Marion Maréchal : « Nous assistons à un glissement vers une forme d’ “autoritarisme doux” exercé par un Etat qui voudrait faire notre bien malgré nous »

Marion Maréchal

Passe sanitaire, fracture de la société française, numérisation des données, complotisme, dictature, immigration, élection présidentielle… Marion Maréchal répond aux questions de Boulevard Voltaire en exclusivité !

La société française est plus fracturée que jamais. On fait beaucoup d’analogies entre les gilets jaunes et les opposants au passe sanitaire. Est-ce le cas et que révèle-t-elle ?

Tout ne se recoupe pas parfaitement sur le plan territorial ou sociologique, mais à la manière des gilets jaunes, ce qui s’exprime ici est une profonde défiance nourrie par des mois, voire des années de mensonges.

Il est probable que ces mobilisations aient pour origine commune une perte de confiance profonde vis-à-vis des institutions et des autorités quelles qu’elles soient. Depuis longtemps, déjà (et pas toujours sans raison !), les élus sont considérés comme des traîtres, les journalistes comme des menteurs, les professeurs comme les acteurs de l’effondrement de l’école et les magistrats comme des laxistes. L’une des rares autorités à faire encore consensus, jusque-là, était le monde médical et scientifique. Cette confiance a explosé en vol avec la crise du Covid, les scientifiques et médecins ayant révélé au grand jour de vives oppositions entre eux, des contradictions dans les analyses, des revirements ou encore des liens d’intérêt douteux avec des laboratoires pharmaceutiques qui remettent en cause l’impartialité de leurs positions. Un vrai traumatisme au pays de Descartes.

Cette crise de confiance contribue à freiner l’adhésion tant aux restrictions qu’à la vaccination. Elle pousse également au doute, à la remise en cause du discours officiel et médiatique, à la recherche d’informations alternatives, le tout encouragé par le foisonnement d’informations disponibles sur Internet.

Vous voulez parler des « complotistes » ?

Cette posture vis-à-vis de l’autorité crée une véritable différence entre des citoyens qui suivent les injonctions gouvernementales sans se poser de question et ceux qui les remettent en cause par principe, ces derniers étant volontiers qualifiés, en effet, de « complotistes » dans la presse et dans la bouche des ministres.

Attardons-nous un peu sur ce terme. Toute l’histoire de la politique n’est qu’une lutte permanente entre le bien commun, l’intérêt général et des intérêts privés. Parfois, le bien commun gagne et parfois les intérêts d’argent et de pouvoir l’emportent au détriment du collectif. Cette injustice est souvent le moteur qui conduit beaucoup d’entre nous à nous engager dans les élections. Il n’y a rien de « complotiste » à imaginer que les décisions prises par les gouvernements ne soient pas toujours animées par la recherche de l’intérêt général. Il est, au contraire, tout à fait réaliste qu’elles puissent être parfois influencées par des calculs politiciens, des logiques de réseaux, des puissances privées, des lobbys d’argent, quelquefois à l’insu même des gouvernants qui se laissent intoxiquer par des informations partiales ou partielles.

Il est donc sain que le citoyen passe la décision publique à la moulinette de son esprit critique, d’autant plus quand celle-ci s’est révélée maintes fois incohérente, comme c’est le cas depuis de nombreux mois, en France.

J’ai récemment lu l’article d’un auteur roumain, Radu Portocală, écrivain et journaliste exilé de son pays par le pouvoir communiste roumain, en 1977, qui faisait un parallèle entre certains mécanismes actuels et ceux à l’œuvre au sein de l’URSS. J’aime autant vous citer directement l’extrait : « La différence est minime avec le monde soviétique, où la vérité était édictée par le Parti – sans, pour autant, qu’elle fût constante : les intérêts politiques pouvaient, à tout moment, la faire changer. Les gens vivaient donc sous l’empire de la vérité du moment. Nul n’avait le droit de s’en abattre ni de la contester, sous peine de graves persécutions. Nul, non plus, ne pouvait demander pourquoi ce qui avait été vrai la veille cessait de l’être le lendemain. Ou pourquoi énoncer une chose tenue pour vraie une semaine plus tôt, mais tombée en désuétude depuis, faisait courir un risque insensé. Il fallait, sans arrêt, se tenir au courant des fluctuations de la vérité».

Le propagandiste était l’équivalent de l’actuel vérificateur de vérité. Lui seul savait ce qu’il fallait croire à chaque moment. Celui qui contredisait ses propos ou, simplement, les nuançait tombait dans la catégorie pénale des « lanceurs de fausses rumeurs », devenait un « rumoriste ». Des peines de prison étaient prévues pour ces imprudents.

Nous n’en sommes pas encore là. Ou, plutôt, nous n’y sommes pas de la même manière. Pour l’instant charitables, les progressistes se contentent de fustiger les complotistes, de les exposer à l’opprobre général et de les censurer, quand leurs devanciers, plus expéditifs, envoyaient en prison les rumoristes, ancêtres involontaires de nos complotistes. Cela viendra peut-être.

« Dictature », « autoritarisme », ce sont les mots qui reviennent le plus souvent pour qualifier la mise en place de ce passe sanitaire. Pensez-vous qu’ils traduisent une réalité ?

Je pense, en effet, que nous assistons à un glissement vers une forme d’« autoritarisme doux » exercé par un État qui voudrait faire notre bien malgré nous, y compris par la contrainte s’il le juge nécessaire. Un État qui voudrait nous garder en bonne santé à tout prix, même si cela implique de restreindre nos libertés fondamentales sans notre consentement. Je trouve cette dérive très inquiétante.

Il y a à peine quelques années, tout le monde était horrifié par la mise en place du crédit social chinois. Ce système qui attribue des points à chaque citoyen en fonction de ses bonnes ou mauvaises actions – un retard de paiement d’impôt entrant dans cette catégorie, notamment – et qui leur interdit certaines activités en fonction de leur crédit, par exemple de prendre l’avion.

Selon moi, il n’y a pas de véritable différence de nature entre le crédit social chinois et le passe sanitaire, simplement une différence de degrés. Certains diront que j’exagère, mais la logique n’est pas très éloignée. Vous êtes un bon citoyen vacciné, alors vous avez le droit à une vie normale. Vous êtes un mauvais citoyen non vacciné, eh bien, vous serez privé de sport, de culture, de vie sociale au bar ou au restaurant et vous serez suspendu de votre emploi sans indemnités. Certains me rétorqueront que l’État français fait cela pour notre bien et la santé de tous ; le gouvernement chinois justifie aussi sa politique pour le bien du pays.

Certains voient dans cette numérisation de la société et ce laissez-passer sanitaire sous forme de QR code les prémices de la mise en place d’une identité numérique qui, à moyen terme, fusionnerait les différentes données bancaires, fiscales, sociales, de santé, professionnelles, permis de conduire, etc., de chaque personne et donnerait accès à différents services gouvernementaux. Des données dont disposent déjà l’État mais qui, une fois, pourraient potentiellement permettre à l’État de sanctionner un individu en le privant d’accès aux autres services. Par exemple, une amende impayée pourrait entraîner le blocage de votre carte bancaire.

Dans certaines régions des États-Unis, le déploiement des identités numériques est déjà en cours. La Floride lance le permis de conduire numérique et le Queensland, en Australie, a mis à l’essai une licence numérique de l’État. Cette année, l’Union européenne a fait un pas vers un projet d’identité numérique pour l’ensemble des citoyens, résidents et entreprises européennes, avec un objectif de 80 % en 2030. Cette ID permettrait, via le téléphone, d’avoir accès à de nombreux services gouvernementaux et de justifier l’identité des individus. Si cela facilitera certainement les démarches, il faudra être extrêmement vigilant à l’usage qui en sera fait, vu la piste glissante dans laquelle nous sommes engagés. Chacun se souvient quand nos gouvernants proclamaient que jamais ils ne mettraient en place le passe pour les activités du quotidien. Or, nous y sommes.

Chaque citoyen doit avoir conscience des dangers que peut engendrer cette numérisation de la société. Cela implique d’avoir des exigences très fortes sur le plan de la souveraineté numérique, du cadre juridique et technique de protection des données et je dirais même de la moralité des gouvernants. En Afghanistan, une base de données biométriques, HIIDE, développée par les Américains, ainsi que les dizaines de milliers de caméras installées à cette fin sur le territoire sont aujourd’hui dans les mains des talibans. Tout cela pour dire que des technologies formidables tombées entre de mauvaises mains pourraient, demain, être le fossoyeur de nos libertés démocratiques si nous n’y prenons garde.

Alors certes, contrairement à une dictature, les opposants politiques et les journalistes dissidents ne sont pas jetés en prison, mais l’autocensure et la peur de la mise au ban social suffisent souvent à faire taire les voix dissidentes. Le bannissement des opinions politiquement incorrectes sur les réseaux sociaux fait le reste.

De même, il n’y a pas de « propagande officielle » proprement dite, dont la dénonciation entraînerait une condamnation, mais il y a néanmoins les prémices d’une vérité médicale d’État. Alors que le débat sanitaire a toujours été libre dans la société civile et la médecine indépendante, pour la première fois, l’État a établi une interdiction de prescrire un médicament pourtant autorisé. C’est le gouvernement qui décide de la liste (très limitée) des contre-indications au vaccin et non plus les médecins qui sont pourtant à même d’évaluer les risques courus par leurs patients au cas par cas. Les médecins qui émettent une opinion divergente sur la vaccination ou décident de soigner leurs patients atteints du Covid avec autre chose que Doliprane™ sont rappelés à l’ordre, voire interdit d’exercer par l’Ordre des médecins.

Or, la plupart de ces médecins n’ont fait que poser une réflexion médicale sur le fait que l’injonction du « Faites-vous vacciner pour protéger les autres » est infondée, tout simplement parce que les vaccinés contaminent autant ou presque, comme l’affirme, par exemple, le CDC, l’agence de santé publique américaine. Ce qui rend, de fait, la justification du passe sanitaire caduque.

Comment expliquer que, malgré l’existence de contre-pouvoirs (les deux chambres, le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel…), rien ne semble pouvoir contredire l’action de ce gouvernement ?

La peur est un puissant anesthésiant politique. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, l’exercice du pouvoir a été particulièrement solitaire. Cette situation politique doit nous conduire à interroger non seulement le fonctionnement de nos institutions, excessivement centrées autour de la présidence, mais aussi nos modes de scrutin. Nous vivons, aujourd’hui, dans un système de démocratie non représentative, de manière évidente, encore amplifié par l’abstention massive qui tend à devenir chronique. Le Conseil constitutionnel est un organe dont la composition est excessivement politique, cette situation ne peut que nuire à l’impartialité de cette juridiction suprême. Or, il est indéniable que le passe sanitaire, obligation vaccinale déguisée, viole non seulement plusieurs dispositions de notre droit, de notre Constitution mais aussi du droit international.

Cette crise de confiance entre le politique et le citoyen peut-elle être résorbée par l’élection présidentielle à venir ?

Malheureusement, je crains que l’élection ne se joue pas sur les sujets essentiels, elle sera verrouillée autour de la question du Covid et du passe sanitaire. Le Premier ministre semble déjà vouloir prolonger le passe sanitaire après le 15 novembre. Chose invraisemblable : le gouvernement n’a donné aucune indication sur les conditions de sa levée ! L’état d’urgence qui devait durer trois mois dure depuis près d’un an et demi et suspend le fonctionnement normal de notre démocratie. L’immigration, sujet vital, l’Union européenne et la souveraineté, l’indépendance industrielle et militaire, même les réformes économiques resteront au second plan. Bref, on va sacrifier la discussion autour de l’avenir de la France, qui doit être le grand débat de chaque élection présidentielle, au profit d’une discussion cadenassée et hystérisée autour de l’actualité sanitaire.

Voyez-vous une dynamique, un espoir quelconque se dessiner autour de n’importe lequel des candidats ou du camp que représentent les uns et les autres ?

Ce qui est certain c’est que tous les candidats auront un immense défi : réussir à reconstruire un fait majoritaire dans un pays socialement, territorialement, culturellement, ethniquement et maintenant sanitairement fracturé. Une démocratie fonctionne sur la constitution d’une majorité. Or, la construction de cette majorité implique que le système soit adossé à un peuple possédant suffisamment de principes, références, attentes, expériences partagées pour pouvoir dégager un consensus. C’est, manifestement, de moins en moins le cas, en France, du fait des clivages métropole-périphérie, du fossé générationnel, de l’immigration, de l’écart de revenus, de la disparition d’une religion commune, du phénomène de l’individualisme consumériste, etc. La facilité restera donc de faire de la politique catégorielle par l’addition des groupes d’électeurs en les flattant sur leurs intérêts immédiats, comme le fait très bien Emmanuel Macron. Mais les intérêts catégoriels, les clientèles électorales, ça ne fait pas un peuple. Le véritable chef d’État sera celui capable de sortir de cette logique mortifère pour rassembler vers un horizon commun.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Entretien – Marion Maréchal : “Le pass sanitaire traduit une dérive évidente de ceux qui détiennent le pouvoir”

Marion Maréchal

Pour l’ancienne députée et directrice de l’Issep, la mise en place du pass sanitaire préconisé par le gouvernement marque un point de bascule en France vers une société de défiance et de contrôle.

Valeurs actuelles. L’allocution d’Emmanuel Macron annonçant la mise en place d’un pass sanitaire vous a fait réagir vivement. Que craignez-vous ?

Marion Maréchal. Un véritable changement de société, où la norme n’est plus la liberté mais la contrainte, où la solidarité nationale s’efface au profit d’une société de défiance et de contrôle, où la culpabilisation et la délation sont devenues la norme dans les rapports sociaux. L’émergence d’une société de la suspicion divisée entre les “bons” et les “mauvais” citoyens où l’Etat, plutôt que d’apporter des réponses sur le plan hospitalier, industriel et technologique dans le cadre de la lutte contre l’épidémie, organise la relégation sociale et le licenciement massif des récalcitrants. Il y a encore deux ans, le secret médical était considéré comme sacré, sa violation était criminalisée. Et maintenant, on devrait justifier de son état de santé à un inconnu pour avoir le droit de prendre un café en terrasse ? Il y a une dérive évidente, avec une radicalisation de ceux qui détiennent les instruments de pouvoir.

Beaucoup de médecins se relaient à la télévision pour dire leur confiance dans ce vaccin. Comment expliquez-vous la défiance — peut-être même la vôtre — de beaucoup de Français qui ne sont pas eux-mêmes médecins ?

Le sujet n’est pas d’être “pour” ou “contre” le vaccin. On peut parfaitement être vacciné et opposé au pass vaccinal. De même, il est fréquent de ne pas être vacciné contre la COVID sans pour autant être un “antivaxx” primaire. Ma fille a fait ses 11 vaccins obligatoires et pourtant je suis résolument opposée à l’obligation vaccinale contre la COVID et au pass sanitaire. Il me semble que le doute devrait encore être permis au pays de Descartes ! Accessoirement, il y a eu de nombreux scandales sanitaires retentissants en France (le sang contaminé ou encore le Distilbène, le Mediator, la Dépakine, les implants mammaires PIP, etc.) qui rendent compréhensibles les précautions d’une partie de la population.

Par ailleurs, rappelons que l’obligation vaccinale, avec un produit en phase expérimentale, est illégale. Les vaccins actuels sont encore en phase III des essais cliniques jusqu’en 2022 voire 2023 pour certains. Cette obligation se heurte au libre consentement de la personne et ce droit est protégé au niveau national dans le code de la santé publique et au niveau européen par une directive du 4 avril 2001. C’est d’ailleurs pour cela que le gouvernement met en place une obligation indirecte déguisée. L’illicéité du procédé est encore plus manifeste pour les soignants qui se voient contraints, comme les militaires depuis plusieurs semaines, par une obligation directe.

