Une nouvelle incitation à l’immigration illégale imaginée par la Commission

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Le 27 avril, la Commission européenne présentait sa proposition de stratégie pour renvoyer chez eux les immigrants illégaux qui n’ont pas droit à l’asile. Le Grec Margarítis Schinás, « vice-président de la Commission européenne chargé des Migrations et de la promotion du mode de vie européen », clamait fièrement sur Twitter : « L’Europe restera une destination d’asile pour ceux qui fuient les persécutions et la guerre. Toutefois, les personnes qui n’ont pas le droit de rester devront être renvoyées dans leur pays d’origine. Ne pas les renvoyer nuit à la crédibilité de notre système et nous empêche de protéger ceux qui en ont besoin. »

Faut-il y voir un revirement de Bruxelles sur les questions migratoires après des années d’immigrationnisme aveugle et de combat acharné contre les mesures efficaces prises par la Hongrie pour défendre sa portion de la frontière extérieure de l’espace Schengen ? Malheureusement, la réponse est non. Certes, la Commission prend acte du fait que les immigrants illégaux (pudiquement appelés « migrants », bien entendu) doivent être plus massivement renvoyés chez eux une fois déboutés du droit d’asile. Schinás a cité les chiffres de 2019 : pour un demi-million d’ordres de quitter leur pays d’accueil européen, seuls 142 000 seraient effectivement partis. Pour quelle destination ? Le Commissaire ne le précise pas, mais l’UE sans frontières permet toutes les suppositions.

Néanmoins, la Commission propose uniquement un système européen coordonné de « retour volontaire et de réintégration ». Les retours volontaires seraient, selon les pontes bruxellois, plus efficaces que les rapatriements forcés. Cette stratégie visant à inciter financièrement les « migrants » qui voudraient bien accepter de quitter le territoire sur lequel ils sont entrés illégalement et à les aider à se réintégrer dans leur pays d’origine s’inscrit dans le cadre du « pacte sur la migration et l’asile » en négociation depuis l’année dernière (voir « Nouveau pacte migratoire de l’UE avec solidarité obligatoire » dans Présent du 25 septembre 2020).

Pendant ce temps, la pression migratoire continue de croître à la faveur de ce laxisme européen qui ne semble pas près de vouloir se terminer et dont les Africains et Moyen-Orientaux sont très conscients. Le 27 avril, le navire Ocean Viking de l’ONG française SOS Méditerranée annonçait avoir récupéré 236 nouveaux « migrants » qui se trouvaient à bord de deux gros canots pneumatiques à 32 milles nautiques du rivage libyen. Le 29 avril aux Canaries, un bateau de la garde côtière espagnole arrivait au port de Los Cristianos, sur l’île de Tenerife, traînant derrière lui une embarcation contenant 24 corps sans vie et trois survivants qui ont dû être hospitalisés. Le week-end précédent, les autorités espagnoles avaient récupéré 123 « migrants » qui tentaient de contourner à la nage, par mauvais temps, la clôture entre le Maroc et l’enclave de Ceuta.

Il est clair que ce n’est pas la « stratégie de retour volontaire et de réintégration » de la Commission européenne qui va dissuader ces gens-là de mettre leurs jours en danger pour tenter de venir rejoindre ceux qui ont déjà réussi la traversée et que l’on ne renvoie que rarement chez eux.

Et même plus, cette stratégie ne peut que constituer une incitation supplémentaire, car le candidat à l’émigration aura l’assurance que, s’il ne réussit pas sa vie chez nous, on le paiera pour rentrer chez lui et s’y réinstaller. Dans tous les cas, à partir du moment où il met le pied sur le continent européen, il est gagnant.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 29 avril 2021

Migrants violeurs et franc-parler des dirigeants au Danemark

migrants danemark

Selon les données publiées par le Ministère de la Justice danois, les étrangers sont fortement surreprésentés parmi les personnes condamnées pour viol puisqu’ils comptaient pour 25 % du total environ l’année dernière. Le nombre d’accusations de viols et de condamnations pour viol a explosé au cours des 8 dernières années, passant de 417 plaintes et 132 condamnations en 2012 à 987 plaintes et 217 condamnations en 2020. 53 personnes sur 217 condamnées pour viols en 2020 n’avaient pas la nationalité danoise. Ces personnes étaient le plus souvent originaires de Syrie, de Turquie, de Palestine ou du Moyen-Orient. Officiellement, les immigrants ne constituent que 8 % de la population danoise, un chiffre qui ne tient pas compte des immigrés de deuxième génération nés au Danemark. Naser Khader, député du Parti populaire conservateur, suppose donc que le nombre de personnes condamnées pour viol ayant un lien direct avec l’immigration est bien plus élevé.

Le gouvernement danois ne semble pas prendre ces données à la légère. Pour le ministre de la justice Nick Hækkerrup, du Parti social-démocrate : « C’est avant tout un énorme problème pour notre communauté et pour notre société qu’il existe des groupes ayant un si grand impact en terme de criminalité. (…) Cela remet en cause notre cohésion et c’est pourquoi l’objectif de la politique du gouvernement est aussi d’expulser les étrangers sans nationalité danoise condamnés pour viol. »

Le premier ministre danois Mette Frederiksen a même annoncé la mise en place d’une politique qui doit amener le nombre de demandeurs d’asile à zéro. Depuis son arrivé au pouvoir en 2019, le Parti social-démocrate œuvre à réaliser sa promesse électorale de rapatrier les demandeurs d’asile et de limiter, peut-être même arrêter, les flux migratoires vers le Danemark.

Selon le ministre de la Justice :

« Les chiffres montrent clairement que nous avons un problème à caractère ethnique puisqu’un nombre comparativement élevé d’étrangers sont condamnés pour viol, tout comme nous avons un problème évident avec le fait que plus de la moitié des détenus dans les prisons et les centres de détention du pays sont des immigrés, des descendants d’immigrés ou des étrangers.»

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 23 avril 2021

Grande-Bretagne – Caricatures de Mahomet : un enseignant sous protection, par Olivier Bault

Caricatures de Mahomet

La semaine dernière en Angleterre, un jeune enseignant a été contraint de se cacher avec sa femme et ses quatre enfants et une école est repassée en mode d’enseignement à distance pour une histoire de « caricatures » de Mahomet montrée à des élèves dans le cadre d’un cours sur les religions, où il était question des limites de la liberté de la presse. Certes, dans une ville où plus de 40 % de la population est musulmane et a fortiori dans une école où près des trois quarts des élèves proviennent de familles où cette religion est professée, exhiber un de ces dessins humoristiques de Charlie Hebdo quelques mois après l’assassinat de Samuel Paty en France n’était sans doute pas la meilleure chose à faire, et la réaction prévisible à ce choix pédagogique met tout simplement en évidence le Grand Remplacement à l’œuvre dans cette région du West Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre. Quelques dizaines de manifestants musulmans rassemblés devant les portes de l’établissement d’enseignement secondaire Batley Grammar School dans la ville de Batley auront suffi à faire suspendre l’enseignant et le cours concernés par la direction de l’école qui a en outre promis une enquête approfondie et a présenté ses plus plates excuses à la communauté musulmane.

Jeudi, une organisation caritative musulmane, Purpose of Life (But de la vie), a divulgué le nom de l’enseignant dont elle a présenté le cours comme insultant l’islam et comme étant une forme de terrorisme. Venant d’islamistes, c’est un appel au meurtre à peine voilé. Une autre ONG, la Free Speech Union (Union pour la liberté d’expression), a donc dénoncé cette association musulmane à l’autorité de tutelle des organisations caritatives pour mise en danger de la sécurité physique de l’enseignant. Après la divulgation du nom de l’enseignant, celui-ci a circulé sur les réseaux sociaux et de jeunes « Asiatiques » (comprendre : Pakistanais) ont été vus alors qu’ils regardaient par les fenêtres de sa maison vide.

