Folies fiscalistes, par Jean-Gilles Malliarakis

piketty

On a commencé ce 18 juillet à l’Assemblée nationale un débat sur le projet de loi gouvernemental supposé compenser, par 20 milliards d’aides ciblées, les pertes de « pouvoir d’achat » résultant de la hausse des prix. Les travaux parlementaires seront une fois de plus perturbés par l’avalanche des quelque 1 100 amendements déposés en 48 heures.

Dans la pratique cependant, il est à peu près clair que personne n’ose envisager vraiment de remettre en cause ni la revalorisation à hauteur de 4 % des retraites et des minima sociaux ou celle de 3,5 % sur les aides au logement, quand les chiffrages officiels reconnaissent une dérive des prix d’au moins 5 %, ni même le triplement de la fameuse « prime Macron ». En revanche, un autre débat suivra, qui le conditionne, autour du budget rectificatif supposé « financer » toutes ces générosités compensatrices. Or, l’article 40 de la constitution interdit en principe, aux députés, toute proposition de dépense nouvelle qui ne serait pas couverte par une recette correspondante : sur ce principe, le gouvernement s’assoit en général allègrement puisque depuis quelque 50 ans aucune loi de finances n’est équilibrée en France.

Car dans le même temps, la coupure de la ristourne de 18 centimes sur le carburant en octobre, la fin du bouclier tarifaire à l’horizon 2023 illustrent le passage systématique à ce que le gouvernement évoque désormais comme des « aides ciblées » en réponse à la flambée des prix de l’énergie et la baisse du pouvoir d’achat.

Ceci veut dire que, sous prétexte de venir en aide à 8 millions d’habitants de l’Hexagone, on s’apprête une fois de plus à faire payer les classes moyennes, cet ensemble de catégories les plus diverses englobant les 2/3 des Français.

À cet égard Véronique Louwagie, députée de l’Orne, hélas peu connue du grand public, interrogée par Louis de La Houplière ce 13 juillet dans Valeurs Actuelles, répondait à la question fondamentale : « Bruno Le Maire a confirmé une politique d’aides ciblées à partir de janvier 2023, le gouvernement verserait alors une aide économique en fonction du revenu des ménages. Est-ce judicieux ? »

Face aux absurdités du pouvoir technocratique si bien représenté par Bruno Le Maire, – toujours si péremptoire – elle dénonce notamment le phénomène bien connu de l’impôt cumulatif sur l’impôt la TVA qui s’applique sur toutes les taxes parafiscales qui existent au niveau de l’électricité, du carburant et du gaz. Elle affirme par conséquent : « la seule réponse durable que nous proposons c’est d’aller vers des diminutions de taxes de manière générale ».

Une voix et un discours que l’on n’entend pas assez. Dans notre pays l’augmentation du pouvoir d’achat, qui suppose une augmentation de la productivité, passe d’abord par une réduction des prélèvements obligatoires. Et par conséquent une réduction des dépenses démagogiques.

On ne s’étonnera pas qu’opposé à cette doctrine de bon, faux-économiste « à la française », en tête des manipulateurs des statistiques se retrouve un Piketty. Dans un nouveau livre à la gloire de l’Égalité il répartit nos compatriotes en trois catégories : une moitié théorique des 50 % de « pauvres », une minorité de 10 % de « riches », les « classes moyennes » étant ramenées à 40 %. Un tel découpage, totalement arbitraire, ne repose sur rien, dans un pays par exemple, où 60 % des citoyens sont propriétaires de leur logement. Mais il a une fonction politique et psychologique : celle de justifier les hausses d’impôts, sachant que, depuis Hollande, 57 % des électeurs ne payent pas l’impôt sur le revenu mais sont supposés décider de son montant.

La réalité finale fait qu’en dehors même de cet impôt sur le revenu, tout le monde en France paye trop d’impôts, sous des formes diverses. La matière la plus imposée est finalement le travail, du fait de la sécurité sociale monopoliste dont le budget dépasse, depuis la réforme constitutionnelle Juppé-Chirac de 1996, celui de l’État.

Depuis 10 ans maintenant j’ai proposé qu’un débat se déroule effectivement, franchement et pourquoi pas courtoisement, entre le livre rouge de Piketty, qui se conclut par « place au débat », et s’intitule « pour une révolution fiscale ». Ma modeste réponse prit la forme d’un petit livre bleu « pour une libération fiscale ».

Je présumais, certes, que cet auteur à succès, enfermé dans les certitudes du sectarisme de gauche ne répondrait pas au modeste exercice de style d’un adversaire de droite.

Le glorieux Piketty a, depuis, publié un autre livre, pratiquant l’intimidation par le nombre de ses 970 pages, « le Capital au XXIe siècle » dont l’ambition est annoncée dans le titre lui-même… reprendre le « chef-d’œuvre », Das Kapital, que Marx lui-même a mis 30 ans à ne pas écrire et que son ami Engels achèvera artificiellement après sa mort

Son livre est tellement gros que, commercialisé à des dizaines de milliers d’exemplaires, aucun insomniaque ne peut prétendre l’avoir lu jusqu’au bout. Quelques économistes américains se sont employés courageusement à en relever toutes les impostures méthodiques, peine perdue.

Ses oracles continuent d’inspirer hélas dans notre pays les délires fiscalistes qui le ruinent.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Le procès et l’islamisme, par Jean-Gilles Malliarakis

Le Procès des attentats du 13-Novembre s’est donc achevé, après 149 jours d’audiences. Les bons esprits sont invités, par « Le Monde », à y voir un verdict « pour l’histoire », « rigoureux » et « nuancé ».

On ne peut, hélas, partager cet avis que partiellement.

Commençons tout de même par les quelques motifs de satisfaction

La condamnation exceptionnelle du principal accusé, ce 29 juin, à une peine incompressible de 30 ans, le maximum dans le cadre du Code pénal actuel, prouve au moins que la justice n’a pas fléchi, alors même que l’on pouvait craindre des concessions aux arguties de sa défense. Il fallait montrer, à la face du monde, à la fois que la société française appliquait la Loi, et qu’elle ne reculait pas.

Pour une fois ce double objectif a été atteint. Le cas est suffisamment rare pour qu’on s’en félicite.

Dès le lendemain, on apprend que le père du Tchétchène assassin de Samuel Paty, « qui se dit satisfait du crime de son fils, exerce toujours dans le milieu de la sécurité privée », selon « Le Parisien » en date du 30 juin. Voilà qui prouve combien il reste à faire.

Sur les 20 coaccusés, 19 ont été convaincus de terrorisme et sanctionnés à la mesure de leur complicité dans cet assassinat de masse aux 130 morts, et infiniment plus de victimes innocentes et des familles marquées à vie.

On peut saluer aussi l’organisation de ce procès au format exceptionnel et le choix de la place accordée aux parties civiles.

Tout cela peut paraître techniquement très au point.

Le président du tribunal a dû néanmoins écourter la lecture des 120 pages de conclusions conduisant aux condamnations.

D’autre part, le calendrier des audiences les a reléguées au second plan, éclipsées du fait des élections présidentielles puis législatives, et aussi, depuis février, par la guerre en Ukraine.

Restera donc à explorer derechef divers enseignements très importants. Ils auraient pu être mis en lumière dans ce dossier, ils sont demeuré accidentellement dans l’ombre aux yeux du grand public.

On doit souligner d’abord que Salah Abessallam, ainsi que ses comparses, ne sont ni des saints ni des héros. Recrutés dans les bas fonds de la société européenne, ils n’incarnent aucune vertu particulière mais au contraire les porosités permanentes entre les milieux de l’islamisme et ceux du banditisme. Ce ne sont pas d’honnêtes travailleurs indigènes exploités par le grand capital raciste mais tout simplement des voyous. Il faudra relire leurs pedigrees à la lumière de ce dossier fleuve dont on s’est trop vite détourné.

Car un autre aspect du procès n’a été ni instruit, ni plaidé, encore moins médiatisé : celui de l’idéologie haineuse et meurtrière qui a inspiré les attentats aveugles et sanglants. Elle reste impunie. L’islamisme radical, le droit de conquête, l’action systématiquement violente, cela fait partie d’un tout dont les provocations vestimentaires n’en constituent, aujourd’hui, qu’un aspect franchement superficiel.

Les historiens honnêtes commencent, avec 60 ans de retard, à s’interroger, enfin, sur la nature de la guerre menée contre la présence française en Algérie : dès août 1955 dans le Constantinois, il est pourtant clair aujourd’hui que c’était au nom de l’islamisme radical que combattait le FLN. Il disposait alors des soutiens du bloc de l’Est, mais aussi de la complaisance du sénateur Kennedy et de la complicité de certains intellectuels parisiens. Dans cette perspective, les atrocités accomplies alors, et renouvelées depuis, apparaissent non comme accidentelles mais comme autant d’instruments stratégiques. Les documents du congrès de la Soumma de 1956 l’attestent. Mais les freins idéologiques de la gauche française l’ont toujours rendue incapable de le reconnaître.

Les réalités de la guerre actuelle que nous mènent les islamistes prolongent et cet aveuglement et notre paralysie. Cela doit cesser.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Sur un « chantier prioritaire » de la Macronie, par Jean-Gilles Malliarakis

macron retraites

Eu égard à son impact désastreux sur nos finances publiques délabrées, le système actuel des assurances vieillesse ne peut plus durer en l’état. Mais une vraie question se pose au préalable : La réforme des retraites est-elle politiquement possible ?

Observons d’abord les effets de la démagogie.

Alors qu’en Allemagne, pour bénéficier d’une pension à taux plein, l’âge légal de départ à la retraite, actuellement de 65 ou 66 ans, nos voisins l’ont porté, à 67 ans à l’horizon 2029.

La France de son côté a vu se partager les forces politiques sur cette seule question à l’occasion de la campagne électorale.

Par rapport à un âge légal actuel de 62 ans, on avait entendu une candidate parler d’abord de revenir à 60 ans. Une telle disposition catastrophique avait été inventée sous Mitterrand. Arrivant au pouvoir en 1981, la gauche imaginait alors de réduire le chômage en diminuant l’offre de main-d’œuvre. Cette absurde doctrine socialiste de « partage du travail » fut amplifiée sous Jospin par Martine Aubry avec sa loi des 35 heures. Leur imitatrice, députée du Pas-de-Calais se ravisa au dernier moment. Elle modulant son indécente proposition en se raccrochant au nombre d’années cotisées. Les électeurs ne lui ont fait grief ni de la démagogie initiale ni du changement de pied. Elle recueillit 13 millions de voix au second tour.

La candidate de la droite classique proposa, quant à elle, de retourner vers un âge légal de 65 ans. Elle obtint moins de 5 % des voix. Certes d’autres raisons expliquent son résultat, désastreux pour son parti, mais on retiendra la confirmation que les programmes raisonnables, ou les moins déraisonnables ne bénéficient pas à leurs promoteurs.

Observons maintenant les effets de l’étatisme.

