Zemmour relève le défi des législatives dans le Var : les raisons d’un baroud d’honneur

zemmour trocadero

Éric Zemmour aurait pu rester à la tête de Reconquête et jouer les invités vedettes pour soutenir ses 550 candidats dans les circonscriptions et galvaniser ses militants partout, comme il sait le faire. Il aurait pu rester au-dessus de la mêlée, comme Jean-Luc Mélenchon, par exemple, qui ne se présentera pas. L’ancien journaliste a décidé, au contraire, d’entrer dans la bagarre. Il sera candidat dans la quatrième circonscription du Var. Il a peu de chances de l’emporter.

Zemmour a obtenu dans cette circonscription 13,25 % des voix au premier tour de la présidentielle, il est arrivé en quatrième position. Il affrontera une députée sortante macroniste et un candidat RN bien implanté. Le vote utile va à nouveau jouer contre lui, au niveau local cette fois. La marche est vraiment très haute.

Le président de Reconquête a longuement hésité. Son entourage était partagé. Certains le poussaient. D’autres estimaient qu’il avait d’autres moyens de montrer son engagement en mettant sur pied, par exemple, un laboratoire de réflexion et de formation des jeunes, en se ménageant pour les élections européennes. Et qu’il courait le risque de se carboniser. Zemmour avait, en réalité, toutes les raisons de ne pas y aller… C’est un Parisien pur sucre : il a parlé de son enfance en banlieue et de ses attaches dans la capitale mille fois pendant la campagne. Il a fait, du reste, son meilleur score à la présidentielle non pas dans le Sud mais à Paris, dans le 16e arrondissement. Il bascule à 878 kilomètres de Paris : impossible de trouver plus loin ! Zemmour n’a pas l’accent du Midi et n’a aucune expérience politique locale. Il sera guidé par le maire de Cogolin, mais il n’a pas la connaissance directe des réseaux d’influence locaux, des baronnies et il retrouvera son adversaire principal : le vote utile en faveur du candidat RN.

Le RN ne lui fera aucun cadeau. Mercredi, son président Jordan Bardella, devant la presse réunie pour la publication des listes des candidats, a eu ce petit mot d’accueil : « S’il essuie un nouvel échec, il sera obligé d’en tirer les conclusions. » Bardella a insisté sur la marginalisation de Reconquête, comme de la NUPES de Mélenchon, dans le jeu politique : « Il n’y a que nous pour nous opposer à Emanuel Macron. » Bardella ne voit toujours « aucun intérêt » à tout accord d’appareils et pense que « beaucoup d’électeurs de Zemmour se pencheront dès le premier tour sur le RN ». Bref, il a beaucoup de coups à prendre.

Mais l’ancien polémiste aime cette région. Il y passe ses vacances depuis vint ans. Surtout, « il veut montrer que le général peut monter au front, se battre sur le terrain », explique, à Boulevard Voltaire, Stanislas Rigault, le président de Génération Z, lui-même candidat aux élections législatives dans le Vaucluse. « Il veut encourager les jeunes candidats de Reconquête par l’exemple. » C’est une nouvelle bataille qu’il veut mener de face.

Zemmour l’a dit, sur place, avec ses mots. « Je ne me voyais pas mener le combat de l’arrière, je le mènerai à la tête de mes cinq cent cinquante candidats Reconquête, et il faudra, ici comme partout, répandre nos idées qui sont celles de l’avenir », a lancé le candidat à la députation. « On m’a beaucoup dit que la présidentielle était dure. C’est vrai, c’était un combat redoutable, cruel, parfois injuste. Mais j’aime aussi ce combat et je reviens ici pour le mener. »

Zemmour n’a jamais été élu : la défaite dans ce fief indéboulonnable pendant cinq mandats du maire de Saint-Tropez Jean-Michel Couve, un RPR devenu LR qui a régné 24 ans avant de laisser son fauteuil à la députée En marche ! en 2017, est logique, attendue. L’ancien journaliste ne peut donc avoir que de bonnes surprises. « Je suis venu dans le Var parce que j’aime le Var et les Varois, et mon petit doigt me dit qu’ils me le rendent bien », a-t-il encore lancé à ses partisans.

