Quand la peur a pris le pouvoir, par Jean-Gilles Malliarakis

Les dirigeants politiques parisiens semblent avoir pris le parti de s’aligner, dans la crise actuelle, sur ce qu’ils présentent pour l’expertise médicale. On doit d’abord comprendre la peur panique qui commande cette attitude.

Tous craignent de se trouver débarqués comme le fut le malheureux professeur Mattéi, victime expiatoire au lendemain de la canicule d’août 2003, séquence pendant laquelle “Mattei était en vacances, son directeur de cabinet était en vacances, le directeur général de la Santé était en vacances“. Dans une telle circonstance “c’est le directeur adjoint de la Santé qui avait donné [la] réponse dont on sait qu’elle coûta son siège de ministre à Jean-François Mattei.” À savoir que “la Direction générale de la Santé l’avait rassuré, en lui disant que tout ça, c’étaient des bêtises”[1]

Jupiter a-t-il donc décidé de faire basculer le lieu du pouvoir des élus vers les experts ?

Un tel raccourci scandalise les intéressés eux-mêmes.

L’idéologie en effet ne perd pas ses droits.

Le successeur, au ministère de la Santé, de l’inodore et inconsistante Buzyn, marionnette de Big Pharma, représente en effet une couleur plus précise.

Celle-ci caractérise la Macronie et son prétendu nouveau monde. Olivier Véran, à la fois neurologue et homme politique, fut, en 2015, élu aux régionales sur la liste socialiste de l’Isère. On le retrouve en 2017, comme beaucoup de chevaux provenant de la même écurie, député macronien de Grenoble. En 2019, c’est sa compagne Coralie Dubost qui fit office de rapporteur de la loi dite bioéthique, tendant à permettre la fameuse PMA pour toutes.

Or, c’est en catastrophe, le 7 mars, que ce personnage au verbe un peu plus péremptoire que celui de pas mal de ses collègues a dressé la liste des 10 membres du comité d’experts qu’on appelle désormais conseil scientifique.

Il semble bien s’être exclusivement concerté avec Jean-François Delfraissy. Cet immunologue avait été bombardé en 2016, sous Hollande et Marisol Touraine, président du comité national d’éthique. Le nouveau ministre allait le nommer officiellement à la tête de la nouvelle instance le 11 mars. À noter que toutes les autres institutions qui régissaient jusqu’ici la santé, la médecine, les hôpitaux publics, la pharmacie, l’assurance maladie, etc. ont été priées de s’éclipser.

C’est cependant à la demande du chef nominal de l’État, que le spécialiste mondialement reconnu qu’est le professeur Raoult fut appelé en tant que 11e membre. Pièce rapportée, surnuméraire au sein de cet aréopage, ce cousin de province ne pouvait qu’incommoder la consanguinité parisienne. Au bout de deux heures, il fut amené à claquer la porte, recraché hors de l’entre-soi, tel un caillou dans l’omelette.

Peut-être ont-ils raison, ces experts : totalement incompétent dans leur domaine, votre chroniqueur se gardera bien de prendre position sous cet angle de questionnement.

Fallait-il cependant leur déléguer les pleins pouvoirs quant aux prises de décision ?

Jean-François Delfraissy lui-même s’est chargé de la réponse :”nous ne sommes,dit-il, que des experts, et nous n’avons pas de responsabilités politiques“.[2]

Son point de vue n’est donc équilibré par la concomitance d’aucune instance de nature à éclairer les autres aspects de la situation, en dehors de l’immunologie.

Or, on doit observer que Jupiter, de son propre aveu, s’est cru obligé de calquer ses propres oukases, point par point, sur les avis médicaux et assimilés.

Sous l’emprise de la peur il n’a pas su, pas voulu paraître tenir compte des autres paramètres, ceux qu’un véritable politique doit pourtant savoir faire entrer en ligne de compte.

La mission prétendument de simple conseil de ce comité explique pourtant l’absence, en son sein, du moindre économiste, du plus insignifiant des juristes… Pas d’urgentiste, pas de pneumologue non plus… Certes il peut se targuer de la présence d’un spécialiste de la modélisation. Certes, depuis le XVIIe siècle, depuis Leibniz, on pose la mathématique comme langage propre à décrire les réalités physiques. Et, depuis le XIXe siècle, on a trop pris l’habitude de transposer cette hypothèse aux sciences sociales. La modélisation mathématique ne fait que traduire en équations les hypothèses qu’on lui a transmises, erreurs comprises. Sa présentation peut éclaircir les questions : elle ne résout aucun choix de fond.

Cette erreur dans la distribution des rôles caractérise, depuis des décennies ce que nous appelions, il y a un demi-siècle la technocratie. Ce terme péjoratif a perdu de sa vogue. Mais le phénomène qu’il désigne s’est considérablement aggravé, par la faute des politiques et la sottise des médias.

Que les courtisans se rassurent en effet : rien ne sera perdu pour les progrès de l’étatisme. L’État promet jour après jour de régler les problèmes d’intendance, il n’y parvient pas. Il appelle à faire la guerre, sans savoir faire livrer les armes et les munitions à ceux qui combattent. Incapable de répondre concrètement à la crise, encore moins de la prévoir, le pouvoir tentaculaire de la haute administration saura pourtant s’arroger le droit d’agrandir encore.

La peur incite nos dirigeants à se défausser de leurs responsabilités, mais non de leurs prébendes.

[1] cf. Le livre du Professeur Didier Raoult “Épidémies vrais dangers et fausses alertes”, page 18, qui vient de paraître ed. Michel Lafon.
[2]cf. Le Pointn° 2483 daté du 26 mars.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Le véritable objectif d’Erdogan en Syrie, par Jean-Gilles Malliarakis

À l’instar de ses alliés Frères musulmans, le président désormais tout puissant de la ci-devant démocratie turque se pose avec habileté en défenseur des droits de l’Homme et des libertés. Cela peut se comprendre dans certains pays de traditions dictatoriales. Jusqu’aux printemps arabes de 2011 régnaient des régimes à partis uniques plus ou moins laïcistes, comme en Tunisie, en Irak ou en Égypte.

Bien différente était la situation de la Turquie. Ce pays jouissait, depuis 1946, d’un statut certes chaotique, mais infiniment plus libéral. De façon très claire sa réforme constitutionnelle adoptée par référendum en avril 2017 lui confère des pouvoirs sans commune mesure avec ceux d’une démocratie présidentielle.

Néanmoins la naïveté internationale sans limites prend au sérieux le rôle qu’il prétend jouer de lutte contre le régime baasiste de Damas. Violant ouvertement la souveraineté de la Syrie voisine, il justifie son intervention militaire aux côtés de rebelles, essentiellement islamistes, en invoquant les droits qu’il muselle chez lui.

Cette tartufferie échappe de moins en moins aux responsables européens. Mais il semble que le but de ses agissements échappe encore à l’intelligence de nos technocrates.

Sans doute doit-on se féliciter des réactions indignées, dans divers pays de l’Union européenne, dénonçant le chantage turc à l’invasion migratoire. On ne peut qu’approuver ainsi celle de M. Le Drian. Le ministre français des affaires étrangères a en effet déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale ce 3 mars : “l’usage par la Turquie des migrants comme moyen de pression et de chantage sur l’Europe est absolument inacceptable“.

On doit souligner aussi la nouveauté d’une solidarité, affirmée dans la défense des frontières européennes, aussi bien par Charles Michel que par Mme von der Leyen au nom de la Commission. Cette avancée géopolitique nécessaire doit être saluée.

Ne doutons pas cependant que le politiquement-islamiquement correct n’en restera pas là. Dès le premier jour après avoir lui-même déclenché la ruée vers l’Europe de milliers d’immigrants illégaux, Erdogan et son dévoué ministre Cavutoglu agitaient, avec beaucoup de conviction maintenant, le drapeau des droits de l’Homme.

Remarquons qu’ils ont très rapidement été relayés par nos moyens de désinformation. Le message hypocrite prétend faire honte aux habitants pacifiques des îles de la mer Égée qui, submergés et exaspérés, osent réagir contre ces réfugiés vrais ou faux, qu’ils ont accueillis ou supportés en surnombre depuis 5 ans. Les gens des fameuses “ONG” subventionnaires se montrent plus arrogants encore.

Mais le fond du sujet, l’objectif réel que poursuit le président turc, ne doit pas être dissimulé. C’est là que réside la cause de ces évènements et des interventions de la Turquie chez sa voisine méridionale, État souverain qui ne fait plus, depuis bientôt un siècle partie de l’Empire ottoman.

Le 26 février Recep Tayyip Erdogan s’exprimait devant le Türkiye Büyük Millet Meclisi, le parlement d’Ankara. Il affirmait ce jour-là, sur le ton agressif qu’on lui connaît, avoir dit à son allié d’hier Poutine, ennemi d’avant-hier, rival d’aujourd’hui et adversaire probable de demain : “Ôtez-vous de notre chemin” en Syrie.

Quel chemin ? Vers quel but ?

Le lendemain 27 février, il se souvenait de son appartenance à l’OTAN et demandait à celle-ci de se solidariser, sur le fondement du traité de Washington de 1949.

Le 28 février, le secrétaire général Stoltenberg s’exécutait de bonne grâce et s’exprimait dans ce sens lors d’un point de presse. Il semble toutefois avoir surinterprété le traité d’alliance. C’est l’article 6 de cet accord, remontant à la guerre froide qui en définit le périmètre d’application. Celui-ci comprend le territoire de ses membres, y compris les départements français d’Algérie. Cette dernière disposition, devenue caduque en 1963 semble difficilement extensible aux anciens vilayets ottomans de Syrie et d’Irak où s’aventure l’armée turque.

Dès lors, le 29 février, Erdogan entreprenait de tordre le bras à l’Union européenne, la menaçant sur ses frontières en exigeant que celle-ci s’aligne sur la position de l’OTAN.

Le 2 mars, le président bulgare Borissov se rendit aussitôt à Ankara pour tenter d’organiser une négociation, ce que son interlocuteur refusa.

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Menaces d’Erdogan – L’Europe au pied du mur, par Jean-Gilles Malliarakis

Il est assurément trop tôt pour prévoir où conduira véritablement, et jusqu’où ira, la volonté affichée du gouvernement turc d’inonder l’Europe de réfugiés et d’immigrants. Certains prenaient peut-être jusqu’ici cette menace, maintes fois réitérée par Erdogan, pour une rodomontade qui ne serait jamais mise à exécution. Sur la forme la tradition ottomane retrouvée ne se dément pas. Et c’est sans doute ce qui, le 28 février en fin de matinée encore, amenait le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg à exprimer la “totale solidarité” des membres du Conseil Atlantique avec leur inconstante et infidèle alliée.