Le candidat élu se targuait lui aussi d’allonger, à terme, et progressivement, avec une cause de révision possible, jusqu’à 64 ans. « En même temps » qu’il opérait cette pseudo-synthèse, il laissa rapidement entendre qu’il s’agit d’un « chantier » prioritaire.

Parmi les impressions inquiétantes, ressenties de plus en plus par le piéton de Paris, outre la saleté des trottoirs on doit mentionner le nombre de chantiers paraissant à l’abandon. L’incompétence évidente du coordinateur municipal des travaux, affilié sans surprise au PCF, reflète à l’évidence l’ensemble de la gouvernance Hidalgo. Les électeurs de la Capitale, tous quartiers confondus ne s’y sont pas trompés, qui n’ont voté pour leur maire, le 10 avril, qu’à 2,17 %, soit guère plus que la moyenne nationale de 1,75 %.

Ces chantiers en jachère ne restent pas hélas l’apanage des crasseux et des communistes qui infestent le paysage municipal parisien. Ils sont devenus la maladie invasive du pays tout entier.

En effet l’étiage de 64 ans correspond à la limite retenue pour l’âge pivot d’une réforme précédente imposée puis avortée en 2019-2020. Le chef de l’État se prononce donc désormais pour une méthode étrangement hybride. Il déclare sur France Inter : « Je pense qu’on peut le faire si on invente une forme de dialogue social nouvelle […] Les partenaires sociaux, dans cette période, je ne peux pas faire comme s’ils n’avaient pas pris leurs responsabilités. » Mais toujours « en même temps », son inepte ministre de l’Économie a reconnu maladroitement le 25 avril que l’utilisation de l’article 49-3 ne peut être écartée pour imposer le projet « paramétrique » voulu à Bercy.

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, était considéré comme le principal allié du pouvoir quand, en 2017-2019, Emmanuel Macron se gargarisait d’un projet de « régime unique », fusionnant les 42 régimes existants. Il a toujours dit refuser la confusion entre cette réforme systémique, infaisable en fait, et le remodelage « paramétrique » de l’âge pivot. On n’est toujours pas sorti de cette impasse.

Le 26 avril, dans une tribune au Monde, le camarade Berger interpelle donc le chef de l’État. Il lui demande de convoquer « dès aujourd’hui » une rencontre avec les partenaires sociaux et les grandes associations.

De son côté un syndicat concurrent comme la CFTC, par la voix de son président Cyril Chabanier se réjouit à l’idée que « le système n’est pas menacé » et que la grande idée avance du « financement de la dépendance », c’est-à-dire d’une nouvelle branche de la sécurité sociale étatisée par le plan Juppé de 1997.

La France continuera-t-elle longtemps de s’appauvrir et de s’affaiblir ainsi par la voie imparable du collectivisme inhérent, à un système de répartition monopoliste géré par les politiques ? Osons espérer ici qu’une faillite généralisée de l’État ne vienne pas remédier par la contrainte aux errements de l’étatisme.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Le feuilleton Macron, par Jean-Gilles Malliarakis

macron pass sanitaire

Revenons d’abord au sens de ce que commande un patriotisme bien compris. En d’autres temps on employait le mot, aujourd’hui pestiféré, de « nationalisme ». Cette réflexion, cette réaction, se caractérisent, se déterminent à partir d’une douleur : celle de voir le pays que l’on aime, livré aux quatre vents des puissances mauvaises, trahi par des dirigeants indignes ou inconsistants.

Or, tel me semble la première réflexion qui s’impose, plus que jamais, au spectacle de la Macronie.

On souhaiterait donc, avant tout, ne plus subir le ridicule d’être représenté à la face du monde par un personnage, mauvais comédien lui-même, à la fois arrogant, donneur de leçons et impuissant à les mettre en œuvre.

Le chroniqueur aimerait, bien sûr aussi, pouvoir tirer au clair les conséquences de l’entretien, programmé pour ce 19 mars, entre Biden et Xi Jinping, puisqu’il s’agit des dirigeants des deux blocs. Notre avenir dépend en effet de cette négociation cruciale, de ce tête à tête entre les deux puissances actuellement dominantes, l’une au sein d’un bloc oriental en voie de consolidation, l’autre de l’alliance occidentale à laquelle la France, comme aujourd’hui 21 États-Membres sur 27 de l’actuelle Union européenne, appartient depuis 1949. Directement certes, il en découlera d’abord l’évolution de l’opération inacceptable, sanglante, archaïque et néostalinienne que Poutine mène en Ukraine ; mais le rapport de force, et l’accord éventuel sino-américain conditionneront également notre destin tant que nous persisterons à ne le pas prendre en mains, par un effort militaire.

Nous attendrons donc d’en savoir plus, à la fin de cette semaine, pas seulement au gré des regards franco-français, mais aussi en scrutant ce qu’observent les autres grands pays acteurs de cette tragédie. Remarquons, depuis le départ, qu’à Pékin l’agence officielle Xinhua semble attacher un peu moins d’importance à l’Ukraine, dont la Chine se trouve pourtant le premier partenaire commercial, qu’aux élections en Sierra Leone.

On aurait aimé, aujourd’hui encore, parler de « Macronie saison 2 ? ». Mais avec un point d’interrogation. Hélas le titre est déjà utilisé par d’autres qui ne doutent pas de sa réélection. Aux yeux des médias tout semble désormais joué d’avance. On nous annonce un match retour de 2017 dont, pourtant, les Français ne veulent pas, connaissant d’avance le résultat. Seul le taux d’abstention mesurerait alors le discrédit de notre démocratie en dégénérescence.

Si nous en étions réduits à choisir au soir du 10 avril entre les deux finalistes de la précédente élection, les citoyens conscients et responsables amis de la liberté ne pourraient vraiment hésiter vraiment pour marquer leur dégoût qu’entre le vote blanc et la pêche à la ligne. Ils reporteraient dès lors leurs espoirs et leurs mobilisations sur les élections législatives.

Le Canard enchaîné, toujours aussi bien informé que mal inspiré, souligne avec lourdeur, dans son édition du 16 mars, le scénario prochain de cet exécrable feuilleton. Il suggère que le futur gouvernement ne devrait comprendre que 4 des 16 vedettes de l’équipe Castex. Incidemment les innombrables secrétaires d’État ne comptent dans un tel bouquet que pour de l’asparagus faisant volume pour pas cher. Or, le Palmipède se plaît à en redouter la dérive droitière, mesurée au nombre des velléités libérales.

Le discours d’Aubervilliers de notre président-candidat ce 17 mars confirme les confidences dont notre cher hebdo satyrique a bénéficié, sans peut-être en comprendre la portée : sans même daigner débattre avec l’intéressée, c’est bien du discours et du programme de la candidate de la droite classique qu’il reprend les quelques marqueurs.

Il en oublie cependant une règle arithmétique simple, énoncée par elle, sans génie assurent les journalistes, mais en bonne maîtresse de maison : « deux fois plus d’économies que de dépenses » [nouvelles].(1)

Les réformes structurelles, les privatisations, les nettoyages de toutes sortes, la libre concurrence qu’imposerait une telle ligne d’élaboration budgétaire, ne seront pas plus évoquées qu’on ne se prépare, chez les vaseux communicants de l’Élysée à un débat sérieux.

Quant aux promesses, auxquelles plus personne ne croit, on éprouve l’impression de retrouver celles avancées 5 ans plus tôt, jamais mises en œuvre.

L’article 15 de la Déclaration de 1789, professe que « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. »Respecter ce principe ? Vous n’y pensez pas.

Le feuilleton de la Macronie ne se conçoit lui-même qu’en fonction d’un monologue et d’une comédie. Refusons de le prolonger.

1. cf. in Les Échos du 15 mars Présidentielle : Valérie Pécresse promet ‘deux fois plus d’économies que de dépenses’.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Du rêve d’un empire musulman, par Jean-Gilles Malliarakis

En gare d’Istanbul, ce 6 janvier, on assistait à l’arrivée premier train ITI. À l’heure semble-t-il : en tout cas, le fait est passé inaperçu en occident, et singulièrement en France. Parti le 21 décembre, l’ITI effectue désormais, en 10 jours, sur plus de 6 500 km, la liaison entre la métropole économique de la Turquie, via la capitale de l’Iran, et celle du Pakistan, cette « Islamabad » imaginée en 1959, dans la banlieue de Rawalpindi, et dont le nom n’a pas été choisi par hasard.

La date pourtant pourrait servir de référence à un projet majeur. Volontariste et quasi prométhéen : car il s’agit aussi, en définitive, pour la Chine d’étendre son rayon d’influence à l’ouest. Ceci prolonge le corridor ferroviaire construit par elle jusqu’au port pakistanais de Gwadar. Dans la mythologie gréco-romaine, Prométhée subit une condamnation éternelle pour s’être emparé du feu contre la volonté des dieux. Dans la culture chinoise, on vénère au contraire le premier empereur Qin, qui rêvait d’immortalité taoïste, rasait les montagnes… et qu’admirait tant Mao Tsé-toung, « prophète » du désastreux Grand Bond en avant.

Mais dans l’économie moderne une sanction sans appel finit toujours par se rappeler aux technocrates : les projets et les investissements sans rentabilité aboutissent ordinairement à engloutir dans leur échec récurrent leurs ambitieux promoteurs. Et il est à craindre, pour les finances de la Chine et de son Eximbank, aujourd’hui florissantes grâce aux plus-values de la sous-traitance et à la servitude imposée aux ouvriers de ce pays, qu’elles ne s’effondrent sous la masse d’investissements à fonds perdu.

Le ministre pakistanais des Chemins de fer avait déclaré, lors de sa mise en place, que grâce à cette ligne, le coût du transport se révélerait 50 % moins cher que celui en mer. Affirmation absurde.

Pour des raisons à la fois historiques et géographiques, longtemps nous avons cru à l’émergence d’un empire arabe.

À partir de la double révolution égyptienne de 1952-1954, sous le choc de la guerre d’Algérie, ce qu’on appelait « les événements » aboutissant à l’indépendance, nous avons pensé en fonction des logiciels faux du nassérisme. Échec total.

De l’idée de « Printemps arabe » Benoist-Méchin avait fait en 1959 un beau livre, bien trompeur. Le bégaiement de l’histoire a produit en 2011, l’enthousiasme de certains pour un autre « printemps arabe », tout à fait mythique et destructeur. Outre la guerre de Syrie, cette éphémère saison a surtout produit l’opération de Libye, entérinée aux Nations Unies, grâce aux peines et soins du toujours néfaste Juppé. Elle a engendré les résultats désastreux que l’on sait. Échec total.

Depuis la déroute d’Ennahdha en Tunisie en 2021, suivie de la mise en minorité du gouvernement de Tripoli en Libye, il n’existe plus guère dans le monde arabe, 10 ans après ledit printemps, que le Qatar pour adhérer au projet des Frères musulmans porté par les rêves de califat d’Erdogan.