Il aurait peut-être perdu davantage en image, s’il avait filé à l’anglaise. Il y a, dans cette démarche, un baroud d’honneur, pour l’exemple, qui ne manque pas d’un certain panache. Il va tenter de montrer qu’on peut être perdant mais courageux. Il sculpte son personnage, son image, sa stature de chef de parti politique. Une démarche d’avenir. Un premier pas.

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Présidentielles : la progression de Marine Le Pen invite les macronistes à la prudence

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Les présidentielles de 2022 font… trois déçus : la gauche, les macronistes et la droite nationale. Il faut ajouter une autre déçue, la France patriote, qui va devoir composer avec un président de la République destructeur durant cinq ans de plus. Mais les apparences sont en partie trompeuses.

Battue dès le premier tour, l’extrême gauche peine à digérer la défaite. Une partie de nos grands donneurs de leçons républicaines a manifesté, dès dimanche soir, son attachement à la légitimité démocratique en défilant et cassant dans plusieurs grandes villes contre les résultats du scrutin, non sans agresser violemment les forces de l’ordre… Organisée par l’extrême droite, une telle manifestation, fondamentalement antidémocratique, aurait donné lieu à des condamnations médiatiques unanimes et outrées. Mais c’est l’extrême gauche, alors…

La droite nationale est elle aussi battue au second tour, moins que l’extrême gauche éliminée dès le premier. Mais la droite l’accepte et ne conteste rien alors que le déséquilibre médiatique et les petites ou grandes entorses aux règles de la réserve durant les heures qui précèdent le scrutin donneraient bien des prétextes. Sans doute parce que le match Macron-Le Pen est en réalité moins déséquilibré que ce que les partisans d’Emmanuel Macron auraient souhaité. Car Le Pen progresse en nombre de voix (de 10,6 millions de voix en 2017 à 13,3 millions de voix en 2022). C’est 2,7 millions de voix supplémentaires, un record pour la candidate. De son côté, Macron a perdu des plumes entre les deuxièmes tours de 2017 et de 2022 : il a égaré précisément 1,9 million de voix. Une érosion maîtrisée pour un Président resté cinq ans aux affaires sans cohabitation, mais une fragilisation évidente de son potentiel électoral.

Résultat, dix millions de voix séparaient Marine Le Pen d’Emmanuel Macron au deuxième tour des présidentielles de 2017 : cet écart s’est réduit, en 2022, à 5,5 millions de voix. Marine Le Pen se rapproche de la barre fatidique. Si l’on observe les pourcentages, la diminution des écarts est également spectaculaire. En 2002, le score de Jean-Marie Le Pen face à Chirac affichait 64 points d’écart (82 % contre 18 %). Cet écart a fondu de moitié, en 2017, à 32 points (66 % Macron contre 34 % Le Pen) et il a encore diminué de moitié, en 2022, avec 17 points d’écart seulement. En somme, toutes les institutions, partis politiques, célébrités, journaux, etc., appellent toujours à faire barrage contre le RN mais l’efficacité de la chanson du barrage contre l’Atlantique a fondu comme neige au soleil. En vingt ans, le fameux front dit républicain est passé de 80,2 % au deuxième tour des présidentielles de 2002 à 58,2 % hier : il a perdu précisément 22 points ! Pas un franc succès ni de quoi déboucher le champagne dans les cercles d’influence. Ce qui explique le triomphe relativement mesuré d’Emmanuel Macron, dimanche soir, au Champs-de-Mars à Paris.

Reste le fameux plafond de verre, mais est-il un obstacle définitif pour Marine Le Pen ? L’analyse des résultats locaux montre que non. Si les grandes villes sont toujours très hostiles au vote Le Pen (85,1 % à Paris en faveur de Macron, 79,80 % à Lyon, 59,80 % à Marseille, Nantes 81,15 %, Bordeaux 80 %), le reste de la France et les petites villes lui sont bien plus ouvertes. Ainsi, 28 départements ont placé Marine Le Pen en tête au deuxième tour, contre deux seulement en 2017. L’outre-mer, le pourtour méditerranéen, la Corse, les Hauts-de-France et le Grand Est ont souvent installé la candidate du RN en tête.

Des résultats qui vont donner des sueurs froides aux grands appareils concurrents. Surtout si Macron met en place un mode de scrutin à la proportionnelle pour les élections législatives. L’occasion, peut-être, si le RN sait nouer de larges alliances à droite avec Éric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan, de créer un groupe patriote à l’Assemblée nationale. Du jamais-vu depuis les 35 députés du Front national (dont trois apparentés) élus, en 1986, autour d’un certain Jean-Marie Le Pen.

