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Patrick Buisson

Grâce à Patrick Buisson, les antimodernes arrivent sur vos écrans

30/11/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Pour les vingt ans de la chaîne Histoire et pour ses dix ans à la tête de celle-ci, Patrick Buisson s’est offert le plaisir, qui fait également notre plaisir, de pousser encore un peu plus loin le curseur de l’irrévérence à l’égard des idées convenues. Pour cela, il a fait appel aux plus fins et plus caustiques des lettrés français du XXe siècle. « Ecartez les femmes, les enfants et les timorés du petit écran, et préparez-vous à vous sentir libres », écrit l’hebdomadaire Minute, qui a vu Allez-y sans moi… Les Antimodernes sont parmi nous, le nouveau film de Patrick Buisson, qui sera diffusé sur Histoire à partir du 12 décembre. Voici l’article de Marc Bertric que Minute publie dans son numéro de cette semaine.

Patrick Buisson allezysansmoi-vLes films de Patrick Buisson réalisés par Guillaume Laidet sont improprement appelés documentaires. Allez-y sans moi…, comme Les dieux meurent en Algérie ou Si je mourais là-bas, sont des objets cinématographiques à part entière qui relèvent d’un genre peu connu et pour cause : Buisson en est l’inventeur. Dans une « sorte de scénarisation de la langue, écrit François Bousquet dans Eléments, entremêlant trois niveaux narratifs : le texte littéraire, l’image d’archive et la musique », qui tous se répondent, l’objet final, le film, constitue « plus qu’une anthologie de bons mots, une symphonie » ou un ensemble choral que le montage, le moment essentiel de toute œuvre cinématographique, est venu parachever.

Cette fois, plutôt qu’à des voix off, Patrick Buisson a fait appel à trois comédiens, dont l’un au moins, Urbain Cancelier, est connu de tous les Français depuis Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain où il incarnait « Colignon, face de fion », « Colignon, tête à gnons », l’épicier bête et méchant qui se plaisait à humilier ses clients et son personnel. Les autres sont Stanislas de La Tousche, prodigieux double de Louis-Ferdinand Céline qu’il a interprété sur scène, et Alain Pochet, qui traverse le film – l’impudent ! – en costume queue-de-pie d’un personnage de Jean Anouilh.

C’est peu dire qu’Allez-y sans moi… « offense gravement le nouvel ordre moral » ainsi que Patrick Buisson l’a revendiqué, se délectant par avance de l’étonnement puis de la satisfaction que son long métrage allait produire sur l’assistance conviée à l’avant-première.

On reconnaissait d’ailleurs, entre autres célébrités fort peu politiquement correctes, ses chers Philippe de Villiers et Eric Zemmour. Incendiaires, scandaleux, révoltants – que disons-nous, honteux ! – sont encore trop faibles pour décrire les propos qui sont tenus dans ce film, et cela durant près d’une heure et demie.

Tous les antimodernes du siècle dernier – réactionnaires ou anarchistes de droite – ont été convoqués par Patrick Buisson pour apporter chacun leur pierre à une infâme démolition – comprendre : roborative et jubilatoire – de tout ce qui constitue les bases de la France social-démocrate, émasculée et décadente.

jean-edern-hallierCéline, Cioran, Jacques Perret, Alexandre Vialatte, Léon Bloy, Georges Bernanos, Jean Anouilh, Philippe Muray, mais aussi Jean-Edern Hallier (ci-contre) ou Salvador Dali, pour n’en citer que quelques-uns, s’en donnent à cœur joie pour pulvériser en quelques mots, l’un la démocratie, l’autre le culte (très récent) de l’enfance, tous le dégueulis de morale et de bons sentiments qui font office d’éthique et d’idéal. Il ne faut pas manquer cet instant où Georges Brassens, que l’on redécouvre tout au long de ce film auquel il donne sa respiration, abat tel un sniper un fanfaron nommé Bernard-Henri Lévy, le sort de Bernard Kouchner étant réglé par ailleurs.

Deux citations pour donner une idée de la tonalité d’Allez-y sans moi… La première est de Jean Anouilh – le dramaturge qui disait n’avoir plus voté depuis l’élection d’Hugues Capet, en 987… –, dans Pauvre Bitos.

A Mirabeau qui demande : « Où est donc la force ? », Robespierre répond : « Chez les médiocres, parce qu’ils sont le nombre. »

La seconde est de Jacques Perret : « Il y a beau temps que je suis citoyen du monde. Depuis le XIIIe siècle et sans doute bien avant. En ces temps de grâce et d’obscurantisme radieux j’étais partout chez moi dans le monde connu. Jusqu’au jour où les épidémies démocratiques, leurs complications nationalistes et leur délires chauvins se sont abattus sur les peuples civilisés. »

Et puis il y a Michel Audiard. Avec le son et les images. Une autre respiration qui émane de l’insertion d’extraits, soigneusement choisis, de films qu’il a dialogués ou réalisés, comme ce joyau qu’est Vive la France (1974), illustré par Siné, dont on attend en vain – ben pourquoi donc ? – une diffusion à la télévision. Allez-y sans moi… est le digne successeur de cette œuvre méconnue du grand public auquel on se refuse à la montrer, alors qu’elle est, elle aussi, d’un humour dévastateur. Elle aussi, car on rit, beaucoup, énormément, avec Allez-y sans moi…, les seules limites étant celle que l’on se donne de ne pas manquer une once de la citation, de l’aphorisme suivant.

Louis-Ferdinand Céline avait eu cette phrase, qui figure dans le film de Buisson : « Le moindre obstrué trou du cul se voit Jupiter dans la glace. » En l’entendant, la salle a ri. On se demande encore pourquoi…

Marc Bertric

Article paru dans Minute n° 2849 daté du 29 novembre 2017