Théorie du genre: quand toute la société est une «micro-agression»

transgenre

Le seul fait de ne pas pouvoir choisir à 100% son identité profonde est perçu dans nos sociétés d’êtres hyper sensibles comme une « micro-agression ».
Découvrez cette tribune signée Jérôme Blanchet-Gravel

Ce n’est pas un hasard si le triomphe de la théorie du genre survient à un moment où le désir d’affranchissement du monde biologique se fait plus que jamais ressentir. La pandémie nous a plongés dans une société où les murs de la ville font de plus en plus office de décor, une société abstraite, virtuelle, où les rapports sociaux sont relégués en grande partie sur les réseaux sociaux. Idéologie fondée sur une volonté de dépassement des barrières physiques, le transgenrisme apparaît comme le produit d’une époque qui cherche à abolir une portion de la nature humaine au nom du progrès.

Un « techno-existentialisme »

Évidemment, le brouillage des sexes chez certains individus n’est pas nouveau et ne pose aucun problème dans une société libre – on en trouve diverses manifestations dans l’histoire et les cultures –, mais la théorie du genre pousse beaucoup plus loin que ses prédécesseurs cette volonté de dépassement.

Il faudrait pouvoir choisir notre identité sexuelle comme de futurs parents veulent sélectionner dans un catalogue les traits de leurs enfants à naître et leurs mères porteuses, allant jusqu’à choisir la couleur de leurs yeux, leur potentielle résistance au stress et leur quotient intellectuel approximatif. Il faudrait se construire un profil personnel à la carte, en faisant fi de tous les déterminismes qui bien sûr conditionnent nos vies. Nous voilà devant une sorte de « techno-existentialisme ».

Désormais, tout ce qui n’est pas voulu et consenti par l’individu fragile est vu comme une menace à son intégrité et à son développement. Qu’il soit justifié ou non sur le plan sanitaire, le port normalisé du masque symbolise bien ce repli sur soi, ce refus de l’Autre et du monde extérieur au profit d’un individu plus que jamais centré sur lui et qu’on s’imagine intérieurement libre comme l’air. Le port du masque nous enjoint d’ailleurs à nous replier sur nos écrans en laissant tomber nos semblables à nos côtés. Le corps même, les racines et l’environnement social deviennent des entraves à cet égo créateur et artiste de lui-même, mais perméable aux nouvelles modes progressistes.

Société à la carte, identité à la carte

Si nous sommes entrés dans l’ère de ce que Marcel Gauchet appelle « la société choisie », nous sommes aussi entrés dans l’ère de l’être choisi, de l’identité choisie sans limites ni contraintes. Un phénomène qui d’ailleurs entre en contradiction directe avec le penchant essentialiste de la gauche décoloniale, qui au contraire enferme plutôt les individus dans leurs origines. Ce courant survivra-t-il à la virtualisation du monde ?

Pour Marcel Gauchet, cette société choisie est le fruit de l’usage des réseaux sociaux que la pandémie a renforcé. Il s’agit du « modèle du like » qui consiste « à tenir la “grande société“ à distance autant que possible ». « On tend à se fabriquer une “petite société“ à l’intérieur de la grande, avec des gens qu’on se choisit individuellement, tandis que la vie sociale consiste normalement à vivre avec des gens qu’on ne choisit pas », analyse le philosophe avec Marianne, en novembre 2021.

Le transgenrisme est un transhumanisme

Le transgenrisme obéit à la même logique, mais à l’échelle individuelle. Le seul fait de ne pas pouvoir choisir à 100% son identité profonde est perçu dans cette société d’êtres hyper sensibles comme une « micro-agression ». Dans un élan de violence psychologique contre leur liberté, la société « assignerait » le sexe des individus à la naissance, elle ne le constaterait pas, comme on constate le lieu de naissance.

Dans cette optique, la seule manière de s’affranchir totalement des normes sociales toutes vécues comme oppressantes (à l’exception des normes sanitaire et woke) serait de s’extraire enfin complètement du monde, pour créer son petit safe space. Un projet dont entend se charger les Mark Zuckerberg et compagnie en offrant un espace d’irréalité, la réalité virtuelle.

En 2009, des films à grand succès comme “Avatar” anticipaient déjà l’avènement d’un monde marqué par cette scission entre le corps et l’esprit. Si le film de James Cameron se veut d’abord un plaidoyer écologiste, il fait aussi la promotion d’une vision « jeu vidéo » du monde. En 2154, des méchants Terriens (Occidentaux) débarquent sur la planète Pandora habitée par d’innocents extraterrestres (Indigènes). Le personnage principal, Jake Sully, laissera tomber sa culture productiviste pour trouver l’amour et embrasser l’animisme. Mais c’est grâce à l’intégration d’un autre corps (son avatar) et l’abandon définitif du sien, un corps malade qui ne correspond plus à ses aspirations, que Jake Sully parviendra à s’épanouir et à retrouver le bonheur.

Tribune reprise de Tribune reprise de Boulevard Voltaire

« >Causeur

Jérôme Blanchet-Gravel : « Affaire Mila : les islamistes ont réussi à imposer en France leur vision ! »

Le site Boulevard Voltaire a publié un entretien exclusif de Jérôme Blanchet-Gravel. Cet essayiste québécois revient sur l’Affaire Mila et s’inquiète notamment des résultats du récent sondage selon lequel 50% des Français désapprouvent le droit au blasphème. Pour Jérôme Blanchet-Gravel, cette information montre que les islamistes ont réussi à imposer, en France leur vision en faisant croire à une équivalence entre race et religion…

Jérôme Blanchet-Gravel, que vous inspire l’affaire Mila ?

Cette affaire confirme d’abord que la liberté d’expression recule dangereusement, même en France, pays censé en être le phare mondial. Certains commentaires émis par Mila dans sa vidéo devenue virale sont maladroits, voire vulgaires, ce qu’elle reconnaît elle-même. En revanche, le droit de blasphème faisait, jusqu’à récemment, partie de la culture française : les réactions démesurées contre Mila prouvent que ce droit est remis en question. Nous vivons dans une société où il est permis et même bien vu de se moquer publiquement de la tradition chrétienne. On l’a encore constaté récemment avec cet humoriste qui a qualifié Jésus de « pédé » à la radio. Mais l’islam, lui, serait intouchable.

Les apôtres de la diversité culturelle ne veulent pas interdire la critique de toutes les religions, mais précisément celle de l’islam. Le sort réservé aux religions juive et chrétienne importe très peu, pour eux. Au contraire, ces religions sont présentées comme les piliers idéologiques de l’impérialisme, l’intolérance et la colonisation. L’islam, lui, serait une grande religion de paix et d’amour : il aurait même le pouvoir de nous ramener à la concorde du califat de Cordoue. Quelle chance avons-nous !

Le sondage récent selon lequel 50% des Français désapprouvent le droit au blasphème est extrêmement inquiétant. Cette donnée montre que les islamistes ont réussi à imposer, en France, leur vision. Ils ont réussi à faire croire à une équivalence entre race et religion. Toute critique de l’islam est perçue comme une forme de racisme, alors que les Occidentaux dénigrent sans retenue leur propre héritage religieux. Mais, surtout, l’émotion est en train de supplanter la raison : la simple offense ressentie par un croyant zélé est considérée comme un véritable argument. Notre monde est de moins en moins rationnel.

#JeSuisMila et #JeNeSuisPasMila, visiblement, le débat contemporain à l’ère des réseaux sociaux refuse la nuance… Qu’en pensez-vous ?

J’avoue qu’il y a quelque chose de manichéen dans ce débat. Toutefois, à choisir, je suis Mila sans hésiter. Pour bien comprendre l’évolution des mentalités, il faut nous replonger à l’époque des suites de l’attentat de Charlie Hebdo, en janvier 2015. Un « Je ne suis pas Charlie » avait émergé et choqué, mais cette posture réactionnaire était beaucoup moins répandue que le « Je ne suis pas Mila ». L’opinion publique s’était massivement rangée derrière Charlie, ce qui n’est pas le cas pour Mila. Bien sûr, l’attentat de Charlie Hebdo a été particulièrement dramatique et violent, mais je ne sous-estimerais pas les centaines de menaces de mort et de viol reçues par Mila, qui demeure une jeune femme homosexuelle de 16 ans, faut-il le rappeler. D’ailleurs, où sont les féministes en vogue pour dénoncer frénétiquement la culture du viol ?

Le « Je ne suis pas Mila » témoigne d’un recul de la liberté de pensée corollaire à la radicalisation des sensibilités religieuses. La France s’enfonce dans l’émotivité superstitieuse et le politiquement correct. Par le fait même, elle renie son noble héritage.

On a tendance à regarder nos cousins outre-Atlantique comme des paladins de la liberté d’expression. Est-ce vraiment le cas ?

Oui et non. Le Québec est très influencé par la gauche multiculturaliste américaine, en particulier sa petite élite montréalaise, qui se complaît dans le confort de la consanguinité intellectuelle. Par sa simple position géographique, le Québec subit l’influence d’un monde anglo-saxon qui renoue plus que jamais avec son héritage puritain. Dans son rapport à la sexualité comme à la religion.

Toutefois, l’élection du gouvernement nationaliste du désormais Premier ministre François Legault, en octobre 2018, a redonné un élan aux défenseurs de la liberté d’expression au Québec. S’il lui manque quelque peu de profondeur intellectuelle, ce gouvernement a le mérite ne pas se soumettre au politiquement correct. C’est un vent de fraîcheur. En ce qui a trait aux thèmes comme « l’islamophobie » et le multiculturalisme, nous retrouvons au Québec sensiblement la même polarisation qu’en France, mais en version miniature.

Quel est l’adversaire, en ce cas ? Le politiquement correct ou la volonté d’une minorité religieuse visible ?

Le politiquement correct et le multiculturalisme se renforcement mutuellement : ils ont été fabriqués dans le même moule. Pour défendre la liberté de pensée, il faut renouer avec le débat raisonné et cesser de considérer la moindre réaction émotive comme un argument intelligent.

Sinon, ce qui est intéressant à observer, c’est la hiérarchie des différences scrupuleusement respectée par nos supposés défenseurs de la diversité intégrale. La diversité est loin d’être défendue sous toutes ses coutures. La race et la religion l’emportent sur la diversité sexuelle. Comme lesbienne de 16 ans, Mila fait théoriquement partie de la diversité. Cependant, Mila est blanche et a osé critiquer une religion étrangère. La diversité sexuelle est à la mode, mais surtout quand elle est « intersectionnelle ». Le progressiste 2.0 fera toujours passer la sensibilité d’un « colonisé » avant la différence sexuelle d’un « colonisateur ». Mila en paie le prix fort aujourd’hui.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Jérôme Blanchet-Gravel : « le multiculturalisme nous replonge dans un état d’ensauvagement »

16/02/2018 – FRANCE (NOVOpress)
La promesse multiculturelle, véritable totem contemporain, n’a pas fini de faire taire les sceptiques. Alors justement, Radio Sputnik a reçu l’un d’entre eux : Jérôme Blanchet Gravel.

Notre invité n’a que 28 ans mais, comme nous le savons, « aux âmes bien nées, les livres n’attendent pas le nombre des années ». Son dernier essai, « La face cachée du multiculturalisme », publié aux éditions du Cerf, est déjà son quatrième.

Un ouvrage éclairant car contre-intuitif : pour notre invité, le multiculturalisme est présenté comme un progrès mais serait en réalité brutalement réactionnaire.