La rentrée de la gréviculture, par Jean-Gilles Malliarakis

C’était la rentrée des classes ce 1er septembre. C’est aussi le recommencement de l’agitation systématique programmée par les bureaucraties syndicales. Ainsi donc la CGT-Cheminots confirme qu’elle s’apprête à empoisonner la vie des Français qui travaillent. Premier syndicat à la SNCF, elle a en effet déposé un préavis de grève pour le 17 septembre. Ceci entrera dans le cadre d’une Journée nationale d’actions soi-disant « pour l’emploi, pour les salaires et les retraites. » Vaste programme. Nouvelles complications en vue dans la vie quotidienne des Français. Pour rien.

Le mot d’ordre remonte à juillet. Il a été repris par la FSU, Solidaires et plusieurs organisations de jeunesse.

L’annonce de cette grève a été, bien poliment, trop prudemment, critiquée par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Celui-ci déclare avoir « du mal à comprendre » cette grève alors que le plan de relance prévoit des investissements massifs dans le ferroviaire ainsi qu’une reprise de la dette de la compagnie ferroviaire à hauteur de 35 milliards d’euros. On ne sort pas d’une ligne constante de relative complaisance de la part de nos dirigeants.

Et, puisque M. Le Maire dit ne pas comprendre, essayons de lui expliquer ce qu’est et à quoi sert l’appareil de la CGT.

Les staliniens en ont repris le contrôle total depuis l’éviction de l’éphémère Thierry Lepaon et la nomination de Philippe Martinez comme secrétaire général en 2015.

Autrefois, c’est-à-dire entre 1943 et 2002, on pouvait considérer légitimement la centrale de Montreuil comme une simple courroie de transmission du PCF. Cette appellation officielle de parti communiste français est apparue, rappelons-le, dans le contexte de la clandestinité, où l’appareil était plongé depuis sa dissolution par le décret Daladier de 1939, lui-même consécutif au pacte germano-soviétique. Sa promiscuité avec la résistance, après le 22 juin 1941, permit ainsi de redorer le blason de la Section française de l’Internationale communiste. Dans le même temps le vieux dirigeant de la CGT d’avant-guerre, Léon Jouhaux allait être évincé en 1945 au profit de Benoît Frachon. Celui-ci demeura secrétaire général de la Confédération pendant 22 ans, puis président jusqu’à sa mort, en 1975. Il restait officiellement, et même statutairement, membre du bureau politique du Parti. Il avait fait partie du petit groupe des 4 rédacteurs, en janvier 1944, du tract de 6 pages, pompeusement intitulé Les Jours Heureux. Il y avait travaillé en association avec Duclos et deux autres communistes, Mercier et Villon : ce document est aujourd’hui présenté comme représentatif du projet de la Résistance avec un grand R, à l’origine de ce que l’on appelle aujourd’hui encore le Modèle social français.

Depuis 2002, les choses ont légèrement évolué. C’est cette année-là, que le jeune Martinez aurait en effet cessé d’appartenir officiellement à l’appareil du Parti, pour se consacrer pleinement dans la Fédération cégétiste de la Métallurgie. À l’élection présidentielle le candidat communiste Robert Hue n’avait obtenu que 960 000 voix, 3,4 % des suffrages exprimés, deux fois moins qu’en 1995, et nettement moins qu’Arlette Laguillier 1 630 000 voix, 5,7 %. Ce score désespérant, inférieur aux 8,6 % de 1995, imposait une présentation nouvelle de la vieille nuisance. Celle-ci continua sa descente aux enfers : en 2007, Marie-Georges Buffet allait obtenir 1,9 % des voix ; aux européennes de 2019, dernier test grandeur nature la liste conduite par Ian Brossat, l’espoir du Parti, fait un saut de puce à 2,5 %. Depuis les législatives de 1997, on sait, par ailleurs, que cet électorat fondant ne se recrute plus dans les familles ouvrières, et moins encore chez les paysans, mais chez les fonctionnaires, les enseignants et les personnels à statut protecteur de la SNCF, Edf, etc.

Ce déclin du PCF s’accompagne aussi de celui de sa Presse. Bien plus, la CGT, toujours dominante dans le secteur public étatisé, est devenue minoritaire, concurrencée par d’autres mouvements, dont la CFDT, dans les entreprises du secteur privé.

Ce n’est donc plus le parti communiste qui tire les ficelles de la CGT, mais au contraire celle-ci, qui dispose, notamment par l’intermédiaire des gros comités d’entreprise et autres institutions faussement sociales, des moyens d’action de l’appareil.

Quant à la FSU, scission syndicale communiste devenue majoritaire en 1992-1993 au sein de l’Éducation nationale elle signe elle-même ce changement de recrutement sociologique.

Le monde se transforme, la société évolue, mais les staliniens, eux, demeurent impavides et incorrigibles.

Ils continuent à saboter les entreprises et l’économie française, à décourager l’investissement dans l’Hexagone, accélérant les délocalisations industrielles, et, ainsi, à faire reculer l’emploi.

Au lendemain de la paralysie du TGV dans la nuit du 30 au 31 août qui vit une dizaine de trains et 5 000 voyageurs bloqués entre Dax et Bordeaux, la SNCF n’avait pas besoin d’une grève.

N’importe l’entreprise aux cégétistes et leurs camarades de Sud-Rail. Dans toutes les usines où ils sont implantés les staliniens et les trotskistes persistent à maintenir la rigidité de leurs pratiques désastreuses dont l’effet délocalisateur ne devrait échapper à personne. Pourquoi fabriquer en France aux conditions du fameux modèle, des charges, des 35 heures, et du syndicalisme à la française, dans le contexte de la concurrence européenne et mondiale ?

À la SNCF, autrefois performante mais où les problèmes se sont lourdement accumulés, depuis 25 ans, notamment sous le règne immobiliste de Guillaume Pépy, qui n’a rien résolu de 2008 à 2019, par peur des syndicats, au gré de la pseudo-réforme Cuvillier de 2014, cette hypothèque constante de la gréviculture et de l’agitation ne fait qu’alourdir les difficultés.

En faisant mine de ne pas comprendre, en annonçant de nouveaux investissements alimentés par l’argent des contribuables, à la merci de tels sabotages, le pouvoir technocratique continue cette ruineuse politique de l’autruche, dont les Français payent l’addition.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Élections : l’enfumage continue, par Jean-Gilles Malliarakis

Dès le soir du deuxième tour, ce 28 juin, on pouvait entrevoir la manœuvre, grosse comme une maison. Mais il pouvait sembler un peu osé d’en anticiper complètement le développement. Hélas, dans un pays où les gouvernants nous prennent de plus en plus pour des jambons, la réalité, une fois encore, dépasse la fiction.

Première imposture, la Convention citoyenne porte de mieux en mieux son nom. Il est vrai que le régime républicain en France a été fondé, en septembre 1792, par une assemblée élue par 11,9 % des électeurs, un peu plus, soyons honnêtes, que pour l’Assemblée Législative en 1791, où la participation avait été de 10,2 %. Ces records d’abstention sont encore loin d’être dépassés. Mais on s’en rapproche et on conçoit qu’en l’honneur des grands ancêtres on appelle à nouveau Convention une réunion privée de représentativité.

Efficacement manipulé et longuement travaillé par de soi-disant experts non-contradictoires, l’échantillon artificiel des 150 néo-conventionnels s’est donc rallié à un programme prévisible, étrangement ressemblant à un projet issu de l’idéologie de la délicieuse et souriante Greta Thunberg.

Mais il ne suffit pas seulement d’intimider la pseudo-Convention, il faut également faire pression sur les assemblées délibératives qui détiennent encore, en théorie, le pouvoir législatif.

Cette pression sera double : d’abord on nous assène l’hypothèse de quelques ajouts de principe dans la Constitution. De modestes modifications, toutes petites en apparence, mais dont l’adoption même aura été mise en scène, nimbée d’emphase au point de l’emporter de façon péremptoire sur toute critique rétrospective. L’invention du mot “écocide”, – un néologisme particulièrement disqualifiant, – est en elle-même significative. Le progressisme n’accepte jamais d’être remis en cause, tel le message de Mahomet supposé “le sceau de la Prophétie” : revenir en arrière relève du blasphème – au moins jusqu’à ce que le système lui-même s’écroule.

Ensuite, et c’est là où l’enfumage électoral devient indispensable, il convient de permettre aux médias de dire n’importe quoi à propos des résultats, de les limiter à quelques grandes villes, et d’affirmer qu’il s’agit de la vox populi.

De toute évidence la prétendue vague verte, très modeste en réalité, n’est qu’un phénomène ne dépassant guère 7 ou 8 % de l’opinion. Elle ne constitue guère qu’une nouvelle phase du “dégagisme” qui s’est portée, en partie, sur le vote illusoire Macron au premier tour de 2017, puis sur les Gilets jaunes en 2018, ou sur la liste RN aux européennes, et maintenant, dans quelques grandes villes, sur certains listes de gauche effectivement “verdies” par l’adjonction de cette composante de l’extrême gauche. Mais si la gauche s’est élargie à sa dimension “écologiste” elle est loin d’avoir gagné partout et pas nécessairement sous cette forme.

On se demandait au soir du scrutin pourquoi le ministre de l’Intérieur, contrairement à la tradition, parlait si tôt et n’effectuait aucune synthèse du résultat, n’évoquant que les quantité de gel hydro alcoolique et autres prestations méritoires de l’administration, etc.

Il s’agissait en fait de passer aux médias le relais de l’enfumage.

Ainsi le président allait pouvoir passer à autre chose qu’à la prise en compte de l’esprit de la Constitution : ou bien le chef de l’État, désavoué par le peuple s’en va, ce que fit De Gaulle en 1969, ou bien il laisse le pouvoir au Premier ministre, que dans la lettre de la loi constitutionnelle de 1958 il ne peut pas contraindre à démissionner, ce qui donna aussi en 1986 la pratique de la cohabitation.

Mais de tels scénarios supposeraient que l’on accepte la démocratie, c’est-à-dire le pouvoir souverain du peuple.

Ni l’idéologie écologiste ni la technocratie relookée, pseudo-moderniste, celle du “monde nouveau”, n’acceptent une telle hypothèse. Pour la fustiger on a même inventé un doublon jargonnant : on parle donc de “populisme” un mot qui veut dire exactement la même chose, le pouvoir du peuple.

J’insiste aussi sur un point : le premier parti de France est de plus en plus celui des abstentionnistes. ; or, il a été alimenté volens nolens par le matraquage terrifiant, de mars à juin, des messages quotidiens du Dr Salomon. Les vieux enfants sages, ceux qui traversent dans les clous, ont été dissuadés de voter, laissant ainsi la majorité à ceux qui ne respectaient pas le confinement, confirmant un vieux chant révolutionnaire “la rue appartient à celui y descend”.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Le piège de la dictature verte, par Jean-Gilles Malliarakis

La Convention artificielle de 150 personnes prétendument tirées au sort pour représenter la société civile peut et doit être regardée sous plusieurs angles.