Face à la dhimmitude des syndicats d’enseignants restés silencieux et des responsables politiques préférant critiquer l’enseignant, ce sont des élèves qui se sont chargés de lancer une pétition en ligne en soutien à leur professeur avec plusieurs dizaines de milliers de signatures recueillies en quelques jours. Ces élèves, qui exigent qu’on leur rende leur prof, ont expliqué dans leur pétition que celui-ci donnait un cours sur le racisme et le blasphème et les avait prévenus avant de leur montrer les images jugées blasphématoires par les musulmans. Une autre pétition opposée circule au sein de la communauté musulmane pour exiger le renvoi de l’enseignant.

Le député travailliste local avait lui aussi paru faire porter la responsabilité des événements à l’enseignant, avant de modérer ses propos sous la pression de la direction de son parti, après que le ministre de l’Education du cabinet fantôme du Labour eut condamné les tentatives d’intimidation contre les enseignants. Au gouvernement de Boris Johnson, le secrétaire d’Etat au Logement, aux Communautés et au Gouvernement local, Robert Jenrick, s’est dit très troublé par le fait qu’un enseignant puisse avoir à se cacher à cause du contenu de son cours et a condamné les manifestations devant l’école.

L’événement a relancé comme en France la discussion sur la frontière entre liberté d’expression, droit au blasphème et respect des minorités. L’attitude de l’école elle-même, fondée en 1612 par le révérend William Lee, n’incite toutefois pas à l’optimisme du point de vue de la liberté d’expression et elle reflète la triste réalité des changements démographiques liés à l’immigration de masse.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 29 mars 2021

Condamner Salvini pour le rendre inéligible, par Olivier Bault

Matteo Salvini

Les scandales qui ont éclaté l’année dernière au sein de la magistrature italienne ont montré combien celle-ci était politisée et abusait de ses pouvoirs pour mettre hors course les leaders de la droite. Dans le cas du bateau de la Garde côtière Diciotti auquel Salvini avait interdit en 2018 de débarquer son chargement d’immigrants illégaux tant que les partenaires européens de l’Italie ne se seraient pas engagés à les prendre en charge, le complot impliquant des membres du Conseil de la magistrature et le président du Tribunal des ministres de Palerme, chargé d’instruire le dossier, a été prouvé grâce à la mise sur écoute du téléphone d’un influent procureur, Luca Palamara, soupçonné de corruption (voir « Italie – Des magistrats au service de la gauche et de ses revendications » dans Présent du 3 juin 2020). Cependant, la coalition Ligue-M5S étant alors encore en place, le Sénat n’avait pas accepté de lever l’immunité du sénateur ministre de l’Intérieur. Mais, avec le changement de coalition, la gauche majoritaire au Sénat a ensuite levé l’immunité du sénateur Salvini dans deux affaires identiques survenues pendant l’été 2019 : celle du navire de la Garde côtière Gregoretti et celle du navire de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms (voir « Malgré les scandales, la gauche italienne judiciarise encore sa lutte contre Salvini » dans Présent du 4 août 2020).

Dans l’affaire du Gregoretti, qui datait de juillet 2019, le parquet a lui-même demandé le classement sans suite à l’issue des audiences préliminaires. Pour l’Open Arms, en revanche, le parquet de Palerme a demandé le 20 mars, à l’issue des audiences préliminaires, que l’ancien ministre de l’Intérieur soit traduit en justice. Dans le cas de l’Open Arms, Matteo Salvini avait refusé, pendant six jours d’août 2019, le débarquement des plus de 160 immigrants illégaux dont plusieurs « mineurs non accompagnés ». L’attitude du parquet de Palerme surprend, car l’Espagne, pays d’origine de l’ONG et de son bateau, avait alors proposé deux ports différents, dont un aux Baléares, et le commandant de l’Open Arms aurait eu plus vite fait de s’y rendre que de chercher à forcer un changement de la politique des ports fermés mise en place par le premier gouvernement Conte sous l’impulsion de Salvini.

La défense de Salvini met d’ailleurs en avant le fait que le ministre de l’Intérieur appliquait la politique du gouvernement Conte dont il faisait partie et, si responsabilité il y a, elle est collective. En outre, l’actuel ministre de l’Intérieur Luciana Lamorgese a elle-même mis en avant devant le juge la continuité de sa politique avec celle de son prédécesseur (ce qui laisse dubitatif au vu de l’explosion des chiffres de l’immigration), et elle a aussi affirmé que les bateaux d’ONG, quand ils ont secouru des « migrants » en mer au large de la Libye, ont l’habitude de rester sur place tant qu’ils ont encore de la place. Le 20 mars, la défense de Salvini a exhibé un courriel des autorités maltaises envoyé à l’Open Arms le 14 août 2020 pour justifier leur propre refus de laisser l’ONG débarquer ses « migrants ». Dans ce message, le centre de coordination des secours de La Valette reproche justement à l’Open Arms d’avoir « flâné » et dit textuellement : « Si vous vous étiez dirigés vers votre port d’origine, vous auriez déjà débarqué. » Ce qui est caractéristique, c’est que parmi les parties civiles qui se sont constituées pour traduire devant la justice italienne un ancien vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, il y a, outre les ONG, la ville de Barcelone, gouvernée par la maire pro-immigration d’extrême gauche Ada Colau, pour le motif que Barcelone finance Activa Open Arms.

Le juge doit décider le 17 avril si le procès aura lieu. Si c’est le cas, Matteo Salvini encourra 15 ans de prison pour « séquestration de personnes » et, même s’il écope de moins, il pourra être rendu inéligible. Et c’est bien là le but recherché par la gauche italienne.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 23 mars 2021

Les ONG immigrationnistes devant la justice italienne, par Olivier Bault

ONG Sea Watch

Libérée au début de l’été 2019 sur ordre d’un juge italien marqué à gauche, la militante allemande d’extrême gauche Carola Rackete, ancien capitaine du Sea-Watch 3 qui avait forcé le passage vers le port de Lampedusa avec son chargement de « migrants », fait aujourd’hui partie des signataires d’un appel en faveur de l’ONG italienne Mediterranea Saving Humans. Celle-ci fait l’objet d’une enquête du parquet de Raguse, en Sicile, à propos de la prise en charge rémunérée (pour un montant total estimé à 125 000 euros) le 11 septembre 2020, en vue de leur transfert vers l’Italie, de 27 candidats à l’immigration illégale en Europe qui avaient été récupérés par le navire-citerne danois Maersk Etienne. Les signataires de l’appel protestent contre « l’attaque politico-judiciaire » en cours contre les ONG comme Mediterranea Saving Humans.

Mais ce dont est accusée cette ONG italienne n’est rien à côté de l’acte d’accusation que prépare actuellement le parquet de Trapani, également en Sicile. Le rapport de l’enquête close début mars, après trois années d’investigations, compte 651 pages et vise trois ONG : l’ONG franco-suisse Médecins sans frontières, l’ONG britannique Save the Children et l’ONG allemande Jugend Rettet. Les journaux italiens ont dévoilé quelques détails du contenu du rapport, et le journal suisse Le Temps a publié un long article à ce sujet le 11 mars après avoir pu consulter ce document de 651 pages. Ce que ce rapport d’enquête contient est absolument accablant puisqu’il confirme l’ensemble des allégations dont nous avions fait état plusieurs fois dans Présent entre 2017 et 2019, et bien d’autres encore. Tout cela sur la base de témoignages, d’analyses des instruments et journaux de bord, de centaines de messages et écoutes téléphoniques ainsi que de nombreuses photos et vidéos où l’on voit clairement les équipages des navires de ces ONG collaborer activement avec les passeurs libyens pour la prise en charge au large des côtes libyennes des candidats à l’immigration illégale vers l’Europe.

Les 21 militants et responsables de ces ONG que le parquet italien a bien l’intention de traduire devant la justice sont des Italiens, Allemands, Espagnols, Français, Belges et Britanniques, et ils encourent des peines pouvant atteindre jusqu’à 20 ans de prison dans certains cas. Ils ont jusqu’au 22 mars pour répondre aux conclusions des enquêteurs, après quoi le procureur rédigera l’acte d’accusation.

