Dictature sanitaire – Fort avec les faibles et faible avec les forts

manifestation

Rien n’est plus extraordinaire que cette juxtaposition française de la chicote quotidienne et d’un apocalyptique chaos. « L’amour excessif de la licence, qui pénètre jusqu’à l’intérieur des familles conduit à l’anarchie et mène ainsi à la tyrannie (Aristote République, VIII) ». Mais aujourd’hui, anarchie et tyrannie vont de pair, sévissent non pas comme des étapes successives de la corruption d’un système, mais en parallèle, « en même temps ».

La puissance publique, comme aux pires heures sombres du Moyen-âge, s’est donnée des boucs émissaires et des coupables de l’épidémie. Avec un zèle méticuleux qui fait froid dans le dos, et sans l’once d’une justification, elle s’acharne contre ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre: millions de petits commerçants, libraires, restaurateurs, ruinés, dévastés, poussés au suicide, pratiquants, étudiants privés de leurs cours, saisonniers des stations de skis, citoyens isolés enfermés chez eux et condamnés à justifier chaque sortie au moyen d’un Ausweis (selon le terme banalisé dans la population).

Ceux là, sont implicitement traités comme les propagateurs potentiels du covid 19 et une main de fer impitoyable s’abat sur eux. Mais à côté, la puissance publique ne peut que baisser les bras et reculer devant de gigantesques manifestations violentes qui se déchaînent dans toute la France. Des centaines de milliers de manifestants et de casseurs, massés les uns contre les autres, formant les plus monumentaux foyers (clusters) de contamination. La jauge de 8 m2, imposée aux commerçants, elle était respectée samedi place de la Bastille? Et les attestation des casseurs, correctement remplies? (Tellement plus facile de verbaliser une personne âgée – 135€ – pour une rature sur son laissez-passer!) Et songer à la misère du petit libraire et ses trois clients par heure, obligé de fermer pendant un mois, en comparaison avec cette foule immense et compacte, donne le vertige… Au fond, c’est toujours la même histoire.

Rien n’est plus facile que de soumettre à coups de menton la France pacifique et laborieuse. Mais face à la violence et au chaos, mieux vaut baisser lâchement les yeux et oublier covid-19. Deux poids deux mesures. Fort avec les faibles et faible avec les forts, nouvelle devise nationale?

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Confinement : l’exaspération semble en passe de l’emporter sur la peur

contre confinement

Le confinement de l’automne ne ressemble en rien à celui du printemps. En mars-avril, la peur du covid 19 fut à la source d’une profonde résignation et d’un consensus en faveur d’une suspension générale de la liberté d’aller-et-venir. En témoignait la ferveur populaire autour de l’acclamation des soignants, chaque soir aux fenêtres des appartements. A 20 heures désormais, aucune clameur ne rompt le silence : cet élan unanime a disparu.

Un climat de défiance s’est, bien au contraire, installé à sa place. 75% des Français – ballottés par la houle des ordres et des contre-ordres – estime que le pays n’était pas prêt face à la « deuxième vague » (Elabe 29 octobre). Un doute s’exprime désormais sans complexe quant à l’efficacité de solutions autoritaires : « Vouloir arrêter une épidémie par le confinement revient à arrêter la mer avec les bras » déclare M. Jean-Loup Bonnamy, le 6 novembre, au Figaro. Des voix s’élèvent pour déplorer le recul de la démocratie parlementaire au profit d’une gouvernance sanitaire. L’influence d’une poignée de médecins médiatiques, la toute-puissance d’un comité scientifique composé d’experts non élus et d’un « conseil de défense », habilité par l’état d’urgence à suspendre les libertés en dehors de tout contrôle politique, bousculent la tradition démocratique française, achevant de marginaliser le suffrage universel.
Dans les éditoriaux et les discours, sur les murs de la cité, la formule de « dictature sanitaire » n’est désormais plus taboue.
« Vous êtes rétive aux remèdes ; mais nous saurons vous soumettre à la raison ! » jette Sganarelle, le médecin de Molière, à Jacqueline la servante[1].

D’ailleurs, dans les profondeurs de la nation, les restrictions aux libertés sont de moins en moins supportées, comme si, pour la première fois, l’attachement à la liberté l’emportait, chez les Français, sur la peur du covid-19, malgré une situation sanitaire alarmante. Ainsi, 60% d’entre eux reconnaissent avoir violé les règles du second confinement (Ifop, 12 novembre). La même enquête souligne l’ampleur des dégâts psychologiques qui affectent 52% des personnes interrogées. Jusqu’où la vie quotidienne, la vie confinée, privée de mobilité, de perspectives sociales, professionnelles et familiales, vaut-elle la peine d’être vécue ? Et que dire de l’honneur bafoué d’une nation qui se sent infantilisée par ses élites dirigeantes ? Le regard que portent les voisins européens sur un peuple dont les habitants sont condamnés à remplir une attestation bureaucratique pour sortir de leur domicile, et devoir justifier, comme des gamins immatures, chacune de leur sortie, est ravageur pour la dignité des Français, comme en témoigne l’article du journal allemand Die Zeit du 12 novembre qui parle d’Absurdistan.

Les Français ressentent comme une humiliation supplémentaire de se voir imposer, comme à des enfants ou des « majeurs incapables » privés de discernement, des règles fixant leurs besoins « essentiels » et non « essentiels ». Ils ne comprennent pas le choix arbitraire – et tellement emblématique de l’obscurantisme bureaucratique – d’autoriser la vente de tabac ou de chocolats mais de leur interdire d’acheter des livres en librairie. Ils n’acceptent pas le chantage permanent sur « Noël et les fêtes de fin d’année », l’ingérence dans leur vie privée d’un ordre sanitaire qui prétend leur dicter jusqu’au nombre des convives à leur table. D’ailleurs, cet ordre sanitaire, par son contraste avec la violence et le chaos qui rongent les zones de non droit, donne l’image d’une autorité à géométrie variable qui nourrit le sentiment d’injustice.

Face à l’épidémie, le choix de privilégier une logique de pénitence collective atteint désormais ses limites. Un grondement sourd remonte en ce moment des entrailles du pays. Des chrétiens bravent les interdits et les menaces en se réunissant malgré l’interdiction devant les églises. Les associations culturelles et sportives manifestent leur désarroi. Les commerçants, les artisans, les restaurateurs ruinés se mobilisent face au mépris d’une France dite « d’en haut » qui les taxe de « poujadisme » et ferme les yeux sur leur détresse, celle de femmes et d’hommes de tous les âges, de toutes les opinions et de toutes les origines, ayant consacré des années à bâtir leur gagne-pain. Un vaste élan national de solidarité (par-delà quelques récupérations infamantes), est en train de naître dans le pays autour de cette détresse comme en témoigne le succès de plusieurs pétitions réclamant la réouverture des magasins.

