Tag Archives: opportunisme

Macron

La ruée vers Emmanuel Macron de tous les opportunistes

La gauche, par doctrine, ne croit pas aux hommes providentiels ; pour elle, c’est l’économie qui est le moteur de l’Histoire et non la volonté humaine. Voilà pourtant qu’après la désignation de Benoît Hamon comme champion de la gauche socialiste, les déçus de son camp ont pour le providentiel Emmanuel Macron les yeux de Chimène. Ils n’ont pas attendu un délai de décence pour abandonner celui que le suffrage des électeurs de gauche a plébiscité.

Ils sont députés et ne veulent pas périr dans le naufrage électoral annoncé. Ils ne se demandent pas quel est le meilleur, ou le moins pire, des candidats, mais à qui se raccrocher. Et peu importe que, se réclamant de la gauche depuis des décennies, ces socialistes prétendent se reconnaître en un homme qui ne se veut ni de droite, ni de gauche ! Face au risque de perdre leur circonscription, il ne faut pas faire le difficile ni ergoter sur la doctrine, ce sont là bavardages de soir de congrès quand il n’y a pas péril en la demeure électorale.

Les députés PS Gilles Savary et Christophe Caresche, dans une tribune libre, se sont chargés d’habiller de vertu cet opportunisme. Ils expliquent que les « conditions de soutien » à la candidature Hamon ne sont pas réunies et feignent d’espérer qu’elles le seront alors qu’ils ont déjà un pied chez Macron, il ne dépend que du feu vert de ce dernier qu’ils y mettent officiellement les deux.

L’ancien ministre de l’Economie ayant ouvert la porte d’« En marche », les élus en quête d’investiture crédible ne sont pas les seuls à s’y bousculer. Il y a aussi quelques vieilles gloires de la gauche médiatique qui y voient l’occasion d’une cure de jouvence avant leur fin de parcours définitive. C’est ainsi qu’on a vu le ralliement de Bernard Kouchner qui, pour briller de ses derniers feux, était devenu ministre de Sarkozy ; celui d’Alain Minc, dont la caractéristique inquiétante a été de toujours soutenir un candidat perdant et de l’inévitable Jacques Attali, conseiller du prince, de tous les princes, de gauche et de droite, prêt à offrir ses services à Macron dont il salue « l’audace et la raison ». Evidemment, on fait mieux en matière de renouveau et de rejet du système qu’avec ceux qui en sont les acteurs exténués depuis des décennies et veulent faire un ultime tour sur le manège médiatique, sauf si « En marche » veut aussi devenir le cimetière des éléphants socialistes.

On notera, au passage, que Macron ne laisse pas Cohn-Bendit indifférent, il a envie de le rejoindre a-t-il expliqué, mais il voudrait aussi soutenir le candidat écolo. Tempête sous un crâne ! Son dilemme va bientôt être tranché puisque le Vert Yves Jadot va sans doute rallier Hamon.

Mais, chez les libéraux également, on rejoint le sémillant quadragénaire. Là non plus, ce ne sont pas des perdreaux de l’année mais des seconds couteaux, des laissés pour compte de la chiraquie ou de la sarkozie, entre autres Renaud Dutreil, Serge Lepeltier, Corinne Lepage, Jean-Marie Cavada, Jean Arthuis, etc.

Inutile de dire que ces opportunistes de gauche, de droite, du centre, tourneront casaque et abandonneront Emmanuel Macron dès que les sondages ne seront plus aussi fastes pour lui. Ils retourneront alors à leur mangeoire habituelle.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 2 février 2017
sous le titre « La ruée vers Macron »