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Démocratie : mais où sont donc passés les médias d’opposition à Macron ?

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La France est une grande démocratie. En tout cas, c’est ce que l’on entend sur le ton de l’autosatisfaction supérieure dans les médias qui s’autoproclament « de référence ». Une démocratie qui donne des leçons dans le monde entier. Enfin, plus en Russie et chez Orbán qu’en Chine, à Singapour ou dans les Émirats arabes. Question de regard. Revenons en France, où le débat démocratique est équilibré, où la presse est libre. Où les électeurs ont le choix de s’informer en toute indépendance et en toute impartialité.

Quel beau pays ! Tenez, faisons le compte des médias qui soutiennent Macron : Le Figaro a appelé ses lecteurs en ce sens dans un éditorial. C’est son droit le plus strict. Son actionnaire, le groupe Dassault, a des avions à vendre, il a besoin de l’État. Les médias de service public, France 2, France 3, France 5 ou le très neutre France Inter n’ont appelé à voter pour personne, direz-vous. Certes, mais curieusement, personne n’a songé à leur faire le procès de rouler pour Marine Le Pen. Le Monde, Challenges, Libération, eux, ont clairement appelé à battre Le Pen. Encore une fois, c’est leur droit et nous ne le leur contestons pas. Mais on ne peut tout de même pas nous empêcher d’être un peu surpris. Tenez, si un de nos interviewés nous confiait au micro « Avec Emmanuel Macron, les pauvres vont peut-être mourir », nous arrêterions immédiatement l’interview à Boulevard Voltaire et nous proposerions à notre orateur un verre d’eau. On lui expliquerait que ce n’est pas sérieux, que nous sommes sous la lampe de fact-checkers très rigoureux, payés au moins en partie par l’État, et qu’on ne peut se permettre de dire n’importe quoi. L’interlocuteur aurait compris, il aurait reformulé sa phrase et prononcé quelque chose comme : « Avec Emmanuel Macron, les pauvres vont peut-être souffrir. » Imprimatur. Merci, c’est parfait. Pourtant, dans Le Parisien, le ministre de l’Intérieur lance en toute impunité : « Avec Marine Le Pen, les pauvres vont peut-être mourir. » Et ça passe crème ! Un autre exemple ? Une élue du RN, par exemple, aurait pu nous lancer : « Si Macron gagne, moi comme bien d’autres amoureux de la France, nous sommes menacés très directement de mort. » Là encore, nous aurions usé de la technique du verre d’eau. Non, Mademoiselle, cela va être difficile de publier cela, respirez bien fort et on reprend. Libération a eu moins d’états d’âme en publiant ces propos d’Alice Coffin, repris au bond par Gabrielle Cluzel : « Si l’extrême droite gagne, moi comme tant d’autres militant·e·s féministes, ou antifa, ou antiracistes, nous sommes menacé.e.s très directement de mort. » Allons-y pour l’exactitude, la précision et l’honnêteté du propos.

Mais il y a pire. Dans cette grande démocratie libérale où les opinions et les médias sont si libres, faisons le compte des médias qui ne soutiennent pas Macron, qui ne sont pas violemment hostiles à la candidate de deuxième tour, celle qui a recueilli le plus de voix derrière Emmanuel Macron et représentera, au final, autour d’un Français sur deux, un peu plus ou un peu moins. Mettons dans ce camp la chaîne CNews, qui s’en défendrait avec raison, arguant qu’elle donne la parole à un large éventail d’opinions. Disons qu’on peut y entendre parfois des propos moins amènes vis-à-vis du gouvernement qu’à l’antenne de ses concurrentes. Rappelons, au passage, que CNews fait justement l’objet d’une offensive de l’association Reporters sans frontières, qui entend réviser les lois françaises et faire appel au Conseil d’État comme au Conseil constitutionnel pour la remettre dans le droit chemin. La lutte contre la liberté d’opinion, en France, ça occupe. Il faut ajouter à CNews l’hebdomadaire Valeurs actuelles, le plus petit des magazines d’actualité (une catégorie d’hebdomadaires prestigieux qui rassemble officiellement Le Point, L’Express ou L’Obs), l’hebdomadaire Marianne, votre site préféré Boulevard Voltaire, qui se permet de temps en temps quelques critiques au guide suprême, et quelques courageux médias comme Causeur, L’Incorrect et d’autres. C’est tout ? Oui, c’est tout. Rien de dominant, rien d’absolument écrasant dans le paysage, on en conviendra. Quelle démocratie compte moins de médias d’opposition ? Peut-on poser cette question ? C’est un drôle de sport d’animer un média non-macroniste en France. Exemple : Marianne, résolument opposé à Macron comme à Le Pen, a été rattrapé par son actionnaire. Le Tchèque Křetínský a, selon la Société des rédacteurs de Marianne, habilement transformé la une de cette semaine. Les lecteurs ne verront pas en couverture « La colère… ou le chaos » mais un titre bien plus engageant : « Malgré la colère, éviter le chaos ». Autrement dit, votez Macron. Les journalistes du titre dénoncent « une attaque grave contre l’indépendance éditoriale de Marianne ». On attend la pétition générale des confrères toujours si prompts à défendre la liberté de la presse contre les méchants actionnaires. Cette fois, il y a fort à parier qu’elle ne viendra pas. Un modèle de démocratie, on vous dit.

La France compte donc cette semaine quatre médias d’opposition, sur plus de 25 chaînes gratuites, des centaines de radios, des milliers de magazines et de journaux. Oui, quatre. Quatre médias qui pourraient bien avoir du souci à se faire pour la suite si Macron est réélu. Parce que quatre, c’est encore trop. Mais la France est une grande démocratie, dans laquelle les candidats aux présidentielles luttent à armes égales. Bien sûr.

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Débat Marine Le Pen-Emmanuel Macron : Une femme face au robot

macron le pen

« Emmanuel Macron, laissez-la parler ! » Il est 22h50 et Léa Salamé rappelle le président de la République à l’ordre. C’est dur d’arrêter le robot présidentiel. Marine Le Pen fait face à une machine. Une machine coupante, méprisante, technoïde et froide, une machine nommée Emmanuel Macron.

Elle s’est mise en route dès les premières minutes du grand débat d’entre-deux tours, à quelques jours du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022. Marine Le Pen a évoqué le peuple qui a souffert cinq ans, son besoin de protection, son souci de pouvoir d’achat, son besoin de justice. Macron admet que la période a été difficile. Il y a eu la pandémie, le retour de la guerre sur le sol européen. Mais au fond, il s’en moque. Il veut que le pays devienne une grande puissance écologique, il veut une Europe plus forte. Il veut, en somme, développer ce qui a provoqué le malheur des Français. Le ton est donné.

Lorsque Marine Le Pen détaille ses mesures pour l’amélioration du pouvoir d’achat, le robot présidentiel explique qu’il veut sortir des énergies fossiles, qu’il a créé 1,2 million de fiches de paie. Il évalue le niveau des retraites qu’il versera, celui que son adversaire servira, se lance dans des calculs complexes.

Il montera la prime de pouvoir d’achat de 1.000 à 6.000 euros. Avec quel argent ? Et il attaque : « Ce que vous avez dit est factuellement faux ». Il stigmatise « des mesures inefficaces et injustes » et en appelle à « une Europe forte » pour lancer quelques secondes plus tard « Nous ne sommes les vassaux de personne ». En même temps.

Lorsque Marine Le Pen souligne que l’embargo sur le pétrole et le gaz russe « va faire énormément de mal au peuple français. On ne peut pas se faire hara kiri », le robot ne répond pas. Il attaque à nouveau : la Russie est intervenue dans la première campagne présidentielle de Macron « pour me déstabiliser », dit-il. Et il embraye : « Vous dépendez du pouvoir russe ». Il insiste. La banque de la démocratie promise par Macron n’a jamais vu le jour, explique Le Pen, seule cette banque russe l’a financée. Elle est d’ailleurs catégorique pour condamner la guerre en Ukraine. Le robot n’écoute pas. « Ce choix ne vous rend pas indépendante sur cette question ».

Sur l’Europe, Marine Le Pen explique qu’elle veut bâtir une Europe qui respecte l’identité des nations. « Vous voulez en sortir mais vous ne le dites plus », tranche le robot qui, à l’occasion, joue les voyants extra-lucides. S’il le dit, alors… Et il explique que, grâce à l’Europe, on sera plus indépendant pour l’énergie, la défense, l’agriculture. Les agriculteurs étranglés par l’Europe apprécieront. Pour lui, l’Europe, c’est une copropriété. Il interrompt, coupe, tranche, ce vague sourire sardonique aux lèvres.

