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Macron : cette haine qui ne ressemble pas du tout à l’amour

Au Puy-en-Velay, le chef de l’Etat s’était déplacé en toute discrétion. Pourtant, comme l’a souligné Caroline Parmentier, nous avons assisté à une scène ahurissante, dès l’annonce de son arrivée le bouche à oreille a fonctionné, des petits groupes se sont formés pour repérer la voiture officielle dans le cortège qui montait la rue principale. On a alors été témoin d’un déferlement de haine, une haine viscérale : « On va l’attraper, ce fils de p… » On a vu des gens « se mettre sur la route pour gêner son passage, d’autres ont même essayé de taper sur la voiture ».

A Amiens, lors des dernières manifestations des Gilets jaunes, le neveu de Brigitte Macron, Jean-Alexandre Trogneux, propriétaire de la chocolaterie Jean-Trogneux, a été insulté puis certains ont menacé de brûler son magasin.

En province, plusieurs permanences des députés de LREM ont été taguées et des députés ouvertement menacés.

Pourquoi une telle aversion envers notre Président et ses affidés ? Pourquoi une attitude similaire à ces fins de règne de 1789 en France et de 1917 en Russie ?

Difficile de croire que ce soit seulement les mesures antisociales et les revendications du pouvoir d’achat qui en sont la cause. Derrière le niveau de vie un autre aspect, un aspect qui touche au psychisme et à l’inconscient des foules, est à examiner. Cette haine à l’égard du chef de l’Etat qui enfle de jour en jour n’est qu’un mépris envers un souverain incapable de jouer son rôle de protecteur des faibles et de défenseur de la nation. Macron est rapidement devenu par certaines paroles, par ses amitiés et ses actions, le défenseur des riches, du mondialisme et des coquins.

Souvenons-nous de ces phrases chocs : « Les Gaulois réfractaires au changement », « les Français qui détestent les réformes », « ne rien céder ni aux fainéants, ni aux cyniques » « les illettrées », « les gens qui ne sont rien », « le pognon de dingue que la France dépense pour les minima sociaux », « Je traverse la rue, je vous trouve du travail », « Le bus pourra bénéficier aux pauvres », « La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. » Ces phrases font penser à la formule attribuée faussement à Marie Antoinette : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche… »

Benalla et autres racailles

Autre point dommageable, l’amitié qu’il a portée à un véritable voyou : Benalla. Les révélations qui, pendant un mois, ont défrayé la chronique nous ont donné de « Jupiter » une piètre image. Comment un président pouvait-il frayer avec un tel individu, petite frappe qui ne pensait qu’à abuser du pouvoir que l’Elysée lui octroyait ? Là aussi, on peut se référer à l’histoire de la Russie et à Raspoutine avec les complaisances à son égard, notamment de la tsarine.

Puis ce furent ces vidéos à l’Elysée, pendant la fête de la musique, avec des invités homosexuels se tortillant, joue contre joue, avec Emmanuel et Brigitte et un DJ électro arborant un t-shirt « Fils d’immigrés, noir et pédé ».

Des images qui n’étaient pas représentatives de la « France d’en bas ». De même, les moments de tripotage lors de son voyage à Saint-Martin où « Jupiter » enserrait deux jeunes gens torse nu faisant un doigt d’honneur à la caméra ont affecté terriblement l’image présidentielle. Chacune de ces scènes creusait un peu plus l’écart entre une France laborieuse et la fonction de chef de l’Etat. Pour cette France populaire, aucun doute, Jupiter affichait ses préférences pour une population qui n’était pas la leur.

Enfin les dépenses : piscine du fort de Brégançon : 34 000 euros, vaisselle de la manufacture de Sèvres pour, d’après Le Canard enchaîné, la coquette somme de 500 000 euros, réfections de l’Elysée avec un coût de 500 000 euros, salaires du personnel affecté à Brigitte à près de 300 000 euros. Là aussi, cette dernière prodigalité de Mme Macron offre un début de similitude avec l’affaire du collier de la Reine qui éclaboussa la réputation de Marie-Antoinette.

Lorsque l’on met bout à bout tous ces éléments, on comprend mieux les raisons révélatrices d’une grande défiance des Français à l’égard de Macron. Ces données ont entraîné le déchaînement de la parole sur les réseaux sociaux, amplifiant la détestation et la transformant en haine.

Facile alors de comprendre pourquoi le problème mute et devient aujourd’hui la personne même du locataire de l’Elysée.

Guillaume Bernadac

Article paru dans Présent daté du 10 décembre 2018

Le samedi de toutes les colères,par Par Caroline Parmentier

Samedi, les Gilets jaunes se mobilisent pour la quatrième semaine consécutive. Avec un effet de contagion. On assiste désormais à la montée en puissance de tous les mécontentements, à l’addition des révoltes. Plusieurs professions appellent leurs troupes à venir grossir les manifestations de ce week-end.

SUD Rail appelle à se joindre aux « mobilisations à venir, notamment celle du samedi 8 décembre ». Le syndicat demande aussi aux cheminots de laisser les Gilets jaunes voyager gratuitement en train. La CGT et FO appellent les routiers à faire grève à partir de 22 heures dimanche soir, pour une durée indéterminée. Manifestations et blocages au menu.

Les agriculteurs préparent une mobilisation contre le matraquage fiscal et pour obliger le gouvernement à tenir ses promesses sur la loi alimentation. Ils annoncent qu’ils cibleront les symboles de l’Etat, comme les préfectures. Les lycéens et les étudiants entendent bien profiter de la vague jaune pour réclamer l’abandon des réformes du lycée, du bac, de la voie professionnelle.

Beaucoup plus inédit, un syndicat de police appelle une partie des agents à se mettre en grève le même jour. « Notre hiérarchie va encore nous envoyer prendre les coups à sa place et à la place du gouvernement », déclare le syndicat Vigi dans un communiqué. « Ses responsables ont choisi de s’allier au mouvement des Gilets jaunes pour l’acte 4. » « Les policiers, explique le secrétaire général Alexandre Langlois, partagent les revendications des manifestants concernant le pouvoir d’achat. » Le préavis déposé concerne « les personnels administratifs, techniques, scientifiques et ouvriers d’Etat ou cuisiniers du ministère de l’Intérieur ». Les pompiers du SDIS (services départementaux d’incendie et de secours) appellent à « soutenir la grogne populaire et à l’amplifier, à rejoindre les mouvements locaux des Gilets jaunes ».

Le sentiment de mépris est tenace au vu des appels à manifester qui circulent sur les réseaux sociaux. Sur Facebook d’où tout est parti, un groupe nommé « Acte IV, on maintient le cap » appelle à manifester samedi prochain à Paris et rassemble plus de 5 400 participants et 20 000 personnes déclarées comme intéressées par l’appel. Une page « Gilets Jaunes ACTE IV Dissolution de L’Assemblée Nationale » rassemble 4 800 internautes et 33 000 personnes intéressées. L’une des figures des Gilets Jaunes, Eric Drouet, a lui aussi renouvelé son appel à la mobilisation.

Le gouvernement se prépare à faire face à un samedi noir. Outre l’appel de Christophe Castaner qui « invite les gilets jaunes raisonnables » à ne pas se rassembler à Paris samedi prochain, les forces de l’ordre seront bien plus nombreuses dans la capitale et le reste du territoire. France Télévisions qui devait installer son Téléthon place de la Concorde à Paris, a rapatrié ses plateaux en studio par crainte des débordements, la SPA annule son Noël des animaux, tandis que les préfectures de police de Paris et de Haute-Garonne ont demandé le report des matchs de foot TFC-OL au Stadium et PSG-Montpellier, au Parc des Princes.

Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 6 décembre 2018

Réforme de la loi de 1905 : la fausse bonne idée de Macron, par Francis Bergeron

Ce pourrait être une bonne idée : cela fait très longtemps que les catholiques demandent une réforme – voire idéalement la suppression – de la loi de 1905. Elle avait été mise ne place pour priver l’Eglise de son influence. Mais telle que prévue, cette réforme permettrait surtout à l’islam de diversifier ses sources de financement, de cultiver son communautarisme, d’accroître encore son implantation.

La loi de 1905 est tout entière bâtie sur la logique de ses deux premiers articles : un article 1er qui garantit « la liberté de conscience » et « le libre exercice des cultes », avec quelques restrictions « dans l’intérêt de l’ordre public », et un article 2 qui évoque la neutralité de l’Etat et met un terme à tout financement du culte par l’Etat, c’est-à-dire par l’impôt.

A l’époque, ce dispositif, destiné à séparer, après une union de 1 500 ans (depuis le baptême de Clovis) l’Eglise et l’Etat, était présenté comme un compromis entre l’Eglise et les anticléricaux. La loi préservait la liberté de culte, mais, en supprimant toute aide publique, elle faisait des catholiques, des citoyens de seconde zone, obligés par exemple de financer les écoles publiques, et contraints en même temps de payer pour les écoles catholiques, s’ils voulaient une éducation catholique pour leurs enfants. La loi Debré de 1959 a assoupli ce principe, du moins pour l’école. Moyennant quoi cette loi de 1905 a régi cahin-caha les rapports entre l’Eglise et l’Etat jusqu’à ce jour.

