Marion Maréchal lors de la National Conservatism Conference : « Nous voulons défendre une civilisation et non un marché ! »

Découvrez l’intégralité du discours prononcé en anglais par Marion Maréchal au colloque qui s’est tenu à Rome – les 3 et 4 février derniers – sur le thème du “Conservatisme national” avec notamment la présence du Premier ministre hongrois Viktor Orban et de la présidente de Fratelli d’Italia Giorgia Meloni.

Je tiens à remercier Yoram Hazony de nous avoir réunis aujourd’hui sous la bannière du conservatisme national.

Notre grande idée est que le conservatisme n’est pas une norme, ce n’est pas une doctrine fixe. Que c’est avant tout une disposition d’esprit. C’est pourquoi il existe tant d’expressions nationales du conservatisme. Le génie de chaque peuple a traduit à sa manière le besoin universel de conservation de la société. La particularité des mouvements conservateurs présents aujourd’hui est qu’ils ne veulent pas simplement ralentir la marche du progressisme. Ce n’est pas seulement un « oui mais ». Ils proposent une voie radicalement différente. Nous avons de beaux exemples de ces différentes voies nationales ici aujourd’hui et dans le monde: le conservatisme national de Donald Trump, l’illibéralisme de Victor Orban, le souverainisme de Boris Johnson, le catholicisme national polonais, le libéral-conservativisme autrichien et tchèque.

Pourquoi nous sommes tous conservateurs :

Derrière nos différences, nous pouvons tous assumer ce terme de «conservateur» car nous défendons tous une vision commune de l’humanité et de ses extensions naturelles : des communautés de différentes sortes plus spécifiquement la communauté nationale.

Nous sommes le nouvel humanisme de ce siècle.

Pourquoi ? Parce que nous connaissons et défendons tous les besoins de l’âme humaine : ordre, liberté, obéissance, responsabilité, hiérarchie, honneur, sécurité (selon la liste de la philosophe Simone Weil). Tous ces besoins essentiels à l’être humain et que le progressisme refuse de satisfaire. Sans répondre à ces besoins, il ne peut y avoir ni civilisation, ni émancipation, ni bonheur. Nous refusons le relativisme par lequel chaque individu serait le créateur de ses propres valeurs. Nous croyons au droit naturel, à une éthique universelle. Nous pensons que la volonté individuelle ne peut être la seule boussole de la société.

Nous, conservateurs, savons que ni l’humanité ni les nations ne peuvent être réduites à des constructions intellectuelles. Ce sont des réalités réelles, sensibles, linguistiques, culturelles, spirituelles. Nous essayons de relier le passé au futur, la Nation au monde, la famille à la société, l’économie à la politique, le commerce aux frontières, la personne au bien commun. Les progressistes sont des observateurs passifs du soi-disant “sens de l’histoire” dans lequel le droit et l’économie gouvernent la société. Nous, conservateurs, voulons à nouveau l’homme comme sujet de l’histoire et l’économie comme outil, et non comme ordre lui-même. Nous représentons le réalisme alors qu’ils représentent l’idéologie, nous incarnons la mémoire alors qu’ils sont amnésiques, nous appartenons à une continuité historique alors qu’ils se concentrent sur la prochaine introduction en bourse ou les prochaines élections.

Et sur le conservatisme français? Quelle est donc la voie choisie par la France ? Quel est le visage du conservatisme français ?

Quelle question difficile pour un pays qui est à la fois le pays de grandes figures conservatrices comme Bonald, Maistre, Chateaubriand, Balzac, Tocqueville ou Le Bon… et le laboratoire d’origine des idées progressistes. Edmund Burke a déjà détecté dans la Révolution française les racines du mal qui nous ronge : le citoyen abstrait de la Révolution française, détaché de sa terre, de sa paroisse, de sa profession, est une matrice du Citoyen du Monde ! La révolution française a favorisé l’universalisme contre le particularisme, le rationalisme contre la spiritualité, l’abstraction contre le contractualisme politique réel. La plupart des idées politiques modernes ont été inventées en France. En France, il n’y a plus de mouvement conservateur depuis la troisième république mais il y a eu des moments conservateurs depuis la Révolution: légitimisme, catholicisme social ou gaullisme. Il n’y a pas d’histoire linéaire du conservatisme français mais plutôt un style. Le regretté Roger Scruton en a parlé comme d’une pensée romantique, poétique, littéraire mais abstraite, contrairement au conservatisme britannique. Logique: en réaction à l’événement métaphysique qu’est la Révolution de 1789, les Français répondent par un conservatisme métaphysique.

On retrouve pourtant quelques caractéristiques de la tradition conservatrice française :

Cette tradition aime l’engagement social mais n’aime pas le socialisme ; elle est en faveur de l’intervention de l’État, sans être centralisatrice. Elle adhère au catholicisme mais peut être hostile à l’Église. Les conservateurs français aspirent à une démocratie directe reposant sur le lien fort entre un «homme de la Providence» et la communauté politique. Ils jouissent ensemble de l’ordre et de la liberté: comme l’a dit de Gaulle, «Il y a un pacte vieux de vingt siècles entre la France et la liberté du monde». Souvent dans notre histoire, nous avons l’impression que la pensée révolutionnaire a gagné. Et aujourd’hui, «conservatisme» est souvent synonyme d’immobilité, d’esprit bourgeois et même de libéralisme.

La France est-elle donc vouée à être une nation progressiste ? Absolument pas. Mais vous commencez à nous connaître : nous ne savons pas faire de la politique sans créer un peu de chaos. Les Gilets Jaunes sont la version spectaculaire d’une révolte électorale contenue, moralement blâmée et réprimée physiquement. Ce sont la version française des Brexiteers. La différence est qu’ils n’ont pas été écoutés. Les Français ont le sentiment qu’une approche conservatrice est devenue une nécessité vitale. Une nécessité vitale pour protéger leur patrimoine matériel et culturel. Ils craignent de perdre ce qui leur est précieux, ce qui leur est familier, ce qui les distingue, ce qui les définit. Dit simplement, leur âme.

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