Pandora Papers – Les élites délinquantes une nouvelle fois épinglées

Pandora Papers

Ils sont déjà considérablement riches, nantis, privilégiés, puissants et célèbres mais ils n’en ont jamais assez ! Et leur cupide avidité les conduit à des pratiques délictueuses d’évasion fiscale régulièrement révélées à l’occasion de scandales internationaux. Cette fois ce sont les « pandora papers », nom donné aux révélations faites par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) mettant notamment en cause le Premier ministre tchèque, le roi de Jordanie et les présidents du Kenya, de l’Azerbaïdjan et d’Equateur mais aussi des « personnalités » telles que Tony Blair, Shakira, Guy Forget ou Dominique Strauss-Kahn… Tous sont accusés d’avoir dissimulé des avoirs dans des sociétés offshore, à des fins d’évasion fiscale.

Ce sont plus de 600 journalistes qui ont participé à cette vaste enquête qui s’appuie sur quelque 11,9 millions de documents provenant de 14 sociétés de services financiers et mettant à jour plus de 29 000 sociétés offshores. Selon ces documents, le roi Abdallah II de Jordanie aurait créé une trentaine de sociétés offshore qui lui aurait permis d’acheter près d’une quinzaine de propriétés de luxe aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, pour un montant de 106 millions de dollars. De son côté, le Premier ministre tchèque, Andrej Babis, plus modeste, aurait placé 22 millions de dollars dans des sociétés écrans lui permettant d’acquérir le château Bigaud dans le sud de la France.

Pour le directeur de l’ICIJ, Gerard Ryle, ces révélations démontrent qu’il n’y a pas de réelle lutte contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale puisque de nombreuses personnalités politiques de tout premier plan en profitent elles-mêmes. « On parle de milliers de milliards de dollars » affirme-t-il.

Ainsi, l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) aurait fait transiter plusieurs millions de dollars d’honoraires de conseil à des entreprises par une société marocaine exempte d’impôts. Un système de grande ampleur qui fait le jeu de la corruption et la criminalité, rappelant les pratiques de « blanchiment d’argent » des organisations maffieuses. Ces dévoilements apparaissent d’autant plus choquants que plusieurs des personnalités épinglées ont tenu par ailleurs de beaux et doctes discours anti-corruption.

La publication de cette enquête a déjà entraîné la démission du Premier ministre islandais, Sigmundur David Gunnlaugsson, et du chef du gouvernement du Pakistan, Nawaz Sharif. D’autres pourraient suivre tant le séisme est de grande ampleur.

Certains Français ont parfois tendance à minimiser la gravité de l’évasion fiscale, y voyant une sorte de pratique « d’autodéfense » face au « matraquage fiscal ». Outre le très lourd manque à gagner pour l’Etat, ils oublient que ceux qui s’y adonnent, les plus riches, ne sont pas ceux qui payent le plus d’impôts, bénéficiant déjà de nombreux mécanismes légaux « d’optimisation fiscale » qui leur permettent de réduire drastiquement leur contribution. En réalité l’évasion fiscale se situe à mi-chemin entre le vol qualifié et la haute trahison puisqu’elle consiste à chercher à se dérober à l’indispensable solidarité nationale à laquelle les classes moyennes et populaires, elles, ne peuvent échapper.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 6 octobre 2021

Pandora Papers : les grands de ce monde ramenés à leurs petites turpitudes…

Pandora Papers

Comme toujours, tout est dans Molière, des Précieuses ridicules aux Femmes savantes en passant par Le Tartuffe. Ainsi, les Pandora Papers, nouvelle enquête à échelle mondiale, due à l’ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists/Consortium international des journalistes d’investigation), vient-elle de révéler les petits secrets bancaires des grands de ce monde.

Il est certes licite de se méfier de ces organismes planétaires – 150 médias concernés, dont Le Monde – et, surtout, de s’interroger sur leurs visées, officielles ou officieuses. Il n’empêche que ces révélations, des Panama Papers en 2016 aux Dubaï Papers, deux ans plus tard, épinglent 130 milliardaires et 35 chefs d’État, à la retraite ou toujours en activité.

Pris dans les filets, le roi Abdallah II de Jordanie, l’ancien Premier ministre anglais >Tony Blair (en photo) et son actuel homologue tchèque ou encore Andrej Babiš, tenu pour être le deuxième homme le plus riche de son pays. Que les puissants de ce monde mettent leurs économies à l’abri, rien de bien nouveau sous le soleil. Pourtant, l’ICIJ note, non sans raison que si, « dans la plupart des pays, ces faits ne sont pas susceptibles de poursuites […], dans le cas de certains des dirigeants, il est mis en parallèle le discours anticorruption tenu par certains d’entre eux avec leurs placements dans des paradis fiscaux ». Pas faux.

Voilà qui nous rappelle les mésaventures judiciaires de Jérôme Cahuzac et de Thomas Thévenoud. Le premier, ministre délégué à Bercy, en partie chargé de lutter contre la fraude fiscale, fraudait précisément le fisc ; alors que le second, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l’étranger, se trouvait acculé à la démission, neuf jours après son entrée en fonction, incapable qu’il était d’ouvrir la moindre enveloppe envoyée par cette administration dont il était pourtant l’un des plus éminents représentants. Tel qu’on disait jadis dans la coloniale, « qui veut grimper au cocotier doit avoir la culotte propre »…

Aussi propre que celle d’un Bernard Tapie, chargé en coulisse par François Mitterrand de lutter, au nom de la morale républicaine, contre le Front national, alors donné pour « immoral » par nature ?

Aussi verte que celle d’un Denis Baupin, leader écologiste immortalisé en cette photo où sa bouche était peinturlurée de rouge à lèvres, histoire de dénoncer les « violences faites aux femmes » et qui dut, ensuite, mettre un terme à sa carrière politique pour « harcèlement sexuel » vis-à-vis des femmes de son propre parti, dont la très fantasque Sandrine Rousseau ? Il est vrai que les envois frénétiques et répétés de tweets emplis de propositions explicites ne participent pas exactement ni de la carte du Tendre, ni de l’idée que l’on peut se faire du féminisme inclusif tel que promu chez EELV.

Puis, il y a ces innombrables impostures. De la « génération morale » de SOS Racisme chère à Julien Dray, tombé au champ du déshonneur judiciaire pour ces vilaines histoires de MNEF (Mutuelle nationale des étudiants de France), de MJS (Mouvement des jeunes socialistes) et autres pouponnières du PS, à la fameuse Ligue du LOL…

Ces deux officines se sont encore fait tristement connaître par la « castorisation », pratique consistant à « initier » de jeunes militantes ingénues, sans toujours leur demander leur avis.

Quant à la dernière imposture, c’est le pompon sur le cocotier en question ! Trois journalistes de premier plan, officiant dans le tiercé gagnant de la presse humaniste – dans le désordre, Libération, Télérama et Les Inrockuptibles –, ont été accusés de sexisme. Soit une véritable mise à mort sociale pour un trio censé dire le beau, le vrai et le bien. L’arroseur éternellement arrosé ?

En attendant, pour avoir des nouvelles fraîches du monde, prière de lire ou de relire Molière…

Nicolas Gauthier

Tribune reprise de Boulevard Voltaire