Et à ce sujet ne serait-il pas bon de réhabiliter un regard français, celui d’une histoire associée à la géographie, ce qui sonne un peu différemment de la géopolitique, trop souvent marquée par un raisonnement matérialiste et simpliste.

Ainsi les « Arabes » nous ont-ils longtemps paru voués à s’unir par la vertu de la version littéraire de leur langue supposée commune. De même les « Turcs », de l’Anatolie au Xinjiang, qu’on appelait autrefois plus justement Turkestan oriental, semblaient constituer, aux yeux kémalistes, une communauté de destin.

Curieusement les stratèges de la révolution bolchévique se montraient plus « réalistes », c’est-à-dire plus près du réel effectif souvent irrationnel, et meilleurs prophètes de ce qui cherche à s’accomplir dans le monde de l’islam.

Dès le congrès de Bakou de septembre 1920, le pouvoir soviétique mit en route, comme force de transformation mondiale, un véritable « nationalisme musulman ». La vraie « nationalité » coranique c’est la communauté des croyants, la « Oumma ». Elle se reconnaît une mosquée sacrée symbolique, « Al-Qods », pour capitale irrédente Jérusalem, ceci en vertu d’un rêve de Mahomet, s’imaginant chevauchant Bouraq, fantastique monture ailée dans le ciel au cours de la nuit du « Miraj ». Folie bien sûr !, du moins aux yeux des disciples de Descartes ou de Hegel. Celui-ci ne disait-il pas doctement que « tout ce qui est rationnel est réel et tout ce qui est réel est rationnel ». Mais c’est objectivement sur cette « légitimité » que se fondent les « nationalistes musulmans ».

L’histoire d’hier ne se répète pas nécessairement dans l’histoire de demain. L’histoire recommence toujours, mais jamais à l’identique. L’empire musulman du rêve d’Erdogan se fracassera sans doute, comme ses mais au prix de quelles destructions ?

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Nos points de faiblesse, par Jean-Gilles Malliarakis

La scandaleuse expulsion de notre ambassadeur à Bamako, après que le gouvernement malien a renvoyé les soldats danois de la force Takuba, devrait nous inciter à réfléchir.

Depuis 2014, en effet, lancée par le regrettable Hollande, l’opération Barkhane a d’abord sauvé le Mali de sa désagrégation étatique, de la menace islamo-terroriste et, ne l’oublions pas de l’hypothèque sournoise de l’Algérie. Elle mobilise encore 5 000 soldats français. Le nombre de 53 morts, en bientôt 8 ans, ne doit, à cet égard pas nous induire en erreur : le meilleur hommage que nous devons leur rendre est de citer leur indispensable sacrifice en exemple : « nous souhaiterons faire école ».

Reste que, sous le règne de M. Macron, dont on se souviendra aussi que dès 2017 il a accepté de faire, plusieurs fois, « repentance » dans des termes odieux et destructeurs, il est hélas donné à penser à trop de Français que cet engagement était inutile. Nous acceptons que cet État, gouverné désormais par une clique militaire sans légitimité, renvoie notre ambassadeur et nous envoie, sans aucune pudeur, des centaines de milliers de ses ressortissants qui grossissent les rangs de la voyoucratie et du communautarisme islamique.

Cela nous amène à nous interroger sur l’inversion indispensable des flux migratoires si nous voulons enrayer le scénario de l’invasion. Il faudra bientôt, si nous entendons nous défendre chez nous, repérer les failles de la citadelle assiégée.

Or, parmi nos points de faiblesse, figure évidemment en place centrale la capitulation idéologique de nos dirigeants face aux forces de destruction.

En ce début de février, on débat au Palais du Luxembourg des assauts idéologiques que le mot à la mode « wokisme » semble résumer ces temps-ci. Si on doit le considérer seulement du point de vue intellectuel ce phénomène prend le relais d’une forme plus globale de décadence que l’essayiste anglais Douglas Murray analyse, à juste titre me semble-t-il, comme une « grande déraison »(1)⇓.

Les révolutionnaires de gauche parlent aussi à cet égard « d’intersectionalité » ; à savoir, en effet, que la folie des foules s’est emparée de plusieurs thèmes au profit intérieur d’un véritable syndicat des destructeurs, dans lequel s’engouffre une partie de la pseudo-droite, tous acharnés à détruire le monde occidental, à commencer par la société française(2)⇓ .

Or, la décadence de nos nations occidentales face à quelques puissances adverses ne doit être ni sous-estimée ni surinterprété. Si nous observons par exemple les deux ou trois désastres historiques comparables, la disparition de l’empire romain d’Occident en 476, ou la chute de Constantinople en 1453, la mort des civilisations se révèle beaucoup plus lente que ne veulent le croire les bons esprits fatalistes(3)⇓ .

Dans chacun des cas ce que l’on retrouve est un rapport démographique sur le long terme. Les empires romain, byzantin, wisigoth ont surtout été numériquement submergés, comme nous sommes en train de l’être.

Si la Chine communiste peut ambitionner de se diriger vers une suprématie mondiale, en commençant par une expansion en Asie centrale, c’est d’abord par la loi du nombre et par une immense réserve de main-d’œuvre corvéable à merci grâce à la dictature des 90 millions de membres d’un parti unique marxiste.

L’évaluation selon laquelle les Occidentaux sont divisés et les Européens incapables de s’unir est dès lors grossièrement partagée par les principales puissances rivales de l’Amérique.

Ceci inclue non seulement la Chine communiste et la Russie, mais aussi la Turquie d’Erdogan, formellement encore alliée de l’OTAN, mais candidate, on ne doit jamais le perdre de vue, à retrouver la direction politico-religieuse du monde islamique.

Et, par conséquent, ces pays cherchent activement les points de faiblesse leur permettant d’étendre leur influence aux delà de leurs frontières et même, de façon provocante, leur territoire.

Nous nous trouvons donc bientôt en Europe dans une situation tragique si nous ne redressons pas la barre.

1. cf. son ouvrage « La Grande Déraison », Race Genre, Identité, 460 pages, publié en 2020 aux éditions de L’Artilleur, il est présenté comme « n°1 des ventes en Angleterre », sous le titre original, en 2019, « The Madness Of Crowds »
2. cf. L’Insolent du 29 décembre 2021 « Du syndicat des destructeurs »
3. Entre le déclin des vertus guerrières de la Rome républicaine et la déposition de Romulus Augustule, il s’écoule cinq siècles ; quant à l’histoire byzantine elle se déroule sur plus de mille ans et, alternant phases de désordres internes et de renouveaux, elle ne se traduit en rien par la longue décadence que prétend décrire le décadent Gibbon. La prétendue dispute sur le sexe des anges, qu’aiment à citer tant de faux lettrés, n’a jamais existé, et le dernier empereur Constantin Paléologue est mort en héros défendant les murailles de sa Ville, trahi par les Occidentaux. Plus foudroyante en revanche semble la conquête de l’Espagne du royaume wisigoth par les Arabes en 711, qui doit beaucoup à la trahison.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

De la technocratie et de l’immigration, par Jean-Gilles Malliarakis

L’Office français de l’immigration et de l’intégration, théoriquement sous tutelle du ministère de l’intérieur, a été créé en 2009, sous la présidence Sarkozy. Cet organisme regroupe les anciennes compétences de l’Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrants et une partie des missions de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances.

Il gère les procédures de l’immigration professionnelle et familiale, mais aussi le dispositif national d’accueil des demandeurs d’asile, ainsi que la lutte contre le travail illégal. La remigration n’est envisagée que sous l’angle des aides au retour et à la réinsertion au nom du développement solidaire.

Globalement, on le sait, l’État a maintes fois réaffirmé son choix immigrationniste. Celui-ci a été exprimée, une fois encore très clairement, en 2008 par la fameuse commission Attali. Au sein de celle-ci Emmanuel Macron exerçait sa première responsabilité publique en tant que secrétaire général adjoint.

On trouve ainsi, dans la liste des « 300 décisions pour changer la France », la volonté « d’élargir et favoriser la venue de travailleurs étrangers » [décision 222] et subsidiairement « simplifier la délivrance d’autorisations de travail pour les travailleurs étrangers » [décision 223].(1)⇓

La présence d’un Hervé Le Bras, présenté comme historien (?) et démographe de la fameuse Commission ne laisse aucun doute sur la volonté immigrationniste. Cette politique est pensée comme un instrument de la « croissance » et elle n’a toujours pas été démentie.

L’OFII travaille donc à cet objectif avec tous les acteurs institutionnels, en France comme à l’étranger, depuis les préfectures jusqu’aux bureaux consulaires. Il se propose d’apporter la meilleure offre de services publics, aux futurs migrants comme à leurs heureux employeurs.

Rappelons à ce sujet que le caractère régulier ou non de la présence des Étrangers sur le sol de l’Hexagone n’est considéré que comme un point de détail administratif. Au cours de son audition, ce 12 janvier, le directeur général Didier Leschi indiquera incidemment, par exemple, que pour évaluer le nombre des illégaux il dispose d’un indice fourni par les 380 000 bénéficiaires de l’Aide médicale d’État. Ceci lui permet de limiter à 400 000 le chiffrage des illégaux…

Aux dires mêmes du quotidien officieux Le Monde, l’OFII « chapeaute quasiment tous les pans de l’immigration en France ».(2)⇓

L’audition de son directeur général Didier Leschi le 12 janvier à l’Assemblée nationale pose avant tout le problème du rapport au peuple de la gouvernance effective. Il s’agissait bel et bien d’entendre en sa personne, pendant 76 minutes, le principal responsable, hier aujourd’hui et éventuellement demain, de la politique migratoire de l’Étant central parisien.(3)⇓

Dire un tel personnage « peu connu » du grand public relève de la litote : qui donc en entend habituellement parler ?

Car personne ne doit douter de la volonté étatique, transcourant et « républicaine » d’enjamber les choix qui pourraient résulter d’un scrutin présidentiel défavorable à la Macronie et/ou d’un changement de majorité à l’Assemblée nationale.

En effet, ce haut fonctionnaire dirige l’OFII depuis décembre 2015. À l’époque la France prenait de plein fouet les retombées de la crise aggravée par la décision d’Angela Merkel de prendre en charge la misère du monde. Nommé par Hollande, il avait été confirmé dans ses fonctions par Macron en 2018, et il les exerçait par intérim depuis décembre 2021.

Nous nous trouvons en présence d’un cas paradigmatique de l’évolution de la démocratie française vers un régime de plus en plus technocratique, dominé par la haute administration, en lien avec des mots d’ordre intangibles.

Quiconque s’y oppose est taxé de dérapage.

1. cf. « 300 décisions pour changer la France » sous la direction de Jacques Attal pp. 178-180 La Documentation française, 2008, 334 pages.
2. cf. article en ligne le 12 janvier « Didier Leschi reconduit à la tête de l’Office français de l’immigration et de l’intégration »
3. L’audition de Didier Leschi par la commission des lois est accessible via Twitter

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Catastrophes monétaires à balles réelles, par Jean-Gilles Malliarakis

la livre turque

Les peuples sont parfois conscients des dangers qui les menacent par le souvenir des catastrophes qui les ont frappés dans le passé. Ainsi les Allemands, gardant un souvenir pédagogique cuisant de l’hyperinflation qu’ils ont connue ne veulent la voir se reproduire sous aucun prétexte.