Tout d’abord la démocratie se targue, par principe et par définition d’incarner le pouvoir du peuple. Et à de nombreux égards, il est loisible et même légitime de s’interroger quant aux nombreux points faibles qu’elle développe au sein des États dont elle inspire les institutions. Le gouvernement d’opinion vaut d’abord ce que valent le concept et la réalité de l’opinion publique : le court terme l’emporte trop souvent sur le long terme, et les choix des hommes de l’État soumis à l’élection reflètent le plus souvent leur préoccupation d’être réélus. À l’inverse toutes les expériences de non-réélection, y compris celle du non-cumul des mandats, se sont soldées par des échecs.

Les défauts intrinsèques de toutes les démocraties sont bien connus, depuis des siècles. Un certain Platon expliquait déjà que le point de départ de sa réflexion, qui d’ailleurs évolua considérablement après l’échec de ses premières propositions elles-mêmes utopistes, fut déterminé par la condamnation de Socrate en 399 avant Jésus-Christ dont il rend responsables les restaurateurs de la démocratie athénienne. L’Évangile nous laisse comprendre qu’entre Jésus de Nazareth et Barabbas, le peuple choisit Barabbas. Un certain Voltaire disait préférer être dévoré par un beau lion plutôt que par deux cents rats de son espèce. Un certain Rousseau écrivait que ce régime si parfait ne convient pas à des hommes : il inspira cependant les fondateurs de l’idée républicaine en France, et notamment à Robespierre, dictateur en 1793 et 1794, lui-même qui avait convaincu la Constituante de ne pas permettre l’éligibilité de ses membres à l’Assemblée Législative etc.

Toutes ces critiques méritent sans doute d’être rappelées, et au final on retiendra, cependant, avec Churchill que ce régime, sous sa forme la plus achevée, c’est-à-dire celui de la responsabilité parlementaire, se révèle certainement le pire, à l’exception de tous les autres.

En effet la force irremplaçable de la démocratie réside dans le débat : sans libre débat, aucune vérité ne saurait être découverte.

Un pays comme la France ne crève pas, en effet, de la liberté des opinions, qu’on doit probablement considérer comme l’essence positive des systèmes démocratiques : la France crève depuis deux siècles de l’égalitarisme, sous toutes ses formes, et précisément cet égalitarisme reste un tabou. Il est pratiquement interdit d’en débattre. Observez toutes les lois restrictives de libertés qui se sont imposées en France, et dont la mode s’est étendue en Europe : elles vont dans le même sens. La folie mémorielle prétendument “antiraciste” mondiale prend racine dans la glorieuse législation parisienne, etc.

Or un tabou écologiste supplémentaire est en train de se mettre en place d’une manière analogue.

On ne veut plus sauver l’homme de sa médiocrité originelle. Ce propos fondateur des religions disconvient au laïcisme, et il messied aussi, reconnaissons-le, à nos médiocrités elles-mêmes.

On prétend sauver la Planète, sauver le Climat, etc. On pourrait aussi revenir, en tant que de besoin, aux plus archaïques sacrifices humains, imaginant exorciser ainsi la colère des dieux. Au nom du Progrès bien sûr. Interdit d’en débattre, interdit même d’en rire.

Observons de plus près la ridicule petite Convention de 150 personnes réunies par la Macronie. Elles sont considérées, – on ne sait pourquoi – comme représentatives. Mais regardez bien les photos : elles donnent surtout l’impression d’incarner la sottise des groupes, l’intelligence du plus bête divisée par le nombre des participants. Il est couramment admis qu’un échantillonnage sociologique n’est tenu pour représentatif de l’opinion générale qu’aux alentours de 1 000 individus. Mais là, il s’agissait de propager des mots d’ordre, des impératifs, des slogans : 150 lambdas suffisaient.

Restera maintenant à empêcher que cette imposture soit érigée en précepteur de moraline à bon marché, comme si elle avait été dictée à Moïse sur le Mont Sinaï. Il est encore temps d’enrayer la dictature verte. On pourrait, à vrai dire, commencer ce dimanche par un geste civique, tant qu’il est encore temps, en votant par exemple pour les moins-disants en matière de délire écolo.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Antiracisme et antifascisme comme prétextes, par Jean-Gilles Malliarakis

Dérivatifs presque aussi mondialement répandus que la pandémie du coronavirus, les manifestations mais aussi les violences et pillages de ces derniers jours, laissent évidemment perplexes. Partout dans le monde on nous somme de rendre hommage à George Floyd, cet honnête délinquant victime aux États-Unis d’une brutalité policière, certes assez choquante.

Et en France, par un effet de mimétisme inexplicable, on déterre une affaire présentée comme analogue remontant à plusieurs années, et des militants se rassemblent par milliers pour dénoncer un “racisme dans la police” amenant le ministre de l’Intérieur à s’aligner et à ordonner qu’on fasse de ce problème une priorité.

Sans doute les excès du confinement ont-ils contribué préparer une partie de la population à cette divagation unilatérale conduisant surtout au racisme anti-flic.

Or, dans la vague nouvelle de délires d’experts votre chroniqueur serait assez disposé à accorder une palme à un entretien avec Mme Naomi Klein militante écologiste et anticapitaliste canadienne de renommée mondiale publié par Le Monde ce 7 juin[1].

De son monceau de fadaises et pétitions de principes péremptoires pieusement recueillies on peut extraire cet aveu involontaire, fièrement résumé dans la phrase suivante : “Tous ces combats dans lesquels nous sommes engagés, que ce soit le combat contre les violences policières, contre le dérèglement climatique ou pour une économie juste, sont liés.”

Paradoxalement, oui, ces combats sont liés : par un même mensonge, par une même manipulation.

Quel autre rapport en effet, sinon celui d’une manipulation identique des prétextes au rassemblement des utiles idiots.

Car rien de tout cela ne doit être considéré comme vraiment nouveau.

C’est par exemple en 1935 que le Komintern adopta sous la conduite de Dimitrov l’étiquette antifasciste. Jusque-là l’Union soviétique avait fait fort bon ménage avec le gouvernement qui dirigeait l’Italie depuis 1922, ses principaux adversaires désignés étant l’Empire britannique et, secondairement la France. Au cours de la guerre d’Espagne certes Staline encadrera les fameuses Brigades internationales sous prétexte de soutenir le gouvernement républicain, mais il se révéla très vite que leurs cibles principales étaient les trotskistes et autres anarchistes. De même en 1939, il s’allia avec Hitler qui “traîtreusement” se retourna contre lui en 1941, etc.

Mais pour la terre entière la vaillante URSS était devenue le parangon de la lutte contre le fascisme.

De même pour le “racisme” dont on nous assure désormais qu’il caractériserait la société française. Pas assez accueillante nous dit-on.

La société soviétique d’hier et la société chinoise d’aujourd’hui, alors que les communistes du monde entier répercutaient les slogans “antiracistes” à sens unique, n’ont jamais accueilli les vagues de migrants qui frappent aux portes de l’Europe. On se demande pourquoi.

Face à la folie et au mensonge, une seule réponse : raison garder.

Face à l’islamo-terrorisme et à l’invasion, en revanche, la vigilance et la lutte s’imposent, sans concession.

[1] cf. Entretien avec Naomi Klein :”Seule une réponse très audacieuse à la crise nous mènera quelque part”

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Vers un monde plus dur, par Jean-Gilles Malliarakis

De charmants rêveurs voudraient nous faire croire que le monde d’après, qu’ils cherchent à anticiper, verra plus de petites fleurs, entendra mieux le chant des oiseaux, et troquera, bien sûr, l’automobile pour la bicyclette. Ce babil enfantin, un peu affligeant pour les grandes personnes, sied sans doute aux bobos des grandes villes.

Mais, à dire vrai, il semble assez éloigné des réalités qui malheureusement se dessinent.

Le président de la République ayant par hasard croisé, ce 17 mai, la route qu’il devrait prendre chaque jour, a cru bon d’inaugurer les chrysanthèmes, souvent délaissées par ses prédécesseurs du monument de Montcornet. Limitant la durée de son discours, pour une fois et par bonheur, à 16 minutes, il exaltait ce qu’il appelle l’esprit de résistance.

Sans doute ce grand garçon gagnera-t-il bientôt, quand il aura quitté les palais nationaux, à pouvoir lire quelques bons livres. Ils existent, s’agissant des combats de mai-juin 1940 et de la situation stratégique dans laquelle se trouvaient, à la fois, le pays réel et la troisième république agonisante. Je me souviens ainsi qu’en 1963 Jacques Chirac, collaborateur du Premier ministre à la cour, et maître de conférence convenable à la ville, un métier auquel il aurait dû rester fidèle, nous recommandait de lire Benoist-Méchin et même Beau de Loménie.

Au même âge le chef de l’État prétend avoir fréquenté la pensée de Paul Ricœur : il serait temps pour lui d’en sortir.

Car le temps presse : le monde actuel voit l’ensemble des pays occidentaux, aussi bien l’Europe de l’ouest que l’Amérique du nord, mais aussi le Japon, mais aussi l’Inde, mais aussi la plupart des pays d’Asie centrale et orientale, tous menacés par deux ennemis, et pas seulement deux partenaires : l’islamisme radical et le communisme chinois.

Ce 17 mai notre président se rendait sur les champs de batailles d’autrefois. Il invitait à se souvenir de Montcornet. Peut-être sa communication cherchait-elle à faire mieux oublier Azincourt, Pavie, Waterloo ou Sedan, et toutes les sanctions, infligées par l’histoire, à nos dirigeants frivoles et arrogants de toujours, dont nos technocrates assurent la continuité.

Le même jour, dans le monde réel, à Téhéran, Mohammad Javad Zarif ministre iranien des Affaires étrangères prétendait mettre en garde les Etats-Unis contre la présence de leur Marine dans les Caraïbes. Toute intervention américaine aurait pour effet, gronde-t-il, de perturber la livraison de pétrole iranien au Venezuela. La veille 16 mai, en effet, l’agence de presse Fars, émanation officieuse du régime des mollahs avait fait état du déploiement de 4 navires américains dans la région faisant craindre “une possible confrontation avec les pétroliers iraniens”.

Le régime de Caracas, en situation de faillite, largement dépendant désormais des financements chinois effectue actuellement avec l’Iran des transactions payables en or. Téhéran est ainsi chargé de remettre sur pied l’industrie pétrolière détruite par la mainmise depuis 20 ans de la mafia chaviste sur le monopole d’État PDVSA.

Paradoxe inouï, cette belle réussite du socialisme au XXIe siècle s’impose à un pays qui dispose des plus importantes réserves d’hydrocarbures du monde.