Qu’est-ce qui change aujourd’hui ? L’islam. Les musulmans constituent désormais la seconde religion de France, bien avant les protestants et les juifs (deux des quatre Etats confédérés désignés par Charles Maurras). Et ils revendiquent à la fois un financement par l’Etat, et la possibilité d’obéir aux règles de leur religion, d’où les débats sur le voile, le porc, la nourriture hallal, le ramadan, la mixité dans les piscines, à l’école etc.

Mais l’islam est une religion sans structure organisée. Et l’Etat, pour des raisons d’ordre public, cherche des interlocuteurs, et veut donc structurer cette religion – ou dit plus diplomatiquement – « accompagner la restructuration de l’islam ».

Réunification de l’Etat et de la religion…musulmane

Sauf à considérer que cet accompagnement serait une ruse pour éradiquer l’islam (la complaisance des pouvoirs publics à l’égard de cette religion exclut une telle hypothèse), nous nous dirigeons donc bien vers une réunification de la religion et de l’Etat. Mais en l’occurrence, la religion ne serait pas la religion catholique…

Pour prévenir et surtout contenir les poussées islamistes, financées de l’étranger, des associations pourraient bénéficier désormais d’une « qualité cultuelle ». Des exonérations fiscales accompagneraient la mise en place de ce dispositif, et ces associations pourraient recevoir des aides de l’Etat, contournant ainsi l’article 2 de la loi de 1905. Le projet de réforme comporterait un volet consacré à la formation des imams, sans doute assorti de financements publics. Ce serait donc un sacré coup de canif dans la loi de 1905. S’y engouffreront sans aucun doute les associations islamistes pas trop marquées. Quant aux associations pro-djihad, elles refuseront ce dispositif qui demande de la transparence, et resteront, sous le seul régime des associations tel que défini classiquement par la loi de 1901. Ce faisant, la question du fanatisme islamique n’aura pas été résolue mais l’islam « présentable » sera doté d’avantages refusés aux catholiques depuis 1905. Une bonne idée…pour certains, uniquement.

Francis Bergeron

Article repris du quotidien Présent

Entretien avec Michel Thooris : « Nous voulons une réforme de fond pour que les policiers accomplissent leur mission »

Ancien conseiller politique de Philippe de Villiers, ancien conseiller politique de Marine Le Pen pour la présidentielle de 2007, Michel Thooris est conseiller municipal RN à Carros (Alpes-Maritimes). Officier de police judiciaire, il est le secrétaire général du syndicat France Police qui fait campagne pour une réelle réforme des conditions de travail des policiers.

— Début décembre auront lieu les élections professionnelles. Quelles sont les forces en présence en matière de syndicats policiers ?

— On retrouve les éternels syndicats majoritaires qui sont, à nos yeux, les fossoyeurs de l’institution. Ces syndicats qui refusent d’« inquiéter » la population et de l’alerter sur l’état délétère de sa sécurité et celui de sa police. Or, à l’insécurité grandissante que chacun constate, s’ajoutent d’autres criminalités, en particulier celle de la drogue. Des cartels sans cesse plus puissants s’installent en France, qui corrompront bientôt la politique… Des magistrats s’en inquiètent comme nous. Mais le ministère de l’Intérieur préfère racketter les automobilistes contribuables et solvables.

Rien de nouveau, donc, à part notre organisation : France Police Policiers en colère. Nous continuons le mouvement de protestation né en octobre 2016 à la suite de l’immolation de nos collègues dans la commune de Viry-Châtillon. Il y a eu d’autres manifestations depuis, sporadiques, qui reprenaient des slogans que nous proposions déjà dans le cadre des élections professionnelles de 2014.

— Qu’espérez-vous pour votre syndicat ?

— Les accords de Bercy, en 2008, n’ont été appliqués qu’en 2014 par le ministère de l’Intérieur : ils permettent à des organisations comme la nôtre de se présenter, même si elles ne sont pas affiliées à une confédération. En 2014, nous avons récolté 3 500 voix dans des conditions difficiles, sans moyens financiers et en faisant campagne hors de nos heures de service – alors que les « grands » syndicats ont des armées de détachés permanents. Nous aurions dû toucher des fonds pour cette mandature, mais ceux-ci ont été donnés… aux syndicats majoritaires, à la botte de l’administration ! Le mouvement Policiers en colère fait l’objet de pressions et d’essais de noyautage de la part des syndicats majoritaires et du ministère de l’Intérieur. Avec ces élections professionnelles de 2018, France Police veut peser davantage dans les négociations.

— Quelles sont les revendications principales des policiers ?

— Pour nous, la rengaine qui consiste à dire « il faut des renforts d’effectifs » n’est pas à la hauteur des enjeux. Cela consisterait simplement à remplacer sur le terrain des collègues tués, agressés, mis en examen comme dans l’affaire Théo, pour que les nouveaux arrivants soient à leur tour tués, agressés, mis en examen… Nous voulons une réforme de fond pour que les policiers accomplissent leur mission en ayant les moyens de protéger leur intégrité physique et juridique. On nous a vendu une prétendue réforme de la légitime défense. Le texte a été récrit, est passé du code de procédure pénale au code de sécurité intérieure, mais les notions sont restées les mêmes : il y a toujours la proportionnalité, concept subjectif qui laisse l’interprétation au magistrat. En Israël, le jet d’un cocktail molotov sur des policiers place de fait ceux-ci en état de légitime défense : on est loin de cela en France où, si un policier tire sur un chauffard qui fonce vers un barrage routier, il y a enquête sur ce tir !

— Puisque Gérard Collomb a annoncé son prochain départ du ministère de l’Intérieur, quel début de bilan faites-vous de son action ?

— Il n’y a pas de bilan. Gérard Collomb a pris ce ministère pour capter de la lumière et faciliter sa réélection à la tête de la métropole de Lyon. Tous les ministres de l’Intérieur, ou presque, ont fait de même. Si Sarkozy n’avait pas tenu ses propos sur les racailles à Argenteuil en 2005, aurait-il été élu président de la République ? Les ministres de l’Intérieur se suivent et se ressemblent, sans réformer. Car toute réforme en faveur de la police verrait la gauche se mobiliser. Les seules réformes aboutissent à la destruction de nos conditions de travail et à la dégradation de la sécurité des Français. Les gouvernants s’en dédouanent en disant : nous ne faisons qu’appliquer ce que la Cour européenne des droits de l’homme exige. Or la CEDH empêche la police, notamment judiciaire, de mener à bien ses enquêtes.

— Par quelles décisions ?

— Sans être trop technique : on ne peut plus rémunérer les indics ni exercer de pression psychologique sur eux, les mis en cause ont des droits exorbitants par rapport aux droits qu’a la police. Voyez le cas des Français partis en Syrie commettre des exactions auprès de l’Etat islamique et qui rentrent en France : certains magistrats estiment qu’ils n’ont pas les éléments de preuve suffisants en ce qui concerne ces exactions. Or, quand un pédophile viole un enfant en Thaïlande et rentre en France, il est bien poursuivi en France pour un crime commis à l’étranger. La mauvaise foi des tribunaux est manifeste lorsqu’ils laissent ces Français revenus de Syrie sous simple contrôle judiciaire.

— Y a-t-il eu un impact de l’affaire Benalla sur le moral des policiers ?

— Non, je ne crois pas, car les policiers ont d’autres problèmes. Ce qui les a choqués, malgré tout, est de constater la différence de traitement. Ils peuvent se retrouver mis en cause par une saisine en ligne auprès de l’IGS, par un citoyen qui estime avoir été malmené, ce qui signifie pour eux auditions administratives et éventuellement suspension. Quand Benalla usurpe la fonction de policier et « joue à la police » dans une manifestation, ce qui est inadmissible, il n’est pas sanctionné ! Il ne fait d’ailleurs pas grand mal aux manifestants et l’on voit qu’il n’est pas un professionnel du maintien de l’ordre : il n’arrive pas à mettre au sol le gars qui se rebelle. L’affaire qui a véritablement marqué les policiers reste l’affaire Théo, véritable manipulation des associations et des médias pour salir la police. Yann Moix a accusé alors la police d’être raciste, agressive, d’être la plus violente d’Europe – sur quoi se basait-il pour dire cela ? C’est l’idéologie de la gauche, extrêmement corrosive. En réalité, des bavures et des dérapages, il n’y en a pas.

— Restons avec Yann Moix qui a parlé tout récemment des policiers qui ont peur, qui « chient dans leur froc ». Votre avis ?

— Les policiers, dans leur majorité, n’ont pas peur de prendre des coups en allant dans les cités. Leur plus grande peur est, à la suite d’une intervention, de se retrouver suspendu, mis en examen, incarcéré.

— C’est d’ailleurs toute la perversité des propos de Yann Moix, qui est le premier à vouloir que des policiers soient condamnés : il instille lui-même cette peur.