Mais ce que la plupart des autres Européens d’aujourd’hui se représentent difficilement, c’est le mal que peut produire, insidieusement ou non, l’inflation tout court.

Or, en ce moment même, nous pouvons constater ce qui se passe sous nos yeux dans un pays proche : la Turquie de M. Erdogan.

En quelques mois la livre turque s’est dévaluée de près de 50 %, passant de 11 livres pour un dollar en septembre à 18 en décembre. Le rythme de la hausse des prix avoisine un taux véritable de 30 %. Le gouvernement cherche à camoufler les indices, mais les consommateurs et les salariés ne s’y trompent pas, qui voient le pouvoir d’achat s’écrouler. Sans atteindre encore le stade de l’Allemagne des années 1920, qui connut une ruine radicale des classes moyennes, en attendant de voir l’apparition d’un chômage massif dans les années 1930, le peuple turc éprouve surtout, à l’heure actuelle, l’impression d’un retour 20 ans en arrière. Tous les acquis associés à la popularité du parti gouvernemental AKP depuis 2003 sont en train de disparaître.

Dans Les Échos du 24 décembre, Éric Le Boucher s’emploie à souligner que plus généralement ce sont les régimes autoritaires qui sont en cause : « Les dictateurs n’ont peur de rien, écrit-il, sauf de l’inflation » (…) « Face à l’inflation, toutes les solutions proposées par les dictateurs sont vouées à l’échec ». Et il se plaît souligner que « le cas de la Turquie est exemplaire. »

On ne doit évidemment pas s’y tromper : d’autres pays ont détruit récemment leur monnaie par le fait d’une distribution révolutionnaire parfaitement et simplement démagogique. Le Zimbabwe et, plus encore, le Venezuela sont ainsi passés de la prospérité à la misère. En matière d’inflation, la dictature de Caracas bat évidemment tous les records : officiellement une hausse des prix de + 2 700 %. Qui dit mieux ?

Le cas de la Turquie est plus intéressant et plus original. Comme on va le voir ce n’est pas la démagogie qui le caractérise, au contraire. Sa politique monétaire, imposée par Erdogan à la banque centrale, dont l’indépendance est bafouée et le gouverneur remplacé, a consisté en une baisse autoritaire et systématique des taux d’intérêt. Elle aboutit ainsi, très concrètement, à subventionner de façon hypocrite les activités exportatrices au détriment du niveau de vie de la population intérieure. En 4 mois, le taux directeur de la banque centrale a été baissé 4 fois et la hausse de la circulation monétaire qui en a résulté a entraîné la hausse des prix. Cette évidence reflète une loi bien connue depuis le XVIe siècle en occident. La théorie dite quantitative de la monnaie a été mise en lumière au départ par Nicolas Copernic et, en France, par Jean Bodin ; elle a été renouvelée au XXe siècle par Irving Fisher et Milton Friedmann, qui en a été salué par un prix Nobel.

Mais le gouvernement d’Ankara n’en a évidemment cure.

Idéologiquement, en effet, le président, tout puissant depuis la réforme constitutionnelle de 2017, juge bon d’invoquer le Coran qui prohibe « l’usure ». Les versets 278-279 de la Sourate 2 ne disent-ils pas explicitement : « ô les croyants ! Craignez Allah et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire ».

Ce merveilleux argument n’est ni tout à fait innocent, ni entièrement niais. En fait, la mafia qui dirige la Turquie et ambitionne de diriger l’islam mondial, se plaît à voir dans cette application de la loi coranique un puissant moyen de développement économique. Et l’économie turque est devenue de plus en plus exportatrice, y compris dans le secteur de l’armement. Elle favorise largement la sous-traitance du fait de son appartenance à l’union douanière européenne, sans les contraintes imposées au marché intérieur (merci Juppé en 1993). Seulement, si les exportations auront augmenté cette année au rythme de 30 % le pouvoir d’achat aura diminué d’autant.

Tout se passe ainsi comme si l’islamiste Erdogan poursuivait pour but l’application du modèle chinois : une monnaie artificiellement sous-évaluée au profit d’une caste toute puissante et d’une accumulation nationale lui permettant d’agir sur la scène internationale.

Or, les limites de cet exercice se trouvent dans le fait que, formellement, contrairement à une Chine où tout est verrouillé par le parti communiste, il existe en Turquie une opposition, certes brimée, et des échéances électorales, certes éventuellement truquées, mais aussi des forces alternatives comme les kémalistes du parti républicain du peuple, qui ont reconquis la mairie d’Istanbul, sans parler des Kurdes.

Cette politique monétaire que le pouvoir de l’AKP, allié aux Loups Gris, conçoit comme un instrument de puissance, pourrait donc bien devenir, demain, un facteur de désagrégation, de division et à terme d’explosion nationale.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Batailles pour les libertés, par Jean-Gilles Malliarakis

Avant même la crise du Covid, on pouvait s’inquiéter à juste titre du stupéfiant progrès de ce qu’on appelle le contrôle social dans la Chine de Xi Jinping. Il semble en effet que ce tournant ait commencé à être pensé par les dirigeants communistes de Pékin dès 2012. Les premières expérimentations remontent à 2014, autrement dit à l’époque où le prince rouge Xi prend le contrôle de l’appareil du Parti, de la commission militaire, et du gouvernement de l’État.

En 2018, on ne s’intéressait pas encore à la ville de Wuhan, à son laboratoire, à son marché aux poissons, à ses pangolins, à ses chauves-souris, et à la transmission de son virus. Mais on découvrait déjà, avec effroi en occident, le projet terrifiant de système de « crédit social » : à chaque citoyen une note de bonne conduite, en fonction de laquelle il accède, ou non, aux services, aux prêts bancaires, au logement, etc. Gare à celui qui ne traverse pas dans les clous. La reconnaissance faciale permet aux autorités de surveiller techniquement les individus à un point jamais envisagé dans l’Histoire. Or, l’Empire du Milieu envisageait de le mettre complètement en place pour l’année 2020.

Cette réalité de cauchemar mérite certes d’être comprise en fonction de l’identité véritable de cette nation. Toute son Histoire a été marquée dès le IIIe siècle avant notre ère, par le premier empereur, Qin Shehuandi et son désir d’immortalité. Mao Tsé-toung l’admirait sans réserves. Son rêve étatiste et centraliste millénaire, s’est trouvé balayé, pourtant, de dynasties en dynasties. Or, toujours se sont réaffirmé, en réaction, la diversité des peuples et des provinces composant cet immense pays, et, par-dessus tout, l’instinct individuel de ses enfants.

Rien de cela ne devrait être ignoré s’agissant du monde chinois.

Mais chez nous où en sommes-nous avec la dictature numérique rampante ? Les Français, toujours supposés « Gaulois réfractaires », et dénigrés comme tels par leurs propres dirigeants, ont-ils vraiment conservé le sens des libertés, qui faisaient autrefois leurs richesse ?

On peut en douter.

Dès le début de la pandémie, en effet, on pouvait le déplorer : « la peur a pris le pouvoir ».[1]

Depuis, on a cherché à se servir de l’irrationnel, dans les deux camps, et l’incompétence de nos dirigeants et de nos technocrates coupés du peuple a multiplié les démarches anxiogènes. Y ont répondu, dans une partie de la population, environ 30 % de l’opinion, par autant de refus instinctifs.

Beaucoup de Français se sont investis, pendant des semaines, y compris au mois d’août, de se mobiliser dans la rue, les uns contre l’obligation vaccinale, les autres contre le passe sanitaire.

Comment ne pas observer, certes, le caractère passager d’un tel combat, après celui des gilets jaunes apparu à partir d’une étincelle fiscale. Cette nouvelle flambée de colère semble appelée à cesser faute de combattants, au fur et à mesure de l’augmentation du pourcentage de personnes vaccinées.

Mais d’autres libertés peut-être plus fondamentales encore mériteraient qu’on les défende, et plus encore qu’on les restaure. Citons dès maintenant la liberté de l’enseignement et le libre choix des familles françaises.

Est-ce cependant sur ce terrain que certains s’apprêtent à se mobiliser ? Je redoute qu’on laisse carrément de côté cette dimension, pourtant essentielle, dans le contexte politique actuel. Depuis le Code civil aucune existence légale à proprement parler ne semble reconnue à la famille en France : il est bien connu que l’homme postnapoléonien et post-jacobin est supposé naître orphelin et mourir célibataire.

Très légitimement, par exemple, au sein de la droite classique, on entend s’élever des voix se préoccupant à fort juste titre de réparer l’école. Ainsi, François-Xavier Bellamy, chef de file de son groupe au Parlement européen, professeur de philosophie, dresse un bilan terrible du recul éducatif français. « Je ne crains pas, dit-il très joliment, le choc des cultures, mais le choc des incultures. » Il a récemment partagé un texte en 30 propositions tendant à « sauver l’Éducation nationale »[2]Et, plus significatif encore Michel Barnier, dans les 4 points qu’il affirme essentiels de sa précampagne présidentielle, souligne (point 4) le besoin de « réparer »l’école.

La dégradation a en effet atteint une proportion catastrophique dans la mesure où « un jeune Français sur cinq est illettré ».

Mais pourquoi ignorer que le monopole scolaire étatisé se révèle précisément le premier ennemi de tout redressement. Il faut ainsi saluer le combat courageux et intelligent de Créer son école.[3]

Ce 30 août, sa talentueuse et combative présidente, Anne Coffinier dénonçait ainsi, dans une conférence de presse, les atteintes à la liberté scolaire qui se sont multipliées au royaume de Macronie : loi Blanquer de 2018, puis nouvelle loi en 2021, prétendant sauver les principes de la république et combattre un « séparatisme » dont le pouvoir et toute la bien-pensance répugnent à mentionner le caractère islamiste.

Le dossier de ce combat, fourni à la presse, est très riche et on peut juger stupéfiant qu’il n’ait pas été repris, ou si peu, par ceux qui prétendent « sauver » l’institution scolaire.

Dans l’éditorial de son excellente Nouvelle Lettre (N° 1443 du 24 septembre) Jacques Garello rappelle le droit essentiel des familles.

Qui dans les gros médias a osé faire écho à de telles protestations. Elles concernent pourtant des centaines de milliers d’enfants aux besoins desquels l’école d’État ne répond pas.

Qui se souvient encore que depuis la loi Falloux de 1850 la liberté scolaire est supposée conquête intangible du pays ?

Les trous dans le drapeau de cette liberté ont été multipliés depuis les lois laïcistes imposées de 1902 à 1907 par les radicaux-socialistes, jusqu’à nos jours.

Certes la liberté est menacée à Hong Kong et je suis le dernier à l’oublier, mais elle l’est aussi à Paris.

