Hommage à la France des sans-grade : celle qui n’intéresse pas BHL et les autres…, par Philippe Bilger

Ils sont nombreux, ceux qui n’ont pas droit aux pétitions et aux tribunes, aux communiqués et aux soutiens artistiques, à l’honneur d’un article dans Le Monde ou à la solidarité dans Mediapart !

Ils sont nombreux, ceux dont on ne parle jamais parce qu’ils n’ont pas les infortunes rentables.

Il y a une France ordinaire, pas seulement celle des gilets jaunes, qui, jour après jour, est victime de délits, de crimes, de transgressions de toutes sortes. Une France modeste, parfois même misérable. Des femmes, des hommes, de tous âges et de toutes conditions, qui sont violés, volés, cambriolés, frappés, agressés, dépouillés. Il y a des commerçants qui n’en peuvent plus et finissent par ne plus compter le nombre de fois où ils ont été attaqués et spoliés. Avant, tragiquement, parfois, de se révolter et d’user d’une légitime défense qui ne les empêchera pas, confrontés à certains juges, d’être incarcérés.

Il y a une France banale, discrète, qu’aucun signe particulier ne distingue.

Ce n’est pas l’antisémitisme ou le racisme qui ont été le ressort du crime. Donc, on n’en a pas, ou peu, parlé.

Ce n’est pas un féminicide et Muriel Robin s’en désintéresse.

Il n’y a pas eu de film sur les violences et elles n’ont pas été commises dans les cités. Le président de la République n’a pas été « bouleversé » et n’en a eu cure.

Le terrorisme islamiste n’a pas tué et l’effroi collectif, les bougies, les défilés et les discours solennels sont donc inutiles.

L’honorable Durand, l’estimable Abdallah et le touriste Pei ont, chacun à leur tour, connu ce qu’il a été convenu d’appeler la douce France. Les deux premiers sauront que ce pays n’est plus le même et le dernier rejoindra la Chine, étrangement heureux d’être le citoyen d’une nation où il y a moins de libertés mais plus de sécurité.

La police n’est célébrée qu’au lendemain des attentats et on la laisse au quotidien, avec une gestion de l’ordre souvent erratique, faire comme elle peut. Hors de question, évidemment, de pouvoir lire ou entendre une grande voix pour venir à son secours sur le plan démocratique.

Il y a une France tristement usuelle, aux travaux et aux jours sans éclat, qui a peur, qui craint pour ses biens, son intégrité, sa vie, qui tente le moins mal possible d’assumer sa condition, mais quand elle est atteinte, blessée, souillée, même torturée, j’ai beau tendre l’oreille et consulter les médias, il n’y a rien qui vienne déplorer ce qu’elle subit. Pas d’acteur, aucun chanteur, pas le moindre BHL, encore moins le plus petit Plenel, évidemment pas Mélenchon ni Taubira. Juste Marine Le Pen, mais on a décidé que cela ajoutait à l’ignominie du crime !

Je rends hommage aux obscurs, aux sans-grade, à mes concitoyens effacés, aux destins niés, aux malheureux relégués, aux victimes anonymes.

À tous ceux qui n’auront jamais droit, dans leur malheur créé par une malfaisance aux multiples visages, à la considération symbolique et à la compassion de ceux qui ont l’indignation et la médiatisation fragmentaires, orientées, hémiplégiques.

Je n’aime pas la minorité française de la lumière qui tient pour rien ou oublie la majorité de l’ombre.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Le président ne vend pas la peau de Marine Le Pen avant l’heure !, par Philippe Bilger

On ne peut pas reprocher au Président de la République un excès de confiance.

Même si beaucoup installent par avance, en 2022, une confrontation entre Marine Le Pen et lui et qu’il pourrait avoir la tentation de considérer que la cause est entendue, il demeure prudent.

D’abord parce qu’il est intelligent et rien n’est plus contraire à cette qualité qu’une bête présomption.

Ensuite il n’a pu que constater, dans un récent sondage, une égalité parfaite au premier tour et un score honorable de la présidente du RN au second tour, de l’ordre de 45 %. Cette évaluation est d’autant plus significative qu’une précédente estimation l’avait déjà située au même niveau alors que nous étions plus proches de son catastrophique débat de 2017.

Il se garde bien, contre tous les prophètes de bon augure, de laisser croire à un résultat déjà acquis. Je ne suis pas persuadé que sur ce plan il ait validé l’intervention du Premier ministre répondant à l’Assemblée nationale à une question de Marine Le Pen et paraissant tenir pour acquise leur rencontre républicaine en 2022.

Quel que soit le désir d’Emmanuel Macron “d’en finir avec les polémiques… de “reprendre la main pour ne plus subir l’actualité” (Le Monde), même s’il déteste paraît-il qu’on exprime tout pessimisme sur la situation sociale, notamment pour la journée de grève prévue le 5 décembre (Le Canard enchaîné), il est clair qu’il est plus que jamais attentif à la future configuration présidentielle.

A l’évidence il ne compte plus seulement sur l’affligeante atonie des oppositions classiques de droite et de gauche. Il s’efforce, notamment pour la première qui sort chaque jour de son chapeau un possible candidat pour 2022 – le dernier étant François Baroin – de lui ôter l’herbe sous le pied, l’argumentation résiduelle qui lui reste en matière de sécurité et de Justice.

Consciencieusement il parcourt le terrain de la droite et même si on peut juger plus que réaliste, cynique, sa focalisation de fraîche date sur l’immigration, le communautarisme et le “tourisme médical” puisque ces problèmes existaient avec la même intensité depuis son élection, il est clair que cette tactique, si elle va laisser indifférent le RN – toujours trop de mollesse pour lui – va troubler encore davantage LR, désespérément à la recherche d’une contradiction authentique et spécifique (Le Figaro).

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Violences à Paris, Lyon, Marseille : l’État ne fait plus peur, par Philippe Bilger

Bien sûr, l’effet est facile qui consiste à coaguler tout ce qui s’est passé de gravement transgressif durant la nuit du 14 juillet.

Mais la réalité ne ment pas qui, notamment à Paris, à Lyon et à Marseille, montre que l’État ne fait plus peur parce que son autorité est non seulement défaillante mais, pire, absente.

Certes, ce ne sont pas les déclarations qui manquent et on peut être assuré, sur ce plan, que le verbe politique largement entendu dénoncera le présent et fera espérer pour l’avenir une France enfin apaisée, qui saura se tenir comme on peut le dire d’un enfant bien éduqué.

La pire des attitudes serait une résignation citoyenne s’habituant à cet état de choses et l’expression d’une lassitude à force d’interpeller, de semoncer l’État pour rien.

J’ose cette banalité : il n’est pas normal qu’à Paris, on frappe et dégrade, qu’à Lyon, on incendie des voitures et qu’à Marseille, on s’en prenne aux CRS.

Ou bien doit-on admettre le triste constat d’un pouvoir qui a accepté que, dans notre pays, il y ait un niveau inévitable et irrésistible de désordres et d’atteintes aussi bien humaines que matérielles et que, donc, il se laverait les mains face à cette prétendue inéluctabilité ?

Faudra-t-il finir par penser que nos gouvernants ne sont pas capables de mener de front dans notre République une double démarche : faire respecter la morale publique par certains d’entre eux et en tirer les conséquences, faire respecter l’ordre sans cesse perturbé par une minorité de nos concitoyens ici ou là, quelle que soit leur origine, et par des étrangers sans droit ni titre.

Christophe Castaner est un bouc émissaire commode. On ne peut plus se voiler la face. Quand tout va mal sur le plan de la sécurité, il ne s’agit plus seulement d’incriminer la police, le ministre, mais le Premier ministre et le président de la République. Quand un chaînon a durablement craqué, c’est à eux qu’on doit demander des comptes et de l’action.

Pour avoir l’honneur de se faire passer pour Jupiter, il convient au moins de pacifier notre quotidien. Sauf à considérer que les échecs sont pour les uns et l’impunité pour les autres. Je ne vois pas au nom de quoi, sinon par une révérence de principe mais absurde à l’égard de ce petit monde qui dirige et administre, on arrêterait notre indignation au milieu du gué au lieu de la laisser aller plus haut.

Nulle part l’incompétence, l’impéritie ne seraient ainsi tolérées.

