Mais, pour l’instant, rien ne régresse dans les manifestations de barbarie, d’ensauvagement, de criminalité et de délinquance qui, trop régulièrement, altèrent notre quotidien rêvant d’une démocratie qui serait crainte.

Parce que d’abord il convient de s’affronter à la rudesse d’un constat qui nous éloignerait des considérations sociologiques et économiques mais nous contraindrait à regarder en face une malfaisance n’ayant pas d’autre finalité qu’elle-même. On traite cette “racaille” comme si elle était susceptible demain, à partir de son délire violent et gratuit d’aujourd’hui, de comprendre, de s’amender, de virer vers la rédemption que la bonne conscience progressiste s’acharne à imaginer en chacun.

Cette sauvagerie nue, qui n’éprouve pas le besoin de se chercher des motivations mais jouit de sa terrifiante réalité, devrait nous conduire à réfléchir sur ce point capital que je pourrais résumer de la manière suivante : comment sinon éradiquer, du moins nettement réduire, la frénésie transgressive de groupes, de minorités venant parasiter le festif, le social ou le politique, au pouvoir de malfaisance illimité, à la volonté de nuire infinie, si le pouvoir face à elle, dans toutes ses instances, de la police à la Justice, est désarmé ?

Notre société, à cause de la lâcheté politique (j’y mets gauche et droite, celle-ci ne rêvant que de s’approprier les bonnes grâces humanistes et stériles de celle-là) et d’une incroyable et majoritaire démagogie médiatique, en est arrivée au point où elle n’ose plus mettre en oeuvre, au travers de l’ensemble de ses instances protectrices, tout ce que la loi permettrait d’accomplir sans renier valeurs, principes mais pour sa sauvegarde efficace.

Face à une malfaisance cruellement illimitée, nous avons un pouvoir qui avec une sorte de masochisme douloureux se plaît désarmé. Et impuissant.

L’affaire Traoré en est un parfait exemple. Quand on n’ose plus prendre les décisions qui s’imposent par peur d’exercer une autorité et un arbitrage légitimes et que d’expertises en expertises on retarde l’accomplissement de son devoir, on aboutit à un dévoiement aux funestes conséquences.

Un pouvoir désarmé, une police qui à chaque seconde doit se préoccuper du regard politique et médiatique plus que de sa propre efficacité, une justice tétanisée, une racaille qui sent ces faiblesses et s’ébat avec une volupté destructrice dans cet espace où républicain rime avec mollesse, et on voudrait ne plus vivre les débordements odieux de cette nuit, les violences qui pour tout et n’importe quoi molestent et blessent quand elles ne tuent pas, les mille comportements qui démontrent que l’Etat ne sait plus comment faire et que sa bonne volonté suscite l’apitoiement plus que le soutien !

On en arrive toujours à la même conclusion : la sauvagerie est fière d’elle, la force légitime a honte d’aller au bout d’elle-même !

L’audace doit changer de camp.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Les Traoré : Leonarda en pire !, par Philippe Bilger

Au regard du présent et de sa déréliction politique et judiciaire, l’affaire Leonarda et le dialogue entre celle-ci et l’ex-président Hollande vont bientôt apparaître comme un exemple de gentillesse républicaine.

Parce que l’information ouverte – toujours en cours, c’est le point central – à la suite de la mort d’Adama Traoré, les interventions multiples qu’elle suscite, les immixtions scandaleuses qu’elle engendre, les pressions et la complaisance médiatiques concernant la famille Traoré “vendue” tel un exemple à suivre mais dont le passé, pour certains de ses membres, est rien moins qu’irréprochable, dépassent l’entendement.

Plus une mobilisation nationale prévue, à l’initiative de cette même famille, le 10 juin mais il va de soi qu’on respecte l’indépendance de la Justice !

J’espère que les “émotions” de Christophe Castaner ne l’empêcheront pas d’être ministre !

Mais on n’avait encore rien vu !

Si le président de la République a demandé à la garde des Sceaux de recevoir les soeurs d’Adama Traoré, je considère que c’est une honte.

S’il ne l’a pas fait mais que l’idée ait germé dans la tête de Nicole Belloubet et que celle-ci ait été prête à favoriser cette indécence, j’estime que c’est un scandale.

Que la République soit humiliée au point de devoir recevoir des leçons de la famille Traoré sur l’état de droit et la séparation des pouvoirs, représente un affront dont normalement on ne devrait pas se remettre.

On peut compter sur celle-ci et son avocat, Me Yassine Bouzrou, l’une et l’autre s’excitant et se “chauffant”, pour tirer profit de cette pantalonnade où le fond est atteint.

D’autant plus que le procureur de la République de Paris a éprouvé le besoin de faire un communiqué sur cette affaire : il est clair qu’elle n’était pas encore assez hypertrophiée !

Indépendance et sérénité de la Justice mises à mal.

Démocratie ridiculisée.

Etat de droit enseigné par de piètres professeurs.

L’honneur de la France est bien ébréché.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Monsieur le président, que faites-vous de tous les citoyens lambda ?, par Philippe Bilger

On sait bien que de ma part l’évocation des citoyens lambda n’a rien à voir avec une quelconque dérision.

Ce sont ceux qu’on ne fait pas venir à la télévision pour proférer des absurdités comme Camélia Jordana le 23 mai.

C’est la multitude de ceux, monsieur le président, qui n’ont pas votre numéro de portable ou qui ne connaissent pas Patrick Sébastien pour qu’il vous transmette des messages.

C’est la masse des citoyens qui font silence et qui ne sont pas dans la lumière. Pardon d’user de ce terme qui fait mal aux esprits et aux oreilles distingués : c’est le peuple anonyme qu’à l’évidence vous n’écoutez pas.

Je ne crois pas une seconde que vous ayez peur, pour l’élection de 2022, de la candidature d’histrions talentueux ou non comme par exemple Cyril Hanouna ou Jean-Marie Bigard.

Vous seriez plus inquiet de l’irruption dans le champ présidentiel d’un Eric Zemmour mais j’espère que celui-ci aura la sagesse de considérer que son succès légitime provient davantage de la liberté et de la lucidité de sa pensée décapante dans un monde qui se cache souvent le réel, que de l’envie de le voir à l’Elysée, charge pour laquelle à mon sens il ne serait pas fait.

Vous seriez beaucoup plus préoccupé sur le plan politique si l’un des frères de Villiers décidait de se présenter avec cette chance cependant pour vous que Philippe, souverainiste, serait partiellement sur le terrain du RN et que Pierre a toujours dénié avoir des ambitions de ce type.

Monsieur le président, on pouvait croire qu’après les revendications multiformes des Gilets jaunes – “plus qu’une émeute, moins qu’une révolution” -, votre refus de dialoguer tout de suite avec eux mais votre prise de conscience apparente plus tard, vous aviez tout compris. Compris que le peuple existait, que le clinquant de la politique non seulement ne l’intéressait pas mais qu’il le méprisait et qu’en définitive il préférait une action obscure mais solidaire et efficace plutôt que les jeux classiques d’Un Etat cultivant l’entre-soi.

Mais comment ne pas être déçu quand on constate que vous êtes tombé dans une posture qui donne du pouvoir une étrange image ? Certes je suppose que le pouvoir, sorti de votre orbite directe, continue à peu près à fonctionner de manière cohérente sous l’autorité d’un Premier ministre dont je devine au mieux la patience, au pire l’irritation. Qui fait preuve d’une modestie et d’un pragmatisme qu’il serait honteux d’oublier, pour charger sa barque, au moment du règlement des comptes.

Mais de votre part quelle surprenante peopolisation de la politique ! Celle-ci est-elle réservée aux gens connus ?

Le Puy du Fou et sa réouverture nécessaire devaient-ils être abordés par un quatuor: le Premier ministre, Villiers père et fils et vous-même avec cet enseignement supplémentaire que pour vous donner le beau rôle, celui qui dit oui, vous n’hésitez pas à perturber le fonctionnement institutionnel et à battre en brèche la loi comme, paraît-il, Edouard Philippe vous l’aurait reproché (Le Figaro).

Pire, parce que Jean-Marie Bigard a poussé un “coup de gueule” en faveur de la “libération” des bars et restaurants, vous prenez la peine de téléphoner à ce monsieur parce que vous avez été informé par Patrick Sébastien de sa charge. Mais où se trouve-t-on ? Dans quel pays, dans quelle démocratie ? Les décisions passent par des personnalités qui n’ont que l’avantage d’être médiatiquement promues et de faire du bruit ? La République résistera-t-elle à ce double jeu, à ce je double où le Premier ministre tente de maintenir une normalité dans l’élaboration et la mise en oeuvre des décisions et où vous vous plaisez à la subvertir ?

Pour lire la suite, c’est ici !

Masques : l’information n’est pas confinée !, par Philippe Bilger

Sans doute l’angoisse que propage le coronavirus, les nombreux morts, le tour de force quotidien des personnels soignants, les services de réanimation qui poussent leurs limites, les interventions nombreuses du pouvoir – président de la République et Premier ministre -, la controverse sur les masques et l’interrogation sur l’utilité du confinement, créent-ils une atmosphère particulière qui depuis plusieurs semaines, en tout cas encore plus intensément depuis le 16 mars, conduit les médias à focaliser naturellement sur un seul sujet, à être plus suivis qu’à l’ordinaire et à passionner par des explications et des investigations dont le caractère technique aurait pu être rébarbatif.

Je songe surtout à la discussion qui ne cesse pas sur le manque de masques (avec le stock pléthorique abandonné en 2011 et en 2013), sur les responsabilités des uns et des autres, notamment pour la période du mois de janvier au mois de mars de cette année qui pour un esprit s’espérant honnête montrait les efforts du gouvernement et des services administratifs et médicaux compétents pour combler la pénurie. On n’avait plus de masques, on poussait les feux pour en fabriquer le plus possible.

