Covid-19. Ce que révèlent les chiffres de l’épidémie

Covid-19 chiffres

La prudence est évidemment ce qui doit caractériser toutes les tentatives d’analyses relatives à la crise du Covid-19. Tant sur la nature et les dangers du virus que sur les perspectives de sortie de crise, il est certain que les prédictions les plus fracassantes sont rarement les meilleures.
Depuis le début de cette épidémie, Polémia s’est attelée à partager à ses lecteurs des données sérieuses qui soulignaient tantôt la véritable dangerosité potentielle du virus, tantôt l’inanité des mesures sanitaires du gouvernement. Ce traitement, se voulant équilibré et mesuré, se poursuit avec la publication de ce texte rédigé par Laurent Herblay, contributeur régulier du média Marianne, et publié sur son site. Un texte qui démontre que la gouvernement semble incapable d’analyser froidement les données disponibles…

Depuis quelques semaines, la communication autour des chiffres de l’épidémie de la seconde vague pose doublement problème. Non seulement les chiffres communiqués ne sont que ceux remontés le jour même, sans prendre en compte la date des tests. Mais plus globalement, le choix des chiffres mis en avant donne l’impression d’une volonté de communication aussi anxiogène qu’infantilisante.

Amateurisme, projet peur et conséquences

En préliminaire, je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas de nier l’importance de l’épidémie, mais je suis assez effaré par tout ce qui tourne autour des chiffres de cette crise sanitaire. Pour suivre Olivier Berruyer, sur Les Crises, qui fait partie de ceux qui nous ont alerté très tôt sur les dangers du coronavirus, et Nicolas Meilhan, je constate qu’outre certains ratés du pouvoir, la communication de bien des média sur le sujet semble extrêmement partielle, et même partiale. Premier problème, plus conjoncturel : la remontée imparfaite de l’information, illustrée l’envolée des cas pendant quelques jours, dépassant même 80 000 le 7 novembre, du fait d’un problème informatique, et d’un effet, artificiel, de rattrapage. Second problème, plus structurel, souligné à maintes reprises par Nicolas Meilhan, le fait que les chiffres du jour ne sont que les remontées du jour, qui portent sur des tests réalisés sur plusieurs jours.

En fait, pour avoir une vue précise de ce qui se passe sur les contaminations, il faut retraiter les données communiquées pour affecter au jour de test, et non au jour de remontée, les cas de contamination. Pour bien mesurer l’évolution, il faut également étudier les chiffres sur une semaine roulante, pour neutraliser l’effet de la fin de semaine, où les laboratoires ne sont pas tous ouverts. C’est la méthodologie utilisée par Nicolas Meilhan, Olivier Berruyer, et d’autres. Les épidémiologistes distinguent trois phases pour une telle épidémie : l’accélération (croissance exponentielle du nombre de cas), la décélération (l’augmentation du nombre de cas ralentit) et la décrue. En France, on constate une très forte décélération depuis la période du 25 octobre, peu après la mise en place du couvre-feu.

Et après un plateau sur la fin octobre, la décrue a démarré début novembre. La propagation de l’épidémie a été arrêtée, au point que le R0 est passé sous les 1, signe que chaque personne contaminée en contamine moins d’une. Il est somme toute logique que des décisions aussi dures soient efficaces, même si les choix et la façon de faire du gouvernement sont extrêmement critiquables. En revanche, parce qu’il y a un décalage entre contamination et hospitalisation ou réanimation, il y a un contraste saisissant avec la situation des services hospitaliers, qui subissent encore une forte hausse du nombre de patients, même si le pic semble devoir être assez proche maintenant. C’est sans doute ce qui explique le discours très alarmiste d’une très grande partie du personnel soignant aujourd’hui.

Jusqu’à peu, le gouvernement et les média tenaient un discours alarmiste, incriminant l’indiscipline des Français et multipliant les menaces de sanctions. Parallèlement, la communication de chiffres bruts, sans la moindre mise en perspective (pas de lissage hebdomadaire, pas d’évolution par rapport à la semaine passée) est clairement une représentation de la réalité plus inquiétante qu’elle ne l’est réellement. De même, les chiffres bruts par pays n’ont pas toujours du sens du fait des différences de taille. Nous gagnerions à les présenter d’une manière à les rendre comparable, comme le font certains. Il en va de même pour ces communications sur le chiffre total des morts, parfois même non accompagné du chiffre du jour. Il y a un décalage frappant entre la réalité de l’évolution de l’épidémie et la façon dont cette évolution est présentée, avec un biais marqué, par les média, et le gouvernement.

Bien sûr, il y a sans doute eu des excès et il est important de ne pas dilapider l’effort fait. En outre, nous sommes sur le point d’atteindre le pic pour le système hospitalier, et cela est une source légitime de stress. Mais plutôt que de présenter les choses de manière si partielle et partiale, le gouvernement et bien des média auraient pu dire plus tôt, depuis au moins deux semaines, que nous tirons les fruits de la stratégie de restrictions des déplacements de la population, dire que cela ne se retrouvera dans le système hospitalier que dans quelques jours et qu’il faut tenir bon pour maitriser cette deuxième vague et également éviter de semer les graines d’une troisième vague pour plus tard. Mais à ce discours adulte et mature, il semble que l’élite politico-médiatique de notre pays préfère l’infantilisation.

C’est ainsi que Macron avait exagéré le nombre de morts dans sa dernière allocution et avancé le chiffre totalement extravagant de 400 000 morts potentiels en France sans mesure, près de 10 fois le bilan étatsunien à population équivalente, avec peu de restrictions ! En clair, la macronie et trop de média sont sur une communication visant à faire peur aux Français pour compléter toutes les restrictions légales prises. Mais une telle stratégie, quand elle est exagérée, et revient à tordre les faits, ou à en faire une présentation trop biaisée, est très dangereuse. Tous ceux qui connaissent ces analyses plus fines ne peuvent qu’être révoltés par la communication peu honnête et infantilisante du gouvernement et de bien des média. Cette façon de faire casse toute forme de confiance avec nos élites.

Il ne faut donc malheureusement pas complètement s’étonner si une partie de la population joue un peu avec les règles byzantines conçues par le gouvernement pour s’affranchir en partie du confinement. Ce n’est sans doute pas cela qui mettra en échec le confinement, mais on peut voir dans le rebond de la rentrée, particulièrement marqué en France, une conséquence de la politique du gouvernement, entre mensonges et restrictions particulièrement fortes. A prendre les Français pour des enfants irresponsables, en jouant plus de l’interdit que de leur civisme, le gouvernement récolte largement ce qu’il a semé. C’est sans doute également la raison pour laquelle les théories les plus folles circulent.

En effet, il y a quelque chose d’assez troublant à voir le gouvernement qui gère avec grande difficulté et une multitude de couacs et erreurs, et la plupart des média refuser de tenir un discours de vérité aux Français. Ce faisant, transparaît la populophobie dont est coutumière la macronie et notamment Macron. Mais après, il ne faut pas qu’ils s’étonnent d’être remis en question…

Laurent Herblay

Texte repris du site Polémia