Mais la coopération grandissante entre la république islamique iranienne et la dictature marxiste vénézuélienne de Nicolas Maduro peut aussi surprendre certains, au regard des paradigmes idéologiques d’hier. Elle correspond hélas aux perspectives d’un XXIe siècle où se dessinent des affrontements de plus en plus durs. De bons esprits voudraient nous convaincre et, peut-être, se persuader eux-mêmes que les dirigeants occidentaux et les gouvernements du type de celui qui s’est imposé à l’Iran en 1979 auraient vocation à se rapprocher. Ce sont les mêmes qui voudraient maintenir un partenariat commercial profitable avec Pékin, son industrie esclavagiste sous-traitant les besoins de la grande distribution, aux États-Unis comme en Europe. Cette chanson va au rebours des confrontations qui s’annoncent. Elle ne sert qu’à désarmer nos peuples. Elles relèvent tout simplement de la trahison. Ceux qui, à 80 ans de distance, prétendent exalter l’esprit de résistance d’hier devraient en méditer l’actualité.

Personne ne saurait se féliciter des perspectives de la nouvelle guerre froide. Mais personne ne doit les ignorer. Et personne ne pourra s’y soustraire. Sauf à trahir.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Covid-19 – Tiers-mondisation de la France ?, par Jean-Gilles Malliarakis

Toujours persuadé, au fond, que ce pays reste la cinquième ou la sixième puissance mondiale et devrait se comporter comme telle, Éric Zemmour s’exclamait ce 13 avril sur CNEws, dans son émission Face à l’Info : “Si on n’est toujours pas capables de produire suffisamment de masques, cela veut vraiment dire que l’on est un pays du tiers-monde.

Cette terrible question était formulée le 14 avril, avant même l’intervention présidentielle. Fidèle admirateur des institutions de la cinquième république, un peu contrarié cependant par les faits du demi-siècle écoulé depuis 1970, notre brillant polémiste en attendait manifestement un caractère providentiel.

Or, il plaidait pour la fin du confinement la plus rapide possible. Le processus avait déjà été enclenché dans l’Europe du nord, en Autriche comme dans la majorité des Länder allemands notamment, en Tchéquie et même dans les deux pays les plus touchés, l’Italie et l’Espagne. Ainsi, la date choisie par le gouvernement de Paris pour amorcer la délivrance des Français pouvait servir d’indicateur quant au problème évoqué plus haut : sommes-nous devenus, oui ou non, un pays du tiers-monde ? Le lecteur peut, dès lors, considérer que poser cette question revient à y répondre.

Bien des traits de l’évolution de notre société, de notre bureaucratie et de la classe politique ne laissent pas de nous conforter dans le sentiment de déclassement, de déclin et, à certains égards, de déchéance. Ne nous égarons pas, cependant, dans la délectation morose du sentiment de décadence : nous ne sommes pas en présence d’une fatalité collective, mais d’un renoncement de la part de nos dirigeants.

Mais il n’est pas de pays du tiers-monde qui se respecte sans des médias servilement aux ordres du pouvoir et des affairistes de connivence.

Les noms viennent trop facilement à l’esprit pour que quiconque puisse douter de cette situation au sein comme au voisinage de l’État central parisien. Et la servilité de certains commentaires convenus a confirmé la consistance de ce qui a cessé d’être une rumeur pour devenir une certitude.

Ainsi put-on entendre, au lendemain du discours tristounet du 13 avril, l’ironique festival suivant sur BFM :

Ruth Elkrief : “Une date, un ton, l’humilité, l’empathie. Une allocution très carrée, très précise. Il y a une manière d’être beaucoup plus proche des Français. Et il y a un horizon. [… ] Il rappelle que nous sommes tous des êtres humains fragiles.”

Apolline de Malherbe : “C’était un ton extrêmement humble, assez naturel. Il était assez franc, assez vrai. Ensuite, l’humilité pour lui-même et sur l’avenir. On a le sentiment du Paul Valéry qui dit que les civilisations sont mortelles. C’est une étape extrêmement importante.”

Anna Cabana : “Dans la tonalité, l’espoir renaît. Dans ses précédentes allocutions, il était très tragédien. Là, il nous parle de jours heureux à venir. C’est du lyrisme souriant.”

Thierry Arnaud : “On a bien compris que sa manière à lui de se réinventer, c’est vraiment de lutter contre les inégalités.

Alain Duhamel : “C’est son meilleur discours depuis le début, le plus humain. Un discours plus modeste, précis. Il y avait un ton, des réponses, un calendrier.”

Bruce Toussaint : “Merci Monsieur le ministre de nous avoir réservé vos premières réactions après le discours du président de la République.”

Ainsi va ce pays, ainsi va une partie du monde, celle qui s’agenouille devant l’Empire du capitalo-communisme chinois.

On félicite ce régime abominable pour son efficacité. On le remercie déjà pour son aide humanitaire. Bientôt on sollicitera ses financements. Car on accepte, jour après jour, de dépendre de l’aide de la dictature de Pékin. Nos technocrates la jugent indispensable sinon pour enterrer dignement nos morts, du moins pour combler le coût, évalué à 120 milliards d’euros, 15 milliards par jour, de la prolongation des mesures trop tardives, consécutives aux dégâts sanitaires, occasionnés par les mensonges des obligés du camarade Xi Jin-Ping.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Quand la peur a pris le pouvoir, par Jean-Gilles Malliarakis

Les dirigeants politiques parisiens semblent avoir pris le parti de s’aligner, dans la crise actuelle, sur ce qu’ils présentent pour l’expertise médicale. On doit d’abord comprendre la peur panique qui commande cette attitude.

Tous craignent de se trouver débarqués comme le fut le malheureux professeur Mattéi, victime expiatoire au lendemain de la canicule d’août 2003, séquence pendant laquelle “Mattei était en vacances, son directeur de cabinet était en vacances, le directeur général de la Santé était en vacances“. Dans une telle circonstance “c’est le directeur adjoint de la Santé qui avait donné [la] réponse dont on sait qu’elle coûta son siège de ministre à Jean-François Mattei.” À savoir que “la Direction générale de la Santé l’avait rassuré, en lui disant que tout ça, c’étaient des bêtises”[1]

Jupiter a-t-il donc décidé de faire basculer le lieu du pouvoir des élus vers les experts ?

Un tel raccourci scandalise les intéressés eux-mêmes.

L’idéologie en effet ne perd pas ses droits.

Le successeur, au ministère de la Santé, de l’inodore et inconsistante Buzyn, marionnette de Big Pharma, représente en effet une couleur plus précise.

Celle-ci caractérise la Macronie et son prétendu nouveau monde. Olivier Véran, à la fois neurologue et homme politique, fut, en 2015, élu aux régionales sur la liste socialiste de l’Isère. On le retrouve en 2017, comme beaucoup de chevaux provenant de la même écurie, député macronien de Grenoble. En 2019, c’est sa compagne Coralie Dubost qui fit office de rapporteur de la loi dite bioéthique, tendant à permettre la fameuse PMA pour toutes.

Or, c’est en catastrophe, le 7 mars, que ce personnage au verbe un peu plus péremptoire que celui de pas mal de ses collègues a dressé la liste des 10 membres du comité d’experts qu’on appelle désormais conseil scientifique.

Il semble bien s’être exclusivement concerté avec Jean-François Delfraissy. Cet immunologue avait été bombardé en 2016, sous Hollande et Marisol Touraine, président du comité national d’éthique. Le nouveau ministre allait le nommer officiellement à la tête de la nouvelle instance le 11 mars. À noter que toutes les autres institutions qui régissaient jusqu’ici la santé, la médecine, les hôpitaux publics, la pharmacie, l’assurance maladie, etc. ont été priées de s’éclipser.

C’est cependant à la demande du chef nominal de l’État, que le spécialiste mondialement reconnu qu’est le professeur Raoult fut appelé en tant que 11e membre. Pièce rapportée, surnuméraire au sein de cet aréopage, ce cousin de province ne pouvait qu’incommoder la consanguinité parisienne. Au bout de deux heures, il fut amené à claquer la porte, recraché hors de l’entre-soi, tel un caillou dans l’omelette.

Peut-être ont-ils raison, ces experts : totalement incompétent dans leur domaine, votre chroniqueur se gardera bien de prendre position sous cet angle de questionnement.

Fallait-il cependant leur déléguer les pleins pouvoirs quant aux prises de décision ?

Jean-François Delfraissy lui-même s’est chargé de la réponse :”nous ne sommes,dit-il, que des experts, et nous n’avons pas de responsabilités politiques“.[2]

Son point de vue n’est donc équilibré par la concomitance d’aucune instance de nature à éclairer les autres aspects de la situation, en dehors de l’immunologie.

Or, on doit observer que Jupiter, de son propre aveu, s’est cru obligé de calquer ses propres oukases, point par point, sur les avis médicaux et assimilés.

Sous l’emprise de la peur il n’a pas su, pas voulu paraître tenir compte des autres paramètres, ceux qu’un véritable politique doit pourtant savoir faire entrer en ligne de compte.

La mission prétendument de simple conseil de ce comité explique pourtant l’absence, en son sein, du moindre économiste, du plus insignifiant des juristes… Pas d’urgentiste, pas de pneumologue non plus… Certes il peut se targuer de la présence d’un spécialiste de la modélisation. Certes, depuis le XVIIe siècle, depuis Leibniz, on pose la mathématique comme langage propre à décrire les réalités physiques. Et, depuis le XIXe siècle, on a trop pris l’habitude de transposer cette hypothèse aux sciences sociales. La modélisation mathématique ne fait que traduire en équations les hypothèses qu’on lui a transmises, erreurs comprises. Sa présentation peut éclaircir les questions : elle ne résout aucun choix de fond.

Cette erreur dans la distribution des rôles caractérise, depuis des décennies ce que nous appelions, il y a un demi-siècle la technocratie. Ce terme péjoratif a perdu de sa vogue. Mais le phénomène qu’il désigne s’est considérablement aggravé, par la faute des politiques et la sottise des médias.

Que les courtisans se rassurent en effet : rien ne sera perdu pour les progrès de l’étatisme. L’État promet jour après jour de régler les problèmes d’intendance, il n’y parvient pas. Il appelle à faire la guerre, sans savoir faire livrer les armes et les munitions à ceux qui combattent. Incapable de répondre concrètement à la crise, encore moins de la prévoir, le pouvoir tentaculaire de la haute administration saura pourtant s’arroger le droit d’agrandir encore.

La peur incite nos dirigeants à se défausser de leurs responsabilités, mais non de leurs prébendes.

[1] cf. Le livre du Professeur Didier Raoult “Épidémies vrais dangers et fausses alertes”, page 18, qui vient de paraître ed. Michel Lafon.
[2]cf. Le Pointn° 2483 daté du 26 mars.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Le véritable objectif d’Erdogan en Syrie, par Jean-Gilles Malliarakis

À l’instar de ses alliés Frères musulmans, le président désormais tout puissant de la ci-devant démocratie turque se pose avec habileté en défenseur des droits de l’Homme et des libertés. Cela peut se comprendre dans certains pays de traditions dictatoriales. Jusqu’aux printemps arabes de 2011 régnaient des régimes à partis uniques plus ou moins laïcistes, comme en Tunisie, en Irak ou en Égypte.

Bien différente était la situation de la Turquie. Ce pays jouissait, depuis 1946, d’un statut certes chaotique, mais infiniment plus libéral. De façon très claire sa réforme constitutionnelle adoptée par référendum en avril 2017 lui confère des pouvoirs sans commune mesure avec ceux d’une démocratie présidentielle.

Néanmoins la naïveté internationale sans limites prend au sérieux le rôle qu’il prétend jouer de lutte contre le régime baasiste de Damas. Violant ouvertement la souveraineté de la Syrie voisine, il justifie son intervention militaire aux côtés de rebelles, essentiellement islamistes, en invoquant les droits qu’il muselle chez lui.

Cette tartufferie échappe de moins en moins aux responsables européens. Mais il semble que le but de ses agissements échappe encore à l’intelligence de nos technocrates.

Sans doute doit-on se féliciter des réactions indignées, dans divers pays de l’Union européenne, dénonçant le chantage turc à l’invasion migratoire. On ne peut qu’approuver ainsi celle de M. Le Drian. Le ministre français des affaires étrangères a en effet déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale ce 3 mars : “l’usage par la Turquie des migrants comme moyen de pression et de chantage sur l’Europe est absolument inacceptable“.

On doit souligner aussi la nouveauté d’une solidarité, affirmée dans la défense des frontières européennes, aussi bien par Charles Michel que par Mme von der Leyen au nom de la Commission. Cette avancée géopolitique nécessaire doit être saluée.

Ne doutons pas cependant que le politiquement-islamiquement correct n’en restera pas là. Dès le premier jour après avoir lui-même déclenché la ruée vers l’Europe de milliers d’immigrants illégaux, Erdogan et son dévoué ministre Cavutoglu agitaient, avec beaucoup de conviction maintenant, le drapeau des droits de l’Homme.

Remarquons qu’ils ont très rapidement été relayés par nos moyens de désinformation. Le message hypocrite prétend faire honte aux habitants pacifiques des îles de la mer Égée qui, submergés et exaspérés, osent réagir contre ces réfugiés vrais ou faux, qu’ils ont accueillis ou supportés en surnombre depuis 5 ans. Les gens des fameuses “ONG” subventionnaires se montrent plus arrogants encore.

Mais le fond du sujet, l’objectif réel que poursuit le président turc, ne doit pas être dissimulé. C’est là que réside la cause de ces évènements et des interventions de la Turquie chez sa voisine méridionale, État souverain qui ne fait plus, depuis bientôt un siècle partie de l’Empire ottoman.

Le 26 février Recep Tayyip Erdogan s’exprimait devant le Türkiye Büyük Millet Meclisi, le parlement d’Ankara. Il affirmait ce jour-là, sur le ton agressif qu’on lui connaît, avoir dit à son allié d’hier Poutine, ennemi d’avant-hier, rival d’aujourd’hui et adversaire probable de demain : “Ôtez-vous de notre chemin” en Syrie.

Quel chemin ? Vers quel but ?

Le lendemain 27 février, il se souvenait de son appartenance à l’OTAN et demandait à celle-ci de se solidariser, sur le fondement du traité de Washington de 1949.

Le 28 février, le secrétaire général Stoltenberg s’exécutait de bonne grâce et s’exprimait dans ce sens lors d’un point de presse. Il semble toutefois avoir surinterprété le traité d’alliance. C’est l’article 6 de cet accord, remontant à la guerre froide qui en définit le périmètre d’application. Celui-ci comprend le territoire de ses membres, y compris les départements français d’Algérie. Cette dernière disposition, devenue caduque en 1963 semble difficilement extensible aux anciens vilayets ottomans de Syrie et d’Irak où s’aventure l’armée turque.

Dès lors, le 29 février, Erdogan entreprenait de tordre le bras à l’Union européenne, la menaçant sur ses frontières en exigeant que celle-ci s’aligne sur la position de l’OTAN.

Le 2 mars, le président bulgare Borissov se rendit aussitôt à Ankara pour tenter d’organiser une négociation, ce que son interlocuteur refusa.

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Menaces d’Erdogan – L’Europe au pied du mur, par Jean-Gilles Malliarakis

Il est assurément trop tôt pour prévoir où conduira véritablement, et jusqu’où ira, la volonté affichée du gouvernement turc d’inonder l’Europe de réfugiés et d’immigrants. Certains prenaient peut-être jusqu’ici cette menace, maintes fois réitérée par Erdogan, pour une rodomontade qui ne serait jamais mise à exécution. Sur la forme la tradition ottomane retrouvée ne se dément pas. Et c’est sans doute ce qui, le 28 février en fin de matinée encore, amenait le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg à exprimer la “totale solidarité” des membres du Conseil Atlantique avec leur inconstante et infidèle alliée.

Après un entretien téléphonique du 27 avec Mevlut Cavusoglu, ministre des affaires étrangères à Ankara, l’article 4 du traité signé à Washington en 1949 avait même été invoqué. Or, c’est dans l’affaire syrienne que la clause était supposée fonctionner. Depuis 2011, Erdogan en compagnie des islamistes, prétend défendre les droits de l’homme dans ce pays, contre ce que les médias ont pris l’habitude d’appeler l’armée du régime, élément de langage désignant tout simplement l’armée régulière, d’un pays juridiquement souverain depuis 1946, détaché de l’Empire ottoman depuis le traité de Sèvres.

Or, dès le lendemain 29 février, encouragés sans doute par cette affirmation hasardeuse d’une complaisance de principe, les agents du pouvoir d’Ankara déclenchaient, depuis Istanbul, la marche vers l’Europe de milliers d’illégaux.

L’activation du chantage migratoire a donc d’ores et déjà introduit une nouvelle dimension dans les relations avec la Turquie. Et cette perspective ne sera pas si facilement éliminée. Tout le monde a compris en effet, qu’en fonction des développements futurs, et si son utilisation devait demeurer impunie, cette arme d’un genre nouveau sera activée chaque fois que l’actuel gouvernement d’Ankara et les réseaux des Frères musulmans la jugeront utile. Ceci jusqu’à ce qu’un mécanisme éliminatoire intervienne.

Même la très incertaine, et si souvent incohérente, Merkel se sait obligée de réagir. Elle doit se prémunir elle-même contre la poussée protestataire qui s’est exprimée dans divers scrutins au niveau des Länder. Elle demeure certes encore accrochée à une chancellerie où elle a fait plus que son temps. Elle sait que sa maladroite politique d’accueil affirmée en 2015 avait déjà engendré son recul dans l’opinion populaire, au mépris de ce qui avait, au contraire par le passé consolidé sa popularité, quand en 2011 elle avait constaté l’échec du modèle multiculturel “Multikülti”.

C’est ainsi que le 2 mars, lors d’une conférence de presse à Berlin, Steffen Seibert au nom du gouvernement allemand a voulu affirmer que l’Union européenne attend de la Turquie qu’elle respecte l’accord turco-européen de 2016. Car celui-ci visait à empêcher les migrants d’atteindre l’Europe, et pour cela environ 3,2 milliards d’euros ont déboursés par les contribuables européens pour défrayer Ankara et, notamment, équiper sa flotte de garde-côtes.”Nous sommes convaincus de la valeur de l’accord et nous attendons qu’il soit respecté”, déclare un peu platement le porte-parole de Merkel.

Ce concept semble très au-dessous d’une situation qui ressemble de plus en plus à une invasion organisée. Elle justifie amplement la requête du gouvernement d’Athènes sur le fondement de l’article 78-3 du traité de l’Union européenne, qui prévoit de façon explicite le cas précis.

Notons cependant sa rédaction très molle : “Au cas où un ou plusieurs États membres se trouvent dans une situation d’urgence caractérisée par un afflux soudain de ressortissants de pays tiers, le Conseil, sur proposition de la Commission, peut adopter des mesures provisoires au profit du ou des États membres concernés. Il statue après consultation du Parlement européen.”

C’est en cette occasion que le politiquement-islamiquement correct ne manquera pas de chercher à invoquer la convention de 1951 et l’obligation pour l’Europe d’accueillir et de répartir “toute la misère du monde”.

Oui l’Europe est au pied du mur, et c’est au pied du mur qu’on voit le maçon.

Toutes les îles grecques de la mer Égée, jusqu’à Rhodes et jusqu’à la république de Chypre, de même qu’en Méditerranée occidentale les îles de Lampedusa, Malte et le rocher de Gibraltar devraient être désormais, solennellement, proclamées inviolables sentinelles européennes, à défendre solidairement contre toute attaque venue de l’Orient.

Si cette doctrine n’est pas affirmée et mise en pratique, non seulement par Frontex mais par tous les moyens disponibles, ce seront ensuite la Sicile, la Sardaigne, la Corse, les Baléares, puis la Bulgarie, la Provence ou la Campanie.

Les Européens responsables, cela existe, l’ont compris et ils proclament, enfin, leur solidarité.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Lutte contre le “séparatisme islamiste” – Questions sans réponses, par Jean-Gilles Malliarakis

Il paraît donc que ce 18 février à Mulhouse, chef de l’État, chef constitutionnel des armées, le président Macron a exprimé sa préoccupation devant ce qu’il appelle le séparatisme.

On nous assure que ses services et lui-même auraient prudemment réfléchi depuis plusieurs mois devant l’élément de langage le moins explosif face à un politiquement correct, parfaitement rodé quant à lui.

Il aurait désiré le mot qui coûterait le moins cher en termes électoraux et médiatiques.

Et pour cela, il a choisi le terme, sémantiquement, le plus inapproprié : car séparatisme implique un projet de séparation.

Mais, pour se séparer il faut être uni par quelque chose.

Or, la vérité c’est que nous ne sommes pas unis. Nous sommes en guerre, non pas avec un quelconque séparatisme mais avec l’islamisme : en Afrique avec l’opération Barkhane ; en Méditerranée orientale, où le Charles-De-Gaulle n’a pas appareillé pour une croisière touristique ; mais d’abord en France.

Ce n’est pas parce que le gouvernement cache la vérité de ces divers terrains d’affrontement qu’il ne la connaît pas.

C’est pourquoi sans doute, chose nouvelle et presque inouïe, Macron a osé désigner, – du bout des lèvres certes, mais quand même… – l’État qui, aujourd’hui pilote la subversion islamiste mondiale, celle des Frères musulmans : il s’agit bel et bien de la Turquie entre les mains depuis bientôt 20 ans du mégalomane islamiste Erdogan.

Candidate au rôle de petite Chine, aux portes de l’Europe, paradis de la contrefaçon et des trafics en tous genres, n’est-ce pas un certain Juppé, en 1993, qui l’a imposée, contre l’avis du parlement européen, non pas en tant que membre de l’Union européenne mais partenaire de l’union douanière ? Juppé l’homme de toutes les erreurs siège aujourd’hui au conseil constitutionnel.

Depuis lors, des flots ont coulé entre les rives du Bosphore. Et, dans ce pays qu’on nous vantait pour un fidèle et fiable allié de l’occident, un bastion de la laïcité et de la démocratie, les confréries de l’islamisme ont pu, à partir de 1997, entreprendre leur ascension.

S’emparent-ils des municipalités d’Ankara, d’Istanbul ou de Smyrne ? D’éminents spécialistes nous expliquent alors qu’il s’agit d’une version locale de la démocratie chrétienne.

Gagnent-ils, pour la première fois, les élections législatives de 2002 ? Les experts américains y voient le triomphe de leurs meilleurs alliés.

Et quand ils s’engagent dans l’aventure irakienne en 2003, ces mêmes experts galonnés la conçoivent avec l’appui d’une armée turque, supposée laïque. Ces troupes promises ne viendront jamais. Les Américains devront s’embourber dans une guerre désastreuse, recruter des dizaines de milliers de mercenaires. Car un certain Erdogan a commencé un virage en politique extérieure, que l’on se refuse à voir en face.

Explose-t-il sa haine en 2009 à Davos ? On ne veut pas y voir sa volonté de s’instituer comme chef mondial de l’islamisme.

Pour la première fois, pourtant, depuis la chute de l’Empire ottoman, le chef turc est applaudi comme un nouveau calife par des foules autrefois ralliées au rêve d’un nationalisme arabe.

Subit-il en 2013 la plus grave crise de sa carrière, la mobilisation des opposants, la rupture avec son dernier allié libéral et humaniste Gülen, la révélation du climat de corruption mafieuse et confrérique qui l’entoure ? On ne fait rien contre cet excellent partenaire de l’OTAN.

La suite est trop connue pour qu’on doive la rappeler au titre d’un passé, supposé révolu, aux yeux de nos communicants : elle fait partie de notre actualité et, surtout, de la triste situation présente du peuple turc. Ses pouvoirs vont être constitutionnellement renforcés, désormais presque illimités. Des centaines d’opposants ou d’esprits libres pacifiques sont emprisonnés. La presse est étouffée. Les derniers journaux libres ont été rachetés plus ou moins de force et transformés en instruments de la propagande officielle, etc.

Entre temps, son camarade Morsi a été évincé du pouvoir en Egypte par le peuple et par l’armée de ce beau pays millénaire, où existent encore des amitiés françaises, et une forte présence chrétienne malmenée précisément par les islamistes.

Mais en France on fait la fine bouche. Ce militaire qui les a chassés, qui ose protéger les Coptes, etc., est-il vraiment, sincèrement, un ami du politiquement correct ?

Soyons donc clair : ce n’est pas à un quelconque “séparatisme” que nous sommes tous confrontés, que nous nous sentions, que nous soyons, chrétiens, bouddhistes, juifs, laïcs, musulmans pacifiques, ex-musulmans étant devenus athées ou chrétiens, etc.

C’est face à l’islamisme en Afrique que nos forces sont engagées et que de jeunes soldats versent leur sang. De la part des moyens de désinformations hexagonaux, ils savent très bien ne devoir guère attendre de reconnaissance hélas; ni pour eux ni, pour les veuves et les orphelins qu’ils laissent derrière eux. De loin en loin, de façon d’ailleurs maladroite, on surjoue l’émotion le temps d’une cérémonie médiatisée dans la cour des Invalides. Mais rien ne suit vraiment et durablement.

J’invite ainsi la présidence de la république à se pencher sur le compte Twitter du chef d’État major de l’armée de terre. Il exprimant sa “profonde tristesse à l’annonce du décès du sergent-chef Morgan Henry, engagé sur #Barkhane.”

Pas besoin de descendre bien loin dans les réponses que nos pires ennemis installent impunément, sous pseudonymes, sur les fameux réseaux sociaux pour voir, certes, que pas mal de Français rendent hommage à leur jeune et courageux compatriote, mais aussi que des islamistes se frottent les mains. Lisez certains d’entre eux : vous y verrez clairement quelle guerre intérieure nous est menée.

Que fait-on contre l’anonymat de leurs messages de haine antifrançaise ?

Et si vous vous demandez quelle sera leur prochaine offensive, lisez donc l’édition en langue française de l’agence officielle de l’État turc, Anadolu. Elle n’est pas destinée aux originaires de l’Hexagone mais elle est parfaitement disponible sur internet. Vous verrez quelles accusations incroyables elle diffuse auprès d’un certain public francophone, contre la France colonialiste, raciste, génocidaire et esclavagiste. Rien que ça…

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Belloubet paradigme de la terrorisation, par Jean-Gilles Malliarakis

Les déclarations lamentables sur l’affaire Mila de l’actuelle garde des Sceaux capitulaient, ce 29 janvier, devant une des revendications fondamentales de l’islamisme. Celui-ci réclame la reconnaissance d’un délit de blasphème ; quelques lâches, terrorisés, lui en concèdent le bien-fondé. Elles ont attisé une colère exceptionnelle. Et celle-ci s’est exprimée à juste titre, bien au-delà de l’opposition de droite.

Commençons par la sphère politique. Les tribunaux médiatiques parisiens s’emploient actuellement, par ailleurs, dans la perspective des municipales, à diviser et à minimiser le poids des opposants de droite. Cette mini-crise est parvenue à les réunir dans une position commune.

Zeus rend fou ceux qu’il veut perdre. Et les cafouillages gouvernementaux contrarient l’intention stratégique de ce pouvoir macronien, de plus en plus chancelant, dans la pratique, et cependant péremptoire dans les affirmations de ses prétendues certitudes. Ils donnent ainsi une occasion de s’unir, au-delà de clivages en voie de devenir factices, à tous les amis de la Liberté.

Dans une excellente tribune libre [1], Élisabeth Badinter, Élisabeth de Fontenay, Marcel Gauchet, Jacques Julliard, Jean-Pierre Le Goff, toutes personnalités courageuses que l’on étiquetterait difficilement à l’extrême droite, ont su dresser le procès du conformisme politiquement correct des nouveaux dhimmis : “nous paierons cher cette lâcheté“.

Franz-Olivier Giesbert, à sa manière provocatrice habituelle, pose la question “La France, nouveau Pakistan ?” Et de remarquer, à très juste titre, n’en déplaise à Talleyrand, que “tout ce qui est exagéré n’est pas insignifiant. Aussi outrancière soit-elle, écrit-il, la question posée par le titre de cet éditorial mérite d’être posée, tant sont mauvais les vents qui soufflent aujourd’hui sur la France.”[2]

Les reculades du pouvoir face à l’islamisme fournissent des arguments et des ailes à Francis Bergeron, vieux camarade des luttes anticommunistes. Dans Présent, utile petit quotidien qu’il dirige, journal privé de subventions et de recettes publicitaires, jamais cité dans les revues de presse, son analyse, difficilement réfutable, développée ce 30 janvier dénonce ainsi le rôle de “porte-parole de la Ligue islamique“[3] joué par Mme Belloubet.

Il me semble avoir malheureusement, dramatiquement, raison.

La relation entre cette femme du monde et la sinistre mais habile confrérie des Frères musulmans peut paraître hypothétique, sinon controuvée. Son évocation sera immanquablement dénoncée pour conspirationniste. Votre chroniqueur s’empresse donc de le dire : certes, non, Mme Belloubet ne reçoit, ni directement ni indirectement de consignes, ni de Youssef al Qaradawi, ni de l’un quelconque des cache-nez des adeptes de feu Hassan el Banna, telle l’UOIF devenue Musulmans de France. Organisation interdite comme terroriste par de nombreux États, notamment en Égypte où elle était apparue en 1928, mais solidement implantée dans 79 autres pays, bénéficiant du soutien financier du Qatar, aujourd’hui maîtresse de la Turquie sous la férule de Recep Tayyip Erdogan, c’est son réseau d’influence qui inspire le projet du régime actuel d’organisation d’un islam “de France”. Mme Belloubet n’en représente qu’un fragile petit pion.

Appelée en 2017 aux responsabilités ministérielles, non par le soutien d’une légitimité électorale mais par le jeu technocratique du nouveau pouvoir, quand elle s’exprime, on la sent en effet sous l’emprise d’une Terreur rampante.

Cette terrorisation exemplaire ressemble fort à l’ombre permanente de la menace que font peser les criminels islamistes les plus violents et les plus malfaisants.

Un récent rapport[4] émanant de la DGSI tiendrait pour contrôlés par ce que l’on désigne du mot pudique de “communautarisme” quelque 150 quartiers dûment cartographiés. À noter que ce terme fonctionne comme cache sexe indistinct, à l’instar de ceux de “radicalisé”, voire de “la religion”. Éléments de langage imposés par le conformisme politiquement correct, chacun sait qu’ils s’appliquent en l’occurrence à une seule “communauté”, une seule “religion”, une seule “radicalité”. Le public se montre de moins en moins dupe de ce genre de camouflages, incitations à la colère.

Le 18 janvier le chef de l’État était pressé de parler[5] par l’ancien maire strauss-khanien de Sarcelles François Pupponi. On présente encore celui-ci comme un député PS. En fait, s’il siège aujourd’hui, au sein de cette Chambre d’enregistrement qu’on appelle encore Assemblée Nationale en tant que député du Val d’Oise, c’est aux côtés des radicaux-socialistes.

“Parlez Monsieur le Président” semble-t-il demander au maître des horloges. Les Français savent qu’en 2017, une partie d’entre eux, sur la promesse d’un nouveau monde, ont voté pour des communicants, mais qu’ils ont porté au pouvoir des clowns. En 2020, les citoyens et les contribuables de ce pays n’attendent plus des paroles. Ils exigent des actes.

[1] Publiée par L’Express le 31 janvier
[2] cf. son éditorial dans Le Point N° 2475 du 30 janvier 2020
[3] cf. éditorial en ligne de Présent N° 9543, en ligne le 30, édition papier datée du 31 “Belloubet en porte-parole de la Ligue islamique”
[4] Révélé le 18 janvier par le Journal du Dimanche
[5] Entretien réalisé par Emmanuelle Souffi, à propos du livre qu’il vient de consacrer aux “Émirats de la République.”

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Les nouvelles dimensions de la Terreur islamiste, par Jean-Gilles Malliarakis

Les trois formes de périls islamo-terroristes évoquées dans notre précédente chronique[1] ne se séparent qu’en apparence. Toutes trois menacent, en effet, sinon d’une manière parfaitement égale, du moins d’une façon très actuelle et très convergente la France et l’Europe. Elles se manifestent sur les terrains sociologique, militaire et géostratégique : montée d’une violence intérieure intrinsèque et préoccupante ; affrontement direct en Afrique sahélienne avec les émules locales des réseaux internationaux ; confrontation en Méditerranée orientale avec un islamisme qui s’affirme et cherche à s’organiser en tant que puissance globale.

La première forme de cette menace se diffuse de jour en jour dans notre société. A la séquence dominée par le mouvement incontrôlé des Gilets jaunes, a succédé une phase de grèves et de blocages sans précédent. Bien évidemment, dans l’actualité immédiate, les jeux des moyens de la désinformation et de la stratégie de la communication officielle mettent l’accent sur le rôle de la CGT. Vieil épouvantail stalinien, dotée d’un porte-parole efficacement caricatural, celle-ci suscite une crainte et une répulsion légitimes. Mais, au bout du compte, la direction de cette centrale doit elle-même surmonter des évolutions et des remous intérieurs à la société. Au sein des quelques entreprises où se concentrent les lieux potentiels de thrombose, les appareils syndicaux craignent de se voir, à leur tour, dépassés par des groupuscules alternatifs. Et, au sein du dispositif la question ethnique ne peut pas être négligée. Faisant face à cette concurrence latente, et à l’expression d’une soif de violence, les chefs apparents de la révolte ne peuvent que chercher à précéder leur base afin de ne pas être balayés.

Une telle bolchévisation rampante ne se limite pas aux frontières. Entre Bamako et certaines villes communistes de Seine-Saint-Denis, les vraies extensions du Mali dépassent celles de la zone territoriale du Sahel.

On ne peut donc pas cantonner la lutte contre Daech à une seule zone géographique. Lors de l’irruption des son ersatz de Califat proclamé à Mossoul en 2014 le groupe fut d’abord ressenti et identifié en tant que spécifique au Moyen Orient. On a pu y voir une réaction à l’opération Irak de GW Bush. Et c’est effectivement à partir des métastases de l’armée et du régime de Saddam Hussein que s’est d’abord construite l’organisation. Très vite cependant elle a essaimé, en rivalité avec la stratégie d’al-Qaïda, dans d’autres pays, y compris dans des espaces où, face aux pseudopodes de cet autre réseau, intervenait déjà l’armée française (cf. opération Serval à Tombouctou en janvier 2013).

Sur cette prolifération s’est greffée une capitale qui s’est progressivement emparée de l’hégémonie sur l’islamisme politique international. Or, il s’agit précisément de celle dont on a voulu faire le bastion et le modèle d’une sorte de nationalisme jacobin laïc, prolongement de l’Europe et alliée de l’Occident : Ankara. A son sujet toutes les idées fausses et les préjugés périmés paralysent, aujourd’hui encore, l’analyse de nos décideurs ouest-européens, alors même que la montée en puissance d’un califat potentiel se développe plus vite que la réflexion de nos décideurs, précipitant l’urgence des prises de conscience.

Depuis l’échec et l’éviction en 2013 de la présidence Morsi en Égypte, la direction des Frères musulmans s’est ainsi placée sous la dépendance d’Erdogan. Lui-même, à partir de 2014, s’est ouvertement séparé puis s’est opposé d’une façon inexpiable à Fethullah Gülen. Il a donc eliminé, et, depuis le pseudo coup d’état de 2016 il a massivement persécuté ce qui représentait, avec le mouvement Hizmet, la seule influence susceptible d’aboutir à un modèle turc, certes original, mais convergent avec l’occident.

La cristallisation actuelle des événements en Méditerranée orientale, et dans la guerre de Libye se développant après celle de Syrie, rend cette question cruciale. La France de son côté se voit engagée aux côtés des pays riverains tous en butte à la double volonté néo-ottomane : d’une part propagation de l’islamisme et d’autre part manipulation de l’immigration, devenue instrument de chantage permanent, y compris dans la politique intérieure de certains pays comme l’Allemagne ou la Belgique, mais plus globalement vis-à-vis de l’Europe entière.

Face à de telles nouvelles dimensions de la Terreur islamiste, les ambiguïtés macroniennes ne sont plus permises.

[1]cf.L’Insolent du 22 janvier : “Masques et visages du terrorisme”

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

De la gréviculture et de son pourrissement, par Jean-Gilles Malliarakis

Au 41e jour de la crise, une nouvelle manif à Paris, rassemblait les habitués du pavé. “Alors maintenant, il faut que ça s’embrase…“ se félicite L’Huma ce 15 janvier. De son côté l’extrême gauche parlementaire étiquetée La France insoumise souhaite s’en tenir à un combat pour le simple retrait. Les camarades de Mélenchon cherchent vainement à psychodramatiser une motion de censure. Ils ne peuvent ignorer qu’une telle démarche reste vouée à l’échec. Leur initiative a été d’ailleurs été officiellement déclinée par la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale Valérie Rabault, car le PS mise beaucoup plus sur la CFDT.

Le vieux PCF, entrant dans sa centième année, parvient à trouver une ligne d’action à la fois plus réaliste et plus dangereuse à terme. Ce sont en effet les organisations syndicales les plus sensibles à ses mots d’ordre, la CGT, Sud-Solidaires ou la FSU qui tiennent le haut du pavé. Et cela lui permet de prendre l’initiative d’une démarche unitaire.

Le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel tend à ce titre, d’ici la fin de la semaine, à regrouper, autour de la vieille maison de la place du colonel Fabien, le Parti socialiste, Europe Ecologie-Les Verts, Place publique et Génération doivent autour d’un contre-projet, considéré comme réponse commune.

Si les vampires eux-mêmes sortent des leurs cercueils à la pleine lune, comment demeurer les bras croisés.

Ainsi donc, toutes ces piqûres de rappel encouragent votre chroniqueur à reprendre après quelques jours de la latence le fil de l’actualité consternante notre pays. Non que les nouvelles de sa petite personne puissent elles-mêmes être qualifiées de mauvaises. Mais, une consternante constatation s’impose, et déplorer plus amèrement que jamais l’ankylose institutionnelle de ce pauvre pays, ne manque pas de paralyser l’écriture.

Mais voilà : tout en souhaitant, quand même, une bonne année aux amis lecteurs, le criminel revient toujours sur les lieux du crime.

Comment ne pas observer, d’abord, le silence inhabituel du grand réformateur jupitérien et les pataugeages dans la gadoue de son premier ministre, trop visiblement traité comme un fusible.

La lettre qu’il avait adressée le 10 janvier aux organisations syndicales semblait prétendre annoncer, après 35 jours de conflit, après autant de galères pour les usagers des transports, à la mi-temps du mandat présidentiel et après plusieurs milliards de pertes pour la société, l’amorce du début du commencement d’une sortie de crise.

Las, 5 jours se sont écoulés, où l’on a seulement assisté à de petits mieux dans les transports. L’érosion du mouvement au rythme de 1 % par jour, que nous évoquions le 10 janvier,[1]se confirme une semaine plus tard…

À la RATP, le taux de grévistes, sur laquelle contrairement à la SNCF la direction ne communique guère, s’établissait, ce 14 janvier, à près de 14 % des salariés et à près de 60 % des conducteurs du métro. Au premier jour du conflit, le 5 décembre, 55 % des salariés de la RATP étaient en grève, et 85 % des mêmes conducteurs. Le 17 décembre, 40 % des salariés avaient cessé le travail, mais 8 conducteurs sur 10 n’assuraient pas leur service. Le 9 janvier, ils étaient encore en grève à 70 %. Un recul très lent.

Le pouvoir a donc délibérément opté pour le pourrissement, tout en prévenant : “Nous allons aller au bout“[2].

La mesure qu’il entend établir vise l’objectif d’atteindre l’équilibre financier… en 2027..r, cette pierre d’achoppement de l’incompréhension réciproque, la notion de “régimes” sociaux considérés comme financièrement équilibrés, figurait déjà dans la réforme constitutionnelle de 1996. Le congrès avait été convoqué sous prétexte aboutir à une loi [initialement] “d’équilibre” de la sécurité sociale, ce dernier monstre englobant, depuis 1941, aussi bien l’assurance maladie que les pensions de vieillesse.

Députés et sénateurs ratifièrent cependant à Versailles en février 1996 un autre principe, prévoyant le vote annuel d’une loi seulement de “financement”. La nuance ne devrait échapper à personne. Elle reste au cœur de ce qui continue de séparer les bureaucraties syndicales des technocraties budgétaires. De 1996 à la réalisation supposée de l’objectif en 2027, il se sera écoulé 31 ans.

Telle se confirme par conséquent l’incapacité de nos dirigeants à appliquer les projets réformateurs les plus évidents, car on ne saurait financer une assurance vieillesse à crédit et pourtant les discours politiques se gargarisent de telles promesses.

En ce sens la Macronie se montre une prolongation de la Chiraquie, quand il s’agit de faire voter et d’appliquer les lois nouvelles.

À la gréviculture de la CGT, les technocrates de Bercy ne savent opposer que des stratégies de pourrissement lent, aux frais des Français. Un minimum de réalisme en commande le douloureux constat.

[1] cf. L’Insolent du 10 janvier “Robes noires et drapeaux rouges”.
[2] Sur France 2 le 12 décembre.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Nos fragilités face au djihadisme, par Jean-Gilles Malliarakis

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À Londres et à La Haye, ce 29 novembre, la guerre continuelle, que l’islamo-terrorisme mène contre l’Europe, frappait à nouveau. Et, comme d’habitude, la première de nos fragilités consiste à ne pas accepter de voir et de nommer cet ennemi.
Supposant l’islam religion pacifique, nos bons esprits se refusent à considérer qu’il se réclame d’un fondateur admiré comme chef de guerre[1].

Une émotion légitime, que l’auteur de ces lignes partage, accueillait, ce 25 novembre en France, la nouvelle de la mort au Mali de 13 soldats. Et l’hommage de la nation devrait, dans de telles circonstances, soutenir ces hommes et leurs familles engagés en première ligne dans la défense de l’Europe et de notre civilisation, issue du christianisme, contre la sauvagerie sanguinaire des djihadistes.

Ne perdons pas de vue cependant, en l’occurrence, que ce sont deux hélicoptères militaires français qui se sont heurtés l’un à l’autre. Et si Daesh a cru bon de revendiquer, dans un communiqué du 28 novembre, la gloire de cette collision, cette vantardise opportuniste a été démentie dès le lendemain par le chef d’État-Major des armées françaises le général Lecointre.

Qu’on me permette ici de comparer d’abord deux chiffrages des morts de chaque côté.

Auditionnée au Sénat le 27 février 2019 la ministre des Armées Florence Parly dénombrait à hauteur de 600, les djihadistes neutralisés dans l’opération Barkhane depuis 2015.

Au 11 novembre, de notre côté, le chef de l’État pouvait comptabiliser 549 militaires tués[2], dans les opérations extérieures, menées sur décision du gouvernement de Paris dans d’innombrables pays, depuis 1963. Une telle statistique macabre s’est aggravée de 13 victimes supplémentaires mais elle demeure inférieure, et de très loin si on la rapporte à son étalement sur 56 ans, au rythme des pertes adverses, sur un seul théâtre d’opérations, en 4 années.

Rappelons à cet égard que si la mort des nôtres nous bouleverse, celle de nos ennemis les stimule.

Nos bons esprits politiquement corrects croient possible une guerre sans morts, fraîche et joyeuse, pour reprendre la formule utilisée par les radicaux-socialistes dans les années 1900, avant la saignée de 1914-1918.

Souvenons-nous de l’intervention en Afghanistan. Entreprise en 2001, sous le gouvernement Jospin, elle se déroulait sous commandement Otan. Elle exprimait une solidarité, scellée par le traité de 1949 et mobilisée par les attentats du 11 septembre, auxquels on souhaite répondre en liquidant les talibans et al-Qaïda.

La mise en œuvre de l’alliance supposait le principe “on est venu ensemble on partira ensemble”.Or, la fragilité française conduisit à s’écarter de la règle. La défection fut décidée sous la présidence Sarkozy. Celui-ci, au début de son mandat, n’avait pas hésité pourtant, à rendre des hommages appuyés aux unités de chasseurs alpins présentes en cette terre lointaine. En novembre 2009, 3 850 militaires français sont engagés. En 2010 encore, 250 soldats supplémentaires sont envoyés. Le contingent français, quatrième contribution de la coalition, atteint alors le nombre de 4 000 .

Mais, fin 2012, les forces combattantes sont retirées. Et, le 31 décembre 2014, les 150 derniers soldats français de la mission Pamir, passaient le relais à un contingent turc[3].

Depuis, les courageux Afghans qui avaient servi d’interprètes de nos soldats attendent encore la reconnaissance de leurs services.

Le gouvernement de Paris n’a pas supporté de compter 89 soldats morts pendant les 13 ans de présence française en Afghanistan. Cette défaillance n’a pas manqué d’être repérée dans les autres capitales alliées.

Au Mali, en 2014, face à une situation militaire catastrophique, Hollande décidait de se porter au secours d’une armée en débandade, d’un pays en pleine décomposition, d’un État gangrené par la corruption, qui se refuse au rapatriement des innombrables immigrés illégaux dont il inonde la Seine-Saint-Denis.

Depuis, un retournement dialectique s’est produit. Les 4 500 soldats français salués au départ comme des protecteurs, des pacificateurs, des libérateurs, sont désormais dénoncés, et en partie ressentis, comme des néocolonisateurs. Ce jugement est évidemment issu, aussi, de l’enseignement que distille notre Éducation Nationale monopoliste, y compris dans l’Hexagone, auprès des populations dites des banlieues.

La fragilité conceptuelle ne s’arrête pas là. Que vaut en effet le discours, euphémique et administratif, sur ce qu’on nomme pudiquement radicalisation, mais aussi sur l’obligation de laïcité ?

En théorie par exemple, une simple prière au bureau, cela peut entraîner une radiation définitive des services de police. Ceci vaut sur le papier. Certes, dans la pratique, depuis l’attaque d’octobre à la préfecture de police, le nombre des dénonciations, des signalements de policiers et des soupçons de radicalisation s’est multiplié. On en a compté une centaine en deux mois ; elles ont été classées sans suite. Le préfet Lallement n’a su demander la suspension que de 3 agents ; il n’en a obtenu qu’une seule.

Comme pour le communisme, tout se passe comme si l’expérience historique ne nous enseignait rien. Nos bons esprits politiquement corrects se refusent à en tirer les leçons. On continue de vouloir ignorer, par conformisme anticolonialiste, la dimension religieuse de la Guerre d’Algérie[4]. On juge tellement plus confortable, consensuel et progressiste de fermer les yeux sur la signification de la Toussaint sanglante de 1954, quand le FLN affirma dans le sang de ses première victimes innocentes son objectif de “restauration de l’État algérien”(lequel n’avait jamais existé) et l’inscrit “dans le cadre des principes islamiques”. En 1955, les massacres de Philippeville ouvrent les yeux d’une partie des responsables républicains. En 1956, le congrès de la Soummam entérine l’adhésion de l’insurrection à l’unanimisme autoritaire de l’islam. Depuis, 57 années de dictature islamo-étatiste dans ce pays en ont confirmé la tragédie. Aujourd’hui encore, ses dirigeants incapables et corrompus font reposer sur la France les responsabilités de leur propre échec.

Et nos fragilités consistent toujours à ne pas voir en face les réalités de l’islamo-terrorisme.

[1] cf. Henri Lammens “Qui était Mahomet”
[2] Chiffrage officialisé ce 11 novembre par le discours d’hommage du président
[3] cf. in Le Monde du 31.12.2014 : “Afghanistan : l’armée française quitte le pays après treize ans de présence”
[4] cf. Roger Vétillard “La Dimension religieuse de la guerre d’Algérie, 1954-1962”: prémices et conséquences ed. Atlantis 2018, 190 pages.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

L’illusion mondialiste : “comment ça marche”, par Jean-Gilles Malliarakis

Au cours du XXe siècle, tous les pays n’ont pas également souffert de l’illusion mondialiste. Et, à cet égard, même si elle a fait partie, à plusieurs reprises, des malcontents, la France ne peut pas se considérer comme la principale victime du mensonge des dirigeants internationaux.

En revanche son gouvernement, au gré des régimes successifs qui ont affaibli la pays, s’est trouvé plusieurs fois au premier rang du mondialisme.

Dès l’époque où Charles Maurras publiait son célèbre Kiel et Tanger, son pays semblait au principal théoricien du nationalisme français, en 1905, “la plus petite des grandes puissances et la plus grande des petites”.

Or, beaucoup plus tard, après un affaiblissement durable de ladite puissnce, se traduisant par les déchirements de la seconde guerre mondiale, puis par la perte de l’Empire, c’est bien Giscard d’Estaing qui prit l’initiative, au nom du mondialisme qu’il revendiquait de ce qui est devenu le G7.

Aujourd’hui encore, aux Nations Unies, Paris dispose d’un siège permanent, théoriquement à égalité avec la Chine ou les États-Unis, alors que ni l’Inde, ni l’Allemagne, ni le Japon, ni l’Italie, ni le Brésil n’y figurent. On pourrait multiplier les exemples.

Le discours du mondialisme plaît toujours beaucoup aux dirigeants parisiens. Ils se croient autorisés à se prononcer, quand cela les arrange, comme si les héritiers de Robespierre étaient vraiment les porte-parole des droits de l’homme.

Quand cela ne les arrange pas, reconnaissons-leur, du reste, une singulière énergie à nier leurs propres principes. Et, plus généralement, leurs commentateurs énoncent des mots d’ordre à portée internationale, à charge principalement aux [très méchants] Américains de les exécuter. A noter que vis-à-vis des États-Unis qui, eux, disposent des moyens d’agir, et se privent rarement de les utiliser, la relation reste ambiguë à base d’attraction/répulsion névrotique. Au fond, leurs regards sur le monde se ressemblent beaucoup. Ils croient, de la même manière, à l’universalité de leurs critères de jugement mais chacun pense détenir la vérité – que Washington concrétise seule.

Tout cela date bel et du traité de Versailles, signé en juin 1919, ratifié en octobre, dont on s’est bien gardé jusqu’ici de fêter le centenaire, alors qu’il est demeuré précisement l’archétype du système mondial actuellement encore en vigueur.

Tout l’intérêt des débats sur la ratification du traité de Versailles réside précisément en ceci.

Pour la première fois depuis 1815[1], et contrairement aux divers accords concrets entre les puissances au cours du XIXe siècle, accords qui certes ont éclaté au début du XXe siècle, on allait bâtir un ordre international fondé sur l’idéologie énoncée par une seule, les 14 points de Woodrow Wilson. Or, en septembre 1919, pendant les débats de Ratification du traitéà la Chambre des députés à Paris on allait apprendre que les États-Unis, principal bailleurs de fonds de l’alliance victorieuse, ne le ratifieraient pas et n’adhèreraient pas à la SDN dont ils avaient fait la base de l’échafaudage.

Tout le monde pouvait le comprendre en France, champ de bataille du conflit, dévastée par 4 ans de guerre.

Et cependant, si divers représentants de la droite analysent parfaitement la situation, toutes les erreurs du XXe siècle se trouvent en germe dans les illusions mondialistes, sincères et néanmoins stupides, développées par les discours de la gauche. Et, point essentiel, les pires sottises, les pires absurdités, furent proférées sur les bancs du gouvernement de Clemenceau, de son collaborateur Tardieu que Léon Daudet surnommait le Mirobolant, de ses ministres Loucheur et Klotz, auteur du mot d’ordre l’Allemagne paiera, etc. Pire que la gauche utopique : le parti ministériel et ses courtisans.

On verra aussi que toute l’illusion mondialiste reposait dès cette époque sur une base financière.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

L’islamisme et la paralysie des idéologues de gauche, par Jean-Gilles Malliarakis

L’audition, ce 30 octobre, du préfet Lallement devant une commission de l’Assemblée nationale ouvre un nouveau champ de réflexion. Et, dans son ensemble d’ailleurs, l’affaire Mickaël Harpon remet en cause la doxa politiquement correcte, à propos de l’islamisme.

On découvre en effet, au gré de ce dossier, des concepts inattendus. Les députés travaillant très officiellement sur “l’attaque” du 3 octobre dans l’enceinte de la préfecture de police, font ressortir, qu’ils le veuillent ou non, un certain nombre de notions nouvelles.

Et celles-ci contredisent largement les idées reçues, lesquelles dans notre malheureux pays, viennent de la gauche et de ses idéologues.

Court-circuitant la notion de terrorisme (article 421 du Code pénal), on nous dit en effet que l’intéressé n’a pris ses ordres auprès d’aucun “calife”. Il ne se rattache pas plus au défunt al Baghdadi, – que nous ne regrettons certes pas mais dont la mort ne change pas grand-chose, – que du bien vivant Recep Tayyip Erdogan. On nous révèle que les services spécialisés n’enquêtent pas dans ce sens.

On nous dit simplement que ce sinistre traître était simplement atteint d’un “délire mystique” alimenté par une idéologie, le fondamentalisme islamique.

Cela veut donc dire que cette forme de délire d’inspiration islamiste peut tuer. Dont acte.

Cela veut dire que ce “mysticisme” lui-même appelle, et par conséquent aussi ce qui l’alimente, appelle, tout autant que le “terrorisme”, puisqu’ils tuent eux aussi, un traitement répressif. Ils nécessitent une riposte policière et pénale, riposte fondée sur des définitions légales inédites à ce jour, riposte qui requiert l’appui des citoyens, riposte qui impose particulièrement la mobilisation des fonctionnaires. La négligence, a-t-on découvert, a provoqué l’incendie de Notre-Dame : en face, à la préfecture de Police, la même insouciance coupable a laissé un serpent se réchauffer au sein des services censés protéger les citoyens.

On doit donc désormais se préoccuper grandement de cette absence de vigilance. Ceux qui ont repéré les changements d’attitude fort significatifs du converti salafiste Harponne ne les ont pas signalés soulignent les enquêteurs. Ses scandaleux propos de 2015, approbateurs sur l’attentat de Charlie Hebdo, n’ont donné lieu à aucune sanction. Toute cette déplorable inaction pourrait donc, à l’avenir, être considérée comme de la complicité.

Un sophisme courant consiste à nous objecter les sacro-saints principes de la laïcité qui se définirait comme liberté “de croire ou de ne pas croire”.

Une telle affirmation ne veut rien dire.

En quoi, en effet, est-on libre “de croire”, selon cette formule, dans la France républicaine ? Il ne s’agit pas, en l’occurrence de dire que l’on peut légalement professer que la terre est plate, encore qu’une telle contre-vérité n’entraînera pas de poursuites judiciaires.

La laïcité, c’est-à-dire la liberté religieuse telle que définie par la loi de 1905, concerne exclusivement au départ les diverses formes du judéo-christianisme en déplorant qu’elles n’aient cessé de se combattre entre elles depuis 2000 ans.

Sur ce point, au moins, je crois que nous sommes tous d’accord. Nous ne voulons plus jamais en France de saint-barthélemy, quel que soit le camp qui la provoque, ni de révocation de l’édit de Nantes. Ce sont en effet leurs déchirements, aux temps de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) que les rose-croix du XVIIe siècle prétendaient dépasser. C’est à ces diverses confessions que pensaient au XVIIIe siècle les constitutions d’Anderson fondatrices de la franc-maçonnerie spéculative anglaise, laquelle prohibait en 1717, et condamne encore, l’athéisme[1]. C’est à elles que se réfère l’édit de tolérance du roi Louis XVI de 1787, la déclaration de 1789, quand elle affirme (article 10) que “nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.” ce sont elles, également, et elles seules, que le concordat de 1801 en France, le sanhédrin de 1807, puis la loi de séparation de 1905, eurent la prétention d’organiser, etc. Ajoutons, à deux siècles de distance, que les diverses familles spirituelles de nos pays européens doivent d’autant plus aujourd’hui savoir dépasser leurs divergences qu’elles se trouvent confrontées aux mêmes adversaires.

L’islamisme a-t-il été du nombre, tout au long de notre histoire ? À la vérité, au départ, non. Pas plus que la Turquie n’a d’autre place que celle des menaces qu’elle a incarnées pendant des siècles et qu’elle réaffirme aujourd’hui.

Une mosquée, lieu de prédication, et non de “culte”, ne devrait donc pouvoir s’installer et prétendre rayonner légalement, – à l’instar de la pagode bouddhiste, par exemple, qui ne dérange personne, – qu’à la condition de prouver désormais, pour chacune d’entre elles, que sa prédication n’est pas contraire à la cohabitation sociale et n’incite pas à la haine. Non pas entre des “communautés”, car ce concept n’existe pas en droit français, mais entre les personnes.

En effet “La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui” (article 4 de la déclaration de 1789).

Contrairement à ce que l’on entend trop souvent, il est dans notre république des opinions interdites. J’ai cru comprendre que tout ce qui s’apparente à l’hitlérisme, à son apologie, à l’expression d’une quelconque nostalgie, y compris par voie de collection d’objets fétiches, est susceptible de poursuites judiciaires. Rien de plus compréhensible. Je m’étonne seulement quant à moi, que le stalinisme et le maoïsme qui ont fait quantitativement, et sur une plus longue période, dans un plus grand nombre de pays, des millions de morts ne soient pas mis sur le même plan. D’autres croyances, d’ailleurs, sont légitimement suspectes et nous les appelons des sectes.

Tant que toutes ces questions ne sont pas résolues, on ne doit pas accepter comme deuxième religion de France, la première religion de l’Arabie.

[1]Ce qui la distinque et l’oppose à la franc-maçonnerie dominante en France, celle du grand orient qui a éliminé en 1877 toute référence au “grand architecte de l’univers”.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Le voile islamique, la lâcheté et l’ignorance, par Jean-Gilles Malliarakis

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Deux incidents bien significatifs, qui viennent de se produire dans l’espace hexagonal, ont manifestement produit, auprès de l’opinion française, presque plus de réactions indignées que l’offensive du régime Erdogan contre la Syrie.

Le 11 octobre, à Dijon, c’est à l’occasion d’une séance plénière du Conseil de Bourgogne et Franche-Comté qu’un conseiller régional, Julien Odoul, a osé poser le problème de la présence d’une accompagnatrice voilée auprès d’une sortie scolaire. Tollé : “racisme, discrimination et incitation à la haine” hurlent les professionnels du politiquement correct. Bien entendu.

Le 14 octobre c’est à Paris que le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer exige une saisie de la commission des conflits du parti macronien après une critique de ses propres propos sur le port du voile.

Ce 15 octobre, on vient d’apprendre que, pour le Premier ministre Édouard Philippe, interpellé à l’Assemblée nationale, “ce n’est pas un enjeu”.

Et pourtant. Depuis exactement 30 ans, depuis l’affaire du voile des lycéennes de Creil cette question n’a pas cessé de déchirer l’opinion, au nom de principes parfois très vagues et mal définis, comme la “laïcité” dont le conseil constitutionnel a compliqué le fonctionnement même au nom du concept pervers de “bloc de constitutionnalité”.

En réalité, le voile n’est nullement une question de liberté “religieuse”. Il fonctionne, dans l’esprit de ses promoteurs, comme une affirmation identitaire au service d’un droit de conquête.

Pendant ce temps le terrorisme islamique reprend ses aises et s’apprête même à retrouver une base territoriale dans les fourgons de l’armée turque.

Pendant ce temps on découvre chaque jour un peu plus l’échec de ce qu’on appelle “déradicalisation”, cette tentative de guérir le mal par l’eau tiède.

Pendant ce temps quand Éric Zemmour ose constater que l’immigration aggrave les problèmes du pays, et que l’offensive de l’islamisme alourdit l’addition, les professionnels du politiquement correct appellent avec véhémence à la répression de sa libre expression, en application de leur propre “haine”.

L’enjeu saute aux yeux, n’en déplaise au chef du gouvernement.

La symétrie du “en même temps”, “et de droite et de gauche”, ça ne marche absolument plus, n’en déplaise au chef de l’État.

S’il prétend faire la guerre à l’islamo-terrorisme, ou plutôt s’il accepte de considérer que celui-ci nous a déclaré la guerre, il faut cesser de boxer avec une main dans le dos.

Le monde a largement changé avec le choc pétrolier de 1973 : à partir de ce moment, le politiquement correct a cessé de fonctionner à partir des seuls cercles de gauche et autres groupes de pression bien connus, bien repérables, inhérents au régime républicain. Il est investi désormais par la finance islamique.

La lâcheté consiste à ne pas adopter une ligne ferme, au moins d’application de la loi, et à faire semblant de tenir la balance égale entre la menace islamiste et une “ultradroite” largement mythique.

L’ignorance de la réalité islamique, l’ignorance de la stratégie provocatrice, l’ignorance des ambitions turques, ont provoqué au moins autant de dégâts.

Il est plus que temps de les réparer.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Une découverte tardive : le danger Erdogan, par Jean-Gilles Malliarakis

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Les bonnes consciences s’étranglent sans nul doute à juste titre de voir Erdogan, de voir ses troupes, fictivement membres de l’Otan, et de voir en même temps leurs alliés islamo-terroristes, pénétrer dans le territoire juridiquement syrien de la Rojava kurde.

Remarquons d’abord que cette découverte a quelque chose d’un peu tardif, quand on mesure que cette forme d’intervention militaire a été pratiquée de manière constante depuis un demi-siècle, depuis l’occupation impunie du nord de l’île de Chypre mais aussi lorsque l’armée d’Ankara multipliait les raids contre l’Irak, etc. Les atteintes aux droits de l’Homme et les déportations systématiques de populations ne sont pas une nouveauté.

Ayons la lucidité de reconnaître que ce n’est pas l’appartenance de la République de Chypre qui a fait [légèrement] monter la préoccupation des grandes âmes, mais la perspective des forages pétroliers dans la zone économique de l’île et en Méditerranée orientale.

Les révoltes kurdes n’ont jamais cessé, elles ont toujours été réprimées dans le sang et le silence de la communauté internationale alors que les traités de la première guerre mondiale avaient promis la création d’un Kurdistan libre.

Les Kurdes forment effectivement, encore aujourd’hui, on le découvre de plus en plus, le dernier grand peuple sans État.

Que l’opération en cours ait été rendue possible par la décision calamiteuse du président américain n’exonère pas l’Europe de sa coupable absence et, pis encore, de sa criante impuissance. Rappelons ici un point d’histoire : Ce n’était pas aux États-Unis, mais à la France, que le traité de Sèvres de 1920 et la Société des Nations avaient donné mandat de protéger la Syrie.

Dans “La Question turque et l’Europe” je rappelle aussi dans quelles conditions, particulièrement honteuses, et stupides, déjà lors de la signature en 1939 de l’accord anglo-franco-turc ont été livrées une partie des populations kurdes et syriennes, celles du sandjak d’Alexandrette qui allait devenir la province “turque” du Hatay, que la France était censée protéger.

Depuis la publication, il y a maintenant 10 ans de ce petit livre consacré à la Turquie, les choses ont, en effet, beaucoup évolué. Elles ont incontestablement empiré.

Erdogan est allé dans le sens que l’on pouvait hélas prédire : il continue sa logique et son entreprise de reconstitution de l’Empire ottoman, rêvant de faire fonction de commandeur des croyants de l’islam sunnite, sultan-calife siégeant à Ankara, comme jadis ses devanciers à Constantinople.

Il est vrai que le président turc, désireux d’une extension de ses prérogatives, fait appel à des figures plus modernes et plus parlantes peut-être que celles des sultans ottomans. Il cite désormais en exemple d’un régime présidentiel efficace l’Allemagne nationale socialiste. Aurions-nous affaire à un “islamo-hitlérien”?

À l’heure où, comme les États-Unis, la France retire ses Forces spéciales face à son offensive, on se préoccupe, et cela nous semble la moindre des choses, d’assurer la sécurité des personnels français militaires et civils présents dans la zone. Nous pourrions cependant nous interroger sur cette “moindre des préoccupations”.

Nous sommes aussi obligés de constater que les ministres européens n’ont même pas été capables de s’accorder sur la cessation des ventes d’armes à la Turquie, en raison, nous dit-on, du veto de la Grande Bretagne qui, pourtant, demande à quitter l’Union européenne dans 15 jours. Les 27 États Membres ne pouvaient-ils pas s’accorder sur une décision commune ?

Le Ministre des affaires étrangères luxembourgeois donne, quant à lui, une mesure correcte de leur impuissance collective. Concernant l’opération de l’armée turque en Syrie, il déclare : “En tant qu’Européens, nous ne sommes pas en mesure d’arrêter cela. Nous devons le dire aux gens honnêtement.” Voilà au moins qui est franc.

Jean-Dominique Merchet, chroniqueur militaire de L’Opinion peut ainsi nous offrir un résumé de la situation, qui conclut : “Rarement dans l’histoire récente, nous n’avions vu une telle déconfiture française. La colère de Paris ne traduit que son impuissance. Pour la France, l’affaire syrienne aura été consternante de bout en bout.”

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent