Opération Serval : la France s’engage militairement au Mali [chronologie des événements]

Opération Serval : la France s’engage militairement au Mali [chronologie des événements]

10 janvier : Prise de Konna par les djihadistes. Bamako appelle la France à l’aide

C’est à la demande du président malien par intérim, Dioncounda Traoré, que Paris a décidé d’engager une action militaire au Mali afin de repousser une offensive de groupes armés islamistes et de les empêcher de progresser vers le sud, en direction de la capitale malienne, Bamako. Le 20 décembre 2012, le Conseil de sécurité de l’ONU avait autorisé le déploiement, en appui de l’armée malienne, d’une force ouest-africaine de 3.000 hommes, mais la mise en place de ce dispositif devrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

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Mali : l’indécision française peut-elle déboucher sur la création d’un « Sahélistan » – Par Bernard Lugan

Mali : l’indécision française peut-elle déboucher sur la création d’un « Sahélistan » - Par Bernard Lugan

Au mois de janvier 2012, au Mali, la résurgence d’une crise née au moment des indépendances, imposait de fixer l’abcès afin d’éviter sa dissémination et pour ensuite le traiter en profondeur à travers trois volets :

  1. – Politique, en prenant en compte la légitime revendication des populations nordistes, notamment celle des Touareg,
  2. – Diplomatique, en faisant comprendre à l’Algérie que si ses intérêts régionaux n’étaient à l’évidence pas ceux de la France, les nôtres ne s’effaceraient pas devant les siens,
  3. – Militaire, en appuyant les Touareg contre les groupes islamiques qui, à l’époque, totalisaient moins de 300 combattants qui avaient commis l’erreur de sortir de la clandestinité désertique pour se rassembler à Gao et à Tombouctou.

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Mali : soit nous intervenons, soit nous n’intervenons pas. Mais si nous intervenons, alors faisons le vraiment…

Mali : soit nous intervenons, soit nous n’intervenons pas. Mais si nous intervenons, alors faisons le vraiment…

Dans sa conférence de presse du mardi 13 novembre, François Hollande a marché sur des œufs quand il a parlé de la question du Mali. Il sait en effet très bien que si nous intervenons, nos malheureux otages seront assassinés mais que, si nous n’intervenons pas, nous perdrons le peu d’influence qui nous reste encore sur le continent…

Face à ce dilemme, son choix peut ainsi être résumé : nous n’intervenons pas mais nous allons former ceux qui vont intervenir… en espérant que cette argutie permettra d’éviter de froisser les Algériens qui ne veulent pas entendre parler d’une action française…

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Un animateur scolaire d’Asnières arrêté à Niamey, il voulait rejoindre AQMI au Mali

Un animateur scolaire d'Asnières arrêté à Niamey, il voulait rejoindre AQMI au Mali

13/11/2012 — 16h00
NIAMEY (NOVOpress avec l’Observatoire de l’Islamisation) La pénétration islamiste dans les écoles françaises est une tendance observée depuis une dizaine d’années, notamment par le biais des animateurs scolaires. L’ancien directeur de l’école primaire de Tremblay-en-France avait, dans son livre Le Mammouth m’a tuer (Artège, 2008), témoigné du profil inquiétant de ces animateurs, souvent issus de l’immigration et prosélytes d’un islam radical. Son livre fut évidemment censuré par les médias.

Dernier exemple en date : “C’est pour une banale histoire de faux permis de conduire que le Franco-Congolais Cédric Labo Ngoyi Bungenda s’est fait pincer à Niamey. Au départ, le jeune homme de 27 ans vit à Asnières, dans la banlieue parisienne, où il est animateur scolaire. En juillet, avec l’aide de quelques amis, il réunit assez d’argent pour partir au Niger et s’y installer. (…) Lors de son interrogatoire, l’homme avoue qu’il voulait se rendre à Tombouctou pour porter assistance aux combattants d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique).”