[1] cf. L’Insolent du 30 mars 2020 « Quand la peur a pris le pouvoir »
[2] cf. son essai « Les Déshérités ou l’urgence de transmettre » éd. J’ai Lu n° 11329, 2016.
[3] Dossier de Presse rentrée 2021 – sur les deux sites de l’association Créer son école et Educ’France.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Les armes du Qatar, par Jean-Gilles Malliarakis

Le déclin et la décadence de Paris ressemblent à de nombreux égards à la chute de Rome. En la municipalité d’Hidalgo tout semble se désarticuler et se déconstruire dans cette capitale. La malpropreté des rues y rivalise avec l’insécurité des quartiers. Conjugué avec les désordres de la Macronie, ceci compose un spectacle fort comparable à celui qui se déroula entre la mort de Marc Aurèle (180) et la déposition de Romulus Augustule (476), qui mit fin à l’empire d’Occident.

Sauf le cliché que nous n’entendons plus guère d’une accélération de l’Histoire, un tel espace de temps, 6 ou 7 générations, ne semble guère supérieur à celui qui commence en 1793…

Épisode étrange, le règne, communément maudit par les historiens, du Syrien Héliogabale livra au stupre la Ville Éternelle de 218 à 222.

Mais aujourd’hui, dira-t-on, la Ville Lumière n’est soumise en apparence à aucun empereur. Elle n’adore non plus aucun gladiateur.. Le recrutement d’un joueur célèbre par l’équipe qataro-parisienne de podosphère pourrait dès lors paraître une sorte de non-événement dans la chute de cette ville. Elle se livre en effet elle-même, et joyeusement, à un glorieux et pacifique mercenaire argentin pour le compte d’un prince qatari.

À ce sujet c’est en effet le quotidien politiquement correct Le Monde qui affirmait ce 11 août que désormais : « le Qatar dispose d’une nouvelle arme diplomatique planétaire ».[1]

On pouvait déjà le déplorer dès 2018 : « il est revenu le temps du pain et des jeux »[2].

Notre président tout-puissant ne manquait de chercher à en tirer un parti démagogique, sans vraiment convaincre. « Certains le soupçonnent déjà de vouloir utiliser l’événement pour faire passer un message politique. » écrivait alors le journal de Nicolas Beytout.[3]

Or, quant à lui, c’est un fort prudent démocrate que l’émir du Qatar. Les illusions du printemps arabe de 2011 n’ont pas pris au dépourvu Tamim ben Hamad al-Thani. Arrivé au pouvoir en 2013, il a su éviter les écueils du régime Ennahda en Tunisie. L’influence des Frères musulmans, et des rêves de califat d’Erdogan, devenait insupportable dans l’ancienne Carthage. En balayant ce ramassis de crapules islamistes, le président de cette république, soutenu par quelque 72 % de la population, a heureusement mis fin à l’expérience.

Dernier ami du mégalomane islamiste d’Ankara, l’émir Tamim ben Hamad al-Thani a promulgué le 29 juillet une loi historique. Prévues par une constitution remontant à avril 2003, des élections, les premières dans l’histoire de ce petit pays richissime, auront lieu en octobre… largement avant cette coupe du monde de football prévue en novembre 2022, si chèrement négociée, et dont le chantier aurait englouti plus de 6 000 ouvriers étrangers.

Il fallait sans doute que ce prince, qui règne et gouverne depuis 8 ans, donne un signe de vie politique.

Que ceux qu’une telle démocratisation inquiéterait se rassurent. Un « Haut comité préparatoire des élections au Conseil de la Choura » a travaillé sans relâche depuis octobre 2019. Ledit futur conseil comprendra seulement 45 membres. Ce sera la seule assemblée parlementaire du Golfe en dehors de celle du Koweït. Si 30 de ses membres seront dangereusement supposés être élus, les 15 autres seront sereinement désignés par l’émir. Les partis politiques resteront interdits. Pourront voter les Qataris âgés de 18 ans, à condition que leurs grands-pères soient nés au Qatar, ce qui n’est le cas que de 10 % d’entre eux.

On respire, le vent démocratique du printemps arabe d’hier, devenu aujourd’hui une sorte d’hiver islamiste turc, ne soufflera donc pas trop fort sur le Golfe Persique.

Le laissera-t-on souffler sur Paris ?

[1] cf. article « Avec Messi au PSG, le Qatar dispose d’une nouvelle « arme diplomatique » planétaire ».
[2] cf. L’Insolent du 6 septembre 2018 « On sera donc toujours les champions »
[3] cf. article du 17 juillet 2018 « Victoire en Coupe du monde: l’attitude de Macron divise »

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Désordres sanitaires et conséquences politiques, par Jean-Gilles Malliarakis

Depuis le début de la crise sanitaire, les lecteurs réguliers de cette chronique auront pu remarquer qu’au fil des jours, et contrairement au matraquage médiatique, son rédacteur s’est toujours abstenu de s’exprimer sur les sujets qu’il avoue, quant à lui, ignorer. Dans un pays où les sélectionneurs virtuels de l’équipe nationale de podosphère se comptent par millions, on a vu apparaître une épidémie … d’épidémiologistes. Jusqu’au mois de mars 2020, et au « quoi qu’il en coûte » d’une prétendue « déclaration de guerre », on ignorait que ce pays abritait autant de spécialistes de cette science statistique approximative. Le bonheur de les entendre se contredire a vite fait place à la consternation.

Parallèlement, on ne doit pas oublier que le désarroi des Français s’est accru à la mesure du nombre des échecs et des mensonges de nos cadors gouvernementaux, à propos des masques et de leur utilité, des tests, des lits d’hospitalisations, et maintenant de la vaccination. Il s’en est suivi un sentiment humiliant de tiers-mondisation du pays.

Quand on ne croit pas à la dictature de la Science avec un grand S, et quand on investit sa confiance dans le caractère humain de la médecine, on ne peut que sourire amèrement devant cette horrible poussée de technocratie et de bureaucratie hospitalière étatisée qu’incarnent un Véran et son conseil prétendument « scientifique ».

Sans aucun véritable rapport avec la question du vaccin, question qui devrait se situer sur un terrain purement médical, la montée en puissance des protestations confirme, hélas, les pronostics politiques que l’on pouvait faire depuis plusieurs semaines.

Tout d’abord, on doit remarquer que les 180 manifestations d’opposition au passe sanitaire, observées ce samedi 31 juillet, se déroulaient le jour même où, par centaines de milliers, les familles françaises partaient en vacances. Les évaluations officielles, qu’on imagine difficilement supérieures à la réalité, portent donc sur 200 000 protestataires contre 160 000 le 24 juillet, et 115 000 la semaine précédente.

Tout cela laisse pressentir un nouveau mouvement du type des gilets jaunes. Encore plus anarchique que le précédent, il peut très vite se révéler encore plus destructeur, négateur de ses propres principes. Il risque de libérer tout un mécontentement accumulé dans le pays. Il s’est généralisé, après s’être concentré dans les nombreuses professions sinistrées depuis des mois et dont nos technocrates bafouent aussi bien les compétences corporatives que le sens des responsabilités, et les libertés élémentaires. Les exemples ne manquent pas, et ne concernent pas seulement l’exemple éclatant de l’hôtellerie-restauration. Du salon de coiffure à l’horlogerie de quartier, en passant par les théâtres, tout le monde s’est trouvé ballotté par l’arbitraire arrogant des ronds-de-cuir et des communicants officiels.

On se demande dans de telles conditions comment, à la fin de l’été, le président sortant osera solliciter un nouveau mandat. Il est vrai que les gens comme lui, « ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ».

La loi implacable du dégagisme risque fort de se confirmer.

Depuis 40 ans, en effet, significativement depuis l’échec de Giscard en 1981, les élections présidentielles ont manifesté une règle pratiquement constante. Au départ, ce fut pour laisser la place, pour la première fois depuis 1947 à un gouvernement socialo-communiste. Il se révéla, comme tous ses prédécesseurs portés eux-mêmes par des victoires électorales de gauche, comme Combes en 1902-1905, comme Herriot en 1924, comme Blum en 1936, comme Guy Mollet en 1956, très vite catastrophique dès 1983 et sa majorité fut balayée en 1986. Puis, alternativement, on assista au rejet par les Français de chacune des équipes sortantes. La seule exception fut l’espoir de changement investi en Sarkozy lequel, précisément, quoique sorti du même sérail, semblait en rupture, en 2007, avec l’impuissante présidence chiraquienne et son premier ministre Villepin. Cette illusion est parfaitement décrite dans le film « La Conquête ». Elle fut immédiatement démentie par la mission confiée à Attali de proposer un paquet de soi-disant réformes, en contradiction avec les promesses de la campagne présidentielle.

Mais si l’on veut bien se souvenir de la série d’élections depuis 1988, on constate que, cette année-là, Chirac, porté au pouvoir deux ans plus tôt, en 1986, par un rejet massif de la désastreuse expérience socialiste, perd devant le manipulateur Mitterrand. En 1995, il gagne contre le Premier ministre sortant Balladur et contre le socialisme présidentiel. En 1997, Juppé est balayé par une élection législative qu’il avait malencontreusement anticipée. En 2002, le chef du gouvernement sortant Jospin est battu par Chirac qui rongeait son frein et ne faisait pratiquement rien depuis 5 ans. En 2007 donc, situation unique, la droite, ou ce qui en tient lieu, reste au pouvoir mais son candidat Sarkozy se présente comme novateur. En 2012, il perd devant Hollande qui, en 2017 est pratiquement obligé de renoncer à se présenter.

Comment imaginer qu’en 2022, alors que les Français commenceront à sortir la tête de l’eau et mesureront les désastres du « quoi qu’il en coûte », après avoir supporté toutes les avanies de la crise sanitaire, puisse reconduire, pour la première fois depuis 1981, l’équipe sortante et son président ?

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Le Darmanin en sa reculade, par Jean-Gilles Malliarakis

Pendant 2 ou 3 jours les commentateurs agréés en avaient fait des éditoriaux. Le ministre de l’Intérieur preux chevalier prenant la défense morale de ses fonctionnaires avait annoncé à grand bruit qu’il attaquait en diffamation la candidate socialiste Pulvar engagée dans la campagne régionale de juin.

Beau débat en effet.

Pour les uns il s’agissait d’une tentative de récupération du mécontentement syndical des policiers. Cette action entreprise auprès des tribunaux prolongeait, ou plutôt aurait prolongé, la présence du Darmanin à la manifestation du 19 mai, sujet d’étonnement en elle-même.

Pour les autres, la plainte envisagée soulevait, tout de même, un divers types de problèmes.

Le principe même d’une telle action reste largement mal interprété par le public, lequel confond diffamation et calomnie. Et, de ce fait, si vous intentez un procès et que vous le perdez on considérera que les faits sont exacts… Et au contraire si vous gagnez au loto judiciaire les faits sont considérés comme faux…

En effet la base légale résulte des articles 29 et 32 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.

Citons ici l’indispensable Dalloz : « Est constitutive d’une diffamation toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel ce fait est imputé. »

Dans la pratique, les choses se compliquent : dans une affaire récente, tel respectable élu des Hauts-de-Seine, aujourd’hui décédé, avait trouvé saumâtre que l’on révélât par voie de presse une liaison extraconjugale avec Mme Valérie T. de présidentielle réputation. Or, le tribunal jugea qu’il ne s’agissait pas d’une diffamation, puisque le délit d’adultère n’existe plus…

On pourrait multiplier les exemples surprenants ou cocasses.

Ainsi, du fait de la loi elle-même, et des interprétations judiciaires, sans parler des dysfonctionnements bien réels de la justice, le droit positif français aurait du inciter le Darmanin à la prudence.

Le procès en diffamation se révèle, à l’usage une arme à double tranchant, qu’il faut manier avec une infinie précaution. Si le diffamateur est supposé de gauche, et le diffamé de droite, la loi qu’on imagine identique pour tous, risque à 99 % d’être interprétée par la magistrature syndiquée en faveur de la gauche, car dans la plainte du droitier quelque chose clochera toujours. Trop tard. Trop imprécis. À côté du vrai sujet.

La ritournelle du citoyen honnête professant sa confiance dans la justice de son pays sonne alors complètement faux dans ce genre d’affaires.

Bien entendu les déclarations de Pulvar le 22 mai, sur France Info à l’encontre de la fameuse manifestation étaient écœurantes. Elles étaient aussi totalement à côté de la plaque. Parmi les participants se trouvaient les syndicats de police étaient d’autant plus ridicule que le 19 mai, un certain nombre de politiciens de gauche, Hidalgo elle-même, l’écologiste Jadot, comme le candidat PCF à l’élection présidentielle Fabien Roussel, ou comme le premier secrétaire du parti socialiste Olivier Faure, étaient venus démentir à leur manière le caractère « glaçant »de cette prétendue « marche sur le Palais Bourbon ».

De son côté, le Darmanin était déjà passablement ridicule lui aussi le 24 mai. Ce jour-là, il annonce son désir de se pourvoir en diffamation, il se dit indigné, il dénonce hautement les expressions de qui « dépassent le simple cadre d’une campagne électorale et viennent profondément diffamer la police de la République ». Il annonce : « Je porte plainte au nom du ministère de l’intérieur ». Il en profite pour mettre en cause des propos remontant 2020, contre le prétendu racisme dans la police.

Parfaitement stérile le 23 mai, cette controverse est devenue sans objet le 25 : l’intéressé, qui s’estimait jusque-là diffamé, a décampé. « Retenez-moi ou je fais un malheur »semble sa devise. Son ange gardien l’a retenu. Et maintenant c’est « Audrey reviens, tout est pardonné ».

Le Darmanin se révèle ainsi chaque jour un peu plus ridicule et inconsistant. Sa reculade en annonce d’autres sur le terrain de l’insécurité qui préoccupe pourtant un nombre grandissant de nos compatriotes, donc d’électeurs.

Pourquoi, grands dieux, Macron en a-t-il fait un ministre de l’Intérieur ? Voilà la question que se posent à l’Étranger les rares observateurs qui, prenant encore peut-être Paris au sérieux, se préoccupent de notre politique intérieure.

La réponse nous est donnée par la Macronie elle-même.

Les macroniens au pouvoir peuvent nous paraître divisés, entre ministère de l’Intérieur et ministère de la Justice, par exemple. Depuis 2017 on ne compte plus les déclarations contradictoires de nos gouvernants.

Or, ce qui les réunit, c’est hélas le ridicule. L’exemple vient de Jupiter lui-même quand il se livre à la séquence grotesque des deux « youtubeurs »prétendument humoristiques Macfly et Carlito, on commence à se douter de l’affectation des 300 euros de « pass culture ». Dans notre société l’étiquette « culture » ne recouvre pas tout à fait ce à quoi elle a pu renvoyer par le passé.

Mais il y a plus grave peut-être que de découvrir un pitre en la personne du chef de l’État.

L’hymne de Youssoupha qui a été choisi pour l’équipe « de France » de podosphère choque, à juste titre un nombre considérable de nos compatriotes. Choquer les « fromages » que nous sommes, semble à vrai dire son objectif. Mais cela « ne gêne absolument pas » la Bachelot, ministre de la Culture. Celle-ci explique qu’elle apprécie l’apport culturel de ce rappeur. La Bachelot s’efforce maintenant de démentir sa réputation de wagnérienne consommée. Telle n’est plus la ligne du parti : « J’aime beaucoup Youssoupha, assure-t-elle,je suis allée à plusieurs de ses concerts« .

Fermez le banc.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Manifestation des policiers – Les points sur les i… et sur les j, par Jean-Gilles Malliarakis

Manifestation des policiers

Enfin, on va pouvoir parler d’autre chose que des restrictions sanitaires sans éprouver le sentiment de prêcher dans le désert.

Or, la tentative assez grossière, pour ne pas dire grotesque, d’un Darmanin tendant à récupérer la mobilisation syndicale des policiers ce 19 mai, ne doit pas nous impressionner. Le pouvoir, et la classe politique, se trouvent interpellés désormais de façon massive sinon radicale, sur la question de l’insécurité. Associée aux deux autres « i » lancinants qui pourrissent notre société française, l’islamisme et l’immigration, cette question semble appelée à produire les résultats prévisibles aux élections locales de juin.

Que 2 ou 3 présidences régionales échappent dès cet été à la bien-pensance constituerait un avertissement salubre. Et si des remèdes effectifs ne sont pas apportés au malaise de l’ensemble des forces de l’ordre, policiers, gendarmes, fonctionnaires de la pénitentiaire et jusqu’aux pompiers, il ne faudra pas s’étonner si les présidentielles de 2022 se présentent sous un jour complètement inédit. Le coup d’État que le cloaque redoute ne viendrait pas, dès lors, des armes, mais tout simplement des urnes.

Or à la question des trois « i », cités plus haut, s’ajoute la question « j » comme « justice », sans laquelle aucune solution n’a de sens. À quoi servent des lois que l’on n’applique pas ? Le pouvoir que l’on appelle exécutif, d’abord ne les exécute pas. De son côté, notre administration ubuesque nous encombre de textes réglementaires paralysant le pays. En même temps elle-même demeure paralysée pendant des mois et des années, au contraire, quand il s’agit de publier les décrets d’application sans lesquels la loi reste lettre morte. Et bien sûr, la magistrature syndiquée entrave à son tour la doctrine pénale, déjà incertaine, d’une chancellerie déjà faisandée.

Or, quels que soient les reproches qu’encourt légitimement un Dupond-Moretti, quelque maladroites que puissent se confirmer, l’une après l’autre, ses interventions, quelque méritoires qu’adviennent demain les sanctions politiques, et notamment le désaveu que ne devront pas manquer de lui infliger les électeurs du Pas-de-Calais, il serait trop facile d’en faire, comme dans l’Ancien Testament, le seul bouc émissaire chargés de tous les péchés d’Israël.

Le mal vient, une fois de plus, bien évidemment de beaucoup plus loin. L’étendue des responsabilités doit très ferment être dénoncée de manière beaucoup plus large.

Il y a plus d’un demi-siècle, qu’un Georges Pompidou, que personne ne pouvait accuser de laxisme, et encore moins d’inculture, pouvait se permettre, sur ce sujet, de citer le royaliste Chateaubriand. Celui-ci observait en son temps que « la liberté qui capitule et le pouvoir qui se dégrade n’obtient point merci de ses ennemis. »[1]

Et le même défunt président osait ajouter, à juste titre selon ma modeste expérience : « je ne crois franchement pas que nos prisons soient pleines d’innocents« .

À cette époque montait en puissance le mouvement maoïste français qui allait prendre le nom de Gauche prolétarienne. Admirateurs de la soi-disant Grande révolution culturelle prolétarienne lancée en mai et août 1966 par Mao Tsé-toung, ses militants avaient rompu violemment avec le PCF, jugé « révisionniste », et ils avaient participé activement à la crise française de 1968. Leur organisation première l’UJCml faisant partie des 11 mouvements dissous le 12 juin. Mais à la différence des autres, qui se reconstituèrent très vite sous une façade légaliste, ils adoptèrent une ligne systématiquement violente. « On a raison de séquestrer les patrons » imprimait leur journal La Cause du Peuple.Ils agissaient en fidèles disciples de Mao qui avait théorisé l’exercice de la Terreur par les « masses ». Il s’exprime ainsi par exemple dans un texte trop méconnu et pourtant si précis « à propos des excès ». Sans aucune ambiguïté le Grand Timonier, dont le portrait immense orne toujours la place Tian An-men au centre de Pékin, justifie tous les crimes commis par la « justice du peuple » qui a toujours raison, à l’encontre des très méchants propriétaires fonciers…

Parmi leurs exploits nos maoïstes français pilleront en mai 1970 la fameuse épicerie Fauchon, et cherchant se présenter tels de modernes Robin des Bois, ils distribueront une partie de leur larcin sur les marchés de banlieue.

Deux d’entre eux furent arrêtés : l’un des deux, placé sous mandat de dépôt à la salle Cusco de l’Hôtel-Dieu, avait été pris à partie par les passants et reconnu par un ouvrier des cuisines comme l’ayant frappé d’une barre de fer. Il fut remis en liberté.

La seconde, une étudiante en sociologie de 20 ans, devint une accusée vedette. Elle revendiquait hautement son action et fut jugée très vite. L’action avait été commise le 8 mai. Le 19 mai, elle était condamnée en première instance à 13 mois de prison et 3 000 francs d’amende. Hurlements dans les chaumières de gauche, du journal protestant Réforme (« un jugement scandaleux ») au Nouvel Observateur (« une justice de classe »). La Cour d’appel de Paris statuera le 14 juin en seconde instance et accorda le sursis c’est-à-dire la liberté à cette jeune maoïste, voleuse « expropriatrice », activiste devenue « martyre », victime de l’oppression et du capitalisme. Entre-temps, on lui avait accordé le régime spécial auquel seuls avaient droit, en principe, les condamnés de la Cour de sûreté de l’État, créée en 1963 pour juger les défenseurs de l’Algérie française. Le 15 juin, elle était libre.

Autrement dit, le pouvoir judiciaire, réputé conservateur et répressif, avait craqué devant les plus provocateurs et les plus violents des gauchistes. Et cela dure depuis un demi-siècle. Les admirateurs de la dictature maoïste se présentent en défenseurs des opprimés, des détenus comme des immigrés.

Or, depuis 1970, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Seine, devant le Quai des Orfèvres comme devant le vieux Palais de justice. Le fleuve a suivi le sens unique que l’on cherche à nous présenter pour celui de l’histoire. Et l’on compte désormais en France plus de criminels en liberté que d’enfants de chœur en détention. C’est pour cela que même la Grande Muette est tentée de ne plus l’être. On peut espérer que le peuple parlera à sa place, et le plus tôt sera le mieux.

[1] cf. conférence de presse du 2 juillet 1970

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Les vraies causes de la délocalisation, par Jean-Gilles Malliarakis

Dans sa chronique du Monde, en date du 12 avril, Philippe Escande éditorialiste économique du journal se trompe.[1] Ce n’est pas un « signal destructeur », comme il le qualifie, mais au contraire une alerte parfaitement nécessaire et, à de nombreux égards, éclairante, quoique désagréable, que Stellantis adresse, sans doute sans le vouloir, au public français et à l’opinion européenne.

Créé officiellement en janvier 2021, le groupe Stellantis est en effet une réalité multinationale de droit néerlandais. Son siège est à Amsterdam. Ceci résulte de la décision, annoncée dès 2019, de fusionner les groupes PSA et Fiat Chrysler.

De sorte que Stellantis commercialise désormais les 14 marques suivantes : Citroën, ainsi que son ancienne série DS, et Peugeot, certes, que nous considérons traditionnellement comme françaises ; mais aussi Opel, Vauxhall, Barth, Alfa Romeo, Chrysler, Doge, Fiat, Jeep, Lancia, Maserati et RAM.

Pourquoi M. Escande imagine-t-il qu’une telle structure doive poursuive particulièrement l’objectif rassurant de gagner ce que notre éditorialiste du Mondeappelle « la bataille de la réindustrialisation française » ?

Quel que soit l’actionnariat, passé, présent ou futur du groupe actuel et de ses composantes, tout investisseur industriel est confronté aussi bien à une règle de concurrence, en même temps qu’à une situation internationale de libre circulation des capitaux et à un marché européen caractérisé par l’absence de droits de douanes.

Dans de telles conditions, il est parfaitement clair que la France empêtrée dans son « modèle social », entre gréviculture, enfer fiscal et bureaucratie n’est pas un lieu concurrentiel du point de vue des industriels.

Sans doute, du point de vue européen, il vaudrait mieux que les investissements industriels restent dans notre Vieux Continent. Mais le manque d’imagination des décideurs au sein des grands groupes les a amenés, depuis quelque 30 ans, à choisir un pays comme la Chine plutôt que la Roumanie ou la Slovaquie.

La force des industriels et sous-traitants chinois résulte, évidemment aussi, de salaires particulièrement faibles et d’autres conditions sociales inacceptables. La concurrence est largement faussée avec ce pays : non seulement du fait de son « nouveau mode de production asiatique », – pour reprendre une expression de Karl Marx… mode de production supposant une situation de quasi-esclavage, que permet la dictature du Parti communiste ; mais aussi du fait d’un déséquilibre monétaire contraire aux règles initiales de l’OMC, la monnaie chinoise étant sous-évaluée et non convertible, etc.

Dans un tel contexte, il est devenu clair que la délocalisation ou la sous-traitance mises en place par de grands groupes industriels méritent d’être dénoncées ne serait-ce qu’en informant correctement le consommateur des conditions de production et en obligeant les distributeurs à indiquer la provenance réelle, etc.

Mais on doit aussi se persuader que le déséquilibre commercial et le décrochage de la France ne sont pas seulement imputables à la concurrence chinoise et à la délocalisation : c’est plutôt le déclin d’une France de plus en plus étatisée, de plus en plus anesthésiée par le politiquement correct, de plus en plus tiers-mondisée qui entraîne la fuite des investissements.

[1] cf. son article du Monde « En décidant de produire sa future berline Citroën en Chine, Stellantis envoie un signal destructeur »

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Dans la nouvelle Guerre froide, par Jean-Gilles Malliarakis

Lu Shaye

On peut dire merci à l’ambassadeur chinois Lu Shaye. En traitant Antoine Bondaz, chercheur français de la Fondation pour la recherche stratégique, de « petite frappe, hyène folle, troll idéologique » il a réveillé les endormis.

Nous avons bel et bien affaire à un communiste et Francis Bergeron, ce 24 mars, peut mettre en cause avec raison, au-delà de son représentant si peu diplomate, le maître du pouvoir de Pékin, « Xi Jinping nouveau Staline« [1]

En s’en prenant aussi aux parlementaires européens représentants de 7 pays, décidés à se rendre à Taïwan, il nous a rappelé le vœu actuel de ses ressortissants. L’île, nommée Formose par les Portugais, ne fut conquise par l’Empire chinois qu’en 1683 sous le règne de Kangxi (1661-1722) contemporain de Louis XIV, à l’époque de la dynastie mandchoue des Qing. Ceux-ci régnèrent sur Pékin de 1644 à la proclamation de la république en 1911. Le partage de Yalta et la victoire soviétique de Manchourie avaient permis à Tchang Kaïchek de s’en emparer en 1945.

Les débris de l’armée du Kouo Min Tang s’y réfugièrent en 1949 et y ont maintenu la survivance, de plus en plus fictive, de la Chine nationaliste. Or, aujourd’hui, de façon très démocratique, la majorité d’origine insulaire a élu à la présidence du pays en 2016, Mme Tsai Ing-wen Réélue en 2020, son parti, le Minjindang, démocrate progressiste, s’appuie sur la majorité indigène de la population. Celle-ci aspire, légitimement, à faire reconnaître internationalement Taïwan en tant qu’Etat souverain, ce qui ne fait qu’entériner une réalité devenue de plus en plus claire.

Le gouvernement de Pékin prétend au contraire qu’il s’agit d’une simple province de son Empire du Milieu. La Chine communiste menace de l’envahir et d’y réprimer toute opposition au pouvoir totalitaire de son parti unique, comme elle a d’ores et déjà entrepris de le faire à Hong Kong, au mépris des accords de rétrocession de 1997.

Dans un tel contexte, elle n’admet pas que des députés européens cherchent à s’enquérir du dossier en se rendant sur place. Sans doute méprise-t-elle les règles parlementaires, qu’elle ne pratique pas. Son Congrès national-populaire, parlement fantoche qui ne se réunit qu’une fois par an, pour une session d’une dizaine de jours, dans l’immense Palais de l’Assemblée du Peuple que l’on peut contempler place Tian Anmen, ne connaît pas ce type de fonctionnement.

Aussi bien l’Europe que les États-Unis, et à leur suite la majorité des pays de la zone indopacifique remettent en cause la doctrine pékinoise « une seule Chine ». Le pouvoir communiste y voit une sorte de casus belli…

Car, si certains doutent encore du climat de guerre froide qui s’est institué entre l’occident et la Chine communiste, 50 ans après les accords de 1972 entre Nixon et Mao Tsé-toung, semble urgent de les amener à en prendre conscience. Cette tension déterminera les relations internationales comme la plupart des clivages de politique intérieure.

Le temps des sous-traitances industrielles systématiques, profitables aux gros intérêts mais ruineuses pour la survie de nos entreprises et de nos emplois s’achève.

On ne doit pas seulement y voir une sorte de grand match entre les USA et la Chine. La confrontation ne se limitera pas seulement au terrain de l’hégémonie militaire, elle s’exprimera en termes d’influence économique et de concurrence technologique. Et, pour pouvoir suivre, Washington tentera de se libérer de certains engagements traditionnels.

Ce n’est pas telle ou telle figure politique mais l’ensemble de l’établissement américain qui sera amené à durcir la concurrence avec la Chine à tous les niveaux.

La politique américaine prend aussi conscience que d’autres outils, au-delà de la seule force militaire se révéleront nécessaires pour l’emporter dans cette nouvelle guerre froide. Comment, par exemple, imposer aux alliés de ne pas choisir le système chinois 5G si aucune entreprise occidentale ne peut proposer une offre complète correspondante.

Les Chinois semblent concentrés sur des objectifs à long terme, avec un horizon de 5 à 10 ans. Ils visent la suprématie dans des domaines critiques, comme l’intelligence artificielle. Les entreprises et les universités suivent avec discipline… Il en va de même pour les infrastructures ou les matériaux critiques dont dépend le développement occidental futur.

Or, l’Europe se situe entre les deux. Elle ne veut plus dépendre totalement des États-Unis depuis la présidence Trump. Mais nos pays ne sont clairement pas en mesure d’établir seuls un équilibre avec la Chine. Sortir des galanteries et des préciosités devient donc urgent.

[1] cf. son article de Présent en date du 24 mars.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

L’appel de la liberté, par Jean-Gilles Malliarakis

Contemplant, dans la soirée de ce 18 mars, l’affligeant cafouillage et le ton quasi dictatorial de ce pauvre Castex, on était tenté de se prendre de pitié. Face à ce chef constitutionnel d’un gouvernement déboussolé, et à son discours surabondant et désarticulé, on ne pouvait que s’interroger : qu’auraient pensé, qu’auraient fait, nos devanciers, chouans ou communards, huguenots ou ligueurs, devant un tel déni des libertés élémentaires, des autorités régionales, des responsabilités corporatives et même des principes constitutionnels de ce qui s’appelle encore une république. De ce mot, pourtant, observons combien nos communicants se gargarisent, à contre-emploi.

Au sein de la Macronie, séparation des pouvoirs, connais pas. Circulez, sous le règne des Marcheurs, il n’y a rien à voir.

Or, le pouvoir personnel sans limite ne conduit qu’au désastre.

Quand on étudie la folie maoïste, continuation revendiquée de la Terreur stalinienne, on ne peut que ressentir une perplexité et une inquiétude pour l’évolution de la France. Tous les auteurs chinois le soulignent : le délire marxiste de Mao Tsé-toung n’a pu atteindre le niveau de destruction, qui prend son envol avec le Grand Bond en avant théorisé en 1958, qu’au gré de l’emprise totalitaire que le Grand Timonier exerçait sur son entourage, sur l’appareil communiste et sur son pays. L’examen des débats et discours. Ils étaient réduits au congrès du Parti unique et au plénum de son Comité central. Les uns après les autres, tous ceux qui commencent, à partir de 1956, par émettre prudemment des réserves et des avis divergents, tels le malheureux Liu Shaoqi, tel le futur réformateur économique Deng Xiaoping ou même Zhou Enlaï, finissent par renoncer à toute critique, à s’aplatir comme des crêpes et à réaffirmer leur foi inébranlable dans le génie de leur chef bien aimé.

Il s’ensuivra la mort de 36 millions de paysans dans la seule séquence de la famine qui frappa le pays, entre 1959 et 1961, du fait de la collectivisation à marche forcée. Dix ans plus tard, entre 1966 et 1976, la révolution culturelle fera, à son tour, des dizaines de millions de victimes.

En sommes-nous arrivés à ce point ? Pas encore sans doute.

Pouvons-nous faire machine arrière ? Oui, certainement mais à condition de ne pas courber le dos.

Dans quelques jours par exemple, le 25 mars, la Grèce, commémorera le Bicentenaire du soulèvement national de 1821. La devise des insurgés est demeurée dans les mémoires et dans les cœurs de leurs descendants : la liberté ou la mort.

Qu’on ne s’y trompe pas, une telle affirmation, qui me semble aussi précieuse que ce cher « grand pays » sur un « petit territoire » [1] lui-même, n’enfermait nullement ceux qui la professaient alors dans le carcan philosophique des Illuminés de Bavière et de ces jacobins qui ont fait tant de mal à la France.

La conception grecque de la Liberté fait partie d’une identité profonde, caractéristique de l’esprit européen. La plupart de ses philosophes respectaient plus encore les mérites de l’aristocratie plutôt que les aimables mais fragiles institutions de la démocratie. Ils croyaient avant tout aux vertus du débat.

Cette vision s’accompagne aujourd’hui encore d’une très forte imprégnation religieuse. L’appel à l’insurrection de 1821, le 25 mars, fête nationale de nos jours, correspond à la fête chrétienne si belle de l’Annonciation. Autre commémoration parallèle, aujourd’hui encore, celle du 28 octobre qui esi identifiée à l’entrée dans la seconde guerre mondiale en même temps qu’à la fête orthodoxe de la Protection de la Mère de Dieu. On honore le début des conflits plus encore que la victoire car « seuls les commencements sont beaux » ainsi que nous le rappelle Heidegger.

L’appel à l’insurrection était préparé par le maintien de l’identité à l’école des prêtres, dans le secret nocturne des temples, sous le regard des icônes. Ainsi se maintint, pendant les siècles de l’obscurité ottomane, l’apprentissage de la langue et de son écriture.

Chateaubriand ne s’y trompait pas dès 1811, lorsqu’il publie son Itinéraire de Paris à Jérusalem. L’auteur contre-révolutionnaire du Génie du christianisme préfigurait alors le philhellénisme de tout le mouvement romantique naissant. Celui-ci s’engagera sans hésiter en soutien des Grecs et de tous les Balkaniques insurgés, chrétiens en butte à l’oppression de l’islamisme.

Athènes est redevenue, au XXIe siècle une grande ville, une agglomération de 4 millions d’habitants. Elle était, il y a 200 ans, décrite par Chateaubriand comme un village réduit par l’occupant à une population de bergers albanais.

Il ne faut pas attendre pareil déclin avant d’entendre, à notre tour, le fameux appel de Maurice Barrès « réveillez-vous vieille race et reprenez possession de vous-mêmes puisque vos maîtres défaillent ».

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Ne pas capituler devant l’islamisme, par Jean-Gilles Malliarakis

islamisme

Pendant toute l’année 2020, la fermeté de la politique française face à l’islamo-terrorisme a pu paraître satisfaisante. Même le projet, absurde au regard des Mahométans eux-mêmes, d’un conseil des imams, et de leur formation par l’État – qui se veut « laïc !» –, pouvait être jugé comme partant d’un bon sentiment. La défausse de la Grande Mosquée de Paris aura sans doute délégitimé à nouveau le vieux serpent de mer. L’alignement de la prédication coranique sinon avec les valeurs de la république, ce qui strictement ne veut rien dire, du moins avec les traditions françaises, ce projet maintes fois remanié par tous les ministres de l’Intérieur depuis plus de 20 ans retourne au néant de son utopie.

C »est surtout à l’extérieur, par la présence militaire en Afrique, par le déploiement des Rafales, par l’alliance avec l’Égypte et par la dénonciation du jeu trouble de la Turquie que l’on avait pu apprécier une sorte de volonté de résister à l’islamo-terrorisme. Ceci se traduisait alors aussi par dans l’action discrète mais inlassable et efficace des agents de nos services que par les propos du ministre de la Défense.

Oui dans ces conditions on pouvait espérer que la France renoue avec son rôle historique, avec sa mission, celle du « peuple inventeur de la Croisade » (Péguy). Et votre chroniqueur doit-il l’avouer ? Il se plaisait à rêver d’un tel redressement.

Le point faible cependant ne résidait, et ne se situe, ni dans les doctrines, ni dans les actions extérieures.

Il provenait comme toujours du mal rongeur qui détruit la solidité intérieure de ce pays.

Tant que l’on n’aura pas fait taire à l’intérieur les discours, les propagandes, les délires de la culpabilisation « décoloniale », ils viendront nous trahir. Ils prendront le relais de l’ennemi.

Ce n’est donc pas sans inquiétude que nous les avons vus réapparaître au grand jour en ce début d’année.

Le 8 décembre encore avait eu lieu un entretien téléphonique entre les deux ministres des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et Mevlut Cavusoglu, « à la demande de ce dernier », précisait le Quai d’Orsay. À la suite de quoi la diplomatie française avait publié un communiqué glacial, rappelant les « exigences françaises et européennes de clarifications. »

Or, le 10 janvier M. Macron s’adresse en des termes surprenants à son homologue turc : « Değerli Tayyip, parlons-nous ! À votre disposition pour une visioconférence », écrit-il de sa main le président français, usant du mot turc Değerliqui signifie « cher ».

Deux jours plus tôt, le 8 janvier, le quotidien pro-business L’Opinion, souvent mieux inspiré, avait confié à son spécialiste des questions militaires, Jean-Dominique Merchet, le soin de dresser, en sombre, le bilan de l’intervention française au Mali, successivement depuis 2013, Serval, qui fut un succès, et maintenant Barkhane. Sa conclusion : il faut plier bagages.

En réalité, si la résistance à l’islamo-terrorisme ne se résume pas à la présence militaire, tout retrait est interprété par l’adversaire lui-même comme une capitulation.

Il faut donc se féliciter qu’au contraire, appliquant l’adage romain « si tu veux la paix, prépare la guerre« , certains pays montent en gamme quant aux moyens de leur défense nationale et de notre défense commune de l’Europe.

Et il faut enfin saluer l’intervention très ferme de l’Archevêque d’Athènes : en cette année du Bicentenaire de la guerre d’Indépendance de 1821 contre l’oppresseur ottoman, il rappelle qu’il faut regarder l’islamisme non comme une religion mais comme une doctrine de conquête. On aimerait entendre un discours analogue dans la patrie de saint Louis.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Réalités de l’islamisme, par Jean-Gilles Malliarakis

islamisme

Portant à 49 ce 2 janvier, le nombre de soldats français tombés au Mali dans la lutte où notre armée est engagée dans la guerre contre l’islamo-terrorisme, ce sacrifice devrait imposer, par respect, un peu plus de rigueur à nos dirigeants.

Comme l’écrit clairement le chef de file de la droite sénatoriale : « La France [étant] de nouveau endeuillée par la mort de deux soldats au Mali, leur sacrifice dans la lutte contre le terrorisme nous oblige à mener cette guerre sans trembler sur notre sol. Je pense ce matin à leurs familles et à leurs frères d’armes. »

Quelques jours plus tôt, dans un communiqué daté du 28 décembre,le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, infligeait un camouflet à la politique musulmane de l’État, en annonçant qu’il se retirait de façon « irrévocable » du dernier projet administratif en date : celui d’un illusoire « Conseil national des imams ». Ce projet, étant lié au fameux « Conseil français du culte musulman » lui semble inacceptable du fait de l’influence islamiste au sein du CFCM, autrement dit de la connivence de cet organisme avec les adeptes de l’islam radical que combattent nos soldats en Afrique. Il accuse clairement les islamistes radicaux de « saborder toutes les initiatives qui visent à créer des rapprochements salutaires entre les musulmans de France et la communauté nationale ».

En quittant l’instance gouvernementale, il saborde clairement le projet puisqu’il le prive de la participation de 300 mosquées.

Or, depuis peut-être 30 ans, les ministres de l’Intérieur qui se sont succédé, déjà Pierre Joxe (1988-1991), déjà Chevènement (1997-2000), et même Pasqua (1993-1995) auront caressé, l’un après l’autre, la même chimère administrative : organiser en France une pratique nationale de la prédication mahométane.

La plus grave erreur commise au cours de ces diverses tentatives, remonte à plus de 20 ans, à l’époque où Chevènement occupait la place Beauvau dans l’équipe de la gauche plurielle sous le gouvernement Jospin. Sous prétexte de respecter en effet les convictions islamiques, il fut acté que la version française intégrerait une de leurs traditions les plus inacceptables, les plus contraires aux nôtres : « celui qui change de religion tue-le ».

Mais l’étatisme ne recule devant aucune imposture, en vertu sans doute du théorème bien connu de Michel Audiard : les sots ça ose tout c’est même à cela qu’on les reconnaît.

Dans la dernière version, celle qui se réclame d’un projet « d’islam de France », l’État en arrive à ambitionner de l’unifier et d’en « former » les prédicateurs (imams).

D’abord, l’illégitimité du projet du point de vue des intéressés devrait sauter aux yeux de manière éclatante, si nous n’étions paralysés par le laïcisme : que penseraient en effet les catholiques de France si on leur imposait une organisation unitaire de tous les chrétiens, des traditionalistes aux conciliaires les plus « progressistes », des luthériens aux calvinistes, etc., et si, fusionnant le séminaire d’Écône avec celui d’Issy les Moulineaux, on leur assignait des formateurs choisis par Gérald Darmanin ?

D’autre part, pour parler d’un islam « de France », il faudrait pouvoir lui trouver des racines, des théologiens, des mystiques, représentatifs d’une filiation dans l’histoire de notre pays. De la Trappe de Soligny dans le Perche à l’abbaye de Sénanque dans le Luberon, en passant par le temple de l’Oratoire à Paris ou par la vieille synagogue d’Orgon en Provence, il n’en existe pas.

Le préfet Lallement qui aime citer Trotski imagine-t-il inaugurer la série ?

La réalité des communautés musulmanes que l’on recense dans l’Hexagone ne se révèle pas seulement divisée : elle se trouve déchirée entre des influences, toutes étrangères.

Citons en particulier celles qui se sont opposées à la tiédasse charte des valeurs officielles. Il s’agit : du Tabligh fondamentaliste et de son organisme Foi et Pratique ; de l’ex-UOIF renommé Musulmans de France, succursale des Frères musulmans ; et du Milli Görüs turc représenté par Fatih Sarikir. Dans la doctrine et dans la pratique de ces courants, la religion musulmane sert à combattre toute assimilation. La plus « francisée », ne lui en déplaise se situe à la Grande Mosquée de Paris, dans l’orbite de l’État algérien qui, sauf erreur, n’aime pas beaucoup s’entendre dire qu’il procède de 12 départements anciennement français.

Avec quelles autres influences se trouve-t-elle ainsi en concurrence : d’abord celle du Maroc dont le roi se veut lui-même commandeur des Croyants ; de plus en plus avec celle de la Turquie, via une diaspora qui considère l’assimilation comme un crime contre l’humanité, et via les Frères Musulmans qui, chassés d’Égypte sont passés sous protection d’Erdogan ; et enfin celle de l’Arabie saoudite qui encourage et finance les salafistes.

Où est-il donc l’islam « de France » ? Dans les rêves de nos technocrates, peut-être ; dans la réalité nationale sûrement pas.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent