La nouvelle Assemblée se dévoile, par Xavier Eman

Assemblée nationale

Dix jours après le second tour des législatives, l’Assemblée nationale vient d’élire son président, ou plutôt sa présidente, puisque Yaël Braun-Pivet devient la première femme à accéder à cette haute fonction. Cette féminisation du perchoir est apparemment une grande et belle chose, un formidable « progrès » puisque dorénavant le seul fait d’être une femme est une qualité en soi, ce qui est tout de même, il faut bien le dire, le comble du sexisme. Il s’agit en tout cas d’une remarquable promotion pour cette mère de famille de 51 ans arrivée en politique il y a à peine 5 ans et souvent taxée « d’amateurisme » par ses collègues. A l’issue d’un scrutin sans surprise, Yaël Braun-Pivet succède donc à Richard Ferrand après un passage éclair au gouvernement où elle aura été durant trente-six jours ministre des Outre-mer. Un passage extrêmement bref d’ailleurs perçu comme un manque de respect et de considération par plusieurs élus locaux de ces territoires qui ont exprimé leur réprobation. On pourrait également reprocher au député des Yvelines sa gestion de « l’affaire Benalla », la commission d’enquête sur l’ex-collaborateur du président Macron, dont Yaël Braun-Pivet était co-rapporteur, ayant explosé après le retrait de l’opposition qui l’accusait de « protéger » l’Elysée. Cet épisode lui vaudra d’ailleurs d’être qualifiée par « l’insoumis » Alexis Corbière de « Benalla de l’Assemblée nationale ».

Cette séance inaugurale aura par ailleurs vu Daniele Obono refuser ostensiblement de serrer la main de son collègue du RN Julien Odoul qui s’était retrouvé assis à côté de la passionaria indigéniste par le hasard du placement alphabétique. Une médiocre impolitesse que l’élue « insoumise » considère sans doute comme un grand acte de bravoure et de résistance. Malheureusement, le palais Bourbon ne dispense pas de cours de maintien ni de savoir-vivre.

La Nupes s’est d’ailleurs montrée très offensive pour ce début de mandature, parvenant à présenter un candidat commun pour le poste de président de la commission des Finances de l’Assemblée. C’est finalement « l’insoumis » Eric Coquerel, élu de Seine-Saint-Denis, qui a été préféré à la socialiste Valérie Larbaut, confirmant le rapport de forces en faveur de LFI existant au sein de la fragile coalition. Cette candidature coupe l’herbe sous le pied du Rassemblement National dont le candidat, Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme, se retrouve en infériorité numérique et n’a plus qu’à espérer l’hypothétique ralliement de voix en provenance des Républicains (Elisabeth Borne ayant assuré que la majorité présidentielle ne prendrait pas part au scrutin). Le RN dénonce d’ailleurs des « manœuvres d’appareil » et « la piraterie de la Nupes sur tous les postes de l’Assemblée nationale ».

La nouvelle mandature s’annonce donc « sportive » et il ne reste qu’à espérer, comme l’a évoqué le doyen de l’Assemblée dans son discours, que les élus du peuple fassent passer l’intérêt supérieur de celui-ci avant les passions partisanes et les stratégies personnelles. On peut, hélas, fort légitimement en douter mais, comme diraient les spécialistes du marketing : « laissons sa chance au produit ! »

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 29 juin 2022

Quand les géants du divertissement financent la culture de mort

Disney mort

Disney, Netflix, la Paramount… Les géants du divertissement se transforment en serviteurs de la culture de mort. Quelques jours après la décision historique de la Cour suprême des Etats-Unis, les plus grands studios hollywoodiens et les principales sociétés de streaming annoncent tour à tour qu’elles prendront des mesures pour soutenir leurs employées désireuses d’enfreindre la loi.

Nous les connaissions « antiracistes » caricaturaux, pro-LGBT et promoteurs du wokisme, nous les découvrons – sans surprise – apôtres de l’avortement. A l’image de la majorité des médias, des célébrités et des structures mondialistes, le monde du divertissement s’insurge contre le verdict de la Cour suprême de laisser à chaque Etat américain le droit ou non d’autoriser l’avortement.

Le respect des institutions est à géométrie variable, et, un an et demi après s’être scandalisés de l’attaque du Capitole par des partisans de Donald Trump qui contestaient le résultat de l’élection présidentielle, les bien-pensants de tout le pays s’unissent contre cette décision et prévoient déjà de l’enfreindre.

C’est par un communiqué à ses employés que Disney a annoncé sa position. La compagnie s’engage à leur fournir un accès « aux soins liés au planning familial », où qu’ils vivent, c’est-à-dire même s’ils résident dans un Etat interdisant l’avortement. Une bourse de voyage permettra en effet aux employés de subir l’avortement dans un Etat qui l’autorise.

Walt Disney doit se retourner dans sa tombe. Si l’homme à l’origine de la plus grosse entreprise de divertissement du monde avait ses travers, on ne peut pas enlever la noble volonté qui était la sienne, à savoir émerveiller les enfants. Désormais, la société qui porte son nom souhaite faciliter la mise à mort des petits êtres avant qu’ils puissent devenir des enfants à leur tour. L’inversion des valeurs est totale.

Rappelons par ailleurs que Disney est déjà dans le collimateur du Parlement de Floride, Etat où se trouve son plus important parc à thèmes, pour avoir fait la promotion de l’homosexualité.

La « guerre de civilisation » se déroule donc désormais au sein même des Etats-Unis, plus désunis que jamais, entre conservateurs et wokes mondialistes. Le camp pro-avortement a des soutiens particulièrement influents, Disney étant loin d’être la seule entreprise engagée dans ce mouvement. Netflix a pris une position similaire, annonçant offrir à chacun de ses employés une allocation de 10 000 dollars s’ils venaient à avoir besoin de traitements contre le cancer, de transplantations, mais aussi de soins liés « à la transition de genre » (traduction : d’opérations visant à achever la transformation des transsexuels) ou d’avortements.

Notons toutefois que, contrairement à la France, les Etats-Unis possèdent aussi des acteurs conservateurs. C’est le cas de Jon Voight, acteur à la riche carrière, de Gina Carano, actrice vue récemment dans une série Star Wars et « remerciée » après avoir pris fait et cause pour Donald Trump, ou encore de Kevin Sorbo, popularisé dans les années 90 pour son rôle dans la série Hercule. Ce dernier s’est réjoui sur les réseaux sociaux que « la vie a gagné » mais déplore aussi que « nous [vivions] dans un monde où des gens préfèrent tuer leur bébé plutôt que de ne pas avoir de relation sexuelle ». Bien résumé.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 28 juin 2022

