Pass vaccinal : « Une déclaration de guerre à la liberté » pour Mathieu Slama

athieu Slama

28/01/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Avons-nous fait une croix sur notre liberté ? À l’aune de la crise sanitaire et des nombreuses mesures, à l’image du pass vaccinal qui entre en vigueur ce lundi, nombreux sont ceux à penser que notre liberté a été violemment entravée. Mathieu Slama, essayiste et enseignant au Celsa, était l’invité de “Bercoff dans tous ses états » pour son livre Adieu la liberté (éd. Presses de la Cité).

Pass vaccinal : un chantage à la liberté

Le Conseil constitutionnel a validé le pass vaccinal. Ce dernier est entré en vigueur lundi 24 janvier. Désormais, pour se rendre dans certains lieux, il ne faudra plus montrer le résultat négatif d’un test PCR ou antigénique, mais bien disposer d’un schéma vaccinal complet. Une mesure qui, avant son entrée en vigueur, avait été vivement critiquée pour l’aspect privatif de liberté qu’elle recouvre.

« On est sur une déclaration de guerre à la liberté. Le pass dont on parle depuis des mois, c’est l’illustration parfaite de cette éclipse de la liberté à laquelle on assiste. C’est quelque chose d’assez incroyable qui consiste à faire du chantage à la liberté, et qui consiste à dire aux gens que s’ils veulent leur liberté, ils doivent se comporter de telle manière. C’est absolument le contraire de la liberté telle qu’on en a hérité à la Révolution française« , explique sur Sud Radio Mathieu Slama, essayiste et enseignant au Celsa, auteur de Adieu la liberté (éd. Presses de la Cité).

« Nous avons tout perdu »

L’essayiste dresse à ce sujet un parallèle avec la question terroriste. « Face au terrorisme, nous avons choisi de ne pas céder par rapport à nos principes républicains. Il y a des lignes rouges. Mais face au virus, nous avons tout abdiqué. Nous n’avons pas perdu un peu de liberté. Nous avons tout perdu depuis deux ans. La France entière est devenue une prison pendant des mois. Nous avons perdu l’égalité, la citoyenneté. Tout n’a pas été qu’abîmé. Tout a été détruit« , ajoute-t-il au micro d’André Bercoff.

En 1977, Gilles Deleuze écrivait que « les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, les preneurs d’âme, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, et d’administrer nos petites terreurs intimes« . Des propos repris par Mathieu Slama dans son livre, à juste titre selon lui. « Du jour au lendemain, on est tombé dans un autre régime avec un gouvernement qui décide de nous enfermer littéralement chez nous. Le fait que l’on ait accepté ça est la source de tous les problèmes« , lance-t-il.


Mathieu Slama : «En faisant des non-vaccinés des ennemis de la nation, le Président se pose en diviseur des Français»

Macron

En déclarant dans Le Parisien qu’il voulait «emmerder» les non-vaccinés et en les qualifiant d’«irresponsables», qui ne sont plus, selon lui, des «citoyens», le chef de l’État trahit notre héritage républicain, argumente Mathieu Slama.

« Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français. Je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout, c’est ça la stratégie. (…) Et ça, c’est l’immense faute morale des antivax : ils viennent saper ce qu’est la solidité d’une nation. Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen. »

Par ces mots d’une gravité sans précédent (prononcés dans le cadre d’un entretien au Parisien), Emmanuel Macron a franchi une étape supplémentaire dans la rupture avec nos principes démocratiques et républicains qui est à l’œuvre depuis maintenant deux ans. Par ces mots, le chef de l’État lève le peu d’ambiguïté qui restait sur la politique menée envers les non-vaccinés depuis la mise en place du passe sanitaire en juillet dernier, qui est bel et bien une politique de déchéance de citoyenneté. Déchéance de citoyenneté : déchoir de leurs droits inaliénables des millions de citoyens français parce qu’ils ont commis le crime (non prévu par la loi) de ne pas se faire vacciner, et les condamner de facto à la mort sociale.

« J’ai très envie d’emmerder » : il y a dans cette formule familière quelque chose de très dérangeant, une forme d’agressivité joviale et cruelle qui contredit totalement la mission même d’un président de la République. Aucun de ses prédécesseurs, même les plus décomplexés, ne s’était permis un tel dérapage. Le « jusqu’au bout » qui conclut la séquence a également quelque chose de glaçant : jusqu’au bout de quoi ? Comment imaginer qu’un président de la République menace de cette manière ses propres concitoyens, son propre peuple ?

Mais la phrase essentielle est ailleurs. « Un irresponsable n’est plus un citoyen ». Par cette phrase, Emmanuel Macron trahit l’intégralité de notre héritage républicain en affirmant, au mépris de tout sens de l’État et de l’intérêt général, que les non-vaccinés ne sont plus des citoyens. Cette manière de désigner comme ennemis de la nation des millions de citoyens français est sans précédent dans l’histoire de la Ve République. Elle jette une lumière crue sur l’incroyable régression démocratique qui nous accable, et dont l’illustration la plus spectaculaire de ces derniers mois est le concept de passe sanitaire, devenu passe vaccinal par la simple décision présidentielle prise dans le cadre d’un conseil de défense opaque et anti-démocratique.

À mesure qu’il s’installait dans la vie publique, l’idée même de passe s’est banalisée, normalisée. Or elle porte en germes la déchéance de citoyenneté induite par les propos du chef de l’État, car elle implique une chose absolument gravissime et sans précédent : que l’accès à la pleine citoyenneté est désormais conditionné à un vaccin. Le passe sanitaire ou vaccinal n’est pas un « passe », mais un permis de citoyenneté. Si vous n’avez pas votre passe (ou s’il n’est pas « à jour »), vous êtes déchu de votre pleine citoyenneté et ne pouvez plus accéder aux lieux et événements de la vie sociale, jusqu’aux lieux de culture et aux hôpitaux. Une rupture incroyable avec le principe de l’indivisibilité de la République et de la citoyenneté, principe qu’avait brillamment et courageusement rappelé l’ex-défenseur des droits Jacques Toubon à l’occasion des débats autour de la déchéance de nationalité en 2016 : « Ce projet revient à graver dans le marbre de notre norme supérieure une division fondamentale des Français en deux catégories, à l’encontre de l’esprit et de la lettre de la Constitution. La citoyenneté est aussi indivisible que la République. Son principe fondamental est que les citoyens sont égaux et qu’il n’y a pas de citoyens moins citoyens que d’autres. » Et si la République est une et indivisible, alors le président de la République est le Président de tous les Français, quelles que soient leurs opinions, leurs origines, leurs convictions, leurs choix de vie. En se présentant comme le Président d’une partie des Français contre d’autres Français, Macron rompt avec un principe républicain fondamental. Et il a commis une faute morale impardonnable – et irréparable.

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Mathieu Slama: «Un état d’exception qui dure depuis deux ans n’est plus un état d’exception»

castex veran

Face à la propagation du variant Omicron, le gouvernement a annoncé lundi de nouvelles restrictions et la mise en place du passe vaccinal. L’état d’exception est devenu la norme, fragilisant ainsi les principes démocratiques de la République, s’inquiète Mathieu Slama.

«Tout cela semble être un film qui ne finit pas». Pour une fois, on ne peut qu’être d’accord avec cette formule du Premier ministre Jean Castex lors de son allocution lundi soir pour annoncer les nouvelles mesures de restriction pour faire face au rebond épidémique actuel. Un film qui ne finit pas, et qui, à mesure qu’il avance, devient de plus en plus oppressant et anxiogène.

Il y aurait beaucoup à dire sur le retour des mesures absurdes et ubuesques comme le fait de ne plus pouvoir manger debout dans un restaurant ou encore d’interdire de consommer dans les trains, illustrations tragicomiques de la biopolitique intrusive et infantilisante que l’on subit depuis maintenant deux ans. Il y aurait également beaucoup à dire sur le retour du masque en extérieur, mesure à la fois inutile et aussi problématique du point de vue juridique, puisque la loi française indique que «la République se vit à visage découvert». Il y aurait enfin beaucoup à dire sur la malheureuse formule de Jean Castex – «ne faire peser les restrictions que sur les non-vaccinés» – qui n’a pas sa place dans une démocratie normale.

Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans le nouveau paradigme de gouvernement qui s’installe depuis deux ans et qui fait du régime démocratique l’exception et le régime d’exception la norme. Il est dans la banalisation d’une méthode de gouvernement non démocratique, autoritaire, verticale, et dans la normalisation d’un état d’exception devenu permanent.

Les mesures annoncées par Jean Castex ne sont pas des propositions mais des décisions prises dans le cadre d’un Conseil de défense, qui est l’organe de décision privilégié par le gouvernement depuis le début de la pandémie. C’est donc un organe opaque, centré sur la personne du chef de l’État, qui prend toutes les décisions, charge au reste des institutions démocratiques de les valider (nous y reviendrons). Le Conseil de défense ne consulte qu’un seul organisme avant de se réunir : le Conseil scientifique, organisme non élu réunissant des médecins et experts qui n’ont aucune légitimité démocratique – et, disons-le, aucun souci de la chose publique. Aucun compte-rendu n’est fait de ces réunions, évidemment.

C’est donc dans l’opacité la plus totale que sont prises les décisions les plus cruciales et les plus attentatoires à nos libertés depuis plus d’un demi-siècle. L’Assemblée nationale, dont la majorité est peuplée de députés dociles et totalement acquis à la cause du gouvernement, ne joue plus son rôle de co-fabricant de la loi : il se contente de parapher les décisions prises sans changer quoi que ce soit de substantiel aux textes discutés. Le Parlement (Assemblée et Sénat) n’est absolument pas associé à la prise de décision en amont. Quant au Sénat, dominé par Les Républicains, il ose parfois apporter quelques modifications mais celles-ci sont immanquablement rejetées par l’Assemblée, comme ce fut le cas lors de la discussion autour du dernier projet de loi sanitaire. Il en sera certainement de même pour le projet de loi qui sera discuté dans quelques jours. Ajoutons à cela que les discussions parlementaires sont menées dans le cadre d’une procédure accélérée qui contraint considérablement les oppositions et empêche, par la force des choses, la tenue de vraies discussions de fond.

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Mathieu Slama: «Le gouvernement envisage de prolonger le passe sanitaire pour des raisons électoralistes»

qr code

Le passe sanitaire qui devait initialement être abandonné après le 15 novembre pourrait être prolongé. Pour l’analyste politique, cette manœuvre vise surtout à séduire un électorat plutôt âgé et favorable au dispositif.

Cette fois, le doute n’est plus permis : le gouvernement prépare les esprits à la prolongation du passe sanitaire. Il y a quelques jours, il affirmait, par la voix de son porte-parole Gabriel Attal, que le passe sanitaire pourrait être supprimé dans certains territoires où le virus ne circule plus mais conservé dans d’autres. Puis on apprenait, par une «fuite» dans la presse (méthode de communication classique pour préparer les esprits à des annonces fortes et clivantes), qu’un projet de loi était en préparation pour prolonger la durée de vie du passe, initialement censé se terminer le 15 novembre dans le cadre de la précédente loi votée.

Le gouvernement ne donne donc aucune limite de temps au passe. La seule concession qu’il accorde est, semble-t-il, sa modulation selon les territoires. Récemment, Olivier Véran affirmait même qu’il serait nécessaire aussi longtemps que le virus était présent dans le pays, ce qui revenait à dire qu’il n’était pas près de disparaître. Quant à Emmanuel Macron, il affirmait en marge d’un déplacement à propos du passe : «On va le conserver dans la poche».

Cette décision de prolonger le passe sanitaire pose d’abord question d’un point de vue juridique. Le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel avaient validé (hélas…) le passe sanitaire généralisé au motif qu’il était «strictement proportionné aux risques sanitaires encourus», et soulignait qu’il devait y être «mis fin sans délai lorsqu’il n’est plus nécessaire». Or la situation épidémique est sous contrôle, le taux d’incidence en baisse quasi-constante partout sur le territoire métropolitain et le cataclysme annoncé du variant Delta n’a pas eu lieu. Comment justifier, dans ces conditions, la prolongation d’un outil qui, si l’on suit les raisonnements du juge constitutionnel, n’a plus lieu d’être ?

D’autre part, il est désormais admis par la communauté scientifique que le vaccin, s’il diminue la possibilité de contaminer autrui, ne la supprime pas. Cela signifie, très concrètement, qu’une personne dotée d’un test négatif peut potentiellement être contaminée par une personne vaccinée. Dans ces conditions, l’argument sanitaire du passe ne tient plus, ou est très fortement fragilisé (et on ne prend pas une mesure aussi grave sur des fondements scientifiques aussi fragiles).

Le passe sanitaire apparaît donc désormais pour ce qu’il est et ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire un outil de coercition destiné à rendre la vie des non-vaccinés impossible et ainsi les pousser à la vaccination. Coercition renforcée par la décision du gouvernement, qui sera effective à la mi-octobre, de ne plus rembourser les tests «de confort», c’est-à-dire l’unique moyen pour les non-vaccinés d’accéder aux lieux de sociabilité. Rappelons ici que le Conseil d’État avait insisté, dans l’avis qu’il avait rendu sur l’extension du passe sanitaire, sur le fait que le passe ne pouvait être un outil d’incitation à la vaccination mais uniquement un outil de protection sanitaire. Mais nous ne sommes plus à une contradiction ou à un reniement prêt. Et il y a fort à parier que le Conseil d’État comme le Conseil constitutionnel sauront trouver, pour valider cette nouvelle loi de prolongation du passe sanitaire, les artifices juridiques nécessaires…

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Mathieu Slama : « Le mouvement anti-passe sanitaire est peut-être notre dernier rempart face à l’autoritarisme »

pass sanitaire

Mathieu Slama, essayiste, analyste politique et enseignant au Celsa [École des hautes études en sciences de l’information et de la communication], analyse les fondements du mouvement anti-passe sanitaire.

Que ce gouvernement est prévisible ! Depuis l’émergence d’un front de contestation du passe sanitaire, le voici qui reproduit, à l’identique, la stratégie employée contre les gilets jaunes. Cette stratégie est simple : il s’agit de diviser, de diaboliser et d’hystériser, le tout dans un mépris de classe à peine voilé. Par la grâce de cet exercice de manipulation typiquement macroniste, voici les anti-passe sanitaires réduits à des antivax obscurantistes et complotistes.

Pire, selon les mots du porte-parole Gabriel Attal, les anti-passe appartiennent à une « frange capricieuse et défaitiste, très minoritaire, qui se satisferait bien de rester dans le chaos et l’inactivité ». On ne saurait être plus insultant et méprisant. Et comme ce fut le cas pour les gilets jaunes, le moindre dérapage violent, même ultra-minoritaire, est instrumentalisé et utilisé contre le mouvement dans son ensemble.

Mouvement de plus en plus populaire

Construire une figure de bouc émissaire pour disqualifier un mouvement de révolte et remobiliser son électorat en vue de l’élection présidentielle de 2022 : cette stratégie est vieille comme le monde. Mais elle est dangereuse, parce qu’elle agit comme l’huile sur le feu et parce qu’elle vient remplir les rangs de tous ceux qui, désormais, manifestent le samedi contre le « passe de la honte ».

Ces manifestations sont difficiles à saisir, tant elles sont disparates politiquement, sociologiquement et culturellement. Il y a manifestement, dans cet « acte II » des gilets jaunes qui ne dit pas son nom, quelque chose qui va au-delà du mouvement qui a enflammé la France fin 2018. Il y a aussi un début de soutien populaire qui devrait inquiéter le gouvernement : d’après un récent sondage, 51 % des Français « comprennent les revendications » des manifestants anti-passe, et 40 % d’entre eux les « soutiennent ». Quant à leur ampleur, le ministère de l’Intérieur dénombrait environ 200 000 manifestants dans toute la France. Sachant qu’il faut vraisemblablement doubler ces chiffres et qu’on est en plein été, il faut s’attendre à ce que le mouvement prenne une autre dimension à la rentrée.

La popularité grandissante du mouvement et les revendications que l’on peut entendre dans les cortèges montrent bien qu’on n’a pas affaire à un simple regroupement d’antivax complotistes. Il y a là quelque chose de bien plus profond et de bien plus fondamental. La question du vaccin est secondaire. Évidemment, les antivax sont de la partie, et certains manifestants expriment leurs inquiétudes vis-à-vis du vaccin et de ses effets secondaires, vis-à-vis de la technologie utilisée et de ses contre-indications. Quoi qu’on pense du bien-fondé de ces inquiétudes, ne faut-il pas, d’abord, essayer de les comprendre et d’y répondre non pas par le mépris ou la haine mais par la science et le dialogue ? Mais encore une fois, le véritable enjeu de ce mouvement n’est pas là.

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Allocution d’Emmanuel Macron – Pour l’analyste politique Mathieu Slama, «Le pass sanitaire introduit une rupture fondamentale dans notre contrat social»

macron pass sanitaire

Alors que le chef de l’État a annoncé, lundi, l’obligation vaccinale pour les personnels de santé et l’extension du pass sanitaire à de nombreuses activités, l’analyste politique Mathieu Slama estime que ces nouvelles mesures sont une aberration éthique, juridique et démocratique.

« Partout, nous aurons la même démarche : reconnaître le civisme et faire porter les restrictions sur les non vaccinés plutôt que sur tous ».

Cette phrase sidérante a été prononcée par Emmanuel Macron lors de son allocution d’hier soir, qui marque une étape supplémentaire dans le délitement démocratique de notre pays. L’extension du pass sanitaire, en particulier, constitue une atteinte essentielle non seulement à nos libertés, mais à notre contrat social et au concept même de citoyenneté tel qu’il s’est imposé depuis Rousseau.

En étendant le pass sanitaire à tous les lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes, en l’élargissant aux cafés, restaurants, centres commerciaux, hôpitaux, maisons de retraite, établissements médico-sociaux ainsi qu’aux trains et aux cars pour les trajets de longue distance, le gouvernement rend de facto la vie des non-vaccinés impossible, ou très difficile. En faisant cela, il instaure une inégalité de fait entre le vacciné et le non-vacciné et introduit donc une rupture fondamentale dans notre contrat social, fondé sur l’adhésion rationnelle du citoyen à l’intérêt général, son consentement libre et éclairé et l’égalité devant le droit. Tous ces principes fondateurs de notre démocratie sont réduits en morceaux.

Cette phrase sidérante a été prononcée par Emmanuel Macron lors de son allocution d’hier soir, qui marque une étape supplémentaire dans le délitement démocratique de notre pays. L’extension du pass sanitaire, en particulier, constitue une atteinte essentielle non seulement à nos libertés, mais à notre contrat social et au concept même de citoyenneté tel qu’il s’est imposé depuis Rousseau.

En étendant le pass sanitaire à tous les lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes, en l’élargissant aux cafés, restaurants, centres commerciaux, hôpitaux, maisons de retraite, établissements médico-sociaux ainsi qu’aux trains et aux cars pour les trajets de longue distance, le gouvernement rend de facto la vie des non-vaccinés impossible, ou très difficile. En faisant cela, il instaure une inégalité de fait entre le vacciné et le non-vacciné et introduit donc une rupture fondamentale dans notre contrat social, fondé sur l’adhésion rationnelle du citoyen à l’intérêt général, son consentement libre et éclairé et l’égalité devant le droit. Tous ces principes fondateurs de notre démocratie sont réduits en morceaux.

Que dire, d’autre part, de la manière dont cette décision gravissime est prise ? Depuis le début de la crise sanitaire, le Parlement est réduit à une chambre d’enregistrement et toutes les décisions sont prises par un homme seul, le chef de l’État, assisté par un Conseil scientifique non élu et délibérant au sein du Conseil de Défense dans la plus grande opacité. Il n’en va pas différemment de la décision d’hier soir, où Macron a annoncé les nouvelles mesures sanitaires sans la consultation du Parlement, qui sera sommé de voter le texte de loi en urgence et sans réel débat démocratique. Cette crise majeure de nos institutions parlementaires et démocratiques devrait interroger quiconque se soucie de l’équilibre de nos institutions.

Il y a ensuite, dans ces annonces, des problèmes juridiques immenses. Le Conseil d’État avait validé le pass sanitaire le 6 juillet dernier au motif qu’il ne concernait pas les activités quotidiennes, tandis que la CNIL donnait également son feu vert parce que la version initiale du pass sanitaire excluait « les activités de la vie courante (lieux de travail, restaurants, commerces…) ». Comment ces institutions, censées nous protéger de l’arbitraire et des atteintes à nos libertés fondamentales, justifieront leur (probable) validation de la nouvelle mouture du pass ? Vont-elles se dédire ? Justifier ce durcissement par la remontée du variant Delta ? Depuis le début de la pandémie, le Conseil d’État et le Conseil Constitutionnel n’ont cessé de légitimer les mesures les plus attentatoires à nos droits fondamentaux et à notre Constitution. Il n’y a plus, aujourd’hui, de garde-fous juridiques contre les excès du pouvoir sanitaire.

Ces annonces signifient aussi que nous entrons dans une société répressive, où la police pourra, comme l’a rappelé Gabriel Attal après l’intervention du chef de l’État, effectuer des contrôles à l’aveugle des pass et réprimer les récalcitrants ; une société où les Français eux-mêmes pourront vérifier le QR Code de leurs concitoyens et ainsi jouer un rôle de police ; une société où chaque action de la vie quotidienne sera soumise à des règles disciplinaires strictes et contrôlées. Bref, le pass sanitaire généralisé, c’est tout un système répressif et disciplinaire qui se met en marche subrepticement, aux antipodes des principes démocratiques qui ont fondé notre République.

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