Est-ce que je peux terminer une phrase ?, demande Marine Le Pen.

Face à elle, Macron est tour à tour affalé sur sa chaise ou comme tapi, les yeux perçants, exorbités, prêt à bondir. Il traite son adversaire de « nationaliste » partisane d’un « rabougrissement sur le territoire national ».

Sur l’insécurité, les chiffres ne sont pas bons ? « Parce que la parole s’est libérée », répond le robot. Il vante son action et ce n’est pas subtil. « Je suis crédible, j’ai baissé les impôts », dit-il. Il a couvert la France de dettes mais n’assume pas, s’énerve et se lance dans un découpage confus. Il est encore nerveux, agressif, face à une Marine Le Pen qui encaisse les coups et marque des points sur l’hôpital.

Il se détendra plus tard dans la soirée. « J’ai vieilli, vous ça ne se voit pas, moi j’ai peur que cela se voie ». Le robot prononce une phrase humaine, enfin, comme la conclusion : « Je vous remercie, je vous respecte en tant que personne ». Marine Le Pen pense que le peuple aspire au « retour de la tranquillité et du bon sens dans la gestion des affaires de l’état ». Le match est joué. Les Français ont vu, une fois de plus, dans toute la splendeur de sa supériorité, le président du mépris.

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Marine Le Pen au second tour : dans les coulisses de la victoire

Marine le pen

Il est près de 19 heures, ce dimanche soir 10 avril, lorsqu’une voiture banalisée sort du périphérique parisien par la porte de Vincennes. À ses trousses, une vingtaine de motos à deux passagers hérissés de perches et de caméras. Marine Le Pen se dirige vers le parc floral où elle a organisé sa soirée électorale.

Lors de ces soirées, il y a des ambiances de veille de défaite. À une heure des résultats, ce n’est pas le cas, ce soir, sous le dôme qui bruisse de conversations. Présente parmi les convives, la sœur de Marine Le Pen, Marie-Caroline, se défend de tout pronostic : « Je ne pense rien, mais Macron ne devrait pas sortir très bien, ou alors c’est désespérant », confie-t-elle à Boulevard Voltaire. Un militant glisse à quelques journalistes assemblés autour de lui : « Je suis vraiment très confiant. » Une candidate locale des Yvelines assure que des militants LR sont venus spontanément lui proposer leurs services pour le deuxième tour. « Ce que j’ai le plus entendu, c’est le tout sauf Macron », dit-elle.

Un vaste écran surmonte la scène sur laquelle Marine Le Pen viendra prononcer son discours. Divisé en quatre, il diffuse quatre chaînes. En face, une estrade où s’entassent des dizaines de journalistes. Au fond, des buffets généreux.

Il est 19 h 55. Un mouvement de foule emporte vers le grand écran, ensemble comme un flot impérieux, les militants munis de drapeaux et les journalistes reconnaissables à leur étiquette presse et à leurs calepins ou caméras. À l’écran, Anne-Claire Coudray, sur TF1, promet le résultat dans deux minutes, puis une minute. Une « Marseillaise » retentit, chantée à gorge déployée, suivie de slogans : « On va gagner ! » Enfin, la salle entonne le décompte des secondes : 10, 9, 8, 7… Une clameur de joie accompagne le résultat. Marine Le Pen affrontera Emmanuel Macron au second tour des élections présidentielles de 2022. On s’embrasse, on se congratule. On entend une jeune militante confier à deux amis : « C’est la plus belle soirée de ma vie. »

Désormais, ces militants sont assaillis par les journalistes. Valérie Pécresse, que le camp Zemmour avait surnommée Madame 20 h 02 parce qu’il prévoyait qu’elle appellerait à voter pour le président de la République deux minutes après les résultats, se fait huer lorsqu’elle invite en effet ses électeurs à choisir le camp Macron. Lorsque Bardella lui succède à l’écran, il reçoit au contraire une ovation nourrie. Les « On va gagner » et « Marine Présidente reprennent de plus belle ». Un jeune militant du Nord explique : « Ça fait du bien, dit-il. On s’est défoncés, on a tracté, on a fait des marchés, on a tout fait. » Il rend hommage à la candidate. Il y croit. Une salve d’applaudissements accueille Éric Ciotti qui explique qu’à titre personnel, il ne votera pas pour Emmanuel Macron. Même traitement de faveur pour Marion Maréchal qui appelle à voter Le Pen. Le président de la République est hué, comme Valérie Pécresse. Il est 20 h 30. « Macron a pris les voix de Pécresse, explique un militant. Il nous reste quinze jours de campagne pour parler du bilan, des affaires, de McKinsey, des conflits d’intérêts. Marine Le Pen a de l’expérience. » La candidate va faire appel à tous ceux qui n’ont pas voté Macron.

Soudain, une bousculade manque de faire tomber les militants et les journalistes : Marine Le Pen, entourée de gardes du corps, quitte la salle en serrant des mains et en embrassant des connaissances.

Discret, le conseiller spécial de Marine Le Pen, Philippe Olivier, explique à Boulevard Voltaire que ce ne sera pas simple, pour Macron : « Cela se passe comme nous l’avions prévu. Les retraites vont servir d’épouvantail, explique-t-il. Et le camp national part avec un capital de 35 % des voix au premier tour : c’est considérable. » Il additionne les voix de Le Pen, Zemmour, Dupont-Aignan et Jean Lassalle. Et doute de l’efficacité du report des voix de Mélenchon. « Un électeur de gauche radicale ne votera pas pour Macron : il y a une porosité avec nous, certains sont passés dans notre camp avant de basculer chez Mélenchon, ils vont revenir. » Enfin, il sent le camp Macron « fébrile » et voit aboutir sa stratégie de long terme du peuple contre les élites.

Il est près de 21 heures, Zemmour apparaît à l’écran et appelle à voter Le Pen sous une salve d’applaudissements.

À l’autre bout de la salle, Jean-Lin Lacapelle, député européen RN, souligne que la présence de Zemmour dans la course prive Le Pen d’une pole position au premier tour et montre à quel point le clivage patriotes contre mondialistes a broyé la candidate LR. Il voit en faveur de Marine un projet plein d’espoir, une candidate crédible et proche du peuple, apte à résister à l’entreprise de diabolisation qui va repartir comme jamais. Résistera-t-elle, lui demande-t-on ? Il répond par une question : « Résistera-t-il ? » Le Président est, pour lui aussi, « très fébrile, très agressif, à la limite de l’insulte, il n’est pas prêt ».

De son côté, Le Pen va marteler ses thèmes : le pouvoir d’achat, le social, l’identité, le régalien.

La bataille pour la France n’est pas finie. Il reste quinze jours de campagne pour battre Emmanuel Macron qui a fait tant de mal. L’essentiel des militants est parti lorsque les chaînes d’information commencent à évoquer l’éventualité d’une qualification de Mélenchon au deuxième tour aux dépens de Marine Le Pen…

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

À Villepinte, Zemmour enthousiasme une foule compacte de 13 000 partisans et lance son parti, Reconquête

zemmour villepinte

En dépit d’un changement de lieu (du Zenith à Villepinte, à 35 kilomètres au nord de Paris) et d’une absence de flêchage qui rendait le meeting difficile à trouver, quelque 13 000 personnes ont assisté à ce premier rendez-vous du candidat Zemmour. Un exploit réussi un dimanche grisâtre et pluvieux, alors que les médias ont abondamment parlé de la menace des Antifas. Cette menace aurait pu dissuader certains sympathisants, ce n’est pas le cas. Dans un bâtiment immense, l’équipe de Zemmour a dressé de grands écrans. Des chaises occupent les trois quarts de l’espace. Une forêt de drapeaux accompagne la clameur qui monte à chaque « punch line » des orateurs. La foule compte de nombreux jeunes, des familles et des représentants de tous les âges. Assis au premier rang, on reconnait Jean Messiha, la directrice de campagne et compagne de Zemmour Sarah Knafo, très applaudie, mais aussi l’épouse de Zemmour Mylène Chichportich, le journaliste Eric Naulleau ou l’expert de l’émission Affaire conclue Pierre-Jean Chalençon.

Au pupitre, pour chauffer la salle, les personnalités se succèdent. Pour Laurence Trochu, patronne du Mouvement des conservateurs, « Eric Zemmour est le candidat de l’amour de la France ». Jusqu’ici affilié à LR, son Mouvement rejoint la campagne de Zemmour. « Nous ne voulons plus de l’impérialisme des juridictions supranationales », martèle -t-elle sous un tonnerre d’applaudissements, tandis que les écologistes partisans d’une « planète vide et désincarnée » selon elle sont copieusement sifflés. Stanislas Rigault rend hommage aux 6000 jeunes militants de Génération Z. Paul-Marie Couteaux lance une « ode à la souveraineté ». Jean-Frédéric Poisson fait acclamer longuement les forces de l’ordre et huer « les fachistes qui ont tenté d’empêcher la réunion », sans oublier de faire siffler Macron, « briseur de libertés ». Jacline Mouraud qui fut une figure des Gilets jaunes martèle que « la mondialisation assassine les peuples ». « Nous refusons la fatalité imposée par les élites », dit-elle. L’équipe de l’émission Quotidien est huée par la salle : écartée par mesure de sécurité, elle reviendra peu après.

La température est montée de plusieurs degrés lorsqu’Eric Zemmour fait son apparition, dans la ferveur des grands jours. Alpagué au cou par un opposant avant sa montée sur scène, le candidat ne prêtera aucune attention aux quelques échauffourées (trois ou quatre) qui accompagnent des manifestations d’opposants présents dans la salle.

« La prochaine élection présidentielle devait être une formalité pour cinq années supplémentaires de macronisme, entame Zemmour, mais un petit grain de sable est venu gripper la machine ». Il commence par faire pièce des critiques et attaques lancées contre lui par ses adversaires. Habilement. « S’ils me détestent, c’est parce qu’ils vous détestent, s’ils me méprisent c’est parce qu’ils vous méprisent », lance-t-il avant de faire le compte de ceux qui veulent sa mort politique, sa mort sociale, jusqu’aux djihadistes « qui veulent ma mort tout court ». Et puis Zemmour bascule vers l’essentiel, la cause de sa candidature. « Nous sommes engagés dans un combat plus grand que nous, dit-il. Celui de transmettre à nos enfants la France telle que nous l’avons connue, telle que nous l’avons reçue ». Alors, il lance « la reconquête de notre pays pour le retrouver ». « Reconquête », c’est donc le nom du mouvement appelé à accompagner la candidature d’Eric Zemmour aux présidentielles et aux législatives qui suivront, en attendant sans doute d’autres scrutins. Au même moment, les sites Internet de ce nouveau parti ouvrent sur le réseau. « Vous ne travaillez pas pour vos petites existences mais pour la France, assure le candidat. Pour que dans un siècle, notre pays soit à nouveau envié, admiré et respecté ».

Zemmour évoque les deux craintes des Français, « celle du déclassement et celle du grand remplacement ». Et il ébauche les rudiments d’un programme libéral en économie. Moins d’impôts de production, moins de charges sur les salaires, le choix d’une priorité donnée à l’industrialisation. Il entend œuvrer pour la simplification administrative, la transmission des entreprises « de génération en génération ». Et reste solide sur ses bases : il veut remettre les flux d’immigration à zéro dès le début de son mandat, limiter le droit d’asile à « une poignée d’individus », supprimer le regroupement familial et le droit du sol et limiter drastiquement l’immigration économique.

Enfin, il fait acclamer Eric Ciotti qui, le même jour, a pris ses distances avec Valérie Pécresse, vainqueur des primaires de la droite. Zemmour rappelle les engagements trahis par la droite. « Pécresse agira comme son mentor Chirac, tranche-t-il : elle promettra tout et ne tiendra rien ». L’ex-polémiste réserve ses attaques les plus dures à Emmanuel Macron. « La France a élu le néant, attaque Eric Zemmour. Nous laisserons cet adolescent se chercher éternellement. Nous allons faire du macronisme un mauvais souvenir. Je veux de l’enthousiasme, des chants, de la fierté ». Et il entonne à gorge déployée une Marseillaise.

Zemmour avait titré son dernier livre La France n’a pas dit son dernier mot. Apparemment, le candidat Zemmour non plus. Il faudra compter dans la campagne avec les mots et les ambitions de ce perturbateur que personne n’attendait voilà encore quelque mois et qui, armé d’un discours patriote au souffle incontestable, percute actuellement toutes les stratégies des états-majors.

Marc Baudriller

Tribune reprise de Boulevard Voltaire