La crise sanitaire exacerbe la fracture démocratique entre la sphère dirigeante qui offre une image de déconnexion ou d’intransigeance obtuse et l’immense majorité silencieuse, des sans-dents aux Gaulois réfractaires, blessée dans sa dignité. Quand l’exaspération commence à prendre le pas sur la peur du covid-19, dans un contexte économique et social désastreux, condamnant une génération à l’enfer du chômage et 10 millions de personnes à la pauvreté, l’heure de tous les dangers approche.

[1] Le médecin malgré lui, scène IV

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Touche pas à nos livres!, par Maxime Tandonnet

De tous les choix idéologiques accomplis par l’équipe au pouvoir depuis 2017, l’un des plus révélateurs est le classement du livre parmi les « produits non essentiels » qui justifie la fermeture des librairies, à l’inverse des commerces alimentaires, ou électroniques, décidée dans le cadre du confinement.

Longtemps, une toute autre vision a dominé l’attitude des dirigeants français face au livre. La mesure la plus cruciale à cet égard fut la décision d’instaurer un prix unique en 1982. Pour protéger le réseau des librairies, indispensable à la diffusion du livre en luttant contre le dumping des grandes surfaces, l’Etat interdisait toute modification du prix fixé par l’éditeur, de plus de 5% à la hausse comme à la baisse. Le livre était ainsi sanctuarisé comme un objet au-dessus de tous les autres, au nom du respect dû à cet outil de l’intelligence, de la culture et de la transmission du savoir, ainsi placé au-dessus des lois du marché et de la concurrence.

Aujourd’hui prévaut un principe inverse : le livre, considéré comme un produit non essentiel, vaut moins qu’un téléphone portable ou une tablette électronique. En quarante ans, sous l’effet de l’idéologie dominante, le statut du livre a basculé de celui de bien sacralisé à celui de produit inférieur, non essentiel à la vie quotidienne des Français. Que s’est-il passé ?

Tout d’abord, l’idéologie du « nouveau monde » ou de la « transformation de la France » est à l’œuvre. Elle repose sur le dogme de la table rase, voue aux gémonies l’histoire, les racines, la tradition qui ancre la personne dans une culture. Or le livre est le symbole même de la transmission du savoir : « la lecture de tous bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée, en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées » (Descartes).

Le livre fait ainsi obstacle au rêve d’engendrer un homme neuf, apuré de ses racines et de sa culture, privé de tout esprit critique, donc interchangeable et manipulable à merci, au cœur de l’idéologie dominante dans le monde occidental. Il retarde la mutation de la France en « start up nation », débarrassée du boulet de son histoire et de sa culture.

Le livre est un outil de résistance et un contre-pouvoir redoutable. Qui peut prendre possession de la conscience d’un homme ou d’une femme capable de s’émerveiller en lisant les Rêveries du promeneur solitaire, les Mémoires d’Outre-Tombe, Notre-Dame de Paris, les Misérables, ou de s’évader du château d’If avec Edmond Dantès ? Qui pourra jamais guider la pensée et la conduite d’un passionné de Montaigne, de Molière ou de Péguy ? Qui saura soumettre le lecteur ébloui de Pantagruel, du Tartuffe ou du Misanthrope ; asservir l’amateur passionné d’une biographie de Charles de Gaulle ou de Winston Churchill ? Pour engendrer un troupeau servile, bêlant de conformisme et prêt à s’agenouiller devant n’importe quel roitelet, mieux vaut vendre des smartphones et des jeux vidéos que des livres.

Le mépris des livres, à travers la fermeture administrative des librairies quand d’autres commerces sont autorisés est un signe patent de l’abêtissement des élites dirigeantes françaises. De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand incarnaient des générations pour laquelle le livre était un objet de vénération, la matérialisation de l’intelligence, de la culture générale, de la liberté de pensée, une arme absolue de résistance à tous les fanatismes. Jamais l’idée saugrenue de fermer les librairies, sous aucun prétexte, même dans la pire des apocalypses, ne serait venue à l’esprit des personnalités de cette époque.

« Quand j’ai un peu d’argent, je m’achète des livres, et s’il m’en reste, j’achète de la nourriture et des vêtements » (Erasme). La dégradation de l’image du livre dans notre société, qui s’exprime à la perfection dans le choix politique de ne pas le considérer comme un bien essentiel, au point d’en interdire la vente, est sans doute le signe le plus patent du déclin intellectuel des élites dirigeantes françaises. Se rendent-elles compte qu’en empêchant les libraires de promouvoir le rire de Rabelais, la raison de Voltaire et de Montesquieu, elles favorisent les idéologies de l’intolérance telles que la barbarie islamiste ? Il faut craindre que non…

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Professeur décapité: l’effondrement de la France, par Maxime Tandonnet

Un professeur d’histoire géographie a été décapité à Conflans-Sainte-Honorine, à quelques kilomètres de la capitale, pour avoir parlé de la liberté à ses élèves et leur avoir enseigné la liberté d’expression. Nous atteignons le paroxysme de la barbarie islamiste, une terreur sanguinaire à laquelle le nazisme n’a rien à envier. A travers ce crime d’une sauvagerie inouïe, c’est toute la civilisation qui est décapitée, la culture gréco-latine, chrétienne, et les principes de la liberté et de la démocratie française.

Nous payons le prix de la bêtise, de la lâcheté, de l’ignominie d’une France dite « d’en haut », politique, médiatique, faussement intellectuelle qui ferme les yeux depuis trop longtemps avec complaisance sur la barbarie islamiste. Ils ont laissé le mal absolu prendre racine sur le territoire français.

Les complices de cette tragédie sont tous ceux qui, depuis 2012 et le massacre d’enfants juifs dans une école de Toulouse, puis celui de Charlie hebdo et du magasin casher, puis le Bataclan, Nice, le vieux prêtre de Normandie, les deux adolescentes de la gare de Marseille, aujourd’hui ce courageux professeur d’histoire-géographie, s’emploient à excuser les tortionnaires ou relativiser l’horreur de leurs crimes. Coupables aussi les propos irresponsables sur les « mâles blancs », ou les crimes contre l’humanité » de la France coloniale, des propos qui ont tant fait pour attiser la haine de la France et de ceux qui l’incarnent et perpétuent sa culture, à l’image du professeur d’histoire-géographie.