Les accusations sont claires et portent sur douze opérations de « sauvetage » réalisées entre mars et octobre 2017, qui étaient au centre de l’enquête : pour le parquet italien, il ne fait plus aucun doute que les trois ONG avaient développé des relations avec les trafiquants opérant en Libye, souvent des membres de milices, pour être averties à l’avance des départs d’embarcations depuis la côte, et qu’elles ont agi de manière organisée pour « contourner le système de secours mis en place par les autorités italiennes ». Dans le cadre de leur coopération avec les passeurs, les équipages des navires des ONG les ont aussi plusieurs fois laissés récupérer leurs embarcations après le transfert des migrants. Un groupe WhatsApp appelé Humanitarian SAR permettait de s’échanger les coordonnées GPS pour les rendez-vous entre les passeurs et les ONG, pour les opérations de transbordement des migrants déguisées en opérations de secours.

Sur son site italien, MSF a réagi par un communiqué fustigeant « les nombreuses tentatives pour criminaliser les secours en mer ». Même son de cloche chez les Allemands de Jugend Rettet : « Sauver des vies n’est jamais un crime », affirment-ils dans leur communiqué. Certes, mais favoriser l’immigration illégale en travaillant avec les passeurs est au minimum un délit, et pas des moindres.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 18 mars 2021

Adoptons les gestes frontières – L’agence Frontex ne veut pas arrêter les « migrants »

frontières migrants

« Après la décision de la Cour de justice de l’UE [CJUE] de décembre qui demandait à la Hongrie d’arrêter les refoulements [d’immigrants clandestins] en Serbie, la suspension des opérations frontalières de Frontex en Hongrie est bienvenue », se réjouissait le 27 janvier Ylva Johansson, sociale-démocrate suédoise et commissaire européenne aux Affaires intérieures..

L’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex) venait justement, par la voix de son porte-parole, de confirmer la suspension de ses activités en Hongrie. L’agence était sous le feu des critiques depuis plusieurs mois pour des accusations selon lesquelles ses fonctionnaires auraient participé à des refoulements « à chaud » d’immigrants pris en train de franchir illégalement la frontière entre la Turquie et la Grèce. Des accusations volontiers relayées par les grands médias et alimentées notamment par des ONG qui avaient dans le passé, dans les rapports annuels de Frontex, été elles-mêmes accusées de collaborer avec les passeurs.

Le 17 décembre dernier, la CJUE, qui avait été saisie par la Commission européenne, condamnait la Hongrie pour ses « zones de transit » où, jusqu’au printemps, les immigrants étaient retenus pendant la durée de leur procédure d’asile, avec uniquement la possibilité d’en sortir pour retourner en Serbie. La CJUE en avait alors profité pour réaffirmer son opposition de principe aux refoulements à chaud pratiqués par la Hongrie. Or celle-ci, depuis un jugement de la CJUE du 14 mai qui a interdit ces « zones de transit », n’accepte plus les demandes d’asile sur son territoire et refoule donc systématiquement les immigrants illégaux.

Curieusement, la même pratique des refoulements à chaud mise en œuvre depuis de nombreuses années en Espagne (à Ceuta et Melilla) et au printemps dernier en Grèce (en réaction à l’assaut migratoire organisé par la Turquie) n’a pas encore valu à ces pays une saisine de la CJUE par la Commission européenne. En outre, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait approuvé, en février 2020, les refoulements à chaud pratiqués par l’Espagne (une pratique également approuvée par la Cour constitutionnelle espagnole en novembre 2020) et avait validé, en décembre 2019, les zones de transit hongroises. La Commission européenne et la CJUE entendent visiblement aller plus loin que la CEDH dans le désarmement des Etats nationaux face au phénomène d’immigration illégale massive. La commissaire Ylva Johansson avait d’ailleurs critiqué les refoulements pratiques par la Grèce même si c’était en des termes plus mesurés qu’à l’égard de la Hongrie de Viktor Orbán.

Chris Borowski, le porte-parole de Frontex, a assuré que l’agence européenne ne retournerait pas en Hongrie tant que Budapest ne se serait pas conformé au jugement de la CJUE en matière de traitement des demandeurs d’asile. Autrement dit, tant que les immigrants illégaux n’auront pas la possibilité de faire une demande d’asile en Hongrie et de circuler librement dans l’espace Schengen en attendant la décision, Frontex ne reviendra pas. Mais dans ces conditions, Frontex ne sert à rien, et la Hongrie n’entend pas céder, sachant qu’elle peut toujours compter sur le soutien en matériel et en hommes de ses partenaires du groupe de Visegrád (V4). « La Hongrie ne cédera pas à la pression des forces pro-immigration. Elle continuera de défendre le peuple hongrois et les frontières de la Hongrie et de l’UE », a assuré Zoltán Kovács, le porte-parole hongrois pour les relations internationales.

L’ironie de la situation n’a pas échappé à Judit Varga, ministre de la Justice du gouvernement Orbán, qui a rappelé que la Serbie était un pays sûr et a déclaré : « Tandis que les pays européens se battent et ferment leurs frontières pour protéger leurs propres citoyens contre une pandémie inconnue jusqu’ici, ils attendent de la Hongrie qu’elle laisse tranquillement des foules de migrants envahir l’Europe ».

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 2 février 2021

Émeutes raciales et Grand Remplacement en Belgique

Black Lives Matter Belgique

Il y a une semaine à Bruxelles, le mercredi 13 janvier dans l’après-midi, une manifestation de quelques centaines de personnes, dont certaines se revendiquaient du mouvement Black Lives Matter, a dégénéré. A tel point que la police belge a dû interpeller près du quart de ces manifestants violents qui s’en sont même pris à la voiture du roi des Belges dont le convoi passait justement par là. Il y a eu de nombreuses dégradations et une policière a dû être hospitalisée après avoir été rouée de coups au sol par des manifestants venus exprimer leur colère après la mort d’Ibrahima B., un jeune Guinéen de 23 ans décédé d’une crise cardiaque samedi alors qu’il avait été arrêté par la police pour avoir fui un contrôle.

« Justice pour Ibrahima » est le cri de ralliement en Bruxelles, ce qui n’est pas sans rappeler le « Justice pour Adama » des racialistes et indigénistes français. Ce n’est pas un hasard, les mêmes causes produisant les mêmes effets : dans les deux pays, le Grand Remplacement est à l’œuvre, et les comportements qui étaient jugés jusqu’ici comme socialement inacceptables – frapper une femme, attaquer la voiture du roi pour exprimer sa colère… – deviennent monnaie courante avec l’apport des cultures allogènes.

Car, selon les données de la Direction générale statistique Statbel publiées le jour des émeutes bruxelloises, au 1er janvier 2020 la population du royaume de Belgique, forte de 11,5 millions d’âmes, ne comptait plus que 67,9 % de Belges d’origine belge contre 19,7 % de Belges d’origine étrangère et 12,4 % de non-Belges. Encore faut-il préciser que les personnes classées Belges d’origine étrangère ne sont que celles dont la première nationalité enregistrée était étrangère ou bien celles de nationalité belge mais avec un père et/ou une mère de nationalité étrangère. Les descendants d’immigrés après la deuxième génération sont donc comptés comme Belges de souche, fussent-ils de culture non belge et même extra-européenne.

Sur la base des mêmes critères, en 2010 les Belges d’origine belge représentaient encore 74,3 % de la population du royaume de Belgique contre 15,5 % pour les Belges d’origine étrangère et 10,2 % pour les non-Belges. C’est dire comme le Grand Remplacement se fait à marche forcée. Certes, une partie de ces Belges d’origine étrangère et non-Belges sont des Européens de souche à défaut d’être des Belges de souche, mais plus de la moitié (51,3 %, contre 47,6 % en 2010) proviennent de pays non membres de l’UE et le Maroc a désormais supplanté l’Italie comme premier pays d’origine des immigrés en Belgique. Après le Maroc et l’Italie, le top 6 compte encore, dans l’ordre, la France, les Pays-Bas, la Turquie et la Roumanie.