— Bien sûr. J’ajoute que dans l’affaire Benalla les gauchistes sont montés au créneau, non par respect pour la police, évidemment, mais par « sacralisation » du manifestant, intouchable à leurs yeux. Ce n’est évidemment pas notre position. Les gauchistes ne sont pas seuls en cause, voyez le maire d’Aulnay-sous-Bois Bruno Beschizza, ancien commandant de police, ancien syndicaliste policier, supposé « de droite » : il a pris fait et cause pour Théo ! Au mépris total de la présomption d’innocence de nos collègues. La finalité des forces subversives est de détruire notre nation, quoi de mieux pour cela que d’empêcher la police et l’appareil judiciaire de mener à bien leurs tâches ?

Propos recueillis par Samuel Martin

Article paru dans Présent daté du 1er octobre 2018

Entretien : Jean-Pax Méfret, une voix qui porte loin et fort

Jean-Pax Méfret est en concert à Versailles le week-end prochain. Il répond aujourd’hui aux questions adressées par le journal Présent.

— Cette passion pour la chanson, cette oreille musicale, d’où vous viennent-elles ?

— La chanson a toujours fait partie de mon environnement naturel, et notamment familial. Ma mère écoutait beaucoup de musique. Et ce qu’on appelait « les variétés » en faisait partie. Je me suis moi-même pris au jeu de cette musique qui accompagne tous les moments de la vie. Collégien, je tenais l’harmonium chez les maristes. J’ai fait du scoutisme, aussi. Et la chanson y tenait une place considérable. On pratiquait le canon. J’ai gratté un peu la guitare.

C’est en prison [pour « crime » d’Algérie française, N.D.L.R.] que je me suis mis à écrire. Il s’agissait plutôt de poèmes, mais je les ai mis en musique. Et c’est devenu des chansons.

— En 1974, vous avez fait une percée fulgurante. Pourquoi six années de silence, ensuite ? Elles intriguent, dans votre parcours.

— Il n’y a rien de mystérieux, en fait. En 1974, j’ai simplement voulu témoigner par la chanson d’une situation. Mais je ne prétendais pas en faire mon métier. Je suis devenu grand reporter, ce qui n’était pas vraiment compatible avec une carrière artistique. Mais ayant couvert de nombreux conflits et théâtres d’opérations (je pense à Kolwezi, notamment), j’ai trouvé sur le terrain l’inspiration pour de nouvelles chansons. J’essayais de traduire en chansons ce que les hommes au cœur de ces conflits, et en particulier les militaires français, pouvaient ressentir.

— Vous vous définissez parfois comme un journaliste qui chante. Fausse modestie ou sentiment que la chanson serait un art mineur ?

— Effectivement je suis un journaliste qui chante, car ce que j’illustre par la chanson, ce sont des tranches d’histoire, des tranches d’actualité. Dièn Bièn Phù, Kolwezi, le chômage, les faits divers, Soljenitsyne, tout cela je l’ai vu avec des yeux de journaliste. Je témoigne de ce que j’ai vu, par mes articles. Mais j’ai voulu témoigner aussi par la chanson. Dans certains de mes disques, les chansons s’accompagnent de récits, de textes parlés, qui apportent une explication, situent la chanson dans son contexte historique ou géopolitique.

— Vos chansons à texte, sur l’Indochine, l’Algérie, et même le mur de Berlin ou le goulag, parlent surtout à la génération de l’immédiat après-guerre. Comment expliquez-vous un succès devenu cependant intergénérationnel ? Pensez-vous qu’il vienne d’un répertoire qui s’enrichit de l’actualité (Noun, par exemple, sur les chrétiens d’Orient), ou de l’appropriation, par les nouvelles générations, du « roman national » ?

— Il y a sans doute un peu des deux. Mon répertoire évolue avec l’actualité, mais les nouvelles générations connaissent aussi mes premières chansons. Je crois qu’une transmission s’opère de génération en génération, sans doute d’abord par l’audiothèque des parents, voire des grands-parents. Les nouvelles générations s’approprient successivement un héritage musical.

Tout récemment j’ai été invité à un salon du livre organisé par une école, où je dédicaçais mes livres (1). L’organisateur m’a demandé si j’accepterais de chanter quelques-unes de mes chansons. A ma grande surprise, je me suis aperçu que beaucoup des élèves connaissaient ces chansons par cœur ! Certains d’entre eux m’ont dit qu’ils avaient découvert l’existence du mur de Berlin ou du goulag… par mes chansons ! Je vous avouerai que cela m’a fait plaisir.

PS : Jean-Pax Méfret a publié plusieurs essais et livres de souvenirs, notamment Jusqu’au bout de l’Algérie française (sur le colonel Bastien-Thiry), et 1962, l’été du malheur (sur la tragédie des pieds-noirs).

Prochains concerts :
Le 26 mai (à 20 h) et le 27 mai (à 15 h) au théâtre Montansier à Versailles.

Propos recueillis par Francis Bergeron

Article repris du quotidien Présent

Entretien avec Marine Le Pen : « Je ne suis pas prête à me laisser abattre »

Mayotte, la crise migratoire, la déception de la présidentielle, les alliances… Le FN a-t-il encore un avenir ? Marine Le Pen a reçu Caroline Parmentier et Samuel Martin du journal Présent dans son bureau de l’Assemblée nationale.

— La basilique Saint-Denis envahie, neuf centres d’accueil qui vont ouvrir en Ile-de-France pour faire face à l’arrivée de 500 migrants par jour, est-ce qu’il est encore temps d’inverser le processus ?

— Oui. Il est toujours temps d’inverser le processus, même si chaque jour qui passe rend la situation de plus en plus difficile à maîtriser. D’autant que les données démographiques de l’Afrique dans le cadre des 35 prochaines années, rendent la pression migratoire de demain extrêmement puissante. 1,3 milliard d’Africains aujourd’hui, 2,5 milliards d’ici à 2050. On sent bien que l’absence totale de politique mise en œuvre aujourd’hui va susciter la submersion migratoire de demain. Le gouvernement ne donne pas le moindre signal, non seulement d’arrêt de l’immigration clandestine, ni a fortiori d’arrêt de l’immigration légale. Mais il donne le signal d’un laxisme terrifiant, à l’égard du processus d’immigration mais aussi du comportement qu’osent avoir un certain nombre de migrants dans notre pays. Poussés il faut bien le dire comme d’habitude, par l’extrême gauche.

— Quelles mesures faudrait-il prendre ?

— Il y a toute une série de mesures à mettre en œuvre que je propose d’ailleurs dans le cadre de l’équivalent d’un état d’urgence pour Mayotte. Je dépose la semaine prochaine un projet de loi pour Mayotte afin de renverser une situation qui, si on ne la maîtrise pas, sera notre futur : d’abord la suppression du droit du sol immédiatement, la suppression de l’intégralité des aides qui sont accordées aux clandestins, l’interdiction de toute régularisation – celui qui ne vient pas de manière légale sur le territoire ne peut pas espérer se voir accorder des papiers. La mise en œuvre du renvoi de ces clandestins dans leurs pays d’origine et le bras de fer avec les pays d’origine si c’est nécessaire. Notamment en agissant sur les fonds de développement mais aussi sur les transferts d’argent massifs qui sont envoyés dans ces pays-là par ceux de leurs compatriotes qui travaillent en France. Ce sont des sommes qui sont, d’après les études, trois fois supérieures au montant des aides aux développements. Il y a des moyens de se faire respecter. Encore faut-il le dire et le faire. Et avoir le courage de renverser totalement la philosophie de la politique migratoire dans notre pays.

— Comme dans de nombreux pays européens, les droites seront appelées à s’unir en France. Vous êtes donc prête à des évolutions sur les projets et à des accords ?

— Je ne crois pas à la droite et la gauche, vous le savez. Je crois que le Front national a contribué à mettre en place le clivage : mondialistes contre nationaux. Aujourd’hui il est en place et la dernière étape de l’installation de ce nouveau clivage qui traverse le monde et l’Europe va être les élections européennes. Il y a une recomposition de la vie politique, nous devons participer à cette recomposition et même en être les acteurs principaux. Emmanuel Macron rassemble sur le mondialisme, nous devons rassembler les nationaux. Dans ce rassemblement il y aura sûrement des gens qui viennent de la droite, de l’ancienne droite mais aussi des gens qui viennent de la gauche, de l’ancienne gauche. Continuer à s’inscrire dans ce clivage gauche-droite m’apparaît obsolète et restrictif. C’est la raison pour laquelle je suis opposée à cette idée de l’union des droites parce que l’union des droites restreint en réalité le grand rassemblement de tous ceux qui veulent défendre la nation et qui est de notre responsabilité. Nous sommes aujourd’hui la formation leader de la défense de la nation contre les mondialistes.

— Précisément, quelle est la marge de manœuvre de votre parti à l’Assemblée nationale ? Sur quels amendements, quels projets pouvez-vous peser et vous faire entendre ? Est-ce que ce n’est pas léger pour incarner la première force d’opposition dont vous rêviez au soir du second tour ?

— Il est évident que lorsque l’on regarde le nombre de députés obtenus par nos amis de la Ligue en Italie, le nombre de députés obtenus par nos amis autrichiens, on s’aperçoit du drame démocratique que représente ce scrutin majoritaire à deux tours. Son objectif principal est précisément de maintenir en place des forces politiques qui sont représentées à l’Assemblée nationale de manière absolument disproportionnée par rapport à leur poids dans le pays. Et de faire quasiment disparaître des courants politiques qui sont extrêmement forts dans l’opinion. Nous subissons cette situation, ça ne nous empêche pas de dire ce que nous avons à dire mais nous le disons dans des conditions beaucoup plus difficiles que ceux qui bénéficient d’un groupe. Nous sommes cependant montés au créneau partout, sur tous les dossiers, sur tous les sujets, aujourd’hui sur la loi de programmation militaire, hier sur la loi dite de sécurité intérieure si mal nommée, demain sur la loi asile et immigration. Nous serons évidemment extrêmement présents lors des débats, nous avons d’ailleurs présenté un contre-projet sur l’asile et l’immigration, pour démontrer à nos compatriotes qu’il n’y a pas de fatalisme dans ce domaine. L’immigration massive est la conséquence de choix politiques. L’arrêt de l’immigration massive serait la conséquence d’un autre choix politique, celui que nous portons et que nous défendons. Je pense que notre voix compte au sein de l’Assemblée. Même si nous sommes peu nombreux, disons que nous contrebalançons l’absence de quantité par la qualité.

— Qu’est-ce qui n’a pas marché aux dernières présidentielles ? Alors que la situation migratoire, terroriste, sociale, vous donnait chaque jour raison…

— On ne fonctionne pas dans une méthode de compétition loyale en France, on l’a bien vu. Les grandes puissances financières, les grandes multinationales ont fait pour la première fois dans une élection présidentielle, non pas le choix d’un candidat, mais elles ont créé un candidat. Elles l’ont fabriqué de toutes pièces. Aidées par l’ensemble du système médiatique, qui non seulement a soutenu le candidat Macron main dans la main avec les puissances d’argent, mais qui a également discrédité tout au long de la campagne ceux qui pouvaient être des adversaires sérieux pour lui. Dans ces conditions, ça n’a effectivement pas été simple pour nous, même si je persiste à penser que le résultat obtenu à la présidentielle est loin de l’échec que l’on nous présente. Nous avons réussi envers et contre tout, envers et contre tous, à réunir un Français sur trois. Ça nous donne en même temps la marge de ce qu’il reste à conquérir. Nous avons pris des décisions dès le lendemain de l’élection, en tenant compte du fait que le big bang institutionnel que nous proposions dans le cadre de notre vision européenne, avait inquiété. Qu’il fallait persister sur la défense de la souveraineté nationale mais l’intégrer dans un calendrier, sur un quinquennat, en commençant par les frontières parce que c’est ce qu’il y a de plus urgent et en terminant par la monnaie. Et puis nous avons aussi constaté la difficulté qu’il y a à gagner sans alliance. Nous avions déjà touché du doigt cette difficulté aux élections régionales : nous avons perdu la PACA, les Hauts-de-France, à quelques points. Dans le système actuel que nous contestons, il est ardu de gagner une élection sans pouvoir compter sur la mise en œuvre d’alliances.

— Que faudra-t-il de l’autre côté pour que l’on s’allie à vous ?

— Leurs électeurs se sentent plus proches de nous que de Macron. Quand j’appelle à voter à Mayotte pour le candidat LR de Mansour Kamardine et que Virginie Calmels dit : « Nous préférons perdre les élections », je crois que c’est un discours que les électeurs Les Républicains ne supportent plus d’entendre. C’est quelque chose qui leur donne la nausée aujourd’hui. Et une grande partie d’entre eux, comme une grande partie des élus de terrain, se sentent incontestablement plus proches de nous que d’Emmanuel Macron, dans toute une série de domaines. Les dirigeants resteront peut-être arc-boutés sur leurs petites boutiques mais je pense que la pression de la base leur expliquera que, notamment aux élections municipales, il est quand même possible de trouver des éléments de projets communs pour les villes et de passer au-dessus de nos divergences. C’est vrai avec eux, ça peut l’être aussi avec des gens qui sont issus de la gauche et qui partagent le même constat que le nôtre.

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L’Union européenne toujours sourde et aveugle, par Guy Rouvrais

Les Italiens ont toujours été les plus europhiles des Européens, y compris au sein des pays fondateurs. Eh bien, « ils » auront réussi à décourager et même à écœurer jusqu’à ceux-là ! « Ils » ce sont nos européistes, technocrates bruxellois et les dirigeants politiques dont ils sont les exécutants zélés.

Le vote « antisystème » qui s’est exprimé par le soutien massif à la droite nationale et au Mouvement 5 étoiles est, d’abord, contre cette Union européenne qui les a laissés seuls face à l’invasion des « migrants » dont la misère rend négligeable celle des Italiens qui doivent en subir les conséquences financières, les nuisances diverses et la délinquance violente. Ils ont voulu aussi sanctionner celui qui était le factotum de Bruxelles, l’ancien président du Conseil, Matteo Renzi, pour lequel tout le gratin européen avait les yeux de Chimène et dont la formation a lamentablement mordu la poussière. C’était un Macron avant la lettre, qui, comme lui, devait terrasser ce qu’ils appellent le « populisme », en réalité le cri du peuple que ceux d’en-haut ne veulent pas entendre parce qu’il met en cause leurs chimères et leur pouvoir.

Lorsque que s’écarte momentanément la victoire de la droite nationale ou souverainiste dans un pays de l’Union, Bruxelles pousse un long soupir de soulagement, ce fut le cas en Autriche quand la présidence de la République échappa d’un rien au candidat du Fpö au profit de celui des Verts ou quand Macron fut élu au détriment de Marine Le Pen. Et, prenant leurs désirs pour la réalité, les européistes annoncent alors la fin du populisme. Sourds et aveugles volontaires, ils font fi de la colère qui montent des peuples d’Europe. Ils essaient de mater la dissidence des pays de l’Est, à coups d’objurgations, menaces juridiques et sanctions financières qui ne font que renforcer le sentiment anti-bruxellois. A l’Est, ils évoquent le terroir, le respect, de la nation et de ses frontières, de sa culture, de sa foi, de ses traditions et de son âme, Bruxelles répond « fonds structurels européens » ! Emmanuel Macron a proposé que ces fonds ne leur soient dispensés qu’en fonction du « respect des valeurs européennes », sans d’ailleurs les définir plus avant.

Mais la valeur européenne fondamentale n’est-ce pas le respect de la démocratie et du suffrage universel dont l’Europe voudrait exporter le modèle partout ? Quand des électeurs dans un scrutin loyal expriment librement leur choix, nos européistes ne devraient-ils pas tous se réjouir, quel que soit ce choix ? Comment le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker, peut-il se dire « inquiet » du résultat du scrutin en Italie puisque le peuple a parlé ? L’inquiétude devrait être pour un peuple bâillonné, auquel la voie des urnes est interdite, comme en Chine, ce dont Bruxelles s’accommode sans états d’âme, car les affaire sont les affaires.

Comme à chaque fois qu’une élection désavoue leur Europe, il se trouve un de ses représentants pour assurer que la leçon est comprise et que cela va changer. Cette fois, c’est le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, qui s’y colle, déclarant que ce vote « est un appel au sursaut de l’UE qui doit en tirer la leçon. » Et comme précédemment après ça, rien ne changera !

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 8 mars 2018

Prisons : l’embrasement, par Etienne Defay

Présent l’avait annoncé dans sa une du jeudi 12 octobre (voir photo d’illustration). Loin de nous vanter d’un quelconque don de voyance, nous n’avons fait que constater l’indubitable, et annoncer l’inévitable : les agressions à répétition, le manque de moyens et la surpopulation sont autant de facteurs qui ont provoqué l’embrasement.

Depuis le 11 janvier et l’agression des trois surveillants de prison de Vendin-le-Vieil par le détenu radicalisé Christian Ganczarki, la situation est devenue intenable pour les pouvoirs publics.

Demandant plus de moyens en hommes et une revalorisation de leur salaire, les surveillants pénitentiaires durcissent le mouvement et le bras de fer avec les pouvoirs publics reprend de plus belle.

D’après France Bleu qui tente de tenir un décompte précis, 67 établissements pénitentiaires sont encore bloqués au moins partiellement alors que dans le même temps, les trois syndicats (Ufap-Unsa [majoritaire], FO et CGT-Pénitentiaire), claquaient la porte des négociations entraînant la garde des Sceaux dans la tourmente.

Las, la paisible et conciliante Nicole Belloubet ne s’attendait pas à un tel baptême du feu. Inaudible, elle semble peiner à s’imposer dans le débat avec en toile de fond la radicalisation rampante (voir l’article de Guy Rouvrais), la surpopulation carcérale mais surtout l’addition salée laissée par ses prédécesseurs qui n’ont fait que rallonger le décompte de cette bombe à retardement connue de tous.

Car il en est de même de l’immigration massive, de l’insécurité et du communautarisme : depuis vingt ans, les gouvernements jouent à la patate chaude en s’efforçant de retarder l’explosion tout en priant que cela tienne jusqu’à leur départ. Pourtant, les signaux étaient rouge vif. Foin des rapports parlementaires, des sonnettes d’alarmes, des avertissements, des arrêts maladies et des congés… Foin des détenus hilares tournants des clips de rap, consommant de la drogue et se filmant sur les réseaux sociaux. Cela fait près de dix ans que chaque visite dans une prison alerte et effraie quiconque en ressort. Mais rien n’a été fait.

« Nous servons de porte-clefs » déclare, amer, Christopher Dorangeville de la CGT à l’AFP. « Nous n’avons plus le temps d’instaurer une relation avec les détenus. » Regrettant la période du grand banditisme, les surveillants voient finalement leur rôle évoluer en dompteurs de fauves doublés d’éducateurs spécialisés. Deux métiers pour lesquels ils n’ont pas été formés. Deux métiers qui n’ont rien à faire en prison.

Conséquence : les forces de l’ordre ont dû intervenir à Fresnes pour procéder à l’exfiltration de Jawad Bendaoud, le logeur de Daesh, attendu pour son procès. A Borgo en Corse, la prison était tenue par les gendarmes tandis que les syndicats et la direction étaient toujours en négociation. C’est peut-être cela la solution : faire du corps pénitentiaire un corps d’armée, cela se fait en Russie avec une efficacité qui n’est plus à démontrer. La France a besoin d’ordre et les Français croient en leurs forces armées. Quoiqu’il arrive, la machine est grippée et nécessite un redémarrage en règle. Avant qu’il ne soit trop tard.

Etienne Defay

Article paru dans Présent daté du 25 janvier 2018

Balance les traîtres ! : La délation de Mediapart, par Caroline Parmentier

Fidèles à leur réputation de « petits flics », les sites Mediapart et Buzzfeed se lancent dans la délation à grande échelle des hauts fonctionnaires qui ont conseillé dans l’ombre Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle.

Il y en avait donc ? On croyait que c’était une légende. Et que les conseillers de Marine Le Pen n’étaient que des minus habens, des beaufs ou des judas. Il y en avait bien, et à des postes clés, imperméables à la propagande médiatique, qui avaient misé sur Marine Le Pen et qui ne faisaient aucune confiance à Emmanuel Macron.

Et pas des moindres : des préfets, des énarques, des dirigeants du Cac 40, des directeurs de grands groupes, des hauts gradés de la gendarmerie, des hauts fonctionnaires de la Cour nationale du droit d’asile, du Conseil d’Etat et de la Cour des comptes. Ils ont partagé leurs expertises et leur savoir dans leurs domaines spécialisés. Médiapart et Buzzfeed les dénoncent méthodiquement, un par un, avec leurs noms, leurs photos et le détail de leurs crimes : comme ce directeur d’un grand groupe qui a envoyé à Marine Le Pen une note de travail pour mettre fin à l’AME [l’aide médicale d’Etat qui coûte un milliard par an à la France et qui permet à tous les clandestins d’être soignés gratuitement] et qui précise que « les Algériens sont les spécialistes de ces détournements pour faire soigner leur famille en France ».

Comme ce haut fonctionnaire de la gendarmerie qui a apporté ses lumières sur des points stratégiques en matière de sécurité. Ils n’ont rien fait d’illégal, n’ont rien divulgué de confidentiel ni rompu le secret professionnel. Mais aux yeux de ces commissaires politiques, ce qu’ils ont fait est pire. Ils ont choisi librement Marine Le Pen : « Nous révélons le profil et l’identité de ces conseillers, préfet, hauts fonctionnaires, actuels ou anciens serviteurs de l’Etat, qui ont décidé de mettre leur expérience et leur réseau au service de la victoire de Marine Le Pen. »

Il faut les balancer à leur hiérarchie et à la vindicte médiatique (hier plusieurs radios divulguaient leurs noms à l’antenne). « La plupart d’entre eux ont passé une partie de leur carrière dans les cabinets de ministres RPR ou UMP, époque Chirac ou Sarkozy, avant de réaliser, dans le secret, et parfois sous pseudonyme, la fameuse union des droites. » Il faut leur faire la peau !

Il n’aura échappé à personne qu’après la défaite au second tour de la présidentielle, Marine Le Pen et le Front national font l’objet d’un « nettoyage » en règle : bancaire, politique, judiciaire et médiatique. Ils ont été éliminés, on respire, mais maintenant ils doivent disparaître. Il ne doit rien rester. La situation ne change pas : Emmanuel Macron nie le problème de l’islam, n’inversera pas la soumission à l’UE, ni la submersion migratoire, ni la menace terroriste islamiste, celle-là même qui bloque les prisons françaises aujourd’hui. Les réseaux sociaux grondent, les médias alternatifs enflent, la « menace FN » perdure, sous une forme ou sous une autre.

Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 24 janvier 2018

Reportage : Une Marche pour la Vie revendicative, par Marie de L’Isle

Dès 14 heures, sous une pluie qui n’a pas faibli durant tout l’après-midi, plusieurs milliers de personnes se sont réunies porte Dauphine, dans le XVIe arrondissement, à l’occasion de la 12e Marche pour la Vie. Le service communication, cette année, avait choisi des couleurs fluo pour faire passer plusieurs messages, inscrits sur des pancartes comme « Vivre est un droit, pas un choix », « Sédation définitive = euthanasie active », « Protéger le faible, ça c’est fort » ou encore « L’avortement est un poids, pas un choix ». Tout au long du cortège, plusieurs chars rappelant la Manif pour tous diffusaient de la musique, Le diable s’habille en prada de Soprano, mais aussi Résiste de France Gall, Allumer le feu et L’envie de Johnny Hallyday. On était frappé par la présence significative de 16-25 ans (notamment parmi les nombreux bénévoles en K-way jaune), sans doute la catégorie d’âge la plus représentée dans le cortège.

Alors que la loi punissant le délit d’entrave à l’avortement a été votée l’an dernier, l’organisation qui en réclame la suppression revendique d’avoir un discours factuel et cohérent sur plusieurs plans : scientifique, moral, social et philosophique.

La révision de la loi bioéthique

L’année 2018 sera marquée par la révision de la loi bioéthique, qui s’ouvre lors de ce mois de janvier avec les Etats généraux de la bioéthique. Ceux-ci mettent en place une consultation citoyenne qui se manifestera par l’organisation d’espaces de réflexion éthique dans chaque région. Or les participants de la Marche pour la Vie entendent bien peser dans ces débats. Et le message est bien passé auprès des militants, qui justifient l’importance de leur venue par ces enjeux d’actualité. C’est le cas de Julien et Albéric, 21 ans, étudiants en économie et en histoire. « Nous sommes venus défendre la vie afin que le gouvernement et l’opinion publique prennent conscience du fait qu’une partie de la population tient fermement cette ligne. Notre présence prend particulièrement sens en cette année, alors que sera révisée la loi de bioéthique, ce qui aura une incidence sur l’extension de la PMA et sur la légalisation de la GPA », expliquent-ils.

Outre les familles, sont présents quelques religieux – des abbés en soutane, quelques religieuses en habit mais aussi des orthodoxes. Et des élus ceints d’une écharpe tricolore, comme Jean-Yves Denis, conseiller municipal de Vernouillet (Yvelines), adjoint au maire chargé des finances. « Mes revendications sont ni plus ni moins celles de toutes les autres personnes présentes dans cette manifestation. Mais je suis venu avec l’écharpe tricolore pour témoigner du soutien de certains élus à cette cause de défense de la vie. Je suis engagé depuis longtemps dans ce combat et subis les critiques régulières d’opposants, mais j’en fais mon affaire, » témoigne-t-il.

Prises de parole

Arrivés au Trocadéro vers 17 heures, les manifestants se sont rassemblés vers l’estrade pour entendre plusieurs témoignages dont celui de Madeleine, infirmière. Celle-ci a fait part à l’assemblée de deux expériences en tant que stagiaire puis professionnelle dans un bloc opératoire en maternité-gynécologie, partageant « l’horreur » ressentie à la vue d’un « enfant mort dans un grand seau blanc ». « Je n’ai jamais fait d’IVG mais mes collègues qui en ont fait souffrent mais ne le disent pas », a-t-elle assuré. « Il faut libérer la parole, dire que ça ne fait pas souffrir que les mamans », a-t-elle dit.

« La génération des rescapés de l’avortement est en train de grandir et de se lever. Notre corps ne nous appartient pas. Nous sommes notre corps, et ce corps peut accueillir un autre corps, une autre vie. Nous sommes nés après l’avortement, et nous avons compris qu’il n’est pas un droit, qu’il n’est pas une liberté mais une pression, une contrainte qui s’abat désormais sur les futurs parents, » a déclaré Victoire De Jaeghere, porte-parole de la manifestation, pour qui « chaque enfant rescapé de l’avortement est une victoire du combat pro-vie ».

Nicolas Sévillia, quant à lui, a proclamé avec force à la tribune : « Vous n’êtes pas venus défendre une opinion ou une conviction. Vous êtes venus défendre la vérité : un enfant n’est pas un amas de cellules, il est le petit de l’homme, il est un homme petit. Le mensonge, l’obscurantisme, le fascisme c’est eux. La vérité, la lumière, l’amour, c’est nous », ciblant l’enfant, la mère, la famille et la société comme étant les victimes de l’avortement. Pour Jean-Marie Le Méné, l’année 2018 est celle de « tous les dangers » puisque, tous les cinq ans, la révision de la loi de bioéthique, au prétexte de tenir compte des avancées de la technoscience, régularise les transgressions. « La loi est censée poser un cadre autour des dérives. En réalité, elle met un cadre autour des dérives et ensuite dérive avec le cadre, » a dénoncé celui qui a également dénoncé une « conspiration contre la vie ».

Discrétion médiatique

Le traitement médiatique de cet événement a été particulièrement discret – hormis sur l’épiphénomène concernant les perturbations organisées par une demi-douzaine de Femen. Le quotidien La Croix a pris de gros risques en matière de chiffres en écrivant qu’il y avait « plus d’un millier d’opposants ». Le chiffre de la police, qui me paraissent sous-évalués au vu de ce que j’ai pu voir en remontant tout le cortège, est de 8 500. Les organisateurs avancent celui de 40 000. Sans prétendre à l’objectivité pure, il me semble qu’il y avait au moins de 15 000 à 20 000 personnes. Patrick Cohen, dans sa matinale du 22 janvier sur Europe 1, a également évoqué le chiffre parfaitement malhonnête du millier de manifestants.

Marie de L’Isle

Article paru dans Présent daté du 23 janvier 2018

Macron à Calais : La répétition en Marche, par Etienne Defay

Il nous étonnait depuis six mois en recyclant les vieux slogans tout en les faisant passer pour des formules innovantes et audacieuses. Il maîtrisait comme personne l’art de ménager la chèvre et le chou. Prônant le conservatisme avec Blanquer, défendant la fermeté avec Collomb tout en ménageant le laxisme avec l’affable Nicole Belloubet. Sa tournée en Afrique était dans les mêmes tons : faire acte de repentance tout en souhaitant tourner la page puis humilier un président africain dans la pure tradition françafricaine.

Humanité et fermeté, le concept éculé

Bernard Cazeneuve, Claude Guéant, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls… Tous ont utilisé cette formule, tous ont prôné le concept. Et tous ont occupé la place Beauvau. Emmanuel Macron n’a donc rien inventé et l’Elysée utilise des éléments de langage de premier flic. Un slogan évidemment repris par ce concept novateur qu’est la République en Marche, et nous voyons depuis quelques heures le sémillant Benjamin Griveaux le rabâcher à tous les médias sur tous les formats comme si la formule sortait de quatre heures de « brainstorming ».

Il faut dire qu’il y avait un enjeu derrière ce déplacement calaisien. Critiqué jusque dans son propre camp et par ses amis les plus proches, Emmanuel Macron se devait d’assumer et de porter sa loi Immigration. Si l’indigence des réformes proposées n’est plus à démontrer, il y avait un symbole à défendre. Encore une guerre de communication, encore des débats ne reposant sur rien. Mais telle est la métapolitique en vogue. Opposer du vent au vent pour faire tourner les grands bras des moulins. La guerre n’est pas dans le concret, elle porte sur les sondages et les annonces. Raymond Devos armé d’un accordéon avait bien prophétisé notre Président : « Quand on tape à droite ça siffle à gauche, quand on appuie à gauche ça siffle à droite et à l’intérieur c’est du vent. »

Tiédeur quand tu nous tiens

En bref, notre réincarnation louis-philippesque a encore montré toute la mesure de son talent à Calais ce mardi. Tapant sur les doigts des forces de l’ordre qui n’en demandaient pas temps, il a déclaré que désormais l’Etat prendra en charge l’aide logistique et humanitaire. Au grand dam des associations pour qui Calais est devenue un argument idéologique de poids. Et des forces de l’ordre qui se sont vues réclamer davantage de déontologie. En fin de compte, l’exécutif a fait une démonstration de communication impeccable, cela le locataire de l’Elysée nous y avait habitués avec la précision et le brio qu’on lui connaît. Et puis, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas le lui concéder. En revanche, on attend toujours les actes concrets. Par exemple, Emmanuel Macron a annoncé une prime spéciale pour les forces de l’ordre stationnées à Calais. Comment et sous quelle forme ? C’est un autre sujet.

Le Président souffle donc le chaud et le froid en permanence, une stratégie qui n’étonne plus personne, car toute personne mélangeant de l’eau chaude et de l’eau froide connaît le résultat final : de l’eau tiède. Il en va de même pour la politique.

Etienne Defay

Article paru dans Présent daté du 18 janvier 2018

Et maintenant : « balance ton porc communiste » !, par Francis Bergeron

On se demande quand s’arrêtera cette avalanche de révélations sur des agressions sexuelles et ces viols. Voici que le quotidien de gauche Le Monde, qui avait raconté les agressions sexuelles à l’UNEF et aux Jeunesses socialistes, évoque dans son numéro de samedi une série d’agressions de divers ordres, ayant pu aller jusqu’au viol, et commis par des dirigeants des Jeunesses communistes. Les faits sont précis : lieux, dates et circonstances sont donnés. Seuls manquent les noms.

Nous apprenons, par exemple, qu’en juin 2016, le responsable (permanent salarié) des Jeunesses communistes de Limoges a commis une tentative de viol sur une jeune militante de 19 ans. Celle-ci a dû s’enfuir pour échapper au prédateur. Le secrétaire fédéral de la Haute-Vienne, un dénommé Francis Dauliac, assure que « le jeune mis en cause pour harcèlement n’a plus de responsabilité ». Mais il nous annonce cet acte fort, avec, au-dessus de sa tête, un portrait du tueur en série Guevara ! A tout prendre, l’obsédé sexuel communiste de Limoges était moins dangereux que le Staline sud-américain.

Toujours en 2016, au cours d’une manifestation de Nuit debout, une autre militante du Parti a bien failli finir la nuit couchée, ce qui n’est pas anormal, mais contre son gré, ce qui est plus embêtant. Autre tentative de viol : cette fois dans le local du PCF de la Seine Saint-Denis, après une soirée bien arrosée. Le Monde évoque aussi des agressions survenues dans un camp d’été des Jeunesses communistes, dans la région Centre. Une autre militante affirme avoir été violée en 2015, etc.

Des plaintes ont été déposées. Les coupables ont tous avoué. Mais de ce point de vue, au Parti communiste, il y a une solide tradition dans le domaine des aveux.

Les dirigeants du Parti sont au courant de ces scandales depuis novembre au moins. Le secret avait toutefois été bien gardé. « Les responsables vont être écartés de leurs responsabilités », nous disent les apparatchiks de la place du Colonel-Fabien. Mais le mot exclusion n’est pas prononcé. Un livret de défense, élaboré par la commission « droit des femmes/féminisme » a été élaboré et distribué à 9 000 militantes du parti communiste (mais y a-t-il encore 9 000 militantes au PC ?)

Ils ont confondu « agit-prop’ et « agit pas propre »

Nous avons donc eu les porcs du cinéma et de la télévision, les porcs de l’UNEF, les porcs du PS, ainsi que quelques porcs du côté des centristes et de LR. Cette semaine, c’est donc « Balance ton porc communiste », même si la formule « porc communiste » est passablement redondante, et si les griefs à l’égard du PC dépassent largement ces affaires de militants confondant agit-prop et « agit pas propre ».

La campagne du Monde et de quelques autres organes est d’ailleurs curieuse. A croire que les groupuscules féministes et lesbiens essaient de déstabiliser une autre gauche qui, historiquement, est masculine, violente, et peu respectueuse des valeurs dites bourgeoises comme la galanterie ou la pudeur. Catherine Deneuve et une centaine de femmes (dont quelques militantes de la pornographie, comme Catherine Millet et Brigitte Lahaie), viennent d’ailleurs de réagir, avec un manifeste pour « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté

Francis Bergeron

Article repris du quotidien Présent

parti-socialiste

Parti Socialiste : Le dernier combat des sous-chefs, par Etienne Defay

C’est une constante au Parti socialiste, le trône de Solférino (tant que l’on peut encore utiliser cette formule dans la mesure où la vente du siège historique est actée) est bien parti pour être âprement disputé. Cependant la lutte qui s’annonce a de quoi désintéresser l’opinion tant les enjeux paraissent dérisoires. Mais, chez Présent, nous mettons un point d’honneur à mettre en lumière les causes que certains jugent perdues, alors parlons-en.
Car, la lutte a de quoi faire regretter le temps béni des combats d’éléphants. 2008 et 2012 sont loin et le casting de 2018 manque cruellement de ténors. La défection de Najat Vallaud-Belkacem en apporte une preuve supplémentaire. En lieu et place des François Hollande, Martine Aubry, Ségolène Royal ou encore Laurent Fabius, les Olivier Faure, Emmanuel Maurel, Stéphane Le Foll et Luc Cavournas prennent le relais pour le meilleur et pour le rire.

Car, finalement, avec l’OPA perpétrée par Emmanuel Macron et la saignée opérée dans l’électorat traditionnel du PS, bien optimiste sera celui qui prédit un avenir radieux et des lendemains qui chantent à l’héritage de Jaurès. La véritable information de cette élection est surtout qu’elle n’en est plus une. Las, les socialistes voient le parti historique de la gauche se vider de sens pour ne devenir qu’un champ de bataille confidentiel entre caciques en mal de recyclage. Si, de surcroît, les caciques sont des seconds couteaux, le match perd toute saveur.

Doit-on y voir un hommage aux armées de jadis se massacrant pour la prise symbolique d’une poignée de ruines fumantes ? Ou plutôt la dernière chance de régler définitivement ses comptes ? La deuxième option est de rigueur en ce qui concerne la double candidature de Stéphane Le Foll et Olivier Faure. Tous deux issus du courant social-démocrate, courant majoritaire du PS rendu orphelin par le départ précipité de Manuel Valls, et tous deux persuadés d’incarner l’avenir du parti. Mais, entre l’ancien ministre de l’Agriculture et l’actuel patron du groupe PS à l’Assemblée Nationale, subsiste cette vieille rivalité propre aux jumeaux politiques. De ces vieilles rivalités recuites en rancœur qui tournent à la détestation franche.

Derrière cette déroute qui se parachèvera dans d’ultimes déchirements internes, peut-être serait-il temps d’établir un diagnostic. Le Parti socialiste approche la mort cérébrale car il se trouvait déjà en situation de mort clinique. Une mort actée par Mitterrand, lorsque sous son impulsion, la gauche s’ouvrit au libéralisme et sacrifia l’ouvrier sur l’autel du libre-échange. Une mue qui lui permit d’accéder au pouvoir par trois fois, dont une par hasard ou plutôt par défaut, une mue qui permit au paladin de la finance et de l’ultralibéralisme, Emmanuel Macron, de s’engouffrer dans la brèche, faisant éclater les digues et renversant d’un même revers de main les échiquiers et les partis politiques. Tel un astre mort, le PS voit le trou noir En marche l’aspirer, lui et tous ses satellites.

Il faudra donc que quelqu’un se dévoue pour leur expliquer ce que tout le monde sait déjà : le socialiste doit aujourd’hui se mettre En marche ou devenir Insoumis. N’en déplaise à Le Foll, Faure et consorts, pour être élu, il ne suffit plus d’être candidat, il faut surtout avoir des électeurs !

Etienne Defay

Article paru dans Présent daté du 11 janvier 2018

Tweets de Rayan Nezzar : LREM, parti des « voyous ethniques » ?, par Franck Deletraz

Certains considéraient seulement LREM comme un ramassis de « gamellards » et d’incompétents. Mais ce parti est aussi celui des « voyous ethniques ». Pour preuve : souhaitant sans doute faire oublier les scandales El Guerrab et Laabid tout en donnant satisfaction à la « diversité », qui constitue une part importante de son électorat, Castaner a désigné jeudi Rayan Nezzar comme porte-parole du mouvement. Un choix qu’il n’a pas fini de regretter.

Cette fois-ci, pourtant, le « jeune » de 27 ans, originaire de Montreuil, diplômé de l’ENA, présenté comme un « spécialiste des questions économiques et sociales » qui a « participé en tant qu’expert à la préparation du programme d’Emmanuel Macron », semblait on ne peut plus fiable. Pas le genre à massacrer à coups de casque un ex-camarade du PS, tel que l’a fait le député M’Jid El Guerrab avec Boris Faure. Ni à diffuser des photos de tags proclamant « va niquer ta mère », « encule la police » ou encore « étrangers, ne nous laissez pas seuls avec les Français », comme l’a fait Mustapha Laabid, député LREM d’Ille-et-Vilaine.

Cependant, à peine était-il bombardé aux côtés de Gabriel Attal, que Nezzar défrayait déjà la chronique. En cause, des dizaines de tweets, rédigés entre 2012 et 2013, exhumés vendredi par Buzzfeed, dans lesquels il insultait allègrement journalistes et personnalités politiques. Parmi ses victimes figurait bien sûr Marine Le Pen, qualifiée de « pute ». Mais aussi Copé, invité en outre à aller « niquer sa mère ». Pécresse, elle, se voyait traitée de « pouffiasse ». Juppé, de « fiotte ». Valls, de « zéro couille ». Tandis que Le Maire était qualifié de « couille molle » ou de « guignol »… Un coup dur pour le « jeune » du 9-3, qui avait pourtant pris la peine d’effacer plus de 5 000 messages avant sa désignation.

« Erreur de jeunesse » ?

Nezzar a bien tenté de s’excuser en expliquant avoir « tenu des propos irréfléchis quand (il était) étudiant » et les regretter. Mais, au sein de la majorité, l’affaire a quand même du mal à passer. Il n’y a guère eu que Pénicaud pour prendre sa défense dimanche sur Europe 1. Invité du « Grand Rendez-vous », le ministre du Travail a ainsi plaidé une « erreur de jeunesse », expliquant notamment que « beaucoup de jeunes qui ont entre 18 et 15 ans aujourd’hui (…), quand ils chattent ou font un tweet, (…) croient que c’est pour tout de suite et que ça n’a pas beaucoup de valeur ». Sauf que, en 2012-2013, Nezzar avait 22 ans et était étudiant à l’ENA !

Une déclaration qui a d’ailleurs fait sortir de ses gonds François-Michel Lambert, qui a déjà demandé samedi à Castaner de revenir sur cette nomination. En effet, s’est exclamé le député LREM des Bouches-du-Rhône, « on nous annonce une loi contre les “fake news” et trois jours plus tard on se retrouve avec une ministre (sic) qui ment ! » Et Lambert d’avertir : « Si Rayan Nezzar reste porte-parole, je quitterai le parti. »

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 8 janvier 2018

Un vol à 350 000 euros – Edouard Philippe : ça plane pour lui !, par Caroline Parmentier

Ils nous avaient dit : nous ce sera différent, ce sera la politique autrement, on ne peut plus faire comme avant, les Français à qui on demande de se serrer la ceinture, ne comprendraient pas…

Tandis qu’Emmanuel Macron fait toute une opération de com de son anniversaire à Chambord, clamant haut et fort qu’il l’a payé « de ses deniers », tombe la désagréable affaire du vol Tokyo-Paris d’Edouard Philippe à 350 000 euros, pour le ramener plus vite et plus confortablement de Nouvelle-Calédonie. Sans vouloir sombrer dans le populisme primaire, l’effet est moche et indécent. C’est Noël, la précarité atteint des records en France, on nous répète à la télé et à la radio que chez nous le 25 décembre au matin des enfants n’auront rien, les Restos du cœur sont pris d’assaut, les rues sont pleines de SDF et de migrants. Le fossé entre la France d’en haut et la France d’en bas, que l’on nous disait miraculeusement comblé par cette équipe jeune, renouvelée, les deux pieds dans la vraie vie, vierge des pratiques habituelles de la politique pourrie, vient de se rouvrir instantanément.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre, lors d’une escale technique à Tokyo du A340 de l’armée de l’air qui le ramenait en métropole, le Premier ministre et soixante personnes de sa cour ont préféré abandonner l’avion de la République pour prendre un A340 de luxe avec 100 sièges de type première classe, loué à la plus chère entreprise spécialisée, Aérovision : un vol à 350 000 euros, payé avec l’argent public. Le vol de l’armée disposant de 275 sièges économiques, est rentré quasiment vide. On ne vous parle pas du bilan carbone de l’opération, le chantage au réchauffement climatique c’est bon pour les crétins comme nous. D’anciens ministres ou des journalistes ayant emprunté le dit avion « inconfortable » ont pour leur part indiqué qu’ils ne voyaient pas du tout en quoi il était impossible de s’y reposer.

Edouard Philippe a déclaré assumer totalement son choix. Outre les inconvénients de la vieille carlingue qui l’auraient empêché d’arriver frais et dispos, les deux heures gagnées ont permis au Premier ministre de revenir « à temps » alors que Macron s’apprêtait à décoller pour l’Algérie. « En l’absence du chef de l’État, le Premier ministre doit se trouver en métropole », rappelle Edouard Philippe. Cette règle a souffert de nombreuses exceptions, tout récemment encore, mais Philippe n’a rien trouvé de mieux à sortir aux Français. Comme le suggère avec esprit Richard Hanlet dans Boulevard Voltaire, nos éminences sont sans doute des fans de la série Designated Survivor, excellente au demeurant, où l’on voit un obscur sous-secrétaire d’État au Logement finir le mandat du président des USA, après l’assassinat de masse de tout l’exécutif…

Au même moment, on apprend que le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a convié sa famille au sens large à passer les fêtes de Noël et du Nouvel An à Paris. Pour transporter neuf personnes et un chat, des policiers du SDLP, le service de protection des hautes personnalités, ont été spécialement réquisitionnés durant cette période où les effectifs se raréfient. Ce caprice ministériel tombe d’autant plus mal que la semaine dernière, un membre du SDLP s’est donné la mort devant une gendarmerie. Son suicide a mis en exergue les conditions de vie de ces fonctionnaires comme l’un des facteurs favorisant le passage à l’acte. « Une vie familiale éclatée en raison d’horaires imposés à la dernière minute, parfois justifiés par l’urgence mais d’autres fois pour le confort d’une huile », a asséné un syndicaliste policier.

Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 22 décembre 2017

Hypocrisie : Après le Cahuzac, le cas Hulot, par Caroline Parmentier

Avec neuf véhicules motorisés, la flotte pétaradante et réchauffante de Nicolas Hulot, balance les particules fines dans les poumons des enfants et flingue les ours blancs. Bravo le commissaire politique au carbone, le tartuffe écolo ! Le respect de la planète, c’est bon pour les pauvres.

« Celui-là c’est pour transporter mes chevaux, celui-là c’est pour ma villa en Corse, celui-là c’est pour aller chercher mon pépé en Bretagne et celui-ci j’y tiens beaucoup »… Comme un enfant gâté qui refuse de donner un seul de ses milliers de jouets au Secours Catholique avant Noël, Nicolas Hulot a une bonne justification pour chacun de ses joujoux. La transition écologique, c’est pour les sans-dents.

S’il n’y a pas moins d’une douzaine de millionnaires dans le gouvernement du « président des riches », Hulot avec sa fortune estimée à 7,3 millions d’euros, détient le deuxième patrimoine de l’équipe, derrière le ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Mais c’est surtout son impressionnante armada motorisée qui fait mauvaise impression de la part de ce chantre de la religion dominante qui fait régulièrement le procès de l’humanité et passe son temps à culpabiliser les gens : six voitures, une moto, un scooter et un bateau !

Le pollueur millionnaire

Son 4×4, un Land Rover vieux de 20 ans, véritable arme de destruction écologique massive, « reste en Corse » se défend-il. Les amoureux de l’Ile de Beauté apprécieront. Sa 2 CV, tellement bobo, vieille de 30 ans, « est conduite par sa fille ». Merci pour les poussettes qui croisent le chemin de son pot d’échappement. Son van ? C’est bien la moindre des choses car comment sa femme transporterait-elle « ses chevaux » sinon ? Et sa Volkswagen, c’est « pour les vacances en famille ». Merci pour les autres familles, celles qui stationnent derrière eux dans les bouchons du péage de Rocquencourt.

Nicolas Hulot, le ministre emblématique qu’Emmanuel Macron voulait tellement dans son gouvernement, nous évoque un peu ces gourous de secte qui face à la menace d’une fin des temps qu’ils annoncent imminente, nous conseille de renoncer à tout, d’abandonner nos voitures, de ne plus manger de viande, de ne plus prendre de bains, de ne plus toucher à un sac en plastique sous peine de mort. Et que l’on retrouve dans un jacuzzi bouillonnant géant avec trente disciples, dévorant des quartiers de viande, à bord d’un yacht qui crache une marée noire…

Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 19 décembre 2017

« One Planet Summit » : Macron fait son show, par Franck Delétraz

Dans le prolongement de son ridicule – mais très médiatique – « Make our planet great again », Macron organisait mardi à Boulogne-Billancourt le « One Planet Summit », raout des grands de ce monde visant à faire avancer la lutte contre le prétendu réchauffement climatique. Un sommet qui, côté mesures, a accouché d’une souris, mais a en revanche permis au mégalomane de l’Elysée de se donner, l’espace d’une journée, un semblant de stature internationale.

Macron se met en scène

Posant fièrement aux côtés d’une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, paradant au milieu des principaux acteurs financiers du globe, l’ex-employé de la Banque Rothschild était à coup sûr dans son élément. Et c’est face à ce parterre doré, excité par des chauffeurs de salle, que le Président, arpentant selon une chorégraphie bien huilée « La Scène musicale », espace culturel bâti sur les ruines des usines Renault où s’échinaient jadis des « prolos », a alors interpellé la communauté internationale.

Martelant que l’« on ne va pas assez vite », que l’augmentation des températures pourrait aller jusqu’à « 3,5 degrés » ou encore que l’« on est en train de perdre la bataille », Macron a même averti ses auditeurs que « cinq, dix, quinze » des chefs d’Etat présents seront bientôt dans l’incapacité de représenter leur pays !

Un discours catastrophiste repris en chœur par les intervenants successifs qui, tous ou presque, ont condamné la décision de Trump de se retirer de l’accord de Paris. En se gardant bien toutefois de souligner la faible représentation de la Chine, pourtant premier pollueur de la planète…

Beaucoup de paillettes et peu de mesures

Quoi qu’il en soit, il ne sera pas sorti grand-chose de cette « bousculade » de bonnes intentions : pas plus d’une douzaine de mesures, dont un bon nombre ont d’ailleurs déjà été mises en œuvre. Ainsi Theresa May, Katrin Jakobsdottir ou Mark Rutte, chefs des gouvernements britannique, islandais et néerlandais, n’ont-ils fait que répéter des engagements déjà pris. Tout comme le mexicain Enrique Peña Neto qui, répétant son intention de créer un marché carbone étendu sur le continent américain, a « omis » de préciser quel sera le prix du carbone moyen dans ce projet, élément pourtant nécessaire pour garantir le succès de l’initiative…

Franck Delétraz

Article paru dans Présent daté du 13 décembre 2017

La crèche résiste comme jamais !, par Caroline Parmentier

Après la guerre des crèches en 2016, un vent de fronde souffle en ce mois de décembre sur la France. De plus en plus d’espaces privés ou publics veulent la leur cette année, affichant fièrement ce symbole d’identité culturelle et de résistance chrétienne.

La crèche c’est festif. La crèche c’est artistique. La crèche c’est le savoir-faire artisanal et local. La crèche c’est bon pour les enfants… On n’a jamais avancé autant de bonnes raisons d’avoir une crèche ! Comme si les interdictions de ces dernières années, les poursuites en justice, les relents de haine inspirés de la Terreur avaient eu l’effet inverse de celui escompté.

Des écoles sous contrat comme celles de Clamart ont organisé dès le mois d’octobre des concours de crèches pour les enfants de sixième, récompensant la plus belle. Au centre commercial de Parly 2 (Le Chesnay) la crèche supprimée en 2011, avait fait sa réapparition. En 2017 elle ne se fait pas toute petite et on ne peut pas louper ses personnages grandeur nature. Bravo également aux jardineries Truffaut comme celle de Saint-Germain en Laye ou à ces boutiques parisiennes comme le charmant Au bon Chic, rue des Gâtines dans le 20e. C’est chez eux que nous irons en priorité faire nos achats de Noël.

A Béziers, Robert Ménard persiste et signe malgré le jugement du Conseil d’Etat. Il devait inaugurer lundi la crèche installée à l’Hôtel de Ville. Les personnages de la Nativité vont s’installer bien au chaud dans l’entrée de la mairie. « Touche pas à ma crèche » clame en une la dernière livraison du journal municipal.

Vendredi, une crèche a été installée dans le hall du conseil départemental de la Vendée, à La Roche-sur-Yon. Une tradition qui dure depuis près trente ans mais qui depuis trois ans fait l’objet d’une persécution judiciaire à rebondissements à l’initiative des obsédés de la Libre-Pensée (qui ne trouvent en revanche rien à redire aux prières musulmanes de rue).

Les mairies FN en tête mais aussi des mairies LR et des Conseils régionaux installent leurs crèches. « Qu’ils viennent donc la démonter, s’ils l’osent ! » avait averti Julien Sanchez à Beaucaire. Pour protester contre l’interdiction de la cour d’appel de Douai (sur dénonciation d’un élu communiste) qui a déclaré illégale l’installation de la crèche de Noël à la mairie d’Hénin-Beaumont en décembre 2015, Steeve Briois a lancé un concours de la plus belle crèche et une pétition en signe de protestation : « Crèche de Noël interdite, nos traditions bafouées ».

Privé de crèche de Noël par le Conseil d’Etat dans l’Hôtel de région de Lyon, Laurent Wauquiez organise cette année une expo de santonniers pour détourner l’interdiction. Au Conseil régional des Hauts-de-France, lors de la séance plénière du 23 novembre, Mireille Chevet élue FN, a demandé au président Xavier Bertrand la mise en place d’une crèche. Rappelant sa totale conformité avec la loi de 1905, notamment par le jugement du Conseil d’Etat du 9 novembre 2016, elle a fait valoir la mise en valeur du savoir-faire local citant les associations concernées. Xavier Bertrand membre du Grand Orient de France, qui a obtenu sa présidence grâce à la gauche et à l’extrême gauche, a bien évidemment méprisé sa demande. La région Paca vient pourtant d’installer la sienne dans le hall du Conseil régional de Marseille. Le groupe FN en a félicité l’exécutif LR !

Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 5 décembre 2017