J’ai évoqué Christophe Castaner. Quand il y a eu récemment « la dérive violente de certains supporteurs algériens » se comportant chez nous comme pas une seconde ils n’auraient pu le faire chez eux, tout ce qu’a su proposer l’intéressé a été un tweet : « Ceux qui se sont livrés à cela méprisent à la fois […] les valeurs du football mais aussi le pays dont ils ont célébré la victoire » (Le Figaro).

Je devine les fauteurs de troubles terrorisés après une telle analyse qui n’est qu’un commentaire, une réaction molle et explicative alors que la France attendait une réaction forte !

On ne peut pas à la fois donner à la France des leçons de morale républicaine, du genre répétitif, contre le clivage et l’exclusion, pour la générosité à l’égard des migrants de moins en moins politiques, de plus en plus économiques, pour l’Europe qui nous protège, bref, le discours habituel contre le RN, et tout laisser faire pour que celui-ci monte, monte…

Ce dessein, ce cynisme seraient scandaleux mais je ne suis même pas sûr qu’il y ait une telle intelligence perverse derrière ce « foutoir » et ces débordements telles une lamentable habitude, une déplorable impuissance ?

S’il y avait seulement de l’incurie, un amateurisme qui valide passivement ce qu’il n’a plus envie d’empêcher, ce qu’il ne sait plus réprimer ?

Philippe Bilger

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Général de Villiers : une redite, par Philippe Bilger

Le Général de Villiers reste sur la même ligne.

Dans un entretien avec Nathalie Guibert qui le suit avec attention (Le Monde), peu ou prou il répète, en effet, ce que j’avais déjà commenté dans mon billet du 15 décembre 2018 “Le général Pierre de Villiers, le sauveur ?

Un certain nombre de citoyens, dont les Gilets jaunes, n’hésitaient pas à le voir comme un recours et déjà il se défendait de vouloir s’engager en politique.

Il ne dévie pas d’un pouce aujourd’hui puisqu’il affirme : “Je suis là pour conseiller, au service des entreprises et de la jeunesse. Je ne ferai pas de politique politicienne“.

Pour l’essentiel, il confirme qu’il y a “une crise d’autorité et de confiance” en formulant un diagnostic très pessimiste sur l’état de la France qu’il parcourt régulièrement : “se creuse en accéléré un fossé entre ceux qui dirigent et ceux qui exécutent. La crise concerne toute la société: les entreprises, la politique, le sport, les associations, la culture. J’ai trouvé une désespérance. Une inquiétude sur l’avenir du monde, l’état de la France, son avenir“.

Je ne peux m’empêcher de rapprocher ce constat infiniment plus sombre de celui qu’après le Grand débat national le président de la République a tiré de ses rencontres avec les Français. Je n’ai pas l’impression que “la désespérance, l’inquiétude” se soient dissipées et il serait absurde d’induire de la remontée relative d’Emmanuel Macron et de son Premier ministre dans les sondages un apaisement du pays dans ses profondeurs. Il y a l’officiel de la politique et la vie démocratique des tréfonds.

Il y a des effacements apparents – comme celui des Gilets jaunes par exemple – qui ne consacrent pas une authentique accalmie républicaine mais plutôt un malaise, un ressentiment, une révolte à bas bruit. Qui n’excluent pas la régularité de frondes, de revendications ponctuelles légitimes ou indécentes (comme celle d’une fraction de professeurs traitant sadiquement les lycées en attente des résultats du baccalauréat).

Pour le général de Villiers, plusieurs causes expliquent ce délitement mais il cible d’abord, en même temps qu’une “mondialisation de l’indifférence”, “l’éloignement du pouvoir conduisant le citoyen à se sentir totalement perdu”.

Le pouvoir sur lequel il a cette phrase définitive : “On manque de chefs parce qu’on manque de vision”.

Pensée qu’on pourrait d’ailleurs retourner et qui me semblerait plus juste encore : “On manque de vision parce qu’on manque de chefs“.

C’est en effet la pauvreté la plus criante de notre monde et de la France en particulier que cette absence de vais chefs. En tout cas de personnalités qu’on imaginerait bien en chefs. Avec ce mélange de courage et d’intelligence qui, dans un univers désordonné favorisant d’incessantes poussées contre la normalité et la rectitude démocratiques, permettrait précisément d’avoir une vision. Cette dernière étant un regard qu’on porte sur l’au-delà de la quotidienneté politicienne, nationale ou internationale. Une lumière qu’on projette sur le temps d’après.

Cela exige de la hauteur sans arrogance, de la proximité sans familiarité, de la morale sans affectation, de l’ambition pour son pays et pas d’abord pour soi.

Certes le général de Villiers campe sur la même ligne mais une redite n’est pas grave si elle enfonce dans la tête d’un pays ce qui lui manque. Ce dont il aurait besoin.

Philippe Bilger

Texte repris du site Philippebilger.com

Nicolas Sarkozy aurait “une autorité morale” ?, par Philippe Bilger

L’ancien président de la République a de grandes qualités d’intelligence, d’énergie et de communication. Il les a démontrées lors d’un quinquennat même imparfait après une campagne éblouissante en 2007.

Il paraît que, depuis l’échec des européennes, “l’ombre de Sarkozy plane toujours sur la droite” (Le Monde).

J’ai dit à quel point celle-ci authentique, sincère, convaincue et convaincante, me manquerait si jamais elle venait à disparaître comme peu ou prou le parti socialiste. Je maintiens que “sans ma droite“, en effet, “je serais mal“, comme je l’ai écrit dans mon billet du 7 juin 2019.

Mais l’espace politique dévolu à la pensée conservatrice, à un projet mettant au premier plan l’efficacité économique, la justice sociale, l’autorité de l’Etat et la morale publique est-il donc si pauvre qu’on ne puisse pas imaginer, pour l’occuper valablement, quelqu’un d’autre que Nicolas Sarkozy ? Quelle étrange maladie est donc celle d’une droite qui semble plus désireuse de gratter ses plaies que de les oublier ? Plus éprise d’un homme providentiel plombé par les défaites que d’une personnalité encore vierge face à l’avenir et à l’exercice du pouvoir ?

Serait-il offensant de soutenir que Nicolas Sarkozy n’est pas forcément désiré par les Français si lui, paraît-il, selon Hubert Falco, est prêt à les sauver. Brice Hortefeux, l’ami fidèle, ne cesse pas de nous seriner la même chanson au point de rendre prévisibles tous ses propos.

Je me demande si on ne cherche pas à enkyster dans la tête des citoyens de droite, pour que le futur du redressement soit impossible, l’idée que seul un Nicolas Sarkozy, pourtant démonétisé, serait à même de sauver ce camp du naufrage.

Parce que Laurent Wauquiez a dû assumer ses responsabilités en se mettant en retrait, parce que naturellement un arbitrage va devoir se faire entre des ambitions présidentielles à la tête du parti – je songe notamment à Bruno Retailleau – et une gestion consensuelle et d’attente avant 2022, genre Christian Jacob, il faudrait faire sortir Nicolas Sarkozy de sa boîte somptuaire ?

Avant même que LR, par ses propres moyens, reprenne vie politique en puisant dans un vivier que ses adversaires jugent à tort médiocre, il conviendrait, toutes affaires cessantes (si j’ose dire), de précipiter l’irruption renouvelée d’un Nicolas Sarkozy faisant don de sa personne aux militants et sympathisants de droite comme si l’impatience de ceux-ci était à son comble ?

Et si c’était l’inverse ? Si ce parti ne pouvait espérer sortir de la nasse qu’en se « débarrassant » définitivement de Nicolas Sarkozy, en cessant de permettre à celui-ci de nourrir l’illusion permanente qu’on l’attend et qu’on a besoin de lui ?

Certes tout le monde a le droit de fantasmer sur un retour qu’on s’acharne à nous présenter comme inévitable et nécessaire mais il n’empêche qu’on se moque du monde.

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Un antiracisme coupable du délit de bêtise…, par Philippe Bilger

Eschyle censure antiracisme

Des étudiants et des militants de la cause noire ont empêché par la force la tenue d’une pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, au motif que des acteurs blancs portaient des masques sombres ou étaient grimés en noir” (Le Monde).

Ces étudiants appuyés et soutenus par le CRAN jamais en retard d’un combat absurde dénonçaient le “blackface”, un procédé qui consistait à exhiber et à ridiculiser des Noirs pour amuser les Blancs.

