Zemmour ou Marine, les leçons de la présidentielle

Le Gallou Bousquet

08/07/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Grand Remplacement ou Grand Déclassement ? À comparer les résultats de Zemmour et de Marine, les Français ont tranché. La question de l’insécurité sociale a dominé les débats, mais elle n’exclut pas, loin de là, celle de l’insécurité civilisationnelle.

Pour en débattre, les Natifs Paris ont invité Jean-Yves Le Gallou, président de Polemia, et François Bousquet, rédacteur en chef d’Éléments.


Marine Le Pen est pour la première fois plus populaire qu’Emmanuel Macron

L’heureuse irruption politique des parias, par Ivan Rioufol

Ivan Rioufol

Pari perdu : Emmanuel Macron a produit, dans sa pratique de la défausse et du « en même temps », une apparente coquecigrue politique au cœur de l’Assemblée ; un assemblage hétéroclite de formations et de partis qui vont obliger les élites à quitter leur nombrilisme. Réélu le 24 avril après avoir agité la peur du populisme, le chef de l’État se retrouve nez à nez, à l’issue du second tour des législatives, avec les parias qu’il avait chassés. Son quinquennat, qu’il espérait poursuivre dans une hyperprésidence et un parti quasi monopolistique, est stoppé net par le réveil des somnambules.

Ce n’est pas la Nupes de Jean-Luc Mélenchon qui crée la surprise, même si l’addition des carpes et des lapins (qui déjà s’éparpillent) peut revendiquer 131 députés. Le vainqueur est le parti de Marine Le Pen. C’est lui que les électeurs ont choisi de promouvoir à l’Assemblée. Avec 89 députés, le RN est le premier parti d’opposition.

La Révolution des œillères, ainsi nommée par votre serviteur pour désigner la pression des réalités sur les idéologues et leurs toutous, est une force qui s’accélère. Elle est appelée à bousculer les citadelles construites sur le déni. Leur monde du trompe-l’œil, décrit ici la semaine dernière, est voué à disparaître sous la pression des faits, que le révisionnisme officiel cherche à effacer.

Quand, dans Le Point, l’ancien ambassadeur de France à Washington Gérard Araud déplore qu’« on affole à coups d’incidents montés en épingle », parlant des razzias des voyous de Seine-Saint-Denis contre des supporteurs anglais ou espagnols autour du Stade de France, le diplomate illustre l’aveuglement d’une classe hautaine. Le gouvernement a cherché à dissimuler les comportements des racailles en accusant des Britanniques agressés : ce mensonge d’État a contribué à attiser l’exaspération.

Ce sont des électeurs en colère (« la France rance », selon Bernard-Henri Lévy, jeudi sur CNews) qui, sans attendre des mots d’ordre ou des arrangements d’appareils, ont bousculé l’entre-soi du Système.

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Michel Onfray sur Europe 1 : « Marine Le Pen devrait être Premier ministre »

Marine Le Pen : « J’ai exprimé auprès du président des sujets de préoccupation urgents dont le pouvoir d’achat (…) et une immigration dérégulée et anarchique »

Un décryptage à droite de la Présidentielle, par Jean-Yves Le Gallou

Jean-Yves Le Gallou

Interrogé par l’abbé de Tanoüarn, Jean-Yves Le Gallou effectue un retour sur l’élection présidentielle : un bilan en demi-teinte montrant qu’une fois de plus le système est parvenu à ses fins, puisqu’il a consacré Emmanuel Macron président pour la deuxième fois, sans que lui soit porté, ne serait-ce qu’une vraie contradiction. Publié dans le numéro 1010 de Monde et Vie de mai 2020, l’entretien a été réalisé le surlendemain du deuxième tour de l’élection présidentielle.

Guillaume de Tanoüarn : Jean-Yves Le Gallou, peut-on parler à propos de la toute récente élection présidentielle, d’une « victoire éclatante du Rassemblement National », comme l’a fait Marine Le Pen le soir de l’élection ?