Au-delà de l’administration du vaccin, la mise en place d’un pass sanitaire fait craindre à certains le traçage et l’extension de pouvoirs de police à des civils. Cela vous inquiète-t-il ?

Est-ce le rôle des commerçants, des restaurateurs, des directeurs de théâtre et de cinéma de vérifier les données de santé de la population? Est-il légitime de les traiter comme des criminels si ils ne souhaitent pas jouer ce rôle de contrôleur sanitaire ? Rendons-nous compte que demain un restaurateur qui ne vérifiera pas le pass sanitaire risquera 45 000 euros d’amende et un an de prison, un an de prison ! Les soignants qui étaient applaudis il y a quelques mois seulement à 20h pour leur dévouement sont aujourd’hui traités en criminels potentiels et menacés par le gouvernement d’être privés de salaire et de licenciement. Nous sommes chez les fous.

Certains parlent de « basculement ». Est-ce votre cas ? Quel serait-il ?

Quand on est prêt à mettre au ban de la société des enfants dès 12 ans parce qu’ils ne sont pas vaccinés contre une maladie totalement inoffensive pour eux, oui je pense que l’on peut parler de basculement. Quand on importe les méthodes de l’Arabie Saoudite et du Pakistan, seuls pays au monde à avoir osé rendre la vie impossible aux non vaccinés pour mieux les contraindre, quand on singe la Chine qui prévoit d’interdire l’accès à l’hôpital ou à l’université aux non-vaccinés, oui il y a basculement.

Il y a quelque chose d’irréel à voir la France se mettre dans le sillon de ces régimes autoritaires avec une telle facilité, sans aucun débat ou presque, et par la volonté d’un seul homme… car si certains pays européens, comme l’Italie, ont pu mettre en place la vaccination obligatoire pour les soignants, aucun n’est allé jusqu’à empêcher toute vie sociale aux non-vaccinés à travers une politique de restriction générale qui s’appliquerait à l’ensemble de la population.
Il n’y a plus aucune proportionnalité entre la menace que représente le virus et la réponse qui y est apportée. Surtout il n’y a plus aucun équilibre entre la liberté et la sécurité, équilibre qui constitue pourtant l’ADN de nos démocraties. J’insiste : quelle logique y-t-il à vacciner sous la contrainte ceux qui ne craignent quasiment rien pour protéger… ceux qui sont déjà vaccinés ?

Le basculement c’est aussi la haine que l’on voit poindre, qui est quasiment une constante sous le macronisme, et qui s’était déjà exprimée au moment des manifestations des Gilets jaunes. Une partie de la société se sentant supérieure, éclairée, morale, n’hésite plus à se montrer extrêmement agressive et sectaire dans le débat public ou sur les réseaux sociaux.

Pour lire la suite, c’est ici !

Grand débat – Marion Maréchal, une voix de résistance [vidéo]

29/06/2021 – FRANCE (NOVOpress)
Dans ce nouveau numéro de Bistro Libertés, Martial Bild reçoit la directrice de l’ISSEP, l’Institut de Sciences sociales, économiques et politique, Marion Maréchal.

L’ancien député du Vaucluse, confrontée aux sociétaires de l’émission (Marie Pinsard, Alice Cordier de l’association Nemesis, Francis Bergeron de Présent et Pierre Gentillet) évoque avec un regard vif et complet des thèmes majeurs comme la culture « woke », l’enseignement, l’insécurité, l’immigration, l’Union Européenne.

A travers la rubrique Confessions , on cerne encore mieux la personnalité de les centres d’intérêt de cette femme entrepreneur qui n’a pas fini de faire parler d’elle.


[vidéo] Marion Maréchal : les confidences d’une patriote


Marion Maréchal parle rarement d’elle, de son parcours, de sa personnalité. Pour Livre Noir elle s’est exceptionnellement prêtée à l’exercice au cours de ce grand entretien chargé de confidences.

Ses moments politiques les plus émouvants au contact des Français, la personnalité de Marion Maréchal et sa facette “timide” qu’on ne lui connaissait pas, son rapport à la politique, les moments difficiles qu’elle a pu vivre ou encore sa vision de la peoplisation de la vie politique dont elle a parfois été victime .. aucun sujet n’a été évité. Avec dans le même temps de profondes réflexions sur le terrorisme, l’islamisme, Eric Dupont Moretti ou encore l’avenir de la France et de l’Europe.


Marion Maréchal et Jordan Bardella censurés par Facebook pour avoir défendu Génération identitaire

Au lendemain de la manifestation contre la dissolution de Génération identitaire, Jordan Bardella et Marion Maréchal se sont fait censurés par Facebook. En cause : des publications abordant justement le cas Génération identitaire. Un sujet qui semble interdit sur Facebook.

L’année 2021 devrait décidément être marquée par des discussions sérieuses autour des pouvoirs que sont arrogés les GAFAM (Google – Amazon – Facebook – Apple – Microsoft) depuis quelques années. Il y a quelques semaines encore, les polémiques autour du bannissement de Donald Trump de tous les réseaux sociaux secouaient l’Amérique. Dans la foulée, les GAFAM décidaient même d’empêcher purement et simplement l’accès au réseau conservateur Parler. En France, c’est plutôt le cas de Génération identitaire qui attire de plus en plus l’attention. En cause, outre les menaces de dissolution qui pèsent sur le mouvement de jeunesse, la censure qu’exerce sur lui Facebook sur tous ses réseaux. Et cette censure n’épargne personne, pas même des personnalités politiques de premier plan. Ce dimanche 21 février, Jordan Bardella et Marion Maréchal – respectivement vice-président du RN et directrice de l’ISSEP – se sont ainsi fait bloquer leurs pages Facebook. Le réseau social leur reproche d’avoir apporté leur soutien à Génération identitaire (GI).

GI persona non grata sur Facebook

« Facebook s’arroge le droit de supprimer mes publications défendant la liberté d’expression et dénonçant la dérive liberticide du gouvernement ! », a tonné Jordan Bardella sur son compte Twitter, craignant la « censure pure et simple de [sa] page sans recours possible ». Même colère pour Marion Maréchal, qui fusille des GAFAM engagés « dans une démarche de censure idéologique et politique en dehors de tout cadre judiciaire ». Dans les faits d’ailleurs, Facebook ne reproche pas exactement à ses victimes du jour d’avoir apporté leur soutien à Génération identitaire. Comme Valeurs actuelles le dévoilait en mai 2020, ce sont en réalité toutes les mentions faites à Génération identitaire qui enfreignent depuis près d’un an « les standards de la communauté Facebook ». Dans les faits, on peut donc désormais se faire bannir de Facebook pour avoir simplement partagé un article mentionnant Génération identitaire, sans même qu’il y ait une quelconque prise de position sur le sujet…

Texte repris du site Valeurs Actuelles

Qui a peur de Marion Maréchal ?, par Jean-Gilles Malliarakis

Depuis le 27 décembre, une étrange bronca se développe dans les rangs de la gauche et de la petite gauche qui, ralliée à la Macronie en 2017, n’en conserve pas moins ses réflexes sectaires. La caque sent toujours le hareng.

Rendez-vous compte du scandale : un collaborateur de l’Élysée, sans fonction officielle très précise à dire vrai, Bruno Robert-Petit a osé déjeuner avec la directrice de la nouvelle école libre de Sciences politiques, l’Issep, qui ose elle-même concurrencer, à Lyon, l’institut parisien de la Rue Saint-Guillaume, désormais décadent. Madame Marion Maréchal portant le lourd fardeau d’un grand-père nationaliste bien connu, ayant siégé le temps d’une législature comme élue de Carpentras, est donc désignée infréquentable, contagieuse, etc. Partager avec elle un repas où on a peut-être même évoqué autre chose que le réchauffement climatique, c’est à peu près comme avoir porté un uniforme d’infamie.