Dans la capitale, Bruxelles, les Belges sont largement minoritaires puisqu’ils ne représentent plus que 25,7 % de la population de la région Bruxelles-Capitale contre 39,1 % de Belges d’origine étrangère et 35,3 % de non-Belges.

Comme le souligne l’office belge de statistique pour expliquer la raison de cette publication, « la Belgique est un pays d’une grande diversité et cette diversité s’accroît ». L’insécurité aussi, d’ailleurs, et ce n’est pas non plus un hasard si Bruxelles, et notamment son quartier de Molenbeek-Saint-Jean, couramment appelé Molenbeek, fait concurrence à l’agglomération parisienne pour le titre de capitale européenne du terrorisme islamique.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 19 janvier 2021

Un cadeau de Noël pour leurs concitoyens ? Les députés allemands demandent plus de migrants !

migrants Allemagne

Lu sur Remix News, le site conservateur anglophone d’information sur l’Europe centrale : 243 députés du Bundestag ont signé une lettre pour demander l’accélération du transfert des immigrants illégaux en Allemagne depuis les camps grecs. La lettre a été signée par des représentants de tous les partis représentés au parlement allemand sauf l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Pour les signataires, le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer doit répondre aux appels des États fédérés et des municipalités qui se sont dits prêts à accueillir des « réfugiés » après que certains d’entre eux eurent incendié leur centre d’accueil à Lesbos puis à Samos. Des centres dont les installations neuves avaient coûté des millions d’euros. La presse allemande, quand elle parle de ces « réfugiés » à accueillir, oublie cependant généralement de rappeler ce fait. Elle oublie aussi de mentionner que cinq immigrants illégaux originaires d’Afghanistan ont déjà été inculpés par les autorités grecques pour ces incendies volontaires au moyen desquels ils espéraient justement forcer les autorités à les transférer sur le continent européen.

Une attitude que les députés allemands voudraient ainsi encourager en faisant venir toujours plus d’immigrants illégaux en Allemagne. On pourrait se dire que c’est leur affaire si cela n’accroissait pas la pression migratoire sur la Grèce et les pays des Balkans et s’ils ne mentionnaient pas aussi, dans leur lettre, la nécessité d’une « solidarité » européenne pour l’accueil des « migrants », c’est-à-dire en fait d’un système européen de redistribution des « migrants », le fameux système de relocalisation bloqué depuis 2015 par les pays du Groupe de Visegrád.

Les signataires de l’appel évoquent les violences subies par les « réfugiés » dans les camps, sans se soucier du fait que les auteurs des violences sont du nombre quand on fait venir des immigrants sans papier en Europe, et qu’ils font aussi des victimes parmi les Allemands et d’autres populations européennes vivant dans l’espace sans frontières de Schengen.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 24 décembre 2020

La Commission européenne et la CJUE veulent ouvrir les frontières de l’Europe

Le 17 décembre, la Cour de justice de l’UE (CJUE) condamnait une nouvelle fois la Hongrie à propos de ses centres de rétention pour demandeurs d’asile et de ses procédures d’asile. Cette nouvelle condamnation faisait écho à celle de mai dernier, quand la CJUE, saisie par un tribunal hongrois, jugeait contraires au droit européen les centres de rétention à la frontière avec la Serbie, qualifiés par Budapest de « zones de transit ». L’arrêt du 17 décembre est une réponse à une saisine par la Commission européenne qui se bat depuis la grande crise migratoire de 2015 contre les politiques strictes et efficaces de Viktor Orbán pour stopper l’immigration illégale.

Pour les juges de Luxembourg, les politiques hongroises violent plusieurs directives européennes : la directive « retour » qui interdit les refoulements « à chaud » à la frontière, la politique « accueil » qui limite fortement la possibilité de retenir les demandeurs d’asile dans des centres fermés et la directive « procédures » qui réglemente l’examen des demandes d’asile.

Après le jugement du printemps, la Hongrie avait fermé ses deux « zones de transit » mais avait aussi cessé d’accepter les demandes d’asile à la frontière et sur son territoire, faute de pouvoir maintenir les demandeurs d’asile dans des centres fermés en attendant l’examen de leur demande (voir « Merci la CJUE ! On ne pourra plus demander l’asile en Hongrie » dans Présent du 26 mai). Auparavant, les demandeurs d’asile étaient placés dans les zones de transit de Röszke et Tompa d’où ils ne pouvaient sortir avant l’examen de leur demande que s’ils décidaient de repartir en Serbie.

Mais la CJUE, dans son jugement du 17 décembre, « rejette l’argument de la Hongrie selon lequel la crise migratoire aurait justifié de déroger à certaines règles des directives “procédures” et “accueil”, en vue de maintenir l’ordre public et de sauvegarder la sécurité intérieure ». Si l’arrivée par les Balkans d’un million d’immigrants illégaux en quelques mois, dont plusieurs terroristes islamiques qui ont été identifiés comme tels ou ont participé à des attentats (attentats de Paris, de Bruxelles, etc.) après leur passage par la Hongrie, ne justifie pas de déroger à ces directives, qu’est-ce qui le permet aux yeux des juges de l’UE ? Rien, apparemment, et ils vont en cela beaucoup plus loin que leurs collègues de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui avait, elle, validé les zones de transit hongroises dans un jugement de novembre 2019. Il en va de même pour les refoulements « à chaud » des immigrants pris en flagrant délit de passage illégal de la frontière, acceptés par la CEDH dans un jugement concernant l’Espagne mais refusés par la CJUE dans ce jugement du 17 décembre concernant la Hongrie. Et pendant ce temps, la Commission ne réagit toujours pas aux transferts vers la zone Schengen par l’Espagne des migrants arrivés aux Canaries, qui sont acheminés en avion par le gouvernement Sánchez vers la péninsule Ibérique et laissés libres de leurs mouvements sans aucune surveillance.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 23 décembre 2020

L’Europe reconfinée – 2021, année chaotique ?, par Olivier Bault

covid-19 confinement

L’annonce d’une nouvelle mutation du coronavirus SARS-CoV-2 découverte en Angleterre et déjà détectée chez des malades dans plusieurs pays, dont l’Italie, arrive à point nommé pour justifier les mesures de confinement toujours plus strictes annoncées par les gouvernements européens. Cette variante du virus serait en effet plus contagieuse encore, à défaut d’être plus mortelle, que la variante classique. Plusieurs pays européens ont donc annulé les vols et fermé leurs frontières avec le Royaume-Uni : la France, y compris en ce qui concerne le transport de marchandises pour au moins 48 heures, à partir de dimanche minuit, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Irlande. D’autres y réfléchissaient encore lundi matin.

A l’intérieur du Royaume-Uni, pour freiner la diffusion du SARS-CoV-2 mutant, le gouvernement de Boris Johnson a annoncé samedi de nouvelles restrictions en vigueur à Londres et dans le sud-est de l’Angleterre à partir de dimanche. Le caractère tardif de ces annonces qui, selon les critiques, « annulent Noël » pour 16 millions de personnes, a suscité la colère jusque dans les rangs du Parti conservateur. Dans les zones concernées, tous les magasins « non essentiels » sont désormais fermés, interdisant ainsi les derniers achats de Noël. Les habitants de ces zones ont interdiction de voyager et auront interdiction de passer Noël hors de chez eux.

Avant l’annonce de la nouvelle mutation du virus, l’Allemagne avait déjà sonné le glas du confinement « léger » en vigueur depuis le 2 novembre. Depuis le 16 décembre, les commerces « non essentiels », les écoles et les crèches sont fermés, et ce jusqu’au 10 janvier au moins. Il est aussi demandé aux Allemands de rester chez eux autant que faire se peut et de ne pas voyager à l’étranger, même s’il n’est pas besoin d’avoir une autorisation pour sortir. Pour Noël, les catholiques et évangéliques qui voudraient se rendre à un office religieux devront s’inscrire à l’avance et ils n’auront pas le droit de chanter dans les lieux de culte.

Le Figaro expliquait le 13 décembre que les mesures prises en Allemagne après de longs pourparlers entre le gouvernement d’Angela Merkel et les régions intervenaient « à rebours de la plupart des voisins européens » qui entamaient « pour leur part un timide déconfinement ». Cette affirmation est aujourd’hui périmée.

En Italie aussi, le gouvernement de Giuseppe Conte a introduit de nouvelles restrictions en vigueur du 24 décembre au 6 janvier, avec couvre-feu à de 22 heures à 5 heures et des restrictions strictes sur les rassemblements, y compris à l’intérieur des habitations, ainsi que l’interdiction de sortir des zones « rouges ». Du 24 au 27 décembre, du 31 décembre au 3 janvier et du 5 au 6 janvier, toute l’Italie sera considérée comme étant en zone rouge, avec interdiction de sortir de sa commune et fermeture de tous les restaurants, bars et commerces.

D’autres pays européens ont introduit de nouvelles mesures de confinement pour la période entre décembre et janvier, y compris l’Autriche qui restera confinée du 26 décembre au 24 janvier, avec hôtels, restaurants et commerces « non essentiels » fermés jusqu’au 18 janvier, alors que le gouvernement de Sebastian Kurz avait parlé un temps de laisser ses stations de ski ouvertes. Même la Suède qui s’est toujours refusée à confiner sa population vient d’émettre une recommandation de port du masque dans les transports publics, de limiter à partir du 24 décembre les rassemblements à huit personnes et d’imposer des restrictions plus sévères sur le nombre de personnes autorisées dans les restaurants et les bars. Mais malgré l’absence de vrai confinement en Suède depuis le début de la pandémie, ce pays s’en sort mieux, en nombre de morts par million d’habitants, que d’autres pays européens comme l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni ou la France. Et cela avec des conséquences économiques et financières moindres.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 21 décembre 2020

La constitution hongroise contre le « gender »

Hongrie viktor-orban

Avec 134 voix pour, 45 contre et 5 abstentions, l’Assemblée nationale hongroise a adopté le mardi 15 décembre un amendement à sa constitution pour mieux se prémunir contre l’assaut des idéologues du genre et autres représentants de l’Internationale LGBT. En effet, et même si, comme tient à le préciser le gouvernement hongrois, cet amendement n’est pas dirigé contre qui que ce soit, il permet à la Hongrie d’avoir désormais une définition de la famille dans sa loi fondamentale. Celle-ci définissait déjà le mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme. Enoncer cette évidence avait valu à la Hongrie un procès en homophobie quand elle avait remplacé son ancienne constitution stalinienne en 2012. Désormais, la constitution hongroise précise que « la Hongrie protège l’institution du mariage en tant qu’union d’un homme et d’une femme et la famille en tant que fondement de la survie de la nation. Le fondement de la famille est le mariage et la relation parent-enfant. La mère est une femme, le père est un homme. »

Qui eût cru qu’il faudrait un jour inscrire ce type de lapalissades dans le marbre pour mieux protéger la société contre les lubies néo-marxistes d’une gauche européenne orpheline du communisme ?

Par la même occasion, un amendement visant à protéger plus spécifiquement les enfants a encore été ajouté à la constitution hongroise : « Chaque enfant a droit à la protection et aux soins nécessaires à son développement physique, mental et moral. La Hongrie protège le droit des enfants à leur identité correspondant à leur sexe à la naissance et assure une éducation conforme aux valeurs fondées sur l’identité constitutionnelle et la culture chrétienne de la Hongrie. »

Dans le texte expliquant les raisons qui ont motivé ces amendements, le législateur hongrois a indiqué que la loi fondamentale du pays est l’expression de la volonté de la nation et du cadre dans lequel elle souhaite vivre. Néanmoins, précise ce texte, il existe aujourd’hui une tendance à relativiser toutes les valeurs traditionnelles, y compris la définition des sexes. Cette tendance rend nécessaire une définition claire des garanties fondamentales offertes en particulier aux enfants.

Le même jour, l’Assemblée nationale adoptait une loi qui avait été annoncée le 10 novembre, en même temps que le projet d’amendements à la Constitution (voir nos « Echos éthiques » dans Présent du 26 novembre). Cette loi réserve aux couples mariés la possibilité d’adopter des enfants. Les personnes seules ne pourront plus adopter un enfant qu’en obtenant une autorisation spéciale du ministre de la Famille.

« Le but n’est pas de fragiliser les droits de certains groupes sociaux », a expliqué Judit Varga, ministre de la Justice, « mais de protéger les droits de nos enfants ». A la tête du parti de gauche libertaire DK, l’ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsány, un ex-apparatchik communiste devenu oligarque, a refusé de prendre part au vote pour dénoncer une « politique familiale excluante ». Il faut dire qu’après sa troisième large victoire consécutive aux élections législatives de 2018, la coalition du parti conservateur Fidesz et de son allié chrétien-démocrate KDNP qui dirige le pays depuis 2010 dispose à elle seule au Parlement monocaméral hongrois de la majorité des deux tiers nécessaires pour modifier la constitution. Vox populi, vox Dei.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 18 décembre 2020

Chantage : Bruxelles veut imposer les « droits LGBT »

LGBT

Du point de vue des intérêts de l’UE, on ne pouvait imaginer pire moment pour présenter au public un projet de « toute première stratégie en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ dans l’UE ». Ainsi, exactement une semaine après l’accord passé entre la présidence allemande du Conseil de l’UE et le Parlement européen pour instaurer un mécanisme faisant dépendre les fonds européens du respect de l’état de droit (voir « Budget et plan de relance européens : la menace de veto polonais et hongrois confirmée » dans Présent du 11 novembre), la Commission annonçait son intention de présenter une initiative législative sur la reconnaissance mutuelle de la parentalité.

Si cette stratégie est adoptée – à la majorité simple du PE et à la majorité qualifiée du Conseil –, les pays qui n’ont pas changé leur définition du mariage devront quand même reconnaître la parentalité de « deux mamans » ou « deux papas » décrétée ailleurs. Exemple : deux homosexuels polonais qui se « marient » en Grande-Bretagne et rentrent aux pays avec leurs enfants obtenus par GPA devront être reconnus comme deux papas par la Pologne, même si c’est contraire au droit polonais et même si les questions sociétales relèvent des compétences nationales en vertu des traités européens. Et comme « l’égalité et la non-discrimination sont des valeurs essentielles et des droits fondamentaux dans l’Union européenne », ainsi que l’a indiqué Helena Dalli, la commissaire chargée de l’égalité, lors de la présentation le jeudi 12 novembre de la nouvelle « stratégie en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ dans l’UE », il est facile d’imaginer que le mécanisme liant, d’une part, budget et plan de relance et, d’autre part, évaluation par l’UE du respect de l’état de droit, pourra être actionné si un Etat récalcitrant refuse de reconnaître ces fausses parentalités.

Parmi les futurs Etats récalcitrants qui pourront ainsi être sanctionnés par la Commission avec l’approbation d’une majorité qualifiée des 27, il y a bien sûr la Hongrie où un projet de loi est à l’étude pour réserver l’adoption d’enfants aux couples mariés, et pour que les personnes seules souhaitant adopter aient à obtenir une autorisation spéciale du ministre chargé des affaires familiales, ceci afin d’éviter les adoptions par des duos homosexuels. Mais il y a aussi dans le collimateur de Bruxelles un certain nombre de pays comme l’Italie ou ceux d’Europe centrale où l’on ne reconnaît pas l’existence de deux parents du même sexe. Une fois la parentalité des couples de même sexe « mariés » à l’étranger reconnue dans un pays, il sera bien évidemment très difficile de ne pas accorder les mêmes droits au niveau local. Il est évident aussi qu’un instrument de chantage aux fonds européens entre les mains de la Commission européenne rendra très difficile toute résistance, surtout en Europe centrale où les subventions agricoles de l’UE et les fonds de cohésion, même s’ils sont en baisse, restent un outil majeur pour le rattrapage économique en cours. L’annonce par la Commission d’une « série d’actions ciblées, axées autour de quatre grands piliers, qui visent à lutter contre la discrimination, à garantir la sécurité, à bâtir des sociétés inclusives et à mener le combat pour l’égalité des personnes LGBTIQ dans le monde » n’est donc pas à prendre à la légère. Reconnaissant pourtant en introduction de son communiqué que « nombre de domaines d’action liés à l’amélioration de l’égalité des personnes LGBTIQ sont avant tout des compétences nationales », la Commission informe encore qu’elle « présentera en 2021 une initiative visant à allonger la liste des “infractions pénales de l’UE” pour y intégrer les crimes de haine et les discours haineux, y compris ceux ciblant les personnes LGBTIQ ».

S’il fallait encore convaincre la Pologne et la Hongrie, et peut-être encore d’autres pays, d’opposer leur veto au budget 2021-2027 et au plan de relance anti-Covid en cas d’adoption du mécanisme de respect de « l’état de droit », la Commission aura fini de les convaincre avec sa stratégie LGBT. Ainsi que le disait l’ancien dissident Viktor Orbán vendredi à la radio hongroise à propos de ce mécanisme, « sans critères objectifs, sur des bases idéologiques, ils veulent faire chanter les pays en les privant de possibilité de recours. Ce n’est pas ce que nous voulions, on n’a pas créé l’Union européenne pour arriver à une deuxième Union soviétique ».

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 16 novembre 2020

Afflux d’immigrants clandestins aux îles Canaries

Fin octobre, le nombre d’immigrants illégaux en Espagne depuis le début de l’année (27 551) était légèrement supérieur au nombre enregistré en Italie (26 179) où ce nombre est bien parti pour tripler en 2020 par rapport à l’année 2019 (11 471 arrivées de janvier à décembre, avec une très nette hausse à partir de la mise en place du gouvernement Conte en septembre 2019). En octobre en Espagne, le nombre cumulé d’immigrants illégaux arrivés depuis le début de l’année dépassait pour la première fois les chiffres de la même période de 2019. Seule la Grèce, qui a désormais un gouvernement de droite, fait mieux que l’année dernière en matière de contrôle de l’immigration, avec 12 453 arrivées du 1er janvier au 2 novembre contre 71 386 pour toute l’année 2019.

On constate donc une fois de plus qu’il est possible de réduire l’immigration illégale avec des politiques fermes ou au contraire de l’encourager avec des mesures et annonces en faveur des « migrants ». Les îles Canaries paient aujourd’hui le prix de l’attitude pro-immigration de la coalition socialo-communiste dirigée par Pedro Sánchez à Madrid mais aussi de l’attitude des « sociétés ouvertes » situées plus au nord, à commencer par la France du Trudeau européen, Emmanuel Macron. Le précédent record en ce qui concerne l’immigration illégale aux îles Canaries datait de 2006, avec 39 180 arrivées par voie de mer cette année-là consécutivement aux régularisations massives de clandestins par le gouvernement Zapatero.

Aujourd’hui, les îles Canaries sont redevenues un point de passage obligé pour nombre de candidats à l’émigration vers l’Europe en provenance d’Afrique noire et du Maghreb puisqu’il y a eu 11 409 personnes arrivées sur des embarcations entre janvier et octobre, un chiffre en augmentation de 664,2 % par rapport à la même période de l’année dernière ! Et ce nombre est déjà largement dépassé aujourd’hui. Rien que le week-end dernier, les habitants des Canaries ont vu débarquer sur leurs côtes 2 118 immigrants illégaux en 24 heures.

De la même manière que le port italien de Lampedusa par lequel avait transité en septembre le terroriste tunisien venu assassiner des catholiques à la basilique Notre-Dame de Nice (et où l’afflux de terroristes potentiels continue de plus belle), le port d’Arguineguín sur l’île de Gran Canaria est submergé alors même que cet archipel touristique vit déjà une année extrêmement difficile à cause de la pandémie de Covid-19. Le campement de fortune installé mi-août au port d’Arguineguín avait été prévu pour un maximum de 400 personnes. Le week-end dernier il en accueillait près de 2 000 en même temps. Pourtant ce centre avait été vidé à la hâte au moyen de transferts aériens vers la péninsule ibérique, organisés par la police en préparation de la visite prévue pour le vendredi 6 novembre du ministre de l’Intérieur espagnol Fernando Grande-Marlaska et de la Commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson, une sociale-démocrate suédoise favorable aux politiques droit-de-l’hommistes en matière d’immigration.

Des politiques droit-de-l’hommistes qui font beaucoup de morts et on ne le dira jamais assez, car la traversée à laquelle ces « migrants » sont encouragés par le manque de fermeté des politiques européennes est extrêmement dangereuse. Rien que pendant la deuxième quinzaine d’octobre, près de 200 Subsahariens ont péri dans l’Atlantique en tentant la traversée vers les îles Canaries.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 12 novembre 2020

Pas de “privilège blanc” au Royaume-Uni

Le sujet du sort des enfants blancs de la classe ouvrière et des familles pauvres revient régulièrement sur le devant de la scène au Royaume-Uni à la faveur d’études diverses montrant qu’ils sont plus défavorisés que leurs camarades de couleur. Néanmoins, ces études n’entraînent pas de réaction des pouvoirs publics paralysés par la peur de se faire accuser de racisme. La dernière étude en date avait été lancée en avril par un député conservateur, Robert Halfon, en qualité de président de la commission de l’éducation de la Chambre des communes. D’autres études concernant les groupes défavorisés sont prévues, par exemple en ce qui concerne les enfants tsiganes. Mais avoir commencé par les enfants blancs a valu au député de se faire taxer de raciste. « Les autres groupes ethniques ont de meilleures performances [à l’école] que les Blancs, et donc je ne vois pas en quoi c’est raciste », avait alors déclaré Halfon, en précisant que « le rôle de cette commission est de s’intéresser aux catégories d’élèves qui sont laissés en arrière ».

Les résultats de l’étude de la commission parlementaire ont été publiés et repris par le Daily Mail le 20 septembre. Ils confirment ce que l’on savait déjà, à savoir que, d’une part, les enfants blancs de la classe ouvrière ont de moins bons résultats à l’école que les enfants non-blancs provenant de familles avec un niveau de vie similaire et, d’autre part, les aides publiques et celles des associations donnent la priorité aux minorités ethniques et font l’impasse sur la partie défavorisée de la majorité blanche. C’est dit dans l’étude : s’intéresser au sort des enfants blancs « n’est pas à la mode » et c’est aussi « tabou » car porteur d’une connotation de type « droite dure ». Souffrant d’un a priori défavorable dès leur plus jeune âge, les enfants blancs de la classe ouvrière seront en outre, selon cette même étude, les plus durement affectés par la pandémie actuelle et son impact sur le fonctionnement des écoles.

Préjugé politiquement correct

En attendant, les chiffres sont déjà très parlants. Ainsi, par exemple, les élèves blancs ayant droit aux repas scolaires gratuits (subventionnés) ont statistiquement deux fois moins de chances que leurs camarades de couleur (Noirs, Asiatiques et autres minorités ethniques) d’avoir de bonnes notes aux examens GCSE de fin d’études secondaires. L’année dernière, les notes aux GCSE des élèves blancs ont encore chuté alors qu’elles ont augmenté pour la plupart des autres ethnies.

Illustrant à quel point les élèves blancs sont aujourd’hui victimes du préjugé politiquement correct – et profondément raciste – qui fait d’eux des privilégiés du fait de leur couleur de peau, deux écoles prestigieuses ont refusé l’année dernière un don d’un million de livres sterling qui leur était proposé par un professeur philanthrope pour l’éducation des enfants blancs de familles pauvres. L’offre de sir Bryan Thwaites a été refusée par les écoles Dulwich College et Winchester College pour le motif que cibler les enfants blancs serait une forme de discrimination raciale. « Si l’université de Cambridge peut accepter une donation encore plus importante pour soutenir les étudiants noirs, pourquoi ne puis-je pas faire la même chose pour les Britanniques blancs défavorisés ? », avait alors demandé sir Bryan Thwaites sans parvenir à convaincre les deux écoles qui craignaient pour leur image si elles acceptaient.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 25 septembre 2020

Combattre l’islamisme à l’école : sans stopper l’immigration ?

Imagine-t-on pouvoir vaincre l’islamisme, l’islam radical ou l’islam politique – autant de noms enfin donnés à l’ennemi après des décennies d’atermoiements – si l’on ne coupe pas la source qui l’alimente, l’immigration de masse en provenance des pays musulmans ?
Oui, si l’on croit à la puissance de frappe de l’école républicaine et à un hypothétique islam des Lumières.

Auteur du célèbre rapport Obin de 2004 sur les atteintes à la laïcité et l’antisémitisme à l’école, dont – selon l’auteur lui-même – le ministre de l’Education François Fillon avait voulu, en vain, bloquer la publication, Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur de l’Education nationale, vient de récidiver avec un livre sorti en ce mois de septembre 2020 sous le titre Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école. Lucide et honnête sur la montée de l’islamisme dans les écoles de la République, cet homme viscéralement de gauche y croit fermement : avec des politiques adaptées, l’islam peut devenir compatible avec les fameuses « valeurs républicaines ».

Cette foi en l’avènement du règne de la Raison dont il conserve une conception très Révolution française lui fait ignorer la source première du problème : l’immigration de masse. Non pas qu’il nie l’évolution de la population française sous l’effet de l’immigration, puisqu’il cite même les études qu’on tend généralement à refuser ou occulter à gauche, surtout quand elles sont reprises par des médias comme le site Fdesouche, ce qui a été leur cas au moment de leur sortie. Ces études, Jean-Pierre Obin ne les conteste pas mais, pour lui, « ces évolutions ne sont pas inquiétantes en elles-mêmes. Du moins si l’on pense que les musulmans français sont et seront demain, dans leur immense majorité, […] capables comme les autres de se couler sans problème dans les principes et les lois de la République. » Encore reconnaît-il d’emblée que « c’est bien là que le bât blesse ».

Concédons à l’auteur un mérite rare chez les représentants de la gauche et de la droite molle : il ne prétend pas que l’islamisme que l’on voit se développer à l’école serait un islam dénaturé. Il sait bien que ce qu’on nomme aujourd’hui l’islamisme est simplement un islam rigoureux et que, par nature, cet islam est aussi politique. Cependant, chérissant les causes dont il déplore les effets à l’école et dans la société, il estime que les droites populistes en général et le Rassemblement national en particulier sont des alliés objectifs de l’islamisme puisque, intrinsèquement xénophobes selon lui, ils chercheraient par-dessus tout, comme les islamistes, à accentuer les clivages. Ces populistes « n’ont d’autre projet que la force et d’autre perspective qu’une société d’apartheid », estime Jean-Pierre Obin. Alors, comme ces populistes qu’un Viktor Orbán préfère appeler des conservateurs (voir « Orbán mobilise contre le Grand Remplacement » dans Présent d’hier) « ont partout dans le monde le vent en poupe [un constat qui rejoint celui d’Orbán, NDA], en France les démocrates n’ont pour l’instant d’autre choix raisonnable, pour s’opposer à cette perspective calamiteuse, que de soutenir Emmanuel Macron ». Ceux que Jean-Pierre Obin appelle les « démocrates », et dont il fait partie, sont donc ces « gogos libéraux » pointés du doigt par la bête noire de Bruxelles.

On comprend mieux maintenant pourquoi les grands médias français, qui sont tous Macron-compatibles et immigrationnistes, ont tant parlé au début du mois de ce livre qui analyse et dénonce par ailleurs les renoncements face à la montée de l’islamisme à la fois de l’Education nationale et de la classe politique, de gauche comme de droite.

Cette critique faite, reconnaissons à l’ouvrage de cet ancien inspecteur général de l’Education nationale le mérite de décrire sans ambages la situation dans les écoles à partir de cas vécus et de témoignages directs amassés au cours de sa carrière. Ainsi, l’auteur ne craint pas de mentionner avec insistance – cas concrets et données à l’appui – la fuite des enfants juifs et de leurs familles des écoles et quartiers à majorité musulmane en raison de l’antisémitisme ambiant. Obin explique clairement les difficultés auxquelles sont de plus en plus confrontés les enseignants, principaux et proviseurs, et donne des chiffres qui démentent le discours officiel. Exemple : ces 13 % d’enseignants confrontés aux contestations d’élèves lors des moments de recueillements organisés à la suite des attentats de 2015 rapportés aux 750 000 professeurs de l’enseignement public. « On est très loin des quelques centaines de cas concédés par le ministère », s’exclame Jean-Pierre Obin. Rien que pour cela, cet ouvrage mérite d’être lu, car il permet effectivement de mieux comprendre la pénétration de nos écoles françaises par l’islam radical.

Quant aux solutions proposées par l’auteur, dont certaines paraissent malgré tout pertinentes, chacun fera le tri et y ajoutera les siennes.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 29 septembre 2020

Dix ans de gouvernements Orbán en Hongrie

Il y a dix ans, le 29 mai 2010, Viktor Orbán et son parti, le Fidesz, formaient un gouvernement après huit ans passés dans l’opposition. Auparavant, Orbán avait déjà occupé le poste de Premier ministre pendant quatre ans, de 1998 à 2002. Le tournant qui conduisit à la victoire éclatante du Fidesz en 2010 s’opéra en 2006, quand, un mois après les élections à nouveau remportées par la gauche et les libéraux, un enregistrement du Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsány fut diffusé à la radio dans lequel on entendait cet ex-communiste devenu oligarque dire : « Nous n’avons rien fait pendant quatre ans. Rien. Vous ne pouvez pas me citer un seul exemple d’une action sérieuse du gouvernement dont nous pourrions être fiers, si ce n’est que nous avons repris le pouvoir avec de la merde. […] Depuis un an et demi, nous mentons matin, midi et soir. » S’ensuivirent des manifestations qui furent brutalement réprimées par les autorités et tournèrent à l’émeute, conduisant même à l’assaut d’une foule excédée contre le siège de la télévision publique. Puis vint la crise financière de 2007 alors que la Hongrie affichait déjà un déficit budgétaire de 9,6 % du PIB en 2006, année électorale oblige, et ensuite les plans de rigueur sous la coupe du FMI.

Arrivés au pouvoir avec une majorité constitutionnelle des deux tiers au Parlement, le Fidesz et son chef allaient mener les réformes au pas de charge, ce qui leur vaudra très rapidement les attaques de l’UE et des médias européens. Cela commença par une nouvelle constitution pour remplacer celle rédigée par Staline en personne, toujours en vigueur sous une forme modifiée. Le préambule de la nouvelle constitution commençant par les mots « Dieu, bénis les Hongrois », la mention du mariage en tant qu’union d’un homme et d’une femme, et le rappel de la présence de Hongrois au-delà des frontières de la Hongrie – héritage du traité de Trianon – suffirent pour que la nouvelle loi fondamentale fût considérée comme imprégnée de cléricalisme, d’homophobie et de nationalisme.

Evitant toujours la confrontation frontale, sachant reculer d’un pas après avoir avancé de trois, fort de ses excellentes relations avec des personnalités européennes de premier plan, Viktor Orbán s’est montré un adversaire redoutable et il a jusqu’ici remporté toutes les manches. Lui et son parti, le Fidesz, ont su, à partir de la défaite de 2002 et après le retour au pouvoir en 2010, imposer un vrai pluralisme médiatique – chose insupportable pour les partisans de la pensée unique et du politiquement correct – et modifier ainsi durablement le rapport de force. Affichant de bons résultats économiques avec des déficits en baisse malgré des politiques natalistes très volontaristes, ayant réduit le chômage à presque rien et redonné à la Hongrie une des plus fortes croissances du continent avant la crise sanitaire actuelle, ayant su également défendre les frontières contre l’assaut migratoire en 2015-2016, l’homme d’Etat hongrois a conduit son parti conservateur et ses alliés chrétiens-démocrates à deux nouvelles victoires écrasantes, en 2014 et 2018.

En 2012, venu répondre aux reproches du Parlement européen, Orbán avait résumé ainsi son programme : « Nos idéaux sont chrétiens. Ils s’appuient sur la responsabilité de l’individu, les sentiments nationaux positifs sont pour nous importants et nous considérons la famille comme le fondement de l’avenir. » Lucide, il avait encore ajouté : « Peut-être sommes-nous minoritaires en Europe, mais nos convictions sont malgré tout européennes et nous avons le droit de les défendre. » Les défendre, c’est ce qu’il fait depuis maintenant dix ans avec le soutien d’une large majorité d’électeurs hongrois.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 28 mai 2020

Pourquoi le coronavirus est-il moins mortel en Allemagne ?

Les chiffres sont frappants : vendredi matin, il y avait déjà 47 278 cas de Covid-19 confirmés en Allemagne depuis le début de l’épidémie (dont 41 324 personnes actuellement malades) contre 29 155 en France (dont 22 155 malades). Pourtant, l’Allemagne n’avait encore eu que 281 décès liés au coronavirus contre déjà 1 696 en France. Cette anomalie par rapport aux autres pays européens intrigue. On a voulu expliquer la forte mortalité en Italie, puis en Espagne, par le fait que ces pays ont une population particulièrement âgée. Pourtant, quand l’Italie et l’Espagne avaient le même nombre de cas confirmés que la France aujourd’hui, dont la population est plus jeune, le nombre de morts y était similaire. Par ailleurs la population allemande est en moyenne quasiment aussi âgée que la population italienne ou espagnole. Mais il est vrai que la moyenne d’âge des gens diagnostiqués positifs au coronavirus est beaucoup moins élevée en Allemagne, et que les contacts intergénérationnels y sont probablement moins fréquents que dans les pays méditerranéens.

Pourquoi une moyenne d’âge plus jeune des personnes diagnostiquées Covid-19 en Allemagne ? C’est au moins en partie parce que, depuis le début de l’épidémie, l’Allemagne réalise beaucoup plus de tests afin de détecter les porteurs asymptomatiques du coronavirus SARS-CoV-2 et les isoler du reste de la population. Rappelons en effet que ce taux de mortalité de 10 % en Italie, de plus de 7 % en Espagne et de près de 6 % en France est un pourcentage de décès par rapport au nombre de cas diagnostiqués et non par rapport au total des personnes ayant eu ce virus, avec ou sans symptômes.

Les tests de dépistage

S’exprimant jeudi à l’occasion du lancement d’un nouveau réseau de recherche sur cette maladie dont l’objectif est de mettre en commun l’expertise accumulée par les CHU et les scientifiques, le virologue Christian Drosten, de l’institut de virologie de l’hôpital universitaire de la Charité de Berlin, a confirmé cette thèse : « Si l’Allemagne a si peu de décès par rapport au nombre de personnes contaminées, cela peut s’expliquer par le fait que nous réalisons un nombre extrêmement élevé de tests de dépistage en laboratoire. » Ceci grâce à un réseau serré de laboratoires répartis dans tout le pays. Jusqu’à récemment, le nombre de tests réalisés chaque semaine était d’environ 160 000, ce qui était déjà nettement plus qu’en Corée du Sud, souvent donnée en exemple. Ces derniers jours, le rythme est passé à environ 200 000 tests par semaine. En France, où les autorités n’ont pas préparé le pays à temps, seuls les personnels soignants et les personnes hospitalisées bénéficient de ces tests, pour environ 5 000 tests par jour, ce qui fait que les porteurs asymptomatiques ou présentant une forme bénigne du Covid-19 continuent de propager l’épidémie autour d’elles et qu’on ignore complètement le nombre réel des porteurs du virus.

Cela ne veut pas dire que la population âgée ne va pas se trouver bientôt plus massivement au contact du coronavirus en Allemagne malgré les mesures de distanciation sociale (adoptées tardivement, comme en France), mais là aussi l’Allemagne est mieux préparée que des pays comme la France, l’Italie ou l’Espagne. Il y a en effet dans les hôpitaux allemands 28 000 lits de soins intensifs (contre 7 000 en France) et environ 25 000 lits de réanimation équipés d’un respirateur artificiel (contre 5 000 en France), et cela aura forcément un impact sur la mortalité des seniors pendant la pandémie.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 27 mars 2020

La Turquie multiplie les provocations contre la Grèce, par Olivier Bault

Après avoir organisé l’assaut contre la frontière grecque par des dizaines de milliers de « migrants », la Turquie multiplie les provocations à sa frontière avec la Grèce. Mercredi, deux F-16 turcs ont été filmés alors qu’ils faisaient une incursion au-dessus du territoire grec dans le nord de l’Evros, province portant le nom du fleuve séparant les deux pays. Les médias grecs rapportaient également des coups de feu tirés par les forces spéciales turques en direction d’une patrouille de la police grecque.

« L’Union européenne doit montrer, avec fermeté, sa solidarité totale avec une nation démocratique de 10 millions d’habitants menacée par un Etat autoritaire de 84 millions d’habitants. En défendant les frontières sud de “l’espace Schengen”, le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis doit être pleinement soutenu », pouvait-on lire lundi dans une lettre ouverte adressée par Marine Le Pen à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, et à Charles Michel, le président du Conseil européen, le jour de la visite à Bruxelles du président turc Recep Erdogan. Une visite qui n’a rien donné puisque Erdogan était venu discuter financements européens et suppression des visas pour les Turcs après avoir appelé dimanche, lors d’un discours télévisé à Istanbul, la Grèce à ouvrir ses frontières pour laisser passer les « migrants » afin qu’ils aillent dans d’autres pays européens. Cette déclaration est à mettre en relation avec celle du ministre turc de l’Intérieur, Süleyman Soylu, le 5 mars sur CNN Turquie : « Les réfugiés qui tentent de rejoindre l’Europe dépasseront bientôt le million. Les gouvernements européens tomberont. Leurs économies seront déstabilisées, leurs marchés chuteront et ils ne pourront rien y faire. »

C’est donc une véritable déclaration de guerre de la Turquie aux pays européens que ceux-ci feignent de ne pas voir ni entendre, surtout dans l’ouest du continent où une « coalition de pays de bonne volonté » annoncée par le gouvernement allemand la semaine dernière prétend vouloir aider la Grèce en accueillant 1 500 « migrants » mineurs se trouvant actuellement sur les îles de la mer Egée. Une mesure qui ne peut qu’encourager ceux qui tentent aujourd’hui de rejoindre le territoire grec. Pourtant, ainsi que prévenait le chancelier autrichien Sebastian Kurz le 3 mars, « si nous cédons à Erdogan […] alors l’Europe sans frontières internes fera partie du passé ». L’Autriche, avec les pays de l’ex-Europe de l’Est, soutient la Grèce sans réserve face à « l’attaque » (dixit Sebastian Kurz) lancée par la Turquie. L’Autriche et la Pologne, qui ne font pas partie de ces « pays de bonne volonté » mais savent mieux qu’eux se montrer solidaires de la Grèce, ont d’ailleurs annoncé l’envoi d’une centaine de policiers et gardes-frontières pour soutenir les forces grecques le long du fleuve Evros et se sont dites prêtes à envoyer plus de renforts si Athènes le souhaite. La Bulgarie, de son côté, a ouvert à la demande de la Grèce les vannes d’un barrage en amont de la frontière gréco-turque afin de faire monter le niveau des eaux et rendre plus difficile la traversée du fleuve par les immigrants illégaux. Les citoyens grecs se mobilisent également le long de cette frontière. Paysans et chasseurs notamment organisent des patrouilles, et guident et ravitaillent les unités de la police et de l’armée. •

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 12 mars 2020