Jean-Yves Le Gallou : Assurément non. Dans une élection une « victoire éclatante » intervient quand la liste victorieuse l’emporte avec une large avance sur son ou ses concurrents. A la présidentielle, Marine Le Pen a perdu avec un énorme handicap par rapport à Emmanuel Macron ; quelque 17 % de retard sur son concurrent. Certes sa défaite, en pourcentage est moins importante que lors de la présidentielle de 2017. Mais il faut garder leur sens aux mots sous peine de tomber dans la désinformation. Cela étant dit, j’ajouterai qu’en utilisant une telle expression, « victoire éclatante », elle avoue en fait que son objectif réel est atteint et qu’il n’était donc pas de gagner. On l’a vue très enjouée le soir du premier tour, comme on l’avait vu danser sur sa défaite en 2017, après le fameux débat. Je n’ai pas pu m’empêcher de noter l’énorme distorsion qu’il y avait entre la satisfaction qu’elle éprouvait visiblement et la peine immense des électeurs d’Hénin-Beaumont. Signe sans doute que la coupure entre les élites et les peuples, qui existe de manière nationale et même internationale, passe aussi au RN.

Guillaume de Tanoüarn : N’était-ce pas le même esprit que l’on a pu constater lors du grand débat Le Pen-Macron, ce soulagement visible de la candidate Marine, à la fin d’une confrontation décevante des deux côtés ?

Jean-Yves Le Gallou : Son objectif manifestement était de faire face sans prendre trop de coups. C’est la raison pour laquelle au début du débat, elle a encaissé les attaques de Macron sans répliquer. Un exemple ? Macron venait de l’accuser d’être liée au pouvoir russe par un prêt en cours de remboursement depuis 2015. Elle avait deux répliques possibles : accuser Macron d’être lui-même au service des réseaux mondialistes américains, à travers l’affaire McKinsey, dans laquelle il apparaît que des millions de données, nous concernant nous Français, ont été fournies à ces cabinets de conseil américains et finalement par-là, au Pentagone. Item : d’avoir détruit des fleurons industriels français comme Alstom pour satisfaire les Américains qui ont mis dans cette affaire « une pression de dingue ». Mais Marine Le Pen n’a rien fait de tout cela, probablement par peur d’être accusée de « complotisme ». Elle n’a attaqué son adversaire frontalement que sur la question des éoliennes, interdites au Touquet, ce qui restait de l’ordre de l’anecdote. Elle aurait pu aussi accuser Macron de faire une campagne auprès du gouvernement algérien, alors que le président candidat avait envoyé, deux figures de la macronie l’un après l’autre, Darmanin et Castaner, à la Grande mosquée de Paris dont le recteur est nommé par Alger. Elle n’en a rien fait. Tout se passe comme si elle était habitée non par le souhait de sauver la France, mais par le désir de garder, avec la boutique « Rassemblement national », le statut d’ « opposante officielle » du Président.

Elle avait déclaré au Figaro que ce serait sa dernière campagne ?

Jean-Yves Le Gallou : Oubliée cette déclaration de campagne. Elle se voit repartie pour un tour de manège. En avant pour 2027, voire 2032 !

Guillaume de Tanoüarn : Eric Zemmour marque, dans sa déclaration après le second tour de la Présidentielle, que c’est la huitième fois que le nom Le Pen est en échec lors d’une grande élection. Ne met-il pas là le doigt sur une forme de malédiction historique ?

Jean-Yves Le Gallou : Avait-il raison de donner l’impression de déterrer si vite la hache de guerre ? La remarque de Zemmour est juste factuellement. Mais pourquoi voir dans ce bilan une malédiction ? Ce qui reste à savoir, c’est s’il est possible de gagner dans un système où la totalité des journaux (Présent et Monde et vie mis à part), et les médias télévisés (au moins TF1, France 2, France 3, M6) roulent pour un seul candidat, où les corps intermédiaires du Medef à la CGT, des syndicats agricoles aux chasseurs, votent pour le même candidat. Comme l’a exprimé l’hespérialiste belge David Engels avec force au dernier colloque de notre Institut Iliade : « Ne nous trompons pas : ce n’est pas par le biais de processus démocratiques conventionnels que nous obtiendrons la victoire […] parce que l’ensemble du système politique actuel, malgré le pluralisme formel, est si unilatéralement dominé par le libéral-gauchisme qu’il rend une victoire électorale globale de la “droite” impossible dans les faits et ne peut donc être qualifié de démocratique que dans une mesure limitée. Qu’il s’agisse de l’orientation gauchiste des médias, de l’école, de l’université, du monde professionnel, des institutions de l’État ou des fonctions politiques : partout, la synchronisation idéologique est telle que seules des infimes nuances de gauchisme semblent être tolérées, tandis que tout mouvement patriotique culturel est soit étouffé, soit désintégré de l’intérieur, soit discrédité ou éradiqué. » Dans le contexte dialectique occidental, le changement par les urnes est impossible à court terme. On notera que les seuls pays qui aient des gouvernements identitaires et conservateurs ont des médias pluralistes, c’est-à-dire qu’à côté des médias financés par Soros, il y a dans ces pays des médias indépendants, à une échelle que l’on ne trouve pas en France. Regardez Victor Orban : pour lui, le combat culturel se prépare dès maintenant, il est pour l’après, quand il ne sera plus au pouvoir. Je ne résiste pas à préciser que l’interventionnisme du président ukrainien Zelensky à l’international, lui a rendu service. Les Hongrois, contrairement aux Français, ne s’y sont pas laissé prendre, sans doute parce que ce sont de proches voisins.