L’inventaire des réactions indignées ne manque pas de faire sourire, une fois surmonté le premier étonnement.

Ce sont vraiment de glorieuses sentinelles de l’antifascisme qui montent au créneau.

Astrid Panosyan, cofondatrice et trésorière d’En marche s’exprime d’un tweet : “Il y a des gens qu’on ne “sonde” pas “à titre personnel”, on les combat à titre collectif. Marion Maréchal et toute sa clique en font clairement partie“.

Bariza Khiari, membre de la direction de La République en marche s’étrangle : “Incompréhensible, ce déjeuner. Une faute !

Hugues Renson, vice-président macronien de l’Assemblée nationale, théorise : “Avec l’extrême droite, on ne discute pas, on ne transige pas. On la combat.”

François Cormier-Bouligeon député LRM du Cher égrène la liste de ses détestations : “pour aider à se souvenir de ce qu’est l’extrême droite française : Le Pen père, fille, nièce, Tixier-Vignancour, Pétain, Laval, Maurras, Barrès, Déroulède“.

Jean-Michel Mis député LRM se rengorge :”il n’y a rien que l’on fasse “à titre personnel” quand on a la chance[sic]de détenir une fonction éminente dans le premier cercle du pouvoir“.

Bien entendu, l’opposition de gauche surenchérit.

Alexis Corbière, élu de Bagnolet, supposé représenter lui-même la face civilisée du parti mélenchoniste La France insoumise fait mine de s’interroger : “Le macronisme, face à l’extrême droite, un rempart ? Non, un rencard.”

Clémentine Autain, dans tous les bons coups, surenchérit :”Un rempart ? Plutôt une passoire.”

Aurélie Filippetti, l’ancienne ministre de la Culture dont on se croyait débarrassé, se réveille et tranche : si Bruno Roger-Petit n’est pas démissionné immédiatement de ses fonctions imprécises, “c’est que le prétendu “nouveau” monde est en train de basculer vers du très très rance“.

Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo s’essaye à l’ironie : “Maurras et Pétain n’étaient pas dispos…

Esther Benbassa sénatrice Europe Ecologie-Les Verts croit pouvoir plastronner : “Macron s’invite chez l’extrême droite soi-disant discrètement. Raté. Tout le monde le sait“.

En regard de ce délirant, grotesque et révélateur florilège, on doit se féliciter de la sobriété de la réaction de la droite classique.

On peut en effet ne pas adhérer à toutes les opinions qu’exprime, en général avec talent Marion Maréchal. Reste que le “concept” qu’elle incarne fait légitimement peur à la gauche destructrice : c’est celui de l’union des droites, de toutes les droites. Depuis Mitterrand qui avait remis en selle Jean-Marie Le Pen en 1981 il est clairement établi, théorisé par Mitterrand lui-même, que la gauche en France ne peut être majoritaire qu’artificiellement, en divisant les droites, majoritaires dans l’opinion française.

Ce qu’il a fait, il convient de le défaire. Marion Maréchal s’y emploie.

Quoiqu’on puisse penser de telle ou telle de ses prises de position, il faut la soutenir sur ce point et les réactions de nos adversaires le prouvent.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Mesures de rétorsion envers ceux qui refusent le vaccin : Marion Maréchal met en garde contre le projet liberticide du gouvernement

Dans un tweet publié lundi 21 décembre au soir, la directrice l’ISSEP Lyon a partagé le projet de loi de l’Assemblée nationale présenté par Jean Castex.

Un « projet de loi instaurant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires ». C’est le titre du projet de loi enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale lundi 21 décembre au soir. Long de plusieurs pages et riche de nombreux articles, il prévoit de se substituer à la « caducité » du cadre législatif instauré en théorie jusqu’au 1er avril 2021 et semble-t-il de « faire face à l’épidémie de Covid-19 avec un système pérenne dotant les pouvoirs publics de moyens adaptés pour répondre à l’ensemble de situations sanitaires exceptionnelles ».

Un texte dénoncé ardemment par la présidente de l’ISSEP-Lyon (Institut de Sciences Sociales Economiques et Politiques), Marion Maréchal, dans un tweet lundi soir : « Un véritable scandale se passe sous nos yeux. Le gouvernement fait voter en procédure accélérée la pérennisation de l’état d’urgence sanitaire et permet de transformer les non vaccinés en citoyens de seconde zone », s’alarme-t-elle.

Mesures liberticides

L’ancienne députée vise en particulier l’Article L. 3131‑9, n°6 de la section 2 de ce projet de loi consacré à l’état d’urgence sanitaire où il est inscrit : « Le Premier ministre peut, le cas échéant dans le cadre des mesures prévues, subordonner les déplacements des personnes, leur accès aux moyens de transports ou à certains lieux, ainsi que l’exercice de certaines activités à la présentation des résultats d’un test de dépistage établissant que la personne n’est pas affectée ou contaminée, au suivi d’un traitement préventif, y compris à l’administration d’un vaccin, ou d’un traitement curatif. »

Une nouvelle qui n’a pas manqué de faire réagir les internautes qui dénoncent déjà une « dictature » et se demandent comment le gouvernement « a osé dire que le vaccin ne serait pas obligatoire ». D’autres soulignent qu’une nouvelle fois, le gouvernement fait exactement « l’opposé de ses annonces ». Dans ce projet de loi, le Premier ministre Jean Castex prévoit également une refonte des systèmes d’information et une modification du Code de Santé publique.

Texte repris du site Valeurs Actuelles

Marion Maréchal : « L’État nounou, ruiné par l’immigration, est en train de tuer l’État stratège et régalien »

15/12/2020 – FRANCE (NOVOpress)
L’Institut de sciences sociales économiques et politiques (ISSEP) inaugure son Centre d’analyse et de prospective (CAP).

Marion Maréchal, fondatrice et directrice générale de l’ISSEP, explique les raisons de cette création. L’occasion de faire un tour d’horizon de l’actualité pour Boulevard Voltaire : crise sanitaire, crise économique, crise sociale, crise politique.


Marion Maréchal : « Il faut peut-être se défaire de l’idée de l’homme providentiel »

Marion Maréchal répond aux questions de Boulevard Voltaire sur le centre d’analyse et de prospective que lance l’ISSEP (Institut de sciences sociales, économiques et politiques qu’elle a fondé en 2018), la situation politique et le cap à tenir, la présidentielle de 2022 et l’avenir de la droite.

Vous avez fondé le Centre d’Analyse Prospective. Quel est le but de ce think tank ?

Un laboratoire d’idée comme on dirait en français. L’idée est de développer le pôle recherche de l’ISSEP qui a déjà un pôle formation avec la formation continue et le magistère, de contribuer au débat d’idée public et politique en s’emparant de sujets qui, selon moi, de manière très discrétionnaire, sont peu ou mal exploités. L’originalité de ce laboratoire d’idée viendra moins sur le modèle. On peut retrouver des grands think tank aujourd’hui, que ce soit l’institut Montaigne, l’IFRAP ou autre. Cette originalité viendra plutôt des sujets dont on s’emparera et des contributeurs qui seront associés.

Ce think tank a été lancé notamment parce que vous avez fait le constat que les partis politiques sont un modèle sans doute dépassé. On l’a vu récemment avec la République En Marche qui a perdu ses différents cadres comme si finalement ce parti était une espèce de kit jetable donné à Emmanuel Macron le temps de se faire élire. Maintenant, il ne sert plus à rien…

Je fais un constat que tout le monde voit. On assiste au dépassement des partis politiques, dont Emmanuel Macron était l’un des symptômes et non pas un catalyseur en tant que tel. D’ailleurs, je tiens à dire que je le déplore. Je pense que la démocratie représentative ne peut pas fonctionner sans des partis politiques structurés. On peut reconnaître aux partis politiques des défauts, des vices ou des limites, mais ils sont aussi indispensables au bon jeu démocratique. Évidemment, ils coordonnent, ils organisent, ils permettent l’organisation et la clarification de ce débat intellectuel en les incarnant. Je ne suis donc pas sûre que c’est une très bonne nouvelle, mais c’est un état de fait.
Aujourd’hui, les partis politiques sont en perte de vitesse ; cela tient aussi à la génération. L’esprit militant s’en est allé. On passe d’une jeunesse des années 60, 70, 80, une jeunesse très idéologisée dans le bon ou mauvais sens du terme. On rêvait de communisme, de libéralisme, d’Europe, de Gaulle, qu’importe. Aujourd’hui, on voit que les grandes idéologies sont mortes et les rêves sont difficiles à trouver. Par conséquent, les structures intellectuelles sont difficiles à voir émerger. Sur toutes ces difficultés, il est intéressant d’avoir des structures libres apartisanes telles que le centre d’analyse et de prospective de l’ISSEP. Il émerge et donc compense d’une certaine manière ce manque avec l’avantage de pouvoir associer des personnes, des intellectuels, des spécialistes, des praticiens qui viennent d’horizons très variés et qui ne sont pas enfermés dans une posture doctrinale.

Comment réintéresser les gens à la vie politique et au bien supérieur qui soit autre que l’expression des désirs de ces minorités ?

Je ne vais pas avoir la réponse à moi toute seule avec le CAP de l’ISSEP ou avec l’ISSEP, même si on essaie d’y contribuer. Derrière, il y a d’autres questions qui se posent. À travers le think tank, on peut aussi poser la question des institutions qui est au cœur des débats. On parle beaucoup de proportionnelle aujourd’hui. Je suis plutôt attachée à l’idée d’un mode de scrutin majoritaire à un tour qui m’apparaîtrait plus intéressant que la proportionnelle qui réinstalle la prédominance des partis dans le jeu électoral. On peut être provocateur et dire aujourd’hui : est-ce que la Ve est encore un système adapté ? La Ve République est un système qui n’existe en Europe qu’en France. Aujourd’hui, il n’y a plus de pouvoir tampon entre le Président et le peuple. Le Sénat n’existe pas, l’Assemblée n’existe pas, le gouvernement existe très peu, le Premier ministre existe encore moins. Tout cela fait que le président de la République porte la charge politique, positive ou négative, seul face au peuple. C’est très séduisant symboliquement, c’est l’héritage de la monarchie et de De Gaulle. Je ne nie pas tout cela, mais lorsque vous avez deux chaînes de télévision que vous contrôlez à moitié, cela peut fonctionner. En revanche, à l’heure des réseaux sociaux, nécessairement au bout de six mois d’exercice de pouvoir, cette charge politique est peut-être trop lourde à porter. Contribue-t-elle à la bonne représentation des corps intermédiaires et des territoires ? Je n’en suis pas tout à fait convaincue.
Après les différents bidouillages constitutionnels, on a à la fois un pouvoir exécutif extrêmement fort, peut-être le plus fort qui existe dans les démocraties et en même temps, terriblement impuissant ! On voit l’incapacité à faire se mouvoir ce pays et engager des réformes structurelles.

Vous avez fait le tour des médias cette semaine. Parmi tout ce que vous avez dit, une chose revenait régulièrement. Dès que vous revenez dans les médias, vous actez le « décès » des Républicains.
Cette droite qui s’est fait un peu avaler par Emmanuel Macron a-t-elle encore de l’avenir dans ce pays ? Où la droite aurait-elle de l’avenir ?

Je ne sais pas si je viens acter le décès des Républicains, mais je fais le constat que Christian Estrosi donne un coup de pied dans la fourmilière et accélère un processus de décomposition que tout le monde peut voir depuis des années. Ce qui va manifestement se profiler c’est qu’entre la perspective pour les LR de faire 12 ou 13 % et la perspective de rallier le pouvoir en place et éventuellement sauver des circonscriptions voire obtenir des sous-secrétariats d’État je ne sais où, vous avez malheureusement une partie non négligeable des élus nationaux, sénateurs ou députés qui rejoindront Emmanuel Macron. Reste à savoir comment va s’organiser cette partie restante de LR qui, à mon avis, est non négligeable au niveau local et qui existe aussi en partie au niveau national face à ce phénomène. Cela pourrait peut-être contribuer à un déblocage de ce cordon sanitaire ou en tout cas, faire bouger les lignes. Je n’ai pas la réponse et je ne suis pas LR. Après, vous connaissez ma position depuis longtemps là-dessus. J’aurais aimé depuis longtemps déjà, que la droite sorte de cette espèce de posture morale du cordon sanitaire pour créer des coalitions, au cas par cas, intelligentes, et donc ne plus se retrouver la victime collatérale des majorités d’union de la gauche que l’on voit s’exercer à tous les niveaux.

Ce plafond de verre existe toujours entre le Rassemblement national et les Républicains. Comment faire exploser ce cordon sanitaire dans la mesure où le Rassemblement national, Marine Le Pen et son entourage ne jugent pas nécessaire de faire des coalitions et sortir le Rassemblement national de ce cordon sanitaire ?

Je ne vous cache pas que je marche sur des œufs, car dès que je dis un mot sur le Rassemblement national, j’ai le droit immédiatement à dix articles expliquant que je fais la guerre et que je règle des comptes. Je préfère dire en amont que je ne suis pas là pour faire la guerre au Rassemblement national. Cela ne m’intéresse pas du tout. Et je suis encore moins là pour faire des attaques personnelles ou répondre à des attaques personnelles. Mon propos est uniquement d’ordre politique et stratégique. Cela surprendra d’autant moins que je tenais ces propos déjà quand j’étais député à l’intérieur du Rassemblement national. J’espère faire preuve de cohérence là-dessus.
Une fois de plus, je le dis et je le répète, je considère que le Rassemblement national est indispensable dans le dispositif. Rien ne peut être fait contre lui. Je dis juste qu’il n’est pas suffisant en l’état actuel pour espérer ou s’assurer d’un basculement politique majeur.
Vous allez dire que je pleure sur les pots cassés et je considère qu’il y a eu un moment politique intéressant. C’était le moment où on avait assisté à une fracturation entre Copé et Fillon. À ce moment-là, il y avait un problème de leadership dans cette droite dite parlementaire, et il y avait probablement une opportunité de pouvoir incarner un recours pour cette famille politique là.

Ce problème de leadership était surtout lié au départ de Nicolas Sarkozy davantage que pour des questions idéologiques.

Oui, je suis d’accord. Il y a eu un moment politique un peu comme en Italie lorsque Berlusconi a perdu la main. Le créneau a été pris par la Lega qui est devenu un recours : on remplace cette droite défaillante qui a tout abandonné sur l’identité, sur la souveraineté et sur la défense de notre histoire. À ce moment, il y a eu des divergences de stratégies avec notamment à l’époque, Florian Philippot qui n’est pas dénué de talent par ailleurs, mais qui lui, considérait qu’il fallait plutôt s’adresser à cet électorat mélenchoniste pour caricaturer un peu. Disons, que lui qualifiait de gauche souverainiste. C’était au moment où Mélenchon avait un peu mis le holà sur les questions identitaires et communautaires.
Je n’étais pas tout à fait dans cette idée-là, je considère qu’un parti doit s’adresser à tous les Français, mais que mécaniquement, il y avait plus de passerelles évidentes avec une partie de cet électorat de droite orphelin sur des sujets tout à fait fondamentaux.
Aujourd’hui, on voit bien que l’électorat de Mélenchon se cristallise autour d’une forme d’électorat à la fois communautaire, bobo comme on dit dans les centre-ville. Le chemin est donc plus long. Il est parfaitement inenvisageable de penser que l’on puisse faire une alliance LR-RN dans l’état actuel des choses. De manière ponctuelle et locale, cela aurait été intéressant de travailler à cela. Est-ce encore possible aujourd’hui ? Je ne suis pas sûre que le RN considère qu’il faille plus parler à certains élus de LR qu’à d’autres. C’est leur choix, mais une fois de plus, je ne suis pas dans l’arène. On peut dire que c’est facile pour moi de donner des leçons et ce n’est pas faux !

Pour les différents créneaux de 2022, il y aura a priori un gros centre orléaniste avec Emmanuel Macron ou en tout cas quelqu’un de la macronie. Il y aura peut-être une coalition de gauche et à droite, le Rassemblement national.
Le pire danger serait-il de réélire Emmanuel Macron ou de faire élire une sorte d’ayatollah Vert comme on a pu le voir dans les différentes polémiques juste après les municipales ?

C’est toujours un peu compliqué de se projeter dix-huit mois avant une élection sur les résultats. Je me méfie toujours des gens qui ont beaucoup de certitudes dans un sens ou dans l’autre. Rien n’est jamais écrit. Toutes les élections présidentielles ont démontré que les scénarios pré-écrits à l’avance avaient tous été démentis. Beaucoup de choses viennent perturber le jeu en cours tel qu’il se profile. On peut imaginer une union de la gauche, pourquoi pas autour d’Anne Hidalgo. Mélenchon, lui même n’a pas affirmé qu’il irait à la présidentielle. Chez les LR, c’est aussi très confus parce que certains plaident pour une primaire et on peut donc espérer que Bruno Retailleau puisse émerger. Dans le même temps, Xavier Bertrand a déjà annoncé qu’il ne passerait manifestement pas par la primaire et irait en tout état de cause.

Espérez-vous que Retailleau soit candidat ?

Je trouve que Bruno Retailleau est intéressant. Reste à savoir quelle est sa liberté à l’intérieur du parti, eu égard aux responsabilités qu’il a en tant que président de groupe au Sénat. C’est toujours un peu compliqué. On voit bien que ce sera la confusion. Nicolas Sarkozy est un peu et malgré tout en embuscade. On peut toujours spéculer, mais on voit la scénarisation de la sortie de ses livres et le jeu qu’il continue à jouer à l’intérieur de LR. Il ne sait manifestement pas totalement écarté. Il faut rappeler aussi que le premier tour se joue dans un mouchoir de poche. Souvenons-nous qu’aux dernières élections présidentielles, l’écart était relativement restreint. Entre un François Fillon qui s’était pourtant fait étriller pendant la campagne, Marine Le Pen qui accède au deuxième tour et Mélenchon qui n’est pas si loin derrière. Rien n’est écrit, et rien n’est acquis. Par conséquent, on n’est pas totalement à l’abri de voir émerger une forme d’union de la gauche comprenant les écolos qui double Macron par sa gauche.
Le seul propos que je veux tenir c’est qu’on ne peut pas affirmer que les choses se passeront telles qu’elles doivent s’affirmer.

La gauche fonctionne par coalition et par alliance. Et la droite est marquée par la culture et l’image du chef. Le problème des Républicains est-il le fait que son chef historique et naturel soit toujours et malgré tout Nicolas Sarkozy ?

Probablement que notre héritage culturel et notre inconscient dans la famille de droite au sens large contribuent à vouloir incarner à tout prix dans une personnalité qui serait celle du chef, de l’homme providentiel. Il faut peut-être se défaire de cette idée-là surtout par les temps qui courent. Le plus intéressant est d’élire une équipe avant même d’élire un chef qui aurait toutes les vertus. La première étape est de construire, d’incarner cette équipe et que les Français puissent se projeter dans cette équipe. Il est indéniable qu’on ne peut pas créer des coalitions et faire 50+1, sans associer des gens avec qui on n’a pas toujours partagé tous les combats ou combattu dans les mêmes tranchées. C’est le jeu du pouvoir. Cela ne veut pas dire compromission, mais cela veut dire être capable de rassembler autour d’une vision sur les sujets essentiels. C’est un vrai défi !
La droite étant systématiquement à courir derrière la gauche, à s’excuser des injonctions morales de la gauche, on s’aperçoit qu’il y a encore du chemin à faire, même si petit à petit le réarmement psychologique opère chez une partie d’entre eux.

La polémique Valeurs actuelles-Obono est encore la preuve par deux que la droite est encore soumise culturellement à la gauche…

C’est une des démonstrations qui réagit systématiquement dans l’émotion. C’est la force de la gauche de manière générale. Ils sont dans l’émotion quand la droite aime bien être dans la raison. C’est compliqué de se battre sur le terrain de l’émotion et de réagir sur le terrain de l’émotion. Dieu sait qu’il y avait-là des choses à dire sur les indignations à géométrie variable entre d’un côté la défense sans limites de la liberté de la presse en ce qui concerne Charlie Hebdo et puis, des préventions qui existent lorsqu’il s’agit d’un média de droite. Le fait que le parcours même de madame Obono ne plaide pas en sa faveur n’est pas non plus un concentré de tolérance et de républicanisme.
Le fait que l’on puisse être heurté par une image ne veut pas dire qu’il ne faut pas tolérer dans une démocratie, la caricature, l’humour, l’ironie et le sarcasme. Je suis toujours un peu gênée par ces postures. Peut-être parce que moi-même j’ai été grimée 500.000 fois en fachiste et en nazi sans aucune ironie. Quand vous rentrez dans le jeu politique, vous êtes sur un ring de boxe. Par principe, vous acceptez de prendre des coups et d’en donner. C’est le jeu !
Je suis toujours très mal à l’aise avec ceux qui montent sur le ring et qui donnent sans problème des coups. Quand madame Obono déplore que monsieur Castex soit un blanc quand il est nommé Premier ministre, elle donne indéniablement un coup bien raciste. Puis dès qu’elle risque de prendre un coup, elle dit « vous ne pouvez pas me donner un coup parce que je suis une femme, je suis une minorité racisée comme disent les indigénistes, je suis une minorité sexuelle… » Non seulement c’est déloyal, mais par ailleurs, c’est totalement stérilisant pour le débat public.
Au lieu de pointer ses contradictions, la droite retient ses coups, alors qu’elle en prend toute la journée dans la tête. Je trouve que le réel devrait appeler un peu plus de vigueur et de courage dans les réactions.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

La guerre des Le Pen n’aura pas lieu !

C’est le scénario rêvé des médias français depuis quelques jours. Une opposition, voire une guerre ouverte entre Marion Maréchal et Marine Le Pen. L’ancienne députée du Vaucluse qui a quitté la vie politique pour fonder l’Issep revient dans le paysage médiatique. Il n’en fallait pas plus pour nos confrères. Se délectant d’avance, ils mettent en scène la nièce pour attaquer la tante. Marion s’exprime ? Elle « parasite la rentrée de Marine ». Marion a quitté le RN ? Elle ne « soutiendra pas Marine Le Pen ».

Une débauche de moyens et de fantasmes qui est en réalité très réjouissant pour le camp national. D’une part parce que c’est notre camp qui créée l’actualité politique aujourd’hui tant l’offre à gauche est inexistante, d’autre part parce que le camp médiatique identifie le RN et la « Marionsphère » comme les seuls opposants crédibles à la fois politiquement et intellectuellement au camp Macron. Dans les coulisses du Nouvel Obs, de France Inter et du Monde, on en est à appeler de ses vœux une telle confrontation simplement pour avoir (enfin) quelque chose d’intéressant à raconter. Et surtout, on est prêt à tout pour aller chercher noise au RN.

« Je ne vais pas faire semblant de ne pas voir ce que tout le monde voit. Je veux dire, ça paraît évident aujourd’hui qu’on ne peut pas gagner seuls » assène Marion chez Bourdin sur RMC. Le constat est clair et il est partagé par la plupart des observateurs. Pour autant, Marion Maréchal reconnaît que personne ne peut se passer du RN et de Marine Le Pen. Elle diffère en cela de Robert Ménard qui nie farouchement toute chance pour Marine Le Pen de remporter les élections présidentielles. « Je pense qu’on ne peut pas être si catégorique, je n’exclus pas du tout que Marine Le Pen puisse gagner, mais je pense qu’elle ne peut pas gagner seule, tout simplement parce que dans notre système d’institutions, on ne peut pas gagner sans coalition ».

Marion Maréchal est aussi très claire sur la question des coalitions. Invalidant de facto la stratégie mariniste de dragage ouvert des rangs Insoumis, Marion, et c’est aussi en cela que divergent souverainistes et conservateurs, regarde plutôt vers l’électorat et certains élus LR.

« Je pense que, une fois de plus, les marges de manœuvre se trouvent plutôt chez une partie des LR, pas exclusivement mais chez une partie des LR, et qu’il faut pouvoir assumer cette ouverture vers cet électorat particulier, vers ces Français et vers peut-être ces élus aussi. »

Au fond, il ne s’agit pas d’opposition entre la nièce et la tante. La première n’affrontera jamais la seconde. Elle s’y est engagée et ne sera pas celle qui mettra des bâtons sérieux dans les roues de Marine Le Pen. Toutefois, on rejoint la rhétorique qui saute aux yeux depuis l’élection d’Emmanuel Macron : ni Dupont-Aignan, ni Poisson, ni Ménard, ni Marion, ni Marine, ni Sarkozy, Wauquiez ou qui savons-nous encore ne pourra gagner seul.

Et si Marine Le Pen venait à remporter les élections présidentielles, aura-t-elle les moyens de gouverner seule et sans coalition ? Même si elle réunissait sans peine un gouvernement compétent, parviendra-t-elle à occuper tous les postes stratégiques et à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale sans coalition ? La question mérite en tout cas d’être posée avant la course officielle à la présidentielle. Marion Maréchal en posant ces interrogations n’agit pas contre sa tante.

Etienne Defay

Article paru dans Présent daté du 16 septembre 2020

Marion Maréchal : « Je n’ai pas à m’excuser en tant que Blanche et en tant que Française »

12/06/2020 – FRANCE (NOVOpress)
Marion Maréchal a réagi très fortement dans une vidéo postée sur Facebook, refusant la repentance et la culpabilisation :

Je n’ai pas à m’excuser en tant que Blanche et en tant que Française – vous voyez à quoi on est réduit en devant se positionner de la sorte. Je n’ai pas à m’excuser pour la mort d’un Afro-Américain aux Etats-Unis. Je n’ai pas à m’excuser pour la mort d’un délinquant, Adama Traoré, une mort accidentelle qui a eu lieu à la suite d’une interpellation qui n’était pas liée, c’est important de le rappeler, à sa couleur de peau, mais aux crimes qu’il aurait commis.

Avec ce coup de sang sur l’affaire Floyd et Traoré, Marion Maréchal précise : “Comme beaucoup de Français, je refuse de mettre « un genoux à terre » et de laisser mon pays devenir le terrain de jeu des « antiracistes ».

Invitée par la suite sur LCI, Marion Maréchal a ajouté :

Avec ce type de raisonnement et bien je vous le dis franchement, oui, nous allons déboulonner Napoléon, oui, nous allons déboulonner de Gaulle et nous allons déboulonner probablement tous les socialistes de la IIIe République qui ont fait la république universelle, qui est censée être la république des droits de l’Homme [et] qui a promu l’égalité des droits.


Marion Maréchal : “Face au drame social qui va submerger notre pays, la premier mesure efficace est d’établir la priorité nationale”

Marion Maréchal: “Où sont les blindés face aux émeutiers?” (Villeneuve-La-Garenne)

27/04/2020 – FRANCE (NOVOpress)
Ce dimanche, Eric Morillot recevait Marion Maréchal qui livrait son point de vue sur la gestion de la crise et les perspectives du “monde de demain”.

Voici un extrait tiré de l’émission “Les Incorrectibles” (Sud Radio) du 26 avril 2020.


Marion Maréchal : “La cellule de crise qui a été mise en place pour assurer l’approvisionnement national en matériel est un fiasco total”

15/04/2020 – FRANCE (NOVOpress)
Au lendemain de l’allocution d’Emmanuel Macron sur la situation sanitaire en France, Marion Maréchal a décidé de réagir sur Europe 1 : “Ce qui me dérange un petit peu dans l’utilisation de l’unité nationale, c’est qu’elle semble parfois utilisée pour ne pas avoir à rendre des comptes politiques“.

Elle pointe un discours “d’adaptation à la pénurie” plutôt que de “vision stratégique“.

Au niveau des tests se rend compte qu’après deux mois de confinement plein, on va encore être au stade de dépister uniquement des personne qui développent des symptômes. Ce qui était l’étape initiale de la plupart des pays qui ont lutté contre le virus. Là il y a une gestion un peu lente du dispositif

Marion Maréchal enfonce le clou : “La cellule de crise qui a été mise en place pour assurer l’approvisionnement national en matériel est un fiasco total“.

J’attends de voir la manière dont Emmanuel Macron va se réinventer. Quand il nous parle de la souveraineté industrielle, de la souveraineté alimentaire, il parle à son niveau de souveraineté européenne. Il y a une forme de dévoiement du mot“, précise l’ancienne députée.


“Gouverner c’est prévoir”, Marion Maréchal torpille le gouvernement

Marion Maréchal lors de la National Conservatism Conference : « Nous voulons défendre une civilisation et non un marché ! »

Découvrez l’intégralité du discours prononcé en anglais par Marion Maréchal au colloque qui s’est tenu à Rome – les 3 et 4 février derniers – sur le thème du “Conservatisme national” avec notamment la présence du Premier ministre hongrois Viktor Orban et de la présidente de Fratelli d’Italia Giorgia Meloni.

Je tiens à remercier Yoram Hazony de nous avoir réunis aujourd’hui sous la bannière du conservatisme national.

Notre grande idée est que le conservatisme n’est pas une norme, ce n’est pas une doctrine fixe. Que c’est avant tout une disposition d’esprit. C’est pourquoi il existe tant d’expressions nationales du conservatisme. Le génie de chaque peuple a traduit à sa manière le besoin universel de conservation de la société. La particularité des mouvements conservateurs présents aujourd’hui est qu’ils ne veulent pas simplement ralentir la marche du progressisme. Ce n’est pas seulement un « oui mais ». Ils proposent une voie radicalement différente. Nous avons de beaux exemples de ces différentes voies nationales ici aujourd’hui et dans le monde: le conservatisme national de Donald Trump, l’illibéralisme de Victor Orban, le souverainisme de Boris Johnson, le catholicisme national polonais, le libéral-conservativisme autrichien et tchèque.

Pourquoi nous sommes tous conservateurs :

Derrière nos différences, nous pouvons tous assumer ce terme de «conservateur» car nous défendons tous une vision commune de l’humanité et de ses extensions naturelles : des communautés de différentes sortes plus spécifiquement la communauté nationale.

Nous sommes le nouvel humanisme de ce siècle.

Pourquoi ? Parce que nous connaissons et défendons tous les besoins de l’âme humaine : ordre, liberté, obéissance, responsabilité, hiérarchie, honneur, sécurité (selon la liste de la philosophe Simone Weil). Tous ces besoins essentiels à l’être humain et que le progressisme refuse de satisfaire. Sans répondre à ces besoins, il ne peut y avoir ni civilisation, ni émancipation, ni bonheur. Nous refusons le relativisme par lequel chaque individu serait le créateur de ses propres valeurs. Nous croyons au droit naturel, à une éthique universelle. Nous pensons que la volonté individuelle ne peut être la seule boussole de la société.