Coupables ceux qui se trompent de guerre, foulent au pied les droits de l’homme au prétexte d’une épidémie, comme don Quichotte et les moulins à vent, mais courbent l’échine face à à la terreur islamiste, en vertu des mêmes droits de l’homme, jusqu’à prôner le rapatriement des tortionnaires de daesh. Coupables enfin les brutes démagogues en tout genre ne songeant qu’à récupérer le fleuve de sang qui emporte la France comme un bouchon de liège, à des fins électoralistes. Derrière ce crime abominable, le vertigineux effondrement d’une Nation.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Covid émissaires, par Maxime Tandonnet

En matière de statistiques de la reprise du covid-19, la France est le pays d’Europe le plus touché: sur deux semaines de septembre, 143 000, pour 100 000 en Espagne, 54 000 au RU, 22 452 en Allemagne, 21 000 en Italie. Ces chiffres sont déshonorants. Pourtant, l’immense majorité des Français s’est pliée à toutes les contraintes, tous les asservissements exigés d’elle, un mois et demi d’assignation à résidence, l’humiliation des petits laissez-passer et des contrôles tatillons. Elle a passivement accepté les ordres et les contre-ordres comme un bon troupeau docile et obéissant: sortez de chez vous, n’ayez pas peur! Non, ne sortez plus, c’est la guerre! Aujourd’hui, le troupeau docile se soumet largement au port obligatoire du masque. Pendant un trimestre, de janvier à avril, le discours officiel a martelé que le masque ne servait à rien, qu’il était inutile sinon nuisible. Aujourd’hui il est au contraire vital, salutaire, donc obligatoire. L’immense masse des Français, à 98%, suit, se soumet en bon troupeau docile. Aujourd’hui, face à l’aggravation de la situation, il faut des boucs émissaires.

Quels éléments, quelles preuves a-t-on que les bars et les restaurants sont responsables de la reprise de l’épidémie? Quels indicateurs permettent de penser que les bars et les restaurants de Marseille en particulier sont source de la contagion? Mais il faut cogner, montrer que l’on tient les coupables. Et de quel droit se permet-on, depuis Paris, d’interdire à toute une catégorie de professionnels d’exercer leur métier et de vivre de leur travail à 800 km de là? Les « petits » indépendants sont mal aimés de la classe dirigeante.

Bars, restaurateurs, ils incarnent la France emblématique, la France profonde, la France des ronds-points, la France périphérique, la province « moisie », à l’inverse des « élites sans frontières éclairées », bref, la France vile, la France coupable. Le mépris, toujours, au coeur même de l’idéologie dominante. Un million d’emplois en dépendent. Qu’importe: emplois de gueux, de sans dents et de Gaulois réfractaires.

Tout cet été caniculaire, la fête a battu son plein dans mon quartier parisien ou des groupes marginaux se retrouvaient sans masque (évidemment) autour de la sono pour boire, danser et fumer. Normal, eux étaient dans le droit chemin: ils faisaient le fête, ils emmerdaient les bourgeois du quartier. Le chaos légitime, la délinquance correcte, voilà ce qu’on ne voit pas en Allemagne ou en Angleterre, voire même en Italie, expliquant la différence.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Le virus a bon dos, par Maxime Tandonnet

Les informations se suivent et ne se ressemblent pas. La rentrée de septembre est marquée par la peur d’une reprise de la pandémie et d’une seconde phase « exponentielle ». D’autres sources d’informations montrent le contraire, comme cet article de Capital. Depuis mars dernier, le monde a changé en mal. Il a basculé dans tout autre chose. Nous vivons dans le monde d’après et il n’est pas beau à voir. L’arrêt des grands voyages planétaires est emblématique de l’anéantissement de la liberté et de l’enfermement des consciences. Le chômage, le désœuvrement et la pauvreté ravagent nos sociétés mais la dissimulation et le truquage des réalités sont désormais banalisés, comme dans n’importe quel système totalitaire. La violence omniprésente est le signe de la désintégration du tissus social, dans un monde où il est interdit de voir le visage d’autrui et de serrer les mains. La montée des idéologies de la table rase extrémiste en politique n’est que le reflet de la barbarie croissante de la société. L’indifférence, l’abstentionnisme, le repli sur soi, le dégoût et la méfiance imprègnent toute vie politique.

Alors, l’unique explication à ces phénomènes qui est donnée est celle du virus. De fait, le virus n’est qu’un déclencheur, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres de la maison globale. L’effondrement, la crise suprême de civilisation était déjà en germe dans l’exubérance de la mondialisation chaotique et débridée. Le virus a fait éclater une bulle qui devait de toute façon éclater. Aujourd’hui, il est un prétexte. Il est là certes. Il est là mais il a pris toute sa place, toute son utilité, sa raison d’être comme pilier du monde d’après. Il est là aussi pour faire peur, pour faire oublier nos malheurs, nos désastres et nos échecs, la chute dans le nihilisme.

Les élites dirigeantes ou influentes ont besoin de ce virus comme bouc émissaire d’une société épouvantable dans laquelle nous sommes en train de faire naufrage, une société sans travail, sans jeunesse, sans courage, sans imagination, sans désir, sans but, sans idéal, sans liberté – en particulier la première de toutes, la liberté de se déplacer, de franchir les frontières, de partir, bref s’évader, le plus joli mot de la langue française. Même quand le virus aura objectivement disparu, il sera toujours là, comme une menace infernale brandie par les autorités morales et nous tenir en laisse par le biais de la peur. Et s’il n’est vraiment plus là, il sera aussitôt remplacé par un autre virus.

Le « monde d’après » – le nôtre désormais – a besoin de lui, le virus est au centre de son équilibre et de sa survie. Et contre la peur, il n’existe qu’une seule arme: la vérité.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

« Dix petits nègres », despotisme de la bêtise, par Maxime Tandonnet

Les dix petits nègres d’Agatha Christie sont débaptisés et deviennent « Ils étaient dix ». Pourquoi? Leur titre était supposé offensant au regard de l’antiracisme. De prime abord, cette décision prête à rire tant elle ruisselle de bêtise. Le titre d’une oeuvre s’attache à une époque. Le juger au regard des valeurs et de la sensibilité dominante, presque un siècle plus tard, est le sommet de l’aberration. Le titre est le nom d’une oeuvre, son identité, son essence même.

Le modifier transforme cette oeuvre. Les valeurs dominantes d’aujourd’hui justifieraient donc de modifier la nature même d’un livre considéré comme un chef d’oeuvre qui date de 80 ans. De quoi est faite l’idéologie dominante aujourd’hui? antiracisme, communautarisme, rejet des nations et des frontières, ultra-féminisme ou théorie du genre, indigénisme, nivellement et puritanisme. En suivant la même pente, les deux tiers de la littérature occidentale deviennent suspects.