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100 jours avec Marine: l’histoire secrète de la présidentielle par Leif Blanc

Marine Le Pen

Attention, entretien pour l’histoire ! Leif Blanc, le Monsieur « ruralité » de Marine Le Pen, l’homme de terrain et du Salon de l’agriculture, dévoile pour la première fois, dans un entretien fleuve, diffusé mercredi 25 mai à partir de 19 heures sur la chaine youtube d’Éléments, les dessous d’une campagne hors-normes, qui a vu sa candidate recueillir plus de 13 millions de voix au second tour de la présidentielle. Leif Blanc nous dit tout face caméra : l’histoire secrète d’une campagne historique. Ses hauts et ses bas, ses couacs et ses claques, ses performances et ses défaillances.

Droit au but ! Avec sa gouaille et son franc-parler, le Monsieur « ruralité » de Marine Le Pen n’aura laissé à personne d’autres que lui, le soin de raconter les dessous de la campagne présidentielle de Marine Le Pen, démarrée officiellement le dimanche 12 septembre 2021, à Fréjus, devant 900 militants du Rassemblement national, encore abasourdis par l’irruption du phénomène Zemmour.

Marine la bête de guerre

Dans le passionnant entretien qu’il a accordé à François Bousquet, le rédacteur en chef d’Éléments, Leif Blanc marque le vrai départ de la campagne de Marine Le Pen, un mois plus tard, le jeudi 7 octobre, au Sommet de l’élevage à Cournon-d’Auvergne ! Début octobre, la finaliste de la présidentielle de 2017 n’est plus qualifiée au second tour. Un sondage Harris interactive donne Éric Zemmour, pas encore candidat, devant elle à 18 %. Pour Leif Blanc, c’était le salon de la dernière chance, l’endroit idéal pour relancer sa candidate ou… l’enterrer. « J’avais la boule au ventre », se souvient-il encore avec émotion devant la caméra d’Éléments. « Ce jour-là, j’ai retrouvé Marine, la bête de guerre ».

Tout au long d’un entretien de plus de deux heures, ponctué d’éclats de rire et de vrais coups de gueule, Leif Blanc nous entraine dans les coulisses parfois loufoques d’une campagne électorale historique. Son témoignage exclusif sans tabou ni langue de bois ne laissera personne indifférent. Leif Blanc, alias l’homme de la Pampa, peut être parfois rude, mais sait toujours rester courtois, même lorsqu’il distribue les cartons rouges (Jordan Bardella, Philippe Olivier, Marine Le Pen) ou les coups de cœur (Laurent Jacobelli, Julien Odoul, Marie-Caroline Le Pen, Caroline Parmentier, Florence Goulet, etc.). Pas de jaloux, tout le monde a été servi, sans esprit de revanche.

Leif, le bon petit soldat

Né en 1981 en Normandie, Leif Blanc n’est pas un militant comme les autres. À quarante-trois ans, ce normand qui aujourd’hui dans une ferme dans la Manche a déjà vécu plusieurs vies. Journaliste, diplômé de l’Institut pratique de journalisme (IPJ), il a sillonné l’Europe centrale pour les pages « voyages » du Figaro Magazine, puis s’est spécialisé dans la vie agricole à partir de 2009, en relatant les dégâts de la crise laitière (« Le lait de la colère ») ou les épidémies qui décimaient les élevages ovins (« Ce mystérieux virus qui tue nos agneaux »), dans des reportages saisissants de vie, parus à l’époque dans Paris Match.

Leif Blanc a franchi le pas « sans trop réfléchir », au moment de la campagne présidentielle de 2012, « fasciné » par l’aura de Marine Le Pen. Au Front National, il devient délégué national à la ruralité, l’agriculture et l’environnement. Deux ans plus tard, en 2014, il se met au service d’Édouard Ferrand, député européen. Une rencontre qui le marquera à vie. « Il était parvenu à donner un sens à son mandat de député européen, alors qu’objectivement ce mandat n’en a pas beaucoup, en allant à la rencontre du monde agricole. » La mort d’Édouard Ferrand le 1er février 2018 le laisse comme orphelin, mais il poursuivra son travail d’attaché parlementaire, auprès de Gilles Lebreton notamment, à chaque fois attaché à un député de la commission « Agri » (Commission de l’agriculture et du développement rural) du Parlement européen.

Depuis, en bon petit soldat, Leif Blanc s’est dévoué corps et âme à la campagne de Marine. Le reste, c’est son histoire avec Marine, et il la raconte face caméra, en exclusivité, sur le site internet d’Éléments.

Texte repris du site revue-elements.com

«Ceux qui m’ont quittée» pour Éric Zemmour, «c’est un chemin sans retour», tranche Marine Le Pen

Législatives : Marine Le Pen va au charbon, par Franck Deletraz

marine le pen

Alors que les grands médias de la Macronie nous serinaient depuis des jours avec son prétendu « abattement » et évoquaient même sa possible « non-participation » aux élections législatives du mois de juin prochain, Marine Le Pen est revenue dimanche matin au-devant de la scène politique nationale plus combative et plus offensive que jamais. En effet, en visite dans son « fief » d’Hénin-Beaumont, dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, où elle est candidate à sa réélection, la députée du Rassemblement national, après avoir rappelé très justement que « le combat n’est pas terminé », a entamé sa campagne électorale par de féroces – mais justes – attaques contre Macron et son « bouffon » Mélenchon.

« Le combat n’est pas terminé »

Prenant la parole au terme d’un impressionnant bain de foule, Marine Le Pen a ainsi assuré ses partisans que le combat allait continuer « parce que la politique qu’Emmanuel Macron compte mettre en œuvre est tout aussi nocive aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 15 jours », et qu’« il faut donc absolument faire en sorte de les empêcher de nuire, lui et ses alliés ». Disant espérer une « entrée en force à l’Assemblée nationale » des candidats RN pour mener à bien ce combat, l’ex-candidate à la présidentielle a également réaffirmé sa volonté de lutter contre « le laxisme que nous avons vu à l’œuvre depuis cinq ans en matière d’insécurité et d’immigration ».

« La fable de Jean-Luc Mélenchon »

Une intervention au cours de laquelle l’occupant de l’Elysée n’a pas été le seul à se voir vivement critiqué. En effet, évoquant l’incroyable et insupportable feuilleton médiatique de l’union des gauches autour de Mélenchon, Marine Le Pen s’est à fort juste titre exclamée : « La fable de Jean-Luc Mélenchon s’opposant à Emmanuel Macron, on va peut-être arrêter, maintenant ! Ça a duré 15 jours, ça a fait rire tout le monde… » Or, a-t-elle poursuivi, il « joue les fous du roi, il surjoue l’insolence à l’égard du président », mais « la réalité, c’est que Jean-Luc Mélenchon a fait élire Emmanuel Macron ». Ce qui, a-t-elle ajouté, « le discrédite absolument pour pouvoir se mettre dans la posture de l’opposant ». D’autre part, a encore souligné avec ironie la candidate du Rassemblement national dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, en faisant allusion aux récentes déclarations de Jean-Luc Mélenchon estimant qu’il n’avait pas besoin de se présenter à sa réélection, « pour gagner des législatives, il faudrait déjà qu’il accepte de se présenter. Ce serait un bon début… »

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 9 mai 2022

Présidentielles : la progression de Marine Le Pen invite les macronistes à la prudence

elysée

Les présidentielles de 2022 font… trois déçus : la gauche, les macronistes et la droite nationale. Il faut ajouter une autre déçue, la France patriote, qui va devoir composer avec un président de la République destructeur durant cinq ans de plus. Mais les apparences sont en partie trompeuses.