Après un entretien téléphonique du 27 avec Mevlut Cavusoglu, ministre des affaires étrangères à Ankara, l’article 4 du traité signé à Washington en 1949 avait même été invoqué. Or, c’est dans l’affaire syrienne que la clause était supposée fonctionner. Depuis 2011, Erdogan en compagnie des islamistes, prétend défendre les droits de l’homme dans ce pays, contre ce que les médias ont pris l’habitude d’appeler l’armée du régime, élément de langage désignant tout simplement l’armée régulière, d’un pays juridiquement souverain depuis 1946, détaché de l’Empire ottoman depuis le traité de Sèvres.

Or, dès le lendemain 29 février, encouragés sans doute par cette affirmation hasardeuse d’une complaisance de principe, les agents du pouvoir d’Ankara déclenchaient, depuis Istanbul, la marche vers l’Europe de milliers d’illégaux.

L’activation du chantage migratoire a donc d’ores et déjà introduit une nouvelle dimension dans les relations avec la Turquie. Et cette perspective ne sera pas si facilement éliminée. Tout le monde a compris en effet, qu’en fonction des développements futurs, et si son utilisation devait demeurer impunie, cette arme d’un genre nouveau sera activée chaque fois que l’actuel gouvernement d’Ankara et les réseaux des Frères musulmans la jugeront utile. Ceci jusqu’à ce qu’un mécanisme éliminatoire intervienne.

Même la très incertaine, et si souvent incohérente, Merkel se sait obligée de réagir. Elle doit se prémunir elle-même contre la poussée protestataire qui s’est exprimée dans divers scrutins au niveau des Länder. Elle demeure certes encore accrochée à une chancellerie où elle a fait plus que son temps. Elle sait que sa maladroite politique d’accueil affirmée en 2015 avait déjà engendré son recul dans l’opinion populaire, au mépris de ce qui avait, au contraire par le passé consolidé sa popularité, quand en 2011 elle avait constaté l’échec du modèle multiculturel “Multikülti”.

C’est ainsi que le 2 mars, lors d’une conférence de presse à Berlin, Steffen Seibert au nom du gouvernement allemand a voulu affirmer que l’Union européenne attend de la Turquie qu’elle respecte l’accord turco-européen de 2016. Car celui-ci visait à empêcher les migrants d’atteindre l’Europe, et pour cela environ 3,2 milliards d’euros ont déboursés par les contribuables européens pour défrayer Ankara et, notamment, équiper sa flotte de garde-côtes.”Nous sommes convaincus de la valeur de l’accord et nous attendons qu’il soit respecté”, déclare un peu platement le porte-parole de Merkel.

Ce concept semble très au-dessous d’une situation qui ressemble de plus en plus à une invasion organisée. Elle justifie amplement la requête du gouvernement d’Athènes sur le fondement de l’article 78-3 du traité de l’Union européenne, qui prévoit de façon explicite le cas précis.

Notons cependant sa rédaction très molle : “Au cas où un ou plusieurs États membres se trouvent dans une situation d’urgence caractérisée par un afflux soudain de ressortissants de pays tiers, le Conseil, sur proposition de la Commission, peut adopter des mesures provisoires au profit du ou des États membres concernés. Il statue après consultation du Parlement européen.”

C’est en cette occasion que le politiquement-islamiquement correct ne manquera pas de chercher à invoquer la convention de 1951 et l’obligation pour l’Europe d’accueillir et de répartir “toute la misère du monde”.

Oui l’Europe est au pied du mur, et c’est au pied du mur qu’on voit le maçon.

Toutes les îles grecques de la mer Égée, jusqu’à Rhodes et jusqu’à la république de Chypre, de même qu’en Méditerranée occidentale les îles de Lampedusa, Malte et le rocher de Gibraltar devraient être désormais, solennellement, proclamées inviolables sentinelles européennes, à défendre solidairement contre toute attaque venue de l’Orient.

Si cette doctrine n’est pas affirmée et mise en pratique, non seulement par Frontex mais par tous les moyens disponibles, ce seront ensuite la Sicile, la Sardaigne, la Corse, les Baléares, puis la Bulgarie, la Provence ou la Campanie.

Les Européens responsables, cela existe, l’ont compris et ils proclament, enfin, leur solidarité.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Lutte contre le “séparatisme islamiste” – Questions sans réponses, par Jean-Gilles Malliarakis

Il paraît donc que ce 18 février à Mulhouse, chef de l’État, chef constitutionnel des armées, le président Macron a exprimé sa préoccupation devant ce qu’il appelle le séparatisme.

On nous assure que ses services et lui-même auraient prudemment réfléchi depuis plusieurs mois devant l’élément de langage le moins explosif face à un politiquement correct, parfaitement rodé quant à lui.

Il aurait désiré le mot qui coûterait le moins cher en termes électoraux et médiatiques.

Et pour cela, il a choisi le terme, sémantiquement, le plus inapproprié : car séparatisme implique un projet de séparation.

Mais, pour se séparer il faut être uni par quelque chose.

Or, la vérité c’est que nous ne sommes pas unis. Nous sommes en guerre, non pas avec un quelconque séparatisme mais avec l’islamisme : en Afrique avec l’opération Barkhane ; en Méditerranée orientale, où le Charles-De-Gaulle n’a pas appareillé pour une croisière touristique ; mais d’abord en France.

Ce n’est pas parce que le gouvernement cache la vérité de ces divers terrains d’affrontement qu’il ne la connaît pas.

C’est pourquoi sans doute, chose nouvelle et presque inouïe, Macron a osé désigner, – du bout des lèvres certes, mais quand même… – l’État qui, aujourd’hui pilote la subversion islamiste mondiale, celle des Frères musulmans : il s’agit bel et bien de la Turquie entre les mains depuis bientôt 20 ans du mégalomane islamiste Erdogan.

Candidate au rôle de petite Chine, aux portes de l’Europe, paradis de la contrefaçon et des trafics en tous genres, n’est-ce pas un certain Juppé, en 1993, qui l’a imposée, contre l’avis du parlement européen, non pas en tant que membre de l’Union européenne mais partenaire de l’union douanière ? Juppé l’homme de toutes les erreurs siège aujourd’hui au conseil constitutionnel.

Depuis lors, des flots ont coulé entre les rives du Bosphore. Et, dans ce pays qu’on nous vantait pour un fidèle et fiable allié de l’occident, un bastion de la laïcité et de la démocratie, les confréries de l’islamisme ont pu, à partir de 1997, entreprendre leur ascension.

S’emparent-ils des municipalités d’Ankara, d’Istanbul ou de Smyrne ? D’éminents spécialistes nous expliquent alors qu’il s’agit d’une version locale de la démocratie chrétienne.

Gagnent-ils, pour la première fois, les élections législatives de 2002 ? Les experts américains y voient le triomphe de leurs meilleurs alliés.

Et quand ils s’engagent dans l’aventure irakienne en 2003, ces mêmes experts galonnés la conçoivent avec l’appui d’une armée turque, supposée laïque. Ces troupes promises ne viendront jamais. Les Américains devront s’embourber dans une guerre désastreuse, recruter des dizaines de milliers de mercenaires. Car un certain Erdogan a commencé un virage en politique extérieure, que l’on se refuse à voir en face.

Explose-t-il sa haine en 2009 à Davos ? On ne veut pas y voir sa volonté de s’instituer comme chef mondial de l’islamisme.

Pour la première fois, pourtant, depuis la chute de l’Empire ottoman, le chef turc est applaudi comme un nouveau calife par des foules autrefois ralliées au rêve d’un nationalisme arabe.

Subit-il en 2013 la plus grave crise de sa carrière, la mobilisation des opposants, la rupture avec son dernier allié libéral et humaniste Gülen, la révélation du climat de corruption mafieuse et confrérique qui l’entoure ? On ne fait rien contre cet excellent partenaire de l’OTAN.

La suite est trop connue pour qu’on doive la rappeler au titre d’un passé, supposé révolu, aux yeux de nos communicants : elle fait partie de notre actualité et, surtout, de la triste situation présente du peuple turc. Ses pouvoirs vont être constitutionnellement renforcés, désormais presque illimités. Des centaines d’opposants ou d’esprits libres pacifiques sont emprisonnés. La presse est étouffée. Les derniers journaux libres ont été rachetés plus ou moins de force et transformés en instruments de la propagande officielle, etc.

Entre temps, son camarade Morsi a été évincé du pouvoir en Egypte par le peuple et par l’armée de ce beau pays millénaire, où existent encore des amitiés françaises, et une forte présence chrétienne malmenée précisément par les islamistes.

Mais en France on fait la fine bouche. Ce militaire qui les a chassés, qui ose protéger les Coptes, etc., est-il vraiment, sincèrement, un ami du politiquement correct ?

Soyons donc clair : ce n’est pas à un quelconque “séparatisme” que nous sommes tous confrontés, que nous nous sentions, que nous soyons, chrétiens, bouddhistes, juifs, laïcs, musulmans pacifiques, ex-musulmans étant devenus athées ou chrétiens, etc.

C’est face à l’islamisme en Afrique que nos forces sont engagées et que de jeunes soldats versent leur sang. De la part des moyens de désinformations hexagonaux, ils savent très bien ne devoir guère attendre de reconnaissance hélas; ni pour eux ni, pour les veuves et les orphelins qu’ils laissent derrière eux. De loin en loin, de façon d’ailleurs maladroite, on surjoue l’émotion le temps d’une cérémonie médiatisée dans la cour des Invalides. Mais rien ne suit vraiment et durablement.

J’invite ainsi la présidence de la république à se pencher sur le compte Twitter du chef d’État major de l’armée de terre. Il exprimant sa “profonde tristesse à l’annonce du décès du sergent-chef Morgan Henry, engagé sur #Barkhane.”

Pas besoin de descendre bien loin dans les réponses que nos pires ennemis installent impunément, sous pseudonymes, sur les fameux réseaux sociaux pour voir, certes, que pas mal de Français rendent hommage à leur jeune et courageux compatriote, mais aussi que des islamistes se frottent les mains. Lisez certains d’entre eux : vous y verrez clairement quelle guerre intérieure nous est menée.

Que fait-on contre l’anonymat de leurs messages de haine antifrançaise ?

Et si vous vous demandez quelle sera leur prochaine offensive, lisez donc l’édition en langue française de l’agence officielle de l’État turc, Anadolu. Elle n’est pas destinée aux originaires de l’Hexagone mais elle est parfaitement disponible sur internet. Vous verrez quelles accusations incroyables elle diffuse auprès d’un certain public francophone, contre la France colonialiste, raciste, génocidaire et esclavagiste. Rien que ça…

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Belloubet paradigme de la terrorisation, par Jean-Gilles Malliarakis

Les déclarations lamentables sur l’affaire Mila de l’actuelle garde des Sceaux capitulaient, ce 29 janvier, devant une des revendications fondamentales de l’islamisme. Celui-ci réclame la reconnaissance d’un délit de blasphème ; quelques lâches, terrorisés, lui en concèdent le bien-fondé. Elles ont attisé une colère exceptionnelle. Et celle-ci s’est exprimée à juste titre, bien au-delà de l’opposition de droite.

