Réforme des retraites – Marine Le Pen : « Il n’est pas opportun de nommer quelqu’un qui a fait sa carrière dans un grand groupe ! »

Le député Laurent Pietraszewski a été nommé secrétaire d’État chargé des Retraites pour succéder à Jean-Paul Delevoye. Marine Le Pen réagit à cette nomination, alors qu’on a appris que Laurent Pietraszewski a perçu, en 2019, 72.000 euros du groupe Auchan dans lequel il était employé avant d’être élu député.

Elle revient sur les positions de Jean-Luc Mélenchon, de la CGT et des autres syndicats sur la réforme des retraites.

Pour quelle raison avez-vous critiqué, sur Twitter, la nomination du haut-commissaire aux Retraites sur ses intérêts avec le groupe Auchan ?

J’ai critiqué cette nomination tout simplement parce qu’un des débats autour de cette réforme des retraites est le bénéfice assez considérable que vont en tirer les grands groupes et les multinationales. Pour éviter toute suspicion de conflit d’intérêts, il n’est peut-être pas de bonne politique de nommer quelqu’un qui a fait la totalité de sa carrière au sein d’un grand groupe. Durant toute sa carrière, il était chez Auchan. En 2019, il percevait encore des indemnités de licenciement. Le problème du conflit d’intérêts c’est que sa suspicion est suffisante pour éviter de telles nominations. Or, on a le sentiment qu’il y a de plus en plus de représentants de grands groupes qui vont évidemment bénéficier de cette réforme des retraites.

Cette nomination fait suite à la démission très médiatisée de Jean-Paul Delevoye. Il avait été mis en cause pour treize mandats qui pouvaient entrer en contradiction avec son mandat de haut-commissaire aux Retraites. Qu’est-ce que cela évoque de nommer également quelqu’un dont le passif est problématique ?

Je pense que le gouvernement n’a personne d’autre. Ils vivent entre eux. Ils ne connaissent pas d’autres personnes que celles issues du milieu qu’ils fréquentent. C’est l’endogamie totale. Cela pose un vrai problème. La situation des retraites et les choix faits pour les retraites de demain touchent précisément à l’intérêt général. Il doit donc être tenu éloigné des intérêts particuliers, et notamment des intérêts financiers particuliers. Or, M. Marleix a eu l’occasion de le soulever à l’Assemblée nationale. On sait très bien que, par au moins deux biais, les très grands groupes vont bénéficier de cette retraite. Soit les grands groupes assurantiels et peut-être même les groupes bancaires au travers des assurances complémentaires qui vont être mises en œuvre autour de cette retraite. Les complémentaires sont supprimées. Les grands groupes qui livrent des salaires au-dessus de 10.000 euros vont faire des économies considérables du fait de la disparition des cotisations au-delà de ces 10.000 euros par mois.

Le Rassemblement national est fortement opposé à cette réforme. Jean-Luc Mélenchon avait déclaré, il y a quelques semaines, que Marine Le Pen faisait un pas vers l’humanisme et que ses adhérents étaient les bienvenus dans ses manifestations. Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas de leçon d’humanisme à recevoir de M. Mélenchon. Je pense que M. Mélenchon a pris conscience que le comportement de M. Martinez démontrait que son objectif n’était pas la défense des salariés mais de la gamelle. Il n’a pas voulu tomber dans le piège. Je pense que des dizaines de millions de Français vont être impactés par cette réforme des retraites. Par conséquent, je me réjouis à chaque fois que quelqu’un prend conscience lucidement des conséquences que va avoir cette réforme des retraites.
Je crois qu’il n’y a pas plus à en tirer. Je sais bien que certains journalistes s’excitent autour de je ne sais quel rapprochement. Nous pouvons être d’accord sur un certain nombre de sujets avec Jean-Luc Mélenchon. Il y en a un, au moins, qui nous divise profondément et durablement, c’est celui non seulement de l’immigration, mais aussi des relations qu’il est nécessaire de ne pas avoir, en ce qui me concerne, et d’avoir, en ce qui le concerne, avec l’islamisme radical.

La critique que vous formulez à M. Martinez, la formulez-vous sur l’ensemble des syndicats ou seulement sur la CGT ?

J’ai des propos assez rudes à l’égard des dirigeants des centrales syndicales pour une raison simple. Je les ai vus défendre l’Union européenne et cet accord de libre-échange. Je les ai vus défendre l’immigration de masse qui pèse à la baisse sur les salaires. Je les ai vus défendre la concurrence internationale déloyale. Je les pense assez éloignés des intérêts des salariés. C’est peut-être la raison pour laquelle ils ont de moins en moins d’adhérents et qu’une grande partie de leurs adhérents votent pour le Rassemblement national.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Delevoye, chantre du Grand Remplacement, par Franck Deletraz

Certains pourraient peut-être interpréter les propos profondément scandaleux tenus vendredi dernier par Jean-Paul Delevoye devant des « jeunes » de Créteil comme une stupide maladresse. Mais il n’en est rien. Affirmant tranquillement qu’il faudra « 50 millions de population étrangère pour équilibrer la population active en Europe en 2050 », le haut-commissaire à la réforme des retraites a, au fond, dit tout haut ce que ceux qui nous gouvernent et organisent notre grand remplacement depuis des années pensent tout bas.

Ainsi, a expliqué très sérieusement celui qui cumule actuellement son salaire mensuel de 10 135 euros brut avec ses pensions de retraite du régime général, « la démographie européenne et son vieillissement fait que, si on veut garder le même nombre d’actifs dans la machine économique, il va falloir 50 millions de population […] étrangère pour équilibrer la population active en 2050 en Europe ».

Regrettant au passage que « plus un politique [ne soit] capable de parler d’immigration parce que tout le monde s’hystérise », Delevoye est même allé jusqu’à déclarer qu’« on est dans un moment très malsain de notre démocratie où on cherche à jeter en bouc émissaire : hier c’était le juif, aujourd’hui c’est le musulman, après-demain ça sera encore un autre » ! Des propos lamentables qui ont tout de même fait réagir ses anciens camarades de la droite molle. Comme Bruno Retailleau, qui a jugé ces déclarations « indignes d’un membre du gouvernement ». Ou Eric Ciotti, qui a estimé qu’« entre la défense de l’équilibre des retraites par l’immigration massive et le parallèle douteux et inacceptable entre le juif d’hier et le musulman d’aujourd’hui, Jean-Paul Delevoye jette le trouble sur une réforme des retraites déjà bien mal embarquée ». Mais aussi, bien sûr, par le RN, dont la présidente a rappelé que le gouvernement a sa « feuille de route immigrationniste » dont il ne changera pas…

Une « planche pourrie » de la classe politique

Cependant, si ces déclarations de Delevoye sont effectivement scandaleuses, on notera que le haut-commissaire à la réforme des retraites n’en est pas à son coup d’essai et est même ce que l’on pourrait appeler une « planche pourrie » de notre classe politique. C’est sous sa présidence, en 2013, rappelons-le, que le Conseil économique, social et environnemental a considéré comme étant « irrecevable sur le fond » la pétition organisée par la Manif pour tous rassemblant plus de 700 000 personnes opposées au « mariage » gay. Une présidence d’ailleurs vivement critiquée par un cabinet d’expertise dans un rapport de 2014, enterré à la demande de Delevoye lui-même, dont les auteurs dénonçaient la « confusion des missions et des moyens » au sein du CESE et affichaient surtout leur suspicion de « conflit d’intérêts ».

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 2 décembre 2019