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Hidalgo et Jeff Koons, complices pour enlaidir Paris, par Françoise Monestier

Le monde spéculatif de l’art contemporain se déchire à belles dents depuis qu’Anne Hidalgo a accepté le cadeau empoisonné de Jeff Koons « à la ville de Paris et au peuple de Paris » pour rendre un hommage posthume aux victimes des terroristes islamiques qui avaient aligné plus de 130 victimes (et plus de 400 blessés) au Bataclan et dans différents points de Paris le 13 novembre 2015.

Une initiative américaine

A peine un an après la tuerie, le 21 novembre 2016, l’artiste présentait en territoire étranger – en l’occurrence l’ambassade des Etats-Unis à Paris – son projet d’une sculpture géante représentant des tulipes gonflables tenues par une main anonyme et se voulant une référence à la statue de la Liberté. Il s’agissait en fait d’un faux geste de compassion destiné à gonfler ses carnets de commande et à donner le beau rôle à Washington.

Lors de cette conférence de presse réservée à dix journalistes triés sur le volet et à 90 privilégiés – dont le collectionneur François Pinault, Anne Hidalgo, les directeurs respectifs du musée d’Art moderne et du palais de Tokyo, Delphine Arnault et son compagnon Xavier Niel ainsi que des galeristes de renom –, Koons martelait que Le bouquet de tulipes devait prendre place sur la place de Tokyo, entre les deux entrées des deux grand musées parisiens… et à deux pas des avenues Kennedy et du président Wilson. Que croyez-vous qu’il arriva ? Ce fut Anne Hidalgo qui céda, tout heureuse de complaire à l’envahissant Koons, qui avait eu l’honneur d’être sacré à Versailles roi de l’art contemporain, mais qui avait eu également sa rétrospective au Centre Pompidou et qui ne demandait pas mieux qu’un nouvel adoubement. Tout heureuse également d’avoir répondu cinq sur cinq au projet de l’ambassadeur américain à l’origine du projet, la démocrate Jane Hartley, très proche d’Obama qui l’avait nommée à ce poste diplomatique de prestige et qui voulait ainsi redorer le blason de l’amitié franco-américaine.

Un choix contestable

Ce monument de plus de 35 tonnes, réalisé en Allemagne pour un coût total de plus de trois millions d’euros – le tout financé par des mécènes qui bénéficieront d’abattements fiscaux à hauteur de 66 % de leurs contributions, et donc par le contribuable lambda, mais aussi par l’Etat qui sera obligé de s’associer au financement de l’implantation du mastodonte – va bouleverser l’harmonie actuelle entre les colonnades du musée d’Art moderne et le palais de Tokyo. De plus, l’avis et l’accord des architectes des Bâtiments de France sont nécessaires pour une telle construction à proximité de bâtiments classés monuments historiques, ce qui est le cas du palais de Tokyo.

Autant de raisons qui expliquent la pétition récemment publiée dans Libération pour s’opposer au projet. Les différents signataires au nombre desquels figurent Fréderic Mitterrand, mais aussi l’artiste Christian Boltanski ou Alexia Fabre, conservateur du musée Mac/Val, demandent ni plus ni moins l’abandon du projet et soulignent que ce bouquet qui ressemble à des ballons dégonflés, n’a aucun rapport avec la tuerie du 13 novembre et représente surtout une promotion scandaleuse de « l’impérialisme artistique américain », de l’art spéculatif et de sa marchandisation tellement prisés par la Fondation Louis Vuitton ou François Pinault, pourtant très opposé aujourd’hui au bouquet empoisonné de Koons. Tout comme d’ailleurs l’adjoint d’Hidalgo à la culture, Bruno Julliard, très critique sur la question.

Quelle que soit la décision prise en dernier ressort par Françoise Nyssen, spécialiste de l’esquive, de la promotion des fausses valeurs et de la chasse aux monuments de notre littérature, cette sculpture géante a les mêmes tares que le fameux Mur pour la Paix, édifié en l’an 2000 sur l’esplanade du Champ-de-Mars. Une monstruosité de plus de 52 tonnes, réalisé par le sculpteur Clara Halter et l’architecte Jean-Michel Wilmotte, qui n’en finit pas de se dégrader au fil des intempéries ou de certains actes de vandalisme mais qui fait figure d’intouchable.

Mur pour la Paix ou mur de la honte ?

Jacques Chirac, alors président de la République et très ami avec le cauteleux et intrigant Marek Halter, époux de l’artiste récemment décédée, n’avait ménagé ni son temps ni sa peine pour que le monument, déclinant le mot PAIX en 32 langues, ait sa place à une portée d’encablure de la tour Eiffel. Edifié au départ pour une occupation territoriale de quatre mois, il a rapidement joué l’incruste et n’a toujours pas été mis à bas, alors que son emplacement sur un site classé l’exigeait. Mais Marek Halter, qui sait apitoyer les puissants et la mairie de Paris, attend que l’association Le Mur pour la Paix – 2000 fasse les travaux nécessaires pour garantir la sécurité des visiteurs. Pendant que l’association des Amis du Champ-de-Mars déplore, elle, la rupture que ce mur engendre dans la perspective entre l’Ecole militaire et la tour Eiffel, la mairie de Paris, la rue de Valois et la préfecture de Police se renvoient la balle. Quant à Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement, elle milite pour son démontage mais n’est pas près d’être entendue, la disparition récente de Clara Halter conférant à ce mur un caractère immuable. Immuable comme les murs qui entourent Bethléem ou coupent Nicosie en deux.

S’agissant du bouquet de tulipes gonflables de Jeff Koons, on pourrait suggérer à Anne Hidalgo de demander à son ami Pinault, parrain de Koons dans l’Hexagone et à Venise, de prendre à sa charge les travaux d’installation du bouquet empoisonné en l’installant devant l’ancienne Bourse du commerce que la mairie de Paris lui a offerte après avoir déboursé la coquette somme de 63 millions d’euros, histoire de permettre au milliardaire spéculateur d’art moderne de posséder un musée en plein centre de Paris. Pinault peut bien débourser trois sous.

Françoise Monestier

Article paru dans Présent daté du 2 février 2018