Commençons par la sphère politique. Les tribunaux médiatiques parisiens s’emploient actuellement, par ailleurs, dans la perspective des municipales, à diviser et à minimiser le poids des opposants de droite. Cette mini-crise est parvenue à les réunir dans une position commune.

Zeus rend fou ceux qu’il veut perdre. Et les cafouillages gouvernementaux contrarient l’intention stratégique de ce pouvoir macronien, de plus en plus chancelant, dans la pratique, et cependant péremptoire dans les affirmations de ses prétendues certitudes. Ils donnent ainsi une occasion de s’unir, au-delà de clivages en voie de devenir factices, à tous les amis de la Liberté.

Dans une excellente tribune libre [1], Élisabeth Badinter, Élisabeth de Fontenay, Marcel Gauchet, Jacques Julliard, Jean-Pierre Le Goff, toutes personnalités courageuses que l’on étiquetterait difficilement à l’extrême droite, ont su dresser le procès du conformisme politiquement correct des nouveaux dhimmis : “nous paierons cher cette lâcheté“.

Franz-Olivier Giesbert, à sa manière provocatrice habituelle, pose la question “La France, nouveau Pakistan ?” Et de remarquer, à très juste titre, n’en déplaise à Talleyrand, que “tout ce qui est exagéré n’est pas insignifiant. Aussi outrancière soit-elle, écrit-il, la question posée par le titre de cet éditorial mérite d’être posée, tant sont mauvais les vents qui soufflent aujourd’hui sur la France.”[2]

Les reculades du pouvoir face à l’islamisme fournissent des arguments et des ailes à Francis Bergeron, vieux camarade des luttes anticommunistes. Dans Présent, utile petit quotidien qu’il dirige, journal privé de subventions et de recettes publicitaires, jamais cité dans les revues de presse, son analyse, difficilement réfutable, développée ce 30 janvier dénonce ainsi le rôle de “porte-parole de la Ligue islamique“[3] joué par Mme Belloubet.

Il me semble avoir malheureusement, dramatiquement, raison.

La relation entre cette femme du monde et la sinistre mais habile confrérie des Frères musulmans peut paraître hypothétique, sinon controuvée. Son évocation sera immanquablement dénoncée pour conspirationniste. Votre chroniqueur s’empresse donc de le dire : certes, non, Mme Belloubet ne reçoit, ni directement ni indirectement de consignes, ni de Youssef al Qaradawi, ni de l’un quelconque des cache-nez des adeptes de feu Hassan el Banna, telle l’UOIF devenue Musulmans de France. Organisation interdite comme terroriste par de nombreux États, notamment en Égypte où elle était apparue en 1928, mais solidement implantée dans 79 autres pays, bénéficiant du soutien financier du Qatar, aujourd’hui maîtresse de la Turquie sous la férule de Recep Tayyip Erdogan, c’est son réseau d’influence qui inspire le projet du régime actuel d’organisation d’un islam “de France”. Mme Belloubet n’en représente qu’un fragile petit pion.

Appelée en 2017 aux responsabilités ministérielles, non par le soutien d’une légitimité électorale mais par le jeu technocratique du nouveau pouvoir, quand elle s’exprime, on la sent en effet sous l’emprise d’une Terreur rampante.

Cette terrorisation exemplaire ressemble fort à l’ombre permanente de la menace que font peser les criminels islamistes les plus violents et les plus malfaisants.

Un récent rapport[4] émanant de la DGSI tiendrait pour contrôlés par ce que l’on désigne du mot pudique de “communautarisme” quelque 150 quartiers dûment cartographiés. À noter que ce terme fonctionne comme cache sexe indistinct, à l’instar de ceux de “radicalisé”, voire de “la religion”. Éléments de langage imposés par le conformisme politiquement correct, chacun sait qu’ils s’appliquent en l’occurrence à une seule “communauté”, une seule “religion”, une seule “radicalité”. Le public se montre de moins en moins dupe de ce genre de camouflages, incitations à la colère.

Le 18 janvier le chef de l’État était pressé de parler[5] par l’ancien maire strauss-khanien de Sarcelles François Pupponi. On présente encore celui-ci comme un député PS. En fait, s’il siège aujourd’hui, au sein de cette Chambre d’enregistrement qu’on appelle encore Assemblée Nationale en tant que député du Val d’Oise, c’est aux côtés des radicaux-socialistes.

“Parlez Monsieur le Président” semble-t-il demander au maître des horloges. Les Français savent qu’en 2017, une partie d’entre eux, sur la promesse d’un nouveau monde, ont voté pour des communicants, mais qu’ils ont porté au pouvoir des clowns. En 2020, les citoyens et les contribuables de ce pays n’attendent plus des paroles. Ils exigent des actes.

[1] Publiée par L’Express le 31 janvier
[2] cf. son éditorial dans Le Point N° 2475 du 30 janvier 2020
[3] cf. éditorial en ligne de Présent N° 9543, en ligne le 30, édition papier datée du 31 “Belloubet en porte-parole de la Ligue islamique”
[4] Révélé le 18 janvier par le Journal du Dimanche
[5] Entretien réalisé par Emmanuelle Souffi, à propos du livre qu’il vient de consacrer aux “Émirats de la République.”

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Les nouvelles dimensions de la Terreur islamiste, par Jean-Gilles Malliarakis

Les trois formes de périls islamo-terroristes évoquées dans notre précédente chronique[1] ne se séparent qu’en apparence. Toutes trois menacent, en effet, sinon d’une manière parfaitement égale, du moins d’une façon très actuelle et très convergente la France et l’Europe. Elles se manifestent sur les terrains sociologique, militaire et géostratégique : montée d’une violence intérieure intrinsèque et préoccupante ; affrontement direct en Afrique sahélienne avec les émules locales des réseaux internationaux ; confrontation en Méditerranée orientale avec un islamisme qui s’affirme et cherche à s’organiser en tant que puissance globale.

La première forme de cette menace se diffuse de jour en jour dans notre société. A la séquence dominée par le mouvement incontrôlé des Gilets jaunes, a succédé une phase de grèves et de blocages sans précédent. Bien évidemment, dans l’actualité immédiate, les jeux des moyens de la désinformation et de la stratégie de la communication officielle mettent l’accent sur le rôle de la CGT. Vieil épouvantail stalinien, dotée d’un porte-parole efficacement caricatural, celle-ci suscite une crainte et une répulsion légitimes. Mais, au bout du compte, la direction de cette centrale doit elle-même surmonter des évolutions et des remous intérieurs à la société. Au sein des quelques entreprises où se concentrent les lieux potentiels de thrombose, les appareils syndicaux craignent de se voir, à leur tour, dépassés par des groupuscules alternatifs. Et, au sein du dispositif la question ethnique ne peut pas être négligée. Faisant face à cette concurrence latente, et à l’expression d’une soif de violence, les chefs apparents de la révolte ne peuvent que chercher à précéder leur base afin de ne pas être balayés.

Une telle bolchévisation rampante ne se limite pas aux frontières. Entre Bamako et certaines villes communistes de Seine-Saint-Denis, les vraies extensions du Mali dépassent celles de la zone territoriale du Sahel.

On ne peut donc pas cantonner la lutte contre Daech à une seule zone géographique. Lors de l’irruption des son ersatz de Califat proclamé à Mossoul en 2014 le groupe fut d’abord ressenti et identifié en tant que spécifique au Moyen Orient. On a pu y voir une réaction à l’opération Irak de GW Bush. Et c’est effectivement à partir des métastases de l’armée et du régime de Saddam Hussein que s’est d’abord construite l’organisation. Très vite cependant elle a essaimé, en rivalité avec la stratégie d’al-Qaïda, dans d’autres pays, y compris dans des espaces où, face aux pseudopodes de cet autre réseau, intervenait déjà l’armée française (cf. opération Serval à Tombouctou en janvier 2013).

Sur cette prolifération s’est greffée une capitale qui s’est progressivement emparée de l’hégémonie sur l’islamisme politique international. Or, il s’agit précisément de celle dont on a voulu faire le bastion et le modèle d’une sorte de nationalisme jacobin laïc, prolongement de l’Europe et alliée de l’Occident : Ankara. A son sujet toutes les idées fausses et les préjugés périmés paralysent, aujourd’hui encore, l’analyse de nos décideurs ouest-européens, alors même que la montée en puissance d’un califat potentiel se développe plus vite que la réflexion de nos décideurs, précipitant l’urgence des prises de conscience.

Depuis l’échec et l’éviction en 2013 de la présidence Morsi en Égypte, la direction des Frères musulmans s’est ainsi placée sous la dépendance d’Erdogan. Lui-même, à partir de 2014, s’est ouvertement séparé puis s’est opposé d’une façon inexpiable à Fethullah Gülen. Il a donc eliminé, et, depuis le pseudo coup d’état de 2016 il a massivement persécuté ce qui représentait, avec le mouvement Hizmet, la seule influence susceptible d’aboutir à un modèle turc, certes original, mais convergent avec l’occident.

La cristallisation actuelle des événements en Méditerranée orientale, et dans la guerre de Libye se développant après celle de Syrie, rend cette question cruciale. La France de son côté se voit engagée aux côtés des pays riverains tous en butte à la double volonté néo-ottomane : d’une part propagation de l’islamisme et d’autre part manipulation de l’immigration, devenue instrument de chantage permanent, y compris dans la politique intérieure de certains pays comme l’Allemagne ou la Belgique, mais plus globalement vis-à-vis de l’Europe entière.

Face à de telles nouvelles dimensions de la Terreur islamiste, les ambiguïtés macroniennes ne sont plus permises.

[1]cf.L’Insolent du 22 janvier : “Masques et visages du terrorisme”

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

De la gréviculture et de son pourrissement, par Jean-Gilles Malliarakis

Au 41e jour de la crise, une nouvelle manif à Paris, rassemblait les habitués du pavé. “Alors maintenant, il faut que ça s’embrase…“ se félicite L’Huma ce 15 janvier. De son côté l’extrême gauche parlementaire étiquetée La France insoumise souhaite s’en tenir à un combat pour le simple retrait. Les camarades de Mélenchon cherchent vainement à psychodramatiser une motion de censure. Ils ne peuvent ignorer qu’une telle démarche reste vouée à l’échec. Leur initiative a été d’ailleurs été officiellement déclinée par la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale Valérie Rabault, car le PS mise beaucoup plus sur la CFDT.

Le vieux PCF, entrant dans sa centième année, parvient à trouver une ligne d’action à la fois plus réaliste et plus dangereuse à terme. Ce sont en effet les organisations syndicales les plus sensibles à ses mots d’ordre, la CGT, Sud-Solidaires ou la FSU qui tiennent le haut du pavé. Et cela lui permet de prendre l’initiative d’une démarche unitaire.

Le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel tend à ce titre, d’ici la fin de la semaine, à regrouper, autour de la vieille maison de la place du colonel Fabien, le Parti socialiste, Europe Ecologie-Les Verts, Place publique et Génération doivent autour d’un contre-projet, considéré comme réponse commune.

Si les vampires eux-mêmes sortent des leurs cercueils à la pleine lune, comment demeurer les bras croisés.

Ainsi donc, toutes ces piqûres de rappel encouragent votre chroniqueur à reprendre après quelques jours de la latence le fil de l’actualité consternante notre pays. Non que les nouvelles de sa petite personne puissent elles-mêmes être qualifiées de mauvaises. Mais, une consternante constatation s’impose, et déplorer plus amèrement que jamais l’ankylose institutionnelle de ce pauvre pays, ne manque pas de paralyser l’écriture.

Mais voilà : tout en souhaitant, quand même, une bonne année aux amis lecteurs, le criminel revient toujours sur les lieux du crime.

Comment ne pas observer, d’abord, le silence inhabituel du grand réformateur jupitérien et les pataugeages dans la gadoue de son premier ministre, trop visiblement traité comme un fusible.

La lettre qu’il avait adressée le 10 janvier aux organisations syndicales semblait prétendre annoncer, après 35 jours de conflit, après autant de galères pour les usagers des transports, à la mi-temps du mandat présidentiel et après plusieurs milliards de pertes pour la société, l’amorce du début du commencement d’une sortie de crise.

Las, 5 jours se sont écoulés, où l’on a seulement assisté à de petits mieux dans les transports. L’érosion du mouvement au rythme de 1 % par jour, que nous évoquions le 10 janvier,[1]se confirme une semaine plus tard…

À la RATP, le taux de grévistes, sur laquelle contrairement à la SNCF la direction ne communique guère, s’établissait, ce 14 janvier, à près de 14 % des salariés et à près de 60 % des conducteurs du métro. Au premier jour du conflit, le 5 décembre, 55 % des salariés de la RATP étaient en grève, et 85 % des mêmes conducteurs. Le 17 décembre, 40 % des salariés avaient cessé le travail, mais 8 conducteurs sur 10 n’assuraient pas leur service. Le 9 janvier, ils étaient encore en grève à 70 %. Un recul très lent.

Le pouvoir a donc délibérément opté pour le pourrissement, tout en prévenant : “Nous allons aller au bout“[2].

La mesure qu’il entend établir vise l’objectif d’atteindre l’équilibre financier… en 2027..r, cette pierre d’achoppement de l’incompréhension réciproque, la notion de “régimes” sociaux considérés comme financièrement équilibrés, figurait déjà dans la réforme constitutionnelle de 1996. Le congrès avait été convoqué sous prétexte aboutir à une loi [initialement] “d’équilibre” de la sécurité sociale, ce dernier monstre englobant, depuis 1941, aussi bien l’assurance maladie que les pensions de vieillesse.

Députés et sénateurs ratifièrent cependant à Versailles en février 1996 un autre principe, prévoyant le vote annuel d’une loi seulement de “financement”. La nuance ne devrait échapper à personne. Elle reste au cœur de ce qui continue de séparer les bureaucraties syndicales des technocraties budgétaires. De 1996 à la réalisation supposée de l’objectif en 2027, il se sera écoulé 31 ans.

Telle se confirme par conséquent l’incapacité de nos dirigeants à appliquer les projets réformateurs les plus évidents, car on ne saurait financer une assurance vieillesse à crédit et pourtant les discours politiques se gargarisent de telles promesses.

En ce sens la Macronie se montre une prolongation de la Chiraquie, quand il s’agit de faire voter et d’appliquer les lois nouvelles.

À la gréviculture de la CGT, les technocrates de Bercy ne savent opposer que des stratégies de pourrissement lent, aux frais des Français. Un minimum de réalisme en commande le douloureux constat.

[1] cf. L’Insolent du 10 janvier “Robes noires et drapeaux rouges”.
[2] Sur France 2 le 12 décembre.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Nos fragilités face au djihadisme, par Jean-Gilles Malliarakis

djihad

À Londres et à La Haye, ce 29 novembre, la guerre continuelle, que l’islamo-terrorisme mène contre l’Europe, frappait à nouveau. Et, comme d’habitude, la première de nos fragilités consiste à ne pas accepter de voir et de nommer cet ennemi.
Supposant l’islam religion pacifique, nos bons esprits se refusent à considérer qu’il se réclame d’un fondateur admiré comme chef de guerre[1].

Une émotion légitime, que l’auteur de ces lignes partage, accueillait, ce 25 novembre en France, la nouvelle de la mort au Mali de 13 soldats. Et l’hommage de la nation devrait, dans de telles circonstances, soutenir ces hommes et leurs familles engagés en première ligne dans la défense de l’Europe et de notre civilisation, issue du christianisme, contre la sauvagerie sanguinaire des djihadistes.

Ne perdons pas de vue cependant, en l’occurrence, que ce sont deux hélicoptères militaires français qui se sont heurtés l’un à l’autre. Et si Daesh a cru bon de revendiquer, dans un communiqué du 28 novembre, la gloire de cette collision, cette vantardise opportuniste a été démentie dès le lendemain par le chef d’État-Major des armées françaises le général Lecointre.

Qu’on me permette ici de comparer d’abord deux chiffrages des morts de chaque côté.

Auditionnée au Sénat le 27 février 2019 la ministre des Armées Florence Parly dénombrait à hauteur de 600, les djihadistes neutralisés dans l’opération Barkhane depuis 2015.

Au 11 novembre, de notre côté, le chef de l’État pouvait comptabiliser 549 militaires tués[2], dans les opérations extérieures, menées sur décision du gouvernement de Paris dans d’innombrables pays, depuis 1963. Une telle statistique macabre s’est aggravée de 13 victimes supplémentaires mais elle demeure inférieure, et de très loin si on la rapporte à son étalement sur 56 ans, au rythme des pertes adverses, sur un seul théâtre d’opérations, en 4 années.

Rappelons à cet égard que si la mort des nôtres nous bouleverse, celle de nos ennemis les stimule.

Nos bons esprits politiquement corrects croient possible une guerre sans morts, fraîche et joyeuse, pour reprendre la formule utilisée par les radicaux-socialistes dans les années 1900, avant la saignée de 1914-1918.

Souvenons-nous de l’intervention en Afghanistan. Entreprise en 2001, sous le gouvernement Jospin, elle se déroulait sous commandement Otan. Elle exprimait une solidarité, scellée par le traité de 1949 et mobilisée par les attentats du 11 septembre, auxquels on souhaite répondre en liquidant les talibans et al-Qaïda.

La mise en œuvre de l’alliance supposait le principe “on est venu ensemble on partira ensemble”.Or, la fragilité française conduisit à s’écarter de la règle. La défection fut décidée sous la présidence Sarkozy. Celui-ci, au début de son mandat, n’avait pas hésité pourtant, à rendre des hommages appuyés aux unités de chasseurs alpins présentes en cette terre lointaine. En novembre 2009, 3 850 militaires français sont engagés. En 2010 encore, 250 soldats supplémentaires sont envoyés. Le contingent français, quatrième contribution de la coalition, atteint alors le nombre de 4 000 .

Mais, fin 2012, les forces combattantes sont retirées. Et, le 31 décembre 2014, les 150 derniers soldats français de la mission Pamir, passaient le relais à un contingent turc[3].

Depuis, les courageux Afghans qui avaient servi d’interprètes de nos soldats attendent encore la reconnaissance de leurs services.

Le gouvernement de Paris n’a pas supporté de compter 89 soldats morts pendant les 13 ans de présence française en Afghanistan. Cette défaillance n’a pas manqué d’être repérée dans les autres capitales alliées.

Au Mali, en 2014, face à une situation militaire catastrophique, Hollande décidait de se porter au secours d’une armée en débandade, d’un pays en pleine décomposition, d’un État gangrené par la corruption, qui se refuse au rapatriement des innombrables immigrés illégaux dont il inonde la Seine-Saint-Denis.

Depuis, un retournement dialectique s’est produit. Les 4 500 soldats français salués au départ comme des protecteurs, des pacificateurs, des libérateurs, sont désormais dénoncés, et en partie ressentis, comme des néocolonisateurs. Ce jugement est évidemment issu, aussi, de l’enseignement que distille notre Éducation Nationale monopoliste, y compris dans l’Hexagone, auprès des populations dites des banlieues.

La fragilité conceptuelle ne s’arrête pas là. Que vaut en effet le discours, euphémique et administratif, sur ce qu’on nomme pudiquement radicalisation, mais aussi sur l’obligation de laïcité ?

En théorie par exemple, une simple prière au bureau, cela peut entraîner une radiation définitive des services de police. Ceci vaut sur le papier. Certes, dans la pratique, depuis l’attaque d’octobre à la préfecture de police, le nombre des dénonciations, des signalements de policiers et des soupçons de radicalisation s’est multiplié. On en a compté une centaine en deux mois ; elles ont été classées sans suite. Le préfet Lallement n’a su demander la suspension que de 3 agents ; il n’en a obtenu qu’une seule.

Comme pour le communisme, tout se passe comme si l’expérience historique ne nous enseignait rien. Nos bons esprits politiquement corrects se refusent à en tirer les leçons. On continue de vouloir ignorer, par conformisme anticolonialiste, la dimension religieuse de la Guerre d’Algérie[4]. On juge tellement plus confortable, consensuel et progressiste de fermer les yeux sur la signification de la Toussaint sanglante de 1954, quand le FLN affirma dans le sang de ses première victimes innocentes son objectif de “restauration de l’État algérien”(lequel n’avait jamais existé) et l’inscrit “dans le cadre des principes islamiques”. En 1955, les massacres de Philippeville ouvrent les yeux d’une partie des responsables républicains. En 1956, le congrès de la Soummam entérine l’adhésion de l’insurrection à l’unanimisme autoritaire de l’islam. Depuis, 57 années de dictature islamo-étatiste dans ce pays en ont confirmé la tragédie. Aujourd’hui encore, ses dirigeants incapables et corrompus font reposer sur la France les responsabilités de leur propre échec.

Et nos fragilités consistent toujours à ne pas voir en face les réalités de l’islamo-terrorisme.

[1] cf. Henri Lammens “Qui était Mahomet”
[2] Chiffrage officialisé ce 11 novembre par le discours d’hommage du président
[3] cf. in Le Monde du 31.12.2014 : “Afghanistan : l’armée française quitte le pays après treize ans de présence”
[4] cf. Roger Vétillard “La Dimension religieuse de la guerre d’Algérie, 1954-1962”: prémices et conséquences ed. Atlantis 2018, 190 pages.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

L’illusion mondialiste : “comment ça marche”, par Jean-Gilles Malliarakis

Au cours du XXe siècle, tous les pays n’ont pas également souffert de l’illusion mondialiste. Et, à cet égard, même si elle a fait partie, à plusieurs reprises, des malcontents, la France ne peut pas se considérer comme la principale victime du mensonge des dirigeants internationaux.

En revanche son gouvernement, au gré des régimes successifs qui ont affaibli la pays, s’est trouvé plusieurs fois au premier rang du mondialisme.

Dès l’époque où Charles Maurras publiait son célèbre Kiel et Tanger, son pays semblait au principal théoricien du nationalisme français, en 1905, “la plus petite des grandes puissances et la plus grande des petites”.

Or, beaucoup plus tard, après un affaiblissement durable de ladite puissnce, se traduisant par les déchirements de la seconde guerre mondiale, puis par la perte de l’Empire, c’est bien Giscard d’Estaing qui prit l’initiative, au nom du mondialisme qu’il revendiquait de ce qui est devenu le G7.

Aujourd’hui encore, aux Nations Unies, Paris dispose d’un siège permanent, théoriquement à égalité avec la Chine ou les États-Unis, alors que ni l’Inde, ni l’Allemagne, ni le Japon, ni l’Italie, ni le Brésil n’y figurent. On pourrait multiplier les exemples.

Le discours du mondialisme plaît toujours beaucoup aux dirigeants parisiens. Ils se croient autorisés à se prononcer, quand cela les arrange, comme si les héritiers de Robespierre étaient vraiment les porte-parole des droits de l’homme.

Quand cela ne les arrange pas, reconnaissons-leur, du reste, une singulière énergie à nier leurs propres principes. Et, plus généralement, leurs commentateurs énoncent des mots d’ordre à portée internationale, à charge principalement aux [très méchants] Américains de les exécuter. A noter que vis-à-vis des États-Unis qui, eux, disposent des moyens d’agir, et se privent rarement de les utiliser, la relation reste ambiguë à base d’attraction/répulsion névrotique. Au fond, leurs regards sur le monde se ressemblent beaucoup. Ils croient, de la même manière, à l’universalité de leurs critères de jugement mais chacun pense détenir la vérité – que Washington concrétise seule.

Tout cela date bel et du traité de Versailles, signé en juin 1919, ratifié en octobre, dont on s’est bien gardé jusqu’ici de fêter le centenaire, alors qu’il est demeuré précisement l’archétype du système mondial actuellement encore en vigueur.

Tout l’intérêt des débats sur la ratification du traité de Versailles réside précisément en ceci.

Pour la première fois depuis 1815[1], et contrairement aux divers accords concrets entre les puissances au cours du XIXe siècle, accords qui certes ont éclaté au début du XXe siècle, on allait bâtir un ordre international fondé sur l’idéologie énoncée par une seule, les 14 points de Woodrow Wilson. Or, en septembre 1919, pendant les débats de Ratification du traitéà la Chambre des députés à Paris on allait apprendre que les États-Unis, principal bailleurs de fonds de l’alliance victorieuse, ne le ratifieraient pas et n’adhèreraient pas à la SDN dont ils avaient fait la base de l’échafaudage.

Tout le monde pouvait le comprendre en France, champ de bataille du conflit, dévastée par 4 ans de guerre.

Et cependant, si divers représentants de la droite analysent parfaitement la situation, toutes les erreurs du XXe siècle se trouvent en germe dans les illusions mondialistes, sincères et néanmoins stupides, développées par les discours de la gauche. Et, point essentiel, les pires sottises, les pires absurdités, furent proférées sur les bancs du gouvernement de Clemenceau, de son collaborateur Tardieu que Léon Daudet surnommait le Mirobolant, de ses ministres Loucheur et Klotz, auteur du mot d’ordre l’Allemagne paiera, etc. Pire que la gauche utopique : le parti ministériel et ses courtisans.

On verra aussi que toute l’illusion mondialiste reposait dès cette époque sur une base financière.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

L’islamisme et la paralysie des idéologues de gauche, par Jean-Gilles Malliarakis

L’audition, ce 30 octobre, du préfet Lallement devant une commission de l’Assemblée nationale ouvre un nouveau champ de réflexion. Et, dans son ensemble d’ailleurs, l’affaire Mickaël Harpon remet en cause la doxa politiquement correcte, à propos de l’islamisme.

On découvre en effet, au gré de ce dossier, des concepts inattendus. Les députés travaillant très officiellement sur “l’attaque” du 3 octobre dans l’enceinte de la préfecture de police, font ressortir, qu’ils le veuillent ou non, un certain nombre de notions nouvelles.

Et celles-ci contredisent largement les idées reçues, lesquelles dans notre malheureux pays, viennent de la gauche et de ses idéologues.

Court-circuitant la notion de terrorisme (article 421 du Code pénal), on nous dit en effet que l’intéressé n’a pris ses ordres auprès d’aucun “calife”. Il ne se rattache pas plus au défunt al Baghdadi, – que nous ne regrettons certes pas mais dont la mort ne change pas grand-chose, – que du bien vivant Recep Tayyip Erdogan. On nous révèle que les services spécialisés n’enquêtent pas dans ce sens.

On nous dit simplement que ce sinistre traître était simplement atteint d’un “délire mystique” alimenté par une idéologie, le fondamentalisme islamique.

Cela veut donc dire que cette forme de délire d’inspiration islamiste peut tuer. Dont acte.

Cela veut dire que ce “mysticisme” lui-même appelle, et par conséquent aussi ce qui l’alimente, appelle, tout autant que le “terrorisme”, puisqu’ils tuent eux aussi, un traitement répressif. Ils nécessitent une riposte policière et pénale, riposte fondée sur des définitions légales inédites à ce jour, riposte qui requiert l’appui des citoyens, riposte qui impose particulièrement la mobilisation des fonctionnaires. La négligence, a-t-on découvert, a provoqué l’incendie de Notre-Dame : en face, à la préfecture de Police, la même insouciance coupable a laissé un serpent se réchauffer au sein des services censés protéger les citoyens.

On doit donc désormais se préoccuper grandement de cette absence de vigilance. Ceux qui ont repéré les changements d’attitude fort significatifs du converti salafiste Harponne ne les ont pas signalés soulignent les enquêteurs. Ses scandaleux propos de 2015, approbateurs sur l’attentat de Charlie Hebdo, n’ont donné lieu à aucune sanction. Toute cette déplorable inaction pourrait donc, à l’avenir, être considérée comme de la complicité.

Un sophisme courant consiste à nous objecter les sacro-saints principes de la laïcité qui se définirait comme liberté “de croire ou de ne pas croire”.

Une telle affirmation ne veut rien dire.

En quoi, en effet, est-on libre “de croire”, selon cette formule, dans la France républicaine ? Il ne s’agit pas, en l’occurrence de dire que l’on peut légalement professer que la terre est plate, encore qu’une telle contre-vérité n’entraînera pas de poursuites judiciaires.

La laïcité, c’est-à-dire la liberté religieuse telle que définie par la loi de 1905, concerne exclusivement au départ les diverses formes du judéo-christianisme en déplorant qu’elles n’aient cessé de se combattre entre elles depuis 2000 ans.

Sur ce point, au moins, je crois que nous sommes tous d’accord. Nous ne voulons plus jamais en France de saint-barthélemy, quel que soit le camp qui la provoque, ni de révocation de l’édit de Nantes. Ce sont en effet leurs déchirements, aux temps de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) que les rose-croix du XVIIe siècle prétendaient dépasser. C’est à ces diverses confessions que pensaient au XVIIIe siècle les constitutions d’Anderson fondatrices de la franc-maçonnerie spéculative anglaise, laquelle prohibait en 1717, et condamne encore, l’athéisme[1]. C’est à elles que se réfère l’édit de tolérance du roi Louis XVI de 1787, la déclaration de 1789, quand elle affirme (article 10) que “nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.” ce sont elles, également, et elles seules, que le concordat de 1801 en France, le sanhédrin de 1807, puis la loi de séparation de 1905, eurent la prétention d’organiser, etc. Ajoutons, à deux siècles de distance, que les diverses familles spirituelles de nos pays européens doivent d’autant plus aujourd’hui savoir dépasser leurs divergences qu’elles se trouvent confrontées aux mêmes adversaires.

L’islamisme a-t-il été du nombre, tout au long de notre histoire ? À la vérité, au départ, non. Pas plus que la Turquie n’a d’autre place que celle des menaces qu’elle a incarnées pendant des siècles et qu’elle réaffirme aujourd’hui.

Une mosquée, lieu de prédication, et non de “culte”, ne devrait donc pouvoir s’installer et prétendre rayonner légalement, – à l’instar de la pagode bouddhiste, par exemple, qui ne dérange personne, – qu’à la condition de prouver désormais, pour chacune d’entre elles, que sa prédication n’est pas contraire à la cohabitation sociale et n’incite pas à la haine. Non pas entre des “communautés”, car ce concept n’existe pas en droit français, mais entre les personnes.

En effet “La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui” (article 4 de la déclaration de 1789).

Contrairement à ce que l’on entend trop souvent, il est dans notre république des opinions interdites. J’ai cru comprendre que tout ce qui s’apparente à l’hitlérisme, à son apologie, à l’expression d’une quelconque nostalgie, y compris par voie de collection d’objets fétiches, est susceptible de poursuites judiciaires. Rien de plus compréhensible. Je m’étonne seulement quant à moi, que le stalinisme et le maoïsme qui ont fait quantitativement, et sur une plus longue période, dans un plus grand nombre de pays, des millions de morts ne soient pas mis sur le même plan. D’autres croyances, d’ailleurs, sont légitimement suspectes et nous les appelons des sectes.

Tant que toutes ces questions ne sont pas résolues, on ne doit pas accepter comme deuxième religion de France, la première religion de l’Arabie.

[1]Ce qui la distinque et l’oppose à la franc-maçonnerie dominante en France, celle du grand orient qui a éliminé en 1877 toute référence au “grand architecte de l’univers”.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Le voile islamique, la lâcheté et l’ignorance, par Jean-Gilles Malliarakis

voile-islamique

Deux incidents bien significatifs, qui viennent de se produire dans l’espace hexagonal, ont manifestement produit, auprès de l’opinion française, presque plus de réactions indignées que l’offensive du régime Erdogan contre la Syrie.

Le 11 octobre, à Dijon, c’est à l’occasion d’une séance plénière du Conseil de Bourgogne et Franche-Comté qu’un conseiller régional, Julien Odoul, a osé poser le problème de la présence d’une accompagnatrice voilée auprès d’une sortie scolaire. Tollé : “racisme, discrimination et incitation à la haine” hurlent les professionnels du politiquement correct. Bien entendu.

Le 14 octobre c’est à Paris que le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer exige une saisie de la commission des conflits du parti macronien après une critique de ses propres propos sur le port du voile.

Ce 15 octobre, on vient d’apprendre que, pour le Premier ministre Édouard Philippe, interpellé à l’Assemblée nationale, “ce n’est pas un enjeu”.

Et pourtant. Depuis exactement 30 ans, depuis l’affaire du voile des lycéennes de Creil cette question n’a pas cessé de déchirer l’opinion, au nom de principes parfois très vagues et mal définis, comme la “laïcité” dont le conseil constitutionnel a compliqué le fonctionnement même au nom du concept pervers de “bloc de constitutionnalité”.

En réalité, le voile n’est nullement une question de liberté “religieuse”. Il fonctionne, dans l’esprit de ses promoteurs, comme une affirmation identitaire au service d’un droit de conquête.

Pendant ce temps le terrorisme islamique reprend ses aises et s’apprête même à retrouver une base territoriale dans les fourgons de l’armée turque.

Pendant ce temps on découvre chaque jour un peu plus l’échec de ce qu’on appelle “déradicalisation”, cette tentative de guérir le mal par l’eau tiède.

Pendant ce temps quand Éric Zemmour ose constater que l’immigration aggrave les problèmes du pays, et que l’offensive de l’islamisme alourdit l’addition, les professionnels du politiquement correct appellent avec véhémence à la répression de sa libre expression, en application de leur propre “haine”.

L’enjeu saute aux yeux, n’en déplaise au chef du gouvernement.

La symétrie du “en même temps”, “et de droite et de gauche”, ça ne marche absolument plus, n’en déplaise au chef de l’État.

S’il prétend faire la guerre à l’islamo-terrorisme, ou plutôt s’il accepte de considérer que celui-ci nous a déclaré la guerre, il faut cesser de boxer avec une main dans le dos.

Le monde a largement changé avec le choc pétrolier de 1973 : à partir de ce moment, le politiquement correct a cessé de fonctionner à partir des seuls cercles de gauche et autres groupes de pression bien connus, bien repérables, inhérents au régime républicain. Il est investi désormais par la finance islamique.

La lâcheté consiste à ne pas adopter une ligne ferme, au moins d’application de la loi, et à faire semblant de tenir la balance égale entre la menace islamiste et une “ultradroite” largement mythique.

L’ignorance de la réalité islamique, l’ignorance de la stratégie provocatrice, l’ignorance des ambitions turques, ont provoqué au moins autant de dégâts.

Il est plus que temps de les réparer.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Une découverte tardive : le danger Erdogan, par Jean-Gilles Malliarakis

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Les bonnes consciences s’étranglent sans nul doute à juste titre de voir Erdogan, de voir ses troupes, fictivement membres de l’Otan, et de voir en même temps leurs alliés islamo-terroristes, pénétrer dans le territoire juridiquement syrien de la Rojava kurde.

Remarquons d’abord que cette découverte a quelque chose d’un peu tardif, quand on mesure que cette forme d’intervention militaire a été pratiquée de manière constante depuis un demi-siècle, depuis l’occupation impunie du nord de l’île de Chypre mais aussi lorsque l’armée d’Ankara multipliait les raids contre l’Irak, etc. Les atteintes aux droits de l’Homme et les déportations systématiques de populations ne sont pas une nouveauté.

Ayons la lucidité de reconnaître que ce n’est pas l’appartenance de la République de Chypre qui a fait [légèrement] monter la préoccupation des grandes âmes, mais la perspective des forages pétroliers dans la zone économique de l’île et en Méditerranée orientale.

Les révoltes kurdes n’ont jamais cessé, elles ont toujours été réprimées dans le sang et le silence de la communauté internationale alors que les traités de la première guerre mondiale avaient promis la création d’un Kurdistan libre.

Les Kurdes forment effectivement, encore aujourd’hui, on le découvre de plus en plus, le dernier grand peuple sans État.

Que l’opération en cours ait été rendue possible par la décision calamiteuse du président américain n’exonère pas l’Europe de sa coupable absence et, pis encore, de sa criante impuissance. Rappelons ici un point d’histoire : Ce n’était pas aux États-Unis, mais à la France, que le traité de Sèvres de 1920 et la Société des Nations avaient donné mandat de protéger la Syrie.

Dans “La Question turque et l’Europe” je rappelle aussi dans quelles conditions, particulièrement honteuses, et stupides, déjà lors de la signature en 1939 de l’accord anglo-franco-turc ont été livrées une partie des populations kurdes et syriennes, celles du sandjak d’Alexandrette qui allait devenir la province “turque” du Hatay, que la France était censée protéger.

Depuis la publication, il y a maintenant 10 ans de ce petit livre consacré à la Turquie, les choses ont, en effet, beaucoup évolué. Elles ont incontestablement empiré.

Erdogan est allé dans le sens que l’on pouvait hélas prédire : il continue sa logique et son entreprise de reconstitution de l’Empire ottoman, rêvant de faire fonction de commandeur des croyants de l’islam sunnite, sultan-calife siégeant à Ankara, comme jadis ses devanciers à Constantinople.

Il est vrai que le président turc, désireux d’une extension de ses prérogatives, fait appel à des figures plus modernes et plus parlantes peut-être que celles des sultans ottomans. Il cite désormais en exemple d’un régime présidentiel efficace l’Allemagne nationale socialiste. Aurions-nous affaire à un “islamo-hitlérien”?

À l’heure où, comme les États-Unis, la France retire ses Forces spéciales face à son offensive, on se préoccupe, et cela nous semble la moindre des choses, d’assurer la sécurité des personnels français militaires et civils présents dans la zone. Nous pourrions cependant nous interroger sur cette “moindre des préoccupations”.

Nous sommes aussi obligés de constater que les ministres européens n’ont même pas été capables de s’accorder sur la cessation des ventes d’armes à la Turquie, en raison, nous dit-on, du veto de la Grande Bretagne qui, pourtant, demande à quitter l’Union européenne dans 15 jours. Les 27 États Membres ne pouvaient-ils pas s’accorder sur une décision commune ?

Le Ministre des affaires étrangères luxembourgeois donne, quant à lui, une mesure correcte de leur impuissance collective. Concernant l’opération de l’armée turque en Syrie, il déclare : “En tant qu’Européens, nous ne sommes pas en mesure d’arrêter cela. Nous devons le dire aux gens honnêtement.” Voilà au moins qui est franc.

Jean-Dominique Merchet, chroniqueur militaire de L’Opinion peut ainsi nous offrir un résumé de la situation, qui conclut : “Rarement dans l’histoire récente, nous n’avions vu une telle déconfiture française. La colère de Paris ne traduit que son impuissance. Pour la France, l’affaire syrienne aura été consternante de bout en bout.”

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

L’après Chirac a-t-il seulement commencé ?, par Jean-Gilles Malliarakis

Faut-il s’étonner ? Faut-il s’indigner ? à propos des manifestations de nostalgie sincères, chez les uns, et des accès d’un encensement artificiel, de la part des médias, des pouvoirs publics et du bon peuple. On hésite.

Leur hypertrophie exceptionnelle, plus encore que leur caractère habituellement éphémère, méritera d’être, plus tard, étudiée.

En fera-t-on autant pour M. Giscard ?

Ses proches déchireront-ils le voile artificiel de sainteté tissé autour de lui aussi vite que ceux de Johnny Hallyday qui, au moins, laisse des chansons ?

Quand un puissant de ce monde retourne vers son Créateur, la bienséance impose, en principe, de n’en dire, pendant quelques jours, que du bien. Et comme une loi expérimentale de la cinquième république amène toujours au regret du prédécesseur, certains vont même jusqu’à réhabiliter le quinquennat Hollande.

Alors, dira-t-on pourquoi pas Chirac ?

Tout le monde s’accorde ces jours-ci pour saluer les aspects sympathiques du personnage. L’ayant mesuré lui-même, il y a fort longtemps, en année préparatoire rue Saint-Guillaume, votre chroniqueur ne cherchera même pas à faire exception. Oui c’était un excellent maître de conférences, chaleureux avec ses étudiants, même quand ils étaient nationalistes.

En tant que contribuable parisien l’auteur de cette chronique n’hésite pas non plus à le dire : tout le monde regrette légitimement le temps heureux des ramasse crottes. Tout était mieux avant : avant Hidalgo, en tout cas.

Un professionnel de la sympathie, c’est toujours plus agréable qu’une harpie. Même s’il s’agit d’un escroc, dont la sympathie assure justement le fonds de commerce.

J’attends donc les funérailles nationales de Bernard Tapie.

On ne pourra donc juger qu’inconvenant d’oser le bilan purement politique et économique de cet homme.

Il courut pendant 30 ans après la prise d’un pouvoir présidentiel, devenu, hélas, central sous la cinquième république. Lorsque finalement il y parvint en 1995, après s’être grimé en réformateur en 1994, il parvient à y demeurer jusqu’en 2007, malgré une impopularité à l’époque évidente, puisqu’en 2002 il n’obtenait au premier tour que 20 % des voix. On était loin alors de l’unanimité d’aujourd’hui 12 ans après la fin de ses apparitions publiques.

En bien comme en mal, je dis bien en bien comme en mal, ce personnage tourna le dos, dès qu’il atteignit le but de sa vie à la définition bien connue de l’action politique [que l’on doit à Richelieu] : non pas l’art du possible mais l’art de rendre possible ce qui est nécessaire.

Il se préoccupa donc, en grand, de bonnes œuvres, tel une première dame disposant de quelques pouvoirs : on lutte, tous, contre la violence routière, contre le cancer.

Elles peuvent paraître touchantes ces formes de l’unanimisme.

Lire la suiteL’après Chirac a-t-il seulement commencé ?, par Jean-Gilles Malliarakis

L’immigration peut devenir fédératrice des droites, par Jean-Gilles Malliarakis

L’hypocrisie a toujours constitué une sorte d’hommage que le vice rend à la vertu. Sans croire le moins du monde, par conséquent, à l’efficacité des discours de nos politiciens quand ils se veulent démagogues[1], y compris quand ils dirigent l’État, on peut donc et on doit observer le terrain sur lequel ils situent leurs promesses. Et les contorsions de leurs courtisans nous indiquent, comme aussi les girouettes le sens du vent, les vrais sujets qui fâchent.

En cet an de grâce 2019, après quelque 50 ans de campagnes, hélas infructueuses, consécutives à celle de Tixier-Vignancour, qui disait déjà en 1964-1965, devant des salles pleines et des urnes vides, “nous voulions l’Algérie française, pas la France algérienne”, le sujet migratoire est devenu [presque] politiquement correct.