Éducation nationale : l’effondrement continue, par Xavier Eman

Éducation nationale

Le bateau ivre de l’Education nationale n’en finit pas de dériver et le naufrage final semble de plus en plus proche. Tous les ingrédients d’une inéluctable catastrophe sont en effet réunis depuis bien trop longtemps pour espérer encore une issue heureuse à la crise actuelle de l’enseignement. Violence endémique, analphabétisme galopant, inculture crasse, rupture de la transmission, wokisme rampant, nivellement par le bas, l’idéologie égalitariste et immigrationniste a conduit ce pivot central de la société qu’est l’enseignement au bord du gouffre. Même les plus aveuglés des pédagogues « progressistes » n’osent plus assumer le ridicule de prétendre que le « niveau monte » et sont contraints d’admettre le fiasco général. En plus, à tous ces maux, s’ajoute aujourd’hui la pénurie croissante de professeurs. Ainsi, à Versailles, la plus grande académie de France, seulement 424 futurs enseignants ont été admis aux concours pour 1 430 postes proposés. Un taux historiquement bas qui entraîne une situation inquiétante, alarmante même selon les syndicats. « On a seulement un poste sur trois d’enseignants pourvu en Ile-de-France, c’est catastrophique », s’émeut ainsi auprès de l’AFP la secrétaire générale du Snuipp-FSU, Guislaine David. Cette crise de recrutement est en effet sans précédent. Elle est le produit d’un double phénomène : la baisse drastique du nombre de candidats et l’écroulement du niveau de ceux qui veulent encore embrasser cette carrière sinistrée. Car non seulement rejoindre l’enseignement ne fait plus rêver personne, mais c’est au contraire une perspective devenue un véritable repoussoir qui n’attire guère plus que les bras cassés et les désespérés ne trouvant pas d’autres possibilités d’emploi. Jadis considéré et respecté, le métier d’enseignant est désormais tombé au fond d’un caniveau dont plus personne ne semble parvenir à l’extraire. Qui voudrait en effet rejoindre d’enthousiasme une institution dans laquelle, en plus d’être mal payé, on se retrouve quotidiennement confronté à des hordes de néo-barbares aussi ignares qu’agressifs et vindicatifs, ne maîtrisant pas plus les bases de la langue française que celles de la plus infime politesse, et qui insultent leurs professeurs quand ils ne les agressent pas ? Même les plus hallucinés chantres gauchistes du « vivre ensemble » ne veulent plus entrer dans l’arène et préfèrent opter pour d’autres métiers moins exposés aux conséquences directes et concrètes de leurs délires idéologiques.

Face à cette situation, le nouveau ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, ne semble pas plus inquiet que cela et annonce simplement une hausse de rémunération des enseignants en 2023 afin de « motiver les troupes ». Il affirme même, dans un bel exemple de méthode Coué, qu’il y aura un professeur dans chaque classe à la rentrée, malgré les graves difficultés de recrutement évoquées. L’historien promet également qu’il travaillera pour que l’école permette de « davantage réduire les inégalités » et qu’il ne remettra en cause ni Parcoursup ni la réforme du lycée mise en place par son prédécesseur, Jean-Michel Blanquer. Pas de rupture donc, ni de grande nouveauté à l’horizon, qui reste bien sombre. On aurait pourtant pu espérer que le ministre s’inspire des méthodes éducatives et pédagogiques de la prestigieuse Ecole alsacienne où il a placé ses enfants pour remettre un peu d’ordre, d’autorité et d’excellence dans les écoles, collèges et lycées de France. Mais il n’en sera rien, ce qui est bon pour les enfants de l’élite « républicaine » ne semble pas l’être pour la plèbe qui devra encore attendre pour que ses enfants connaissent une « scolarité sereine » et de qualité.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 27 juin 2022

« Trop d’immigration » pour 65 % des Français, par Guy Denaere

immigration chard

CNews a publié ce jeudi un sondage de l’institut CSA : 65 % des Français estiment qu’il y a trop d’immigration en France. Une proportion qui monte à 100 % des personnes interrogées qui se disent RN ou Reconquête, et qui descend à 7 % chez celles qui se disent PS.

S’il y a « trop » d’immigration, ce n’est pas au sens où l’on dit fautivement « c’est trop bien », non, il s’agit bien d’un excès, d’un événement négatif. A quoi les Français jaugent-ils ce trop ? Le sondage ne le dit pas. Il y a d’abord l’insécurité, qui n’est pas un sentiment mais qui se décline, concrètement, jour après jour, dans les violences dont on n’a qu’un écho très affaibli dans les grands médias. Violence à l’égard des personnes, violences à l’égard des forces de l’ordre : un policier agressé samedi 18 juin à Saint-Ouen, un commissariat attaqué le lendemain à Champigny-sur-Marne, deux policiers municipaux violemment agressés mardi 21 dans la cité Gabriel-Péri (Saint-Denis) par une dizaine de personnes après le contrôle d’un guetteur… Mais aussi une violence environnante : au mois de mai, par deux fois, des bagarres avec machettes et couteaux ont éclaté à Noisy-le-Sec devant l’école maternelle Petit-Prince (sur quelle planète vit-on ?), un « jeune ensanglanté » a même tenté de se réfugier dans l’école en pleine journée… Une insécurité qui croît en Seine-Saint-Denis et en région parisienne, mais tout autant en province qu’au cœur de Paris : Rachida Dati propose de clôturer le Champ-de-Mars et de le fermer pendant la nuit tellement la situation y est hors de contrôle.

Les sondages sur l’insécurité donnent d’ailleurs des chiffres proches de celui sur l’immigration : selon un sondage Ifop pour Sud Radio (3 juin dernier), 69 % des personnes interrogées estiment que « l’insécurité a augmenté » ; en septembre 2020, 70 % des Français jugeaient justifié le terme « d’ensauvagement » employé par Darmanin pour qualifier la violence et la délinquance.

Il y a ensuite, pour expliquer ce « trop d’immigration », le Grand Remplacement à l’œuvre. Là encore, croisons les sondages : 67 % de Français se disaient inquiets d’un « grand remplacement » en octobre dernier (sondage Harris Interactive pour Challenges). Femmes voilées et hommes barbus, populations exogènes majoritaires et qui font sentir aux Blancs qu’ils ne sont pas les bienvenus dans le quartier, ou dans l’établissement scolaire, ou dans la rame de métro, préférence étrangère, etc., chacun de nous en connaît les manifestations.

Mais pourquoi ces 65 % de Français n’ont-ils pas donné 65 % des suffrages à Marine Le Pen et Eric Zemmour lors des présidentielles, ou aux candidats RN et Reconquête lors des législatives ? Le barrage psychologique est solidement ancré dans les consciences depuis les années 1980 : quoi qu’on vive au quotidien, il ne faut pas voter « extrême droite », c’est mal. Comme le barrage « républicain », ce barrage-là n’en finit pas de céder. Il explique sans doute en partie ce mystère du vote et de l’abstention qui ne convertit pas en élection une idée ou une expérience.

Guy Denaere

Article paru dans Présent daté du 24 juin 2022

Allocution présidentielle – Furibard, Macron contraint de composer

macron

Après avoir reçu à l’Elysée, la veille et le jour même, les responsables politiques des partis représentés à l’Assemblée (Christian Jacob, Olivier Faure, Marine Le Pen, Fabien Roussel, Julien Bayou, Mathilde Panot et Edouard Philippe), Emmanuel Macron s’est adressé aux Français mercredi soir. Comment envisage-t-il son quinquennat, maintenant que les Français ne lui ont donné qu’une majorité relative à l’Assemblée ? Il nous l’a fait « à la Macron », furieux comme un enfant qu’on force à prêter ses jouets, mâchoire serrée, regard dur qui n’a cillé que quatre fois en huit minutes (le site Doctissimo classe l’absence de clignement des paupières parmi les dix signes révélateurs de mensonge !) et, au fond, pas plus compréhensif – juste forcé d’en rabattre.

Contraint de ne plus gouverner seul mais de tenir compte des députés, Macron a proposé deux pistes : soit une coalition, soit une majorité au cas par cas en fonction des projets de loi, afin d’éviter le blocage sur des questions à traiter urgemment comme le pouvoir d’achat, la sécurité et la transition écologique. Une proposition assortie d’un ultimatum, le président voulant être fixé à son retour de Bruxelles ce vendredi : « Il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l’Assemblée nationale sont prêtes à prendre : entrer dans une coalition de gouvernement et d’action ? S’engager à voter simplement certains textes ? Notre budget ? Lesquels ? »

Il reste bien le Macron à la main de fer dans un gantelet de métal. Les crises sociales et sanitaires, ni la claque législative, ne lui ont assoupli le cuir. Poser un ultimatum à ses opposants d’aujourd’hui, est-ce le meilleur moyen de s’en faire des alliés de demain ? Non, et les responsables politiques de tout bord n’ont pas attendu qu’il rentre du Parlement européen pour lui signifier, dès mercredi soir, que de coalition il n’est pas question. « Les 89 députés du Rassemblement national, élus de conviction, n’entreront jamais dans une coalition macroniste pour mettre en œuvre des orientations qu’ils entendent combattre », a réagi le RN qui a d’ores et déjà choisi le cas par cas : « Inscrivant leur action dans le cadre d’une opposition responsable, ils réaffirment, toutefois, leur intention d’examiner les textes à la lumière de l’intérêt des Français et de la France. »

Dès la loi sur le pouvoir d’achat qui va être discutée en juillet à l’Assemblée, Macron va donc devoir adoucir ses projets de réformes, amender, composer, maintenant que le Parlement n’est plus une simple chambre d’enregistrement au service d’un président autocratique. La voilà, la « configuration nouvelle » qu’il a appelée de ses vœux… à son corps défendant. Combien de temps supportera-t-il la contradiction parlementaire ? Avec l’ego qu’on lui connaît, résistera-t-il à la tentation de dissoudre l’Assemblée en espérant retrouver l’omnipotence ?

Guy Denaere

Article paru dans Présent daté du 23 juin 2022

Sous le vernis du baccalauréat – Le français, langue morte

baccalauréat

Le 14 juin se tenait l’épreuve de français des « bac pro » : « Selon vous, le jeu est-il toujours ludique ? » Ce mot, ludique, a semé le trouble, beaucoup de lycéens n’en connaissant pas le sens. Le mot-clé #ludique a aussitôt fleuri sur les réseaux sociaux. Une prof de français explique sans fard : « Un élève de 17 ans ne se sert pas de ce terme au quotidien, il parle plutôt de quelque chose de “fun”. » Il aurait donc suffi de rédiger le sujet de la sorte : « Selon vous, le jeu est-il toujours fun ? », et le problème était réglé.

Cela n’est rien comparé à ce qu’a déclenché le bac de français des filières générales, le 16 juin. En cause, le texte à commenter, tiré de Sylvie Germain : Jours de colère (1989). Décontenancés par un texte très… littéraire qui évoque neuf frères vivant dans une forêt, les élèves à peine sortis de l’épreuve se sont répandus sur les réseaux sociaux pour insulter et menacer l’auteur. Ne prenons que quelques exemples polis : « Sylvie Germain tu connais les capotes ? D’où tu fais 9 gosses alors que t’habites dans une cabane ? » « Sylvie Germain va te faire foutre toi et ta personnification de la nature », « Se taper Sylvie Germain au bac de français alors que même wikipédia a pas de résumé de son livre », « Sylvie Germain prépare tes 9 fils car ce soir je vous zigouille – grosse folle », « elle m’a niquer mon bac », « tes ptn [putains] de 9 frères tu te les mets au cul », « Sylvie Germain va te faire foutre simple », etc.

Pour mesurer le décalage, voilà un extrait du texte en question : « Ils étaient hommes des forêts. Et les forêts les avaient faits à leur image. A leur puissance, leur solitude, leur dureté. Dureté puisée dans celle de leur sol commun, ce socle de granit d’un rose tendre vieux de millions de siècles, bruissant de sources, troué d’étangs, partout saillant d’entre les herbes, les fougères et les ronces. Un même chant les habitait, hommes et arbres. Un chant depuis toujours confronté au silence, à la roche. Un chant sans mélodie. Un chant brutal, heurté comme les saisons, – des étés écrasants de chaleur, de longs hivers pétrifiés sous la neige. »

Des professeurs ont tenté de prendre la défense de l’auteur : « Je suis effarée de voir la réaction des élèves… Ils font preuve d’une violence inadmissible à l’encontre de cette autrice (qui en outre n’est en aucun cas responsable de leur inculture) ». Mais justement, qui est responsable de leur inculture, sinon les professeurs eux-mêmes et l’Education nationale ? Une fois qu’on a aboli le latin et l’étymologie, réduit à la portion congrue l’orthographe, la syntaxe et le vocabulaire, une fois qu’on a fait du rap « un outil pédagogique » (France Info, 09/09/2019), on peut bien proposer le texte d’une « autrice » supposée être plus accessible parce que contemporaine et mieux considérée parce que femme : il reste inaccessible à des lycéens dont la langue est constituée de rudiments de français, dénaturés d’un peu d’anglais globish et assaisonnés de beaucoup d’arabe de cité, et dont la seule forme d’expression est l’imprécation sur les réseaux sociaux.

Détail complémentaire : ce que Sylvie Germain redoute, ce n’est pas l’inculture crasse et l’illettrisme agressif de la jeune génération, c’est… Marine Le Pen. Avec 34 autres écrivains, elle signait en mai 2017 une tribune appelant à lui faire barrage : « il en va de nos libertés, de l’idée que l’on se fait de la France aujourd’hui et surtout de notre avenir et de celui de nos enfants. Une nation solidaire, ouverte, joyeuse, éduquée. » Mots creux alors que l’abîme est grand, voire total, entre l’enseignement dispensé, misérable et veule, et l’examen à passer, exigeant, qui paraît ne subsister que pour sauver les apparences de l’école républicaine.

Guy Denaere

Article paru dans Présent daté du 22 juin 2022

La Nupes (déjà) au bord de l’implosion !

nupes chard

Gueule de bois pour l’extrême gauche ! Loin d’avoir obtenu la majorité promise par Jean-Luc Mélenchon, la Nupes a, qui plus est, vu le Rassemblement national obtenir beaucoup plus de députés que prévu, à tel point que le parti de Marine Le Pen pourrait bien avoir prochainement le principal groupe d’opposition à l’Assemblée nationale.

Jean-Luc Mélenchon a perdu son pari ! Au lendemain du second tour des élections législatives, le champion de l’extrême gauche et des islamistes doit se rendre à l’évidence : non seulement il ne sera pas nommé Premier ministre, hypothèse absurde qu’il tentait de faire croire – avec succès – à ses sympathisants, mais il doit désormais se battre pour conserver une place de chef dans son propre camp.

Lundi matin, il s’est adressé à la presse devant le siège de La France insoumise à Paris afin d’avancer ses pions : « Je crois que nous devons être et rester une alternative unie, autrement dit, la Nupes devrait se constituer comme un seul groupe au Parlement, de manière à ce que, sans aucune discussion possible, il soit établi qui mène l’opposition dans le pays et que dès lors nous soyons prêts à tout moment, y compris s’il y a de nouvelles élections, à présenter la candidature de la Nupes. » Des déclarations qui démontrent que son ambition reste intacte mais surtout à quel point le score du Rassemblement national l’a surpris et déstabilisé.

Sans surprise, les militants de La France insoumise ont défendu bec et ongles l’idée avancée par leur meneur. Une idée toutefois pas vraiment du goût du PS, d’EELV et du PCF. Les trois autres partis de la Nupes se sont en effet adressés directement à l’AFP peu après que Jean-Luc Mélenchon a tenté de faire une OPA sur leur mouvement, et ce afin de faire savoir qu’ils refusaient catégoriquement sa proposition, le porte-parole du PS Pierre Jouvet rappelant à cette occasion que « le contrat de coalition était très clair, il prévoyait que chaque parti ait son groupe et qu’ensuite il y ait un intergroupe ». Il y aura donc un groupe socialiste indépendant à l’Assemblée nationale, mais également un groupe écologiste et un groupe communiste.

Alain Coulombel, porte-parole d’EELV, est on ne peut plus clair : « Pas question de se fondre dans un groupe unique. » Le PCF tient un discours similaire, et, dès dimanche soir, la tête de proue Fabien Roussel, réélu dans sa circonscription du Nord, avait même évoqué les défaillances de la Nupes : « L’alliance de gauche ne parle qu’à une partie de la France, celle des villes et non celle de la ruralité. Et on voit bien que nous avons atteint des limites dans ce que nous sommes en train de faire. » Voilà de quoi fâcher encore un peu plus Jean-Luc Mélenchon à nouveau très esseulé quelques heures seulement après le verdict du scrutin.

Son combat désormais ? Que l’alliance mise en place après la présidentielle n’implose pas en un temps record.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 21 juin 2022

Camouflet pour Emmanuel Macron, par Louis Marceau

macron

Ensemble bien plus isolé que prévu ! Emmanuel Macron ne disposera que d’une majorité relative à l’Assemblée nationale, compromettant sérieusement ses projets, notamment la réforme des retraites. Il faudra courtiser Les Républicains, déjà divisés sur la question.

« Jamais l’Assemblée nationale n’a connu une telle configuration sous la Ve République. Cette situation constitue un risque pour notre pays au vu des défis que nous avons à affronter, tant sur le plan national qu’à l’échelle internationale. »

Les propos tenus dimanche soir par le Premier ministre Elisabeth Borne ne trompent pas, ces élections législatives ont un goût de défaite pour la majorité présidentielle. Seuls 247 candidats se présentant sous l’étiquette Ensemble ont été élus, loin des 289 nécessaires pour obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Avec une majorité relative, les députés d’En Marche, du MoDem, d’Horizons et des autres micropartis ralliés à Emmanuel Macron voient leurs plans contrariés un mois seulement après l’élection de leur champion. La réforme des retraites paraît désormais très incertaine, tout comme un retour du passe sanitaire, du moins par la voie parlementaire.

Certaines figures emblématiques du quinquennat précédant ont perdu leur place de député, tout comme certains ministres fraîchement nommés. C’est le cas de Christophe Castaner, l’éborgneur de Gilets jaunes, de Richard Ferrand, l’homme aux conflits d’intérêts, mais aussi de Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé qui disait il y a quelques mois que « les libertés des non-vaccinés s’arrêtent là où commencent celles des vaccinés ».

Aux yeux de l’opposition, le verdict est sans appel : « La déroute du parti présidentiel est totale », assène Jean-Luc Mélenchon. Marine Le Pen, de son côté, se réjouit d’avoir fait d’Emmanuel Macron « un président minoritaire ».

Dans la soirée, nombreux étaient ceux à purement et simplement réclamer la démission d’Emmanuel Macron, à l’image de Florian Philippot : « Macron doit présenter sa démission, il faut tout remettre à plat ! Les oppositions doivent saisir ce moment historique pour dépasser les vieux clivages et construire une alternative ! » Comme l’a martelé la presse dès lundi matin, le pays paraît désormais ingouvernable, car, même en s’appuyant sur Les Républicains et les députés estampillés « divers droite », il sera ardu pour le pouvoir de faire passer ses projets.

Un mois après la déroute de Valérie Pécresse, Les Républicains ont pris une nouvelle claque, n’obtenant que 64 députés, 25 de moins que le Rassemblement national. Cela sera-t-il la fin de LR ? Il semble en tout cas que cela entraînera de nouvelles divisions au sein du parti, certains étant déjà tentés par une alliance avec la majorité présidentielle sous l’influence d’un certain Nicolas Sarkozy. Christian Jacob, toujours président du parti, affirme que LR restera au sein de l’opposition. Difficile à croire au regard des transfuges de ces dernières années et des alliances faites ici et là.

Emmanuel Macron devrait bien être pieds et poings liés et ne pourra dissoudre l’Assemblée nationale que dans un an, une éternité dans les circonstances actuelles. Les plus cyniques imaginent toutefois que le président de la République pourrait s’en sortir avec une pirouette en mettant les crises à venir sur le dos de l’opposition NUPES-RN et des Français ayant « mal voté ».

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 20 juin 2022

Après les élections présidentielle et législatives – Le retour au galop de la dictature sanitaire ?

covid dictature

Comme nous le prévoyions, la mise en sourdine du discours catastrophiste sur l’épidémie de coronavirus et la suspension de la quasi-totalité des restrictions sanitaires dans notre pays n’auront guère duré que le temps des campagnes électorales. En effet, la présidentielle et les législatives étant maintenant presque derrière nous, l’occupant de l’Elysée ayant été réélu haut la main par des millions de Français décidément peu rancuniers, le gouvernement et les grands médias de la Macronie se remettent déjà à brandir la menace d’une nouvelle vague épidémique qui pourrait « nécessiter » le retour de la dictature sanitaire en France.

Des chiffres qui ne veulent rien dire

Ainsi, en publiant jeudi ses derniers chiffres, le ministère de la Santé s’est-il inquiété d’une hausse de 20 % du nombre de tests de dépistage enregistrés dans notre pays au cours des 15 derniers jours. Une augmentation qui, a-t-il précisé, coïncide avec un doublement des contaminations durant la même période. En même temps, France Info invitait l’épidémiologiste et partisan de la dictature sanitaire Antoine Flahault, pour nous expliquer que « cela ressemble à une nouvelle vague » et « que la tendance est actuellement la même dans presque tous les pays d’Europe de l’Ouest ». Il est vrai que, de l’autre côté du Rhin, par exemple, le gouvernement Scholz a d’ores et déjà appelé les personnes les plus fragiles à effectuer une quatrième dose de vaccin et averti qu’il y aurait « moins de relâchement pendant les prochaines semaines »… Mardi, Olivia Grégoire, porte-parole du gouvernement Borne, avait quant à elle déjà expliqué que ce dernier restait « extrêmement vigilant », annonçant au passage que le conseil des ministres étudierait le 22 juin les mesures que l’exécutif entend maintenir après la fin du régime de sortie de l’état d’urgence sanitaire, prévue le 31 juillet.

Le passe sanitaire, arme politique

Reste que, si l’on regarde d’un peu plus près les chiffres, ce « doublement » des contaminations observé par le ministère au cours des deux dernières semaines n’a en rien impacté les hôpitaux français, qui ont même vu fortement reculer le nombre de leurs « patients Covid » sur la même période ! Autrement dit, il semble que cet « affolement » relève davantage de la volonté du gouvernement de serrer à nouveau la vis du peuple français que de le protéger contre un prétendu retour de la pandémie. Un rêve orwellien qu’il partage visiblement avec le régime communiste chinois – dont il s’est d’ailleurs beaucoup inspiré lors de la crise du Covid (confinement strict, port du masque obligatoire…) – qui a réussi à faire aujourd’hui du passe sanitaire une véritable arme politique. C’est ainsi que, durant ces derniers jours, de nombreux Chinois qui souhaitaient manifester à Zhengzhou contre le gel arbitraire de leurs avoirs par plusieurs banques depuis la mi-avril, se sont aperçus – ô surprise… – que leur passe sanitaire avait brusquement viré au rouge, et étaient donc contraints d’observer une quarantaine stricte ! De quoi donner des idées à notre « Jupiter » national…

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 17 juin 2022

Chambre à part – La proportionnelle, trop belle pour être vraie

proportionnelle RN

Les élections législatives que nous suivons en ce moment donnent l’occasion de poser à nouveau ces questions fondamentales : quelles sont les chances de voir un jour revenir au moins une dose de proportionnelle dans les scrutins et qu’y gagnerait-on ? Tentative de réponse.

Trente-cinq députés pour le Front national ! En 1986, à la suite d’une promesse faite par François Mitterrand un an plus tôt, le parti patriote entrait en force à l’Assemblée grâce à la proportionnelle. Un système adopté « pour plus de représentativité » d’après la gauche, « une tactique politicienne » d’après le RPR et l’UDF. L’expérience tourna court puisque la proportionnelle fut supprimée dans la foulée par Jacques Chirac, nommé Premier ministre à la suite de la victoire de son camp lors de ce fameux scrutin. Depuis, son retour est une ritournelle clamée par les forces d’opposition, généralement la droite nationale mais aussi l’extrême gauche. Certains élus font miroiter cette mesure de temps à autre, à l’image d’Emmanuel Macron lui-même, mais, en 2022, le projet semble totalement oublié par le pouvoir.

