Le naufrage du Bac pour tous, par Ivan Rioufol

La démagogie a eu raison du bac. Les premiers résultats de mardi (95,2% de reçus) s’annoncent supérieurs à ceux de 2020 (95,7% de reçus, après les épreuves de rattrapage). Autant dire que l’ « épreuve » n’en est définitivement plus une. L’examen est devenu un leurre dont les élèves sont les victimes. Le Covid a servi d’accélérateur dans la révélation de l’imposture : cette grande braderie du baccalauréat, créé en 1808 par Napoléon et euthanasié par Jean-Michel Blanquer, a été rendue possible par la généralisation en 2020 (à 80%) du contrôle continu et par la valorisation des épreuves orales. Le ministre de l’Education n’est évidemment pas le coupable principal de cette débâcle.

Elle a ses racines dans l’idéologie égalitariste et ses refus de l’élitisme, du mérite, de la sélection. Autant dire que le ver est dans le fruit depuis 1945 et la mainmise de la fonction publique par le PCF de l’époque. Le syndicalisme de l’Education nationale, acquis depuis toujours aux idées de la gauche radicale, a beaucoup fait pour obtenir l’effondrement de la transmission de la « culture bourgeoise ». Dans La connaissance inutile (1988), Jean-François Revel avait déjà dénoncé la politisation des manuels scolaires, y voyant « la confirmation du processus de stalinisation de l’enseignement français après la guerre ». Mais qui osera demander des comptes aux fossoyeurs de l’école française ?

Il faut dire que la droite et la gauche ont participé ensemble au naufrage du bac et plus généralement du système éducatif. Dès 1967, Alain Peyrefitte, ministre de Charles de Gaulle, avait proposé notamment la suppression du cours magistral, des leçons apprises par coeur ou des devoirs à la maison. En 1975, la réforme Haby sur le collège unique allait accentuer l’uniformisation des parcours et la bienveillance dans les notations.

Depuis, la massification n’a fait qu’inciter l’appareil éducatif, sous perfusion militante, à l’abaissement des exigences. Un saccage aggravé, depuis, par la discrimination positive imposée au profit des jeunes issus de la nouvelle immigration extra-européenne. Dans Le Figaro de ce mardi, un enseignant dénonce le « secret de Polichinelle » qui consiste à gonfler les notes.

Il explique : « Le problème est là : un niveau de plus en plus faible mais une nécessité de faire croire que les enfants sont aussi géniaux d’année en année ». Non seulement le niveau des élèves ne cesse de baisser, mais celui des professeurs aussi. Le rapport du sénateur Gérard Longuet s’inquiète ainsi de la chute de niveau des enseignants en mathématiques.

En 2020, la moyenne des admis au concours externe du Capes était de 8 sur 20 (L’Opinion, mardi).

Rien de vaut une école qui désapprend pour rendre les jeunes esprits malléables. Les déconstructeurs ont gagné. Qui s’en indigne ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 7 juillet 2021 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Nivellement par le BAC

baccalauréat

Le « bachot » est mort et enterré. Toutes les personnes un tant soit peu sérieuses le savent, le disent et le répètent depuis des années. Pourtant, une fois encore, on a rejoué en ce début d’été la grande comédie de cet examen aussi coûteux que désormais sans valeur, dans des conditions encore plus ubuesques que par le passé, crise sanitaire oblige. Les résultats viennent de tomber. Va-t-on enfin atteindre les 100 % d’admission exigés par notre société inclusive et égalitaire ?
Pas tout à fait, mais on s’en approche ! Et n’en doutons pas, les lycées des banlieues se distingueront tout particulièrement, comme chaque année, par l’excellence de leurs résultats, prouvant ainsi que ces zones que certains mauvais esprits présentent comme des territoires perdus de la République sont en réalité des pépinières de talents et de futurs brillants étudiants.

En attendant, dans l’académie de Bordeaux par exemple, 91,8 % des candidats ont été admis dès le « premier tour ». Du côté du baccalauréat général, on atteint les 95,9 %, en hausse de 0,7 point par rapport à l’édition 2020, tandis que le baccalauréat technologique pointe à 91,2 %, en baisse de 0,8 point, tandis que les séries STMG, STL, ST2S et STD2A atteignent respectivement 88,3 %, 91,1 %, 94 % et 96 % de réussite avant la session de rattrapage. On pourra noter que pour la série S2TMD, le taux de réussite atteint les fameux 100 %. Des chiffres à faire pâlir d’envie un chef d’état africain !

Il est vrai que cette année, toutes les conditions étaient réunies pour battre les records précédemment établis. Allègement du nombre d’épreuves écrites, priorité donnée au contrôle continu et même choix de la note la plus avantageuse entre les deux dans certains cas comme pour la composition de philosophie. Pas vraiment de quoi exciter l’ardeur studieuse de nos chers lycéens.

Alors, au final, à quoi sert cet examen à peu près gagné d’avance et largement démonétisé ? A tromper une jeunesse à demi illettrée en lui laissant croire qu’elle a le niveau suffisant pour entamer des « études supérieures » ? A maintenir artificiellement en vie un vieux totem de l’Education nationale ? On peine à trouver des explications satisfaisantes tant il est évident que ce qui était jadis un instrument de la « méritocratie républicaine » est devenu un gadget trompeur et sans valeur – qui ne fait que repousser la sélection à plus tard –, victime de la massification de l’enseignement secondaire et de l’esprit égalitariste du temps. Le « bac » version 2021 ne fait qu’entretenir les illusions des naïfs, des sots et des menteurs qui continuent à prétendre que « le niveau monte ». Il est grand temps de le réformer radicalement, en sens inverse de ce qui a été fait jusque-là, ou de le supprimer. Pour revenir au réel.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 7 juillet 2021

Réforme de l’orthographe : en route vers une simplification de la langue française ?

05/02/2016 – CULTURE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Hier des voix se sont élevées massivement dans les médias et sur les réseaux sociaux dans un tollé général contre la réforme de l’orthographe, qui se profile à l’horizon de la rentrée de septembre.

Que peut-on dire exactement de cette réforme ?
C’est une longue histoire. En 1990, Michel Rocard, Premier ministre à l’époque demande aux Académiciens de travailler à des simplifications de la langue. L’Académie propose des rectifications orthographiques et les adopte, mais sans en faire une obligation. Vingt ans se sont écoulés, et aucune de ces mesures n’est appliquée. Xavier Darcos entre-temps, ministre de l’Éducation nationale en 2008, avait tenté de le faire avec peu de succès.

Que préconisent ces mesures ?
Les changements les plus marquants concernent les mots composés : le trait d’union sera remplacé par une simple soudure. Ainsi porte monnaie s’écrirait en un seul mot. Ils visent aussi l’accent circonflexe, qui ne sera plus obligatoire sur les lettres i et u, sauf dans les terminaisons verbales et dans quelques mots comme mûr ou sûr, pour éviter les confusions. Entre autres incongruités, oignon deviendra ognon et nénuphar nénufar. 2 400 mots sont visés par ces différentes modifications, soit 4 % du lexique français.

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Réforme du collège : la guerre continue…

18/09/2015 – FRANCE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Hier a eu lieu la grève des enseignants, deux semaines seulement après la rentrée scolaire. Ils protestaient contre la réforme du collège qui se met doucement en place.
Madame Vallaud Belkacem continue son plan de bouleversement général. Désormais, elle veut mettre à l’essai une nouvelle notation de 0 à 5, et fait fi de tout ce que pourront dire les adeptes du traditionnel 20 sur 20. On diminue les notes, vouées à disparition, on abaisse le niveau…
Il s’agit de mettre en valeur le « socle commun de compétences, de connaissances et de culture ». Mais de quelles compétences, de quelles connaissances et de quelle culture, s’agit il ? Le flou est total. Les enseignants sont perplexes et les réactions nombreuses. Une fois encore, l’Education nationale avance sur le chemin du déclin, les élèves sont de plus en plus perdus faute de repères. Là oui, il s’agirait de mettre un zéro pointé !

Crédit photo : Maxppp via Flickr (CC) = grève des enseignants


Réforme des collèges : ça ne passe pas !

12/06/2015 – FRANCE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Le 19 mai dernier, la grève des enseignants avait réuni des syndicats de tous bords comme la CGT ou le Snalc. Mais le ministre de l’Éducation n’avait pas jugé bon d’entendre ces protestations alors que 60 % des Français soutenaient cette grève. Les enseignants ne baissent cependant pas les bras. Hier, jeudi 11 juin, ils ont manifesté à l’appel d’une intersyndicale enseignante de l’Académie de Rennes « pour imposer la voix des personnels à une ministre qui refuse de les entendre ». Les banderoles sont claires : on peut y voir écrit en lettres capitales « Nivellement Volontaire par le Bas » ou « Massacre des humanités ». Le projet « collège 2016 » de la ministre de l’Éducation prévoit de laisser les équipes pédagogiques libres d’aménager 20 % de l’emploi du temps des élèves, afin de développer des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) censés rendre les disciplines plus accessibles. De plus, la suppression des classes bilingues dans un souci d’égalité provoque la colère du corps professoral et des parents d’élèves. C’est surtout l’absence de débat et la volonté de passer en force cette réforme avant la rentrée 2016 qui causent des remous et irritent les Français.

Crédit photo : Jean-Christophe Marmara