Victoire de l’Algérie – Michel Thooris après les incidents en France : «On a eu une situation insurrectionnelle sur l’ensemble du territoire»

15/07/2019 – FRANCE (NOVOpress)
Découvrez cet entretien avec Michel Thooris, du syndicat France police – policiers en colère.

Pour RT France, il livre son analyse des scènes de liesse qui ont lieu partout en France après la victoire de l’Algérie contre le Nigéria en demie-finale de la CAN.


Michel Thooris : “Suicidez-vous ! : un slogan d’une infime minorité qui fait de la haine du flic son fonds de commerce !”

Samedi dernier, lors de l’acte XXIII des gilets jaunes, certains individus ont scandé ce slogan « Suicidez-vous » à destination des forces de l’ordre. Un phénomène nouveau ? Propre aux gilets jaunes ? Qui sont ces individus qui manifestent ainsi leur hostilité envers la police et les gendarmes ?

Réaction de Michel Thooris, secrétaire général du syndicat France Police, au micro de Boulevard Voltaire.

Des Gilets jaunes ont crié ‘’ suicidez-vous’’, lors du dernier acte. Comment avez-vous réagi en voyant cette séquence ?

Il faut remettre les choses dans leur contexte. Je ne pense pas qu’on puisse parler de Gilets jaunes, mais plutôt d’individus qui s’infiltrent et qui profitent du mouvement des Gilets jaunes pour faire entendre leur petite musique. Cela me rappelle étonnamment les slogans des événements que nous policiers avons connu au moment du mouvement de Nuit debout et des manifestations contre la loi El Khomri en 2016. Un noyau de personnes était toujours présent dans ces mouvements. Il insultait la police, appelait au meurtre contre la police et accusait la police nationale de tous les maux de cette société. Ces individus-là sont exactement les mêmes qui opèrent au sein du mouvement des Gilets jaunes. Une infime minorité de personnes, de crasseux n’ont d’autres buts dans la vie que de faire entendre leur petite musique extrêmement perverse et dangereuse pour la démocratie.

Cette ‘’haine du flic’’ est une constante dans toutes les manifestations. Elle n’est pas imputable à la manifestation elle-même, mais plutôt à des groupes isolés ?

Des groupes de personnes mènent un combat contre la police nationale. Ces individus s’infiltrent lors des manifestations, quelles qu’elles soient, pour faire entendre leur petite musique. Cela concerne une certaine classe politique, une certaine élite au niveau du show-business. Ils exploitent systématiquement le moindre événement d’ampleur médiatique pour essayer de faire entendre à l’opinion publique que la police serait violente, commettrait des bavures et serait anti-républicaine.

Vous ne nommez pas de groupuscules, mais on serait tenté de penser que vous faites allusion aux Blacks blocs…

Le black blocs en tant que tel n’est pas un courant de pensée, philosophique ou politique. C’est une technique de guérilla urbaine pour affronter des forces de l’ordre. Les blacks blocs sont composés de courants politiques ou philosophiques. Ils regroupent les antifas, les anarchistes, etc. Toute cette mouvance radicale de gauche va constituer le black bloc. Au sein de cette mouvance radicale, des différents groupes, des individus parmi les plus radicaux, font de la ‘’ haine du flic’’ un de ses principaux fonds de commerce de leur petite boutique.

Pourrait-on imputer la hausse des suicides dans la police à la sur-sollicitation des forces de l’ordre en raison de la multiplication des manifestations ?

La pression mise sur les collègues est inédite sous la Ve République. Ils subissent une pression extrêmement forte en termes d’horaire ou en termes d’exécution des missions. Ils sont toujours en porte à faux par rapport à l’obligation de répondre aux ordres qui leur sont donnés et dans le même temps le risque de mise en cause individuelle pour faute lorsqu’ils appliquent les ordres de l’autorité préfectorale.
S’ajoute à ce contexte-là, les problèmes récurrents de la police nationale. Je veux parler du manque de moyens et d’effectifs connus depuis des années et les problèmes de management et de rapport entre la hiérarchie et les collègues de base. Ce cocktail explique l’explosion du nombre de suicides au sein de notre profession.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Entretien avec Michel Thooris : « Nous voulons une réforme de fond pour que les policiers accomplissent leur mission »

Ancien conseiller politique de Philippe de Villiers, ancien conseiller politique de Marine Le Pen pour la présidentielle de 2007, Michel Thooris est conseiller municipal RN à Carros (Alpes-Maritimes). Officier de police judiciaire, il est le secrétaire général du syndicat France Police qui fait campagne pour une réelle réforme des conditions de travail des policiers.

— Début décembre auront lieu les élections professionnelles. Quelles sont les forces en présence en matière de syndicats policiers ?

— On retrouve les éternels syndicats majoritaires qui sont, à nos yeux, les fossoyeurs de l’institution. Ces syndicats qui refusent d’« inquiéter » la population et de l’alerter sur l’état délétère de sa sécurité et celui de sa police. Or, à l’insécurité grandissante que chacun constate, s’ajoutent d’autres criminalités, en particulier celle de la drogue. Des cartels sans cesse plus puissants s’installent en France, qui corrompront bientôt la politique… Des magistrats s’en inquiètent comme nous. Mais le ministère de l’Intérieur préfère racketter les automobilistes contribuables et solvables.

Rien de nouveau, donc, à part notre organisation : France Police Policiers en colère. Nous continuons le mouvement de protestation né en octobre 2016 à la suite de l’immolation de nos collègues dans la commune de Viry-Châtillon. Il y a eu d’autres manifestations depuis, sporadiques, qui reprenaient des slogans que nous proposions déjà dans le cadre des élections professionnelles de 2014.

— Qu’espérez-vous pour votre syndicat ?

— Les accords de Bercy, en 2008, n’ont été appliqués qu’en 2014 par le ministère de l’Intérieur : ils permettent à des organisations comme la nôtre de se présenter, même si elles ne sont pas affiliées à une confédération. En 2014, nous avons récolté 3 500 voix dans des conditions difficiles, sans moyens financiers et en faisant campagne hors de nos heures de service – alors que les « grands » syndicats ont des armées de détachés permanents. Nous aurions dû toucher des fonds pour cette mandature, mais ceux-ci ont été donnés… aux syndicats majoritaires, à la botte de l’administration ! Le mouvement Policiers en colère fait l’objet de pressions et d’essais de noyautage de la part des syndicats majoritaires et du ministère de l’Intérieur. Avec ces élections professionnelles de 2018, France Police veut peser davantage dans les négociations.

— Quelles sont les revendications principales des policiers ?

— Pour nous, la rengaine qui consiste à dire « il faut des renforts d’effectifs » n’est pas à la hauteur des enjeux. Cela consisterait simplement à remplacer sur le terrain des collègues tués, agressés, mis en examen comme dans l’affaire Théo, pour que les nouveaux arrivants soient à leur tour tués, agressés, mis en examen… Nous voulons une réforme de fond pour que les policiers accomplissent leur mission en ayant les moyens de protéger leur intégrité physique et juridique. On nous a vendu une prétendue réforme de la légitime défense. Le texte a été récrit, est passé du code de procédure pénale au code de sécurité intérieure, mais les notions sont restées les mêmes : il y a toujours la proportionnalité, concept subjectif qui laisse l’interprétation au magistrat. En Israël, le jet d’un cocktail molotov sur des policiers place de fait ceux-ci en état de légitime défense : on est loin de cela en France où, si un policier tire sur un chauffard qui fonce vers un barrage routier, il y a enquête sur ce tir !

— Puisque Gérard Collomb a annoncé son prochain départ du ministère de l’Intérieur, quel début de bilan faites-vous de son action ?

— Il n’y a pas de bilan. Gérard Collomb a pris ce ministère pour capter de la lumière et faciliter sa réélection à la tête de la métropole de Lyon. Tous les ministres de l’Intérieur, ou presque, ont fait de même. Si Sarkozy n’avait pas tenu ses propos sur les racailles à Argenteuil en 2005, aurait-il été élu président de la République ? Les ministres de l’Intérieur se suivent et se ressemblent, sans réformer. Car toute réforme en faveur de la police verrait la gauche se mobiliser. Les seules réformes aboutissent à la destruction de nos conditions de travail et à la dégradation de la sécurité des Français. Les gouvernants s’en dédouanent en disant : nous ne faisons qu’appliquer ce que la Cour européenne des droits de l’homme exige. Or la CEDH empêche la police, notamment judiciaire, de mener à bien ses enquêtes.

— Par quelles décisions ?

— Sans être trop technique : on ne peut plus rémunérer les indics ni exercer de pression psychologique sur eux, les mis en cause ont des droits exorbitants par rapport aux droits qu’a la police. Voyez le cas des Français partis en Syrie commettre des exactions auprès de l’Etat islamique et qui rentrent en France : certains magistrats estiment qu’ils n’ont pas les éléments de preuve suffisants en ce qui concerne ces exactions. Or, quand un pédophile viole un enfant en Thaïlande et rentre en France, il est bien poursuivi en France pour un crime commis à l’étranger. La mauvaise foi des tribunaux est manifeste lorsqu’ils laissent ces Français revenus de Syrie sous simple contrôle judiciaire.

— Y a-t-il eu un impact de l’affaire Benalla sur le moral des policiers ?

— Non, je ne crois pas, car les policiers ont d’autres problèmes. Ce qui les a choqués, malgré tout, est de constater la différence de traitement. Ils peuvent se retrouver mis en cause par une saisine en ligne auprès de l’IGS, par un citoyen qui estime avoir été malmené, ce qui signifie pour eux auditions administratives et éventuellement suspension. Quand Benalla usurpe la fonction de policier et « joue à la police » dans une manifestation, ce qui est inadmissible, il n’est pas sanctionné ! Il ne fait d’ailleurs pas grand mal aux manifestants et l’on voit qu’il n’est pas un professionnel du maintien de l’ordre : il n’arrive pas à mettre au sol le gars qui se rebelle. L’affaire qui a véritablement marqué les policiers reste l’affaire Théo, véritable manipulation des associations et des médias pour salir la police. Yann Moix a accusé alors la police d’être raciste, agressive, d’être la plus violente d’Europe – sur quoi se basait-il pour dire cela ? C’est l’idéologie de la gauche, extrêmement corrosive. En réalité, des bavures et des dérapages, il n’y en a pas.

— Restons avec Yann Moix qui a parlé tout récemment des policiers qui ont peur, qui « chient dans leur froc ». Votre avis ?

— Les policiers, dans leur majorité, n’ont pas peur de prendre des coups en allant dans les cités. Leur plus grande peur est, à la suite d’une intervention, de se retrouver suspendu, mis en examen, incarcéré.

— C’est d’ailleurs toute la perversité des propos de Yann Moix, qui est le premier à vouloir que des policiers soient condamnés : il instille lui-même cette peur.

— Bien sûr. J’ajoute que dans l’affaire Benalla les gauchistes sont montés au créneau, non par respect pour la police, évidemment, mais par « sacralisation » du manifestant, intouchable à leurs yeux. Ce n’est évidemment pas notre position. Les gauchistes ne sont pas seuls en cause, voyez le maire d’Aulnay-sous-Bois Bruno Beschizza, ancien commandant de police, ancien syndicaliste policier, supposé « de droite » : il a pris fait et cause pour Théo ! Au mépris total de la présomption d’innocence de nos collègues. La finalité des forces subversives est de détruire notre nation, quoi de mieux pour cela que d’empêcher la police et l’appareil judiciaire de mener à bien leurs tâches ?

Propos recueillis par Samuel Martin

Article paru dans Présent daté du 1er octobre 2018