Bernard Lugan : « quatre réflexions “utiles” avant le déclenchement de l’offensive » au Mali

Bernard Lugan : "quatre réflexions « utiles » avant le déclenchement de l’offensive" au Mali

Le numéro 34 de l’Afrique Réelle (octobre 2012) vient de paraître. Éditorial – Mali : quatre réflexions « utiles » avant le déclenchement de l’offensive

Avant de déclencher l’intervention militaire programmée et nécessaire, quatre points méritent réflexion :

1) Au long des siècles, l’Islam s’est peu à peu imposé dans tout l’Ouest africain sahélien aux dépens des peuples animistes dont les constructions politiques furent détruites et les populations régulièrement mises en servitude. Au XIème siècle, les Almoravides disloquèrent ainsi le royaume soninké de Ghana. L’islamisation s’enracina ensuite à l’époque des empires du Mali et du Songhay. Puis, à partir des XVIIème-XVIIIème siècles, vint le temps des jihad qui se succédèrent de l’Atlantique au lac Tchad. À l’Ouest, les principaux furent celui des Toucouleur qui aboutit à la constitution de l’empire d’al Hadj Omar dans la partie occidentale du Sahel et celui des Peul de Shekku Ahmadu qui s’étendit dans la vallée moyenne du Niger. Plus à l’est, l’empire Peul-Haoussa de Sokoto fut fondé par le jihad d’Osman dan Fodio au début du XIXème siècle dans le nord du Nigeria, zone actuelle d’opération de Boko Haram. Qu’il s’agisse de Boko Haram, d’Aqmi, du Mujao ou encore d’Ansar Eddine, les actuels courants fondamentalistes sahéliens s’inscrivent tous clairement dans la tradition de ces jihad.

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“De la Somalie au Mali, la solution passe par le retour au réel ethnique” par Bernard Lugan

“De la Somalie au Mali, la solution passe par le retour au réel ethnique” par Bernard Lugan

08/09/2102 — 11h30
PARIS (via realpolitik.tv) — Assistons-nous à la fin du règne des principes philosophiques occidentaux mortifères qui, depuis trois décennies, tuent l’Afrique à petit feu ? Trois exemples peuvent le laisser penser :

1) La Somalie est en guerre depuis 1991 après que, au nom des droits de l’homme et de la démocratie, la communauté internationale eut laissé certaines tribus chasser du pouvoir le général Syad Barré, autocrate certes, mais seul capable de maintenir l’unité de ce conglomérat de clans baptisé État somalien.

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Le numéro 32 de “l’Afrique réelle” vient de paraître

Le numéro 32 de "l'Afrique réelle" vient de paraître

10/08/2012 — 11h30
PARIS (NOVOpress) — le denier numéro de la revue l’Afrique réelle, dirigée par Bernard Lugan, vient de paraître. Il s’agit du numéro 32. Au sommaire :
Actualité : Mayotte, une nouvelle région extrapériphérique de l’Europe
Dossier : la région interlacustre
– une région à forte personnalité
– la géopolitique de la région interlacustre
– la nouvelle guerre du Kivu
Conférence : les conflits de la zone saharo-sahélienne
Histoire : Algérie, comment l’Armée des frontières a pris le pouvoir en 1962

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“L’Afrique Réelle” N°31 – Juillet 2012

"L’Afrique Réelle" N°31 - Juillet 2012

Éditorial de Bernard Lugan

Le nord du Mali récolte aujourd’hui les fruits de cette erreur politique majeure que fut l’ingérence francootanienne dans la guerre civile libyenne. La descente aux enfers y a en effet commencé au mois de janvier 2012, quand, de retour de Libye, les Touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), culbutèrent l’armée malienne avant de proclamer l’indépendance de la région.

Profitant de l’aubaine, les islamistes d’Al Qaida et ses diverticules régionaux se joignirent au mouvement avec des objectifs totalement différents puisqu’ils prônent la création d’un califat transnational, rêvant de faire du Sahel un nouvel Afghanistan. Dans un premier temps ces groupes islamistes nouèrent des alliances de circonstance avec certaines fractions touaregs, ce qui leur permit d’étendre leur zone d’influence. Puis ils les doublèrent avant de les chasser de Tombouctou, de Gao et du fleuve Niger, les repoussant vers la frontière algérienne, dans le nord de la région de Kidal. Maîtres de Tombouctou, ils entreprirent d’y purifier l’islam en luttant contre le culte des saints considéré par eux comme une résurgence ou une survivance du paganisme, Allah, dieu unique qui mérite seul prière et invocation, interdisant de demander à d’autres ce qui ne relève que de Lui.

"L’Afrique Réelle" N°31 - Juillet 2012Face à cette situation, et comme je ne cesse de le dire depuis le début du conflit, il n’existe pas d’autre solution que locale et passant par un appui direct donné aux Touaregs, seuls capables de lutter en zone désertique contre les bandes islamistes. En échange d’une telle aide, il leur serait demandé de renoncer à leur idée d’indépendance au profit d’une véritable autonomie. Paradoxalement, la gravité de la situation pourrait déboucher sur un rapprochement entre le MNLA et ce qui reste d’armée malienne en dépit du lourd contentieux existant entre Touaregs et sudistes.

En Libye, nous avons détruit un régime certes fantasque, imprévisible, dictatorial et un temps terroriste, mais qui avait assuré la prospérité de la population, bloquait l’immigration africaine vers l’Europe et luttait efficacement contre les fondamentalistes. Sur le champ de ruines résultant de la guerre civile, l’hétéroclite coalition islamotribale curieusement baptisée « libérale »[1] par les médias et qui vient de l’emporter électoralement, va devoir reconstruire un État capable de régler trois problèmes urgents :

1) Mettre au pas les milices et constituer une armée au seul service de l’État.

2) Inventer une nouvelle organisation de l’État sous une forme très déconcentrée, avec une grande autonomie reconnue aux régions et aux villes, mais tout en ne favorisant pas le tribalisme et la partition.

3) Éviter que le pays soit réduit à une bande côtière coupée en deux blocs séparés par 1000 km de désert, avec une Tripolitaine regardant vers Tunis et une Cyrénaïque vers l’Égypte. La nouvelle Libye qui est plus « arabe » que sahélienne ne devra donc pas se désintéresser de ses prolongements sahariens. Si elle n’était tournée que vers son littoral et ses régions pétrolières, le sud du pays deviendrait en effet un sanctuaire pour Aqmi. Les actuelles « autorités » ne contrôlant, et encore, que la ville de Tripoli, et la Cyrénaïque refusant d’obéir à leur pouvoir perçu comme tripolitain, la tâche qui attend les « libéraux » libyens apparaît comme titanesque.

Bernard Lugan

[1] Ces « libéraux » viennent d’annoncer que la charia serait au cœur de la nouvelle constitution.

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Sommaire :

Actualité :

– Mali : la revendication de l’Azawad est-elle réaliste ?
– Afrique du Sud : Julius Malema ou l’épine dans le pied de Jacob Zuma

Dossier : Les origines de l’islam sud-saharien

– Les débuts de l’islamisation
– Les jihads des XVIIIème – XIXème siècles

Controverse : Rwanda

– Autopsie d’une manoeuvre de désinformation à propos des prétendues “révélations” du journal Libération dans l’affaire dite des missiles Mistral
– Un document faussement attribué à l’ONU
– Un rapport de l’ONU signé par le général Dallaire montre que le FPR possédait des missiles sol-air, pas les FAR
– Hypothèses sur l’origine réelle du document publié par Libération et sur son utilisation

[box class=”info”] Sources : Le Blog de Bernard Lugan (on peut s’y abonner à la revue) et Realpolitik.tv. [/box]

Que se passe-t-il vraiment à Tombouctou ? Point de situation et d’explication, par Bernard Lugan

Que se passe-t-il vraiment à Tombouctou ? Point de situation et d’explication, par Bernard Lugan

La situation à Tombouctou doit être analysée en termes militaires et en termes politico-religieux.

1) Le point de situation militaire

Au mois de janvier 2012, de retour de Libye, les Touaregs du MNLA culbutent l’armée malienne puis ils proclament l’indépendance de l’Azawad. Profitant de l’aubaine, les islamistes d’Al Qaida et de ses diverticules régionaux se joignent au mouvement avec des objectifs totalement différents puisqu’ils prônent la création d’un califat transnational. Ils sont aidés par un dissident touareg qui fonde le mouvement Ansar Dine constitué au départ par une fraction touareg ifora à laquelle se joignent des combattants islamistes arabes ou sahéliens.

Alors qu’il était primordial de soutenir le MNLA qui, seul, pouvait localement faire obstacle aux islamistes, nous avons au contraire laissé ces derniers se renforcer et cela jusqu’au moment où, étant en position de force, ils chassèrent les Touaregs de la région du fleuve Niger. Aujourd’hui, la fraction touareg d’Ansar Dine a très largement rejoint le MNLA qui s’est replié vers la frontière algérienne, dans la région de Kidal. Ansar Dine n’est donc plus un mouvement touareg, mais une milice islamiste.

Nous sommes désormais, et à ce jour, en présence de deux ensembles qui se combattent, les Touaregs et les islamistes. Numériquement, ces derniers ne sont qu’une poignée, entre 300 et 500, mais ils sont fortement armés grâce au pillage des arsenaux libyens et ils détiennent des otages européens et algériens.

2) Le point de situation politico-religieux

Les destructions opérées à Tombouctou par les miliciens islamistes répondent moins à l’inscription des richesses architecturales de la ville à l’inventaire de l’UNESCO qu’à une réaffirmation classique d’un courant fondamentaliste bien connu dans l’islam et qui impose de lutter contre toutes les résurgences ou survivances du paganisme.

Or, à Tombouctou, la population va prier autour des tombeaux de saints locaux pour leur demander la guérison ou la réussite. Ceci est considéré par les fondamentalistes comme une forme d’idolâtrie qu’il importe d’éradiquer avec la plus grande fermeté car Allah, dieu unique qui seul mérite prière et invocation, interdit de demander à d’autres ce qui ne relève que de Lui. Ce sont les tombeaux de ces saints qui sont actuellement détruits et non les mosquées. Cependant, certaines de ces dernières parmi les plus célèbres abritent elles aussi des tombeaux qui vont être rasés.

Face à cette situation qui menace de dégénérer, que convient-il de faire ? Pouvons-nous laisser se développer un califat fondamentaliste en zone sahélienne ?

1) Comme je le préconise depuis le début de la crise (voir mes précédents communiqués), il conviendrait d’aider les Touaregs dans leur combat contre les islamistes.

2) Il est en même temps nécessaire de convaincre Bamako que le Mali « unitaire » n’existera jamais plus -il n’a d’ailleurs jamais existé-, et qu’il est donc urgent de penser à une nouvelle organisation constitutionnelle et territoriale qui permettrait de faire revenir les Touaregs sur leur déclaration unilatérale d’indépendance en échange d’une très forte décentralisation.

3) Une intervention de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) permettrait certes de reprendre Tombouctou et Gao, mais les islamistes se disperseraient aussitôt dans le désert où ils deviendraient alors insaisissables. Sauf si les Touaregs, bien conseillés, étaient en mesure de leur couper le repli vers le Nord… et nous en revenons à ma première proposition.

En définitive, les exactions des islamistes devraient servir la cause des Touaregs puisqu’ils détiennent la solution du problème ; mais il faudra que les responsables politiques européens pathétiquement cramponnés à des analyses régionales obsolètes se décident enfin à ouvrir les yeux.

Bernard Lugan
04/07/12

[box class=”info”] Source : Le Blog de Bernard Lugan et de la revue l'”Afrique Réelle”. [/box]

Crédit photo de Tombouctou : JiPs☆STiCk, Flickr, licence CC.

Islamisme : destruction du patrimoine musulman de Tombouctou

Islamisme : le patrimoine de Tombouctou en cours de destruction

02/07/2012 — 13h20
TOMBOUCTOU (NOVOpress) —
Le groupe d’islamistes Ansar Eddine du nord du Mali a démoli samedi dernier plusieurs mausolées musulmans à Tombouctou. Cela fait suite à la décision de l’UNESCO de classer cette ville malienne au patrimoine mondial de l’UNESCO en péril. Les 16 mausolées de Tombouctou datant de plusieurs siècles seront tous détruits, selon le groupe islamiste. La ville malienne fondée entre le XI et XIIe siècle par des tribus touaregs et surnommée « la cité des 333 saints », fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988. Le gouvernement malien en appelle aux Nations unies pour la protection de son patrimoine séculaire.

Islamisme : le patrimoine de Tombouctou en cours de destructionLa Cour pénale internationale a menacé les auteurs de ces destructions de poursuites s’ils ne cessaient pas ce qu’elle a qualifié de « crimes de guerre ».

Les saints honorés par ces mausolées musulmans à Tombouctou sont  l’équivalent des “saints patrons” dans la culture occidentale, selon un expert malien.

Les islamistes considèrent que ces mausolées sont impies, ainsi que certaines mosquées de Tombouctou. Aussi ont-ils également détruit aujourd’hui la porte sacrée d’une mosquée du XVème siècle classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Ceci rappelle le sort d’autres ouvrages du patrimoine mondial, dont les Bouddhas géants de Bamyan, en Afghanistan, détruits en mars 2001 par les talibans.

Photo : Mosquée de Djingareiber, Tombouctou, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Crédit photo : KaTeznik via Wikipédia, licence CC.

La talibanisation du Mali peut encore être évitée (point de situation) – Par Bernard Lugan

La talibanisation du Mali peut encore être évitée (point de situation) - Par Bernard Lugan

Après la désastreuse intervention franco-otanienne en Libye qui a eu pour résultat de disloquer les équilibres régionaux, les fondamentalistes musulmans ont entrepris de faire du Sahel un nouvel Afghanistan. Créés par les services algériens -comme les jihadistes afghans le furent par les Américains-, ils ont pris leur totale autonomie avant de se retourner contre Alger. Aujourd’hui, les principaux groupes salafistes qui opèrent au Sahel et au Sahara sont dirigés par des Algériens et très majoritairement composés d’Algériens. Ils se sont armés en puisant dans les arsenaux libyens.

Ces groupes qui opéraient primitivement dans la partie « arabe » du Sahara ont noué des alliances avec certaines composantes touareg, ce qui leur a permis d’étendre leur zone d’influence. Aussi, quand, au mois de janvier 2012, éclata l’insurrection des Touareg du Mali regroupés dans le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), fondé par le colonel Ag Gamou, ancien de l’armée libyenne, une politique intelligente, et je n’ai eu de cesse de le dire, aurait consisté à soutenir ces derniers contre les islamistes.

La talibanisation du Mali peut encore être évitée (point de situation) - Par Bernard Lugan
Carte du Mali

Aujourd’hui, deux grands fronts sont ouverts dans l’ouest saharien. Celui du Nord concerne directement les Algériens. Le second a son cœur au Mali où deux guerres se déroulent. L’une est menée par les Touareg du MNLA qui ont proclamé l’indépendance de l’Azawad, l’autre l’est par les diverses fractions salafistes sahariennes. Ces deux guerres sont à base ethnique car le MNLA est l’émanation des Touareg, essentiellement Ifora, tandis que le Mujao (Mouvement pour l’unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest ) est composé d’Arabes ou de Berbères très anciennement arabisés. Ces derniers ont toujours lutté contre les Touareg pour le contrôle des axes transsahariens et aujourd’hui, ils prolongent cette politique sous le couvert de l’Islam radical.

Le clivage ethno religieux est donc très clair, y compris dans le mouvement Ançar Eddine qui se veut lui aussi jihadiste et qui est pourtant à l’origine une composante de la rébellion touareg. Son fondateur, Ayad Ag Ghaly, figure historique de l’irrédentisme touareg l’a en effet créé après qu’il eut été écarté de la direction du futur MNLA par ses frères ifora ayant servi le colonel Kadhafi. Comme il lui fallut alors un « créneau » d’existence, il choisit de s’appuyer sur les salafistes. Aujourd’hui, son pouvoir ayant été contesté par son commandant militaire, un Arabe nommé Omar Hamaha, Ançar Eddine a de fait éclaté sur une base ethnique, sa composante touareg voulant l’indépendance de l’Azawad cependant que sa fraction arabe y est totalement opposée puisqu’elle revendique au contraire la création d’un khalifat islamique transnational.

Au début de la deuxième semaine du mois de mai, la composante touareg d’Ançar Eddine a même rejoint le MNLA à Gao où s’est tenue une conférence rassemblant les chefs des tribus touareg et dont le but était de définir une politique commune face à la menace islamiste qui plombe la revendication indépendantiste. Lors de cette réunion, un ultimatum a été adressé aux islamistes qui ont jusqu’au 17 mai pour quitter la région. Après cette date, ils seront considérés comme des ennemis et pourchassés. Afin de ne pas perdre la face, Ayad Ag Ghali dont le zèle islamique récent étonne ceux qui le connaissent, a accepté de repousser la question de la charia à la tenue d’un référendum populaire après l’indépendance effective de l’Azawad. L’entente fut également trouvée sur le nom du nouvel Etat, la dénomination République islamique de l’Azawad ayant été abandonnée au profit de République de l’Azawad.

Une autre nouveauté de taille est intervenue ces derniers jours quand le colonel Ag Gamou, un Touareg de la tribu Imghad, a annoncé la création du MRRA (Mouvement républicain pour la restauration de l’Azawad). Ce groupe armé voulant engerber les diverses populations du nord Mali comme les Songhay, les Peul, les Arabes et certaines tribus touareg, refuse l’islamisme tout en militant pour l’autonomie, et non l’indépendance, de l’Azawad. Le MRRA semble être soutenu par la Mauritanie, mais d’abord par l’Algérie qui ne veut pas plus d’un Etat touareg que d’une zone de non droit au sud de sa frontière.

L’irruption du MRRA risque de changer les rapports de force locaux en raison du poids des Imghad au sein de l’ensemble touareg et du soutien que paraît lui apporter le FNLA (Front national de libération de l’Azawad), mouvement essentiellement maure et arabe, lui aussi opposé aux islamistes mais partisan de l’autonomie de l’Azawad. Si le colonel Ould Meidou, un Arabe, ancien commandant de la région de Mopti le rejoignait comme certains indices semblent le laisser prévoir, un basculement de la situation pourrait s’opérer aux dépens à la fois des islamistes et du MNLA. Ce dernier risquerait alors la marginalisation et le repli ethno géographique sur la partie purement touareg et désertique de l’Azawad.

L’union autour du MRRA permettrait donc de repousser les islamistes tout en contraignant le MNLA à revenir sur sa déclaration d’indépendance. Dans l’immédiat, plus que le danger islamiste qui semble en passe de pouvoir être contenu, la probabilité est davantage celle de guerres fratricides entre Touareg Ifora et Imghad, entre Ifora venus de Libye et ceux obéissant à Ag Ghaly, entre Arabes et Touareg…

Quoiqu’il en soit, l’Azawad a échappé à Bamako et cela même si la carte du pays n’est pas redessinée. L’option de sortie de crise pourrait alors être celle d’une très large autonomie de cette immense région autour de ses trois grandes composantes ethno géographiques à savoir : la partie sud, le long du Niger, notamment peuplée par des Songhay et des Peul ; la partie nord, ou cœur de l’Azawad, territoire des Touareg et l’ouest saharien « arabe ».

L’aspiration naturelle de toute société humaine qui est « une terre, un Peuple » étant satisfaite, il serait ensuite possible de régler militairement la question islamiste, cette artificielle tentative de placage universaliste sur des populations saharo-sahéliennes parfaitement identifiées par l’histoire.

Bernard Lugan
15/05/12

[box class=”info”] Source : Le Blog de Bernard Lugan et de la revue l'”Afrique Réelle”. [/box]

Crédit de la carte : World Factbook, via Wikipédia, domaine public.

Parution du numéro 28 de « L’Afrique Réelle »

Parution du numéro 28 de « L’Afrique Réelle »

Le numéro 28 de l’Afrique Réelle (avril 2012) vient de paraître.

Éditorial (extrait)

Parution du numéro 28 de « L’Afrique Réelle »La guerre du Mali a fait exploser sous nos yeux ces deux grands mythes destructeurs de l’Afrique que je ne cesse de dénoncer depuis des décennies : celui de l’État-nation pluri-ethnique et celui de la démocratie fondée sur le principe du « un homme, une voix ». En effet :

1) Le mélange ethnique au sein d’un même Etat artificiel est par lui-même crisogène ; d’autant plus que le phénomène est aggravé par la démocratie, cette ethno-mathématique qui donne le pouvoir aux plus nombreux, réduisant les peuples minoritaires à l’esclavage ou les contraignant à la rébellion armée.
2) Après les guerres Nord contre Sud au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Soudan, le Mali montre à son tour que les Etats post-coloniaux sont des coquilles vides. En ce sens, la malencontreuse intervention franco-otanienne en Libye aura au moins eu un effet positif : le colonel Kadhafi n’étant plus là pour les contenir, les Touaregs qui ont repris leur liberté ont en effet fait sauter le principal tabou qui interdit à l’Afrique de redevenir elle-même, donc d’exister.

Or, au moment où les Touaregs démontrent que les lois historiques inscrites dans la longue durée sont plus fortes que nos fantasmes universalistes et démocratiques, au moment où le réel triomphe des idéologies, nos dirigeants, incapables de prendre la mesure de la situation, s’accrochent tels des automates à ces frontières cicatrices, ces lignes prisons tracées au mépris de toutes les réalités physiques et humaines.

(…)

Sommaire

Actualité
La guerre du Mali : un conflit dont la résolution passe par le retour au réel ethnique
Libye : la guerre Toubou-Arabes peut-elle embraser le Tchad ?
Le Somaliland en quête d’une reconnaissance par l’Union Européenne

Dossier
Les Berbères
– Le long combat identitaire des Berbères
– Entretien avec Bernard Lugan
– L’Égypte et les Berbères
– Les royaumes berbères durant l’antiquité
– L’arabisation ethnique de la berbérie
– L’opposition entre Berbères et Arabes dans le mouvement nationaliste algérien
– Le Maroc, l’Algérie et la berbérité


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Bernard Lugan : les deux guerres du Mali

Bernard Lugan se penche sur l’actualité récente du Mali : que se passe-t-il au Mali ? Quelle est l’originalité de ce conflit mené par les Touaregs ? Que se passe-t-il à Tombouctou ? En conclusion : quel va être le jeu des pays voisins du Mali ? Que vont faire les occidentaux ? Vont-ils accepter avec réalisme de prendre en compte le fait accompli Touareg ? Vidéo enregistrée le 3 avril 2012.

[box class=”info”] Source : Realpolitik.tv. [/box]

Du Mali à la Libye, la recomposition de l’Afrique sahélo-saharienne est en cours – Par Bernard Lugan

Du Mali à la Libye, la recomposition de l’Afrique sahélo-saharienne est en cours - Par Bernard Lugan

Du Mali à la Libye, la recomposition de l’Afrique sahélo-saharienne est en cours – Par Bernard Lugan Au Mali, après Gao, Tombouctou, la « cité mystérieuse » qui fit tant rêver les explorateurs du XIX° siècle, semble désormais à la portée des combattants touaregs. Sans une intervention étrangère de dernière heure, on ne voit pas comment la ville pourrait leur échapper. Toute la rive nord du fleuve Niger sera donc entre leurs mains. L’actuel conflit a débuté le 17 janvier 2012, à Menaka et dans la région de Kidal, les Touaregs revendiquant l’autodétermination et l’indépendance, leur guerre étant destinée à « libérer le peuple de l’Azawag de l’occupation malienne ».

Plus à l’Est, en Libye, dans les régions de Sebha et de Koufra, les combats meurtriers entre les Toubou et les tribus arabes ont repris le 26 mars et les Toubou revendiquent désormais, eux aussi, un Etat indépendant. Comme la moitié de l’ethnie toubou vit au Tchad où elle est connue sous le nom de Goranes, les actuels évènements risquent d’y rallumer par contagion une autre guerre, interne celle là, entre les Toubou-Goranes et les Zaghawa qui sont au pouvoir à N’Djamena.

Voilà le double résultat de l’intervention franco-otanienne en Libye. Le président tchadien Idriss Déby Itno avait vu juste quand il avait mis en garde Paris, affirmant qu’elle allait déstabiliser toute une région aux fragiles équilibres [1].

Face à cette situation, qu’est-il possible de faire ?

Pour le moment, au Tchad, le président Déby a la situation sous contrôle, mais il ne peut pas laisser les Toubou de Libye se faire massacrer au risque de voir les Toubou-Goranes échapper à son autorité.

Au Mali, l’alternative est simple :

– Soit nous laissons le cours de la longue histoire reprendre son déroulé et nous admettons la réalité qui est que le Mali n’a jamais existé et que les Touaregs ne veulent plus être soumis aux Noirs du Sud. Dans ce cas, nous entérinons le fait accompli séparatiste et nous veillons à ce que les Touaregs qui auront obtenu ce qu’ils demandaient deviennent nos alliés dans le combat contre Aqmi.
– Soit, de concert avec les Etats de l’Ouest africain, nous intervenons militairement contre les Touaregs pour reconstituer une fiction d’Etat malien et nous jetons ces derniers dans les bras d’Aqmi avec tous les risques de contagion qu’une telle politique implique.

Bernard Lugan
01/04/2012

[1] Le point sur ces conflits sera fait dans le numéro de l’Afrique réelle du mois d’avril que les abonnés recevront prochainement

[box class=”info”] Source : Le blog de Bernard Lugan. [/box]

Photo : Touaregs. Crédit photo : Yelles C.M.A., licence CC.

Le Mali, première victime « collatérale » de l’intervention occidentale en Libye – Par Bernard Lugan

Le Mali, première victime « collatérale » de l’intervention occidentale en Libye - Par Bernard Lugan

Depuis le début de cette erreur politique majeure que fut l’ingérence franco-otanienne dans la guerre civile libyenne, j’ai expliqué qu’avec l’élimination du colonel Kadhafi, l’arc de tension saharo-sahélien allait de nouveau être bandé. La raison en est simple, et il est proprement affligeant que les conseillers africains de l’Elysée, informés aux meilleures sources, n’aient pas réussi à freiner les ardeurs guerrières de certains.

Après avoir longtemps déstabilisé la région, le colonel Kadhafi avait changé de politique depuis quelques années et au moment où nous lui avons déclaré la guerre, il la stabilisait. Il avait ainsi mis « sous cloche » les velléités des Toubou libyo-tchadiens et l’irrédentisme des Touaregs du Mali.

Etrangement, nous l’avons supporté quand il nous combattait, et nous l’avons combattu dès lors qu’il était devenu notre allié…

L’intervention franco-onusienne s’étant produite avec les résultats que l’on sait, à savoir l’anarchie libyenne, les forces de déstabilisation saharo-sahéliennes qui avaient perdu leur mentor ont aussitôt repris leur autonomie.

Du côté des Toubou et apparentés, la situation est pour le moment sous contrôle en raison de la présence d’Idriss Deby Itno que la presse française, toujours prompte à déstabiliser les pouvoirs stabilisateurs, ne cesse d’attaquer. Son pouvoir est solide, mais la question de sa succession se posera un jour avec toutes les conséquences qui en découleront.

Aujourd’hui, le maillon le plus faible de l’arc saharo-sahélien est le Mali. Or, c’est très exactement là que se produisent actuellement des évènements dont les conséquences risquent d’être catastrophiques en raison de la proximité de ces trois autres foyers de déstabilisation que sont le nord du Nigeria avec la secte fondamentaliste Boko Haram, la région du Sahara nord occidental avec Aqmi et les confins algéro-maroco-mauritaniens avec le Polisario.

Au Mali où, depuis 1962, la guerre n’a jamais véritablement cessé entre les Touaregs et l’Etat contrôlé par les Noirs sudistes, les hostilités ont repris au mois de janvier 2012. Plusieurs milliers de Touaregs, dont nombre d’anciens militaires libyens, ont en effet pris le contrôle de l’Azawad, le nord nord est du Mali.
Leur chef militaire est Ag Mohammed Najem, de la tribu des Igforas. Cet ancien colonel de l’armée libyenne qui commandait une unité spécialisée dans le combat en zone désertique et qui était casernée à Sebha, a quitté la Libye avec armes et bagages quelques jours avant le lynchage du colonel Kadhafi par les fondamentalistes de Misrata. Son groupe dispose d’un matériel de pointe, y compris des missiles sol-air ; l’un d’entre eux a semble t-il abattu un avion de l’armée malienne.

Remarque importante : ces rebelles qui se réclament du MNLA (Mouvement national pour la Libération de l’Azawad) ne demandent plus une meilleure intégration des Touaregs dans l’Etat malien, comme lors des précédentes insurrections, mais la sécession pure et simple. Ils combattent ainsi pour la prise en compte de la réalité géographique et humaine régionale contre l’utopie consistant à vouloir faire vivre dans le même Etat les agriculteurs noirs sédentaires du Sud et les nomades berbères du Nord. Nous retrouvons là l’idée qui fut longtemps portée par le colonel Kadhafi qui prônait la création d’un Etat touareg au centre du Sahara.

Totalement dépassées par la situation, les autorités maliennes tentent d’obtenir une intervention directe des Occidentaux en affirmant que les insurgés ont des liens directs avec Aqmi. Ces derniers disent au contraire qu’étant Berbères, ils sont le meilleur rempart contre les fondamentalistes arabo-musulmans. Certes, mais un petit groupe touareg, très minoritaire toutefois, ayant participé à une récente opération menée par Aqmi, le risque de porosité n’est pas exclu.
La situation est donc à suivre[1].

Bernard Lugan


[1] Cette question sera développée dans le prochain numéro de l’Afrique réelle que les abonnés recevront par PDF le 15 février.

[box class=”info”] Source : Le blog officiel de Bernard Lugan. [/box]