Le tournant a commencé en 1981 quand Mitterrand, incontestable roi des tordus et parrain des pourris, avait imaginé d’introduire une division mortelle et durable au sein de l’opposition de droite, alors même qu’il avait construit une alliance avec un parti communiste, clairement raccordé à l’URSS et, spécialement avec l’Allemagne de l’Est, de funestes mémoires. Sa doctrine stratégique mérite d’être rappelée. Il l’a plusieurs fois résumée : la gauche est minoritaire en France, elle ne peut gouverner qu’en se rassemblant et en divisant les droites.

C’est simple comme l’œuf de Christophe Colomb.

Ça a marché pendant 40 ans, et l’argument [prétendument] “antiraciste” a servi de lubrifiant. Ce beau succès pour le malheur, l’abaissement et la dénaturation d’un pays qui fut, dans un passé désormais révolu, grand, généreux et beau.

Or, nous en sommes arrivés au point que la question de l’immigration extra-européenne et de l’identité des diverses régions de France, facteur de division pendant 40 ans, est devenue aujourd’hui, au contraire unificatrice des oppositions à la gauche, c’est-à-dire de ce que l’on désigne comme constitutif des droites.

Un article choc publié par le Figaro, en date du 17 septembre, sous la signature de Jean-Marc Leclerc, vient à point pour nous le rappeler Ce texte peut être considéré en lui-même significatif comme rappelle quelques éléments de réflexion. Certes, on pourrait en rajouter des tonnes, mais dans le cadre de cette modeste chronique on s’en tiendra aux faits incontestables qu’il évoque.

Résumons les constats de ce qui paraîtra sans doute à certains lecteurs habitués de cette chronique comme un enfoncement de portes ouvertes.

Globalement, dit-il, “le poids de l’immigration pour les finances du pays atteint un tel niveau, déplorent aujourd’hui nos technocrates, qu’il obère l’efficacité de bien des réformes visant à assainir les comptes publics.”

Quelque 100 000 clandestins sont ainsi soumis à une obligation de quitter le territoire mais leur taux de retour effectif dans leur pays d’origine atteint péniblement plus de 15 %. Donc plus de 80 % des illégaux “officiellement constatés” restent. L’État échoue à renvoyer les étrangers jugés indésirables.[2]

En 2014, la Cour des comptes estimait le coût de l’asile à 1 milliard d’euros par an pour les demandeurs et à 1 milliard d’euros supplémentaires pour les déboutés, restés sur place. À l’époque on accueillait 65 000 demandeurs d’asile par an. Ce nombre s’est multiplié par deux.

En 2018 le seuil a été franchi des 100 000 ménages bénéficiaires de l’ADA, allocation pour demandeurs d’asile.

Un seul député, Claude Goasguen, LR, s’est attaché à évaluer le coût, dans deux rapports consacrés au sujet, de l’aide médicale d’État. Il la chiffre à hauteur de 1 milliard par an[3]. Or, elle se veut destinée aux seuls illégaux. Or, en 2019, elle a bénéficié à 330 000 allocataires. Ils étaient évalués à 150 000 sous le gouvernement Jospin.

Les seuls mineurs isolés étrangers, baptisés administrativement MNA mineurs non accompagnés sont passés en 20 ans de 264 à 40 000. Leur coût assumé par les départements, l’État ne participant qu’à hauteur de 15 % des frais, se chiffre à “pratiquement 2 milliards d’euros“[4].

Or, souligne élégamment le Figaro, pourtant entreprise de ménagement bien connue, “il ne suffit pas de nommer les problèmes“.

La volonté de les résoudre devrait désormais pouvoir unir les droites.

[1] En grec le mot démagogue désigne celui qui cherche à conduire [ἄγειν] le peuple [δῆμος]. “C’était, écrit Bossuet, dans Athènes et dans les états populaires de la Grèce certains orateurs qui se rendaient tout-puissants sur la populace en la flattant”. “Dans les sociétés modernes, définit Littré, celui qui est du parti populaire contre l’aristocratie, et agit dans les luttes politiques par la presse ou par la parole.” L’usage, politiquement correct, du doublon “populiste” se révèle par conséquent inutile, voire nocif. Il devrait disqualifier plutôt celui-là même qui l’emploie.
[2] cf. rapport parlementaire des députés Jean-Noël Barrot, MoDem, et Alexandre Holroyd LREM.
[3] Aux 935 millions officiels de la loi de finances, Claude Goasguen ajoute, à titre d’exemple, les 100 millions d’euros que coûte le service des urgences du beau département de Mayotte, devenu première maternité de France.
[4] Evaluation de Pierre Monzani directeur général de l’ ADF, Assemblée des départements de France.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Moment autoritaire ou moment conservateur ?, par Jean-Gilles Malliarakis

Un récent sondage est monté en épingle ces jours-ci dans certains cercles. Il émane de l’Institut Ipsos, au gré de son étude annuelle, si élégamment baptisée Global Advisor consacrée au “populisme”, un mot qui ne veut rien dire, et au “nativisme”, un concept nouveau, ça vient de sortir profitons-en.

Le message est ainsi résumé, en date du 16 septembre : “Sondage : 77 % des Français espèrent l’arrivée d’un leader fort décomplexé, comme Trump, Salvini, Bolsonaro, Netanyahu ou Orban“[1].

Reproduisant platement ici les informations aimablement fournies par le site Wikipedia, il faut certainement commencer par rappeler ce qu’est Ipsos : “De 1981 à 2007, Ipsos sera le prestataire attitré de la présidence de la République française. En raison de ce monopole qu’il exerçait de fait, Jean-Marc Lech se présente comme ‘le sondeur privé de MM. Mitterrand et Chirac’. Homme de gauche, il est proche de François Mitterrand dont il avance que personne avant lui n’avait utilisé les méthodes reposant sur l’analyse des études d’opinion de façon aussi systématique. Durant toutes les années 1980-1990, l’Ipsos travaille de concert avec Jacques Pilhan pour préparer les ‘plans de communication’ de la présidence bloquant la publication de sondages ‘dont les résultats étaient navrants pour Fabius’. Pour la présidentielle de 1988, François Mitterrand va jusqu’à commander ‘un sondage par jour’ à l’institut collaborant avec son équipe de campagne. Jean-Marc Lech rapporte dans ses mémoires comment, payé avec l’argent des fonds secrets, il repartait de l’Élysée avec des valises de billets de banque.”

Sachant cela, on admettra sans peine que le caractère scientifique des travaux produits par cette officine, certes richement dotée, relève à l’évidence plus des techniques d’intoxication que de l’empirisme organisateur.

Que cherche-t-on en l’occurrence à nous dire et à faire circuler ?

La chose se révèle beaucoup plus claire qu’on pourrait le croire

Le peuple français se situerait “en tête des pays en attente d’un leader fort pour casser les règles“.

Si cela était vrai, mais je n’en crois rien, cela appellerait une remarque attristée : pauvre peuple, serait-on en droit de penser.

Souvenons-nous en effet qu’en 1900, dans son Roman de l’énergie nationale, Maurice Barrès consacrait déjà le tome II de cette sorte de bréviaire nationaliste à l’Appel au soldat.

Les anciens blanquistes, bonapartistes et autres autoritaires, antiparlementaires, etc. avaient alors vécu, 10 ans plus tôt, l’expérience d’un “sauveur”. Ils s’étaient investis dans la popularité délirante du brave général Boulanger, inventeur des guérites tricolores et des défilés du 14 juillet.

Suicidé en 1891 sur la tombe de sa maîtresse, ce héros ne connut jamais le bonheur d’assister à la Revanche de 1918. Celle-ci comme chacun devrait le regretter, n’offrit d’ailleurs même pas, par la décision du génial et autoritaire Clemenceau, le loisir aux survivants de cette aventure “fraîche et joyeuse”, vainqueurs certes, mutilés et gueules cassées en tête, défiler à Berlin unter den Linden. C’eût été grisant.

Je ne veux pas croire qu’une nouvelle expérience boulangiste puisse tenter un peuple qui se voulait intelligent, et qui, probablement l’a été, autrefois, mais qui, aujourd’hui, sans doute gâté d’égalitarisme, de jacobinisme et de laïcisme a, déjà, laissé depuis 40 ans, ses gouvernants, contre sa volonté, lui imposer des décisions préfabriquées aussi bien l’ouverture des portes à l’invasion étrangère, tout en beuglant sur les stades “qu’un sang impur abreuve nos sillons” que d’autres inventions bioéthiques contraires au bon sens.

Je veux croire que le moment n’est pas de faire appel à plus de présidentialisme, à plus de technocratie et plus de courtisanerie, mais au contraire à plus de liberté d’opinion, plus de libertés tout court.

Alors oui, une révolution conservatrice à la française deviendra possible.

[1] Sur le site d’Ipsos

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Tu parles d’une fête nationale, par Jean-Gilles Malliarakis

Depuis longtemps, on n’avait assisté au spectacle d’un pays aussi déchiré qu’en ce 14 juillet. Souvent accusé de complaisance avec le pouvoir, Le Figaro faisait ainsi état dès 13 h 34 d’un premier bilan de ce 14 juillet, se basant sur un chiffrage communiqué par l’AFP et la Préfecture de Police : 173 personnes interpellées, notait le journal, en marge du défilé.

Des heurts ont éclaté, dit le journal, entre les gilets jaunes et les forces de police, sur l’avenue des Champs-Élysées en début de ce dimanche après-midi, peu après la fin du défilé militaire du 14 juillet. ‘Heurts entre gilets jaunes et CRS avenue des Champs-Élysées avec des jets de lacrymogènes et des interpellations’, a témoigné, peut-on encore lire, notre journaliste sur place, Roman Geyer. D’après lui, un périmètre de sécurité a été établi autour du Fouquet’s qui a rouvert ce dimanche, après avoir été saccagé lors d’une manifestation en mars dernier. Les “gilets jaunes” tentent de monter des barricades avec des barrières pour occuper l’avenue des Champs-Élysées, etc.

Technologiquement très brillant, nous assure-t-on cette année, avec l’apparition des drones et d’un homme volant, tout cela est encore gâché par l’incurie du ministère de l’Intérieur et par l’impopularité du pouvoir.

Malheureusement on doit donc, en effet, constater que ce qui devait représenter une fête “nationale”, et qui est reconnu comme tel dans la Constitution, se traduit à Paris par un affrontement entre Français.

Quoi qu’on puisse penser de la dérive, et de la récupération, du mouvement des gilets jaunes, que l’on croyait terminé, on ne peut que déplorer le fait que plusieurs centaines de personnes aient été arrêtées après avoir simplement sifflé Emmanuel Macron.

Les concessions financières et administratives du pouvoir n’ont donc pas suffi à cicatriser entièrement cette plaie. A vrai dire pourtant plus personne ne peut en expliquer ni les raisons ni les objectifs, encore moins les convergences, entre black blocs, frontistes, anarchistes et cégétistes.

En théorie, lorsque fut votée, par une majorité versaillaise élue en 1871, la fixation de la fête “nationale” au 14 juillet, il s’agissait, prétendait-on alors, de commémorer l’illusoire fête de la Fédération, elle-même premier anniversaire de la prise de la Bastille. Et c’est, au bout du compte, cette dernière émeute que la mémoire retient, y compris aux États-Unis où on parle du Bastille-Day. On pourrait appeler ça aussi le jour où la tête du malheureux gouverneur de Launay fut brandie sur une pique. Le célèbre chef des Marseillais, Jourdan dit Coupe-Tête se vantait de l’exploit. C’est à lui et à ses bandes hideuses, dépenaillées et venimeuses montées à Paris, en fait depuis Avignon, que l’on doit l’adoption du nom de “Marseillaise” donné au chant composé par à Strasbourg par Rouget de l’Isle pour l’armée du Rhin, qu’ils beuglaient à l’été 1792 lors de l’affreuse journée du 10 août.

Cette année-ci, dans la soirée, au moment même où notre Luxembourgeois préféré Stéphane Bern, lui-même assez clairement orléaniste, faisait rechanter patriotiquement cette Marseillaise au populaire ténor Roberto Alagna, le communautarisme algérien commençait, à Paris ses interminables klaxons. On a pu les entendre dans mon quartier jusque très tard dans la nuit, malgré l’intervention des forces de police si mal dirigées par M. Castaner. À Lyon et à Marseille se sont produits des incidents encore plus graves : véhicules brûlés, feux de poubelles, barricades sur la voie publique, etc.

On peut légitimement s’interroger, et on devrait le faire sérieusement, avant qu’il soit [vraiment] trop tard, au-delà de l’idée un peu trop indulgente d’une gentille fête qui a mal tourné, sur la signification de cette violence, de ces flambées chaque année plus fréquentes et plus insupportables.

De bons esprits invoqueront peut-être l’article 23-7 du Code Civil. Qu’on en juge d’après sa rédaction. “Le Français qui se comporte en fait comme le national d’un pays étranger peut, s’il a la nationalité de ce pays, être déclaré, par décret après avis conforme du Conseil d’État, avoir perdu la qualité de Français.” Cette rédaction mièvre, d’application quasi impossible, remonte à juillet 1993. Combien des 282 personnes interpellées en cette occasion le dimanche, contre 74 trois jours auparavant, en entendront même la rumeur ?

Cette fête ne m’a jamais réjoui, je l’avoue. Elle se trouve assortie d’un défilé militaire. Cette invention consolante, supposée reconciliatrice, remonte au “brave” général Boulanger, ministre de la Guerre en 1886. La bravoure la plus significative de l’intéressé consista, quelques années plus tard, en 1891, à se suicider sur la tombe de sa maîtresse.

Ma réticence fondamentale pour la révolution française[1], et pour l’héritage boulangiste, n’en sort ainsi que renforcée.

[1] Sur le même sujet : cf. L’Insolent du 17 juillet 2008 “De la révolution, du 14 juillet, du jacobinisme et de l’horreur qu’ils doivent nous inspirer.”

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Trafic de migrants : la main dans le sac, par Jean-Gilles Malliarakis

Depuis, le 3 octobre 2013, l’île italienne de Lampedusa est considérée comme le symbole même à la fois de la misère migratoire, de l’incurie des technocrates qui nous gouvernent et, bien entendu, de la culpabilité européenne.

Ce jour-là, en 2013, au large de ses côtes leur 366 migrants clandestins africains sont morts dans le naufrage de leur embarcation illégale. Cette terrible tragédie en Méditerranée paralyse, depuis, ce qui tient lieu de conscience aux dirigeants européens

Or, en ce 22 juin 2019 on détient enfin la preuve matérielle du fonctionnement d’un trafic d’être humain organisé par les spécialistes historiques du trafic d’esclaves. Elle est fournie par Frontex. Rappelons que cet organisme gère depuis 2016 la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne. Son siège se trouve à Varsovie. Souvent accusé de laxisme, son budget très limité qui devrait atteindre 322 millions d’euros en 2020 et ne dispose que d’un effectif prévu la même année à hauteur de 1 000 personnes.

Or, ce 22 juin à 12 h 06 une vidéo[1] de l’agence faisait état d’une opération combinée menée par les autorités italiennes.

Le Centre national italien de coordination avait en effet lancé sur cette affaire la Guardia di Finanza. Cette police spéciale très efficace, créée en 1774 par le royaume de Sardaigne[2] emploie aujourd’hui 68 000 fonctionnaires. Habituellement mobilisés contre les trafics en tous genres, ils ont ainsi arraisonné devant Lampedusa 81 illégaux. Ils étaient épaulés ce jour-là par les garde-côtes traditionnels. Or, ils ont rattrapé le plus gros navire et arrêté les trafiquants présumés. Le bateau de migrants a été intercepté dans les eaux italiennes.

Étrangement, à vrai dire, au moment où son auteur entreprend de rédiger cette chronique, à 17 h 04 heure de Paris, il n’avait connaissance d’aucune dépêche en provenance des sources, médias ou sites internet franco-français.

Voici cependant les faits attestés à 18 h 33.

Ils établissent à quel point l’arrivée de migrants ou de réfugiés sur les côtes européennes est l’œuvre de bandes bien organisées. Celles-ci procèdent par un système de bateaux-mères. Les canots pneumatiques, souvent de mauvaise qualité partent en l’occurrence des plages libyennes. Les réseaux mafieux turcs procèdent de même vers la mer Égée, les Marocains vers l’Andalousie, etc. Les trafiquants recourent à une technique plus raffinée que ce que l’on imagine. C’est un bateau-mère qui remorque un ou plusieurs navires ou canots en haute mère, et à une distance raisonnable des côtes italiennes ou maltaises, ils coupent le cordon laissant voguer leurs clients vers leur destination finale. Plus cher mais plus sûr pour les migrants illégaux, plus difficile à intercepter ce voyage se révèle plus lucratif pour les trafiquants.

Mais, souligne le centre d’information Bruxelles 2[3], il est repérable par voie aérienne, en effet :

Les experts du corps européen des garde-frontières Frontex ont eu le nez fin quand ils ont détecté un bateau de pêche remorquant un petit radeau à coque rigide, vide. Bizarre en pleine mer. Ils ont décidé de le suivre à la trace, durant plusieurs heures, à l’aide d’un avion et d’un drone. Quelques instants plus tard, bingo ! La preuve de l’activité devient irréfutable. La vidéo le montre :
Sur les images, on voit ainsi des personnes sortir une par une du bateau, certaines avec des gilets de sauvetage, et monter, ou plutôt s’entasser sur le radeau. Quand le plein est fait, 81 en tout, le bateau mère remet les gaz, toute puissance, pour s’éloigner au maximum du radeau qui devra atteindre ensuite, seul, les côtes italiennes de Lampedusa.
L’alerte est donnée à Rome et à Malte, ainsi qu’au QG de l’opération Sophia Eunavfor Me. La Guardia di Finanza et les garde-côtes italiens sont mobilisées à la recherche des deux navires. Le bateau-mère est finalement intercepté dans les eaux internationales. Les passeurs présumés — six Égyptiens et un Tunisien — sont arrêtés et ont été débarqués à Licata en Sicile, escortés par la police financière italienne, ce matin du 22 juin à l’aube. Le canot rempli de migrants est intercepté dans les eaux italiennes.

Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres, nous suggère depuis 1821 la devise du Guardian de Manchester que tout Européen de bonne foi devrait reprendre à son compte.

À Lampedusa, comme en Mer Égée, comme en Andalousie, la misère migratoire, l’incurie des technocrates qui nous gouvernent et la mauvaise conscience européenne doivent cesser.

[1] cf. Frontex du 22 juin 2019.
[2] cf. Chi Siamo
[3] cf. “Bruxelles 2 Un bateau mère de passeurs pris sur le fait au large de Lampedusa”.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Islamisme, occultation et désinformation, par Jean-Gilles Malliarakis

Son nullissime prédécesseur semblait avoir compris. Aux deux habiles journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui l’interrogeaient en 2016, Monsieur Patate avait bel et bien déclaré : “Qu’il y ait un problème avec l’islam, c’est vrai. Nul n’en doute“< (1)⇓. Au contraire, dès 2017 lors de sa campagne présidentielle, le candidat Jupiter se signale par son silence sur la question. Puis, en 2018, changement de pied apparent : le 9 juillet, dans son discours au Congrès, le Grand Réformateur médiatique annonce sa volonté de donner toute sa place à sa propre interprétation du vieux serpent de mer de l'islam français. Ce jour-là, il considère "une lecture radicale, agressive de l'islam qui se fixe pour but de mettre en cause nos règles et nos lois de pays libre, dont les principes n'obéissent pas à des mots d'ordre religieux". Et qui de mieux placé pour résoudre le problème que Hakim el Karoui ? Relation mondaine du président, issu du monde omniscient de la finance, on le tient à ce titre, parmi ses pairs, pour parfaitement habilité à instituer l'islam de France. Depuis des années l'intéressé prétendait déplorer que plus d'un quart des Français musulmans fussent partisans d'un islam "sécessionniste". Urgence [presque] plus prioritaire encore que son homologue climatique : les intégrer, de gré ou de force. Dans sa précédente chronique(2)⇓ votre serviteur jugeait pertinent de souligner l'incompatibilité absolue entre : - d'une part la loi de 1905 : elle peut être considérée comme fondatrice de ce que nous appelons laïcité. Elle a été inscrite dans la Constitution. Elle ne saurait se confondre avec un certain laïcisme persécuteur anticlérical(3)⇓ : elle est, en réalité, une loi de liberté religieuse. Cette liberté, comme toutes les libertés, se trouve limitée par un ordre légal, et elle est reconnue aux diverses familles spirituelles françaises(4)⇓, - et, d'autre part, les idées, mais aussi les pratiques de l'islamisme, au sens contemporain(5)⇓ du mot. Grosso modo on peut considérer que celles-ci sont mises en œuvre, avec un rayonnement mondial, depuis la fondation des Frères musulmans en 1928. Pourquoi cette incompatibilité radicale est-elle systématiquement niée ? Dans un remarquable petit livre publié en 2016(6)⇓, Jean Birnbaum l'explique. Il souligne d'abord (p. 95) que "la génération 68, celle dont on a assez dit combien elle a marqué la France, ses pouvoirs politiques, intellectuels et médiatiques, cette génération 68, donc, est une génération algérienne et en vérité une génération FLN." Or, il démontre plus loin (p. 96), et c’est même la thèse centrale de cet auteur, peu suspect de sympathies droitières(7)⇓: "En 1962 comme en 2016, la génération FLN ne peut envisager l’islam que comme la religion des dominés."

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