Battue dès le premier tour, l’extrême gauche peine à digérer la défaite. Une partie de nos grands donneurs de leçons républicaines a manifesté, dès dimanche soir, son attachement à la légitimité démocratique en défilant et cassant dans plusieurs grandes villes contre les résultats du scrutin, non sans agresser violemment les forces de l’ordre… Organisée par l’extrême droite, une telle manifestation, fondamentalement antidémocratique, aurait donné lieu à des condamnations médiatiques unanimes et outrées. Mais c’est l’extrême gauche, alors…

La droite nationale est elle aussi battue au second tour, moins que l’extrême gauche éliminée dès le premier. Mais la droite l’accepte et ne conteste rien alors que le déséquilibre médiatique et les petites ou grandes entorses aux règles de la réserve durant les heures qui précèdent le scrutin donneraient bien des prétextes. Sans doute parce que le match Macron-Le Pen est en réalité moins déséquilibré que ce que les partisans d’Emmanuel Macron auraient souhaité. Car Le Pen progresse en nombre de voix (de 10,6 millions de voix en 2017 à 13,3 millions de voix en 2022). C’est 2,7 millions de voix supplémentaires, un record pour la candidate. De son côté, Macron a perdu des plumes entre les deuxièmes tours de 2017 et de 2022 : il a égaré précisément 1,9 million de voix. Une érosion maîtrisée pour un Président resté cinq ans aux affaires sans cohabitation, mais une fragilisation évidente de son potentiel électoral.

Résultat, dix millions de voix séparaient Marine Le Pen d’Emmanuel Macron au deuxième tour des présidentielles de 2017 : cet écart s’est réduit, en 2022, à 5,5 millions de voix. Marine Le Pen se rapproche de la barre fatidique. Si l’on observe les pourcentages, la diminution des écarts est également spectaculaire. En 2002, le score de Jean-Marie Le Pen face à Chirac affichait 64 points d’écart (82 % contre 18 %). Cet écart a fondu de moitié, en 2017, à 32 points (66 % Macron contre 34 % Le Pen) et il a encore diminué de moitié, en 2022, avec 17 points d’écart seulement. En somme, toutes les institutions, partis politiques, célébrités, journaux, etc., appellent toujours à faire barrage contre le RN mais l’efficacité de la chanson du barrage contre l’Atlantique a fondu comme neige au soleil. En vingt ans, le fameux front dit républicain est passé de 80,2 % au deuxième tour des présidentielles de 2002 à 58,2 % hier : il a perdu précisément 22 points ! Pas un franc succès ni de quoi déboucher le champagne dans les cercles d’influence. Ce qui explique le triomphe relativement mesuré d’Emmanuel Macron, dimanche soir, au Champs-de-Mars à Paris.

Reste le fameux plafond de verre, mais est-il un obstacle définitif pour Marine Le Pen ? L’analyse des résultats locaux montre que non. Si les grandes villes sont toujours très hostiles au vote Le Pen (85,1 % à Paris en faveur de Macron, 79,80 % à Lyon, 59,80 % à Marseille, Nantes 81,15 %, Bordeaux 80 %), le reste de la France et les petites villes lui sont bien plus ouvertes. Ainsi, 28 départements ont placé Marine Le Pen en tête au deuxième tour, contre deux seulement en 2017. L’outre-mer, le pourtour méditerranéen, la Corse, les Hauts-de-France et le Grand Est ont souvent installé la candidate du RN en tête.

Des résultats qui vont donner des sueurs froides aux grands appareils concurrents. Surtout si Macron met en place un mode de scrutin à la proportionnelle pour les élections législatives. L’occasion, peut-être, si le RN sait nouer de larges alliances à droite avec Éric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan, de créer un groupe patriote à l’Assemblée nationale. Du jamais-vu depuis les 35 députés du Front national (dont trois apparentés) élus, en 1986, autour d’un certain Jean-Marie Le Pen.

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Au Pavillon d’Armenonville, à Paris : les militants de Le Pen entre désillusion et résolution

Marine Le Pen

Les quelques centaines de militants présents au Pavillon d’Armenonville, dans le XVIe arrondissement, n’ont pas caché leur déception en voyant le visage d’Emmanuel Macron s’afficher à l’écran à 20 h. 42 %. La défaite est amère, mais pas aussi sèche qu’en 2017. Le champagne a tout de même été bu et les petits fours grignotés sans grand entrain. On a même aperçu quelques larmes. Il faut dire que Marine Le Pen revient de loin. Sortant d’une campagne difficile, diabolisée jusqu’à l’insulte par la Macronie et attaquée sur sa droite par Éric Zemmour, Marine Le Pen a démontré, pour qui pouvait encore en douter, qu’elle avait le cuir solide et rudement tanné par les coups.

Comme pour ne pas laisser la morosité s’installer, Marine Le Pen est apparue, dès 20 h 15, pour un discours de quelques minutes. « Un grand vent de liberté aurait pu se lever ce soir », semble regretter celle qui achève sa troisième campagne présidentielle en tant que candidate. Néanmoins, elle n’a pas voulu laisser ses troupes douter. Derrière cette élection se profilent déjà, dans son esprit et dans celui de ses cadres, les élections législatives à venir. Entre un bloc macroniste triomphant et un bloc Insoumis déjà projeté dans cette échéance, le RN doit se tailler une place de choix dans l’Hémicycle. Car 42 % (41,2 % à 22 h, ce 24 avril), c’est mieux, mais ce n’est pas assez pour taire tous les doutes. Cela, Éric Zemmour l’a bien compris. À quelques encablures de son QG du VIIIe arrondissement, le président de Reconquête, éliminé au premier tour avec 7 % des voix, a appelé de ses vœux des unions et des alliances en vue de ces élections législatives. Jouant le prophète de malheur, Zemmour a tenu à rappeler qu’il avait toujours dit que personne ne pouvait gagner seul. Reste à savoir si ses mots seront entendus. Quoi qu’il en soit, et au fur et à mesure de l’affinage des résultats définitifs, Marine Le Pen arrive en tête dans les DOM-TOM, mais également dans nombre de territoires. Ce fut la France périphérique, celle de la classe moyenne, celle du travail et du déclassement, et elle est encore nombreuse. Reste à savoir si, après cette défaite, elle se mobilisera à nouveau. En tout cas, Marine Le Pen est résolue à jeter toutes ses forces dans la bataille qu’elle « mènera aux cotés de Jordan Bardella ». Le jeune président par intérim du RN a été mis, ce soir, sur un piédestal par la candidate. Il faut dire qu’il a été particulièrement en vue pendant l’entre-deux-tours. « J’espère qu’il est bien l’avenir », murmure un cadre local du parti.

Quoi qu’il en soit, le plus dur reste à faire pour le RN. Les élections législatives doivent permettre au parti de Marine Le Pen de constituer un groupe solide à l’Assemblée nationale, entre LFI et LREM. Avec 41,2 %, Marine Le Pen ne fait pas assez pour gagner mais suffisamment pour considérer qu’elle n’a besoin de personne. Déjà, certains cadres murmurent qu’il faut des alliances tandis que d’autres affirment que rien n’est à négocier avec un parti « de traîtres à 7 % », pour reprendre les mots d’un militant présent. Les jours qui viennent seront décisifs pour le bloc souverainiste et national.

Marc Eynaud

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Le grand cadavre à la renverse du « barrage républicain », par Clément Martin (Les Identitaires)

barrage républicain

Depuis 2002, une tradition bien particulière continue de marquer la vie politique française, celle du « barrage républicain ». Le principe est connu : à n’importe quel scrutin où le Front national/Rassemblement national est présent au second tour, toutes les forces politiques dites « républicaines » se doivent de rallier son adversaire, quelle que soit sa couleur politique.

20 ans après, nous en sommes à la troisième itération présidentielle de ce phénomène. Alors que le RN compte sur un ralliement significatif des électeurs de Jean-Luc Mélenchon pour triompher d’Emmanuel Macron, quelques observations s’imposent, aussi bien sur la signification du barrage républicain pour les Français de droite, comme pour les Français de gauche.

¡No pasarán ! et le chantage à l’extrémisme

Le principe du barrage républicain est fondé sur la distinction ontologique entre les « républicains », évidemment généreux, raisonnables et humanistes et les « antirépublicains », fascistoïdes partisans de la haine de l’autre et du repli sur soi. Autrement dit, l’électeur qui envisagerait de rallier les seconds n’opèrerait pas un choix politique mais bien un choix moral, indéfendable et infâmant.

Cette technique d’intimidation vise principalement l’électeur de droite classique (ou « républicaine », comme le veut d’ailleurs l’expression consacrée) qui, devant les trahisons successives du RPR, de l’UMP et de LR, pourrait songer à défendre ses intérêts de façon authentique en votant pour un candidat populiste et identitaire. Une telle alliance constituerait un danger de taille, à la fois pour la gauche et pour le bloc centriste. Derrière les hurlements indignés des bonnes âmes, il faut identifier derrière l’appel au barrage républicain, non seulement un geste d’adhésion idéologique au progressisme mondialisé et managérial mais à part égale, il s’agit d’un cri d’orfraie des valets du statuquo, terrifiés à l’idée de céder leur prestige de classe, celui de la gauche culturelle.

Preuve de la persistance de l’hégémonie culturelle de la gauche, cette intimidation intellectuelle ne fonctionne que parce la droite accepte que son obsession de respectabilité soit prise en otage par le système médiatique.

La chute de Valérie Pécresse et le transfert d’une partie de la droite classique vers la candidature d’Éric Zemmour est un premier pas de cette émancipation.

Antifascisme ou anticapitalisme ? La gauche écartelée

Historiquement, la gauche se définissait par son anticapitalisme. Si celui-ci se déclinait au gré des solutions proposées par les différentes nuances de la gauche (selon que celle-ci fût anarchiste, communiste, socialiste ou syndicaliste), il constituait clairement l’ADN de la gauche. Par conséquent, agir « en homme de gauche » revenait simplement à s’opposer de façon radicale au capitalisme.

Les années 20 et la mise en place de la stratégie de l’ « antifascisme » ont considérablement brouillé les lignes pour la gauche : désormais, pour elle, deux impératifs moraux se disputent la première place des priorités politiques. Il fallait désormais être à la fois antifasciste en plus de s’opposer au capitalisme. Un siècle plus tard, après la mort des utopies socialistes, et alors que le terme de « fascisme » a été intégralement vidé de son sens, à tel point qu’il peut désigner un parti politique séduit par la démocratie directe et le républicanisme, cette compétition des priorités pose un grave problème pour la gauche.

L’homme de gauche qui se verrait séduit par les lumières du populisme de droite, seule force politique capable de freiner la mondialisation économique et le déclassement généralisé, se retrouverait aussitôt suspecté de sympathies fascistes. Alors, contrit et penaud, il reviendrait dans le sérail de la coalition « républicaine » (dirigée aujourd’hui par le bloc centriste), maugréant qu’il glisserait l’enveloppe dans l’urne. 5 ans plus tard, après la catastrophe du macronisme, il jure qu’on ne l’y reprendrait pas… Avant de se plier une nouvelle fois au même rituel d’humiliation.

La puissance du conditionnement psychologique antifasciste est telle qu’il semble tout à fait acceptable pour les électeurs d’un Fabien Roussel ou d’un Jean-Luc Mélenchon de voter au second tour pour un banquier qui éborgne les Gilets jaunes, afin de faire barrage contre la candidate plébiscitée par les classes populaires. Certes, ils n’hésitent pas à rappeler qu’ils lutteront contre Macron dès que celui-ci sera élu (un projet douteux tant le président sortant s’est montré dur dans sa répression des mouvements de rue). Il n’empêche qu’à deux reprises, l’électeur de gauche se sera rangé derrière le candidat de la mondialisation et se sera rallié, de fait et quoi qu’il en dise, à son camp politique.

À en croire les enquêtes, une part plus importante des électeurs de La France Insoumise seraient prêts à voter pour Marine Le Pen qu’en 2017. Si cela venait à se confirmer (ce qui est peu probable), on peut tabler sur l’épuisement relativement rapide de la stratégie de « barrage républicain ». La question qui se pose est donc fort logiquement : quelle part des électeurs de gauche fera preuve de la détermination nécessaire pour franchir le Rubicon et s’extraire du conditionnement psychologique ambiant ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : dans sa forme actuelle, la démocratie française fonctionne comme un dispositif de domestication psychologique, maladroit mais somme toute toujours efficace.

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires