Agnès Thill : « Nous voulons savoir la vérité sur la pénurie des masques »

La députée Agnès Thill a interpellé le ministre de la Santé Olivier Véran au sujet de la pénurie des masques durant la pandémie, et sur les propos d’Emmanuel Macron affirmant le contraire.

Elle s’explique au micro de Boulevard Voltaire et dénonce « ceux qui se lavent les mains ».

Vous êtes une députée non inscrite de l’Oise, ex-membre du groupe parlementaire de La République en marche. À l’Assemblée nationale, vous avez interpellé Olivier Véran sur la gestion des masques par ce gouvernement, mais également par le gouvernement précédent. Pourquoi avez-vous posé cette question ?

Le manque de masques me choque et choque bon nombre de Français. Les soignants eux-mêmes ont manqué de masques. Le premier médecin mort en service du Covid-19 est de Compiègne. Cinq autres médecins ont suivi dans l’est de la France. On nous dit qu’il n’y a pas eu de pénurie. C’est tout de même un tour de passe-passe facile. Pénurie veut dire zéro.
Leur explication était qu’il y en avait peu ou pas assez. Donc, leur politique fut restrictive. Ils en ont donné très peu pour que tout le monde en ait et qu’on ne puisse jamais dire zéro. C’est exactement comme si j’avais un seul gâteau pour trente personnes. Il n’y en aurait évidemment pas assez. Si je donne une part à chacun, vingt personnes n’en auront pas. Je donne donc une miette à tous et personne ne pourra dire qu’il n’en a pas eu. Ils en ont évidemment tous manqué. La miette ne satisfera personne.
Il serait préférable d’entendre la vérité et dire que nous n’en avions pas assez et que nous avons partagé le peu que nous avions. Ce n’était toujours pas suffisant, néanmoins, personne n’a eu zéro.
Ils se sont amusés à dire que nous n’étions pas en pénurie et ils nous ont expliqué qu’il y avait une politique restrictive pour en donner peu. Voilà pourquoi j’ai voulu interroger.
En 2007, nous étions capables de fabriquer 300 à 400 masques pour correspondre aux recommandations de la DGS. Au quinquennat précédent, cela s’est détérioré. Il faut appeler un chat un chat. J’avoue que j’ai du mal à entendre que le quinquennat présent se lave les mains en disant « Ce n’est pas nous, c’est eux ».

Dans le cabinet de Marisol Touraine se trouvaient des noms familiers, Bruno Salomon, Olivier Véran, Gabriel Attal. On a peine à entendre ce discours alors que ceux d’avant étaient précisément les mêmes…

Je suis d’accord avec le fait que l’on ne peut pas prendre la responsabilité de l’autre. Par exemple, si Gabriel Attal était conseiller parlementaire au cabinet, il ne prenait pas les décisions et ne comptait pas les masques. Tous ces noms-là actuellement au pouvoir et dans l’Hémicycle ont défendu la politique précédente. On n’est pas responsable à la place de l’autre, mais ils ont approuvé cette politique, notamment Richard Ferrand et Anne-Christine Lang. On dirait des oisillons qui sortent de l’œuf. C’est insupportable ! Des gens comme moi qui sortent de l’œuf, nous pouvons presque nous en enorgueillir parce que c’est vrai. On est dirigé par une poignée qui dirige tout et qui fait bien la vieille politique en serrant les vis. Richard Ferrand et Anne-Christine Lang étaient sur les bancs socialistes. Dans ce cas, il fallait démissionner. Elle a approuvé cette politique.
On va me dire « On n’était pas d’accord et on s’est émancipé ». Quand on n’est pas d’accord, on le dit haut et fort, on appelle les médias et on démissionne. C’est exactement ce que n’a pas fait Agnès Buzyn. Le 7 janvier, elle aurait prévenu le président de la République et le 31 janvier, elle aurait prévenu le Premier ministre. Il n’y a pas eu d’effet, pourtant elle disait que c’était grave et qu’il y aurait des morts. Elle attend d’être investie pour les municipales et de faire campagne. C’est une fois qu’elle n’a pas le bon résultat qu’elle commence à parler. Elle est pourtant médecin. À sa place, j’appellerais les médias, même si c’est uniquement Mediapart qui m’écoute. Ces gens-là ont défendu la politique d’avant. Ils ne peuvent donc pas continuer à se cacher derrière la carte « Ce n’était pas nous, c’était eux ». C’était précisément eux qui étaient là.

Nos téléspectateurs vont prendre connaissance de la réponse que vous a faite Olivier Véran. Cette réponse était assez sèche, voire limite, irrespectueuse. À quoi attribuez-vous cet éclat d’Olivier Véran à votre encontre ?

En Marche ! ne supporte guère les objections. Une bonne partie ne peut pas me voir. Ils savent qu’ils m’ont virée pour rien. J’avais déjà montré le dossier, mais je peux le montrer à tous les journalistes qui veulent le voir. Il est vide. Les 10 tweets n’ont rien d’homophobe ou de raciste. Ils auraient sûrement souhaité que je me taise, mais je ne me tais pas. Je continue à dire qu’ils sont sectaires.
Ils ne peuvent pas me voir plus que quiconque. On dirait que leur ennemi, c’est moi et non Le Pen ou Mélenchon. Olivier Véran m’avait écrit un tweet : « Désolé, ce n’est pas en latin. » Il fait partie de ceux qui ont signé les pétitions contre moi.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Covid-19 et masques : quand une polémique peut en masquer une autre

19/05/2020 – FRANCE (NOVOpress)
En France, le port du masque a fait l’objet de vifs débats durant la crise sanitaire.

En cause, le discours contradictoire du gouvernement, puis les nombreuses révélations qui ont mis à mal le pouvoir, déjà critiqué pour sa gestion de la crise.

Sputnik revient en 2 minutes sur la vague de polémiques autour des masques.


Délinquance: explosion en vue avec le port généralisé du masque?

13/05/2020 – FRANCE (NOVOpress)
La généralisation du port du masque dans le cadre du déconfinement fait craindre à certains observateurs une montée de la délinquance.

Stanislas Gaudon, délégué général à la communication pour le syndicat de police Alliance a confié son analyse de la situation à Sputnik France.


Les masques, enjeu de marché noir

C’est devenu un enjeu de taille pour la criminalité. Les vols des masques de protection anti-Covid-19, désormais essentiels à tout un chacun à l’heure du déconfinement, se sont multipliés dans l’Hexagone et se vendent au prix fort sur les marchés clandestins. Jeudi dernier, le maire communiste de Montreuil, une ville située en Seine-Saint-Denis (93) a déploré la disparition de centaines de milliers de masques dont une partie était destinée à ses administrés.

« C’est avec une immense colère que j’ai appris que le camion acheminant 500 000 masques en tissu, dont 50 000 étaient destinés aux habitants de Montreuil, a été victime d’un vol. Je condamne avec la plus grande fermeté cet acte criminel qui met en danger les habitants de Montreuil. » Sur son compte Twitter, Patrice Bessac, réélu dès le premier tour lors des dernières élections municipales, n’a pas caché son désespoir et sa colère. D’autant que le préjudice pour cette mairie communiste est de 112 000 euros. Parti du Portugal, le camion a été vidé de son contenu sur une aire d’autoroute en Espagne. Les circonstances de cette disparition ne sont pour l’heure pas déterminées mais témoignent de la situation actuelle à laquelle doivent faire face de nombreuses villes de France et de Navarre qui passent de grosses commandes de masques. Les criminels n’hésitent plus à « braquer » les camions transportant cette précieuse cargaison ou même à pénétrer dans les hôpitaux pour s’emparer du butin. Une fois sur le marché, ils sont revendus le double de leur prix à l’unité. L’affaire est juteuse d’autant que l’argent alimente aussi celui de la contrefaçon.

« La part la plus noire de l’âme humaine », regrette Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé, qui s’est plaint de la recrudescence du nombre de sites de vente illégaux sur Internet. La métropole n’est d’ailleurs pas la seule à être touchée par ce phénomène. En Guyane, récemment, c’est 40 000 masques qui ont été dérobés dans un local du centre spatial de Kourou. Faut-il prévoir des escortes policières ? Le gouvernement planche sur cette solution qui appelle à une coopération européenne incertaine. Pour l’heure, le ministère de l’Intérieur ne répond qu’avec le seul arsenal juridique qu’elle possède. Cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Si tant est que les voleurs soient retrouvés.

En attendant qu’une enquête sur le vol de ces 500 000 masques soit menée, Madame le maire de Bondy, Sylvine Thomassin, a interpellé le préfet. « Cette situation est la conséquence simple et triste de l’inaction de l’Etat sur ce sujet. Car si la distribution de masques était centralisée et faite par l’Etat, je parle de masques gratuits et réutilisables pour tous les Français, nous n’en serions pas là », a déclaré l’élue socialiste, faisant écho aux nombreuses irritations des maires de France se plaignant de l’incompétence du gouvernement sur le sujet.

Jean-Louis Leroy

Article paru dans Présent daté du 11 mai 2020

Masques : l’information n’est pas confinée !, par Philippe Bilger

Sans doute l’angoisse que propage le coronavirus, les nombreux morts, le tour de force quotidien des personnels soignants, les services de réanimation qui poussent leurs limites, les interventions nombreuses du pouvoir – président de la République et Premier ministre -, la controverse sur les masques et l’interrogation sur l’utilité du confinement, créent-ils une atmosphère particulière qui depuis plusieurs semaines, en tout cas encore plus intensément depuis le 16 mars, conduit les médias à focaliser naturellement sur un seul sujet, à être plus suivis qu’à l’ordinaire et à passionner par des explications et des investigations dont le caractère technique aurait pu être rébarbatif.

Je songe surtout à la discussion qui ne cesse pas sur le manque de masques (avec le stock pléthorique abandonné en 2011 et en 2013), sur les responsabilités des uns et des autres, notamment pour la période du mois de janvier au mois de mars de cette année qui pour un esprit s’espérant honnête montrait les efforts du gouvernement et des services administratifs et médicaux compétents pour combler la pénurie. On n’avait plus de masques, on poussait les feux pour en fabriquer le plus possible.

Chaque jour l’information apportait une nouvelle pierre à cette incroyable polémique au point que mon billet du 2 avril au matin, duquel je n’avais pourtant rien à retirer, était peut-être trop optimiste à cause de ce que je pouvais lire dans l’après-midi de cette même journée.

Puisque Mediapart publiait une très longue enquête fondée à la fois sur une documentation officielle et des sources confidentielles, fouillée, impressionnante et accablante pour le pouvoir si on se réfère à son titre : “Masques : les preuves d’un mensonge d’Etat”.

Durant ces semaines, l’information n’est non seulement pas confinée mais incroyablement rapide, vivace, déroutante, profonde. On sent que, plus nous sommes enfermés, parce qu’il le faut, entre nos quatre murs, plus elle se libère, explique, se contredit, est contrainte au pluralisme, est obligée d’écouter, s’abandonne à une modestie rare et se demande ce qui se passera quand le déconfinement assuré dans des conditions satisfaisantes, le pouvoir et l’opposition se retrouveront face à face et que le temps des comptes commencera.

Mediapart a accompli un travail remarquable même si on peut le juger impitoyablement à charge mais les pièces sont présentées et offertes. L’enquête nous fait entrer dans les coulisses étranges, erratiques, désordonnées et toutes d’amateurisme d’une action de trois mois qui nous semblait énergique, cohérente et efficace. Il y avait eu la faillite d’hier mais aujourd’hui on ne pouvait pas se permettre de douter d’une équipe politique et technique forcément performante.

Mais l’information a circulé, on ne pouvait pas la confiner.

Et je me pose une double question.

La première : même si les avis divergent sur le besoin de masques chirurgicaux à l’air libre, peut-on cependant considérer que les officiels chargés de la pédagogie sanitaire ont soutenu qu’ils ne servaient à rien, non par conviction ni savoir mais seulement parce que la France n’en disposait pas et qu’il convenait donc de nous démontrer que cette pénurie, dont le gouvernement actuel n’était pourtant pas coupable, n’était pas préjudiciable ?

La seconde : les masques, un mensonge d’Etat ? Ou plutôt le paroxysme d’une incurie française souvent observée mais gravissime dans une lutte contre un fléau inédit avec ses conséquences mortifères.

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