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L’appel de détresse d’un agriculteur : « Notre rêve s’est transformé en cauchemar »

05/01/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Guillaume Olivier est responsable des Jeunes Agriculteurs du canton de Wassy et Saint-Dizier, en Haute-Marne. Il est à l’origine de J’avais un rêve, « court-métrage sur un sujet d’actualité tabou » réalisé en hommage aux agriculteurs suicidés en 2016. Un cri d’alarme. Un appel de détresse. Il est interviewé cette semaine dans l’hebdomadaire Minute. Extraits.

Minute Couv Migrants resteront« Minute » : Comment l’idée de faire ce film vous est-elle venue ?

Guillaume Olivier : La situation et la conjoncture, tout simplement. Dans notre département de la Haute-Marne, on compte 2 000 exploitations agricoles. Sur ces 2000 exploitations, 114 sont dans une situation plus que critique : les banques ne veulent plus suivre ! Aujourd’hui, il y a un suicide d’agriculteur tous les deux jours en France. Ça ne pourra qu’augmenter en 2017… Et ce phénomène concerne toutes les régions de France.

On est un peu tous en dépression. On travaille tous comme des cinglés, sans se tirer un salaire correct. Pas de rendement, pas de prix : on est tous dans la même galère, quelle que soit notre spécialité.

Avec ce film, nous avons voulu rendre hommage aux agriculteurs qui se sont suicidés. Nous avons voulu montrer que nous sommes solidaires dans le métier. Nous avons voulu dénoncer ce fléau des suicides d’agriculteurs. […]

« Minute » : Ce qui est marquant dans ce film, c’est la solitude de Vincent : seul avec ses questions, seul dans son hangar, seul, cachant à sa femme, ses rappels et relances de la banque, de la MSA, des assurances, etc. C’est cela, le quotidien d’un agriculteur ?

Guillaume Olivier : Oui, c’est cela le quotidien d’un agriculteur. Des heures de travail pour un salaire de 200 à 300 euros par mois. Quant à l’isolement, si l’épouse ne travaille pas sur l’exploitation, elle ne peut pas suivre au quotidien les chiffres. On peut donc tout à fait lui cacher la réalité.

A cela, il faut ajouter la pression familiale. Nos parents et grands-parents ont connu de bonnes années. Ils ne comprennent donc pas toujours pourquoi c’est difficile pour nous. Par exemple, moi, je suis le seul garçon. Cela aurait été inconcevable de vendre la ferme. Cela aurait été une honte. […]

« Minute » : Vous regrettez de vous être installé ?

Guillaume Olivier : Quand on voit les chiffres, oui, on regrette. On regrette de ne pas pouvoir nourrir sa famille. Avec les salaires que l’on a, on pourrait prétendre aux Restos du cœur. Quand on s’installe, on a un rêve. Ce rêve se transforme en vrai cauchemar, malgré toute la passion qui nous anime. […]

Notre ministre de l’Agriculture n’a rien fait pendant les cinq ans où il était là. Entre les accords internationaux type Ceta ou Tafta et l’embargo russe, et bien l’agriculteur, il faut qu’il s’en sorte ! Le soir du réveillon, nous, on a été voir nos vaches, puis on a mangé des haricots. Lui, il était avec son caviar !

Si jamais les paysans arrêtent, il n’y aura plus rien dans les assiettes et la beauté du paysage français, c’en est fini ! Vous imaginez tous nos champs en friche ?