L’idée claire, ennemie du « En même temps » macronien

La confusion mentale du gouvernement est l’enfant du « En même temps » d’Emmanuel Macron. La « pensée complexe » du président est à la source du désordre intellectuel observable au sommet de l’Etat. L’indécision née de la pratique du « cul entre deux chaises » est aggravée par la propension de la bureaucratie à produire des normes à la chaîne. Cette alliance de l’irrationalité présidentielle et d’une haute fonction publique hors sol a pondu, samedi matin, des « attestations », stupides pour des gens sensés.

L’initiative a été, certes, rapidement suspendue. Mais l’épisode vient rappeler l’urgence d’une réforme de l’Etat technocratique, et la nécessité pour les dirigeants de comprendre la vie des Français. Si un arbre se juge à ses fruits, la Macronie n’a produit, durant ces douze mois d’épidémie de Covid, que des interdits de plus en plus intrusifs et des règlements plus kafkaiens les uns que les autres. Le sommet a été atteint avec ce dernier concept de « l’enfermement extérieur », une « troisième voie » présentée jeudi par Jean Castex comme l’innovation française du moment. A ce point d’absurdité, même les mots manquent : le « confinement » new-look, développé par le premier ministre, est un terme qui a été jugé inapproprié par Macron dès le lendemain: « Je crois que le mot confinement n’est pas adapté à la stratégie présentée », a-t-il dit La coquecigrue ne sera donc pas nommée…

Les « élites » ont un tel mépris du peuple ordinaire qu’elles se méfient des solutions trop accessibles. Pourquoi faire simple quand un fonctionnaire surdiplômé peut faire compliqué, en décrétant quinze motifs de sorties avec attestations et astérisques renvoyant en bas de pages ? Louis XIV avait compris ce qui reste aujourd’hui une énigme pour ceux d’en haut : « La fonction de roi consiste principalement à laisser agir le bon sens, qui agit tout naturellement et sans peine ». Macron laisse comprendre ces derniers temps qu’il s’agacerait des lourdeurs administratives et du poids des « enfermistes », symbolisés par Olivier Véran, le ténébreux ministre de la Santé. Il n’empêche : Véran est toujours à son poste, en dépit des contre-vérités qu’il a pu dire depuis un an. Quant au cafouillage ubuesque du gouvernement, il est aussi le produit de l’entourage présidentiel. « Soyez fiers d’être des amateurs ! », avait lancé Macron, il y a un an, aux députés LREM. Le manque de professionnalisme semble être une faille plus générale. Certes, le chef de l’Etat s’est heureusement opposé, le 29 janvier, à ceux qui réclamaient un confinement drastique pour tous. Mais en prenant, cette fois, ce chemin de traverse incongru, il confond compromis et irrésolution. L’idée claire lui serait-elle devenue inatteignable ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 22 mars 2021 et repris du blog d’Ivan Rioufol

L’appel de la liberté, par Jean-Gilles Malliarakis

Contemplant, dans la soirée de ce 18 mars, l’affligeant cafouillage et le ton quasi dictatorial de ce pauvre Castex, on était tenté de se prendre de pitié. Face à ce chef constitutionnel d’un gouvernement déboussolé, et à son discours surabondant et désarticulé, on ne pouvait que s’interroger : qu’auraient pensé, qu’auraient fait, nos devanciers, chouans ou communards, huguenots ou ligueurs, devant un tel déni des libertés élémentaires, des autorités régionales, des responsabilités corporatives et même des principes constitutionnels de ce qui s’appelle encore une république. De ce mot, pourtant, observons combien nos communicants se gargarisent, à contre-emploi.

Au sein de la Macronie, séparation des pouvoirs, connais pas. Circulez, sous le règne des Marcheurs, il n’y a rien à voir.

Or, le pouvoir personnel sans limite ne conduit qu’au désastre.

Quand on étudie la folie maoïste, continuation revendiquée de la Terreur stalinienne, on ne peut que ressentir une perplexité et une inquiétude pour l’évolution de la France. Tous les auteurs chinois le soulignent : le délire marxiste de Mao Tsé-toung n’a pu atteindre le niveau de destruction, qui prend son envol avec le Grand Bond en avant théorisé en 1958, qu’au gré de l’emprise totalitaire que le Grand Timonier exerçait sur son entourage, sur l’appareil communiste et sur son pays. L’examen des débats et discours. Ils étaient réduits au congrès du Parti unique et au plénum de son Comité central. Les uns après les autres, tous ceux qui commencent, à partir de 1956, par émettre prudemment des réserves et des avis divergents, tels le malheureux Liu Shaoqi, tel le futur réformateur économique Deng Xiaoping ou même Zhou Enlaï, finissent par renoncer à toute critique, à s’aplatir comme des crêpes et à réaffirmer leur foi inébranlable dans le génie de leur chef bien aimé.

Il s’ensuivra la mort de 36 millions de paysans dans la seule séquence de la famine qui frappa le pays, entre 1959 et 1961, du fait de la collectivisation à marche forcée. Dix ans plus tard, entre 1966 et 1976, la révolution culturelle fera, à son tour, des dizaines de millions de victimes.

En sommes-nous arrivés à ce point ? Pas encore sans doute.

Pouvons-nous faire machine arrière ? Oui, certainement mais à condition de ne pas courber le dos.

Dans quelques jours par exemple, le 25 mars, la Grèce, commémorera le Bicentenaire du soulèvement national de 1821. La devise des insurgés est demeurée dans les mémoires et dans les cœurs de leurs descendants : la liberté ou la mort.

Qu’on ne s’y trompe pas, une telle affirmation, qui me semble aussi précieuse que ce cher “grand pays” sur un “petit territoire” [1] lui-même, n’enfermait nullement ceux qui la professaient alors dans le carcan philosophique des Illuminés de Bavière et de ces jacobins qui ont fait tant de mal à la France.

La conception grecque de la Liberté fait partie d’une identité profonde, caractéristique de l’esprit européen. La plupart de ses philosophes respectaient plus encore les mérites de l’aristocratie plutôt que les aimables mais fragiles institutions de la démocratie. Ils croyaient avant tout aux vertus du débat.

Cette vision s’accompagne aujourd’hui encore d’une très forte imprégnation religieuse. L’appel à l’insurrection de 1821, le 25 mars, fête nationale de nos jours, correspond à la fête chrétienne si belle de l’Annonciation. Autre commémoration parallèle, aujourd’hui encore, celle du 28 octobre qui esi identifiée à l’entrée dans la seconde guerre mondiale en même temps qu’à la fête orthodoxe de la Protection de la Mère de Dieu. On honore le début des conflits plus encore que la victoire car “seuls les commencements sont beaux” ainsi que nous le rappelle Heidegger.

L’appel à l’insurrection était préparé par le maintien de l’identité à l’école des prêtres, dans le secret nocturne des temples, sous le regard des icônes. Ainsi se maintint, pendant les siècles de l’obscurité ottomane, l’apprentissage de la langue et de son écriture.

Chateaubriand ne s’y trompait pas dès 1811, lorsqu’il publie son Itinéraire de Paris à Jérusalem. L’auteur contre-révolutionnaire du Génie du christianisme préfigurait alors le philhellénisme de tout le mouvement romantique naissant. Celui-ci s’engagera sans hésiter en soutien des Grecs et de tous les Balkaniques insurgés, chrétiens en butte à l’oppression de l’islamisme.

Athènes est redevenue, au XXIe siècle une grande ville, une agglomération de 4 millions d’habitants. Elle était, il y a 200 ans, décrite par Chateaubriand comme un village réduit par l’occupant à une population de bergers albanais.

Il ne faut pas attendre pareil déclin avant d’entendre, à notre tour, le fameux appel de Maurice Barrès “réveillez-vous vieille race et reprenez possession de vous-mêmes puisque vos maîtres défaillent”.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Le souverainisme, bouée de la macronie perdue, par Ivan Rioufol

Le Covid aurait-il eu raison de la “société ouverte“, chère à la macronie ? Sa conversion apparente au souverainisme donne des gages au “parti des enracinés” dont je veux bien être un porte-parole. Le journaliste Yvan Audouard, disparu en 2004, parlait des “chiens de garde de la connerie” pour dénoncer les travers de son siècle. Leurs héritiers gardent toujours les entrées du Pouvoir. N’est-ce pas Olivier Véran, immuable ministre de la Santé, qui affirmait en février 2020 : “On ne fermera pas les frontières car ça n’aurait aucun sens” ? “Les frontières physiques n’ont pas de sens pour un virus“, avait rajouté Sibeth NDiaye, la porte-parole du gouvernement, recasée depuis chez Adecco France. Le 10 mars 2020, c’est Emmanuel Macron lui-même qui qualifiait de “mauvaise décision” le choix de l’Autriche de se fermer à l’Italie contaminée.