Ramu de Bellescize, professeur de droit public à l’université de Lille, a évoqué ce mode de scrutin avec nos confrères de Boulevard Voltaire dans un entretien paru mardi et mené par Marc Eynaud. L’enseignant note pour commencer que la création d’un groupe parlementaire est primordiale car cela permet notamment d’avoir plus de temps de parole, davantage de membres dans les commissions et même de fixer l’ordre du jour une journée par mois. Des différences de taille avec ce que le Rassemblement national a connu depuis 2012, ses élus étant non-inscrits et donc totalement isolés malgré leur vigueur et leur verve.

Modifié pour les communistes

Depuis 2009, il faut en effet 15 élus minimum pour composer un groupe. Le chiffre était de 20 auparavant – et même de 30 avant 1988 – mais la règle fut modifiée pour permettre l’existence d’un groupe communiste.

Pour Ramu de Bellescize, l’un des avantages du scrutin proportionnel est « une meilleure représentation de la diversité de l’électorat » mais il note un inconvénient de taille : « Si aucune majorité ne se dégage, il y aura des coalitions On ne les connaît pas à l’avance. Cela fait perdre une partie de son sens au vote. » Plus fort encore, la proportionnelle signifierait que le pouvoir n’aurait pas de majorité absolue et devrait donc convaincre pour faire passer une loi. Dans ces conditions, « le Parlement redevient un véritable contre-pouvoir et non plus une chambre d’enregistrement ».

En faisant de la politique-fiction et en appliquant la proportionnelle aux résultats du 1er tour des élections législatives de dimanche dernier, on s’aperçoit que l’Union populaire de Jean-Luc Mélenchon aurait 148 sièges, soit un seul de moins qu’Ensemble qui réunit le parti présidentiel et ses alliés. Avec 108 élus, le Rassemblement national pourrait tout simplement être le parti le mieux représenté de France, les alliances précédemment citées présentant des profils variés et parfois désaccordés. Reconquête aurait une place non négligeable avec 25 députés.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : ils désavantagent le gouvernement et, à moins qu’un parti profondément attaché à la proportionnelle n’accède au pouvoir et change le système, il paraît donc plus qu’improbable que la situation évolue, d’autant qu’Emmanuel Macron a déjà – à maintes reprises – démontré son mépris pour l’opposition.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 16 juin 2022

« Jupiter » nous refait le coup du « sursaut républicain »

Macron

S’il est une chose que l’on ne peut contester à Emmanuel Macron, c’est bien son goût prononcé pour la mise en scène et pour la dramatisation : en effet, alors qu’il avait jusque-là laissé à ses « lieutenants » la charge de gérer les suites du revers électoral essuyé par la majorité dimanche soir, le président tout juste réélu et déjà en difficulté n’a pu s’empêcher de nous gratifier mardi d’une allocution surprise au cours de laquelle il a, comme à chaque fois qu’il se sent menacé par l’opposition, appelé les Français à un « sursaut républicain » et à lui donner une « solide majorité » au nom de… « l’intérêt supérieur de la nation » !

Tout juste réélu et déjà en difficulté

Intervenant directement sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, juste avant d’embarquer pour une visite de trois jours en Roumanie et en Moldavie, celui qui pendant cinq ans s’est assis sur les libertés des Français comme jamais aucun de ses prédécesseurs de la Ve n’avait osé le faire avant lui n’a ainsi pas hésité à expliquer, en faisant allusion sans les citer à la probable entrée massive dimanche prochain de députés de la NUPES et du RN à l’Assemblée, que « face aux crises qui ne manqueront pas de survenir, rien ne serait pire que de nous perdre dans l’immobilisme, le blocage ou les postures » et « d’ajouter un désordre français au désordre mondial ». Et Macron, après avoir invoqué « l’intérêt supérieur de la nation », d’ajouter alors sur un ton des plus alarmistes : « Il nous faut défendre nos institutions face à tous ceux qui les contestent et les fragilisent » ; aussi, « dimanche, aucune voix ne doit manquer à la République ».

« Nous sommes les seuls à défendre la République »

Bref, une déclaration qui, au-delà de son caractère ridicule, traduit non seulement l’étrange idée que se fait Macron du jeu démocratique et de la souveraineté populaire, mais aussi une certaine panique du chef de l’Etat à l’approche du second tour des législatives. La chose n’a d’ailleurs pas échappé aux représentants de l’opposition, qui n’ont pas tardé à lui répondre, souvent avec ironie. Comme Jordan Bardella (RN) qui, modifiant ses paroles, a déclaré que « si aucune voix ne doit manquer à la République, alors il faut voter Rassemblement national », car « nous sommes les seuls à défendre la République dans cette élection ». Ou encore Valérie Boyer (LR) qui, constatant que le président nous refaisait « le coup du “c’est moi ou le chaos” », a rappelé très justement que « cela le dérangeait moins lorsqu’il comptait sur les voix de LFI pour la présidentielle ». Quant à Mélenchon, qui a qualifié l’intervention du chef de l’Etat de « sketch à la Trump », en faisant référence aux fréquentes prises de parole de l’ancien président américain devant son avion Air Force One, il a écrit sur son blog : « Macron coule. Dans les urnes, à part chez les plus de soixante ans. Dans les sondages et dans l’autorité sur les siens, le drapeau est en berne… »

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 15 juin 2022

Société de surveillance : Nouvelle alerte au flicage

sociéte surveillance

Chaque jour, sous couvert d’améliorer notre « sécurité », nous gravissons allègrement, et sans réelle contestation, de nouveaux paliers dans l’encadrement de nos existences par un réseau de dispositifs de surveillance et de contrôle au maillage de plus en plus dense et serré. Mais ne vous inquiétez pas, c’est pour notre bien !

Ainsi, on apprend aujourd’hui la mise en place, d’ici à la fin du mois, d’un dispositif appelé « FR-Alert » qui sera déployé sur l’ensemble du territoire français et est censé permettre aux autorités d’avertir d’un danger imminent en envoyant en quelques secondes des notifications sur tous les téléphones situés dans la zone concernée. Une catastrophe naturelle, un attentat, un accident industriel… vous serez donc bientôt au courant de tout, en temps réel, afin de pouvoir réagir et vous adapter à la situation même si, face à un ouragan ou un terroriste armé, ces messages d’alerte vous feront certainement une bien belle jambe.

Fonctionnant grâce à une technologie dite « de diffusion cellulaire » (cell broadcast), ce système enverra en quelques secondes une notification écrite accompagnée d’une sonnerie stridente vers tous les téléphones portables présents dans la zone concernée par le danger. Un peu comme ces messages que vous recevez peut-être déjà de votre mutuelle ou de votre assurance et qui vous invitent à vous mettre à l’abri quand il pleut ou à vous hydrater en cas de canicule. Au-delà de l’aspect infantilisant de ce maternage institutionnel, la nouvelle application FR-Alert est particulièrement inquiétante puisqu’elle induit une géolocalisation permanente de tous les possesseurs de téléphone. En effet, pour pouvoir vous prévenir à tout instant d’un quelconque danger, l’Etat doit tout le temps savoir où vous êtes. Vous serez donc continuellement « tracé » comme dans tout bon film de science-fiction dénonçant les dérives d’un système totalitaire. Sauf que, cette fois, c’est bel et bien la réalité. « Peu importe, si on n’a rien à se reprocher ! », rétorqueront peut-être les naïfs, oubliant que, d’une part, c’est justement parce qu’on n’a rien à se reprocher qu’il est intolérable de vivre comme un prisonnier de droit commun surveillé nuit et jour, et que, d’autre part, dans un pays où l’Etat est de plus en plus ouvertement l’ennemi de son peuple, on peut très vite et très facilement se retrouver dans une situation qui lui déplaise et qu’il viendra justement nous « reprocher ». « N’étiez-vous pas, monsieur Durand, tel jour à telle heure sur les Champs-Elysées, alors que s’y déroulait une manifestation des Gilets jaunes ? C’est très mal ça, monsieur Durand, vous êtes un factieux… Comprenez que, dans de telles conditions, nous nous voyons contraints d’engager un petit contrôle fiscal ainsi qu’une enquête sociale sur la façon dont vous élevez vos enfants… »

Cette accentuation du contrôle généralisé est d’autant plus inacceptable que son efficacité en matière de sécurité est nulle ou quasi nulle. Jamais la délinquance et la violence n’ont été plus omniprésentes malgré la multiplication des systèmes de vidéosurveillance et autres technologies de fichage et de flicage. Cela n’a rien d’étonnant car ce n’est en aucun cas avec des gadgets techniques que l’on peut éradiquer un phénomène social tel que la criminalité, mais bien par une volonté et des actes politiques forts et courageux, en mettant fin notamment à la culture de l’excuse et au laxisme judiciaire. Et pas en conduisant peu à peu les Français à vivre dans une sorte de gigantesque espace concentrationnaire digne du modèle chinois.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 14 juin 2022

Législatives : c’est ballot ! – Pour le second tour : ni Macron ni Mélenchon !, par Francis Bergeron

macron melenchon

Le second tour des législatives s’annonce riche en ballottages. La survie de la macronie impose à celle-ci de ne pas lancer un front républicain qui mettrait la Nupes en tête, et donc de laisser gagner çà et là les candidats RN… Une position mal commode que le camp national a tout intérêt à exploiter.

Les urnes ont parlé, mais elles ont parlé très bas, avec seulement 47,5 % de votants. Un record historique de désintérêt pour des législatives. A l’issue de ce premier tour, il y a un vainqueur : Mélenchon, qui fait miroiter une victoire de la NUPES le 19 juin. Il y a surtout un perdant : Macron. Le recul du camp présidentiel va bien au-delà de ses prévisions les plus pessimistes et lui laisse craindre une chambre majoritairement hostile.

Samedi 10, à Paris, de la place Blanche à la place de la République, 8 000 personnes, représentant plus de cent organisations, avaient défilé « contre le racisme et l’extrême droite », répondant à l’appel des groupuscules d’extrême gauche antifas et black blocs. Il s’agissait d’une ultime opération d’intimidation pour décourager les Français de voter pour les candidats patriotes. « Pas d’élus pour les fascistes », scandaient les participants de cette « marche des libertés » (sic).

Mélenchon s’y était fait entartrer par un jeune homme, apparemment nationaliste, ce qui a donné l’occasion au grand timonier de LFI de se présenter comme une victime, évoquant un acte « lâche », qui « aurait pu être pire ». A quoi pensait-il ? A un égorgement à la façon de ses amis islamo-progressistes ?

Mais les incantations de dernière heure des adeptes des lendemains qui chantent ne semblent pas avoir eu d’impact sur les électeurs : le RN a recueilli environ 19 % des suffrages, et Reconquête (les partisans de Zemmour), 4 %. Dans une forme de scrutin qui a toujours été très défavorable aux candidats nationalistes, le RN et Reconquête ne s’en sortent pas trop mal, en matière de pourcentage des voix recueillies. Nous retrouvons une France partagée entre trois courants : la gauche, le marais macronien, et la droite. LR confirme son effacement progressif, même si les projections en sièges laissent entendre que ce parti pourrait en obtenir davantage que le RN.

Un « front républicain » impossible à mettre en place

Quant à Eric Zemmour, qui avait fortement animé la campagne présidentielle, le voici marginalisé, comme le furent avant lui Mégret et Philippot. 4 % des voix pour Reconquête, c’est trois points de moins que son score à la présidentielle, Cet échec est d’autant plus cruel que Zemmour était entré en politique sur l’argument qu’il était mieux placé que Marine Le Pen pour faire échec à Macron.

Certes les résultats du RN au premier tour ne laissent pas espérer une forte représentation parlementaire pour ce parti – on parle de 15 à 30 députés. Mais le risque de rééditer la contre-performance de 2017 (huit élus en tout et pour tout) s’éloigne, et la probabilité de pouvoir constituer un groupe parlementaire est désormais quasi certaine.

D’autant que le duel qui se met en place dans la plupart des circonscriptions va opposer un candidat NUPES à un candidat macroniste. Dans ces circonscriptions-là, le RN est généralement arrivé en troisième position. Il devient donc l’arbitre du scrutin. Ni Mélenchon ni Macron ne peuvent se permettre de constituer, à la différence de 2017, un « front républicain » contre les candidats patriotes. Mélenchon compte sur un électorat RN sensible aux questions de pouvoir d’achat et de retraite. Les macronistes vont devoir convaincre ces mêmes électeurs que la NUPES accentuera l’insécurité et le communautarisme. Chaque camp développera son discours en prenant garde de ne pas indisposer les électeurs RN à leur égard. La manœuvre est délicate.

Dans le cas d’une confrontation de second tour du RN contre la NUPES ou du RN contre des macronistes, la situation ne sera pas plus confortable car les écarts en voix comme en espérance de sièges sont si faibles entre la NUPES et les macronistes que les uns comme les autres ont un intérêt évident à envoyer à la Chambre un député RN de plus plutôt qu’un élu susceptible de donner un avantage déterminant au camp d’en face. On l’a bien senti en écoutant Castaner tenter laborieusement de ne pas répondre aux questions des journalistes de BFM sur la mise en place de l’habituel « front républicain contre l’extrême droite ».

53,96 % pour Marine Le Pen

Dimanche prochain, pas une voix ne devra manquer aux candidats du RN ni aux quelques autres candidats de la droite nationale présents au second tour. Rien n’est joué, il est donc important de voter, là où sont présents des patriotes au second tour.

Nous détaillerons cette semaine nos espérances d’élection de députés, mais notons d’emblée l’excellent score de Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais : 53,96 %. Elle manque sa réélection dès le premier tour en raison du taux d’abstention. Dans ce département, les scores des candidats RN allaient de 27 à 47 % des voix. Dans d’autres régions, les scores du RN laissent également espérer des sièges.

« Et Caroline Parmentier ? », nous ont demandé certains lecteurs dès 18 heures. Dans la 9e circonscription du Pas-de-Calais, elle a obtenu 30,79 % des voix, ce qui peut lui laisser espérer une élection au second tour. Notons que Caroline, qui assistait au dépouillement dans la petite ville de Chocques, située dans sa circonscription, y a recueilli 43,75 %, au grand dam du maire socialiste : il était présent, et a demandé à ses administrés de la siffler à l’énoncé des résultats. Quelle élégance !

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 13 juin 2022

Les deux visages de l’immigration – Crimes et victimisation

immigration delinquance

Jeudi matin, on apprenait, presque par accident, au milieu de l’habituel tsunami quotidien d’agressions et de meurtres commis par des criminels ethniques, qu’une septuagénaire de Mulhouse avait été égorgée dans sa résidence sécurisée pour personnes âgées par trois SDF algériens clandestins déjà connus de la police et de la justice pour des vols avec violences, mais laissés libres de se livrer à des actes de barbarie. Une affaire – une de plus… – hautement emblématique du terrible drame que vit aujourd’hui notre pays, mais dont les grands médias de la Macronie, suivant leur abjecte habitude, ont bien sûr tenté de passer sous silence, préférant, en bons collabos de l’immigration-invasion et de l’islamisation, relayer les pleurnicheries du Conseil des mosquées du Rhône se disant abusivement « victime » d’un prétendu « apartheid bancaire ».

Parfaitement au fait du laxisme judiciaire français

Découvrant lundi le cadavre martyrisé de la pauvre femme, les policiers ont très vite fait le lien avec l’interpellation le jour même, lors d’une tentative de vol avec effraction, d’un SDF algérien de 35 ans qui portait sur lui les papiers de la victime. Puis, avec deux autres clandestins, également algériens, contrôlés la veille en compagnie du premier suspect, qui étaient quant à eux en possession d’une carte senior des transports mulhousiens. Rapidement interpellés et placés en garde à vue, les deux individus, parfaitement au fait de l’incroyable laxisme judiciaire français, se sont bien sûr présentés comme des « mineurs isolés ». Mais les recherches de la PJ les ont très vite rattachés à des identités de majeurs. Tous trois apparaissaient d’ailleurs déjà dans plusieurs procédures de vols avec violences et de port d’arme à Mulhouse ainsi qu’à Paris.

Le gouvernement cède encore à la pression islamiste

Reste que, malgré les innombrables crimes et délits commis par nombre de leurs membres, ces fameuses « communautés » aujourd’hui défendues par l’islamo-gauchiste Mélenchon n’hésitent à se poser systématiquement en « victimes » de la France et des Français. Comme l’a encore fait, par exemple, le Conseil des mosquées du Rhône, en dénonçant en début de semaine le prétendu « apartheid bancaire » dont feraient l’objet les musulmans dans notre pays. A en croire Kamel Kabtane, président du CMR, « des dizaines de mosquées en pleine construction » auraient ainsi « subi la fermeture de leurs comptes bancaires […] sans justification aucune ». Une version contredite par le ministère des Finances, qui a indiqué que ces mesures avaient été prises « à l’initiative des banques dans le cadre de leur vigilance en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme ». Des mesures, donc, amplement justifiées ! Et pourtant : cédant une fois de plus à l’incessante pression islamiste, le gouvernement s’est empressé d’annoncer, non seulement qu’un « dialogue » sera établi entre le ministère de l’Intérieur, celui des Finances et les parties prenantes pour « appeler les banques à trouver des solutions amiables avec les associations concernées », mais, pire encore, que « le ministère de l’Intérieur soutient Kamel Kabtane dans sa démarche » !

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 10 juin 2022

La Macronie peut-elle vaciller ?

mélenchon

Confortée par la confortable réélection (grâce notamment aux castors de la gauche « barragiste » et aux épiciers de la droite bourgeoise) de son champion, la Macronie avait retrouvé toute la morgue condescendante qui a caractérisé ses cinq premières années de règne. Elle assumait crânement les mensonges éhontés de son ministre de l’Intérieur quant aux razzias du Stade de France et applaudissait à tout rompre Elisabeth Borne invitant une handicapée à aller bosser plutôt que se plaindre. Par là, les petits minets de la start-up nation et les vieilles haridelles libérales ont peut-être péché par excès de confiance et plusieurs éléments semblent commencer à assombrir le ciel jupitérien dans l’optique des élections législatives dont le premier tour se déroule ce dimanche 12 juin. Pour divers observateurs, la large majorité prévue pourrait ne pas être au rendez-vous et l’ombre mélenchoniste se fait de plus en plus inquiétante. En effet, les candidats de l’alliance des gauches ont réalisé une indéniable percée lors du vote des Français de l’étranger et, même si la sociologie de cet électorat est trop particulière pour en tirer des conclusions générales, cela constitue néanmoins un indice qu’il serait inconséquent de négliger.

Par ailleurs, la surexposition médiatique du chef des « insoumis » l’a incontestablement installé dans le rôle de « premier opposant » (bien qu’il ne soit arrivé que troisième de l’élection présidentielle) à Emmanuel Macron et comme possible Premier ministre, créant ainsi une véritable dynamique « à la gauche de la gauche » que l’on peine à discerner ailleurs et notamment dans le camp national qui paraît, hélas, être sorti de l’équation. D’après les sondages (dont il faut certes toujours se méfier, qu’ils soient bons ou mauvais…), le RN semble marquer le pas tandis que Reconquête ne parvient pas à décoller. Dans ce contexte, on pourrait aboutir à la situation ubuesque d’un courant politique qui a rassemblé plus de 40 % des voix au second tour du scrutin présidentiel et qui ne soit finalement représenté à l’Assemblée nationale que par une dérisoire poignée d’élus. Ce n’est pas beau, juste et bon, quand même, la démocratie ?

Aux électeurs patriotes de se mobiliser pour faire échec à ce sombre scénario, bien sûr, mais, quoi qu’il en soit, c’est aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon qui apparaît comme la menace la plus immédiate et la plus pressante pour la Macronie. A tel point qu’Oliver Véran a cru bon de monter au créneau contre ce dernier. L’ancien ministre de la Santé s’est en effet montré très critique du programme de La France insoumise et, jouant sur la peur comme il l’a toujours cyniquement fait, a promis « une crise institutionnelle qui rendrait le pays ingouvernable » si le parti présidentiel n’obtenait pas de majorité. Le désormais ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la vie démocratique a également insisté sur le caractère « extrémiste » de Jean-Luc Mélenchon qui ne se serait nullement « recentré avec la NUPES ». Gageons toutefois que tous ces braves gens, une fois passée la comédie de la campagne électorale, sauront toujours se retrouver d’accord sur au moins un point, un objectif : faire disparaître les dernières traces de la France traditionnelle que nous aimons.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 9 juin 2022

Meurtre d’Alban Gervaise : un silence de mort

Alban Gervaise

Pendant que la classe politique se déchire sur l’armement des policiers, Alban Gervaise, un médecin militaire, a été porté en terre par ses proches, poignardé à mort par un islamiste devant ses enfants à la sortie de l’école à Marseille. Dans l’indifférence générale d’une opinion lasse et de médias lâches.

Le Docteur Alban Gervaise a été inhumé mardi 7 juin dans la plus stricte intimité. Le médecin militaire de 41 ans avait été attaqué et égorgé par un fanatique islamiste le 26 mai à Marseille devant deux de ses trois enfants (âgés de 3 et 7 ans).

Face à ce crime odieux, pas d’hommage national, pas de réaction courroucée et scandalisée de Jean-Luc Mélenchon, pas de une de Libé, pas de pétition d’artistes engagés, pas de série Netflix en préparation de tournage… Rien, ou presque, rien qu’un silence embarrassé et légèrement honteux. Face à la barbarie qui s’impose chaque jour un peu plus dans le quotidien, face à l’ensauvagement de la société, les prétendues « élites » détournent la tête ou regardent le bout de leurs chaussures, conscientes de leur lourde responsabilité dans la situation actuelle. Leur seule préoccupation, au final, est qu’il n’y ait pas de « récupération politique » et surtout « pas d’amalgame ». Car le vrai danger, la véritable menace, ce ne sont pas les fous d’Allah qui errent dans nos rues, agressent, poignardent et égorgent, non, c’est cette ignoble « extrême-droite » qui, depuis maintenant des décennies, dénonce les causes et les origines de ces tragédies et demande qu’on agisse enfin pour les prévenir, pour les éviter. Il ne faut surtout pas faire le jeu de ces gens là ! C’est pourquoi toutes les victimes ne se valent pas et qu’on préfère en escamoter certaines. Alban Gervaise est de celles-là.

Trop français, trop blanc, trop militaire, trop bourgeois pour être un bon martyr citoyen et républicain. Alors, il restera cantonné à un malheureux « fait divers » alors qu’il est tout au contraire le symbole paroxystique d’un phénomène de société qui va bien au-delà du délitement absolu de la sécurité publique : la banalisation des crimes sauvages et gratuits dans notre quotidien et leur euphémisation systématique par les médias et les pouvoirs publics dès lors que les coupables sont des islamistes (immédiatement qualifiés de « déséquilibrés », comme si tous les assassins et autres terroristes ne l’étaient pas…) ou des individus issus de l’immigration auxquels on va s’empresser de trouver toutes les excuses sociales et sociétales possibles, même les plus abjectement grotesques. Cette situation nourrit légitimement un sentiment croissant d’angoisse et d’abandon au sein d’une population autochtone laissée d’autant plus dépourvue face aux hordes barbares qu’on lui dénie le droit à l’autodéfense et qu’on la désarme chaque jour davantage. Une nouvelle fois, les clercs ont trahi et cette forfaiture devrait naturellement conduire à une révolte massive, s’exprimant d’abord dans les urnes, si le verrou forgé par le bourrage de crâne médiatique permanent n’était pas si solide. Il est cependant sans doute encore possible de le faire sauter, mais le temps est désormais compté. Pour que le martyr d’Alban Gervaise, et de tous les autres, ne soit ni vain ni oublié.

Xavier Eman

Article paru dans Présent daté du 8 juin 2022

Société de surveillance : toujours plus loin !

société surveillance

Oubliez votre liberté ! Après le passe sanitaire – qui, soit dit en passant, n’est pour l’heure que suspendu –, plusieurs projets pourraient bien mettre à nouveau à mal l’intimité des Européens. Les arguments donnés par les oppresseurs rendront difficile toute contestation.

« Big Brother is watching you » ! Dans son roman 1984, publié en 1949, George Orwell nous donnait un avertissement : un jour, notre « sécurité » pourrait bien être un prétexte pour les mesures les plus liberticides. En 2021, l’application du « passe sanitaire » était une nouvelle étape de contrôle de la population dans les pays occidentaux. La Chine, elle, avait mis en place depuis plusieurs années déjà un « crédit social » extrêmement intrusif, comprenant notamment un système de reconnaissance faciale.

C’est justement cette méthode de vidéosurveillance ultra-moderne (et ultra-oppressante !) qu’a proposée le maire de Nice, Christian Estrosi, le 31 mai dernier. Une information inquiétante quand on sait que l’ancien cadre de l’UMP est désormais très proche d’Emmanuel Macron.

Puisqu’il faut toujours un prétexte, Christian Estrosi utilise cette fois-ci les incidents survenus au Stade de France lors de la finale de la Ligue des Champions. Il s’attaque par ailleurs à la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), organisme qui tente tant bien que mal d’assurer un minimum de liberté aux Français.

« Je souhaiterais qu’enfin on mette un coup d’arrêt à ce que nous interdit la CNIL, cette espèce d’institution poussiéreuse qui interdit d’utiliser la reconnaissance faciale. […] Il est difficile pour les forces de police d’interpeller, au risque d’avoir des blessés, voire des morts, 1 000 ou 2 000 personnes. Mais par contre, s’ils sont identifiés par de la reconnaissance faciale, s’ils sont interdits de stade et si on peut aller les cueillir au petit matin chez eux pour les mettre en garde à vue, l’intelligence artificielle jouera pleinement son rôle. »

Le Français moyen, en plus de se faire agresser par des délinquants qui bénéficient du laxisme de la justice, pourrait donc bien être suivi à la trace en permanence ou presque. Comme avec le passe sanitaire, nul doute que les esclaves mentaux diront que « les innocents n’ont rien à cacher ». Les amoureux de la liberté seront eux considérés comme suspects.

La Commission européenne, elle, est sur le point de s’en prendre aux systèmes de messagerie privée. Comme le révèlent nos confrères de l’OJIM (Observatoire du journalisme), l’instance continentale a publié un projet de loi qui obligerait les fournisseurs de services de communication comme Telegram et WhatsApp à vérifier automatiquement les messages de leurs utilisateurs avant qu’ils ne soient envoyés.

Une fois de plus, une noble cause justifie la mesure : la lutte contre la pédopornographie. Bien sûr, la quasi-totalité des utilisateurs, à mille lieues d’avoir de telles pratiques, seront scrutés. Qui s’opposera au projet sera immédiatement pointé du doigt.

Plusieurs organisations de défense des droits civiques ont cependant signalé les risques de cette surveillance qui serait gérée par une intelligence artificielle. Elles notent aussi que les criminels sexuels agissent essentiellement sur d’autres plates-formes, notamment sur le dark web. Ou via des réseaux politiques élitistes, comme celui de Jeffrey Epstein, bien sûr.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 7 juin 2022

Le Conseil de l’Europe veut davantage de « transparence » – Omniprésence des lobbies dans les instances européennes

lobbies europe

Ce n’est un secret pour personne : au cours de ces dernières décennies, et malgré les dénégations répétées de nos gouvernants, les lobbies de toutes sortes et de toutes origines n’ont cessé d’accroître leur emprise sur les différentes instances européennes, au point de faire peser directement leur influence sur l’adoption ou non de certains textes de loi communautaires. Une situation inquiétante qui ne date pas d’aujourd’hui, mais dont le Conseil de l’Europe, qui a exhorté jeudi les Etats membres à plus de « transparence » et de « responsabilité » en matière de « lobbying », vient semble-t-il de prendre subitement conscience.

Les timides recommandations du GRECO

En effet, reprenant à son compte les conclusions d’un rapport publié récemment par le Groupe d’Etats contre la corruption (GRECO), qui préconise notamment la création de « registres des lobbyistes […] indiquant le caractère formel ou informel des contacts, l’identité des personnes rencontrées et les sujets abordés », le Conseil de l’Europe a rappelé jeudi aux dirigeants des 27 Etats membres que, si le « lobbying » est certes une pratique « légitime », elle doit cependant être encadrée par des « règles détaillées pour prévenir les risques de corruption ». Aussi, suivant les recommandations du GRECO, le Conseil a-t-il appelé « les gouvernements européens à accroître la transparence et la responsabilité » sur cette pratique, ceci afin de permettre aux citoyens de savoir quels sont les « acteurs qui cherchent à influencer les décisions politiques ».

Géants du numérique et Emiratis

Des acteurs qui, en réalité, sont pour beaucoup d’entre eux déjà parfaitement identifiés. On rappellera ainsi que, dans un rapport qu’ils ont publié conjointement le 31 août dernier, le Corporate Europe Observatory et le LobbyControl pointaient notamment du doigt la surreprésentation des lobbyistes des géants du numérique tels que Google, Facebook, Microsoft, Apple ou encore Huawei dans les discussions ayant trait à l’élaboration de la loi sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) et de celle sur les marchés numériques (Digital Markets Act, DMA), deux propositions-clefs de l’UE visant à réglementer l’économie numérique. Mais les lobbyistes de la « Big Tech » sont évidemment loin d’être les seuls à hanter les couloirs des instances européennes : comme le souligne un rapport de l’association « Droit au Droit » récemment présenté au Parlement européen, l’ampleur et l’intensité sans cesse croissantes du lobbying mis en œuvre par les Emirats arabes unis auprès l’Union européenne ont pris aujourd’hui des proportions pour le moins inquiétantes. Selon ce document, en effet, en associant diplomatie traditionnelle et création d’un réseau étendu de cercles de pression, les Emiratis auraient ainsi réussi non seulement à persuader les responsables de l’UE que les Emirats arabes unis sont un pays fréquentable en matière de respect des droits de l’Homme, mais aussi à obtenir de ceux-ci un certain nombre d’avantages, comme cet accord d’exemption de visas de courte durée conclu le 6 mai 2015 : une dérogation dont les Emirats arabes unis sont le seul pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord à bénéficier aujourd’hui !

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 3 juin 2022