Nous, conservateurs, savons que ni l’humanité ni les nations ne peuvent être réduites à des constructions intellectuelles. Ce sont des réalités réelles, sensibles, linguistiques, culturelles, spirituelles. Nous essayons de relier le passé au futur, la Nation au monde, la famille à la société, l’économie à la politique, le commerce aux frontières, la personne au bien commun. Les progressistes sont des observateurs passifs du soi-disant “sens de l’histoire” dans lequel le droit et l’économie gouvernent la société. Nous, conservateurs, voulons à nouveau l’homme comme sujet de l’histoire et l’économie comme outil, et non comme ordre lui-même. Nous représentons le réalisme alors qu’ils représentent l’idéologie, nous incarnons la mémoire alors qu’ils sont amnésiques, nous appartenons à une continuité historique alors qu’ils se concentrent sur la prochaine introduction en bourse ou les prochaines élections.

Et sur le conservatisme français? Quelle est donc la voie choisie par la France ? Quel est le visage du conservatisme français ?

Quelle question difficile pour un pays qui est à la fois le pays de grandes figures conservatrices comme Bonald, Maistre, Chateaubriand, Balzac, Tocqueville ou Le Bon… et le laboratoire d’origine des idées progressistes. Edmund Burke a déjà détecté dans la Révolution française les racines du mal qui nous ronge : le citoyen abstrait de la Révolution française, détaché de sa terre, de sa paroisse, de sa profession, est une matrice du Citoyen du Monde ! La révolution française a favorisé l’universalisme contre le particularisme, le rationalisme contre la spiritualité, l’abstraction contre le contractualisme politique réel. La plupart des idées politiques modernes ont été inventées en France. En France, il n’y a plus de mouvement conservateur depuis la troisième république mais il y a eu des moments conservateurs depuis la Révolution: légitimisme, catholicisme social ou gaullisme. Il n’y a pas d’histoire linéaire du conservatisme français mais plutôt un style. Le regretté Roger Scruton en a parlé comme d’une pensée romantique, poétique, littéraire mais abstraite, contrairement au conservatisme britannique. Logique: en réaction à l’événement métaphysique qu’est la Révolution de 1789, les Français répondent par un conservatisme métaphysique.

On retrouve pourtant quelques caractéristiques de la tradition conservatrice française :

Cette tradition aime l’engagement social mais n’aime pas le socialisme ; elle est en faveur de l’intervention de l’État, sans être centralisatrice. Elle adhère au catholicisme mais peut être hostile à l’Église. Les conservateurs français aspirent à une démocratie directe reposant sur le lien fort entre un «homme de la Providence» et la communauté politique. Ils jouissent ensemble de l’ordre et de la liberté: comme l’a dit de Gaulle, «Il y a un pacte vieux de vingt siècles entre la France et la liberté du monde». Souvent dans notre histoire, nous avons l’impression que la pensée révolutionnaire a gagné. Et aujourd’hui, «conservatisme» est souvent synonyme d’immobilité, d’esprit bourgeois et même de libéralisme.

La France est-elle donc vouée à être une nation progressiste ? Absolument pas. Mais vous commencez à nous connaître : nous ne savons pas faire de la politique sans créer un peu de chaos. Les Gilets Jaunes sont la version spectaculaire d’une révolte électorale contenue, moralement blâmée et réprimée physiquement. Ce sont la version française des Brexiteers. La différence est qu’ils n’ont pas été écoutés. Les Français ont le sentiment qu’une approche conservatrice est devenue une nécessité vitale. Une nécessité vitale pour protéger leur patrimoine matériel et culturel. Ils craignent de perdre ce qui leur est précieux, ce qui leur est familier, ce qui les distingue, ce qui les définit. Dit simplement, leur âme.

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Marion Maréchal en cible, analyse sémantique

La Convention de la droite organisée à Paris le samedi 28 septembre 2019 à l’initiative du magazine L’Incorrect n’a pas été appréciée des médias dits convenus. Ils y ont vu une réunion de ce qu’ils appellent « extrême droite », avec pour objectif d’enlever toute légitimité à cette réunion. Depuis, les obus journalistiques pleuvent.

Rappelons que l’usage du mot « extrême droite » n’a aucune scientificité concernant les objets auquel il s’applique dans les médias principaux. Il sert à désigner pêle-mêle les populistes de droite, les conservateurs, les catholiques (mais pas les musulmans radicalisés islamistes et terroristes), les souverainistes, les identitaires… autrement dit, tous ceux qui ne sont pas de gauche ou de droite centriste, et ne pensent pas dans les clous de l’univers mondialiste et libéral-libertaire. Cet usage, qui est aussi une facilité et une paresse, révèle le degré d’infox que peut produire un système médiatique convenu et officiel : aucun de ces courants ne correspond à une quelconque définition du terme « extrême droite » en sciences politiques, sauf sous la plume « d’intellectuels » qui sont avant tout des militants, ainsi de Gérard Noiriel.

Pourtant l’extrême droite est clairement définissable par des invariants : elle est avant tout antiparlementaire, opposée aux élections et à la démocratie, sinon par appel direct au peuple, autoritaire, raciste, réactionnaire, éventuellement fasciste ou nazie. Le lecteur trouvera une excellente analyse de cette problématique ici. Sans doute de telles mouvances existent-elles en France, elles se rencontrent cependant ailleurs que dans les courants de pensée cités plus haut, dans de rares groupuscules (avant l’été, Macron a eu des difficultés à en trouver trois à dissoudre). D’où la manipulation digne des pires fake news que représente l’utilisation frauduleuse de ce terme de sciences politiques à l’encontre de certains adversaires que l’on souhaite ainsi, au fond, à réduire au silence

La chasse à la Marion est ouverte ?

Marion Maréchal a eu droit elle aussi à un traitement particulier de la part du Monde, sous l’égide de Lucie Soullier, journaliste qui semble obsédée (ou amoureuse ?) de la jeune retraitée de la vie politique. L’article est paru dans l’édition du 2 octobre 2019 et semble s’inscrire dans une offensive plus vaste visant à légitimer l’accusation de « retour aux années 30 » employée à tort et à travers contre ceux qui pensent autrement que le bloc libéral élitaire. C’est à l’image des « travaux » prétendument scientifiques de Noiriel, encensés et promus par le même journal. L’idée ? Faire analyser par des intervenants supposés de bonne foi et neutres puisque universitaires (pas de rires, s’il vous plaît), ayant d’ailleurs été conviés à la commission parlementaire de lutte contre l’extrême droite au printemps 2019. Ces derniers, « démontrant » par la comparaison des discours combien un Éric Zemmour (Noiriel) ou une Marion Maréchal (Le Monde du 2 octobre 2019) tiendraient des discours identiques à ceux tenus par l’extrême droite d’antan, discours qui seraient masqués par de nouveaux mots. Avec ce mode d’analyse, Le Monde s’approche de pratiques de type théorie du complot.

Il s’agit surtout de faire des amalgames anti-historiques puisque la base de tout travail d’historien est justement de ne pas pratiquer l’anachronisme, ce que fait avec volontarisme un Noiriel quand il veut assimiler Zemmour à Drumont.

Il en va de même de l’offensive lancée contre Marion Maréchal.

Titre et chapeau :

« Dans le discours de Marion Maréchal, les mots de l’extrémisme. Lors d’une convention organisée par ses proches, samedi, Marion Maréchal a prononcé un discours quasiment programmatique, dont « Le Monde » a fait analyser de larges extraits par quatre chercheurs ».

Le but :

« Cette allocution d’une trentaine de minutes offre l’occasion de décrypter la ligne radicale de Marion Maréchal, « ex-Le Pen », à travers sa sémantique très identitaire, son idéologie sociétalement ultra-conservatrice et économiquement libérale et sa référence décomplexée à la théorie d’extrême droite complotiste du « grand remplacement » (selon laquelle la population française serait progressivement remplacée par une population non européenne). Un véritable acte politique. D’où l’importance de décrypter les mots de celle qui revendique mener une « bataille culturelle ». »

Si le lecteur n’habite pas dans Paris centre ou dans un quartier bobo de métropole de province, il saisira combien il faut vivre en dehors du réel, pour ne plus voir simplement et avec honnêteté ce qui se passe dans la rue.

Pour lire la suite, c’est ici !