Il faudra brûler par exemple la chanson de Roland (racisme anti-Maure), Shakespeare (racisme) “Dites encore une fois dans Alep, un méchant Turc frappant un Vénitien et insultant la République, je pris à la gorge ce chien (Othello)” … Montaigne, Chateaubriand, Kipling (colonialisme), Molière (sexisme – les femmes savantes, quelle horreur!),Voltaire, Balzac, Flaubert, Maupassant (sexisme), Nietzsche (sexisme, racisme anti-germanique), Barrès, Péguy (nationalisme). Nous sommes là au corps de la logique totalitaire: détruire le passé, la culture, l’intelligence, pour engendrer un « homme neuf », apuré de toute culture, dès lors indéfiniment manipulable et servile. Changer le titre d’une oeuvre historique célèbre, brûler les livres ou saccager les statues sont des gestes de la même nature. Je ne dis pas que c’est la même chose, mais que la logique qui la sous-tend est exactement la même.

Les systèmes totalitaires de l’histoire, tortionnaires de la loi des Suspects et de la Terreur, l’URSS de Lénine, Trotski et Staline, l’Allemagne hitlérienne et l’Italie fasciste, la Chine de Mao et le Cambodge de Pol Pot, plus près de nous les djihadistes de daesh, avaient à coeur d’éradiquer le passé, l’histoire et la culture pour préparer cet avènement de l’homme neuf. La même logique de la table rase est en ce moment à l’oeuvre dans le monde occidental où elle fait rage sous d’autres formes, moins sanguinaires en apparence, beaucoup plus subreptices et hypocrites, mais tout aussi perverses.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Le nouveau monde ou l’abêtissement politique

« Nouveau monde » ou « monde d’après », il est utile de se pencher sur la réalité de la vie politique aujourd’hui en France. Elle est dominée par un abêtissement général, perceptible autour d’une dizaine de paramètres:

La fin de l’engagement : les partis politiques supposés, selon la Constitution concourir « à l’exercice de la démocratie », sont en voie de disparition. La dernière enquête CEVIPOF d’avril 2020 sur l’état d’esprit des Français (vague 11bis), montre qu’ils sont devenus l’institution la plus impopulaire (11% de confiance). Les taux d’adhésion s’effondrent. Or, les partis politiques servaient classiquement à faire émerger les projets et à désigner les futurs responsables politiques. Par quoi ont-ils été remplacés?

La courtisanerie : elle se distingue de l’engagement par sa motivation: l’intérêt carriériste, la vanité ou simplement l’éblouissement puéril. Notre époque n’a rien à envier à celle de Saint-Simon. Courtisans et lèche-bottes prolifèrent autour du prince, obsédés, au mépris de toute dignité, par leur seule place au soleil.

L’incarnation : le sujet essentiel qui domine tout le reste est celle de l »incarnation. La formule est sur toutes les lèvres: « qui pour incarner »? La politique se limiterait au choix d’une idole, un gourou, une vedette médiatique dont la mission est « d’incarner ». Incarner quoi? La question ne se pose même pas, ou à peine. Le chef est une fin en soi, l’incarnation du rêve et de l’illusion à laquelle chaque citoyen est invité à se soumettre. Ce phénomène est le plus symptomatique du climat d’asservissement général.

Le grand spectacle : la vie politique a vocation à se muter en spectacle déconnecté de la réalité où s’ébattent des acteurs, des artistes de l’illusion. Faute d’agir sur le monde des réalités et de gouverner, ils se livrent à une surenchère d’annonces spectaculaires, de coups de communication, de paroles creuses, de coups de menton, de provocations censées remplir le vide laissé par leur démission. Il n’est pas d’aveu plus évident de l’impuissance et du renoncement politique que les gesticulations d’un fanfaron.

La déconnexion : le triomphe du grand guignol est le signe de l’affaiblissement des courroies de transmission entre le politique et la société. Sur la dette publique, l’évolution des prélèvements obligatoires, la désindustrialisation, la maîtrise des frontières, la poussée de la violence et de la barbarie, l’effondrement scolaire, l’autorité publique a largement intériorisé le sentiment de l’impuissance publique et de la perte de ses leviers d’action.

La post démocratie : le qualificatif de démocratie appliqué à la nation moderne est au cœur de la duperie. Il est admis une fois pour toute que l’élection se résume à une sorte de fête des illusions. Ce que pense le peuple n’a pas la moindre esquisse d’importance. L’avenir se prépare sans lui et en dehors de lui. Il est conçu par des forces et des individus prétendument détenteurs de la vérité, sur l’ Europe, les frontières, la sécurité, la morale, les impôts et la dette publique, l’éducation nationale, c’est-à-dire les grands sujets de l’époque.

L’extrémisme ou démagogie : le néant des idées et des projets n’est en rien synonyme de tolérance, de concorde et de sagesse. C’est le contraire qui se produit. La nature ayant horreur du vide, le nihilisme se traduit par une fuite en avant dans la radicalisation et le sectarisme. Dès lors que le réel n’a plus la moindre importance, la politique devient surenchère de promesses démagogiques nonobstant les conséquences (sortie du nucléaire, revenu universel) et d’affrontement hargneux et sectaires entre fauves hystériques.

Le triomphe de l’indifférence : ce grand cinéma ou numéro d’illusionnisme se déroule sur fond d’indifférence générale. L’abstentionnisme (54% aux dernières législatives) est un mouvement de fond qui ne cesse de s’amplifier. La métamorphose de la vie politique en grand spectacle nihiliste pourrait susciter l’indignation et la révolte. Or ce phénomène n’est que sporadique et marginal. Le sentiment dominant est au repli individuel. Le destin collectif s’efface au profit de la quête d’une survie et la chute vertigineuse de la France, comme un radeau en perdition que le torrent entraîne vers le précipice, n’est pas la préoccupation des Français dans leur majorité.

L’irresponsabilité : l’indifférence générale est la porte ouverte à toutes les dérives et tous les abus. Les dirigeants peuvent faire absolument n’importe quoi aujourd’hui – clanisme, copinage, corruption avérée, mensonges, contradictions, fautes monstrueuses aux conséquences tragiques, insultes contre la nation, trahison – les mécanismes de mise en jeu de leur responsabilité (politique, judiciaires) et de sanction sont comme neutralisés. Tout est possible et rien ne semble devoir les arrêter.

La culture de médiocrité : dans ce monde nouveau disparaissent les références historiques et intellectuelles. Il en faudrait sans doute peu pour démontrer la vanité, l’absurdité et la dangerosité du grand cirque. Mais elles ont disparu. L’éclat de voix d’un footballeur, d’un présentateur de télévision d’une actrice de cinéma ou de n’importe quel pitre n’ayant jamais lu un livre vaut plus que la parole d’un écrivain du XXe siècle et n’importe quel tweet méchant écrase d’un coup de talon la pensée de Péguy ou de Bergson. Sur ce terreau de médiocrité s’enracine le nouveau monde décrit ci-dessus.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Rassemblements normalement interdits ? Castaner ne sanctionnera pas les manifestations contre le racisme et les violences policières

«Les manifestations ne sont pas autorisées dans les faits car il y a un décret du premier ministre dans le cadre de la deuxième phase du déconfinement qui interdit les rassemblements de plus de dix personnes. Mais je crois que l’émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent»

Cette déclaration politique de M. le ministre de l’Intérieur est d’un intérêt exceptionnel au regard de ce qu’elle nous apprend, ou nous confirme, sur l’évolution de la politique et de la société actuelles dans le monde occidental et en particulier en France. La source essentielle de l’autorité ne se situe plus dans les règles juridiques, c’est-à-dire le droit international, la Constitution, les lois et les règlements, mais dans l’émotion mondiale qui, dès lors qu’elle est « saine » , prédomine sur le droit. Ces paroles ne font que traduire une vérité soigneusement occultée du monde contemporain. Une image fortement médiatisée, bouleversante, déclenchant une vague d’émotion planétaire, partie de n’importe quel point du village global, l’emporte, par sa puissance sur toute norme juridique existante.

Les conséquences de ce phénomène sont titanesques. Il signifie que les notions de souveraineté, de démocratie, de frontières, d’Etat, sont réduites à néant. Il suffit d’une image, venue de n’importe quel point du globe, pour balayer d’un revers de main les principes, les règles de droit que les peuples se sont forgées par la voie du suffrage universel. L’autorité de l’Etat s’efface, comme balayée par de grandes vagues d’émotion mondiale. « L’émotion saine », déclenchée par delà les frontières, se traduit donc, sur le terrain, par l’affaiblissement ou la disparition des règles du jeu fondatrices de la vie sociale, forgées par la voie démocratique. Or, comme le disait Charles Péguy, « L’ordre et l’ordre seul, en définitive, fait la liberté ». Ce sont bien les règles de l’Etat de droit qui protègent les hommes, les femmes, les familles, de la violence et de la tyrannie des gangs et des mafias ou autre formes de terreur. « Qui veut faire l’ange fait la bête » disait aussi Pascal. Ou comment la logique de « l‘émotion saine » peut déboucher, à terme, sur le chaos l’abolition de toute démocratie – pourquoi voter dès lors que les lois ne servent plus à rien? – et le pire des despotismes.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet


Salutaire commission d’enquête sénatoriale, par Maxime Tandonnet

L’annonce de la création d’une commission d’enquête sénatoriale sur la gestion de la crise du covid 19 a suscité le trouble en haut lieu. Or, avant toute autre chose, face au bilan d’une tragédie les Français ont le droit de savoir de manière factuelle ce qui s’est passé, d’établir les responsabilités et d’en tirer les conséquences en termes de sanctions politiques. C’est là un principe démocratique absolu dont il est inconcevable de les priver.
Art. 15 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen: La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.
Cela concerne toute personne en charge d’une responsabilité publique, aussi bien le chef de l’Etat, le Premier ministre, les ministres et les fonctionnaires.

Pendant trois ans, les Français ont été abreuvés de paroles grandiloquentes « Jupiter », « exemplarité », « renouvellement », « transformation », « refondation » et d’une avalanche de communication à outrance. Or, des questions se posent inévitablement sur le décalage entre la splendeur arrogante affichée au quotidien et le piètre bilan d’une tragédie. Si l’on en juge par les données de l’OMS, pour une taux de létalité moyen dans le monde de 7,09 %, la France affiche les pires résultats : 19%, pire que la Belgique : 15,68, Royaume-Uni : 15,43, Italie : 13,72, Pays-Bas : 12,33, Suède : 12,09, Espagne : 10,22. Il apparaît qu’en France l’on meurt trois fois plus qu’aux USA (5,76), et cinq fois plus qu’en Allemagne (4,15) qui se classe dernière (une fois n’est pas coutume) en Europe à égalité avec le Portugal.

D’innombrables questions se posent: sur l’absence des masques pendant trois mois, des tests de dépistage, de places de réanimation en nombre suffisant, la situation hospitalière, les revirements dramatiques de la communication officielle, les 50 jours de privation de liberté infligée aux Français assignés à résidence, les morts dans les EPAD, l’effondrement économique de la France, infiniment pire qu’ailleurs, notamment en Allemagne. La crise aura fait au bas mot une trentaine de milliers de morts et probablement des millions de chômeurs.

Cette hécatombe n’était pas une fatalité si l’on en juge par la situation de nombreux autres pays qui n’ont pas connu ce niveau de désastre. Il est inepte d’affirmer que « ce n’est pas le moment de gêner l’exécutif ». Enquêter, faire la lumière, n’entrave pas la poursuite de l’action. Les Français ont le droit de savoir aujourd’hui, à chaud, ce qui s’est passé. Demain, à grand renfort de matraquage médiatique, les esprits passeront à autre chose. C’est donc bien aujourd’hui que les Français ont le droit de demander des comptes à travers leurs représentants, à travers les sénateurs. La création de la commission d’enquête sénatoriale est tout à l’opposé d’une manœuvre politicienne. Elle est un acte indispensable de transparence, de justice et de démocratie.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Rendez-nous la liberté de la mer et de la montagne!, par Maxime Tandonnet

La fermeture au public des sentiers de forêt, de montagne et de littoral est difficilement compréhensible tant le risque de propagation du virus y est faible, observe l’historien Maxime Tandonnet. Ces lieux où l’âme divague à loisir sont pourtant des espaces de liberté.

Parmi toutes les interdictions qui se sont abattues sur la France depuis mi-mars 2020, l’une est emblématique et est ressentie comme particulièrement choquante par les Français: celle de se rendre dans les espaces sauvages, les forêts, les montagnes ou les plages.

Les Français, dans leur ensemble, admettent vaille que vaille, en peuple docile, certaines suspensions de leurs libertés, y compris la plus précieuse de toutes, celle d’aller et venir où bon leur semble, dès lors que cette privation peut se justifier par la nécessité d’enrayer l’épidémie et de sauver des vies. Ils acceptent le principe de leur assignation à résidence, une mesure privative de la liberté ; ils tolèrent de se soumettre à l’obligation de détenir un sauf-conduit et à des contrôles qui dérogent aux principes d’une démocratie libérale, dès lors que cette suspension de la liberté est temporaire, circonscrite dans le temps, et qu’elle est compréhensible quant à son lien avec la lutte contre la contagion.

En revanche, l’interdiction de se rendre dans les forêts, les montagnes et les plages, sans aucun précédent (à l’exception du bannissement du littoral sous l’occupation), ne leur paraît pas avoir de fondement rationnel. Il est permis de se rendre dans des magasins, de prendre les transports en commun bondés, de marcher dans la rue ou dans les espaces publics. Mais pourquoi les lieux sauvages, où justement l’espace est sans limite – la France compte 5041 km de côtes sablonneuses, et des sentiers de forêts ou de montagne immesurables – sont-ils strictement prohibés?

De fait, le risque de la contagion dans les espaces sauvages infinis est faible sinon inexistant comparé à l’entassement urbain des bus et métro qui est autorisé. «Il vaut mieux éviter la tentation» leur dit-on. Cela signifie-t-il que les Français sont considérés comme assez inconscients ou stupides pour songer à s’entasser comme au mois d’août sur la Côte d’Azur? Ou bien que, dans un étrange élan de superstition, la population serait vouée à une grande cure de repentance ou de pénitence nationale face au mal invisible qui frappe le pays?

L’explication de cette interdiction de fréquenter les forêts, les montagnes ou les plages est d’une autre nature. La France est depuis longtemps et de toute évidence entrée dans une logique totalitaire, non pas au sens des régimes sanguinaires du XXe siècle, fascistes ou soviétique, mais au sens de l’obligation de nivellement et de conformisme. La morale du troupeau ne date pas d’aujourd’hui, mais se réalise avec une acuité particulière dans le contexte de la crise sanitaire.

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Le pire est à venir, par Maxime Tandonnet

L’objectif n’est pas de faire peur, mais de se préparer au moins mentalement. Dix millions de personnes au chômage, (même « partiel »), soit un tiers de la population active, des centaines de milliers de petits commerces, entreprises de restauration, PME ruinés, plus de 20 000 morts, la liberté d’aller et venir saccagée, l’explosion de violence dans les banlieues: la France comme le monde occidental connait un ébranlement titanesque. Le virus n’est sans doute que l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. La crise de civilisation couvait. Attention! Nous n’en sommes sans doute qu’au début de la catastrophe.

Une dépression au moins aussi violente que celle de 1929 aura un impact tout aussi stratosphérique. 1929 a fortement contribué à produire l’apocalypse de 1939-1945. Nous sommes aujourd’hui au bord d’un abîme dont les profondeurs sont inaccessibles à la conscience. L’accélération brutale de la décomposition d’une société, la désintégration des solidarités planétaires, européennes conduisent d’indescriptibles vagues de violences et de désespoir collectif. Un volcan se réveille et commence à cracher sa lave.

De vertigineux chamboulements politiques et internationaux sont inévitables. Nous assistons au retour de la force de l’histoire décrite par Charles Péguy.« C’est ici le plus grand mystère peut-être de l’événement, mon ami, c’est ici proprement le mystère et le mécanisme même de l’événement, historique, le secret de ma force, mon ami, le secret de la force du temps, le secret temporel mystérieux, le secret historique mystérieux, le mécanisme même temporel, historique, la mécanique démontée, le secret de la force de l’histoire, le secret de ma force et de ma domination… » Péguy (Clio, dialogue de la vertu et de l’âme païenne).

Oui mais que proposez-vous? En ce moment, les marchands de mots magiques et de remèdes-miracle prospèrent: « plus d’Europe », ou « plus de souveraineté », voire les deux à la fois (bravo!), la « décentralisation », la « déconcentration », le « renforcement de l’Etat », ou son « démantèlement », plus de « capitalisme », ou plus de « socialisme », apurer le pays des « énarques », ou des « journalistes » ou des « experts », ou des « politiciens »…

Cette plongée dans la banalité ne pèse rien devant l’ouragan qui nous emporte et la violence insatiable de l’histoire, ce grand fauve irascible et indomptable. Un ou des héros surgiront de l’apocalypse ou du néant, comme toujours en pareilles circonstances, mais sous une forme tout aussi imprévisible que la nature des événements qui viennent vers nous comme une grande vague.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Coronavirus – Le séisme idéologique, par Maxime Tandonnet

Les événements que nous vivons annoncent un tournant moral, idéologique, intellectuel, un bouleversement des mentalités, comme il en survient tous les demi-siècles ou tiers de siècle.

Aujourd’hui, il est ouvertement question de 70% de la population contaminée, mais aussi de prédictions faisant état de 300 à 500 000 morts (sinon plus), d’une calamité comparable à une guerre, à la débâcle de 1940. Depuis 24 heures – notamment le passage emblématique au stade 3 de l’épidémie – un climat de fin du monde s’est abattu soudain sur le pays.

Ce traumatisme infini, qui est en train de surpasser celui des attentats de Toulouse, de Charlie et du magasin casher, du Bataclan et de Nice (260 tués), ouvre la porte d’une révolution radicale dans l’ordre des idées.

Demain matin, plus rien ne sera comme avant :

– La crise économique qui vient s’annonce dramatique: une vague de chômage, sans commune mesure avec celle de 2008, consécutive à l’arrêt complet de la vie économique et sociale, s’apprête à ravager la France et toute l’Europe, de gigantesques déficits publics et explosion des dettes en résulteront compromettant, de toute évidence, la survie de l’euro.

– La fin de la mondialisation bienheureuse, du monde sans frontière, de l’individualisme roi et du culte de l’argent, au cœur de l’idéologie dominante depuis les années 1990. La tragédie actuelle, venue du fond de la Chine, sera toujours perçue comme l’aboutissement ultime de l’idéal de globalisation.

– L’écroulement du projet européen: cette crise a démontré jusqu’à la caricature la faillite de la solidarité européenne, à l’image d’une Union européenne inexistante, d’une Italie abandonnée à son triste sort, de la course à l’isolement et des fermetures de frontières.

– La fin de l’idéologie ultra-libérale et anti-Etat, au regard de l’affaiblissement des capacités médicales et hospitalières, produit de plusieurs décennies de restrictions budgétaires drastiques: la grande terreur qui submerge en ce moment la France tient à la perspective d’une saturation des capacités de soins – à l’image de l’Italie ou du grand Est – autant qu’à la gravité de la maladie.

– Une violente et brutale aggravation du malaise démocratique. Après les élections présidentielles et législatives de 2017 biaisées par le scandale, le premier grand scrutin national de ce quinquennat vient à son tour de sombrer dans le chaos – voire le doute quant à sa légitimité. Qui peut croire, que les votes prochains, ceux de 2022, ont la moindre chance de se dérouler dans une atmosphère digne de la démocratie ?

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Coronavirus: entre précaution et lâcheté, par Maxime Tandonnet

Où s’arrête le principe de précaution? Où commence la lâcheté? Il est question d’individus en région parisienne qui ne prennent plus les transports en commun, métro et bus, ou ne se rendent plus dans les magasins ou les marchés, les réunions ou les spectacles. Les petits masques blancs fleurissent dans la rue. Entre amis, il n’est même plus question de se serrer la main. Des scènes hallucinantes de racisme envers des personnes d’origine asiatique, dans le métro, m’ont été rapportées de source sûre (même si je n’y ai pas assisté).

Les voyages à destination de pays, guère plus touchés que la France, s’effondrent. Et puis, une floraison d’absurdités: le semi-marathon est interdit mais les matchs de football – sacré ballon rond – autorisés. Il faut dire que les enjeux financiers ne sont pas les mêmes… Quand on annule le salon du livre, quand on ferme les musées et quand on interdit l’accès à des écoles, la peur l’emporte sur la littérature, la culture et science. Il serait même question dans certaines conversations, d’envisager un report des élections municipales. Des juristes estiment qu’il n’y aurait là rien de choquant.

Combien de millions de morts, de deuils et de souffrances indicibles, lors des guerres mondiales, pour défendre la démocratie et le droit de vote? La phobie d’un virus, aussi contagieux et dangereux soit-il, serait-elle donc assez forte pour faire reculer le suffrage universel? Et après, dans cette même logique, demain, toute épidémie de grippe – qui fait de nombreux morts aussi – justifiera-t-elle de suspendre la culture, la démocratie, la vie quotidienne?

Il n’existe pas de liberté sans risque. Celui-ci est réel et comparable à celui d’une grave épidémie de grippe dans ses formes les plus dangereuses. Cependant, le principe de précaution ne justifie pas tout. Quand il dégénère en lâcheté, individuelle et collective, c’est la liberté qui est menacée.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Affaire Griveaux – Leçons sur un scandale, par Maxime Tandonnet

Benjamin Griveaux

Après l’affaire Benjamin Griveaux et son retrait rapide de la course à la mairie de Paris suite à la diffusion d’images privées, la question se pose de ce que doit endurer un homme politique pour maintenir sa stature, jusqu’où cela peut-il aller ?

Aujourd’hui, à l’ère de la transparence, du téléphone portable qui permet d’enregistrer et de filmer en cachette et des réseaux sociaux, nul n’est à l’abri de ce type d’attaque. Voyez M. Rugy l’été dernier, lynché pour avoir servi du homard à ses invités, aujourd’hui M. Griveaux. Rien n’est plus fascinant que le fossé qui s’exprime entre la classe politique et la foule des commentateurs. La « France d’en haut » politique et médiatique, s’indigne de l’acte de délation. Mais la grande masse des commentateurs anonymes et la foule des réseaux sociaux accable M. Griveaux avec une colère qui est révélatrice du climat actuel. On assiste à un défoulement envers un personnage ressenti comme incarnant l’arrogance et le mépris. A travers ce phénomène s’exprime sans doute le rejet du système En Marche. Cette rage est une réponse au pouvoir jupitérien considéré comme déconnecté, intouchable, irresponsable, à l’abri de toute sanction pendant cinq ans. Bien sûr M. Griveaux a été d’une rare désinvolture et imprudence en se filmant ainsi. Cependant, à moins d’être un saint, nul n’échappe désormais au risque de voir une parole ou un acte intime lâché en pâture à la foule. Toute personne qui fait le choix d’une carrière publique doit savoir qu’elle s’expose à la haine et au déshonneur. Ce sont désormais les risques du métier.

La réaction de Benjamin Griveaux est à l’opposé de celles qu’ont pu avoir les Donald Trump, Roland Dumas, Mitterrand, Chirac… face à une telle situation de mœurs. Ceux-ci avaient assumés leurs actes tout en continuant d’exercer leurs fonctions. N’est-ce pas finalement qu’une question de courage ?

C’est une affaire de caractère. Certaines personnalités sont parfaitement blindées face à l’humiliation. François Mitterrand, à la fin de son mandat révélait le secret de sa force lors d’une interview télévisée : « la capacité d’indifférence. » Il se targuait de n’attacher guère d’importance à l’image qu’il donnait de lui-même. Chaque personnalité publique recouvre un être humain. L’humiliation, le lynchage médiatique, le déshonneur et la honte sont une souffrance d’autant plus terrible que les personnalités publiques vivent dans le regard des autres, pour séduire et être admirées. Je ne suis pas sûr qu’il faille y voir une question de courage mais plutôt de sensibilité au regard des autres. Certains s’accommodent d’être moqués, haïs ou détestés. Pour d’autres, non, c’est insupportable. Si l’engagement politique a un sens c’est celui du service de la collectivité, et non pas la quête du bonheur. Beaucoup y cherchent le paradis de la réussite sociale et de la reconnaissance. Ils y trouvent l’enfer du mépris et du lynchage.

L’exemple de Benjamin Griveaux servira-t-il de jurisprudence face à ce genre d’attaques, qui tombe non pas sous le coup de la loi mais sous celui de la morale, et ainsi éviter des chutes comme celle de l’ex candidat à la mairie de Paris ?

L’exemple de M. Grivaux incitera peut-être les candidats à une fonction politique à la prudence au regard de l’exposition de leurs mœurs privées. Mais ce n’est même pas sûr. La déconnexion de la classe dirigeante est telle qu’ils ne se rendent même pas compte de la gravité de ce qu’ils font et des dangers auxquels ils s’exposent. L’exaltation du pouvoir, la sublimation de l’ego font perdre le sens des réalités. Donc, ils recommenceront, sous d’autres formes, peut-être, mais ils recommenceront. La grande leçon de tout ceci est la fragilité intrinsèque du pouvoir politique. A tout moment, n’importe quel responsable public est susceptible d’être mis en cause et de vaciller sous le lynchage médiatique. La responsabilité démocratique des gouvernants devant le Parlement ou devant le peuple (par le référendum) a été abolie par le régime présidentialiste qui touche à son paroxysme en ce moment. Mais cette responsabilité légale a été remplacée par une sorte de responsabilité de fait devant le tribunal populaire des médias et des réseaux sociaux. Elle ne porte plus sur les résultats d’une politique mais sur les comportements individuels. Subrepticement, nous passons de l’ordre républicain à l’ordre moral. La supposée stabilité du régime est un leurre. Certes, il n’y a plus l’instabilité gouvernementale d’autrefois sous la IIIe ou la IVe République avec des présidents du Conseil (Premiers ministres) qui changeaient tous les six mois. Mais la précarité s’est substituée à l’instabilité : tout dirigeant politique sans exception vit sous la menace d’une vidéo ou d’une photo volée et diffusée sur la toile. La politique est entrée dans l’ère du chaos.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Politique française : de Charybde en Scylla, par Maxime Tandonnet

La politique française donne le sentiment étrange d’empirer d’année en année sans que le fond de l’abîme ne soit jamais atteint.

D’après l’enquête de CEVIPOF sur la confiance, 79% des Français ont une image négative de la politique. 39% éprouvent de la méfiance envers elle, 28% du dégoût et 10% de l’ennui. S’ajoutant à l’explosion de l’abstentionnisme (plus de 50% aux législatives de 2017) et au vertigineux progrès du vote « anti-système » de gauche ou de droite, ces résultats soulignent le climat d’écœurement qui ronge le pays et la profondeur du fossé qui sépare la classe dirigeante du peuple et ne cesse de se creuser. Faut-il s’en étonner ?

A la veille des municipales, les responsables publics semblent n’avoir aucune conscience de leur déconnexion croissante et de la tragédie qui se noue en ce moment autour de leurs quatre péchés capitaux : démagogie, lâcheté, incompétence et mépris.

La démagogie ruisselle de partout. Un candidat majeur pour la mairie de Paris promet tout simplement de déplacer une gare et une subvention de 100 000 euros aux acquéreurs d’un logement. Environ 700 000 ménages parisiens vivent en location et pourraient donc être candidats à l’achat de leur logement. Coût total potentiel ? 70 milliards €. Avec quel financement ? Quels impôts supplémentaires ? Et quid du principe d’égalité avec les non Parisiens ? Un autre candidat annonce la plantation de 170 000 arbres et la création de forêts urbaines à Paris. Sur quels emplacements, quels espaces ? De même, une cheffe de parti politique propose le retour à la retraite à 60 ans alors que la moyenne européenne est à 65 ans : coût de la mesure ? Financement ? conséquence sur l’économie française et la dette publique ? Pour qui, pour quoi prennent-ils les Français ?

La lâcheté, nous l’avons vu à l’œuvre dans l’affaire Mila. Accusée d’avoir commis un blasphème contre l’Islam, la jeune fille de 16 ans, pourchassée, menacée de mort, était toujours déscolarisée douze jours après le déclenchement du drame. Il est avéré qu’elle n’a rien commis d’illégal, s’en prenant à une religion, et non à des personnes. Et pourtant, devant la situation d’une adolescente privée d’école – symbole du triomphe de l’obscurantisme sur les lumières – il s’est trouvé un responsable politique majeur pour continuer de l’accabler en l’accusant d’avoir « manqué de respect ». Et d’ailleurs, dans cette affaire, le silence des plus hautes autorités de l’Etat fait froid dans le dos. Et les quelques politiques qui ont pris sa défense – à l’image de M. Bruno Retailleau, Julien Aubert, Guillaume Larrivé, Brice Hortefeux, Xavier Bertrand ou de Nicolas Dupont Aignan – détonnent sur le climat général de lâcheté et de dérobade.

L’incompétence : piloter le navire France est certes une tâche lourde et complexe, nul n’étant à l’abri d’un faux pas. Pour autant, le cumul des fautes est impressionnant. Deux décisions, les 80 km heures et la taxe carbone, toutes les deux retirées, ont provoqué la crise des gilets jaunes et plongé la France dans le chaos et la violence pendant plusieurs mois. Puis, une réforme des retraites qui se voulait dantesque, marquée par le scandale, une extrême confusion et une cascade de reculades, a de nouveau précipité le pays dans une tempête sociale de 45 jours aux coûts incalculables, pour un résultat dont le Conseil d’Etat a sévèrement fustigé l’incohérence – ce qui est exceptionnel.

Le mépris est en toile du fond du drame politique que subit aujourd’hui le pays. Il s’exprime sous des formes multiples : mépris de l’histoire quand la colonisation est assimilée au crime contre l’humanité ; mépris de la démocratie et du suffrage universel quand tout est mis en œuvre pour fausser l’interprétation des résultats de l’élection municipale ; mépris de la réalité quand la parole dément que le père soit forcément un « mâle » ; mépris de la vérité quand le slogan de la «transformation de la France » sert à habiller l’impuissance, un chômage qui baisse moins en France qu’ailleurs en Europe et l’explosion de la dette publique, des prélèvements obligatoires, la violence, la pauvreté, l’insécurité, les migrations qui battent tous les records dans un climat de déchirement du tissu social sans précédent historique ; mépris des gens quand les plus hauts dirigeants se complaisent dans les provocations verbales et visuelles en tout genre tandis que le pays se morfond pour l’avenir de ses enfants.

Une question est aujourd’hui sur toutes les lèvres : comment cela va-t-il finir ?

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Les ravages de la mégalocratie, par Maxime Tandonnet

Comment en est-on arrivé là? Jamais, depuis 1944, la France n’avait connu un tel désastre au sommet. Tout part de la désintégration de la vie politique. La crise de confiance des Français remonte à quatre décennies environ. A l’origine, elle est liée à l’impuissance publique et la faillite des gouvernants, depuis le début des années 1980, dans sur la lutte contre le chômage et l’insécurité. Elle s’aggrave par paliers (par exemple la déception de l’élection de Jacques Chirac après 1995). Elle s’est brutalement accélérée à partir de 2011 avec une série de grands scandales (DSK, Cahuzac).

Elle atteint un premier stade paroxystique lors des présidentielles de 2017 avec le scandale autour de la candidature Fillon, l’explosion des partis politiques. De ce champ de ruines encore fumantes émerge la présidence Macron. Dès lors, la vanité d’un individu autoproclamé Jupiter s’impose sur les débris de la vie démocratique: l’intérêt général, le débat d’idées, la joute majorité/opposition, désormais anéantis. L’Assemblée nationale et le Gouvernement sont réduits au rôle de faire-valoir.

Désertant l’idée même de bien commun, la vie politique se tourne vers l’exaltation du faux dieu engendré sur les ruines de la vie politique. Le bien de l’Etat et de la société, la réalité n’ont plus la moindre importance. Peu importe que la Nation s’effondre toujours un peu plus dans le déclin, le chaos, le nihilisme et la violence. Bien au contraire, la magnificence de l’idole se nourrit par contraste d’un désordre qu’il convient d’alimenter par les provocations en tout genre.

Un seul impératif: sublimer l’image élyséenne en vue de la perpétuation – la réélection – en donnant l’illusion de la « transformation » promise lors de sa campagne électorale. Mais de la supposée transformation à la véritable destruction, il n’y a qu’un pas. D’où une réforme des retraites, partie d’un délire des grandeurs, qui n’est plus, après un mois et demi de reculades et concessions, qu’un monstrueux saccage, une usine à gaz aux coûts astronomiques – comme le souligne le Conseil d’Etat lui-même – et entraînant toujours plus la loin la France dans les profondeurs de l’abîme.

Une priorité absolue sur laquelle tous les Français de droite, de gauche, du centre, devraient s’unir: en finir avec la mégalocratie qui achève de détruire notre malheureux pays.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet