Tout va très bien, messieurs les ministres…, par Philippe Bilger

police

Les cocoricos de nos ministres régaliens sont de plus en plus contredits par une réalité dont la brutalité ne cesse de s’amplifier.

La délinquance et la criminalité ordinaires sont déjà insupportables et ce n’est pas un « sentiment d’insécurité » qu’éprouvent les victimes nombreuses mais un désespoir aggravé par la relative impuissance des forces chargées de les combattre.

Il suffit pour en avoir un tableau hebdomadaire (et il n’est pas exhaustif) de se reporter du 11 au 17 juillet avec une recension de Valeurs actuelles mentionnant notamment une quinzaine de coups de couteau, coups de marteau, coups de hache, une femme poignardée par un clandestin…

Un basculement dramatique s’est produit dans notre société quand la police, de plus en plus souvent, au lieu de pouvoir opérer sa mission de contrôle et d’interpellation, est devenue elle-même une cible. La malfaisance spécifique, les guet-apens, les violences à son encontre font qu’elle ne peut plus nous protéger mais doit être protégée. Un comble.

Dans une commune près de Dijon, un policier est violemment « tabassé » parce qu’il tente d’interpeller un voleur de scooter armé.

Dans un quartier de Lyon à la Guillotière, trois policiers en civil dont une femme, sont agressés et lynchés à coups de barres de fer et avec du gaz lacrymogène, par une cinquantaine de voyous qui les empêchent d’appréhender un voleur à l’arraché. L’un des agresseurs est interpellé mais réussit à prendre la fuite (Le Parisien).

C’est tous les jours comme cela. Il paraît que ceux qui s’émeuvent exagèrent ou appartiendraient au RN et donc seraient forcément inaudibles et de mauvaise foi.

On a un ministre de l’Intérieur qui tweete beaucoup après. C’est le signe de l’échec. Un Eric Ciotti a le droit de tweeter : il n’est pas ministre. Gérald Darmanin, lui, quand il termine son tweet par « s’en prendre à un policier c’est s’en prendre à la République » a un propos à peu près équivalent à zéro et magnifie son inaction.

Il n’est plus à cela près. Il a déclaré qu’il allait s’occuper « personnellement » des JO. Pas de quoi rassurer : il n’était tout de même pas à mille lieues du Stade de France et du préfet Lallement lors de ce fiasco dont il ressort virginal grâce au président de la République !

Eric Dupond-Moretti, certes non directement concerné par ces soucis d’ordre et de tranquillité publics, ne rassure pas davantage sur la Justice quand il fait des réponses méprisantes aux questions qui lui sont posées.

J’ai le droit de suggérer des pistes dont la plus importante est inconcevable.

Il faudra un jour instaurer de vraies peines planchers. Je devine trop ce que vont devenir les procédures de Lyon et de Dijon si on réussit à appréhender des auteurs alors que le caractère collectif des violences rend la preuve individuelle quasiment impossible. Elles s’enliseront dans des délais trop longs et l’indignation initiale finira en en indulgence judiciaire.

Surtout il conviendrait non pas de sortir de l’état de droit ressassé tel un mantra mais de l’adapter. C’est une incantation à défaut d’être une protection, une solution. Il n’est plus possible, face à des transgressions éclatantes, irrécusables, de laisser le temps noyer les vérités et des culpabilités immédiatement imputables. On ne devrait plus admettre que la bureaucratie s’oppose à la Justice. Il y a une multitude d’affaires qui justifieraient des allègements et des urgences et satisferaient l’attente citoyenne qui veut que justice soit rendue certes mais vite !

J’ai évoqué l’autosatisfaction du pouvoir. Elle est normale. Quand on échoue il est urgent de se gratifier : c’est le seul baume.

Que la France ait mal ne troublera pas un pouvoir sûr de son fait.

On aura compris que mon titre renvoie à une célèbre chanson de mon enfance où, annonçant à « madame la marquise  » une série de catastrophes, on lui certifiait pour la rassurer que « tout allait très bien ».

Faisons-leur plaisir : tout va très bien, messieurs les ministres…

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

La députée Panot ou la misère intellectuelle, par Philippe Bilger

Mathilde Panot

Ils devraient tous avoir honte. Mathilde Panot, la présidente du groupe parlementaire LFI, a tweeté : “Il y a 80 ans, les collaborationnistes du régime de Vichy ont organisé la rafle du Vél d’Hiv. Ne pas oublier ces crimes, aujourd’hui plus que jamais, avec un président de la République qui rend honneur à Pétain et 89 députés RN”. Je pense que presque tous les députés ont eu conscience de l’absurdité et de l’indignité de cette relation entre la rafle du Vél d’Hiv, Emmanuel Macron (et son “honneur” prétendu à Pétain) et les 89 députés RN. Ils savent en effet que le président de la République a rappelé que Philippe Pétain n’avait pas été seulement le personnage honteux du régime de Vichy mais aussi “le grand soldat” de Verdun, ce qui est une évidence. On a encore le droit de ne pas mettre l’ensemble d’une destinée historique dans le même sac !

Je ne doute pas que derrière les affrontements de façade, le consensus existe sur la perversion historique, politique et intellectuelle de ce tweet que Mathilde Panot s’est entêtée tristement à justifier. Alors pourquoi s’est-elle laissée aller, en un jour de recueillement et de mémoire, à cette outrance choquante ? Parce que LFI aurait pour dessein de pousser au paroxysme le climat démocratique et d’organiser délibérément une frénésie parlementaire ? C’est le point de vue qui a été développé, notamment par François Kalfon et Jean-Loup Bonnamy, dans L’heure des pros, animée par Eliot Deval le 18 juillet sur CNews.

Solidarité gênante

Au risque d’apparaître naïf, j’ai émis une contradiction et me suis davantage attaché à l’inexpérience et à la personnalité de Mathilde Panot. Sans une once de mépris, je relève qu’on lui a confié une charge parlementaire très importante et qu’à l’évidence elle ne semble pas à la hauteur de cette mission. On ne peut pas considérer que l’extrémisme du verbe et le manichéisme délétère de la pensée constituent une force dans le rôle qui lui a été attribué. Je n’ai pas envie de supposer que d’une certaine manière, alors que tant d’autres auraient été plus adaptés à cette responsabilité, on l’a abandonnée en rase campagne parlementaire. On est assuré certes, et Jean-Luc Mélenchon le premier, que Mathilde Panot ne fera d’ombre à personne. Malgré son énergie indiscutable et le soutien que LFI et, avec quelques exceptions, la Nupes lui ont apporté, je crains qu’à l’avenir se coagulent la partialité partisane et sa maladresse personnelle.

Pourquoi ai-je écrit que tous devaient avoir honte ? Était-il fatal que des personnalités reconnues de LFI, par exemple Alexis Corbière qui a été professeur d’Histoire pourtant, Manuel Bompard et Clémence Guetté, connaissant la vérité historique, se placent mécaniquement derrière Mathilde Panot et n’aient pas l’objectivité nécessaire pour dénier ce que leur présidente de groupe avait osé affirmer ? Est-il normal qu’une Clémentine Autain que j’ai appréciée en dehors du contexte politique se soit tue et n’ait pas rectifié ? Faut-il que la solidarité aille jusqu’à assumer l’inacceptable ? Était-il inévitable qu’Olivier Faure, à nouveau – comme pour le “la police tue” de Jean-Luc Mélenchon – murmure une si faible contradiction ? Il a seulement regretté que les mots de Mathilde Panot aient été prononcés ce jour-là… tout en pourfendant vigoureusement la macronie !

Lâcheté collective

Si on continue sur ce registre dégradant d’une sorte de guerre civile instillant son poison sectaire et approximatif dans l’espace démocratique, l’urbanité républicaine, qui n’interdisait pas l’affrontement vigoureux sur le fond mais concentrait l’attention sur lui, ne sera plus qu’une nostalgie. Je sais bien que cette lâcheté collective qui conduit chacun dans son camp à valider le pire, résulte de l’étau dans lequel un Olivier Faure par exemple s’est placé lui-même : soutenir l’insoutenable pour ménager son futur politique.

Je devine qu’on va m’opposer que les choses étant ce qu’elles sont, il faut arrêter de rêver et être réaliste. Pourtant, je déteste profondément cette posture qui consiste, sans réfléchir, à dénoncer par principe ou à applaudir par réflexe. LFI, cela signifierait-il “la France inconditionnelle” pour Eric Coquerel comme pour Mathilde Panot ?

En tout cas, cette dernière ne devrait pas être la seule à être stigmatisée. Les autres, complices par soutien malvenu, aussi !

Tribune reprise de Causeur

Vulcain n’a pas été dérangé…, par Philippe Bilger

macron

L’entretien avec le président de la République le 14 juillet.

Avec Emmanuel Macron, la tradition de ce rendez-vous, chaque année, le jour de la fête nationale, n’avait pas été respectée. D’où l’importance qu’on attachait à tort ou à raison aux échanges d’hier dans un cadre superbement champêtre.

Je n’ai rien trouvé à redire au principe de deux journalistes femmes procédant à l’interview. À partir du moment où l’excellence est garantie, la notion de parité dans un sens ou dans l’autre m’est totalement indifférente.

Puisque personne n’en parle, il faut bien se pencher sur la manière dont l’entretien a été mené et le confort dans lequel il a placé le président. Le milieu médiatique, par corporatisme, répugne à juger la pratique de ceux, hommes ou femmes, qui ont l’honneur de pouvoir procéder à un questionnement capital. Alors que la forme, en l’occurrence, est centrale. Passive, pas incisive, elle empêche un authentique dialogue républicain.

Pour exposer brutalement ma perception, nous avons eu droit à un monologue présidentiel coupé par quelques questions (des interruptions multiples dont il ne se souciait pas). Ainsi Emmanuel Macron a pu « dérouler » sur l’Ukraine, sur l’armement, sur le gaz russe, sur les crédits militaires, sur la sobriété énergétique. Quand on a abordé sur le tard des sujets plus sensibles, les retraites, l’Assemblée nationale et Uber, nous sommes évidemment restés sur notre faim.

Sur ce dernier thème – les liens de proximité entre la société mondiale Uber et le président -, face aux éloges dont il se gratifiait pour avoir favorisé Uber, j’aurais attendu une interrogation directe sur le point suivant : convenait-il de se rengorger alors qu’à l’évidence, sur beaucoup de plans, Uber n’avait pas servi les intérêts français ?

J’entends bien qu’Emmanuel Macron use d’une méthode très efficace qui tient à sa nature, à son talent pour l’explication (non contredite) et à sa rouerie intellectuelle et politique. Il parle souvent trop longuement de sorte qu’occupant le terrain, il rend les interruptions malaisées, ou audacieuses, voire provocatrices.

Le problème qui s’est posé le 14 juillet est que l’une des journalistes, avec en permanence un sourire bienveillant comme si le président annonçait des merveilles, s’est plus exprimée que l’autre trop discrète et qui pourtant, les rares fois où elle a pu s’immiscer, l’a fait avec plus de vigueur et sans surjouer l’écoute aimable.

Ce monologue présidentiel a eu au fond pour dessein d’empêcher que le fond précisément puisse prêter à un véritable questionnement. Il a pour vocation d’interdire, face aux saillies et au mépris, par exemple des groupes ayant mis en échec le gouvernement à l’Assemblée nationale et de l’Assemblée nationale elle-même, toute réaction de la part des journalistes. Il a pour finalité, quand une journaliste a formulé une question d’importance – le gouvernement était-il informé de vos liens privilégiés avec Uber ? -, de la renvoyer dans ses cordes avec dérision : « vous rigolez ou pas ? ».

On est encore loin, en France, de la pratique américaine où la multitude des questions n’autorise aucune fuite de la part des responsables politiques. Dans notre pays, le plus souvent, on oscille entre révérence et, plus rarement, grossièreté : deux caricatures d’entretien.

Vers la fin, le président a souligné – sa connaissance de la mythologie est indiscutable – qu’il ne se sentait pas ou plus Jupiter mais plutôt Vulcain, celui qui est à la forge et qui travaille sans relâche pour son pays. Pourquoi pas ?

Mais il est sûr que Vulcain ne s’est pas fatigué lors de ces échanges dont on espérait trop. Bien au contraire, il s’est reposé.

Dommage.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Un président réélu : et après ?, par Philippe Bilger

Macron

On ne peut pas s’empêcher de penser qu’avec cette réélection, le président de la République a connu la plus vive satisfaction de sa vie politique mais aussi l’assouvissement qui lui a coupé l’enthousiasme d’inventer le futur – et au moins de se tirer brillamment d’affaire de sa majorité relative.

Quand on est obligé laborieusement de se choisir des partis de gouvernement et d’ostraciser ceux qui n’en seraient pas – comme par hasard les plus opposants -, il est clair qu’une sorte de baraka vous a quitté.

Il me semble que ce pouvoir au ralenti, depuis pourtant qu’il a été légitimé une seconde fois, avec des élections législatives décevantes quoique Renaissance demeure le groupe le plus important, et une composition de gouvernement particulièrement fade et sans éclat, est l’expression d’une sorte de désenchantement présidentiel. Celui-ci ne s’était-il d’ailleurs pas manifesté avant, dans le refus condescendant et en définitive maladroit d’Emmanuel Macron de s’impliquer dans des joutes qu’il considérait de haut et qui a incité la démocratie à lui renvoyer la monnaie de sa pièce ?

Le macronisme, on s’en doutait, ce n’est qu’Emmanuel Macron. Ceux qui l’ont rejoint en croyant faire une affaire ont peut-être déjà perdu leurs illusions. Sans compter qu’au sein de Renaissance, la petite musique d’un Edouard Philippe, à la fois loyale et autonome, globalement d’approbation mais divergente sur des points sensibles, va être de plus en plus écoutée en attendant 2027.

Il serait trop pessimiste de tirer des événements seulement négatifs de ce qui est advenu depuis le mois de mai dernier.

D’abord la confrontation d’une autorité élyséenne qui a encore des moyens avec une vie parlementaire plus riche sera une très belle opportunité républicaine.

Ensuite il y a une morale en politique quoi qu’on en dise. Tous les transfuges qui prétextant de fausses bonnes raisons ont déserté leur famille d’origine ont été sanctionnés et en tout cas ont vu leurs calculs déjoués. Ceux étant passés du RN chez Eric Zemmour. Ceux ayant migré de LR vers Emmanuel Macron. La stratégie, déshonorante au fond, d’un Nicolas Sarkozy a eu un double effet positif : il a perdu son aura dans le parti qui aurait dû rester le sien et ses pronostics sur son influence se sont révélés vains, tant auprès de LR que d’Emmanuel Macron.

Pour LR, si le groupe parlementaire en effet a diminué, la certitude de son identité politique a en revanche augmenté. Sous Christian Jacob, avec la majorité absolue de LREM, on avait l’impression qu’en permanence on était au bord de la fusion ! Depuis la majorité relative, la trahison de Sarkozy et le retour de personnalités ne mettant plus le drapeau de la vraie droite dans leur poche et sans le moindre masochisme, LR a compris : le dépassement de la droite et de la gauche est obsolète, s’il a jamais été effectif, et une voie originale s’offre à lui. On a cru le tuer, il est en pleine forme !

Par ailleurs, la gauche a sauvé les meubles et même si elle a fait un pacte avec l’extrême gauche – un Coquerel à la tête de la Commission des finances ! – et qu’elle risquera la portion congrue, la Nupes représentera une force non négligeable qui, en dépit de ses outrances de forme et de fond, occupera une grande place dans l’opposition à Renaissance et à Emmanuel Macron.

De plus, les 89 députés du RN sont directement la rançon payée par le macronisme à la suite d’un quinquennat caractérisé par un mépris chronique du peuple et la faiblesse régalienne d’un pouvoir enclin à donner des leçons à proportion de ses échecs et de son amateurisme. Avec une arrogance qui met du temps à se dissiper : combien de temps a-t-il fallu pour que Gérald Darmanin fasse totalement repentance pour le désastre du Stade de France ! Ce n’est pas le mantra obsessionnellement développé par les élites politiques et médiatiques – donc forcément de gauche et d’extrême gauche – sur le caractère non républicain du RN qui va faire illusion ! L’Assemblée nationale ne trie pas ses députés et sur le plan des droits et des principes, aucun n’est plus digne que l’autre.

Enfin, les choix ayant présidé à la composition du nouveau gouvernement ont montré que le deux poids deux mesures est l’ADN du macronisme. Damien Abad doit partir et en plus il doit se féliciter de son exclusion ! Le macronisme à la mode stalinienne ! Mais des enquêtes et des mises en examen concernant d’autres ministres les maintiennent à leur poste. Si la jurisprudence Balladur avait été conservée, avec le mérite de sa simplicité, elle aurait évité beaucoup de polémiques inutiles.

Emmanuel Macron s’est fait réélire. Toutes nos félicitations puisqu’il a voulu réaliser ce tour de force. En définitive, plus facile à accomplir qu’il ne le pensait.

Mais après ?

Faute d’avoir songé à cette idée toute simple de combler les béances et les manques de son quinquennat précédent, de réparer ses imperfections, il va se traîner – sans nous étonner – tout au long du nouveau.

Son intervention lors du conseil des ministres du 4 juillet en était déjà une preuve : fatigué avant l’heure ! Plus l’envie d’avoir envie !

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Même les lieux profanes ne sont plus sacrés… Qui avilit l’Assemblée nationale?, par Philippe Bilger

assemblée nationale

Temple de la démocratie, notre institution parlementaire se voit aujourd’hui discréditée. Les députés Nupes, de par les tenues qu’ils arborent et les gestes de défiance qu’ils lancent, incarnent ce délitement…

Pour les lieux sacrés, il y a longtemps que j’ai perdu toute espérance. Les synagogues, les églises, les cimetières juifs, musulmans et chrétiens ne sont plus à l’abri de rien. Vols, dégradations, saccages et profanations se multiplient à l’envi au point que des caméras vidéo sont installées pour surveiller et protéger certains édifices religieux. Il s’agit, pour moi, de la marque d’une fin de civilisation, d’une société déréglée.

Le RN met l’Assemblée nationale à l’honneur

Puisque cette cause est perdue, on aurait pu au moins s’attendre à la sanctuarisation des hauts lieux de notre démocratie, d’abord l’Assemblée nationale. J’admets, en considérant ce qui vient de s’y dérouler ces derniers jours, que ma naïveté est sans borne. En imaginant que la vulgarité, la grossièreté, le sectarisme et le manque de savoir-vivre auraient forcément des limites et qu’ils ne gangrèneraient pas le Palais Bourbon, je me suis tristement trompé.

Par quelle perversion en est-on venu à souhaiter que l’Assemblée nationale ressemble à l’école d’aujourd’hui ? Qu’elle ne soit plus protégée des influences délétères extérieures mais qu’elle accueille au contraire en son sein le pire des conflits politiques et sociaux ? leur expression outrancière et vindicative, la haine comme argument et le refus de la politesse comme engagement ?

Convient-il vraiment de se moquer des députés du RN qui, inspirés par Marine Le Pen, tiennent à présenter d’eux-mêmes une apparence qui non seulement leur fasse honneur mais surtout à la République dont ils seront durant quelques années les représentants, aussi légitimes que ceux des groupes antagonistes ? Faut-il traiter avec condescendance cette volonté d’avoir une tenue qui, dans la forme, ne conduirait pas à la banalisation de l’Assemblée nationale mais, au fil des jours, si elle était généralisée, changerait peu à peu l’opinion du pays sur cet aréopage de 577 personnalités observées, scrutées, admirées ou vouées aux gémonies, c’est selon?

L’antirépublicanisme banalisé

Était-il nécessaire que Danièle Obono et Louis Boyard, ne prenant pas conscience du caractère emblématique de cet univers et des devoirs qui auraient dû en résulter pour eux, au nom d’un sectarisme maintenu avec arrogance et contentement de soi, ne serrassent pas la main de Julien Odoul ou de Philippe Ballard ? avec des justifications absolument pas convaincantes de la part du second malappris que son jeune âge n’excuse pas ? Quant à la première, elle ne saurait invoquer, pour se justifier, d’avoir été la victime d’attaques injustes et scandaleuses alors qu’elle-même n’était pas non plus dans la douceur et la mesure.

Le combat politique, même le plus rude, n’exclut pas cette urbanité minimale qui n’est pas hypocrisie mais perception d’une solidarité basique à partir de retrouvailles dans un monde qui, n’éradiquant pas les conflits et les antagonismes, leur donne un tour que la délibération collective devrait au moins pacifier dans l’expression. L’autre, pour être un adversaire politique, n’est pas forcément un humain à mépriser.

Cette dégradation de l’Assemblée nationale, paradoxalement, va noyer les authentiques contradictions sur le fond, les problématiques et les solutions profondément antagonistes, dans une sorte de fureur superficielle plaçant au premier plan les disputes spectaculaires de façade au détriment de ce qu’une courtoisie républicaine apporterait à des échanges vigoureux et extrêmes sur le destin de la France, sa survie, sa sécurité et son rôle international.

Je ne serai jamais de ceux qui prendront acte d’une faillite en l’estimant inéluctable. Si on continue cette offensive contre l’esprit de l’Assemblée nationale, avec une nouvelle présidente dont on peut craindre qu’elle soit mal armée face à la configuration agitée qui s’annonce, on aggravera la défiance, voire la dérision politiques, le discrédit démocratique et le sentiment que rien ne sert à rien et que tout est fichu. Alors que cette esquisse de proportionnelle pouvait laisser espérer que les orages de la France trouveraient leur exutoire à l’Assemblée nationale, faudra-t-il craindre à rebours que cette dernière soit au contraire dévastée par les orages du pays ?

Que même les hauts lieux profanes ne soient plus sacrés est un mauvais sort pour notre nation.

Tribune reprise de Causeur

89 députés du RN – C’est pas moi, c’est l’autre !, par Philippe Bilger

Marine Le Pen

Il est parfois réjouissant de lire ce quotidien que je ne manquerais pour rien au monde et qui en même temps m’intéresse et m’agace. On a compris que je faisais allusion au journal Le Monde.

On pouvait compter sur lui pour continuer à traiter les 89 députés du RN d’extrême droite – ils n’ont même pas droit à l’adjectif « radicale » comme l’extrême gauche de Mélenchon ! – et pour consacrer rien moins qu’une double page à ce problème capital, quoique dépassé et ayant perdu toute urgence : qui est responsable de cette arrivée impressionnante du RN à l’Assemblée nationale ?

Pour la Nupes, « les macronistes sont les accusés » et, pour Renaissance, la Nupes a une grosse part de responsabilité !

Ce jeu du « c’est pas moi, c’est l’autre » pourrait, avec sa puérilité partisane, prêter au comique si en réalité, derrière cette façade, ce double antagonisme n’occultait pas le fond du sujet et, sans forcer le trait, d’une certaine manière, la vérité du vote et l’état de la France.

J’entends bien qu’il est très commode pour ces deux groupes – l’un soutien inconditionnel du pouvoir, l’autre adversaire extrémiste – de raisonner comme si l’irruption du RN était un accident, quasiment fortuit, comme la conséquence d’une légère imprévoyance, alors qu’au fil des années le plafond de verre s’est ébréché. Le Front républicain est apparu de plus en plus comme une offense à une démocratie honnête et transparente, l’anti-macronisme l’ayant « liquidé » le 19 juin.

Est-il pourtant si difficile d’admettre que le groupe du RN n’est pas une sorte d’intrus à l’AN, qu’on ne peut pas discuter de lui comme s’il n’était pas partie prenante du futur politique agité qui nous attend ? Il a été peu à peu conduit, stimulé, imposé, en tout cas guidé vers la représentation officielle de son importance dans le pays réel par des programmes qui heurtaient une multitude attachée à une volonté d’ordre, d’autorité, d’équité et de justice : qu’on lui pardonne !

Nicolas Sarkozy, élu en 2007, avait très nettement fait baisser le FN pour une raison simple et honorable : on savait qu’il appliquerait certaines des mesures nécessaires proposées par ce parti ou, si l’on veut, celles qu’une droite ferme et le FN pouvaient désirer en commun parce qu’elles étaient évidentes.

A contrario, la forte avancée du RN sous le premier mandat et le début du second d’Emmanuel Macron ont été engendrés par la mollesse régalienne d’un pouvoir, l’ensauvagement de la France – ce terme ne me paraît pas outrancier si on veut bien considérer l’état de notre pays au quotidien, dans ses territoires (qui ne sont plus préservés) et ses grandes villes, dans ses cités « sensibles » et ces zones qui ont clairement échappé à la loi nationale. Pour ne pas le constater, il faut refuser de le voir. Certaines belles âmes en seraient affectées dans leur humanisme, inaltérable parce qu’il ne touche pas la réalité…

Il faut ajouter à ces deux causes la manière infiniment maladroite, et par ailleurs totalement mensongère, dont le gouvernement a géré certaines crises, tout récemment le scandale du Stade de France. Pas de responsables, pas de coupables, sinon avec un bulletin dans l’isoloir et le fiasco en résultant pour le pouvoir.

Il est d’ailleurs proprement inqualifiable qu’après de telles incompétences et honteuses péripéties, que suite à de tels dissimulations et travestissements, rien de disciplinaire n’ait été mis en branle à tous niveaux et pour tous les services concernés. Ce n’est pas rien que d’avoir créé une image de la France moquée et dégradée en Europe !

Croit-on par ailleurs que tel ou tel délire de Jean-Luc Mélenchon sur la « police qui tue », l’empathie affichée pour les transgresseurs compulsifs de l’ordre et, plus globalement, le souci de désarmer à tous points de vue une démocratie qui avait déjà du mal à être combative, n’ont pas eu leur influence sur la montée décisive du RN ? Je relève que ce constat semble partagé puisque par exemple François Ruffin le rejoint au moins partiellement en assignant à la gauche l’obligation de n’être pas seulement celle des métropoles.

Sans tomber dans le paradoxe, il y a là deux indifférences, au moins, à l’égard des angoisses de beaucoup de citoyens sur le plan de leur sécurité, de leur tranquillité. Mélenchon se moque de la subversion du quotidien par le délit et le crime : ce peut être un terreau pour la révolution. Le président n’a que condescendance pour ce peuple qui ne comprend rien à ce qui constitue le sel élevé de l’existence et, pour être honnête, si Emmanuel Macron a fait progresser un tantinet sa conscience des dangers qui nous menacent, « ses » lois ont toujours été rendues partiellement inefficaces par la logique perverse du « en même temps » comme si le réel n’appelait pas une franche et simple action, riposte, réaction, lutte. Tout sauf la finesse d’un esprit en chambre.

Je ne suis pas loin de penser aussi qu’il y a des médias qui ont clairement fait progresser le RN. Le Monde et Libération en particulier, le premier ne plaçant jamais la sécurité et la justice au rang des exigences prioritaires et ne condescendant à les aborder que si par exemple un François Ruffin en parle ! Il y a clairement une complaisance de beaucoup de journalistes, par une hostilité unilatéralement orientée, à l’égard de ce qui s’oppose à une protection ferme et une sauvegarde efficace de la société. Tout ce qui ne relève pas du RN ne peut qu’être bon par principe !

Cette comédie du « c’est pas moi, c’est l’autre » risque d’interdire toute prise de conscience. Le pouvoir sera toujours innocent puisqu’il n’est responsable de rien. La Nupes irresponsable puisque son angélisme subversif est un cadeau qu’elle prétend nous faire !

Pendant ce temps le RN engrange. La réalité, qu’on refuse, qu’on récuse, est son alliée.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Delphine Wespiser, une héroïne de la démocratie…., par Philippe Bilger

Delphine Wespiser

Ce n’est pas qu’elle ait été Miss France qui me rend estimable Delphine Wespiser (DW), pas davantage le fait qu’elle soit alsacienne, ce qui crée un lien entre elle et moi.

Mais à cause du constat que son vote assumé, entre les deux tours, en faveur de Marine Le Pen en a fait une héroïne de la démocratie ! J’ai hésité mais je me suis retenu : j’avais failli écrire « une martyre de la démocratie », ce qui aurait été indécent car les atteintes portées à son honneur et à sa réputation n’ont pas été mortelles ; seulement indignes.

Tous les bons apôtres de la République s’en sont donné à coeur joie. On en tenait enfin une, une électrice, une citoyenne, qui avait connu son heure de célébrité et n’avait pas peur d’avouer qu’elle allait voter pour la représentante de la « bête immonde », du « fascisme » et, pour faire bonne mesure, de ce qu’il restait de nostalgie nazie au sein du RN ! Pourquoi se priver alors du jeu de massacre que l’actualité présidentielle non seulement permettait mais légitimait ?

Que le RN soit dans l’espace démocratique et que personne de sensé n’ait songé à l’interdire – des millions de citoyens passeraient ainsi à la trappe à cause d’une stigmatisation morale qui est aveu de faiblesse : la moraline l’emporte quand l’intelligence ne sait plus trouver les arguments ni les mots – n’a aucune importance pour tous ces républicains à mi-temps, persuadés qu’ils ont le droit, malgré un premier tour ayant désigné clairement les jouteurs du second, de dénier à MLP le droit d’en être.

DW, en exprimant son choix, n’use pas d’une liberté mais commet un péché mortel. Elle a fait preuve d’une audace provocatrice qu’il fallait brimer au quotidien en la présentant comme une égarée sans le moindre soutien national. Cette inversion est scandaleuse qui contraint ceux qui invoquent la République à s’excuser d’un arbitrage qui est au coeur de notre démocratie, si on veut bien conserver le caractère authentique de cette dernière…

Sans forcer le trait, DW a souffert avant le 24 avril mais j’éprouve du respect pour cette femme : elle a eu du cran parce que ce qui aurait dû apparaître comme l’évidence d’un choix libre lui a été retourné tel un boomerang par des totalitaires ne supportant qu’une adhésion : celle qu’ils ont décrétée.

Elle est vraiment une héroïne de la démocratie. Modeste mais incontestable.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

La triste cohorte des maîtres à voter – On n’a plus le front républicain en gros mais on l’a au détail !, par Philippe Bilger

BHL

Sportifs, syndicats, universitaires partisans, pétitionnaires convulsifs…
Une tribune de Philippe Bilger publiée le 15 avril 2022.

Les citoyens sont devenus grands. Ils savent que le 24 avril ils auront le choix entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen, le vote blanc (pas encore reconnu) et l’abstention. Pour ma part mon parti est pris et même si j’attends avec impatience le débat du 20 avril entre les deux candidats, il ne changera pas ma décision. Ce n’est pas que je me désintéresse de tout ce qui s’est engagé depuis le soir du premier tour et suscite une campagne rude, acrimonieuse, sans concession, parfois violente. Le président candidat prend son adversaire au sérieux et, ne se plaçant plus en surplomb, montre qu’il est capable de quitter le “respect” qu’il éprouvait paraît-il, pour une argumentation et des contestations plus que vigoureuses. Marine Le Pen, quant à elle, use de son registre habituel, pour l’essentiel contre les élites dont Emmanuel Macron serait à tous points de vue une parfaite incarnation ; elle se présente comme la défenseur du peuple.

Le règne de l’injonction

Pour qui est un lecteur et un téléspectateur compulsif en matière de politique, la matière ne manque pas et par exemple il a pu enrichir sa réflexion avec le très long et brillant entretien donné par Emmanuel Macron au Point sans, il est vrai, qu’il ait été poussé dans ses retranchements. De sorte qu’il a pu, dans le genre qu’il affectionne, mêler intelligence, intuition, finesse, analyses et une propension à être moins à l’aise avec l’action et l’opératoire. Pour Emmanuel Macron, ces derniers sont des sacrifices délestant la surabondance et la complexité du réel.

Je cherche à signifier par toutes ces observations que les problématiques, les failles, les approximations ou les doutes liés aux programmes des candidats sont largement connus et que le citoyen peut aisément se dispenser de tous ceux qui, pour le RN, lui donnent des leçons de morale en lui enjoignant de ne pas s’égarer comme s’il était simple d’esprit et donc à guider par l’esprit et la main. C’est ce que je nomme la triste cohorte des maîtres à voter qui, sur tous les registres, confondent une authentique démocratie avec le règne de l’injonction.

Demain, des dizaines de syndicats vont manifester contre l’extrême droite. Un tocsin qui à force d’être sonné sera sans doute moins pris au tragique et qui offrira ce paradoxe de s’opposer, par une voie guère républicaine, à un parti décrié comme non républicain. On aurait pu espérer un progrès de l’équité démocratique depuis 2017, quelle que soit l’aversion politique pour le camp exclusivement ciblé : il faut déchanter.

Salmigondis macronien

Le 24 avril je serai dans l’isoloir mais puis-je dire, sans offenser qui que ce soit s’étant posé en mentor républicain, que Bertrand Delanoë, Lionel Jospin, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Fabien Roussel et Valérie Pécresse n’auront pas la moindre influence sur mon for intérieur et ma décision. Pas davantage que la proposition de Jean-Luc Mélenchon certes plus ouverte, martelée quatre fois avec ironie, refusant que la moindre voix se porte sur Marine Le Pen. Aussi peu que Nicolas Sarkozy nous vantant les lumières d’un avenir avec Emmanuel Macron mais occultant soigneusement les ombres troubles de cette négociation menée de longue date et qui, prétendant sauver LR, veut le fondre dans un salmigondis macronien, une sorte d’Agir à la passivité éclatante et à l’influence nulle. Tout cela pour des députés sélectionnés et quelques ministres ! Aussi peu que François Hollande, détestant Emmanuel Macron et méprisé par ce dernier le moquant de concert avec Nicolas Sarkozy. Pas davantage que cette tribune de sportifs parmi lesquels le formidable demi de mêlée Antoine Dupont qui devrait à mon humble avis se méfier de la mêlée partisane même si à tout prendre je le préfère aux pétitionnaires compulsifs et aux politiciens opportunistes et transfuges.

Bien moins encore que les diktats de BHL ou la campagne de notre quotidien de “référence”, Le Monde, qui au mépris de toute équité démocratique a abandonné, s’agissant de Marine Le Pen, les exigences de l’information (la dénonciation immédiate l’altère et la biaise) au profit d’une prise à partie constante d’autant plus choquante que pour l’adversaire la complaisance est de mise. Ce n’est pas non plus la violation absolue de son obligation de réserve par une présidente d’université à Nantes, dictant leur futur vote à ses collègues, qui va me rassurer et m’inciter à m’entourer de conseils.

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En 2022 tout peut arriver : quel embarras !, par Philippe Bilger

marine le pen macron

Dire que certains, des spécialistes la plupart du temps, nous annonçaient doctement que la campagne présidentielle de 2022 serait insipide puisque tout était joué quasiment !

L’incertitude est venue faire exploser ces convictions qui résumaient l’opinion autant qu’ils la fabriquaient.

La droitisation, un constat dont on fait une tare, monte ; mais quel scandale que cette société qui ose s’affranchir d’idéologies « progressistes » à ne jamais remettre en cause !

Dans le désordre et l’effervescence, plus créateurs que tous les pronostics, un incroyable mélange qui fait fi des conventions, des habitudes et des conformismes. Le citoyen est bousculé comme le pouvoir.

Le dynamiteur en chef Eric Zemmour, qui ne s’est plus contenté des pensées radicales qu’avec d’autres il partageait, mais qui a changé la donne en les exprimant aussi brutalement que sincèrement.

L’irruption, sans l’ombre d’une mauvaise conscience, de partialités médiatiques heureuses de jeter par-dessus bord des années d’honnêteté, parfois il est vrai à peine respectée.

Une inimaginable grossièreté, fond et forme, dans beaucoup de débats et dans les coulisses de ceux-ci. Je n’aurais jamais cru possibles les débordements du couple Corbière-Garrido. Comme si soudain ce qui retenait tant bien que mal avait lâché prise. Une sorte de lassitude face à ce que la décence avait trop longtemps imposé.

À cause d’Eric Zemmour, un RN dépassé dans sa volonté de normalité et son aspiration à un recentrage, Marine Le Pen apparaissant paradoxalement comme une incarnation de la mesure et un exemple de pragmatisme.

Une gauche dont on aurait besoin en démocratie mais qui ne sait plus de quoi elle est composée, entre la désuétude de ses valeurs historiques et le formidable narcissisme de certains de ses représentants persuadés d’être, chacun, le recours pour une unité impossible.

Jean-Luc Mélenchon se débattant, toutes tempêtes confondues, pour rejoindre son niveau d’avant-hier mais se perdant à proportion.

Le coup de grâce, le comble du ridicule, relevant de Christiane Taubira s’offrant, avec tous ses passifs, telle une ultime chance qui serait attendue par tous les socialistes.

Et, miraculeusement, une voix trop rare, sans ambition personnelle, venant rappeler certaines évidences de gauche de telle manière que la contradiction démocratique en serait enrichie si on l’écoutait: Stéphane Le Foll dont la constance, la fidélité et la répugnance au wokisme et à ces modes détruisant l’universel sous la frime lui sont aujourd’hui imputées à charge (Le Point).

Des intentions de vote fluctuant chaque jour, pour accabler ou faire espérer, c’est selon.

La stabilité relative d’un socle pour le président de la République, donnant l’impression qu’il sera automatiquement qualifié pour le second tour. Il fait tout ce qu’il peut pour nous convaincre, à force de feindre l’hésitation, de son ambition d’être réélu (Gala, RTL).

Avec des soutiens inconditionnels à hauteur de l’inquiétude que leur inspire le changement des règles du jeu. Ce n’est pas fair-play : le second tour était déjà programmé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen et évidemment le premier allait gagner avec les légitimistes, la droite transfuge et une part de la gauche pas encore lassée de ne servir qu’à cela…

Le paradoxe est qu’on ne sent pas en France un vrai désir de prolonger la présidence d’Emmanuel Macron, candidat à plein temps, président pour l’image, cultivant l’émotion et n’hésitant pas à s’intenter des procès pour ses propos ou ses comportements déjà si souvent regrettés. Le pire serait à nouveau un second tour pour rien, donc pour lui.

Ainsi le nouveau monde de 2017 a abouti à ce terrible désenchantement de 2021.

Mais une droite de gouvernement, n’ayant pas besoin comme horizon de « Horizons » d’Edouard Philippe, a surgi. Et cela n’a étonné que ceux qui la rêvaient sinon morte du moins assoupie pour l’éternité. Dans un monde et une France sans repères, où il y a chaque jour quelque chose de nouveau sous le soleil, elle représente tradition, stabilité, pragmatisme et je l’espère, courage. C’est une chance historique pour cette droite d’action, si elle se retrouve au second tour, de n’avoir pas d’autre choix que de surprendre. Elle n’a pas tenu ses engagements hier, elle sera, le dos au mur, comptable de réaliser l’impossible : remettre de l’espoir, du rassemblement et du progrès dans un pays qui ne croit plus à rien.

Dans les premiers mois de 2022, ce billet apparaîtra peut-être vain et faux sur toute la ligne. Mais peu importe : on n’est plus à l’époque où la politique ressemblait à peu près à une science exacte. Où elle était maîtrisable. C’est fini.

Maintenant, et pour longtemps, le citoyen ne pourra plus se fier qu’à lui, sans recours extérieurs, pour trouver son chemin dans l’imprévisibilité angoissante du futur et les surprises en tous genres de la République.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

On ne sait plus où donner de l’antifa !, par Philippe Bilger

Il y a de l’espoir.

L’extrême gauche, elle qui représenterait la pureté et l’intégrité de l’antifascisme, en a assez d’être traitée de fasciste ; elle qui incarnerait la détestation exemplaire de l’antiracisme, en a assez d’être qualifiée de raciste.

Il y aurait une mainmise de l’extrême droite sur ce vocabulaire et sa dénaturation (Mediapart).

Je ne doute pas que pour ce renversement salutaire, le travail de sape de mon ami Gilles-William Goldnadel n’ait pas eu une part décisive, notamment avec son dernier livre « Manuel de résistance au fascisme d’extrême-gauche ».

Je comprends la stupéfaction de ceux qui se sont toujours considérés comme les titulaires du Bien, les détenteurs du Progrès, les propriétaires de la seule Histoire acceptable : marxiste, léniniste, stalinienne, trotskiste, totalitaire (malgré leurs différences), de voir leur hégémonie contestée sur leur terrain d’élection, leur champ exclusif.

D’abord ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. La méconnaissance délibérée des réalités historiques, leur exploitation au nom de l’idéologie, pour faire servir un passé aux antipodes du présent contre celui-ci, la paresse d’user de vieux dogmes et concepts pour se faciliter les dénonciations confortables d’aujourd’hui, ont abouti à une totale confusion du vocabulaire, à une inversion des injures et des stigmatisations.

Ainsi, les étiquettes fascistes ou nazies sont devenues si courantes qu’elles n’ont plus aucun sens et banalisent leur contenu dans une sorte de salmigondis qui leur fait perdre leur violence initiale. En retour, parfois, il y a eu des bolchos et des stals qui n’avaient pas plus de légitimité. Comme dans les joutes homériques, on s’imaginait, de part et d’autre, que ces mots surgis d’une Histoire ancienne allaient pulvériser l’adversaire.

Ils ont cependant gardé droit de cité dans la fureur du vocabulaire d’extrême gauche parce qu’ils offraient le grand avantage de parer ses actes, ses censures, ses violences, ses interdictions et son totalitarisme d’une sorte de voile oral virginal, tout teinté d’un sang pur.

Ils ne pouvaient perpétrer le pire puisque l’Histoire les avait nommés antifascistes et antiracistes : le meilleur surgissait d’eux comme une eau bénite d’idéologie.

Mais quelle formidable réaction: on ne se contente plus d’observer et de subir leurs lamentables attaques et saccages ; on n’accepte plus le règne de leurs mots factices ; on constate désormais que leur nature ressemble trait pour trait à ce que leur prétendu antifascisme vitupérait, à ce que leur antiracisme illusoire dénonçait.

Ils étaient, en fait et au fond, des antifas nominaux mais de vrais fachos, des antiracistes de pacotille mais des racistes avérés.

Il n’était que temps, que justice, de mettre au jour cette immense supercherie visant à compter sur une langage daté n’ayant plus le moindre lien avec notre présent fracturé pour nous convaincre de l’implacable morale dispensée par des adversaires de la démocratie : aujourd’hui, les masques sont tombés et les révolutionnaires auto proclamés sont nus. Ils parlent comme hier mais détruisent et frappent comme aujourd’hui.

Tout est-il perdu pour eux ?

Je ne crois pas mais à condition qu’ils accomplissent un colossal effort. Par exemple, ne plus qualifier d’extrême droite toute droite, de fasciste toute politique vigoureuse de sécurité, de raciste la volonté d’interdire en France la surabondance des clandestins et de voir repartir la multitude des déboutés du droit d’asile,

S’ils ne veulent plus être stigmatisés comme racistes et fascistes malgré leurs actes et leurs propos – tous les racismes existeraient sauf le racisme antiblancs -, qu’il balayent devant leur porte révolutionnaire, consentent à réviser et à réapprendre l’Histoire et traitent leurs adversaires en ne les prenant pas systématiquement pour ce qu’ils ne sont pas !

Pour qu’on sache où et comment, sans se tromper, donner de l’antifa !

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

J. K. Rowling ne plie pas face aux théoriciens du genre – Pourquoi l’intelligence est-elle souvent sans courage ?, par Philippe Bilger

J. K. Rowling

C’est l’extraordinaire J. K. Rowling qui a connu le dénuement avec sa famille puis la gloire et la fortune avec sa création d’Harry Potter qui m’a conduit à cette interrogation.

Cette femme subit les pires avanies parce qu’elle a refusé de tomber dans le catéchisme du « genre » et que par exemple elle a traduit « les personnes qui ont des règles » par « femmes ». Des activistes trans ont campé devant son domicile à Edimbourg et son adresse a été diffusée sur les réseaux sociaux. Elle est insultée, elle a reçu des menaces de mort et avec son esprit qui tire le meilleur du pire, elle affirme qu’il y en avait tellement qu’elle aurait pu en tapisser son appartement ! On fête l’anniversaire des 20 ans du premier film sur Harry Potter et, lâcheté collective – d’abord celle de l’acteur Daniel Radcliffe qui a joué le rôle – on ne l’invite pas (Morandini, TikTok).

Il est admirable que J. K. Rowling ne plie pas et que loin de l’intimider, les assauts injustes et scandaleux n’affaiblissent pas sa résolution de tenir la dragée haute à ces tenants délirants du « genre ». Ils sont alors capables d’une haine incommensurable pour qui les défie.

Pourquoi chez J. K. Rowling l’alliance de l’intelligence et du courage est-elle si éclatante alors qu’elle ne l’est plus nulle part ?

Parce qu’elle n’a plus rien à faire valoir, qu’elle a tout démontré et que donc elle n’est limitée par aucune peur puisqu’elle n’attend plus rien pour elle.

L’intelligence relève du registre de la réflexion alors que le courage est une disposition du caractère. Il y a déjà dans cette différence une explication essentielle qui montre que, n’appartenant pas au même univers, ces deux attributs peuvent être naturellement désaccordés. Ils font appel à des ressources plus contradictoires que complémentaires.

Songeant à l’intelligence trop souvent orpheline du courage, les exemples multiples qui pourraient illustrer mon propos viennent principalement des mondes politique, culturel et médiatique.

Au regard du politique, il serait trop facile de n’incriminer que le pouvoir présidentiel et tous ceux, collaborateurs, conseillers et ministres notamment, qui vivent de lui et sont soumis à son emprise. Mais il est exemplaire et presque caricatural de cette tendance à laisser l’intelligence se substituer au courage. Avec souvent une sorte de fierté, comme si la première, ses incertitudes et ses complexités étaient nobles et le second un zeste vulgaire. D’un côté ceux qui pensent et de l’autre ceux qui foncent.

Partout où le pouvoir au sens banal existe, où la subordination pèse et où des arbitrages sont à opérer, pour presque rien ou pour du fondamental, la lutte est inégale entre l’esprit et le tempérament, entre l’intelligence et le courage. Parce que l’intelligence est indépassable pour s’enlever toute mauvaise conscience et pour justifier, à chaque doute, sa réserve, son abstention, sa finesse prudente, ses précautions face à ce que les coups de boutoir du courage auraient eu d’inapproprié, d’intempestif et de trop désordonné dans une vie collective qui n’est jugée supportable par certains qu’à condition de ne jamais passer du verbe à l’acte, de la réflexion élevée à la bassesse de l’incarnation.

L’intelligence est le plus sûr bouclier contre le courage et pour peu que celui-ci, miraculeusement, apparaisse comme une priorité, nul doute qu’avant sa mise en oeuvre, le poison de l’analyse, la tentation du suspens, tenteront de la démobiliser.

Qui peut d’ailleurs accabler tous ces infirmes du courage et ces cracks de l’intelligence, ces personnalités qui au quotidien, dans les existences modestes ou les lumières prestigieuses, ne parviendront jamais à réussir cette parfaite synthèse d’une J. K. Rowling parce que, contrairement à elle, ils demeurent dans cet entre-deux où le courage n’a jamais le droit de s’allier avec l’intelligence.

Parce que l’intelligence est sans cesse dans l’attente, dans l’espoir, le calcul, dans le culte et le respect de sa pensée, dans l’hésitation élégante, dans le scrupule de qualité, dans tout ce qui la détourne de succomber à l’immédiateté brute et au réflexe malhabile et instinctif du courage.

Le courage sera trop rarement la tentation de l’intelligence parce qu’il donnerait l’impression à cette dernière de s’être dévoyée, quasiment de ne plus exister.

Personne n’a à se moquer de cet antagonisme, de ce débat qui est tout sauf stérile entre ce qui retarde l’action du courage et ce qui précipite le courage de l’action. Entre l’intelligence qui dit non, peut-être pas, pas encore, bientôt, trop tôt ou trop tard, attendons, et le courage qui se jette dans la mêlée et est presque fier de son aveuglement qui ne s’embarrasse pas de précautions, de son intrépidité bornée.

On me répliquera que ce post discute d’un faux problème puisqu’aucune fatalité n’impose qu’on abandonne le courage pour ne laisser place qu’à l’intelligence. Il y aurait des êtres qui, dans l’Histoire ou anonymes héros du quotidien, mèneraient de front cette richesse de l’esprit et cette force du caractère.

Sûrement mais ils sont trop peu nombreux pour qu’on ne se soucie pas d’abord de ces forts en intelligence mais éclopés du courage.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Zemmour-Onfray, même combat ?, par Philippe Bilger

Philippe Bilger Union des droites

Quoique engagé par ailleurs, j’adore me pencher sur l’analyse de débats et de complicités qui ne me regardent pas directement.

Je commence ce billet après avoir écouté Eric Zemmour (EZ) qui, dans Le Grand Jury, a littéralement mis KO debout Benjamin Sportouch et Adrien Gindre, Guillaume Roquette ayant été réduit à une portion congrue. Les deux premiers, en effet, ont été saisis par une stupéfaction qu’un reste d’objectivité ne rendait pas aussi indignée qu’ils l’auraient souhaité.

Il est vrai que EZ a fait fort, renvoyant par exemple Marine Le Pen et son programme à une aimable bluette, en poussant notamment jusqu’à des limites extrêmes la préférence nationale, induisant selon lui une distinction radicale entre Français et étrangers. Il a également confirmé, reprenant un point de vue déjà exprimé, que le mouvement #MeToo n’était pas « émancipateur mais éradicateur » et avait plus relevé de la « délation » que de la dénonciation légitime. On imagine comme avec de telles pensées provocatrices et totalement assumées, il a secoué le ronron de cette émission dominicale que je ne manquerais pour rien au monde.

Elle ne m’a pas éloigné de mon thème initial qui visait à attirer l’attention sur le lien fort entre EZ et Michel Onfray (MO). On sait depuis longtemps, au fil de leurs débats, de leurs rencontres et du point de vue qu’ils expriment l’un sur l’autre, qu’ils sont de plus en plus proches pour ce qui concerne le constat sur la France, sur l’immigration et la réalité dramatique d’un vivre-ensemble dévasté.

Ce qui est nouveau et ne devrait pas étonner les esprits lucides et de bonne foi est l’affirmation récente de MO sur CNews selon laquelle il pourrait voter pour EZ, à condition qu’il « muscle son bras gauche » concernant la question sociale (Le Point).

Il me semble que cette éventualité qui constituerait tout de même un choc dans le monde médiatico-politique, apporterait à EZ une crédibilité d’importance largement aussi décisive que, à rebours, les attaques programmées des politiques contre lui.

Il est piquant que cette relation entre EZ et MO résulte d’un double mouvement contradictoire qui se rapporte au terreau intellectuel et politique de ces deux personnalités et à leur évolution.

D’une certaine manière, EZ, déçu par la droite classique et l’extrême droite de Marine Le Pen, n’a pas eu, selon lui, d’autre choix que de proposer aux Français, à partir d’une vision extrême du réel, un programme en tirant les enseignements, aussi abruptes ou choquantes qu’en soient les conclusions.

C’est parce que MO croit à une gauche humaniste et sociale et que la gauche d’aujourd’hui a trahi celle-ci qu’il se retrouve accordé avec EZ et a la tentation de lui apporter sa voix.

Reste que j’imagine mal MO valider un renforcement social d’EZ si ce dernier demeure dans la conception intégriste et implacable qu’il a développée le 24 octobre, par exemple, sur la préférence nationale.

MO n’a pas peur de la vérité, ni des idées et des mots même les plus décapants, mais il y a chez EZ – qui ne ressemble à personne d’autre qu’à lui-même – une sorte d’audace suicidaire à faire advenir dans l’espace public et médiatique ce qu’on n’a jamais entendu, ce qu’on n’a jamais osé dire et dont il espère que cela fera de lui le porte-voix d’une majorité de citoyens. Ceux qui, selon lui, approuvent largement ses thèmes dominants.

Pour que la droite traditionnelle s’immisce victorieusement dans ce langage qui rend caduques les scrupules et les précautions d’avant, il conviendra qu’à partir de l’acceptation sans doute du même constat, LR maîtrise la politique comme « l’art de rendre nécessaire ce qui est possible » selon la belle formule du Cardinal de Richelieu.

MO doit encore hésiter.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Assez des pages sombres de notre Histoire !, par Philippe Bilger

macron histoire repentance

Avec ce président de la République, Dieu sait qu’on est invité à les revisiter, les pages sombres de notre Histoire !

Le 16 octobre, il a reconnu « les crimes du 17 octobre 1961 ». Il évoque « des responsabilités » lors des violences policières contre les manifestants algériens.

Il faut créditer Emmanuel Macron d’une constance méritoire : plus le pouvoir algérien se plaint des contritions françaises, plus il en rajoute. Bientôt il ne saura plus où donner du regret ! On ne va tout de même pas aller jusqu’à inventer des horreurs imaginaires pour battre la coulpe française jusqu’à la lie !

Cette volonté présidentielle de cultiver un fort masochisme – les tragédies ont eu lieu mais en plus il faut les faire revivre en pleurant sur elles – n’est d’ailleurs pas perçue à sa déplorable valeur par ses opposants puisque, par exemple, Alexis Corbière en exige plus : « Il reconnaît les morts mais ne dit pas qui sont les tueurs ? » (JDD)

Il n’a mis en cause que Maurice Papon ! Petit bras dans l’affliction, il aurait pu et dû faire mieux. Ou pire !

Emmanuel Macron a beau faire des efforts pour montrer une image de notre pays en « mater dolorosa », cela ne suffit pas !

Je donne l’impression de badiner mais pourtant il n’y a pas de quoi rire.

D’abord, par quels étranges détours ce président – certes intellectuel de gauche dans beaucoup de domaines encore, ceux qui relèvent notamment de notre Histoire, de notre protection et de l’évolution sociale – s’est-il fait une spécialité de cette volupté de la désolation nationale ? Certes celle-ci peut nourrir de beaux discours mais je ne crois pas que ce soit la raison essentielle. Il me semble que le président n’a au fond qu’un lien abstrait avec la France et les Français de sorte que s’exprimer au nom du pays en l’invitant à se fustiger ne le met pas en position d’appréhender les dégâts concrets, tangibles qu’il cause à notre mémoire nationale, à notre honneur collectif.

Ensuite, à la rigueur, on pourrait admettre de revisiter des pages sombres de notre Histoire si des pages splendides, épiques, glorieuses, ou tout simplement consubstantielles à la destinée de notre pays dans ses bons ou mauvais jours, faisaient l’objet de la même adulation pour le meilleur que celle prodiguée quasi-exclusivement pour le pire !

Comme à chaque fois qu’une date capitale et un hommage incontestable se présentent, on sent la gêne, le malaise, il ne faut pas en faire trop, on chipote, les lumières certes mais aussi les ombres ! Sous l’influence d’un clan d’historiens pour lequel la seule réalité française acceptable est une France couverte de cendres. Austerlitz, Napoléon : pourquoi célébrer avec fierté et munificence ce qui au fond devrait nous donner mauvaise conscience aujourd’hui : repentons-nous car il est arrivé à notre pays d’être grand !

Le paradoxe d’Emmanuel Macron, à bien lire l’ouvrage de Davet et Lhomme, notamment sur ses rapports avec Stéphane Bern et sa conception de l’Histoire, est qu’il semble au contraire friand de l’Histoire spectaculaire et royale, d’une chronologie illustre, de pompe et de gloire moquée par les historiens de gauche (ou progressistes : la même chose !). Ce qui pourrait signifier que le président de la République est un caméléon s’adaptant à chacun de ses interlocuteurs, ou que dans sa mission il est trop tenté de donner raison à ceux qui n’aiment la France qu’en état de contrition. Sûr ainsi de s’attirer l’approbation des intellectuels dits éclairés.

Il faut du courage pour assumer l’Histoire de la France, dans ses péripéties admirables ou discutables, nationales ou coloniales. Il faut déjà accepter que tout n’a pas commencé en 1789 et que, dans la multitude des débats et controverses suscités par l’imprévisibilité et l’ambiguïté des réalités historiques, pour le moins il ne conviendrait pas de faire peser sur la France une présomption de culpabilité systématique.

Demain aura-t-on encore le droit de se rassembler autour d’une personnalité, d’une victoire ou d’une fierté emblématiques de notre pays, ou serons-nous condamnés à continuer d’excuser la France ?

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

« Désinformation et complotisme » – Que va faire Gérald Bronner dans cette galère ?, par Philippe Bilger

Gérald Bronner

J’ai toujours beaucoup apprécié le sociologue Gérald Bronner (GB), parlant de ses livres ou proposant ses analyses toujours fines et pertinentes sur la société française.

Sa mesure, son intelligence, la profondeur de ses aperçus et la qualité de sa vision démocratique garantissaient à chaque fois, pour le lecteur ou l’auditeur, une réflexion stimulante et impartiale.

Aussi je n’ai pas compris – j’écarte d’emblée tout narcissisme de sa part – pourquoi il a accepté de « conduire une mission sur la diffusion des théories complotistes et la propagation de la haine sur Internet ». Je ne sais si la composition de la commission a relevé de sa responsabilité mais il semble déjà que l’un des membres, Guy Vallancien, pose un problème sérieux même si par ailleurs d’autres personnalités estimables ont été choisies (Libération).

Comment GB a-t-il pu ne pas manifester un sentiment de défiance à l’égard de cette initiative venue de l’Elysée ? En vertu de cette donnée élémentaire qu’à l’approche d’une échéance capitale pour le pouvoir, celui-ci ne pouvait pas avoir une démarche innocente dans un domaine concernant la liberté d’expression au sens large. Accepter cette mission revenait peu ou prou à mettre la main dans un engrenage dont GB n’était plus le maître puisque son inspiration émanait du chef de l’Etat. Il n’était même pas nécessaire de soupçonner le pire pour se garder d’intervenir sur une matière qui, en aucun cas, n’avait à tolérer l’immixtion du pouvoir, mû par une apparente bonne volonté.

Cette volonté prétendant lutter contre les « fake news » est perverse par nature. Elle paraît oublier que la liberté d’expression, en parfait esprit républicain, non seulement n’est pas contradictoire avec les dérives qu’elle peut entraîner mais qu’il y a là une rançon qui démontre qu’en amont il y a eu la source d’une liberté. Chercher préventivement, avant la seule intervention légitime qui serait judiciaire, à épurer, à discriminer, à filtrer pour chasser le faux en ne conservant que le vrai, est une démarche qui n’a plus rien de démocratique. Par l’entremise de cette commission, l’Etat veut pouvoir poser sa grosse patte sur une effervescence et un débridement qui ne devraient pas le regarder.

Il est regrettable que GB n’ait pas perçu, derrière cet apparent honneur et la superficialité des motifs invoqués, la manoeuvre politique dont le seul but est de démontrer que, puisque ce pouvoir rejette les fake news, il est forcément dépositaire de la vérité et de l’honnêteté. Ce qui est infiniment discutable.

Depuis des semaines, LREM, des ministres, des conseillers cherchent à faire entrer dans la tête des citoyens qu’Emmanuel Macron est l’incarnation de la raison et de l’équilibre et qu’au fond la cause est entendue. Il faut bien mesurer cette arrogance qui à quelques mois de l’échéance de 2022, avec un président officieusement en campagne depuis des semaines, se permet de surcroît d’installer une commission avec une visée exclusivement partisane.

Je suis frappé de constater à quel point ce président qui n’est pas différent de ses prédécesseurs sur le plan du comportement public, a tout de même, en plus, le culot de ne rien dissimuler, d’afficher avec une sorte de réalisme cynique que tous les chemins sont bons pour revenir à l’Elysée.

Quel tintamarre politique et médiatique aurait suivi une telle initiative impulsée par Nicolas Sarkozy ! On aurait quasiment crié au dictateur.

Emmanuel Macron se permet tout parce qu’on lui passe tout.

Et ses affidés, inspirés par l’exemple, traitent Eric Zemmour de virus, ravalant l’humain au rang de microbe.

Plus j’y songe, plus l’implication de GB dans cette mauvaise affaire me navre.

Qu’est-il donc aller faire dans cette galère ?

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Agnès Buzyn : les politiques doivent-ils avoir peur ?, par Philippe Bilger

Agnès Byzyn

Agnès Byzyn (AB), ancienne ministre de la Santé, a été mise en examen le 10 septembre pour mise en danger de la vie d’autrui par la commission d’instruction de la Cour de justice de la République (CJR). Elle a été également placée sous le statut de témoin assisté pour abstention de combattre un sinistre, ce qui concernait le grief de ne pas avoir (re)constitué de stocks de masques et de protection pour les soignants.

Avant d’être questionnée durant toute la journée, AB avait affirmé voir dans sa convocation « une excellente opportunité de s’expliquer et de rétablir la vérité des faits » (Le Parisien). Ce qui laissait entendre au moins qu’elle ne jugeait pas totalement absurde sa comparution.

Je rappelle d’emblée cette banalité qu’elle est présumée innocente et qu’elle pourra à l’issue de tous les actes d’instruction être renvoyée ou non devant la CJR. Rien n’est gagné, rien n’est perdu pour elle.

Il semble pourtant qu’après cette double décision, surtout la première, politiquement et médiatiquement on ait cherché à faire croire qu’un processus fatal allait forcément être engagé et que AB ne serait que la première d’une série de mises en cause gouvernementales avec, notamment, l’implication annoncée quasiment comme certaine du Premier ministre Edouard Philippe et du ministre de la Santé actuel Olivier Véran.

Rien ne me paraît plus précipité dans l’analyse. De même que les juges, avec AB, n’ont pas cédé « à la pression de la société civile » contrairement à ce qui a été dit (Marianne), de même il n’est pas interdit de penser qu’une distinction puisse être opérée lucidement et équitablement entre AB et les autres. En tout cas il n’est pas interdit de le supposer.

J’entends bien qu’AB a tout intérêt – et elle a joué sur ce registre de solidarité et de défense gouvernementale – à fondre sa situation particulière dans celle plus générale de tous ceux qui se trouvaient au gouvernement avec elle. Mais ce n’est pas ce dernier qui avec elle est ciblé, c’est d’abord elle-même qui, à cause d’une série de déclarations, de contradictions, de maladresses, d’abstentions et d’autres éléments que nous ne connaissons pas, a été visée par les magistrats. Elle a cherché à embarquer avec elle toute l’équipe, paradoxalement en voulant la défendre en même temps qu’elle-même, mais son jeu est dangereux qui cherche à la faire passer pour une « victime » annonciatrice des autres.

Il est d’autant plus nécessaire de raison garder qu’une frénésie délirante de plaintes – 14 500 selon le procureur général près la Cour de cassation – arrive devant la CJR en ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire. Même si à l’heure actuelle un peu moins d’une vingtaine ont été admises comme recevables.

Après la mise en examen d’AB, s’est mis en branle un rouleau compresseur aussi bien politique que médiatique, dénonçant la judiciarisation de la vie politique et soutenant que, pour la crise sanitaire, la peur d’être incriminé judiciairement avait freiné les principaux acteurs de la lutte contre elle et que le principe de précaution avait exagérément limité les initiatives.

Derrière cette argumentation, il y a l’idée fort peu républicaine que les politiques, dans leur action ou leur inaction, ne doivent jamais être soumis à la Justice. C’est le point de vue, par exemple, du député LREM Sacha Houlié qui a déclaré : « C’est démocratiquement que l’on peut sanctionner une faute politique s’il y en a une, pas devant un juge ».

Cet apparent bon sens, qui de fait garantit aux politiques une tranquillité absolue entre les diverses élections, ne me semble pas décisif.

Il y a des incuries, des maladresses, des erreurs, des fautes et des retards qui, aussi regrettables qu’ils soient, renvoient seulement à des comportements professionnels médiocres ou négligents, à l’inévitable imperfection des pratiques face à un ennemi imprévisible, et ne sauraient recevoir une qualification pénale.

Mais le départ est à effectuer et n’est pas choquant entre ces activités ministérielles, pas aussi bonnes qu’on les aurait espérées, et des infractions, dépassant le cadre de celles-ci et pouvant être caractérisées par une malignité, la conscience qu’on a, par des manques, des mensonges, des gaspillages, des lenteurs et des désorganisations, d’avoir participé au pire. En toute connaissance de cause.

Evidemment, en démocratie, avec de la bonne volonté présumée, cette éventualité pénale ne peut qu’être très rare. Mais il ne convient pas de postuler par principe qu’elle serait offensante et stérilisante pour la vie publique.

Il paraît qu’elle enlèverait aux politiques toute énergie. Qu’elle les tétaniserait. Il faut être sérieux. Avait-on l’impression, avant l’irruption de cette pandémie dans nos vies, que l’audace était le propre des ministres, des gouvernements ? Qu’ils étaient prêts à aller jusqu’au bout et à résister aux pressions, aux blocages et à tout ce qui s’opposait au bien du pays ?

Non, parce que depuis ces dernières années l’ennemie n’est pas la judiciarisation de la vie politique contrairement à ce qu’on allègue pour pointer des causes exogènes. Mais le fait que celle-ci est structurellement étrangère au courage et à l’absence de démagogie.

Les politiques ne doivent pas avoir peur à cause d’AB. Ni de la Justice.

Mais parfois se méfier plus d’eux-mêmes.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Les récidivistes responsables de leur récidive !, par Philippe Bilger

prison

Selon une étude, 31 % des sortants de prison ont été condamnés à nouveau dans les douze mois suivant leur libération.

Dans le titre « Prisons : les chiffres inquiétants de la récidive« , on voit déjà poindre la philosophie pénale qui va inspirer l’article de l’excellent Jean-Baptiste Jacquin dans Le Monde (Le Monde).

Pour lui comme pour beaucoup de médias, pour la classe politique à gauche évidemment mais aussi malheureusement à droite, que la prison soit responsable de la récidive est une pétition de principe qu’on n’a pas le droit de discuter: elle fait partie d’un mantra paresseusement humaniste et surtout elle rassure sur une frange transgressive de la nature humaine.

On peut considérer ces 31 % qui récidivent comme le préoccupant constat d’un enfermement qui n’aurait pas su les rendre irréprochables ou au contraire l’heureuse surprise que sur dix sortants, seulement trois récidivent dans l’année qui suit leur libération.

Pour peu qu’on accepte la lucidité pas si amère que cela qui impute aux seuls récidivistes de n’avoir pas su demeurer dans le droit chemin, maîtriser leurs pulsions, leurs désirs, leur appétit de lucre, de s’être écarté d’une normalité sociale. Toutes promesses pourtant proférées en amont.

Je ne méconnais pas le pessimisme qui peut sembler surgir d’une approche tout de même positive de cet échec relatif mais il me semble que ce n’est pas mépriser la personne libérée que de lui prêter par principe une liberté et une responsabilité dont elle fera un usage bon ou mauvais.

Au contraire, rien ne me paraît moins formateur que cette condescendance les privant de toute autonomie pour en faire les jouets d’une prison qui, aussi imparfaite soit-elle dans sa matérialité et son manque de moyens, ne saurait être prise pour la créatrice exclusive de la récidive.

Si une analyse plus pertinente, moins destinée à nous gratifier intellectuellement et judiciairement, était faite, nul doute qu’elle pourrait heureusement modifier notre politique pénitentiaire, l’exécution des peines et, au-delà, l’image de la Justice qui serait moins incitée à excuser qu’à sanctionner.

Non pas parce qu’elle mépriserait le délinquant ou la personne libérée mais, au contraire, parce qu’elle créditerait l’un ou l’autre de l’honneur d’être un homme.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Assassinat du prêtre Olivier Maire par un Rwandais – Larmes, tweets, hommages… et après ?, par Philippe Bilger

prêtre Olivier Maire

C’est toujours pareil.

Le père Olivier Maire était le supérieur provincial de France des Pères Montfortains. Il a été assassiné par un Rwandais, lundi 9 août, à Saint-Laurent-sur-Sèvre en Vendée. L’état psychologique de ce dernier apparaissant incompatible avec la garde à vue, il est hospitalisé en psychiatrie.

Le 18 juillet 2020, ce même individu avait déjà été l’auteur d’un incendie dans la cathédrale de Nantes où il était employé officieusement comme sacristain. Mis en examen, il était seulement placé sous contrôle judiciaire. Accueilli par la communauté au sein de laquelle, au bout de quelques mois, il allait tuer.

Illégalement en France depuis 2012, il a fait l’objet de trois tentatives d’expulsion, une obligation de quitter le territoire lui ayant été notifiée en 2019 (Morandini).

L’aberration absolue résulte du cumul de deux dysfonctionnements gravissimes : il n’est pas expulsé en 2019 et son placement laxiste sous contrôle judiciaire en 2020 interdisait que la première prescription soit mise en oeuvre, même avec retard. On est contraint de considérer que deux faillites – étatique et judiciaire – se sont épaulées l’une l’autre pour empêcher une solution de bon sens.

La tragédie de la mort du supérieur est d’autant plus intolérable et scandaleuse qu’elle résulte d’une double responsabilité montrant le caractère surréaliste de notre état de droit.

Un sénateur de Vendée a dénoncé lucidement et avec mesure cette situation mais souligné qu’il ne fallait pas chercher de « responsables ni jeter l’opprobre ».

Précisément si.

Le ministre de l’Intérieur a tweeté en adressant ses pensées émues à tous les catholiques.

Le président de la République a fait de même en rendant hommage au prêtre assassiné.

Le garde des Sceaux s’est engouffré dans le même processus de compassion et de solidarité avec les catholiques.

Le Conseil français du culte musulman a exprimé son indignation.

Ce n’est pas rien mais, parlons net, tout cela est parfaitement inutile. Cette unité, ces larmes, ces tweets et ces hommages, quand le pire a été perpétré et qu’il aurait dû et pu être évité, relève d’un mélodrame politique certes sincère mais indécent.

Cette apparente concorde n’est destinée qu’à occulter le fait qu’on n’ira pas à l’essentiel, pas plus que pour les autres catastrophes, essentiel qui serait d’incriminer et de sanctionner les responsables ayant en amont permis la réalisation de cette atrocité.

Comme citoyen, je n’en peux plus de cet intolérable jeu de rôles : le tueur jouant le sien, les ministres le leur et l’émotion dissimulant que les tragédies ne naissent pas de rien mais de structures négligentes mêlées à une malfaisance personnelle.

La palme de la bêtise revient une fois de plus à Christophe Castaner qui affirme qu’avoir commis ce crime était « s’en prendre à la République laïque ». Je ne vois pas le rapport. Se tromper à ce point de diagnostic est favoriser les tragédies du futur.

Larmes, tweets, hommages… J’ai le droit, sans aucune illusion mais par pur volontarisme, de questionner : et après ?

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com

Contre les contrôles au faciès : une démagogie de plus ?, par Philippe Bilger

contrôles au faciès

Une action de groupe a été lancée contre les contrôles au faciès (Le Monde) et un front se qualifiant de progressiste, mêlant hostilité à l’égard de la police et méconnaissance de la réalité sociale, s’en félicite, la percevant comme un immense progrès.

Le faciès étant entendu comme un aspect du visage ou l’expression humaine d’un visage, il est facile de percevoir ce que cette dénonciation signifie : les personnes d’origine maghrébine et/ou africaine seraient infiniment plus contrôlées que celles dont « la peau est blanche », ce dernier point ayant été incriminé par le président de la République lors de son entretien dans Brut, au grand dam du syndicat Alliance.

En schématisant, deux sortes de contrôles peuvent être effectués par la police, à titre préventif pour ce qui relève de l’ordre public et avec une finalité judiciaire relative à la poursuite des infractions et à l’identification de leurs auteurs.

J’admets bien volontiers que le jeune maghrébin ou africain qui est interpellé dix fois dans la même journée, sur des critères qui ne paraissent pas juridiquement pertinents, est tout à fait fondé à s’indigner mais je ne suis pas sûr que, pour bien connaître l’institution policière, et la défendre quand elle ne transgresse pas les règles dont le respect fait son devoir et son honneur, cette pratique répétitive soit son quotidien.

Il faut accepter de regarder la réalité en face, et non pas au faciès, sauf si on admet par principe que les seuls faciès à ne jamais soupçonner ou vérifier seraient ceux des populations maghrébines ou africaines.

Pour ma part, si j’osais, et à mon sens nous ne tomberions pas dans un Etat policier mais seulement policé, je ne verrais aucun inconvénient à ce que les contrôles d’identité puissent être accomplis sans justification particulière, sinon celle de connaître qui a le droit de demeurer en France, citoyens irréprochables ou recherchés, et qui y réside illégalement, sans aucun titre. À parcourir certains quartiers populeux ou privilégiés, je devine ce que des contrôles d’identité inspirés par ce seul souci de parfaite connaissance de ce que la société française porte en son sein pourraient apporter de bienfaisant et de transparent.

On pourrait, dans un monde idéal, planifier et équilibrer à la perfection, sur les plans préventif et judiciaire, les contrôles : un Blanc, un Africain, un Maghrébin, un Asiatique, etc. On devine bien comme dans la France d’aujourd’hui ce serait une utopie.

Il y a des cités où, sauf à ne plus contrôler personne, l’immense majorité est africaine ou arabe.

J’ai connu des lieux, par exemple un dimanche soir gare du Nord il y a quelques années, vers minuit, où j’étais le seul Blanc au milieu d’une multitude toute de diversité. Je le constate, je ne m’en plains pas, je relève seulement que dans ces conditions, oser reprocher à la police des contrôles au faciès serait injuste.

Par ailleurs, si j’ai toujours insisté sur le fait que la globalité n’a aucun sens et est même choquante – c’est mon désaccord avec Eric Zemmour -, je n’éprouve aucune difficulté, en revanche, à souligner que dans la plupart des procédures ayant conduit à des affrontements avec la police et parfois à des issues regrettables ou même tragiques, les mis en cause étaient beaucoup plus souvent des Africains et des Maghrébins que des blancs. C’est une donnée incontestable que sociologiquement et sur le plan de la sécurité il est facile de vérifier.

Constater cette prédominance n’a rigoureusement rien à voir avec du racisme et les contrôles au faciès qu’évidemment on aurait reprochés à la police ou à la gendarmerie étaient pourtant parfaitement légitimes.

J’ai été contrôlé à plusieurs reprises dans le métro et j’en ai été très heureux dans mon for intérieur. Je n’ai pas cherché à fuir. Je n’ai insulté personne.

J’use de mon exemple pour montrer à quel point une multitude de citoyens « dont la couleur de peau est blanche », pour reprendre l’expression du président, n’auraient pas la moindre once de répugnance républicaine si elle était contrôlée, de même d’ailleurs que nombre d’Africains et de Maghrébins irréprochables.

Derrière cette offensive contre les contrôles au faciès, il y a beaucoup de démagogie, la volonté naïve de croire que des populations que le progressisme chouchoute ne sont constituées que de gentils et d’aimables jeunes gens et que la police est méchante.

Alors que l’insécurité est à son comble et que notre société est en état fracture et de dislocation, notamment à cause de phénomènes de violence gratuite, je ne crois pas que le moment soit bien choisi pour nous affaiblir encore davantage.

Je rappelle cette banalité : notre adversaire n’est pas la police mais celui qu’elle interpelle, que la justice poursuit, condamne, et dont elle fait, on peut l’espérer, exécuter la peine.

Philippe Bilger

Tribune reprise de Philippebilger.com