Il aura donc fallu près d’un an pour que l’Etat comprenne l’utilité des frontières comme protections naturelles, singulièrement en cas d’épidémie.
En effet, après l’annonce du premier ministre Jean Castex, jeudi dernier, de faire tester et de mettre sous surveillance les voyageurs venant de l’extérieur de l’Union européenne, la mesure pourrait être étendue au cœur de l’espace Schengen. “Nous envisageons de renforcer au sein de l’espace européen les mesures de contrôle“, a admis dimanche le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes.

Ce réveil tardif s’accompagne, chez Bruno Le Maire, d’un débordement d’affections soudaines pour le patriotisme économique. Au risque, comme souvent chez les nouveaux convertis, d’en faire trop dans leurs nouvelles convictions. C’est ainsi que le ministre de l’Economie, jadis défenseur du libéralisme, vient de s’opposer au “rapprochement amical” entre le Français Carrefour et le Québécois Couche-Tard, dans le domaine de la distribution alimentaire.

C’est au nom de la “sécurité alimentaire” que Le Maire a entravé cette alliance décidée par deux entrepreneurs privés, pourtant plus au fait de leurs intérêts commerciaux que l’Etat, si piètre gestionnaire. On passera sur cette paranoïa qui gagne le gouvernement, quand il croit déceler dans un pacte amical une tentative d’agression. Mais le message, ici envoyé, d’un Etat tentaculaire et intrusif n’est pas à la hauteur des enjeux. Le besoin d’enracinement, révélé par la crise sanitaire, peut faire bon ménage avec un libéralisme ordonné, libre et non faussé. En revanche, il ne s’accorde pas avec le laxisme d’Etat quand il renonce à maitriser l’immigration de masse et les sources intérieures de l’insécurité au quotidien. C’est cette “société ouverte” là qui doit fermer ses portes.

Ivan Rioufol

Texte daté du 11 janvier 2021 et repris du blog d’Ivan Rioufol

La macrocrature, une menace pour les libertés

Plus les libertés sont attaquées par le Pouvoir, plus il jure les défendre. Ce mercredi, sur Europe 1, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a dit : “On n’a pas le droit d’interdire quelque chose (…) La France est un pays de liberté. Liberté, Liberté, Liberté chérie !“. Lundi, dans un entretien à la revue en ligne Le Grand Continent, Emmanuel Macron a assuré : “Le combat de notre génération en Europe, se sera un combat pour nos libertés“. Parce qu’elles sont en train de basculer”. On ne saurait mieux dire. Mais qui, sinon le chef de l’Etat en premier, est en train de mettre le pays sous l’étouffoir ? Jamais une démocratie libérale n’a été soumise à de telles intrusions étatiques. Les lois d’exception s’ajoutent aux couvre-feux et aux états d’urgence, aux prétextes de lutter contre le terrorisme ou le Covid-19.

Les libertés élémentaires d’instruire les enfants, d’aller et venir ou de se rassembler pour pratiquer un culte sont mises sous surveillance. Une journaliste de l’émission Quotidien, dirigée par Yann Barthès, a cru bien faire dans un reportage en s’étonnant, devant la police présente sur place, qu’elle n’intervienne pas pour sanctionner des catholiques, rassemblés pour prier devant le parvis de leur église interdite d’accés. Le sanitairement correct produit, comme prévu, les mêmes dénonciateurs que le politiquement correct.