Pour le metteur en scène Philippe Brunet, helléniste passionné, il s’agit “d’une forme d’ordre moral imposé de force“. Il récuse à juste titre l’accusation d’avoir voulu tourner en dérision les Noirs alors que dans le théâtre antique, le masque est constamment utilisé et que faute de budget et de temps, il n’a pu faire porter aux comédiens les masques dorés initialement prévus.

Par ailleurs, la tragédie d’Eschyle est aux antipodes du sarcasme et de la discrimination : elle se contente d’être une grande oeuvre universelle.

Philippe Brunet, la pièce ayant dû être annulée, s’interroge sur un dépôt de plainte ou non. Ces censeurs se rengorgeant face au succès de leur intervention, la plainte marquerait un coup d’arrêt et l’expression du refus de céder à cette scandaleuse intimidation (Le Figaro).

Que tirer de cette lamentable péripétie ?

D’abord l’absence de culture, radicale, de ces étudiants et militants. Ils ignorent tout et ont remplacé le savoir par un esprit vindicatif compulsif mettant sur le même plan des démarches douteuses et racistes qui ont existé et des manifestations honorant le théâtre et n’offensant en aucun cas ce qu’ils sont.

C’est de la bêtise dans sa quintessence.

Mais, comme ce groupuscule et le CRAN sont prétendus progressistes, de gauche et forcément admirables puisqu’ils mettent en cause un racisme, aussi imaginaire soit-il, ils ne sont pas traités comme ils le mériteraient : pour des ignares que l’idéologie a rendu délirants. Il y a encore un zeste de révérence pour ces obsessionnels de la race. Au point de faire ressembler leur antiracisme à une lamentable pantalonnade tristement contre-productive.

Tentons de deviner quelles seraient les réactions si l’extrême droite ou le catholicisme conservateur, face à d’authentiques indignités, se révoltaient et faisaient annuler une pièce emplie de toutes les nauséabondes audaces que l’air du temps adore : la prévision est facile, ce serait un lynchage politique et médiatique contre ces rustres incapables d’apprécier les vrais, les grands spectacles.

Deux poids deux mesures à l’évidence.

Cessons de gratifier en l’occurrence ces étudiants et le CRAN de quoi que ce soit d’autre que de bêtise !

Il faudrait inventer ce délit pour eux.

Philippe Bilger

Texte repris du site Philippebilger.com

Ils avaient tout faux sur Cesare Battisti !, par Philippe Bilger

L’aveuglement a sa hiérarchie.

De la monstruosité et du tragique historiques jusqu’aux délires de la banalité quotidienne.

De la complaisance honteuse jusqu’à la multitude des Zola au petit pied qui encombrent notre espace politique, judiciaire et médiatique.

Je rejoins totalement ceux qui expliquent la mansuétude durable dont continuent à bénéficier le communisme et ses crimes par le fait qu’ils n’ont pas eu leur procès de Nuremberg qui, à l’exception de quelques négationnistes entêtés et compulsifs, a su mettre le nazisme au ban de l’humanité. Il aurait fallu que l’horreur, sous son double visage apparemment contradictoire mais si ressemblante par sa perversion totalitaire, soit traitée de la même manière mais ç’aurait été beaucoup demander : oublier le prétendu avenir radieux pour condamner les ignominies qui s’abritaient derrière lui.

A ce titre comment ne pas s’étonner de la révérence à laquelle ont droit encore d’anciens communistes à peine repentis qui n’ont à leur actif que de s’être lourdement, fièrement trompés ?

L’aveuglement, en effet, a sa hiérarchie.

Je n’ai pas pu m’empêcher de remercier en mon for intérieur Cesare Battisti parce qu’il avait enfin cessé de fuir dans tous les sens du mot. Les pays comme ses responsabilités.

En Italie qui paraît-il n’était pas une démocratie et ne lui assurerait pas un procès équitable, il a admis avoir commis tous les crimes qui lui étaient imputés depuis tant d’années, les uns comme auteur, les autres comme complice. Il s’est excusé. Des assassinats que, pour concéder cependant à la nostalgie révolutionnaire, il a inscrits dans une guerre “juste” à l’époque. Il n’est pas à proprement parler un “repenti” puisqu’il n’a “donné” personne d’autre que lui-même en quelque sorte (Mediapart).

Mais je n’ai entendu personne se repentir véritablement d’un aveuglement, d’un soutien et d’une solidarité, qui ont trop longtemps bénéficié d’une aura médiatique et politique parce qu’ils émanaient évidemment de personnalités qui ne pouvaient pas s’égarer, par exemple Bernard-Henri Lévy, Fred Vargas !

Je suis persuadé qu’on n’entendra jamais de leur bouche l’aveu de leur grave erreur parce que ce serait trop leur demander que les contraindre à revenir sur un passé indécent et des convictions qu’ils n’appuyaient que sur la certitude d’être tellement indiscutables que la vérité était quasiment leur propriété privée.

Avec quelle arrogance ceux que j’ai cités, soutenus par des politiques d’habitude plus avisés, ont pris parti pour un assassin dont le comportement de lâcheté constante aurait dû les alerter mais ils étaient trop pris par leur rôle de justiciers universels pour se remettre en question !

D’ailleurs pourquoi auraient-ils éprouvé le plus infime regret puisque hier comme aujourd’hui on les tient quitte de tout et que demain ils seront fêtés et encensés, eux, leurs livres et leurs propos les plus anodins, comme si rien ne s’était passé, comme s’ils ne s’étaient pas lourdement trompés au sujet d’un homme absurdement sublimé et d’un pays caricaturé de manière indigne ? Pourquoi battre sa coulpe quand non seulement rien ne vous y oblige mais qu’au contraire la France semble reconnaissante à l’égard de tous ceux qui ont validé le pire avec une constance qui n’a d’égale que leur amnésie ? Pourquoi suivre l’aveu de sa culpabilité par Cesare Battisti avec celui de la leur puisque, toujours et par principe, ils seront perçus comme innocents ?

Ils ne viendront pas exprimer leur regret sur les plateaux de télévision alors que ce serait leur honneur et que beaucoup leur serait pardonné. Que Cesare Battisti les ait ridiculisés n’enlèverait rien à leur courage de tout dire !

Faut-il rappeler par ailleurs ces visites intempestives, démagogiques et imprudentes de hauts responsables (François Hollande par exemple) à des victimes pour le moins équivoques, pour rester aimable, et en soutien à des causes douteuses !

J’ai envie d’une note moins morose. De rendre hommage – ce n’est pas mon habitude – à des journalistes qui ont su ouvrir, eux, les portes de la vérité et tenir bon ! Guillaume Perrault et Karl Laske notamment.

Les donneurs de leçons judiciaires et humanistes avaient tout faux sur Cesare Battisti ! Cela n’évitera pas de leur part, j’en suis sûr, des rechutes.

Philippe Bilger

Texte repris du site Philippebilger.com

On ne se moque plus des Gilets jaunes !, par Philippe Bilger

On peut considérer qu’ils sont de moins en moins nombreux au fil des samedis.

Qu’ils ont été, parfois, violents, excessifs, excités, pour quelques-uns antisémites et racistes, pas assez vigilants pour leur environnement.

Ce sont des polémiques admissibles, des controverses qui n’ont rien d’offensant et ce n’est pas parce que je refuse de mettre sur le même plan les rares Gilets jaunes dévoyés et les casseurs d’un côté et la police de l’autre que toute mise en cause du comportement de cette dernière m’apparaît scandaleuse, injustifiable.

Là n’est plus l’essentiel. Ils ont commencé tel un feu de paille, comme une jacquerie inédite d’aujourd’hui, ils ont duré, enrichi, multiplié leurs revendications, passant du quantitatif au qualitatif, de l’argent à la représentativité, du pouvoir d’achat au pouvoir tout court. Ils ont bousculé une France qui, sans ignorer cette part du peuple, ce monde des campagnes et de la périphérie, ce pays obsédé par le travail et non par l’assistance, avait tendance à les négliger. Longtemps ils n’ont pas fait de bruit social et de tintamarre politique. Ils n’avaient jamais posé leurs mains calleuses et simples sur la table plus urbaine et convenable de la démocratie classique.