Chaque jour l’information apportait une nouvelle pierre à cette incroyable polémique au point que mon billet du 2 avril au matin, duquel je n’avais pourtant rien à retirer, était peut-être trop optimiste à cause de ce que je pouvais lire dans l’après-midi de cette même journée.

Puisque Mediapart publiait une très longue enquête fondée à la fois sur une documentation officielle et des sources confidentielles, fouillée, impressionnante et accablante pour le pouvoir si on se réfère à son titre : “Masques : les preuves d’un mensonge d’Etat”.

Durant ces semaines, l’information n’est non seulement pas confinée mais incroyablement rapide, vivace, déroutante, profonde. On sent que, plus nous sommes enfermés, parce qu’il le faut, entre nos quatre murs, plus elle se libère, explique, se contredit, est contrainte au pluralisme, est obligée d’écouter, s’abandonne à une modestie rare et se demande ce qui se passera quand le déconfinement assuré dans des conditions satisfaisantes, le pouvoir et l’opposition se retrouveront face à face et que le temps des comptes commencera.

Mediapart a accompli un travail remarquable même si on peut le juger impitoyablement à charge mais les pièces sont présentées et offertes. L’enquête nous fait entrer dans les coulisses étranges, erratiques, désordonnées et toutes d’amateurisme d’une action de trois mois qui nous semblait énergique, cohérente et efficace. Il y avait eu la faillite d’hier mais aujourd’hui on ne pouvait pas se permettre de douter d’une équipe politique et technique forcément performante.

Mais l’information a circulé, on ne pouvait pas la confiner.

Et je me pose une double question.

La première : même si les avis divergent sur le besoin de masques chirurgicaux à l’air libre, peut-on cependant considérer que les officiels chargés de la pédagogie sanitaire ont soutenu qu’ils ne servaient à rien, non par conviction ni savoir mais seulement parce que la France n’en disposait pas et qu’il convenait donc de nous démontrer que cette pénurie, dont le gouvernement actuel n’était pourtant pas coupable, n’était pas préjudiciable ?

La seconde : les masques, un mensonge d’Etat ? Ou plutôt le paroxysme d’une incurie française souvent observée mais gravissime dans une lutte contre un fléau inédit avec ses conséquences mortifères.

Pour lire la suite, c’est ici !

Il faudra demander des comptes : il est hors de question que le pouvoir se défausse !, par Philippe Bilger

Il y a un consensus total sur le fait qu’il faudra faire les comptes. À cause de toutes les maladresses, imprudences, pénuries, imprévoyances, misères et surcharges politiques, économiques et sociales, de l’état angoissant de l’univers hospitalier et des tragiques carences que la montée du fléau révèle, du délitement des services publics.

En n’oubliant pas les méfaits de la mondialisation et l’exigence de la souveraineté.

La formidable énergie, l’incroyable dévouement de professionnels, dans la santé comme ailleurs – je songe aux policiers et aux gendarmes occupés à verbaliser parce que des irresponsables, à l’île de Ré ou ailleurs, ne veulent rien comprendre ni respecter -, constituent un arbre qui cache la forêt.

Tout le monde s’accorde : il faudra faire les comptes.

La seule controverse porte sur le moment.

Certains, par exemple la talentueuse Élisabeth Lévy, considèrent que même en pleine crise du coronavirus, on a le droit de questionner, de critiquer, voire de dénoncer, qu’on n’est pas tenu, par une sorte de décence, à la moindre obligation de réserve. Qu’on n’a pas à se priver de citoyennes récriminations, quitte à affaiblir un mouvement qui doit être tout entier concentré sur le combat capital à mener.

D’autres, dont je suis, estiment au contraire qu’il est plus sage d’attendre la fin de ce qui menace et tue beaucoup trop pour qu’on se laisse détourner aujourd’hui par des révoltes périphériques. Mais demain, il faudra faire les comptes, à tous points de vue et pour tous.

Nous sommes confrontés à une tragédie sanitaire inouïe mais conjoncturelle qui impose que l’ensemble des énergies soient bandées dans le même sens. Obéissance des citoyens et respect de ceux qui nous conseillent et nous sauvent.

Quand le fléau sera éradiqué, le temps sera venu des responsabilités à établir. En effet, tout ce qu’on déplore aujourd’hui permet de vérifier rétrospectivement la validité des revendications d’hier, notamment de la part du personnel soignant. On ne peut plus douter qu’il avait raison quand il mettait en cause l’absence de politique d’Agnès Buzyn et prévenait de la difficulté de gérer le quotidien et, bien davantage, des catastrophes qui se réaliseraient face à un pire inopiné.

Tout a été dit avant de ce qui est décrié à juste titre après. En amont, le désastre était déjà plus que virtuel. En aval, toutes les infrastructures et les services ont explosé.

Il faudra faire les comptes. Pas maintenant, au cœur de la tempête, mais la tranquillité revenue.

Alors, il sera hors de question que le pouvoir se défausse. La note sera à payer.

Pour lire la suite, c’est ici !