En réalité, pour la macronie, les libertés ne vont pas de soi. Légitime est la méfiance actuelle à propos de la proposition de loi “sécurité globale” qui, mal ficelée, entend réglementer la diffusion d’images identifiant des forces de l’ordre. La majorité a toujours eu dans l’idée, au nom d’une chasse aux “fake news” et aux “propos haineux”, de mettre les réseaux sociaux sous la menace de la censure. Ce mercredi, sur RTL, Eric Dupont-Moretti a déclaré : “J’entends que tous ceux qui diffusent la haine soient immédiatement déférés devant la justice”. De fait, le projet de loi sur le séparatisme islamiste – qui s’intitule en fait “projet de loi confortant les principes républicains” (Le Figaro, ce mercredi) – contient ce type de comparution immédiate.

Or la loi Avia, qui prévoyait déjà de sanctionner le propos haineux, a été retoquée par le Conseil constitutionnel. Il est piquant d’observer le garde des Sceaux se poser en parangon de la bienveillance, alors qu’il revendique une constante agressivité contre ceux qui le critiquent. C’est lui qui, vendredi au Parisien, a déclaré : « Marine le Pen incarne tout ce que je déteste“. Sachant que la haine n’est jamais qu’une détestation exacerbée, Dupont-Moretti serait plus inspiré en donnant l’exemple de la mesure et de la sérénité. Oui, la macrocrature est un clan sectaire qui menace les libertés.

Ivan Rioufol

Texte daté du 18 novembre 2020 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Macronie : le poisson pourrit par la tête, par Ivan Rioufol

Il y a quelque chose de pourri au royaume de la Macronie. Tout pue la lâcheté, la traîtrise, l’intérêt clanique, le compromis avilissant. Les médias sont tellement somnolents qu’ils ne s’indignent même pas de l’effondrement de l’Etat devant les nouvelles minorités ethniques, quand elles exhibent leur couleur de peau pour exiger les excuses des Blancs. Mêmes les clandestins s’autorisent à manifester massivement. Les prétendus défenseurs de la démocratie, eux, ont déjà oublié le scandale politique, révélé l’autre jour par Eliane Houlette, procureur du parquet national financier, d’une justice en lien constant avec le pouvoir dans la chute de François Fillon, candidat favori à l’élection présidentielle de 2017.

Parallèlement, l’heureuse démolition de la loi Avia par le Conseil constitutionnel, jeudi, n’a conduit à aucune mise en cause des mouvements “antiracistes” qui, Licra en tête, ont comme objectif d’ajouter toujours plus de lois liberticides à la libre expression, afin de protéger une diversité victimaire. Et voici que l’on apprend que les 150 membres tirés au sort de la convention citoyenne pour le climat, qui ont rendu leurs conclusions dimanche, ont été cornaqués par 140 experts. Relire Marc Bloch, dans L’Etrange défaite : “Rien ne trahit plus crûment la mollesse d’un gouvernement que sa capitulation devant les techniciens“.

La pensée confuse ajoute à la crise de l’intelligence qui empêche la Macronie jacteuse de parler clair et d’employer des mots justes. Le “en même temps” présidentiel produit des coquecigrues à la chaîne. Hier, c’est la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, qui s’est emmêlée dans ses explications verbeuses en justifiant que telle infirmière, Farida C., qui lançait des projectiles contre la police, réponde de ses actes tout en déclarant : “Je ne saurais pas expliquer à mes enfants s’il est normal ou pas de jeter des pierres sur les forces de l’ordre“. En réalité, cette phrase indigne dit le doute qui s’est installé au cœur de l’Etat léthargique sur sa légitimité à affronter ceux qui ont compris l’intérêt qu’ils avaient à se plaindre d’être “discriminés” ou d’être les cibles d’une “police raciste”.

Partout où le regard se porte désormais, la violence est là au quotidien. Elle n’est plus seulement sociale. Elle est devenue raciale, identitaire, communautaire. Elle est revancharde pour ceux qui se réclament de la colonisation française passée. L’effacement de la force publique face aux affrontements entre communautés musulmanes, récemment à Dijon, n’a été qu’un symptôme d’une capitulation plus générale qui gagne, comme un virus, le sommet de l’Etat. Le poisson est en train de pourrir par la tête. La relève est urgente.

Ivan Rioufol

Texte daté du 22 juin 2020 et repris du blog d’Ivan Rioufol

La macronie face au Covid-19 : communication de crise ou crise de la communication ?

On apprend [1] que la présidence de la République a modifié, une nouvelle fois, son pôle de communication. La porte-parole du gouvernement aurait fait de même. Mauvais présage car, en macronie, tout commence et finit par la communication. Pour le pouvoir, face au coronavirus, la communication de crise ne tournerait-elle pas à la crise de communication ?
Découvrez cette analyse de Michel Geoffroy.

Nous sommes en guerre… mais comme en 1940

Au début de la crise, le président de la République a choisi, comme à son habitude, une pose théâtrale : contre le virus « nous sommes en guerre », affirme-t-il au moins six fois de suite, dans son allocution du 16 mars 2020.

Le président, qui n’a pas fait son service militaire, aime jouer au chef de guerre ou se prendre pour Clemenceau.

Las, il est bien vite apparu que l’on faisait la guerre, mais plutôt comme en 1940 : sans stratégie bien claire ni surtout sans moyens adaptés.

On faisait la guerre à l’épidémie, mais sans contrôler les frontières, avec des hôpitaux publics et des services d’urgence en crise, sans stocks de masques suffisants ou sans respirateurs, et sans pouvoir procéder au dépistage du virus dans la population.

Ne restait donc dans les arsenaux que le confinement qui ne requérait que peu de moyens, sinon policiers.

Le choix du mensonge

Curieusement, le gouvernement a alors choisi de mentir aux Français alors même que sa responsabilité dans cette absence de moyens n’est pas exclusive, même si cela fait plus de deux ans et demi qu’il est aux affaires.

Il a d’abord menti en faisant croire que tout était sous contrôle, au temps d’Agnès Buzyn.

Puis, avec l’aide de ses fidèles médias mainstream, il a seriné que les masques ne servaient à rien [2] ou qu’il fallait les réserver aux personnels de santé, que les contrôles aux frontières ne servaient à rien, que les virus ne s’arrêtaient pas aux frontières, que le dépistage n’était pas utile, etc.

Mais, à l’âge d’Internet et des réseaux sociaux, il est de plus en plus difficile à un gouvernement de mentir durablement !

Bien vite, les témoignages du désastre sanitaire et logistique auquel étaient confrontés les personnels de santé sont apparus. Il suffisait aussi de se rendre dans une pharmacie pour voir une affichette qui résumait à elle seule la déroute française : « Pas de masques ni de gel hydroalcoolique ». Il suffisait enfin de regarder les médias pour voir qu’à l’étranger, manifestement, on pensait que les frontières, les masques et les tests étaient utiles.

Le contraste était donc visible et palpable entre le discours martial du pouvoir et la réalité des moyens qu’il pouvait mobiliser.

Il mentait donc pour la bonne cause : la sienne, en essayant de transformer un manque de moyens en vertu thérapeutique !

Volte-face

Voyant que le désastre logistique passait mal et que le fait d’applaudir à 20 heures les personnels de santé ne suffisait pas, on a ensuite fait volte-face pour communiquer sur… les commandes massives de masques ou de réanimateurs effectuées par les autorités.

Et on annonce maintenant que l’on va procéder à des tests massifs. Comme on a rétabli les contrôles aux frontières.

Mais alors, pourquoi ce qui était présenté comme inutile ou absurde hier, devient-il maintenant un axe fort de la communication de crise du pouvoir ?

Une telle volte-face donne surtout à penser que les décideurs n’ont pas de cap.

Pour lire la suite, c’est ici !

La Macronie, entre complotisme et censure, par Ivan Rioufol

Emmanuel Macron ne se résout pas à écouter la colère populaire. D’autant qu’elle se focalise de plus en plus sur sa propre personne. “C’est une crise qui vient de loin“, a coutume d’expliquer le chef de l’Etat, comme pour s’exonérer de sa responsabilité. Il veut aussi croire que la grogne est manipulée par les réseaux sociaux, qui eux-mêmes seraient instrumentalisés par des mains étrangères invisibles. Le complotisme a gagné le chef de l’Etat quand ce dernier, jeudi face à quelques journalistes, laisse comprendre qu’il voit une instrumentalisation de la Russie de Poutine et de ses chaînes françaises derrière la frange la plus radicalisée des Gilets jaunes. Le 8 janvier, Marlène Schiappa s’était également interrogée : “Qui finance les casseurs ? Des puissances étrangères ? La question n’est pas incongrue, eu égard aux positions de responsables italiens.” La secrétaire d’Etat avait demandé, en vain, la divulgation de l’identité des donneurs de la cagnotte ouverte en soutien au boxeur Christophe Dellinger, qui s’était acharné sur un policier à terre.

En réalité, le pouvoir laisse voir un affolement qui lui fait lancer des soupçons à la volée. La Macronie aux abois ne jure plus que contre les “fake news” et les “infox”, sans se rendre compte qu’elle-même alimente la machine à fantasmes et à désinformations. Qui a parlé, à propos des Gilets jaunes, de “foule haineuse” ou de “peste brune” sinon le président et son entourage ? : des termes injurieux affiliés aux propagandes manichéennes des régimes autoritaires. L’anti-macronisme ne se réduit évidemment pas à ces caricatures. L’enferment du pouvoir, en dépit du grand débat, n’aboutira qu’à radicaliser davantage ceux qui réclament leur place dans un système politique et social actuellement asphyxié.

Le complotisme d’Etat pourrait à la rigueur faire sourire s’il ne s’accompagnait d’une volonté gouvernementale de reprendre en main une information qui lui échappe. Il y a près d‘un an, la ministre de la Culture d’alors, Françoise Nyssen, avait confié aux chaines publiques une mission de “décryptage des fausses nouvelles” en leur assignant comme objectif de “changer les mentalités sur le terrain”. Depuis, la loi anti fake-news est venue également alourdir les menaces sur la liberté d’expression en confiant à un juge le soin de dire si une information est vraie ou non. Récemment, le nouveau ministre de la Communication, Franck Riester, a annoncé le renforcement des pouvoirs du Conseil supérieur de l’audiovisuel, le gendarme de la pensée sur les radios et les télévisions.

Est envisagée également la création d’une “instance de déontologie” de la presse. Et jeudi, Macron lui-même a évoqué l’idée d’installer l’Etat au cœur même de la fabrique de l’information, comme seule sans doute la Corée du nord ose encore le faire. Il a déclaré, en effet : “Le bien public, c’est l’information (…) Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes (…)“. Oui, le président envisage de faire prendre en charge par l’Etat certains journalistes à qui il serait demandé d’assurer une information propre, officielle, labellisée, certifiée conforme. Une information sous surveillance de la censure…

Ivan Rioufol

Texte daté du 4 février 2019 et repris du blog d’Ivan Rioufol

Après Benalla, Hulot démasque la macronie, par Ivan Rioufol

L’affaire Benalla, qui a éclaboussé le président cet été, a mis au jour la perpétuation du monde ancien construit sur le fait du prince et les privilèges du clan. L’affaire Hulot, qui ébranle à nouveau le pouvoir avec la démission surprise du ministre de la Transition énergétique, illustre pour sa part la constance de la vieille politique-spectacle et sa vacuité. Le nouveau monde, promis par Emmanuel Macron, se révèle être le recyclage de pratiques dépassées et détestables. “Make our planet great again”, avait lancé le chef de l’Etat en juin 2017, en mimant son aspiration à devenir le leader mondial de l’écologie. “Je ne veux plus me mentir”, lui a répondu, mardi matin sur France Inter, celui qui avait été présenté comme “une prise de guerre” quand il était entré au gouvernement il y a plus d’un an.

Hulot, en claquant la porte sans préavis et aussi brutalement, fait comprendre sa dénonciation des faux semblants produits par la théâtrocratie macronienne. Cette grande mascarade n’est évidemment pas une découverte pour ceux qui, dès le départ, ont pointé le cynisme et l’insincérité du chef de l’Etat. Après la désillusion d’une partie de la droite, échaudée par les pratiques népotiques de Macron, voilà une partie de la gauche qui est prise à son tour par le doute après les aveux de tromperie du ministre écolo. Le socle présidentiel, qui avait largement aimanté les uns et les autres, a pris un sérieux coup dans l’aile.

Nicolas Hulot a expliqué ses difficultés à affronter les défis écologiques en déclarant : “On s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres”. Cette critique du libéralisme, fauteur de désordres écologiques, est de ces idées toutes faites qui restent à démontrer. Nombreux sont les acteurs privés qui pallient les insuffisances de l’Etat, qui lui-même peut devenir un acteur zélé des désastres. S’il est un ennemi de l’écologie, c’est le progressisme dont se réclament les idéologues Verts. Une écologie bien comprise est d’abord une démarche conservatrice : celle qui vise à protéger les ressources, les espèces, les paysages.

Le progressisme n’aime pas la limite. Il reste dans une fuite en avant qui légitime le bétonnage des sols, l’urbanisation à outrance, l’agression des sites. C’est pour amadouer Hulot que Macron a avalisé le programme off-shore des éoliennes. Des sites maritimes superbes risquent demain d’être défigurés par des champs d’éoliennes de 200 mètres de haut qui viendront saccager des horizons maritimes, comme entre Noirmoutier et l’île d’Yeu (62 éoliennes de 202 mètres chacune, sur 112 km2, à 11 km des côtes). L’écologiste Antoine Waechter parle, à propos du développement de l’éolien terrestre, d’une “escroquerie intellectuelle et politique” et dénonce “les spéculateurs du vent”. Hulot n’est pas l’écolo que l’on croit.

Ivan Rioufol

Texte daté du 29 août 2018 et repris du blog d’Ivan Rioufol

L’union des droites, cauchemar de la Macronie, par Ivan Rioufol

Les exemples de l’Autriche et de l’Italie le démontrent : les droites unies font gagner des élections. En France, la Macronie a tout intérêt à rendre cette union inatteignable, si elle veut conserver sa position centrale actuellement dominante. Un feu nourri a accueilli la décision de Marine le Pen, dimanche au congrès de Lille, de débaptiser le Front national pour en faire le Rassemblement national. Les vieilles ficelles de la diabolisation vont à nouveau être tirées pour faire passer l’idée que de FN nouvelle formule resterait en fait un parti d’extrême droite. En réalité, ce qui fut vrai avec Jean-Marie le Pen dans son attrait pour la violence et le coup de force ne l’est plus avec sa fille, même si des abrutis et des racistes peuvent encore se manifester ici et là. Si l’Aube Dorée, en Grèce, ou le Jobbik, en Hongrie, méritent la qualification d’extrême droite, le mouvement populiste dans lequel s’inscrit le FN se réclame d’abord de la démocratie et de sa préservation.

C’est au nom de la démocratie et que ces mouvements souverainistes européens demandent une meilleure écoute des citoyens oubliés et alertent sur le totalitarisme que représente la nouvelle idéologie islamiste. Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump, invité surprise du congrès, n’a pas eu tort de rappeler, samedi : “L’Histoire est de notre côté”. Des médias ont publié une photo de Bannon tendant le bras à la manière du “Heil” hitlérien, alors qu’il saluait l’assistance…

Observer le gouvernement lancer des réformes comme à Gravelotte, dans une fuite en avant brouillonne et illisible, fait comprendre la vulnérabilité de la stratégie d’Emmanuel Macron. S’il s’arrête de pédaler, il tombe. Or ce risque se profile tant ce bougisme persiste à faire l’impasse sur les grandes questions sociétales qui réveillent les peuples, partout en Europe et aux Etats-Unis. La Macronie va évidemment persister à brasser du vent et à redoubler ses accusations contre le FN, présenté comme un repoussoir. L’union des droites est son cauchemar. En revanche, les Républicains ne peuvent poursuivre cette même tactique absurde. Rien de distingue vraiment les discours de Laurent Wauquiez de ceux de Marine Le Pen sur l’immigration de masse ou le communautarisme. L’économie est un sujet qui se prête à des compromis.

A l’évidence, des passerelles idéologiques existent. Thierry Mariani, député LR, a raison de constater qu’il y a des “points communs” entre les deux formations. Son idée d’un “rapprochement” n’a rien de saugrenue : elle ne fait que reprendre, mais avec plus de quarante ans de retard, la stratégie gagnante de François Mitterrand quand il fit l’Union des gauches entre le PS et le très stalinien PCF. La vague conservatrice, que Macron prétend pouvoir contenir, est prête à passer outre les lignes rouges. L’opinion ne craint plus d’être caricaturée. Encore faudrait-il que les droites aient enfin l’intelligence de s’apercevoir qu’elles visent le même objectif.

Ivan Rioufol

Texte daté du 12 mars 2018 et repris du blog d’Ivan Rioufol