Il ne s’agit pas de soutenir que là où ils se sont battus, là où ils continuent “à ne rien lâcher” (quoi au juste ?), le peuple tout entier est rassemblé. Ils s’en revendiquent mais n’en sont pas les propriétaires exclusifs.

Mais il est clair qu’on ne se moque plus des Gilets jaunes.

Jean Genet disait ne jamais se moquer, parce qu’il avait trop à faire d’aimer et de haïr. Ces sentiments contradictoires révèlent en effet qu’on est sorti de la dérision pour entrer dans le dur, quoi qu’on pense, quoi qu’on souhaite.

Le Grand débat national, manque de chance pour ceux cultivant la politique du pire qui est le pire de la politique, est une réussite, il ouvrira des pistes et donnera lieu à des initiatives à partir du 16 mars. Le président – qui reconnaît avoir commis des erreurs au sujet de ce bouleversement qui l’a longtemps dépassé – s’y est engagé et ce serait sa mort républicaine s’il se reniait, s’il trahissait. Reste à savoir s’il choisira les bonnes conclusions, les orientations les plus pertinentes puisque les Gilets jaunes, peu ou prou, auront pris un parti, le pouvoir le sien et un grand nombre de citoyens hésiteront entre curiosité et espérance.

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Macron face aux Gilets jaunes : Honte certes, mais qui peut être fier ?, par Philippe Bilger

Le président de la République a exprimé sa “honte” par un tweet dans la soirée du 24 novembre.

Honte certes, pourquoi pas, à la suite des violences, des affrontements et de cette atmosphère d’émeute durant quelques heures, surtout sur les Champs-Elysées (Le Figaro).

Difficile de le contredire en effet quand il remercie “les forces de l’ordre pour leur courage et leur détermination” et dit sa “honte à ceux qui les ont agressées… à ceux qui ont violenté d’autres citoyens et des journalistes, à ceux qui ont tenté d’intimider des élus. Pas de place pour ces violences dans la République” (Europe 1).

Comme cette dernière phrase serait belle si elle était juste et que la République ne cesse pas d’être meurtrie par des violences de toutes sortes contre lesquelles, quotidiennes ou exceptionnelles, l’Etat ne montre que son impuissance !

“Honte” assurément à l’égard de ceux qu’il a visés par sa dénonciation mais, au-delà de l’opprobre ainsi jeté, qui peut être fier de son comportement, de son verbe et de ses actions depuis que les Gilets jaunes ont fait irruption dans notre espace démocratique, contre toutes les structures partisanes et syndicales, à cause initialement d’une hausse des carburants aggravant le gouffre entre Paris et la province, entre ceux qui pourront toujours circuler à leur aise et la majorité ayant besoin d’une voiture pour aller travailler, entre les privilégiés et les modestes ?

“Honte”, c’est sûr, mais qui dans ce désastre aurait l’impudence de s’épargner ?

“Honte” peut-être, mais le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, pour ce qui les concerne, peuvent-ils se féliciter de l’image qu’ils ont donnée et de la posture qu’ils ont adoptée ?

Ce dernier, par ses attitudes de Matamore qui révélaient plus d’incompréhension et de maladresse que d’autorité, par la précipitation avec laquelle il s’est engouffré dans la mise en cause de l’ultra-droite à Paris, a jeté de l’huile sur le feu, du sel sur une plaie à vif et surtout, avec une globalité dangereuse, n’a pas distingué une minorité de “casseurs” quasiment inévitable d’une multitude parfaitement honorable et tranquille de Gilets jaunes.

Cette dernière aurait eu besoin d’une considération qu’elle n’a jamais eue ou trop tard. A Paris, le refus de s’en prendre aux pompiers et de dégrader des commerces a été, pour beaucoup de manifestants, la marque même de leur singularité et de leur honnêteté.

Alors que dans la province les Gilets jaunes ont défilé et protesté dans le calme avec une force amplifiée par cette résolution irréprochable, quoi que ce soit, depuis le début de ce conflit, avait-il été proposé à cette masse angoissée par son pouvoir d’achat et son avenir devenant de plus en plus incertain, voire sombre ?

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Encore et toujours Frédéric Taddéï !, par Philippe Bilger

On pourrait me dire : Quoi, encore lui ?

Mais je n’allais tout de même pas parler de ce faux remaniement, de ce remplacement poste pour poste qui, après le leurre narcissique et vibrionnesque de Cohn-Bendit nous ayant occupés durant trois jours, a conduit à la nomination de François de Rugy qui, ministre, libérera la place au perchoir de l’Assemblée nationale pour probablement Richard Ferrand même si l’estimable présidente de la Commission des lois est aussi sur les rangs avec Barbara Pompili qui ne doute de rien…

Rien de plus proche des magouilles de l’ancien monde que cet arrangement !

Rien de plus tristement banal aussi que cette désinvolture manifestée à l’égard des sports. On prend un ancien sportif qui a été brillant et on le bombarde ministre sans rien savoir. Il aurait suffi d’un entretien dans le Parisien ! Dans le passé, il y a pourtant eu l’exemple de professionnels qui n’ont pas été à la hauteur de l’honneur qu’on leur avait fait ! Je songe par exemple à Pierre Arpaillange magistrat réputé et au grand sens politique mais mauvais garde des Sceaux. Les sports sont traités à la légère !

On pourrait continuer le questionnement et s’inquiéter de la place que je donne à Frédéric Taddéï (FT) sur ce blog.

D’abord je l’aime bien, sa personnalité m’a toujours plu et j’ai apprécié la tenue, le pluralisme et la liberté des émissions auxquelles il m’a convié.

Ensuite il a su répondre vertement à tous ceux qui le diabolisaient parce qu’il a accepté d’animer “Interdit d’interdire” sur Russia Today (RT) en se félicitant de la liberté qui serait la sienne, en regrettant que le service public ne lui ait pas offert la même et l’ait en quelque sorte abandonné contre toute l’évidence de son aura médiatique et de l’exemplarité dont on le créditait. Et en se moquant totalement “d’être payé par Poutine”…

Enfin – et c’est l’extrême et constante richesse des entretiens avec lui (Causeur) – FT ne parvient jamais à penser “ordinaire” : à juste titre il perçoit l’intelligence et les débats comme un défi, un risque, une épreuve, une avancée et un bonheur. En rappelant, puisqu’il a toujours affirmé que sa seule limite était la loi, qu’il y a des “opinions qui sont des délits. Il n’y a pas à revenir là-dessus”.

Distinguant les vérités scientifiques, donc objectives, incontestables, des données politiques, sociales et culturelles à discuter avec le concert de subjectivités riches souvent de leur désaccord, en refusant d’ostraciser quiconque, même à la réputation sulfureuse, qui serait susceptible d’aider à l’approfondissement du thème choisi, FT, au fond, ne cesse pas de tenir une sorte de discours de la méthode sur le plan médiatique. On est obligé d’admettre que, si généralement sa personnalité est respectée, sa liberté, sa sincérité et sa franchise ne lui gagnent pas naturellement tous les esprits. Pourtant il me semble que si nous étions dans un univers médiatique normal, le point de vue de FT – sa vision, sa pratique et ses critiques – devrait relever d’une forme de banalité qui pourrait se résumer ainsi. A la fois n’avoir pas peur de l’intelligence, chasser l’ennui et respecter le téléspectateur. Si on traite ce dernier comme un imbécile, ne l’étant pas il le deviendra, l’étant on aggravera son état.

Je n’oublie pas non plus sa charge lucide contre la télévision qu’il a qualifiée de “médiocratie” (Le Point), en grande partie à mon sens parce que le journaliste ne sait plus, s’il l’a jamais appris, que pour être bon, comme le rappelle FT, il convient d’accepter de penser contre soi et contre les autres. Contrairement aux apparences il n’est pas si facile de quitter le lit quiet et confortable de soi !

Une dernière interrogation pourrait m’être adressée. Pourquoi ce post sur FT comme si celui-ci était inconnu et avait besoin de voir signalés à autrui ses talents et son apport intellectuel et médiatique ? Précisément mon expérience de lecteur frénétique et de blogueur persévérant m’a démontré qu’il était toujours utile d’attirer la lumière sur une personnalité, des réponses ou une oeuvre qui vous ont conquis. Sinon trop peu les découvriront et j’éprouverai alors cette sensation pénible d’être possesseur d’un trésor mais de manière égoïste. Alors que le partage crée un plaisir sans pareil !

On comprendra mieux dans ces conditions pourquoi je ne me repens pas d’être revenu vers FT.

Encore et toujours.

Philippe Bilger

Texte repris du site Philippebilger.com

Emmanuel Macron : le combattant intermittent…, par Philippe Bilger

Dans le livre où j’avais eu le front de faire monologuer Emmanuel Macron comme si j’étais lui, je lui avais fait cesser son propos au mois de septembre 2017. Quand c’était encore le temps des espérances. Avant que l’exercice du pouvoir vienne, avec ses limites et la résistance du réel, les dégrader.

Non pas que tout soit négatif dans ce que le président de la République nous a donné à voir depuis son élection. Bien au contraire. Mais il me semble qu’Emmanuel Macron est lui-même trop riche et trop complexe pour qu’on lui fasse l’affront d’une admiration éperdue – certains n’en démordent pas – ou d’une hostilité systématique – elle a ses partisans.

Maintenant que sa première année de mandat a été accomplie et que le surgissement du renouveau promis a épuisé ses effets, on perçoit mieux ce qu’il en est. Comme si, une forme de tension disparue, dorénavant le président de la République se laissait davantage aller dans la forme et révélait par ailleurs une appréhension du fond qui ne permettait plus de le considérer comme un inlassable activiste, un constant homme d’action mais plutôt pour un combattant intermittent. Dont le rapport avec le réel et la volonté d’entreprendre n’était pas uniforme.

Sur le plan du style et de ce que les débuts ont eu de remarquable, il y a depuis quelques semaines une libération, une attitude plus débridée, un comportement et des saillies voulus plus vulgaires pour “faire peuple”, un abandon au festif présenté comme un signe de modernité et une preuve de jeunesse – je ne parle pas des bras levés dans les jardins de l’Elysée pour applaudir la victoire contre l’Uruguay -, bref un laisser-aller présidentiel.

Faut-il admettre tristement qu’à la longue, chez n’importe quel président, il y a toujours un peu de Sarkozy qui survient, quel que soit le registre à peu près acceptable ou indécent de la posture ?

Pour l’action elle-même, même si le Premier ministre a bien raison de vanter “la ténacité” de son gouvernement, sinon qui le ferait ?, le recul permet d’analyser et de nuancer. Une première impression cherchait à instiller l’idée que ce pouvoir n’était pas celui d’un “roi fainéant” mais une invention et une énergie toujours en mouvement.

Aujourd’hui il paraît plus pertinent de distinguer, chez Emmanuel Macron – personne ne discute qu’il est à la source de tout au point de minimiser dans l’esprit public même l’aura de ses quelques excellents ministres – les réussites opératoires et menées à terme, les attitudes peu ou prou de désintérêt, enfin les atermoiements manifestant que le président est confronté à des problématiques où il risque de mécontenter tout le monde en préférant alors nous faire attendre que nous décevoir.

Le décrochage qu’il subit dans les sondages, à droite comme à gauche, n’est peut-être pas étranger à ce sentiment que le président fait ses choix et a son rythme et qu’ils peuvent nous surprendre ou nous désappointer.

Pour les premières – les succès -, il y a eu la réforme du droit du travail et celle de la SNCF. Les processus avaient été clairement conçus, les adversaires étaient du côté de la régression et de l’inefficacité, la constance serait récompensée et une France majoritaire applaudirait ces changements. Emmanuel Macron a pu, pour ces évolutions capitales même si d’aucuns – souvent ceux qui ne font rien – auraient aspiré à beaucoup plus, endosser le costume du combattant, imposer, tenir et vaincre. Ce sont des circonstances qui l’ont mis à l’aise : l’action comme démonstration de ce qu’il est.

Pour les deuxièmes – qui l’indifférent -, il y a eu la réduction à 80 kilomètres de la vitesse sur les routes secondaires. Il a laissé faire son Premier ministre sans l’ombre d’un enthousiasme, au bord de la dénégation, et pas loin à mon sens de la position qu’il avait prise sur le vin. Il aurait été capable, un peu poussé, de reprendre la fameuse formule de Georges Pompidou qui souhaitait vraiment qu’on laisse les Français en paix.

Il y a aussi, malgré les apparences, la préoccupation très relative qu’il affiche au sujet de la Justice, des peines et des prisons. Certes il ne serait pas honnête d’oublier quelques interventions de haute volée avec un projet mêlant le clair et l’obscur, un réalisme froid de droite, un humanisme confortable de gauche. Mais j’incline à penser que sa faiblesse sur le judiciaire ne tient pas seulement – et il est loin d’être le seul en politique avec cette disposition – à son désintérêt mais surtout au fait qu’il refuse de prendre en compte le lien pourtant avéré chaque jour entre le judiciaire ordinaire et le terrorisme. Négliger le premier comme il le fait revient à se priver de moyens décisifs pour lutter contre le second.

L’absence d’implication comme démonstration de sa hiérarchie des priorités.

Enfin il y a les hésitations – moins celles du caractère que celles du politique qui ne voudrait franchir le Rubicon qu’à coup sûr. Le report du plan sur la pauvreté – malgré la maladresse d’Agnès Buzyn – n’a évidemment rien à voir avec la Coupe du monde mais tout avec le constat que les processus et les nécessités qui ne le confrontent pas à des ennemis désignés ne le mobilisent pas vite, le laissent dans l’expectative ou l’incitent à des accommodements qui stérilisent l’essentiel. On l’a vu avec les banlieues, on l’a relevé avec la politique migratoire. Ce sera sans doute la même chose avec la PMA, ces sujets de société et de savoir vivre ensemble où il n’y a que des coups à prendre (Le Parisien).

L’absence de décision comme démonstration de ce qu’il tarde aussi à se mettre en marche.

Emmanuel Macron est un combattant intermittent.

En effet il fait parler la poudre démocratique et politique. Ou reste dans son coin comme un observateur sans doute de moins en moins bienveillant. Ou garde l’arme au pied parce qu’il ne sait pas comment accorder les désaccords et donc quelle bataille livrer.

Philippe Bilger

Texte repris du site Philippebilger.com

Ainsi on peut frapper Robert Ménard impunément !, par Philippe Bilger

Le samedi 5 mai dans l’après-midi à Saint-André-de-Cubzac (Gironde), le maire de Béziers Robert Ménard a été victime de violences de la part de dizaines de “manifestants antifas” alors qu’il avait été invité à s’exprimer dans une réunion de militants de divers partis de droite.

Insulté, empoigné, bousculé, il a été projeté au sol après avoir été frappé notamment par un coup derrière la tête. Il a dû subir cette agression – ayant entraîné 4 jours d’ITT – dans l’indifférence générale et la coupable lâcheté de ceux qui en ont été les témoins.

Mais j’oubliais : bien sûr il ne s’agissait que de Robert Ménard. Et avec lui tout est permis…

Plusieurs élus locaux présents n’ont pas bronché face à ce scandale. Pour l’abstention à tous points de vue, peut-être ? La non assistance à personne en danger ne leur serait pas applicable ?

Mais j’oubliais : Robert Ménard est plébiscité par les Bitterois comme un excellent maire et il est intolérable que cette réalité batte en brèche les faux procès qui lui sont intentés par des médias qui préfèrent s’indigner et le vitupérer qu’aller voir de plus près.

De vives protestations de la part du Parti socialiste, de LREM, du MoDem, d’EELV et de LFI s’étaient élevées contre sa venue, chauffant à blanc la bande de ceux qui ne rêvaient que de frapper Robert Ménard.

Mais j’oubliais : Robert Ménard est favorable à l’union des droites et c’est un crime.

Message sur Facebook d’une conseillère municipale à Saint-André-de-Cubzac : “Ménard a chuté à Saint André de Cubzac… Je suis pour les mouvements pacifistes, mais je dois avouer que le voir manger de la pierre cubzaguaise, c’est pas déplaisant! “. Dans notre démocratie, on peut lire ça !

Un tweet commun au MoDem et à LREM – lamentable alliance – annonçant un communiqué contre la venue de Robert Ménard en Gironde puisque “les Cubzaguais et le Nord Gironde ne méritaient que leurs partis mais pas “démagogie, haine et dirigeants réactionnaires”, délirait en incriminant “des campagnes visuelles odieuses à la création d’une milice jusqu’aux recensements ethniques : ceci n’a pas sa place chez nous !”. Robert Ménard est donc interdit de séjour dans son propre pays !

Mais j’oubliais : pourquoi se gêner puisqu’il s’agit d’une personnalité malfaisante qui n’a le droit d’être française, et encore, qu’à Béziers !

Les forces de gendarmerie présentes près de l’agression, pourtant prévenues de l’arrivée de Ménard par deux appels téléphoniques, ne se sont pas interposées.

Mais j’oubliais : Ménard est certes un élu mais pas de la bonne République, celle qui a la chance de voir les gendarmes se mobiliser pour elle !

La Préfecture de Gironde a été alertée sur cette passivité étonnante puisque les organisateurs de la réunion avaient, semble-t-il, tout préparé en concertation avec elle et la sous-préfecture de Blaye, afin de prévenir trouble, désordre ou violence. Le sous-préfet, Ponce Pilate supérieur, informé de l’agression maintenait que tout s’était déroulé normalement et se dégageait de toute responsabilité.

Ce serait risible, tellement typique des dysfonctionnements français où personne n’est jamais responsable ni coupable, si derrière cet épisode indigne n’était pas révélé un deux poids deux mesures mortel pour notre démocratie. En l’occurrence au détriment de Robert Ménard mais plus général, des exemples récents nous l’ont montré.

Ce n’est pas la première fois qu’une personnalité politique est agressée mais je n’ai pas le souvenir d’une telle violence dans l’action et d’un tel contentement de soi collectif dans l’appréhension de l’événement. Qu’il s’agisse de Jean-Marie Le Pen face à Annette Peulvast-Bergeal, maire PS de Mantes-la-Ville, qu’il s’agisse de l’élu normand Vincent Debraize s’en étant pris honteusement à Nathalie Kosciusko-Morizet et justement condamné, qu’il s’agisse de l’auteur de l’entartage d’Eric Coquerel – dont j’ai seulement regretté qu’il le judiciarise, lui, l’insoumis -, les réactions ont été vives et nul ne s’est avisé de minimiser ce qui s’était produit.

Mais j’oubliais : le 5 mai, Robert Ménard était la victime et l’idéologie imposait que surtout personne ne vînt à son secours au propre et au figuré.

C’est une sale et médiocre affaire. Le tabassage d’un élu tout seul par des énergumènes fiers d’eux. Et le silence.

Les médias, comme il ne s’agissait que de lui, ont effleuré ce scandale du bout de l’information durant plusieurs jours. Il fallait avoir du temps à perdre pour lire tout en bas d’une page du Monde la mention étique d’une “brève bousculade”. Comme c’est joliment et élégamment exprimé !

Robert Ménard est impulsif, parfois outrancier, obsédé par la liberté d’expression, enthousiaste, agaçant, stimulant ou déplaisant mais au grand jamais il n’a frappé un contradicteur ou même lancé un verre d’eau à son visage – comme l’avait fait petitement Arno Karsfeld. Ses armes de persuasion et d’argumentation ont toujours été celles d’une République honorable.

Qu’on soit dans un monde où on s’autorise à frapper qui n’est pas d’accord avec vous – et qui n’aurait pas le droit de venir dans une région de France pour y débattre – est affligeant. Et la sordide satisfaction qui a suivi, honteuse.

L’épouse de Robert Ménard a écrit à Gérard Collomb et sa lettre a été publiée, qui a enfin suscité un intérêt médiatique.

Le ministre de l’Intérieur, qui est un homme honnête et a toujours su mettre les principes au-dessus de ses antipathies, a toute latitude encore pour réagir. Il n’est pas trop tard. On a vu des sanctions pour bien moins que ces violences permises et facilitées.

Je risquais d’oublier : Robert Ménard est un ami. Cela ne m’a jamais empêché de critiquer telle ou telle de ses foucades ou de ses provocations. Dans sa riche nature, tout n’est pas à garder. Mais je suis scandalisé d’avoir dû choisir ce titre “Ainsi on peut frapper Robert Ménard impunément !” et accablé de le savoir vrai.

Philippe Bilger

Texte repris du site Philippebilger.com

Le colonel Beltrame ne s’est pas sacrifié pour l’APL !, par Philippe Bilger

Ce titre est un raccourci discutable et opère un téléscopage incongru. On dira que c’est l’un des rares privilèges des blogs qui sont par ailleurs pompés allègrement par les médias classiques.

J’ai vu en replay, sur France 3, le documentaire “La fin de l’innocence”, consacré à la première année du président de la République.

Il y a de l’hagiographie, il y a la banalité de beaucoup de commentaires avec rarement une pépite à retenir, par exemple celle d’Alain Duhamel : “la seule manière de lutter contre l’égalitarisme est de favoriser l’équité”.

Il y a surtout l’extrême intelligence d’Emmanuel Macron qui dans sa relation avec quelqu’un qui ne lui veut pas de mal – c’est un euphémisme – multiplie les profondeurs politiques et les bonheurs d’expression. Ce constat n’interdirait pas d’être en désaccord quant au fond avec lui mais ne fait que confirmer son originalité : il est un intellectuel opératoire et il dirige la France pour tenter de complaire – même si être aimé n’est pas son objectif – à ce peuple tout imprégné “d’aristocratie égalitaire”, et qui aspire à tout et son contraire.

Le président fait aussi le désespoir des journalistes. En effet il est bien plus passionnant d’entendre son commentaire sur ses propos et ses actions que de supporter des évidences que tout citoyen intéressé par la chose publique pourrait formuler.

Aucun exemple ne me semble meilleur pour illustrer l’incompréhension au moins immédiate que suscite certaines de ses fulgurances à la fois stimulantes et intrépides, voire dangereuses : quand notamment, dans un extrait à écouter attentivement, il relie l’héroïsme du colonel Beltrame au combat qu’il juge médiocre de “ceux qui pensent que le summum de la lutte c’est les 50 euros d’APL” (Morandini Blog).

Au premier degré cette connexion a suscité une indignation dont le caractère n’a pas dérogé aux procès habituels intentés au président : il est le président des très riches, arrogance et mépris de classe, indifférence à l’égard des modestes… Force est de reconnaître que, pour peu qu’on ait des préjugés et des partialités enkystés, cette interprétation vient vite à l’esprit et empêche qu’on s’interroge sur le sens profond du lien qu’il établit entre le sacrifice du colonel et la revendication sociale, en l’occurrence minime mais de nature à peser sur des budgets à un euro près (Le Monde).

Si on consent à dépasser l’approche basique, celle dans laquelle tombe par exemple Alexis Corbière si friand des dénonciations réflexe, on a le droit d’approuver la teneur de cette parole présidentielle qui nous contraint à mettre en cause lucidement le “relativisme absolu” de nos espaces politique, syndical, culturel et médiatique. Cette propension à ne savoir rien hiérarchiser et à appréhender avec la même tonalité et une intensité équivalente le conjoncturel d’une polémique locative d’un côté et, de l’autre, l’honneur et le courage d’un comportement admiré par la France entière. Tout est trop souvent mêlé, du grotesque au sublime, de sorte que le premier semble parfois magnifié et le second banalisé.

Ce serait sous-estimer Emmanuel Macron que de le croire capable et coupable d’une dérision aussi choquante si on ne s’attache qu’au second terme du raisonnement sans lui prêter la capacité, avec le premier terme, d’introduire finesse, cohérence et, selon moi justesse, remettant les idées et les comparaisons en perspective.

Il fallait seulement oser et ce président de la République ose tout, et pas seulement par le verbe. Si on élimine François Hollande, on est passé, de Nicolas Sarkozy à lui-même, d’outrances parfois incontrôlées à des provocations maîtrisées parce que destinées à enfoncer des coins dans le mur du politiquement et socialement correct.

Le sacrifice du Colonel Beltrame, tel que le définit le président, nous enseigne une vision épique et héroïque de la France, plus authentique que toutes les chicayas partisanes.

Le principe qu’il me plaît de dégager des paradoxes “macroniens” est qu’ils exigent d’être appréhendés, pour être véritablement compris et perdre leur parfum de scandale, par des esprits délaissant leur surface pour s’aventurer dans leurs profondeurs. Discutables quelquefois, étonnantes souvent, à rebrousse-poil aussi.

Mais jamais bêtes.

Philippe Bilger

Texte repris du site Philippebilger.com

Salah Abdeslam : un état de droit qui se ridiculise ?, par Philippe Bilger

En suivant les débuts du procès correctionnel de Salah Abdeslam (SA) à Bruxelles, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir une pensée malsaine et de formuler une indécente interrogation.

Et si l’état de droit dans sa pureté, et à l’égard de certains, n’était pas une magnifique absurdité ?

SA comparaît pour une tentative de meurtre dans un contexte terroriste et possession d’armes à feu le 15 mars 2016 à Forest. Il sera arrêté le 18 mars à Molenbeek après une fuite de quatre mois (Le Figaro).

Aussi bien à Paris qu’en Belgique, depuis, il se tait et refuse de répondre aux questions. C’est son droit.

Il va d’autant plus en user que cela compensera, pour lui, le fait que par défaillance technique de son arme il n’a pu participer à l’ignoble tuerie parisienne. Il faut qu’il se rachète !

L’énorme appareil aussi bien pénitentiaire que pour ses transferts et sa comparution qui a dû être mis en place, par crainte qu’il échappe à la Justice et prive tous ceux qui attendent son procès bruxellois avant celui de Paris (courant 2019) pour les attentats du mois de novembre 2015, fait de lui paradoxalement le détenu le plus surveillé de France mais aussi le plus protégé.

On a déjà le sentiment d’un trop-plein, d’une surabondance de moyens et de précautions. Quelle importance cela lui donne ! La frénésie médiatique sur lui, quelle sombre satisfaction !

On est haletant dans l’attente de ses premiers mots alors qu’à l’évidence il va poursuivre dans ce mutisme qui le place en position de force et ceux qui le jugent, en situation de totale infériorité. Il va persévérer dans une attitude qui lui permet de gouverner et qui fait de l’ensemble de l’univers judiciaire ses obligés. Après avoir tout de même prévenu que son silence ne le rend pas coupable et s’en être remis à Allah !

Avec quelle délicatesse on tente de le faire parler mais on n’a eu droit qu’à cette profession de foi et à cette observation tactique !

Je ne doute pas qu’on va exceller avec une démarche processuelle toute de qualité, d’urbanité et de patience et que lui-même, en son for intérieur, se félicitera d’un état de droit si généreusement octroyé, avec des garanties qui le dorlotent sans qu’il les ait véritablement demandées. Comme s’il était un prévenu lambda. Sincèrement désireux de ne pas retomber dans l’horreur terroriste. Accordé aujourd’hui avec nos principes démocratiques.

Alors qu’il est demeuré le même et que sa haine est entière face à notre tendresse démocratique unilatérale.

On va rétorquer que le respect absolu de l’état de droit est une leçon qu’on va lui donner. Je n’y crois pas une seconde. C’est seulement une bonne conscience pour ceux qui vont être appelés à statuer sur des crimes au plus haut de la gravité.

Est-on assez naïf pour prêter à SA des sentiments admiratifs face à notre masochisme républicain qui s’acharne à lui prodiguer des grâces quand lui probablement, si un cataclysme se produisait, n’aurait pour seule obsession que de reprendre les armes contre nous ?

L’état de droit est une ascèse, un tour de force, un miracle dans de telles circonstances.

Je le répète : une absurdité magnifique.

L’humanisme même le plus combatif n’a pas d’autre choix. Mais, par pitié, qu’on cesse de se vanter comme d’une force de ce qui révèle de notre part, pour SA, une profonde faiblesse.

A ses yeux on se ridiculise. Peut-on une bonne fois pour toutes décider si c’est vraiment notre honneur ?

Philippe Bilger

Texte repris du site Philippebilger.com

Les mots sont en résidence surveillée !, par Philippe Bilger

Les tabous se sont multipliés : la religion, le handicap, le combat féministe, l’identité sexuelle…

Le rire est prié de montrer patte blanche, de payer sa dîme au conjoncturellement et intermittent correct.

Tex, l’animateur de France 2, est limogé sur une blague douteuse, pas spécialement drôle mais concernant les femmes, sujet brûlant s’il en est un aujourd’hui, et il est pathétique d’entendre les piètres justifications par lesquelles on tente de valider ce coup de force.

JoeyStarr, dans l’émission de Laurent Ruquier, à sa manière singulière, pour traiter affectueusement un ami, le traite sans méchanceté de « tarlouze » et un signalement est fait au CSA par une association qui se sent blessée au nom des homosexuels.

C’est ridicule, mais c’est en France.

On éprouve un véritable saisissement quand on compare aujourd’hui, avec l’effrayante judiciarisation de la pensée et les censures éthiques et médiatiques qui prospèrent, avec hier et la liberté incroyable et heureuse dont jouissaient les humoristes.

Que ce soit par exemple Coluche plaisantant sur scène en 1979 sur le viol, ou Desproges sur scène en 1986 osant « Quand on me dit que si les Juifs allaient en si grand nombre à Auschwitz, c’est parce que c’était gratuit, je pouffe », ils auraient été, dans notre climat pudibond, poursuivis et condamnés, quelle qu’ait été, pour l’un comme pour l’autre, leur absence profonde de malignité.

Et il ne fait aucun doute que si le ministère public avait su faire preuve de retenue, une association avec volupté aurait pris la relève.

Les tabous se sont multipliés : la religion, le handicap, le combat féministe, l’identité sexuelle…

Pourquoi une telle dérive, une telle dégradation, une régression aussi considérable ?

Il me semble, d’abord, que des Conseils, des structures, des fonctions sont créés pour faire « bien » dans le paysage démocratique et qu’ensuite, on se demande pourquoi. Comme il convient de donner au moins l’illusion de leur utilité, on les sollicite pour tout et n’importe quoi et, à force, leur saisine relève d’un réflexe. Il y a de cela, dans le CSA et pour le Défenseur des droits.

Ensuite, notre société, dans certaines de ses manifestations artistiques, culturelles ou médiatiques, dans beaucoup de ses interventions, s’est imprégnée avec délice d’un parfum de vulgarité, d’une putridité paraît-il élégante, d’une provocation lourdement et bêtement transgressive et, par compensation, se dresse et s’indigne, pour la forme, face à de dérisoires atteintes au bon goût, à des expressions inadaptées ou indécentes. En tout cas sans commune mesure avec la substance délétère du fond.

Enfin, comme le langage est de plus en plus dévoyé dans sa qualité et la parole dans son exemplarité, le vocabulaire dans sa richesse et sa correction, pour faire contrepoids à ce déplorable et constant délitement, on est naturellement à l’affût de petitesses sans le moindre danger qui ne mériteraient même pas l’honneur d’une désapprobation, encore moins la menace d’une sanction.

Tex est chassé parce que beaucoup d’humoristes sont généralement pires que lui mais plus opportunistes, se gardant bien en ces temps prompts à la répression d’aborder un sulfureux plus périlleux que d’autres. Grâce à Tex, qui capitalise l’opprobre et qui s’en émeut avec justesse et vigueur, ses collègues seront tranquilles.

Je ne suis pas sûr que la victimisation forcenée de plusieurs groupes humains ou professionnels au sein de la société française, avec pour conséquence quasiment obligatoire leur recours au judiciaire ou leur aide au prurit associatif, représente une avancée.

Philippe Bilger

Texte repris du site Boulevard Voltaire

Affaire Urvoas-Solère : La Justice a ses naïfs !, par Philippe Bilger

Philippe Bilger Union des droites

Il y a le paysage officiel, ce que la Justice montre d’elle-même et qui, contrairement à ce que pensent des contempteurs compulsifs, n’est pas médiocre et mérite d’être expliqué et défendu.

Il y a, sur le plan des apparences qui – par l’entremise de médias qui ne seraient pas trop ignorants ou partiaux – sont offertes à la curiosité du citoyen, des avancées considérables. Non seulement par rapport à ce que j’ai pu connaître comme magistrat en quarante années de carrière mais au regard de la simple observation politique qui permet de distinguer un état de droit dévoyé sous la présidence de Nicolas Sarkozy et une normalité judiciaire favorisée par François Hollande et Christiane Taubira à l’égard de laquelle, pour l’essentiel, j’ai pourtant économisé mon indulgence.

Aussi surprenant que ce constat puisse apparaître pour beaucoup qui préfèrent leurs préjugés à une réalité qui les contredirait, nous n’avons pas pâti de 2012 à 2017, pas davantage avec les premiers mois d’Emmanuel Macron, d’une justice politique dans le mauvais sens du terme. Une indépendance du juge battue en brèche par un pouvoir ayant caporalisé les Parquets et les procureurs ! Cette vision serait totalement erronée et injuste.

Il y a une Justice qui dans sa transparence – limitée par le secret de l’enquête et de l’instruction – et avec son visage public n’est pas indigne de ce qu’une démocratie se doit d’exiger d’elle. Ce ne sont pas l’ineptie, le sommaire ou l’amateurisme de beaucoup de critiques qui me feront dévier de cette cohérence appuyée sur une certaine expérience.

Mais je ne suis pas naïf.

Derrière le paysage officiel, il y a les coulisses, l’officieux. Les cachotteries, les petits secrets.

Je ne fais pas seulement référence à ce qui vient de surgir et qui semble concerner l’ancien garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas – certains se déchaînent sans attendre – et le député Thierry Solère. Pour ce dernier qui a donné si volontiers des leçons de moralité politique à une droite qui a décidé, elle, de ne pas s’éparpiller, il y a comme une étrange ironie à relever qu’il y a l’éthique affichée et les accommodements personnels. J’apprécie que le délégué général de LREM ait immédiatement réagi et envisagé que Thierry Solère puisse être exclu de ce groupe si largement majoritaire (Le Figaro).

Quand on réfléchit aux statuts, aux structures, à la pureté des principes, on oublie – ou on feint d’oublier – cette triste évidence que de manière occulte il y aura toujours des circuits, des processus, des ententes, des complicités, des amitiés, des appartenances et des fraternités qui viendront sinon mettre à bas l’édifice ostensible, l’institution éclatante mais les éviter, les suspendre ou les négliger quelque temps. Il y a des exemples à foison dans l’histoire judiciaire.

Au risque de sembler trop pessimiste, je n’imagine pas un seul instant qu’une rectitude singulière et collective puisse être si globalement respectée qu’elle garantisse que derrière le monde officiel espéré irréprochable, il n’y ait pas une multitude d’ombres s’agitant sur un mode clandestin et à l’abri d’une imprudence à la Thierry Solère ayant gardé la preuve dans son portable.

Pourtant c’est cette certitude d’exemplarité absolue – de ceux qui sont en charge du pouvoir et de ceux qui viennent abusivement le solliciter – qui serait seule à entraîner la coïncidence de la superficialité, de ce qui est montré, avec le profond, ce qui est caché. Du discours et des pratiques à l’air libre avec les manoeuvres en catimini. Et donc la disparition de ce qui n’est plus acceptable.

Cette certitude, nous ne l’aurons jamais, parce que l’univers idéal où une éthique sans faille, une résistance roide et constante à tous les sentiments, à l’amitié, à la réciprocité des services, à l’appréciation indulgente des transgressions discrètes domineraient, sera toujours à mille lieues de notre monde si tragiquement, humainement imparfait.

Pourtant il convient, pour ne pas tomber dans un désespoir républicain, une sorte de cynisme à la “à quoi bon”, de se battre, fût-ce tout seul, contre les facilités de la souplesse morale et intellectuelle, en portant haut l’exigence de l’éthique personnelle et professionnelle (La Croix).

La Justice a ses naïfs mais il ne faut pas se moquer d’eux. Ils sont comme un aiguillon, un défi.

Article paru sur le site de Philippe Bilger

Lénine, l’inventeur du totalitarisme ? Stéphane Courtois répond à Philippe Bilger

30/11/2017 – FRANCE (NOVOpress)
Stéphane Courtois, l’auteur du célèbre ouvrage intitulé “Livre noir du communisme” vient de publier un nouveau livre événement : “Lénine, l’inventeur du totalitarisme”.

Dans cette biographie consacrée au leader révolutionnaire, Stéphane Courtois montre que c’est bien Lénine qui a voulu la guerre civile, la terreur et la dictature du parti communiste érigé en parti unique.

Dans cette vidéo très intéressante, Philippe Bilger soumet à la question Stéphane Courtois.


Souffrons-nous de nos invisibles défaites ? La remarque de Renaud Camus fait réfléchir

Je ne sais pas si j’ai bien compris Renaud Camus mais en tout cas il a ouvert la porte à la réflexion.

Renaud Camus s’est interrogé ainsi : « Peut-être souffrons-nous cette fois de ne pas avoir connu de visible défaite ?«

Je ne sais pas si je vais interpréter cette pensée dans le sens souhaité par son auteur mais il me semble que j’ai le droit de l’analyser comme immédiatement j’ai été tenté de le faire.

Nous n’avons connu que trop de visibles défaites qui ne nous permettaient pas de nous leurrer, les désastres étant apparents, monstrueux, terrifiants, douloureux, tragiques. La Première et la Seconde Guerre mondiale, la collaboration, Vichy, les guerres coloniales, Điện Biên Phủ, l’Algérie, les massacres terroristes, autant de combats perdus, autant de millions de morts ou de victimes de proximité, autant d’ostensibles déroutes auxquelles même les indifférents par vocation ou par confort ne pouvaient échapper, tant elles bouchaient l’horizon, l’avenir.

Comme ces défaites étaient visibles, l’alternative était simple en pleine conscience : on se relevait pour un autre futur ou on les pressentait comme la manifestation d’un déclin fatal.

Mais que faire quand elles sont invisibles et que, même si on a la lucidité de les deviner dangereuses, silencieuses, incorporées à notre quotidienneté, grignotant subtilement notre savoir-vivre collectif, la douceur de l’appartenance, le réconfort de la familiarité, on est frappé d’impuissance ?

Parce que l’adversaire est partout et nulle part, le poison insidieux, les démissions naturelles, la lâcheté évidente et la chute irrésistible.

Parce que l’humanisme nous persuade qu’il convient de tout supporter et que nous serions de mauvais Français si nous nous rebellions contre ce qui nous est sans cesse présenté comme inéluctable.

Parce qu’on a le droit de pleurer les victimes du terrorisme et de pleurer sur elles mais le devoir de moins s’émouvoir sur toutes les autres, les criminels et les délinquants ordinaires faisant, eux, après tout, partie de notre monde.

Parce que les quartiers où la police n’entre plus ou est molestée ne nous concernent pas directement. Ce sont d’invisibles défaites qui nous offrent l’excuse facile d’une action qui serait, prétend-on, plus néfaste que le mal lui-même.

Parce que ne plus se sentir chez soi, dans une France qu’on ne reconnaît plus – une autre France, selon la belle expression de Georges Bensoussan -, trop composite, multiculturelle au goût de Mediapart, se percevoir comme dépossédé, sur le bord de la route, abandonné, contraint de renier sa propre histoire, ses racines chrétiennes, constitue d’invisibles délitements et des reculs si diffus, si intimes pour chacun qu’il serait vain de se croire assez audacieux pour leur résister, pour les réduire.

Parce que les maîtres que les élèves ne respectent plus, l’éducation qui se préoccupe plus des préjugés du genre à détruire que des fondamentaux à enseigner sont les signes impalpables d’une société qui ne se sent pas mourir – la bonne conscience fait de tout progressisme pervers, de toute libération abusive une chance ! – et, les défaites étant invisibles, l’absence de toute victoire est à peine remarquée !

Parce que la cigarette à l’écran est scandaleuse mais que la nudité obsessionnelle y a forcément droit de cité ! Mais j’oubliais : c’est de l’art !

Parce que la liberté d’expression, dans l’indifférence générale, prend l’eau mais qu’on se convainc que des polémiques absurdes et des indignations ridicules peuvent en tenir lieu.

Les invisibles défaites sont les pires qui, éloignées de nos yeux, ne nous agitent pas l’âme ni ne nous secouent l’esprit.

Ou qui nous crèvent les yeux mais, ne nous faisant pas de mal immédiatement, douloureusement, nous permettent de faire comme si elles n’existaient pas.

Je ne sais pas si j’ai bien compris Renaud Camus mais, en tout cas, il a ouvert la porte à la réflexion.

Philippe Bilger

Texte repris du site philippebilger.com