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Frédéric Pichon

Les néo-chevènementistes jacobins excluent la notion de civilisation, par Frédéric Pichon

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Frédéric Pichon

Le 22 juin dernier, l’eurodéputé FN Sophie Montel et proche de Florian Philippot a jeté un nouveau pavé dans la mare : le discours du Front national sur l’immigration serait anxiogène. Cette déclaration d’une des têtes de file du courant porté par Florian Philippot n’est pas anodine. Elle se veut une réponse aux reproches faits à la direction du Front national d’avoir trop axé sa campagne sur l’euro au détriment de l’immigration.

Or, c’est un fait, comme le faisait remarquer Nicolas Bay, que 71 % des électeurs ont voté pour le Front national en raison de sa position connue sur l’immigration, la question de l’euro venant loin derrière. Attribuer l’échec de Marine Le Pen à sa ligne sur l’immigration – pourtant regrettablement mise en veilleuse lors du débat face à Macron, alors que c’est précisément le discours sur l’euro qui est anxiogène – constitue un pitoyable contre-feu largement contredit par les faits.

Derrière ces déclarations, ce sont bien évidemment deux lignes qui s’affrontent : une ligne en réalité jacobino-chevènementiste et libertaire et une ligne conservatrice et identitaire.

Certes, une vision réconciliatrice devrait amener à concilier les deux courants. On ne saurait, cependant, les mettre sur le même plan.

En premier lieu parce qu’aussi bien parmi le peuple frontiste que parmi ses électeurs, le courant identitaire est largement majoritaire. Alors, accueillir une sensibilité chevènementiste de gauche, oui, mais à condition qu’elle ne soit pas hégémonique, ce qui est le cas : l’immense majorité des secrétaires départementaux récemment parachutés appartiennent à ce courant, bien qu’il soit minoritaire chez les militants.

En second lieu parce qu’elle pose un réel problème de fond. Il est évident que souveraineté et identité sont intimement liées. Les identitaires ne contestent pas la légitimité du discours souverainiste.

Ils font simplement observer que la souveraineté est un contenant, pas un contenu. La Corée du Nord ou le Venezuela sont des nations souveraines, ça n’en fait pas des nations enviables. Les souverainistes de gauche ne sont pas nécessairement identitaires et, la plupart du temps, y sont même résolument hostiles. Ainsi, un Chevènement récemment nommé à la tête de la Fondation pour l’islam de France ou encore le parti grec Syriza favorable à l’immigration démontrent que les prétendus souverainistes, pourtant largement cités en exemple par le clan Philippot-Montel, participent largement au Grand Remplacement et ne font rien de concret face au communautarisme musulman. Leur hostilité à l’euro n’en fait pas nécessairement des alliés.

La question est donc avant tout de savoir quel type de société ou, plus encore, de civilisation nous défendons. Or, la notion de civilisation est totalement exclue du discours des néo-chevènementistes jacobins, qui ne voient dans la nation qu’un cadre juridique et l’héritière des Lumières et de la Révolution. Ils lui dénient une dimension charnelle, historique et spirituelle.

Ils considèrent la famille comme une question parfaitement secondaire et les lois sociétales nihilistes comme secondaires. Leur vision de la laïcité les amène à mettre l’islam sur le même plan que le christianisme au nom de la neutralité de l’État.

En somme, ils veulent quitter l’Europe pour appliquer au niveau français les tares du rouleau compresseur jacobin et droit-de-l’hommiste, ce qui ne réglera pas le problème de fond du déclin de notre pays. Car Paris, aujourd’hui, œuvre autant que Bruxelles ou Berlin en faveur du multiculturalisme, de l’immigration de masse ou de la déculturation de notre jeunesse via l’Éducation nationale et les médias.

La déclaration de Sophie Montel a eu le mérite de jeter le masque. Leur souverainisme n’est que l’avatar du jacobinisme des Lumières, aux antipodes d’un patriotisme enraciné, combatif face au défi prioritaire qui menace la nation française dans sa substance même : le changement de peuple et de civilisation.

Frédéric Pichon

Tribune parue sur Boulevard Voltaire sous le titre
« Pour Sophie Montel, le discours du Front
sur l’immigration serait anxiogène »